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Papillons, Enfance et Menaces (ft. Nagamasa Takamori)


Dim 17 Sep 2017 - 23:15

Il y a quelque chose de fascinant avec les papillons. Nés dans une laideur insupportable, à l'état de chenilles, comme la honte du monde des insectes. Moqués, raillés, méprisés, ils passent une jeunesse uniquement consacrée à la nourriture, isolés de tous. Ainsi va la vie d'une chenille, perdue dans un monde semblant bien trop grand pour elle. Elle grossit, ne limite plus ses mouvements qu'à se déplacer pour aller manger. Une vie semblant perdue, inutile. Longue et triste. Solitaire. Insensée. Une vie dont personne ne voudrait.

Mais un jour la chenille grossit suffisamment. Elle prend conscience de son importance, de son véritable rôle dans la société. Alors, dans un dernier acte de solitude, elle s'isole complètement, s'enfermant dans une carapace. Une bulle intime qui n'a pour but que l'évolution, le changement. Et c'est là, après des longs instants vécus comme une seule seconde, que la chenille atteint sa vraie forme. Des longues ailes souples et translucides, aux couleurs flamboyantes ou très sombres. Un corps affûté, prêt à dominer un monde dont il n'était que l'esclave. Ainsi la vilaine petite chenille devient le roi papillon.

Et ce roi, enfin, peut trouver sa reine. Épanoui, heureux, il fonde sa famille, promettant par dessus tout de défendre ses proches. Alors les chenilles qui naîtront vivront de la même façon que leur père. Mais, sans qu'ils le sachent, leur solitude sera toujours surveillée par leurs aînés. Là réside la vraie force du papillon et de son clan. S'ils sont si forts, c'est par les épreuves qu'ils subissent. Mais, depuis des temps immémoriaux, chaque membre veille sur les plus jeunes, afin de les guider sur le bon chemin. Afin qu'un jour ils brisent, à leur tour, leur chrysalide.

Et dans cette légende éternelle, quelques événements viennent parfois perturber le cycle parfait. Une nuit dans le monde des hommes, deux êtres naquirent de l'essence des papillons. Laids, ronds, enrobés, maladroits, malhabiles, comme les chenilles qu'ils étaient. Élevés par un père trop occupé et une mère maladive, ils ne réussirent à éviter la solitude que grâce à leur lien de sang. Le papillon noir se nourrissait de la bonté du papillon blanc qui, lui, se construisait sur la violence de son égal. Ainsi naquit une nouvelle race de papillons, vivants l'un de l'autre, se forgeant une puissance dans le malheur, les flammes et les railleries.

- Ce monde est à nous Shiro.

Ainsi parlait Chôkuro, le plus enflammé des deux, à son frère endormi. Seul, éveillé dans la nuit noire, ses pensées l'empêchaient de dormir. Comme toujours, son ambition lui brouillait la vue, sa volonté embrumait son esprit.

- On est les seuls a en être capables. Toi et moi. Ensemble. Un jour je te montrerais la voie.

Sur ces mots, le géant se leva de son siège, sortant lentement de la chambre de son frère. Il fit de même avec la maison, posant le pied en dehors du domicile de son clan. Le jour se levait presque sur Iwagakure et le brouillard s'estompait peu à peu, percé par les rayons d'un soleil aussi chaud que le feu qui brûlait en notre homme. Son ombre s'étendant derrière lui, un pas s'enclencha dans son sillage, se rapprochant peu à peu. Une main se posa au niveau de sa hanche, alors qu'une voix enfantine se faisait entendre.

- Dis monsieur ? J'ai perdu Kouki j'arrive pas à le retrouver !
- Qu'est-ce que ça peut me faire, gamine ? Démerdes-toi un peu.
- Mais c'est mon seul ami...
- Et alors ? C'est pas utile les amis, ça finit toujours par te trahir.

Son visage était fermé, sombre, comme si rien ne pouvait l'atteindre. La détresse des enfants de ce pays, vivant dans l'opulence et les richesses, ne le perturbait aucunement. Plus jeune, il avait vu des petits garçons mourir dans une explosion et des petites filles hurler sous la lubricité infâme des soldats sans morale. Alors les affaires de poupées perdues des gamines, ça lui passait très loin au dessus de la tête.

