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SP ▬ L'homme aux mains impurs.


Jeu 31 Aoû 2017 - 2:36
Deux hommes surgirent de nulle part, à quelques mètres l’un de l’autre, sur le chemin étroit éclairé par des faibles faisceaux de lumière. Pendant un instant, ils restèrent parfaitement immobiles, chacun pointant respectivement son katana et kunai sous le menton de l’autre. Puis lorsqu’ils se furent enfin reconnus, ils rangèrent leurs armes, se mettant à marcher d’un pas vif dans la même direction.

« Des nouvelles ? » demanda le plus silencieux des deux.
« Excellentes. » répondit son interlocuteur.
Le chemin était bordé à gauche par des mûriers sauvages aux tiges basses et, à droite, par une haute haie soigneusement taillée. Les longs haoris des deux hommes ondulaient autour de leurs courbes au rythme de leurs pas.

« J’ai bien cru que j’allais arriver en retard, Monseigneur. » répondit l’homme dont le visage taillé à coups de serpe apparaissait et disparaissait sous les branches des arbres qui masquaient par endroits la lueur du soleil. « C’était un peu plus difficile que je ne l’avais imaginé. Mais j’ose espéré que votre père en sera satisfait. »
« Tu as l’air bien sûr de toi, Katasuke. Tu penses réellement qu’il va l’apprécier, ce vieil homme ? » déclara Yoshitsune.
L’homme au visage balafré sourit tandis que l’autre homme acquiesça d’un signe de tête mais ne donna pas plus de détails. Ils tournèrent au détour d’une allée à droite, dans une large allée qui se raccrochait à la rue principale. La haute haie suivit la même courbe, s’étendant au loin, par-delà l’impressionnante barrière qui barrait la route de nos deux hommes. Ni l’un ni l’autre ne ralentit l’allure : sans un mot, ils levèrent le bras gauche comme une sorte de salut et traversèrent celle-ci comme si le métal sombre n’était plus qu’un rideau sombre de fumée.


Les rangées d’ifs étouffaient le son de leurs pas. Tandis que tout au bout de l’allée, un élégant temple se dessina dans l’obscurité, des éclats de lumière se reflétaient au rez-de-chaussée dans les carreaux des fenêtres à croisillons. Quelque part dans le parc obscur, au-delà de la haie, on entendait le chant d’une rivière. Des graviers crissèrent sous le poids de leurs semelles lorsque les deux silhouettes se hâtèrent en direction de l’entrée - porte qui pivota vers l’intérieur à leur approche, bien qu’apparemment personne ne l’eut ouverte.


Le hall d’entrée, faiblement éclairé, était vaste et sa décoration somptueuse, avec un magnifique tapis en peau de bête qui recouvrait en grande partie le sol de pierre. Les portraits au teint pâle accrochés aux murs semblaient comme suivre des yeux les deux hommes qui marchaient à grands pas. L’héritier et celui qui semblait le servir, s’arrêtèrent devant une lourde porte d’ébène qui menait dans la pièce voisine. Ils hésitèrent un bref instant puis tournèrent la poignée de bronze.

Le salon était rempli de visiteurs silencieux, assis autour d’une longue table ouvragée. Les meubles qui décoraient habituellement les lieux avaient été repoussés en désordre contre les murs. La pièce était éclairée par un feu qui ronflait dans la cheminée, sous un splendide manteau de marbre surmonté d’un miroir au cadre doré. Les deux hommes s’attardèrent un moment sur le seuil de la porte. Tandis qu’ils s’habituaient à la faible lumière, un très étrange spectacle attira leur regard : une silhouette humaine, apparemment inconsciente, inerte. Un homme était là, adossé contre le mur de la bâtisse. Son regard vide, était comme suspendu aux lèvres de la mort, et se refermant lentement sur lui-même ; son image se reflétant dans le miroir et à la surface nue de la table vernie. Aucune des personnes assises autour de cette vision singulière n’y prêtait attention, à part un jeune homme pâle qui se trouvait placé presque en face et ne pouvait s’empêcher de lever régulièrement les yeux.


« Yoshitsune, Katasuke » dit une voix distincte au timbre fort qui provenait de l’extrémité de la table. « Vous avez failli être très en retard. »

« Et vous vous êtes bien amusé sans nous, père » s'éfforca t-il de parler avec tact avant de regarder le cadavre.


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Jeu 31 Aoû 2017 - 4:55
L’homme qui avait parlé était assis juste devant la cheminée et il fut tout d’abord difficile pour les deux nouveaux venus de distinguer autre chose que les contours de sa silhouette. Mais à mesure qu’ils approchèrent, ils virent briller dans la pénombre un visage à la chevelure extravagante, semblable à Yoshitsune, ses yeux exorbités, luisants, aux iris rougeâtres. Son teint était si pâle qu’il semblait scintiller d’une lueur nacrée et ce même en dépit de la luminosité présente en ces lieux.

« Yoshitsune, ici. » ajouta le vieil homme en indiquant un siège juste à sa droite, souriant.

