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L'incident.


Mar 5 Sep 2017 - 3:10
D'après les rapports officiels, les Décharnés désignait un culte à l'influence restreinte quoique pugnace et relativement problématique. Profitant de l'effervescence de Shitaderu qui, au fur et à mesure du temps et des travaux, cédait peu à peu sa place à Kumo. D'après les rapports officiels, le culte des Décharnés prônait la consommation de chair humaine dans le but de fortifier le corps et renforcer l'esprit. Ils inculquaient à qui voulait bien les entendre, amas d'âmes brisées par la vie et simplement désireuses d'exister pleinement, que la solution se trouvait dans le sang de l'autre, l'impur consommant ses pairs pour les supplanter accéder à un autre plan de l'existence. Cela dura dix ans, dix longues années durant lesquelles ils ne vécurent que dans l'ombre du futur nuage, côtoyant les vermines et la crasse, se contentant de se goûter entre eux. Il y eut bien quelques disparitions mais rien de bien alarmant, un genre de monnaie courante depuis l'avènement du monde shinobi. Les gens vont, les gens viennent, ils migrent à vous en faire perdre la raison. Tous les pays sont nés de véritables flux humains qui, tôt ou tard, finissent par s'arrêter, se fixer puis, en quelques points que sont nos villages, se mettent à grossir pour former villes et villages. Et, au bout de dix longues années, alors que la police de Shitaderu commençait à peine à comprendre l'ampleur toute fois relative du mouvement, les grands pontes des Décharnés décidèrent de passer à l'action.

Il fallait que ce soit grandiose, sanglant, spectaculaire, mortel, du genre à faire frissonner les âmes les plus endurcies. Et quoi de mieux pour cela qu'un massacre ? Mais pas n'importe quel massacre, quelque chose de méthodiquement tragique, qui fasse la une des quelques journaux, comme pour attirer l'attention du grand public, pour lui annoncer que quelque chose de plus grand allait tomber. Le calme était fini. Cela ne dura qu'une nuit, ce fut un cauchemar. Une nuit faite de claquement de mâchoires, d'éclaboussures vermillons et d'os rongés. Macabre, c'est le seul mot qui me vienne pour décrire ces événements. Au cours d'un long discours, les membres furent instruits de leur ultime mission : leur divinité était soit disant sur le point de se réincarner et ce faisant, il était temps de surpasser les impurs et de commencer la purge. Leurs familles. Ces bâtards leurs ont demandés de bouffer leurs propres familles. Et les fidèles, moutons endoctrinés jusqu'au plus profond de leur être, n'ont fait qu'obéir. Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous raconte tout cela, alors que la plupart des médias et des gens ont enterré l'affaire et simplement placé dessus un concours de circonstance décevant et déplorable ?

Vers treize ou quatorze ans, on a une mauvaise résistance à la douleur, vous en conviendrez. Mais le sommeil est un état de faiblesse dangereux, vous êtes alors la chose la plus vulnérable de toute l'existence. Un enfant pourrait vous tuer sous peu qu'il fasse preuve d'un minimum de discrétion. Surtout lorsque cet enfant est une femme de cinquante sept ans connue pour sa vilaine habitude de se faire oublier et de surprendre absolument tout le monde par sa discrétion, le genre dont on oublie la présence sans pour autant qu'elle ait jamais été shinobi. Ce n'est pourtant pas la douleur qui m'a réveillé mais le liquide chaud coulant contre ma jambre. Ma première peur fut de m'être pissé dessus. Au moins huit ou neuve ans que cela ne m'était plus arrivé, vous imaginez la honte ? Assumer cela lorsque l'on est le vilain petit canard de la famille ... En voilà une chose qui m'aurait causé bien du soucis. La douleur ne survint qu'après, d'abord timide, osant à peine imposer sa présence puis de plus en plus lancinante. J'émergeais difficilement, si bien qu'au départ, je crus voir une bête ignoble en train de me dévorer qui, en quelques courtes secondes, se révéla être ma grande tante. Je n'ai rien dit, mes cordes vocales étaient comme paralysées, ou plutôt, quelque chose bloquait ma voix. Je pris soudainement conscience qu'on m'avait bâillonné. A ce moment là, je me suis pissé dessus de terreur.

Tu comprends maintenant ? Une Décharnée logeait depuis toujours sous le même toit que moi, elle s'occupait de moi, veillait à ma survie et à mon bien être. Avec la mort de mes parents, elle était devenue ma garante, en quelque sorte et, cette nuit là, cette chienne de nuit, elle est devenue une créature inhumaine à mes yeux, un animal sauvage. L'instinct de survie prit le dessus au moment où elle planta son regard dans le mien. J'y ai lu la mort, le carnage, l'envie de sang et, surtout, la fin de mon existence. Elle mordit une nouvelle fois dans mon abdomen après avoir détourné le regard, comme si je n'étais qu'un morceau de viande sans autre intérêt que celui d'être mangé. Cette fois-ci, une vague de douleur vint me cueillir de plein fouet et mon bras réagit seul. Plaquant ma main contre sa bouche, je poussai de toutes mes forces avant même de m'en rendre vraiment compte. Vous n'imaginez pas combien la peur peut-être le meilleur des leitmotivs, rares sont ceux qui veulent vraiment mourir, ceux là se jettent d'une falaise ou se pendent. Ils ne se font pas dévorés. Mais comme son visage était recouvert de mon sang, mon pouce glissa malencontreusement dans sa cavité buccale et elle entreprit de s'y attaquer. A quoi bon s'attaquer à mon ventre si je lui proposais une autre pièce de mon propre chef ?

Du sang commença à affluer dans sa gorge et tomba sur ma jambe. Elle allait me le sectionner, et après cet interlude, elle reprendrait son oeuvre, je le lisais dans ses yeux. J'allais purement et simplement rejoindre mes parents dans l'au delà, avant même d'avoir pu réaliser quoique ce soit, avant d'avoir pu me réaliser moi-même. C'est cet à cet instant qu'on défonça ma fenêtre et que je vis un homme d'une quarantaine d'années charger ma tortionnaire pour la plaquer contre un mur. Par chance, elle n'embarqua pas mon seul doigt opposable, mon seul moyen de tenir des choses. Je n'ai jamais autant aimé cet Hotaru là, le pervers de la famille, celui qui espionnait tout le monde la nuit et restait devant des fenêtres pendant plusieurs heures. Je n'ai jamais été aussi heureux d'être de sa famille. Et puis, quelques instants plus tard, je me suis évanouis, l'adrénaline s'étant allègrement dissipée.

Trois jours plus tard, je me suis réveillé dans une chambre de la clinique de Shitaderu. Assis sur un fauteuil dans un coin en face de moi, potentiellement assoupi, trônait Hotaru Gensai, mon grand oncle et chef de clan. Comme toujours, les nombreuses cicatrices parant son corps l'enveloppaient d'une aura de puissance non-négligeable. Je levais alors la main vers lui et, voyant le pansement enroulant ma main, je sus que je n'avais pas rêvé. Une vague de déception m'envahit, j'y avais cru pendant un fragment de seconde. Il m'expliqua pour la secte, pour mon cousin, pour ma grande tante désormais en asile psychiatrique. Il ajouta qu'il me prendrait sous son aile pour s'assurer qu'un tel incident ne se reproduirait pas.

Moi ? J'avais perdu foi en l'humanité.

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