- Les autres ils se moquent toujours, ils disent que je suis qu'une grosse barrique...

Une larme roula sur la joue de l'enfant et s'écrasa sur le sol. Plus haut, le visage de l'Akimichi s'était, lui aussi, modifié. D'habitude semblant habité par une colère brûlante, son regard était cette fois animé d'une lueur froide, bien plus inquiétante. Son visage d'ordinaire tordu par des années de rancoeur s'était détendu, ce qui n'était pas pour rassurer tout le monde. Une colère bien plus profonde l'habitait désormais, celle qu'il réfrénait toujours.

- On va le retrouver ton Kouki. Et après on ira s'occuper de ces sales gosses.

Après une bonne heure de recherche, celui qui se révéla être une peluche effilochée perdue dans une rue, à un kilomètre de sa propriétaire, fut retrouvé. Des larmes, de joie cette fois, continuaient à couler sur les joues de la petite fille rondouillarde, heureuse de ne plus être seule. Mais c'était la suite qui promettait d'être intéressante. Car le réel désir, la réelle motivation de Chôkuro, était d'apprendre une leçon à ces enfants irrespectueux, qui ne se rendait pas compte du mal qu'ils faisaient.

- Oh non... C'est Kagawa... Il m'appelle Chouquette...

Elle s'était arrêtée brusquement, se cachant derrière la jambe épaisse du rouquin. Du haut de ses 7 ans, elle tremblait de tout son corps, terrorisée à l'idée de croiser un garçon de son âge. Le poing du jeune homme se serra à tel point que ses veines crurent exploser. Il fixait la direction indiquée, où se tenaient un petit garçon et son père. En un temps record, qui semblait n'être qu'un pas, le papillon noir venait de saisir le col du paternel, le soulevant dans les airs. Paniqué, l'homme barbu lâcha son sac de course, criant à l'aide.

- Personne ne va venir en aide à un sac à merde comme toi. Alors ferme ta gueule et écoute moi. Tu ne t'en rends certainement pas compte, comme tous les parents aveuglés par la perfection de leurs enfants, mais ton fils est une raclure de chiotte. Alors qu'on soit bien clairs, je garde cette petite fille à l'oeil. Si jamais elle vient encore une seule fois me dire que ton fils l'a insulté ou ne serait-ce que jugée sur son physique... Je reviendrais, où que tu sois. Mais cette fois je serais moins laxiste.

Il était 9h du matin et les rues se remplissaient légèrement. Quelques passants, effrayés, avaient déjà fui la scène. D'autres, curieux et malsains, contemplaient le spectacle. Le spectacle d'un homme en train d'en tuer un autre. Car oui, le regard assombri par sa colère et ses émotions, Chôkuro ne sentait pas sa main se refermer de plus en plus sur la gorge du civil.

Mais personne ne semblait assez courageux pour l'arrêter...

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Dernière édition par Akimichi Chôkuro le Mer 27 Sep 2017 - 16:26, édité 1 fois
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Lun 25 Sep 2017 - 19:06
La nature humaine à cette chose d’admirable, cette chose si forte, qui donne, même aux personnes paralysées, l’envie de se relever, de se battre contre la vie. Il n’y a rien de plus beau comme de plus triste que cette tendance à vouloir survivre quand même la vie vous fait faible, et vous tend le pire des pièges pour vous le rappeler lorsque vous vous élevés finalement parmi les forts. Elle vous ramène à votre état de faiblesse, vous endort pendant des années, mais vous continuez à vous battre, par peur de ce qu’il y a de pire que la mort ; l’incapacité. Plus qu’un état, c’est un style de vie auquel on doit s’habituer.