Les deux hommes s’installèrent aux places qui leur furent attribuées sans jamais broncher. La plupart des regards suivirent le troisième successeur et ce fut d’ailleurs la première fois qu’il se sentit tant gêné. Sans plus tarder, le conseil s’adressa à lui :

« Alors ? »

« Père... » Prononcer ce dit mot, lui arracha plus que jamais la bouche. Déjà même que ce dernier ne supportait guère l’autorité de son paternel, il allait sans dire que celle exercée par celui-ci devant les pilliers du village, avait le don de lui faire se hérisser les poils. « La sécurité de Tsuchi no Kuni s’avère être des plus inquiétantes ces derniers temps. La ville a d’ailleurs l’intention d’organiser une collecte de fonds, samedi prochain, à la tombée du jour. »


Cette déclaration suscita un intérêt manifeste auprès de l’assemblée : certains se raidirent, d’autres s’agitèrent tous observant leur confrère et le patriarche des Nagamasa.

« Samedi… à la tombée du jour dis-tu ? » répéta le vieil homme.

« Ne me forcez pas à le redire, votre ouïe est assez bonne pour m’avoir entendu. »

Ses iris d’un rouge étincelant fixèrent les yeux ambrés de Yoshitsune avec une telle intensité que plusieurs personnes détournèrent la tête, craignant apparemment la brûlure de ce regard féroce. L’héritier, en revanche, dévisagea le maître de maison avec le plus grand calme. Au bout d’un certain temps, la bouche sans lèvres de son géniteur s’étira en une sorte de sourire.

« Bien, très bien. Et cette information vient… »

« De la source dont nous avons parlé. » attesta Yoshitsune.
« Maître. » Katasuke s’était penché en avant pour mieux voir ses deux interlocuteurs, à l’autre bout de la longue table. Toutes les têtes se tournèrent vers lui. « Maître, j’ai eu vent d’informations différentes. »


Katasuke attendit, mais comme l’hôte semblait rester silencieux, il poursuivit :
« Le daimyo, a laissé entendre que la collecte de fonds n’aurait pas lieu avant le mois prochain. »

Yoshitsune souriait.

« Selon ma source, il était question de vous lancer sur une fausse piste. Ce doit être celle-ci. Daimyo-sama a dû subir sans aucun doute une pression des autres membres de la noblesse. Ce ne serait pas la première fois. Il est connu pour être influençable. » déclara Yoshitsune.
« Je vous assure, Maître, que ma source semblait certain de ce qu’il avançait. »
« Semblait. Bien sûr qu’il en était certain, s’il a été influencé. » dit le troisième héritier de la famille « Je puis t’assurer à toi, mon ami, que la noblesse ne jouera plus un rôle aussi important dans l’administration du pays. Cette dernière pense que nous pouvons prospéré de manière pacifique. »

« Pour une fois, Ils ont raison, pas vrai ? » s'eclaffa un petit homme replet assis non loin de Katasuke

Il eut un petit rire essoufflé qui suscita quelques échos le long de la table. Le seigneur Yamamoto, deuxième héritier, pour sa part, ne riait pas. Son regard s’était levé vers le corps qui glissait lentement le long du mur et il semblait perdu dans ses pensées.


« Maître... » dit le troisième héritier de la famille « Ma source pense également qu’une attaque ennemie sera orchestrée pendant le silence de la collecte ... »

L’homme aigri leva une grande main blanchâtre et l’homme balafré s’interrompit aussitôt, une lueur d’amertume dans le regard lorsque le maître des lieux se tourna à nouveau vers sa progéniture.

« Où ont-ils prévu d’attaquer ? »

« Le long de la frontière… Près du col menant à Kusa » répondit Yoshi « D’après ma source, l’endroit ne bénéficie pas de toutes les protections que peuvent fournir ensemble de nos contrées. Je pense, père, qu’ils n’auraient aucun mal à s’emparer de cette dite zone sans ses informations. »


« Eh bien, Katasuke ? » lança le seigneur Yamamoto au bout de la table, le feu de la cheminée scintillant étrangement dans ses yeux rougêatres. « Le village caché de Kusa sera-t-il tombé samedi prochain ? »

À nouveau, toutes les têtes se tournèrent. Katasuke redressa les épaules.


« Maître, j’ai de bonnes nouvelles à ce sujet. J’ai réussi – avec bien des difficultés et après de grands efforts – à rallier une bonne flopée de mercenaires à notre cause. »
L’annonce fit grande impression parmi ceux qui étaient assis autour de lui. Un important iwajin, son voisin, un homme au long visage tordu, lui donna une tape dans le dos.

« C’est un début » rétorqua Hideyoshi. « Mais ce n’est qu’une partie isolée. Pour que je puisse agir, il faut que Iwa soit entouré de gens qui nous sont acquis. Si nous échouons dans notre tentative de conquérir Kusa, Tsuchi no Kuni serai ramené loin en arrière. »


« Oui, Maître, c’est vrai, mais comme vous le savez, en tant qu’émissaire du Daimyo, mon espion a de fréquents contacts non seulement avec le daimyo lui-même mais aussi avec d’autres responsables de l’économie du pays. Maintenant que nous exerçons notre contrôle sur un officiel de haut rang, je pense qu’il nous sera facile de soumettre les autres. Ils pourront ainsi travailler ensemble à précipiter la chute de Kusa. »