Sauf que certains ne s’y habituent jamais, et continuent, jour après jour, à se battre pour sortir de la caste des faibles, des incapables, des bons à rien. C’était pourtant dans sa nature, mais Takamori était de ceux-là. Né de nature faible, il s’était endurci et avait, années après années, travaillé pour que plus jamais les forts ne le regardent de haut. Les faibles ont ça de fort que les forts ignorent, cette hargne qui les pousse toujours à se rapprocher d’eux. Takamori en était fait, de cette hargne. Elle était la force dans ses jambes, dans ses bras, son dos et son esprit. Il n’avait que ça pour le pousser plus loin chaque jour, autrefois chaque nuit.

Cette nuit, il s’était éclipsé de sa chambre, comme il le faisait dans sa jeunesse. Mais aujourd’hui, ce n’était plus pour les mêmes raisons. Aujourd’hui, il pouvait rattraper les forts de jour, alors il profitait autrement plus de ses nuits. Cela faisait un moment maintenant qu’il louait cette chambre. Il y passait rarement, seulement quand l’envie s’y prêtait. Il y passait la nuit, accompagné de filles toutes resplendissantes les unes que les autres, aux prix tous plus exorbitants les uns que les autres. Pourtant, le plaisir se faisait minime. Ce n’était que corporel, physique. Il n’y avait rien d’excitant dans les nuits qu’il passait ici. À la fin, il passait toujours les mêmes longues nuits, plongé dans les méandres de ses pensées.

Cette nuit n’échappait pas à la règle. Assis au coin de la fenêtre de cette chambre, fumant son calumet, il regardait la femme à ses côtés, sereine et paisiblement endormie. De l’autre côté de la fenêtre, la lune commençait à laisser place à un soleil lumineux, symbole de la fin de cette longue nuit, à laquelle il était longtemps resté accroché. Il l’observa disparaître alors, observa les passants sans visages apparaître, les uns après les autres. Etaient-ils parmi les forts, parmi les faibles ? S’en souciaient-ils même ? Au regard de Takamori, ils avaient tous le potentiel d’être parmi les forts, plus encore que lui, lui qui était né avec une faiblesse naturelle. Alors pourquoi se contentaient-ils d’un rien ? Pourquoi ne se nourrissaient-ils pas de cette hargne qui l’avait nourrie, lui ? Pourquoi ne couraient-ils pas vers la caste des forts, les rejoindre en grandes pompes ? Etaient-ils heureux d’être incapables ?

En bas, après s’être perdu une fois de plus à l’intérieur de son esprit, Takamori fut témoin d’une scène pour le moins surprenante et intéressante. Alors qu’un homme et son fils rentraient tranquillement chez eux, l’air sûr et hautain, un homme à la carrure de géant s’interposa face à eux. Le géant avait tout d’une brute, mais il était accompagné lui aussi d’une petite fille à l’air apeuré qui se cachait derrière une jambe de quatre fois sa taille. Perché sur sa fenêtre, Takamori admira la scène d’un œil intrigué. Avait-il finalement trouvé un fort, parmi les faibles sans visages ? Le géant souleva le père, surpris, d’une facilité déconcertante, rappelant la facilité avec laquelle le père lui soulevait son sac de course, une seconde plus tôt. Déblatérant un discours tout aussi familier que poignant, le géant prouva à un Takamori intéressé qu’il existait des brutes sachant user de leurs cervelles. Mais plus les minutes passaient, plus l’étau de la géante main se resserrait sur le cou du pauvre père, qui d’apparence n’avait rien fait pour mériter un tel acharnement. Le Nagamasa posa alors un pied dans sa chambre, suivi de près par le second. Lentement, il replaça Kinshi dans sa ceinture, observant une dernière fois la femme endormie dans son lit avant de prendre la porte de sortie.

Refermant ses lèvres sur son calumet, il descendit les quelques marches le séparant de la rue où toute la scène se déroulait encore. Restant au pied des marches, il prit plaisir à observer la facilité avec laquelle la masse de muscle étouffait le père de famille, sans une once d’hésitation. Et comme les spectateurs, pour le peu qu’ils étaient, observaient la scène avec effroi, sans pour autant rester parfaitement passifs. L’être humain avait ça de passionnant également, la facilité avec laquelle ils se convainquaient qu’il n’était pas dans leur rôle d’intervenir, mais toujours dans le rôle d’un autre.

- Une minute encore, et la brute que vous êtes créera un orphelin, soupira-t-il avec sa fumée.

Avançant d’un pas lent, supporté par sa main contre le mur, les jambes faibles, il s’approcha du champ de vision du géant.

- Mais rassurez-vous, je n’ai rien contre cela. Chacun sa guerre, et après tout, peut-être qu’après avoir perdu son père, cet enfant cessera d’être une ‘raclure de chiotte’. Enfin, si telle est la suite que vous avez imaginez, alors continuez. Cela ne fera qu’attiser la haine de ce garçon, qui finira peut-être par sortir des sentiers battus des faibles cherchant à se sentir meilleur en insultant autrui, pour qu’enfin il atteigne la caste des forts, cherchant revanche envers votre personne.

Reposant son dos sur le même mur, il coinça de nouveau son calumet entre ses lèvres, le libérant quelques secondes plus tard.

- J’ai longtemps parlé, agissez ou il sera trop tard.

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I don't need or want to protect anything.
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Mar 26 Sep 2017 - 23:12
Sa respiration se fait lente, saccadée, bientôt impossible. Ses mains, si petites et si faibles, viennent frapper avec ardeur l'étau qui l'immobilise. Il cogne, de toutes ses forces, tentant de se débarrasser de celui qui, dans quelques instants à peine, deviendra son bourreau. Ses lèvres essayent, en vain, de prononcer les mots. Ces mots d'excuse, ces insultes, ces réprimandes. Ces derniers mots qu'ils voudrait adresser à son fils, alors qu'il sent la vie l'abandonner sereinement. Cette force est herculéenne, mais le père n'est pas né du bon côté de cette puissance, capable d'annihiler la vie d'un homme en quelques instants. Alors, dans un souffle qu'il croit être le dernier, il abandonne. Sa peau, bleuie par l'étreinte insupportable, se détend soudainement, comme le reste de son corps. Et il tombe au sol, sa conscience envolée pour l'instant.

Le petit garçon s'était éloigné. Soudainement, il passe entre les jambes du géant, sautant sur son paternel. Il le prend dans ses bras, allongeant son petit corps sur lui, afin de le protéger. Son regard embué de larmes ne voit plus rien d'autre que cela. Le corps inerte de son père, juste sous lui. Pendant un instant, la peur étreint son cœur. Un instant seulement. Déjà la chaleur revient dans ce corps immobile. Régulière, rythmée, sa respiration reprend. Sa poitrine reprend sa danse habituelle, suivant sa sonorité habituelle. Il reprend doucement vie, s'échappe au dernier instant de la barque de Charon, les yeux toujours fermés. Il lui faudra plus de temps.

- Je déteste cette fumée.

Un nouvel arrivant, une nouvelle voix, une nouvelle odeur, voilà ce qui avait sauvé l'homme. Une senteur désagréable, irritante, insupportable. Les narines, pourtant toujours si avides du géant, se refusent à sentir plus longtemps ce parfum dégoûtant. Même sa bouche, si gourmande, recelant de papilles expertes, se refuse à absorber le contenu de la fumée. Par peur. Peur de ne plus rien sentir, peur de tout perdre, tout ce qui fait la renommée de son palais. Une peur idiote, mais bien rationnelle pour un homme comme lui, pour un fin gourmet.

- J'avais le contrôle de la situation avant que tu la ramènes.

Un mensonge. Si le rouquin tente de se convaincre lui-même, son cœur se serre et semble manquer un battement. Il n'avait jamais eu le contrôle. Sans que personne ne lui dise quoi que ce soit, Cerbère aurait accueilli avec joie un nouveau membre dans son antre. Et c'était cet homme qui l'avait arrêté.

Un homme d'une carrure tout à fait différente. Plus petit, plus frêle, borgne, maigre. Il était, sans aucun doute, de la même trempe que l'homme qui avait failli mourir. Ou comme tous les hommes réunis dans l'attroupement qui s'était formé. Alors pourquoi lui ? Pourquoi cet homme aux cheveux tirant sur le bleu avait-il choisi d'intervenir ? Il était différent, cela ne faisait aucun doute. Mais en quoi ? Était-il simplement idiot, inconscient ou particulièrement confiant dans ses capacités ? La question était légitime.