« À condition que notre ami ne soit pas démasqué avant que nous ayons converti les autres.« En tout cas, il me semble peu probable que Kusa tombe entre nos mains avant samedi prochain. Si des négociations ne sont pas possible, alors nous devrons reprendre ce que la nature t’as offert. »
« Nous disposons d’un avantage, Maître. » déclara Katasuke qui semblait décidé à recevoir sa part d’approbation.
« Ils ne feront rien » répliqua Yoshitsune. « Ils se méfient de tout ce qui est lié de près ou de loin à cet endroit. »

« Tant mieux » reprit Hideyoshi « Ils seront donc obligés de se remettre à mon autorité. Les choses seront beaucoup plus faciles pour nous, de très loin » L’hôte regarda une nouvelle fois le corps qui gisait :

« Si les choses venaient à échouer, je m’occuperai du Iwagakure no Sato personnellement. Trop d’erreurs ont été commises au sujet de cette hégémonie. Je suis responsable de certaines d’entre elles. Le fait que celle-ci ne soit pas en ma possession est d’ailleurs dû à beaucoup de mes erreurs qu’à leurs triomphes »

Autour de la table, tout le monde observait Hideyoshi avec appréhension, l’expression de chacun – et de chacune – trahissant la crainte de se voir reprocher l’existence trop longue des dirigeants de Iwa. Hideyoshi, cependant, semblait se parler plus à lui-même qu’à aucun d’entre eux, le visage toujours levé vers le corps inconscient.
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Sam 2 Sep 2017 - 3:19

« J’ai fait preuve de négligence et c’est pourquoi le hasard et la mauvaise fortune, qui s’acharnent à détruire tout projet insuffisamment préparé, ont fini par me mettre en échec. Mais j’ai beaucoup appris, à présent. Je comprends aujourd’hui des choses qui m’échappaient auparavant. Je dois être celui qui dirigera ce bastion et je le serai. »

Comme pour répondre aux paroles qu’il venait de prononcer, une plainte soudaine retentit, un cri terrible, prolongé, de douleur et de désespoir. – De nombreux fracas, tintements de métal. – Nombre de ceux qui étaient assis autour de la table baissèrent les yeux, surpris, car le son semblait provenir de sous leurs pieds.

« Yamamoto. » dit Hideyoshi, de la même voix calme et pensive, sans détacher les yeux du cadavre. « Ne t’ai-je pas recommandé de faire taire nos prisonniers ? »

« Si, Mon… Seigneur… Père. » balbutia, vers le milieu de la table, un autre homme semblable au premier, tellement enfoncé dans son siège, qui à première vue, paraissait énorme. Il se leva précipitamment et fila hors de la pièce, ne laissant dans son sillage qu’un étrange éclat argenté.

« Comme je le disais. Je comprends mieux les choses, maintenant. Par exemple, il me faudra façonner l’un d’entre vous pour diriger. L’importance de ses terres ne sied guère à une personne telle que moi. » Une expression d’effarement apparut sur les visages qui l’entouraient. Il aurait pu tout aussi bien leur annoncer qu’il voulait leur emprunter un bras.

« Pas de volontaires ? » s'exclama Hideyoshi. « Voyons… Saruwatari, je ne vois pas pourquoi tu aurais encore besoin de ta volonté. » Nagamasa Saruwatari leva les yeux. À la lueur des flammes, son teint semblait jaunâtre, cireux, ses yeux enfoncés dans leurs orbites plongés dans l’ombre. Lorsqu’il parla, sa voix était rauque.

« Hide ? »
« Ta lame, Saruwatari. J’exige simplement que tu me laisses voir ta lame. »
« Je... »

Le vieux singe jeta un regard de côté aux membres de sa branche. Les yeux fixés devant eux, ces derniers étaient tout aussi pâle que lui, notemment sa femme dont les longs cheveux blonds parcouraient le long de son échine mais, sous la table, ses doigts minces se refermèrent brièvement sur le poignet de son mari. En sentant sa pression, Saruwatari glissa la main près de sa ceinture, en retira une lame miroitante de lumière et le fit passer au maître de maison qui l’examina attentivement, le tenant devant ses yeux rougeoyants.

« Qu’est-ce que c’est ? »
« Un Uchigatana, Hide » murmura Saruwatari
« Et à l’intérieur ? »
« Du Ta- Tamahagane. »
« Très intéressant » ajouta Hideyoshi

Il sortit son propre exemplaire et compara leurs tailles respectives. Saruwatari, quant à lui fit un imperceptible mouvement. Pendant une fraction de seconde, il sembla comme s’attendre à recevoir l’arme de son cadet en échange de la sienne. Et d’ailleurs le geste n’échappa pas au Doyen du clan dont les sourcils se plissèrent avec une expression mauvaise.

« T’offrir mon précieux compagnon, Saru ? Ma lame ? A toi ? » Quelques ricanements s’élevèrent dans l’assemblée

Saruwatari n'était d’habitude pas si souvent soumis au stress, ou du moins pas comme ça. C'était une sensation qu'il maudissait -et pourtant…

« Je t’ai accordé une partie de mon clan, Mon frère. N’est-ce pas là encore suffisant ? Mais j’ai cru remarquer que toi et ta famille ne paraissiez pas très heureux, ces temps-ci… Y a-t-il quelque chose qui te déplaît dans ma régence ? »
« Non, rien… Rien du tout, Mon frère ! »
« Préserves-moi de tes mensonges, Saru… »

On aurait dit que la voix douceâtre continuait de siffler après que la bouche cruelle eut cessé tout mouvement. Un ou deux des invités eurent peine à réprimer un frisson lorsque le sifflement s’accentua. Quelque chose de lourd glissait par terre, sous la table. Un chien apparut et se hissa lentement sur le fauteuil de la figure patriarcale. Il s’éleva, de ses jambes apparemment interminables, et s’installa sur les cuisses de son maître. Sa tête orné d’un regard virulent ; ses yeux, avec leur points en guise de pupille, ne cillaient pas. D’un air absent, Hideyoshi caressa la créature de ses longs doigts fins, sans cesser de fixer son aîné.

« Pourquoi mon frère, toi et ta caste paraissez-vous si malheureux de votre sort ? Mon statut, mon ascension au pouvoir ne sont ils pas ce que prétendiez désirer depuis de si longues années ? »

« Bien sûr que si Hide, tu es mon sang. Aucune nouvelle ne saurait plus me ravir » répondit Saruwatari. D’une main tremblante, il essuya la sueur qui perlait au-dessous de sa narine.

« Nous le désirions… Nous le désirons » À la gauche de Saruatari, sa femme hocha la tête avec une étrange raideur, sans jamais daigner croiser le soupirail d’Hideyoshi ou son chien.

À sa droite, un des hommes, qui observait le corps inerte près de l’entrée, jeta un bref coup d’œil en direction du seigneur puis détourna à nouveau la tête, terrifié à l’idée que leurs regards se croisent.

« Mon seigneur » dit une femme elle aussi assise vers le milieu de la table, la voix serrée par l’émotion, « Ce serait un honneur de pouvoir me débarrasser d’eux ici, dans notre maison même. Pour nous autre, il ne pourrait y avoir de plus grand plaisir. »

Elle avait pris place à côté de cette dernière, aussi différente qu’elle dans son apparence, avec ses cheveux bruns et ses paupières lourdes, que dans son maintien et son comportement. Alors que Minami, la femme de Saruwatari restait rigide et impassible, Tomoe Gozen de son vrai nom, se penchait vers son seigneur, car les mots seuls ne suffisaient pas à exprimer son désir de proximité avec ce dernier.

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Lun 4 Sep 2017 - 22:44

« Pas de plus grand plaisir ? » répéta Hideyoshi, la tête légèrement inclinée de côté tandis qu’il la regardait. « Venant de ta part, cela ne signifie pas beaucoup, Tomoe »

Le visage de cette dernière s’empourpra, tandis que des larmes d’affliction lui montèrent aux yeux.

« Mon seigneur Hideyoshi sait que je ne m’aviserais jamais de lui dire autre chose que la vérité ! »

« Tu n'es pas qualifié pour te souiller ainsi les mains » dit-il marquant un léger arrêt « Je pense toutefois qu’il y a quelqu’un en ces lieux pour qui il n’y aurait pas de plus grand plaisir… même comparé à l’heureux événement, s’est produit cette semaine… N’est-ce pas ? »
Tomoe le fixa, les lèvres entrouvertes, visiblement déconcertée.

« J’ignore de qui vous voulez parler, Monseigneur. »
« Je parle de toi, Yoshitsune. Saruwatari… Saru, tu dois être très fier, te faire tuer par ton petit neveu. »

Il y eut dans toute l’assemblée une explosion de rires sarcastiques. Certains, les plus nombreux, se penchèrent en avant pour échanger des regards réjouis, d’autres martelèrent la table de leurs poings. L’étrange animal dérangé par le tumulte, ouvrit grand sa gueule et aboya avec colère, mais les convives ne l’entendirent pas, tout à leur joie de voir humiliés Saruwatari et les siens.

Le visage de Tomoe, qui avait exprimé tant de bonheur quelques instants auparavant, s’était couvert de vilaines plaques rouges.
« Ce n’est pas à lui que revient cette tâche, Sa seigneurie » s’écria-t-elle au milieu du déferlement d’hilarité. « Moi, Tomoe n’a jamais accordé autant d'égard à effectuer une telle besogne. Et puis ce sale cloporte n’a rien à voir avec nous, pas plus que la bête qu’elle a épousée. »

« Il ne me semble pas t’avoir demandé ton avis, Tomoe. »

Sans plus attendre, un bruit semblable à une fleur qui éclot retentit – une effusion de sang – un hurlement euphorique. Le dépouille de la regrettée Minami ne tarda à heurter le marbre froid. Il n’en fallait pas plus pour comprendre que Yoshitsune venait de se débarrasser de sa seule et unique famille, la chair de sa chair.

Yoshitsune abaissa alors les yeux vers le visage qui lui apparaissait désormais clair comme de l’eau de roche maintenant qu’il y prêtait attention. Toute la noblesse regardait à présent le cadavre, comme si la permission leur avait été donnée de manifester leur curiosité. L’héritier d’Hideyoshi lui, détournait le regard vers la lumière que projetait le feu de la cheminée.

« Alors Yoshi ? J’ose espéré que ma surprise soit à la hauteur de tes attentes » l’interrogea Hideyoshi, qui caressait de sa main libre la tête du canin, s’esclaffant au passage.

Celui-ci fit oui d’un hochement de tête saccadé. Maintenant qu’il avait pris connaissance de la victime, il semblait comme incapable de le regarder à nouveau.