Non. Rien de tout ça.

Il était venu parce qu'il était curieux. Il venait d'intervenir pour rompre son ennui. C'est ce que son œil transmettait au jeune Akimichi. Son apparente détente et son phrasé poli mais informel le trahissait plus qu'autre chose. Ce jeune homme venait de trouver son activité du matin, celle qui briserait sa routine, cette fois ci.

- Et on peut savoir qui t'es, l'enfumeur?

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Mer 27 Sep 2017 - 16:08
Alors que l’épiderme du père de famille se voyait changer de couleur sous l’étau du géant, ce dernier commença à se desserrer lentement pour laisser tomber au sol un homme faible à la respiration haletante. L’observant reprendre doucement sa respiration sous la chaleur de son enfant, le samouraï resta silencieux, spectateur. N’agissant qu’à travers la parole. Nul besoin de plus. La petite fille ne sait quoi exprimer, sa gratitude ou son effroi, restant alors figée là. Le père et son fils se remettent doucement de la scène. Une question taraude notre samouraï. A-t-il véritablement à faire à un Iwajin ? Qu’importe, il sait comment occuper ses matinées, et il occupe par la même la sienne. Il la transforme en une chose bien plus intéressante. Il est irrité par la fumée qui se dégage des lèvres du samouraï, son visage est facilement lisible. Il affirme avoir gardé le contrôle de la situation. Un mensonge apparent qui provoque un court rire chez le Nagamasa.

- Le contrôle de la situation, dites-vous ? Comment alors expliquez-vous que votre discours soit en parfaite opposition avec vos actes ? Etiez-vous en train de vous montrer laxiste, lui laissiez-vous la seconde chance promise ? Non, dit-il avant de reposer un instant son calumet sur ses lèvres pour recracher cette même fumée irritante. Non. Vous ne la lui laissiez pas. Vos yeux ne démontraient aucune hésitation, plus aucune humanité. Vous alliez le tuer. Et personne n’aurait rien fais. Personne ne l’aurait regretté, après tout, si ce n’est son pauvre enfant. À moins que vous comptiez vous en occuper tout de suite après. Cela aurait été une solution.

Takamori prend alors un temps de pause, adossé à son mur, la main sur le manche de Kinshi. Le père crache toujours ses poumons, ne sachant déterminer s’il doit remercier l’homme ayant intervenu tant il ne démontre aucune empathie mais s’amuse plutôt de la situation.

- Je pensais avoir trouvé une brute faisant preuve d'un minimum de jugeote, mais il apparaît maintenant que je me suis fourvoyé.

Le père de famille se relève doucement, docile, l’homme dompté par l’animal. Mais quel animal. Si Takamori s’identifie au papillon, à quoi le géant peut-il bien s’associer. Rien de bien élégant, probablement. L’homme se releva, l’œil hésitant à jeter un dernier regard à son assaillant. Lentement, il disparut, la peur apparente, logée directement dans son estomac. Le géant reprend la parole, le visage dur et fermé.

- Ne doit-on pas se présenter avant de demander d’en faire autant ? Peu importe. Je me nomme Takamori, du clan Nagamasa. Probablement le moins reconnu de tous, et à raison.

Crachant une énième fois sa fumée dans le vent, Takamori se redressa et avança, faisant maintenant dos au géant. Sortant son katana pour l’aider à supporter la marche, il s’arrêta un moment et tourna légèrement la tête vers la brute.

- Pourrais-je avoir au moins un nom, étranger ? Je ne doute pas que le nom de brute vous aille à merveille, mais j’ose espérer que vous ailliez une véritable appellation vous désignant.

Reprenant sa marche dans le plus grand des silences, il attendit du géant qu’il le suive et s’arrêta alors de nouveau quelques mètres plus loin.

- Allons. Qu'attendez-vous ? Ne faut-il pas ramener cette petite fille chez elle ?

La petite fille n’était qu’une excuse. Tout ce qui l’importait était le géant. Il n’avait que rarement été autant intrigué par des personnes, et plus rarement encore dans ce sens. La masse qu’il était n’avait pas eu une once d’hésitation, semblant pouvoir ôter la vie aussi facilement qu’un papillon meurt. Ni remords ni regrets. Une perte de contrôle. Intriguant. Passionnant. Takamori avait trouvé quelque chose pour enfin le sortir de son ennui perpétuel.
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Mer 4 Oct 2017 - 9:23
Des jugements, des dénigrements, des affronts, de la fumée, quelques politesses, une invitation. L'homme à la pipe n'était pas clair avec le monde qui l'entourait et ne semblait pas au clair avec lui-même non plus. Il semblait presque habité par deux personnalités. Le curieux et le moralisateur. L'un à la recherche de frisson, l'autre se sentant obligé de tout commenter, de tout juger. L'un va avec l'autre, sa morale abreuvant son envie d'en savoir. Mais l'autre contrarie l'un, sa recherche d'occupation l'empêchant de vraiment remettre son interlocuteur à sa place.

- Dans un premier temps, oui.

Son pas emboîte celui de l'homme dont l'odeur le répugne, tant il est constamment entouré de cette exécrable fumée, de ce brouillard qui enfume jusqu'à son cerveau. Cela expliquerait ses contradictions du moins. Si la marche du géant est assurée, vive, la petite fille derrière lui court plutôt. Malgré sa peur et ses tremblements, elle semble préférer rester avec celui qui voulait la protéger. Serrant sa poupée, origine de toute cette histoire, entre ses bras frêles, elle finit par rattraper l'héritier du clan Akimichi, se positionnant entre lui et le sabreur.

- Merci monsieur...

Sa voix tremble mais son intention ne vacille pas. Cet homme qui la terrorise, au regard de braise, éveille en elle une force jusque alors inconnue. La force de se battre, la force de relever la tête et d'arrêter de trembler. Sa voix incertaine, mais parfaitement audible en est la preuve. Et nul doute que le fumeur l'a entendue aussi. Chôkuro ne baisse pas le regard, comme s'il n'accordait aucune importance à cette enfant. Pourtant sa main se pose sur ses cheveux, dans un geste presque paternel. Apercevant un banc, il fait fi de son interlocuteur et s’assoit dessus, laissant l'enfant prendre place à ses côtés.

- Tu sais petite, il faut que tu saches certaines choses... Ce que j'ai fait ce matin n'est pas quelque chose de bien, dit-il en posant son regard sur le samouraï, ni quelque chose de juste. Cet homme méritait d'être puni, mais j'allais le tuer. Le meurtre n'est pas une solution, la colère non plus. Je n'ai pas pu me contrôler parce que... Je me vois en toi.

Il parlait bien à l'enfant, mais son regard était dirigé dans le vide. Sa voix était claire, puissante, si bien que chaque personne dans la rue pouvait l'entendre. Mais, comme toujours, personne ne s'y intéresse, alors que quelques secondes avant , tous étaient prêt à assister à un meurtre sans sourciller. Peu importe. Il ne cherchait à capter l'attention que de sa jeune auditrice.

- J'étais comme toi, enfant. Rond, faible, moqué. J'ai reçu les mêmes insultes, j'ai vécu les mêmes violences. Personne ne t'aidera. C'est un combat qui se fait seul, malheureusement. Mais c'est la seule voie. Ne tombe pas dans la colère comme je l'ai fait par erreur. Personne ne m'a guidé et j'ai plongé dans une rage insurmontable. Tu n'es pas comme moi. Prouve leur que tu mérites autre chose. Sois une personne admirable !

La petite fille, attentive, se rapproche de celui qui lui donne tous ces conseils. Il n'a pas l'élocution des grands maîtres ninja, mais il sait transmettre ses émotions. Doucement, elle grimpe sur ses genoux, plongeant son regard dans le sien. Si petite et pourtant déjà tellement meurtrie. Elle comprend tout, elle enregistre tout. Sans qu'il ne l'ait voulu, il devient son mentor, une direction à suivre. Attendri, celui-ci lève le regard en direction de celui qui juge tout, du curieux invétéré, ou des deux à la fois.