« Tu es sûr ? Tu as l’air toute chose » s’exclama le maître des lieux. « Car pour ceux d’entre vous qui ne le sauraient pas, nous recevions ce soir cet homme qui, jusqu’à une date récente, était un membre du clan Nagamasa. Un des fils de notre cher ami Saruwatari ici présent. »

Des murmures d’assentiment s’élevèrent autour de la table. Une femme aux épaules larges, le dos voûté, lança d’une petite voix caquetante :

« Oui… Le jeune garçon a bafoué nos traditions, allant même jusqu’à renier nos enseignements, nos valeurs. En effet, il aurait été pris en train d’expliquer que l'annexion de Kusa était inutile, que ces derniers ne sont pas très différents de nous… »

L’un des samourai ici présent cracha par terre. Le pauvre Saruwatari pivota une nouvelle fois vers sa femme, gisant encore par terre, implorant l’aide de son frère.

« Hide… s’il te plaît… je te en conjure. »
« Silence » coupa notre hôte.

Saru se tut comme si on l’avait bâillonné, comme tétanisé.

« Non content de polluer et de corrompre l’esprit des jeunes pousse, ton héritier a osé me tenir tête la semaine dernière. Une défense passionnée du respect des droits humains qu’il disait. Les iwajins, affirme-t-il, doivent accepter ces voleurs de leur savoir et de leurs territoires. La diminution du nombre des révolutions lancé par Iwa est une tendance qu’il estime souhaitable… Il voudrait nous voir marier tous à des gens de différente horizions ou, sans doute, fricoter avec des gens faibles »

Cette fois, personne ne rit : il n’y avait aucune équivoque dans la colère et le mépris qu’exprimait la voix de Hideyoshi. Pour la troisième fois, Saru semblait chercher son neveu du regard. Des larmes ruisselaient de ses yeux et coulaient dans ses cheveux tandis que le patriarche des Nagamasa l’observait, imperturbable.

« Faites le tuer ! » s'époumona Hideyoshi

Comme d’une gestuelle alors narquoise de la part de certains samourais qui emplissaient la pièce, ces derniers semblaient attendre une réaction de la part d’au moins Yoshitsune ; pourtant rien n’y fit. Il était décidément prêt à tout pour parvenir à ses fins. Quitte à perdre un lien de sang

« Ce n’est pas comme si il m’importait plus qu’à vous mon père ! Je vous prierai d’en faire bien, ce qu’il vous semble » clama un Yoshitsune bien que trop calme.

[…]

Le cri poussé par le vieil homme tandis que la chaleur calcinait son coeur. Dans un fracas retentissant, Saruwatari s’effondra contre le perron qui trembla et craqua sous le choc. Depuis l’intérieur, assis sur leurs chaises, plusieurs samourais eurent un mouvement de recul. Katasuke quant à lui, glissa de la sienne et tomba par terre – abasourdi du comportement froid que pouvait avoir le leader de la maison-mère envers son propre frère.

De l’autre coté à l’extérieur - allongé, inerte, le visage dissimulé derrière un masque de honte, dans les ténèbres de la cour aménagée avec classe comme tout le reste de la demeure. Depuis combien de temps était-il ici ? Plus aucune idée. Saruwatari était à la limite de l'inconscience, le décès de sa femme ayant réduit ses capacités mentales sans aucun mal. Yeux mi-clos, plongé dans une torpeur léthargique, il était comme spectateur de son existence, au milieu de cette basse-cour, fixant la porte par laquelle apparaîtrait sa faucheuse, dans quelques temps. Épaules avachies, bras le long du corps, la seule chose qui le caractérisait suffisamment pour qu'il ne semble pas simplement indolent était sa droiture spinale irréprochable, son port de tête haut, et altier. L’ancien samouraï devenu traître levait avec une lenteur théâtrale la main à son faciès, encore dissimulé par la honte.

« Pardonne moi Minami. »

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Mar 5 Sep 2017 - 2:05

Nagamasa Saruwatari était là gisant par terre, à son tour - perdant littéralement la raison.
Il sentait presque la matière grise sourdre en dehors de sa boîte crânienne. Depuis déjà quelques instant, la majeure partie du temps, il se croyait plongé dans le noir, comme perclus de douleurs, et pourtant il jurait qu’une étrange clarté se fit jour au sein même de son esprit dérangé. Ou plutôt était-ce là l’oeuvre d’une prestidigitation comme Yoshitsune en avait le secret ?

Une homme à la chevelure immaculé sans doute, l'aîné de la fratrie Nagamasa lui indiqua le sentier.

J’imagine que tu le connais dejà le chemin, Ochan.

En effet, le vieil homme connaissant déjà le chemin qu’il empruntait… Là encore, aucune réponse ne survint. En bon frère d’Hideyoshi c’est sûr qu’il se demanda s’il n’allait pas tenter sa chance et essayer de s’enfuir, mais il savait qu’il n’irait pas bien loin quand bien même il aurait sûrement pu quémander l‘aide de son neveu. Même s’il n’avait rien de toute la journée, bloqué dans cette divine comédie, épuisée et affaibli. Ses dernières forces lui servaient à marcher laborieusement au travers de la pénombre.

C’était perdu d’avance.
Il continuait à espérer contre toute attente. Quelque chose, un miracle. Son corps l’avait trahi, certes. Mais il gardait les yeux grands ouverts, et n’en restait pas moins qu’un éminent bushido du clan Nagamasa. Et comprendre la situation, n’avait été pour lui qu’une simplicité évidente. Saruwatari se savait détenu quelque part.

L’architecture des lieux, l’absence de bâtisse, le vieux moulin à vent, la carriole, les stores boisés, tout cela laissait entendre qu’il se trouvait dans les méandres de sa mémoire. Pour un assassinat, cela n’avait aucun sens. A moins que…

Le soleil resplendissait à travers le feuillage. Le ciel était d’un bleu que seule une déité était capable d’animer. Comme quoi la beauté trouvait toujours refuge dans la laideur. En vérité, la beauté n’existait pas sans hideur - a l’image d’une lumière virevoltante qui ne pourrait subsister sans obscurité.

Pour dire vrai, c'était carrément un monde illusoire. Un monde utopique. Quelque chose qui ne semblait ne pas exister. Quelque chose qui ne se décrivait pas. Se dressant vers le ciel comme les bras d’un nouveau-né bercé par mère nature. La nature jamais n'eut offert paysage tant attrayant. Les foliations quant à elle s’agitaient dans une mélodie à la fois berçante et cacophonique que les brises, chefs d'orchestre, rythmaient à leurs goûts. Les doigts du vieil homme caressaient les embruns délicats avec une cadence régulière et échauffée. Enivré par les souvenirs enchanteurs qui déferlaient ; ce dernier se sentait comme invincible. Pouvoir se tenir ainsi debout, tel un être de lumière au milieu de cet univers enchanteur, se devait d’être un privilège pensait-il tout bas. Tandis qu’autour de lui scintillait les luminessences, revêtant une étrange couleur oscillant entre les différents spectres lumineux du jour. Ses iris se perdirent dans l’horizon, tandis que celui-ci se laissait tomber d'admiration. Au loin, franchissant les lois de la séparation du ciel et de la terre, par-delà les montagnes amples, des arbres gigantesques chatouillaient l'étendue bleutée où se baignait chaque jour le soleil. Malgré la distance qui le séparait de ces formes de vie féeriques, il pouvait ressentir l'odeur de leur sève, tendre et aigre mais si agréable qu’il ne voulait plus quitter cet endroit. Des chants, échos du bruit des vagues embrassant la terre ferme lui parvenaient, tandis qu'au dessus dansaient des animaux aux ailes immenses et au plumage pourvu de reflets bleutés. Leur concert plus inspiré que ceux qu'il avait connu jusqu'à présent fini par l'engourdir, et ses yeux se fermèrent d'eux-mêmes, tandis que le pénombre remplaçait ce nouveau monde qui s'offrait à lui.

L’espace d’un mièvre instant, il vint à oublier le décès de sa dulcinée.

Saruwatari entrait dans une clairière quand il entendit une voix familière.

L’espace d’un instant, il se prit à croire qu’on était venu le sauver. Que les siens, partisans d’un clan Nagamasa plus libre surgiraient d’une minute à l’autre, tous les armes à la main. Yoshitsune tenterait de les en dissuader, mais une lame l’embrocherait. Étrangement, il voyait toute ces images défiler devant lui.

Mais cette voix qu’il eut entendu ne fut qu’un doux mirage drapé dans ses songes…

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Jeu 7 Sep 2017 - 3:48

De loin, il jura distinguer une silhouette féminine. Cette dernière portant une robe bain de soleil jaune vif. Cette robe jurant tellement avec l’envers du décor rustique que voyait Saruwatari, qu’il en sentit les larmes lui monter aux yeux. Il revit Minami-san dans la robe. Elle l’enfilait, se tournait vers lui, souriait à lui faire bondir le cour hors de la poitrine. Du coup, il songea quelque peu à tout ce qu'il pouvait y avoir de beau dans le monde - comme désireux de sublimer cette dantesque fantasmagorie.

Passant de son enfance dans les contrées du fer, aux parties de chasses dans l’orée de forêts dont la foliation furent toute plus luxuriantes ; avec son paternel feu Azai Nagamasa, soit le grand père de Yoshitsune, Chogen et Koga. Son père fut lacéré vivant par le fougueux Hideyoshi, au cours d'une session d'entraînement à l'art de l'épée désormais plus connu comme la traditionnelle rixe parricide ; le talent de Hideyoshi pour manier les armes ne connaissant en son temps nul égal, nul ne fut capable de l'empêcher d'accéder à la régence dont découle d'ailleurs ce récit. Enfin la disparition d’Azai avait tout changé, mais, surtout elle avait complètement brisé sa mère, l’a menant peu à peu à une mort certaine. Il pensa aux hommes qui avaient tenté de reconquérir son cœur -sans réel franc succès. Ou encore la cruauté de ses camarades d'antan, les moqueries, les boutades intempestives qui suivirent. Sa chambre sous le toit étant devenue son seul et unique refuge - fort indomptable dont les assauts incessants d’Hideyoshi ne sauraient avoir raison. Pas très différent, de ce genjutsu où il se trouvait.