- Je m'appelle Chôkuro, le papillon noir du clan Akimichi. Je n'ai pas apprécié tes jugements de tout à l'heure, mais je dois admettre que tu avais raison, les yeux de cette enfant en témoignent. Je n'aime pas ta fumée, mais elle m'a arrêté dans mon geste meurtrier. Je me dois de te remercier. Mais j'ai aussi une question.

Il marqua une pause, très courte, juste le temps de reprendre son souffle.

- Pourquoi es-tu intervenu, toi qui ne semble pas avoir accordé de réelle importance à la vie de cette homme ? Es tu un justicier au cœur noble ou simple passant intrigué par la situation ?

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Sam 7 Oct 2017 - 9:43
La marche continue. Takamori remet un peu de tabac dans son Kiseru et le rallume, laissant s’échapper d’entre ses lèvres une fumée plus importante, plus massive. Le samouraï range ses allumettes et sa blague à tabac à l’intérieur de son yukata, une poche spécialement cousue pour. Un sourire incertain, il entend la petite fille se hâter entre lui et la brute. Elle remercie. Un instant, Takamori se demanda qui, mais il ne faisait aucun doute qu’elle remerciait la brute, malgré son manque de jugeote. Le grand homme au visage sévère s’assoit sur un banc, trop petit pour lui, trop vieux certainement. La petite fait de même, ne laissant au samouraï que le choix de rester debout devant eux. Mais cela lui convient parfaitement. S’asseoir aux côtés de quelqu’un, c’est accepter l’égalité entre les deux parties, c’est se mettre au même niveau, ce que Takamori n’envisage pour rien au monde.

Le samouraï écoute le petit discours sentimental de la brute. Il se voit en elle… Takamori tend l’oreille un peu plus. Il écoute, mais jamais n’acquiesce. Il comprend, leurs histoires semblent s’accorder avec la sienne. Les faibles, moqués par les forts. Il est toujours question de cela, après tout. Mais il choisit de ricaner. Comme s’il se moquait à son tour. La vérité étant qu’il est incapable de s’ouvrir, qu’il préfère se cacher derrière une façade, et c’est ce qu’il fait alors. Son œil cerné, posé sur le joli duo, lui donne un air malade, perfide. Pourtant, à l’image de la fumée grise qui le survole, il fait un tour dans son esprit. Flottant d’une pensée à l’autre, il n’écoute plus. Le géant n’est pas bien différent de lui. Autrefois faible, moqué, il fait aujourd’hui tout pour se hisser parmi les forts, mais à l’instar du samouraï, il essaye à son tour de tirer les faibles vers le haut, brisant le cercle vicieux. Le samouraï n’en a que faire des autres. Qu’ils se construisent d’eux-mêmes, traversent les flots torrentiels par eux-mêmes et en sortent victorieux.

Puis soudain le samouraï est arraché à ses pensées. Le géant lui adresse la parole. Il se présente sous le nom du clan Akimichi, sous le prénom de Chôkuro. Intéressé par la signification de son prénom, Takamori baisse son unique œil droit sur la bête. Son œil s’ouvre grand, frétille de curiosité, le nourrit d’intérêt. Le papillon noir le remercie avant de s’étaler en questions. Le Nagamasa ricane.

- « Pourquoi es-tu intervenu ? », « Pourquoi m’as-tu protégé ? », « Pourquoi as-tu brandis ton arme pour moi ? »… Encore, encore et encore. Qui a bien pu vous inculquer donc que tout homme avait besoin d’une raison pour agir. Je ne suis pas un justicier, et ce n’est certainement pas la situation qui m’a intrigué. Vous dites être un papillon noir, ricana-t-il encore, je suis un papillon blanc, cherchant sa couleur au travers des batailles. Un pauvre papillon, auquel on aurait arraché un bout d’aile, et qui malgré tout, continue de voler sans cesse derrière la même lumière. Voilà qui je suis.