Après quelques années, sa fidélité à son cadet le régent quand bien même fut-elle aussi factice, pleine de ressentiments, sut être récompensé. Et pour sûr, accédant à une régence partielle du clan, Saruwatari Nagamasa se vit accordé ses propres quartiers. Ces derniers prenant le relais sur sa chambre de l’époque. Sa mère quant à elle avait vieilli, la beauté de la vigoureuse Oichi no Kata n'étant plus qu'un lointain souvenir désincarné. Une fois, le mariage de Hideyoshi et sa première épouse passé, cette dernière était venue s’installer chez lui ne désirant empiéter davantage sur la vie conjugale de son “Yoshie” comme elle aimait l'appeler. - Peut-être sans jamais vouloir se l'avouer eût elle peur de lui. Elle était décédée au suite de la vieillesse, emportant avec elle la dernier linceul de lumière en Hideyoshi, laissant Saru d'autant plus seul, jusqu'à ce que Minami ne redonne de la couleur à son existence - un peu comme cette fameuse robe jaune vif -, sauf que cela ne dura pas.

Son rêve disparut dans un nuage de poussière tandis qu'il poursuivit le long cheminement face à lui. Sa démarche était chancelante et il s'était mit à trembler. Il n'avait pas envie de rester dans ce satanée mirage comme il le disait. Certes, il aimait la vie et son clan. Mais subsister sans sa femme était un enfer dont il ne pouvait réchapper.

Sa démarche, chancelante, il s’était mis à trembler.

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Jeu 7 Sep 2017 - 16:10

- « Mon enfant comptes-tu jouer avec mon esprit plus longtemps ou tu comptes en finir ? »

A l’ouïe de cette voix qu’il savait être celle de son oncle, l’illusion paru s’éminscer lentement peu à peu jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la réalité déconcertante. Et c’était normalement à ce moment-là que la tête de sa victime finissait par rouler face contre terre ; après qu’il l’eût mis en joue, scellant la porte de leur vie. Le laissant dans le noir. C’était là devenu une routine.

Mais cette fois-ci, c’était totalement différent. Saruwatari lui-même s’en rendit compte au regard de que lui apposait son neveu.

« Etes-vous certain que je ne sois réduit à mettre fin à votre vénérable vie, mon oncle ? »
s’exclama t-il sans jamais daigner l’observer dans les yeux.

- « Nous savions depuis déjà fort longtemps que jour allait arrivé, Yoshie. »

La folie s’emparant l’espace d’un instant du vieil homme tandis qu’il tressaillit. Yoshitsune éprouve une certaine amertume, posée au fond de son ventre. Comme une couverture, une couche mince recouvrant les parois de son estomac, un sentiment désagréable mais léger. Flou, peut-être, qui ne l'agrippe pas comme d'autres le font, mais qui flotte aux limites de son ressentit. Qu'il s'efforce de repousser, doucement, de ramener au devant de son esprit cette compassion, ce désir de comprendre l'autre, qu'il ne discerne pas clairement à travers du brouillard de l’aube.

Mais il ne peut s'empêcher de voir une certaine forme de manque de respect dans la pratique. Un manque d'appréciation de ce que l'on possède, que d'autres n'ont peut-être plus; c'est se débarrasser d'une chance, avoir le loisir de choisir et choisir la mauvaise option. Celle qui déchire la chair, celle qui sectionne les os, qui coupe les nerfs et laisse couler le sang. Il y eût un temps où Yoshitsune aurait tout fait pour satisfaire les envies de son paternel, et pourtant, en ce monde de barbares il se sent forcé d’agir contre son plein gré.

Il ne comprend pas. Quelque chose se coince entre deux de ses vertèbres, les dernières bribes d'une colère éteinte il y a bien longtemps. Un sentiment d'injustice, profond, qui coule jusqu'au fond de ses nerfs, des extrémités serrées, connectée au métal, qui contrôle la mort. Ce avec lequel il peut faire partie du monde. Il ne comprend pas, et quelque chose en lui refuse de comprendre.



Il y a quelque chose qu'il n'a jamais avoué à son oncle, qu'il a gardé au fond de son cœur, blessure minuscule qui n'a toujours pas totalement cicatrisé, et qu'il doute le fera un jour. De laquelle il sent parfois s'écouler quelques perles de sang, comme une aiguille qu'on enfoncerait au creux de sa chair. Une douleur teintée d'une nostalgie certaine, souvenir sans être amer. C'est une de ces seules souffrances qu'il a gardé pour lui, qu'il gardera toujours comme un secret, son poids à porter, qu'il ne souffrirait de partager. Parce qu'il n'y a pas de moyen de changer les choses.

« Vous êtes celui qui nous avez appris ce que nous sommes mes frères et moi… Je ne peux pas m’y résoudre. » rétorqua t-il toujours sans jamais daigner l’observer dans les yeux.

- « Allons va, Yoshie je suis honoré que ce soit toi. » fit-il doucement.

Le vieil oncle avait prit l’habitude de répéter son nom, tel un mantra, pour le calmer et le rassurer.