Marquant une courte pause pendant laquelle il s’évertua à faire grandir le nuage de fumée l’entourant, il reprit.

- Non. Bien sûr que non que la vie de cet homme ne m’intéresse pas. Le loup n’a que faire des nourrissons, il part directement chasser le plus gros. Il n’y a rien de différent chez l’être humain. Mais vous… Vous étiez prêts à vous rabaisser à chasser le nourrisson, pour cette petite… J’ignore quoi en penser. Je pensais qu’une telle carrure aurait renfermée un cœur de pierre, mais il semble plutôt que le golem de pierre protège un cœur d’artichaut… J’ignore si je vous trouve pitoyable… ou remarquablement bon…
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Sam 21 Oct 2017 - 23:56

- Moi je n'ai aucun doute sur ce que je pense de toi. Tu es à la fois perdu et lamentable. Ta seule raison d'agir est la curiosité. En vérité, même cela me semble être un mensonge. Tu n'es pas là par curiosité mais parce que tu es à la recherche d'une raison de vivre. En témoigne ton attitude.

D'un mouvement brusque, le géant roux se dressa sur ses deux pieds, surplombant avec facilité son interlocuteur de plusieurs têtes. Du revers de la main, il dispersa avec une colère froide la fumée insupportable qui l'entourait. Cette fumée que l'homme, sans vergogne, soufflait avec ardeur, à quelques dizaines de centimètres d'une petite fille. Preuve d'un comportement irrespectueux, tentative vaine d'asseoir une domination futile.

- Cette fumée, aussi dégoûtante soit-elle, tu ne la souffles pas par plaisir. Je vois clair en cela. Tu te caches derrière ta pipe comme cette enfant se cachait derrière ma jambe. Tu n'es qu'un enfant, toi qui clames de grands discours sur les actes des hommes.

Il se rapprocha encore de quelques centimètres, désormais tout proche du samouraï, le visage calme, le regard enflammé.

- Peut-être es tu papillon. Mais un de la pire espèce. Tu ne suis pas ta lumière, celle-ci t'occulte, comme le racontent si bien tes yeux vides. Tu es ce papillon solitaire qui s'est laissé piéger dans un verre, tentant avec bêtise d'attraper le soleil, plutôt que de chercher la sortie.

Son pied droit se posa juste à côté du pied droit du Nagamasa, alors qu'il passait à côté de lui. Son attitude était empreinte de mépris, d'arrogance, de jugement. Cet homme n'avait pas mérité le respect que Chôkuro accordait d'ordinaire à ses adversaires, et ses pas qui l'éloignaient déjà témoignaient de toute l'importance qu'il accordait à cet homme. Il était comme tous les autres.

- Nous n'avons rien de semblable. Je suis né indigne, sali, faible, moqué, abîmé, détruit. Mais j'ai su me construire sur ma propre force, sur ma propre volonté. Aujourd'hui je sais qui je suis, je connais mon histoire. Tu dégages l'impression inverse. Tu es né dans un grand clan, couvert d'honneur, de puissance, d'amour, de talent. Mais tu n'en as rien fait et aujourd'hui, tu recherche dans les autres tout ce que tu n'arrives pas à voir en toi.

À sa main droite, la petite fille le rejoint, semblant comprendre la situation sans pour autant en comprendre les mots. À sa façon de lui serrer les doigts, elle montre sa peur et sa gravité, face à une affaire qui la dépasse. Qui dépasse tout le monde.

- Tu es faible, voilà to....
- Monsieur l'épéiste ? Merci de me ramener chez moi, c'est très gentil !

La petite fille avait coupé la verve arrogante de l'Akimichi. Avec ses mots simples, elle venait d'intervenir, ne démontrant aucune réflexion. Rien d'autre qu'une pureté absolue, rien d'autre qu'un regard d'enfant posé sur un homme. Et une main tendue. Une main tendue vers le sabreur, comme une invitation.

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Papillons, Enfance et Menaces (ft. Nagamasa Takamori)

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