« Saru no Ochan... »

- « Yoshie. » dit-il souriant. « Quand bien même tu portes l'héritage de mon frère Hideyoshi, tu n'en es pas moins, la même personne. » poursuivit-il déposant son front contre celui de son neveu, le fil rouge de leur destin s’entremêla de nouveau avant de s’embraser à l’image d’une flamme vigoureuse que nul ne saurait consumer - un peu à l’image de leur premier instant, où leurs deux regards se croisèrent. « Met fin à la malédiction qui pèse sur notre clan et soit le prochain gardien et chef de notre famille Yoshitsune. Je te veillerai sur toi depuis les cieux, toi la chair de ma chair. »

Il ne broncha pas un instant. Ne cilla pas - en oubliant même de respirer.
Après quelques instant, son univers explosa. La robe bain de soleil jaune lui apparu.
Nagamasa Saruwatari ferma les yeux. Sa vie défila devant lui - la vie qu’il avait eue, celle qu’il avait failli avoir - jusqu’à ce qu’à l’image d’une faucheuse sans foi ni loi, la lame du maudit ne l’emporte, pourfendant l’air, le replongeant définitivement dans le noir.

Une fin, fracassante, inspiratrice d'une viscérale terreur. Sa seule apparition se devait d’être poignante, happant, et avant qu'ils n'aient pu l'appréhender les prochains commenceraient à trembler d’effroi, de frayeur. Et pour cause, une soudaine brise nocturne, s’égarait farouchement dans ses cheveux d’or, tandis que ses pas foulaient l’asphalte stérile ; que l'air tout entier autour de lui, lui paru crépir, virevoltant au moindre de ces pas tandis qu’il retourne à l’intérieur.

[...]

L’inquiétude qui parcourt désormais leur rang était un incurable poison, celui d'une incontrôlable frayeur. Celle que nulle ne peut surmonter, glaçant le sang de la moindre de ces victimes. Et ce dans son intégralité. De leurs veines jusqu'à son ultime goutte, jusqu'au plus paresseux de ses courants. Cette terreur qui fait trembler le corps de frissons compulsifs et écrase la conscience, faisant de ceux qui en étaient les proies de vulgaires pantins révélant spontanément les fils dont allait se servir ce ténébreux marionnettiste venu les balayer de sa magnificence. La panique pesait, muant l'atmosphère en chape de plomb chauffée à blanc allant alourdir les épaules déjà lourdes de responsabilités de ceux venus poser le pied en ce qu'il avait transformé en son territoire. Ces visiteurs n'avaient d'autre choix que de ravaler l'impétueuse audace régissant leurs gestuelles belliqueuses, sans quoi le mince fil de leur existence n'aurait guère plus de temps que celui de tisser la partition d'un requiem. La lame de la faucheuse pressant consciencieusement leurs gorges avec ferveur. La quintessence d’un funeste tableau s'échafaudant peu à peu. Prendre des vies était devenu une épuisante habitude bien plus qu'une basse besogne à accomplir.

[...]

Du sang. Les pupilles dilatées, les crocs acérés, brillant tel deux défenses d'ivoire. Abattu sur cette pauvre âme, le visage noyé dans le buste ouvert, Yoshitsune revoyait son teint pâle se grimer par le sang. Il se délectait peu à peu de ce nectar rubicond qui s’était écoulé dans sa gorge et qui venait mettre en éveils chacun de ses sens. Dans ces moments là, celui-ci n'avait plus rien d'humain, plus rien de reconnaissable.

Ses mains, maculés par le fluide, si chaud, si attrayant ; son œsophage bercé par le goût de fer, métallique. Son corps entier respirant cet odeur mortuaire insoutenable pour les êtres humains - Sa chevelure sombre baignant dans l'étang rouge sous son échine.

Et pourtant, il les percevait encore. Les battements cessants de son cœur. Cette cacophonie insupportable qui le faisait sortir de ses gonds. Qui faisait ressurgir son nihilisme oblitérateur, source de son incroyable force qui défiait toute logique, un héraut du carnage qui, lorsqu'enfin on relâchait son emprise dessus, enrageait presque instantanément, se transformant en incendie affamé. Ce monstre qu’il était pratiquement réveillé. Ses instincts meurtriers formaient comme un manteau d'ombre tout autour de lui, tant ses noires intentions devenaient perceptibles. L'hostilité qui l'habitait avait de quoi faire flancher tous ceux qui croisaient son regard fantôme, caché derrière l’éminente chevelure du jeune sabreur.

Un amalgame de cruauté bestiale dont la présence se faisait pesante, suffocante. Yoshitsuneétait ainsi, exhalant de cette suprématie asphyxiante à laquelle nul ne semblait pouvoir se soustraire, formidable machine de destruction dont le noir désir d'annihilation n'avait pas de borne, comme une soif de meurtre qui ne cessait de croître à chaque instant, la funeste lueur régnant en maître dans son regard fielleux et glacial traduisant l'inaudible frayeur teintée de folie qui l'animait. Sans doute avait-il peur de briser ses jouets trop rapidement. De désarticuler ces pantins de chair en s'amusant de façon trop décadente et chaotique avec eux. Un fantastique et colérique bambin dont la réalité n'était qu'un dégradé de gris, et de noir. Un univers terne et vide, où seul le rouge du sang versé subsistait. Un dévorant besoin d'assouvir ses fantasmes guerriers, véritable virtuose dont le pinceau lui-même était la Mort, traçant des lignes brûlantes sur une toile qui frémissait de terreur à chaque instant. ㅡ Le sang jonchant encore son visage l’héritier d’Hideyoshi s’exclama, transperçant le vide glacial du silence.

« C'est fait. »

Et sur ce visage plein de haine et de ressentiment que cet episode devient souvenir et s’arrête.


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SP ▬ L'homme aux mains impurs.

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