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Correspondance Lointaines


Mar 7 Nov 2017 - 7:31


☆ ☆ ☆     CORRESPONDANCE LOINTAINES


Chère Sun-Hi,

Il me semblait t’avoir promis cette lettre, il y a déjà de cela quelques années… Et il ne m’est pas sans savoir que celle ci tu attends avec impatience, ainsi dans l’espoir de veiller cet éclat chaleureux qui borde ton visage, je t’envois ceci.

Une poecile sur le rebord de la fenêtre, de celles que l'on qualifie de « lugubre » quand elles sont parmi les plus précieuses et les plus rares, me rappelle à ton souvenir. Chaque fois il suffit d'un rien ; de la simple clarté du crépuscule, l'envol bruissant d'un loriot, la rudesse d'une écorce résineuse. Ou même l'intense crépitement des flammes qu'enveloppe la froideur du soir. T’ai-je déjà conté, ma chère Sun Hi, quel charme leur lueur fauve sur les sentiers battus, semblable à votre ombre venue me visiter, me procure ? C'est à s'y perdre, en espérant que tu veuilles bien me croire, tant leur élégance ne cesse de m'égarer. Souvent je m'interroge en les admirant danser. Fais-je bien de demeurer ici, à l'écart de tout ce qui m'anime en Iwa ? Ai-je raison de négliger ta précieuse compagnie pour un exil dont la dureté souligne à jamais ton absence ? Je ne sais. Alors je me leurre à ces fumerolles que j'imagine de mon porte-cigarette échappées, et les longues heures de la nuit passent ainsi à les respirer. Y trouveras-tu toi-même une réponse, comme cette première fois où tu m'as guidé ? Je crains de n'être, loin de toi, qu'un de ces poussiéreux parchemins qui se dessèchent à la pensée d'une caresse.

Il flotte dans la brise humide ton parfum d’hélianthe. À t’avouer la vérité, je ne crois pas que le monde se soit drapé de ton apparence et qu'il se plaît à me la peindre goutte à goutte du bout de ses innombrables corolles ; je ne crois pas non plus que l'air, soudain, ait dérobé le musc de tes cheveux pour en répandre l'essence où que je marche. Je crois plutôt, et que l'on brûle ceci si je me fourvoie, que tout cela pré-existait à notre rencontre. Que la montagne entière, avant que je n'en prenne conscience – que de temps perdu jusqu'à ce jour ! –, portait déjà en elle ta nature – sa force et son éternité. J'ai manqué de m'en rendre compte. M’en suis montré aveugle bien avant de l'être. Et si cette erreur ne prétend s'effacer sous aucun pardon, je ne désespère pas de réussir à l'oublier, pour peu que tu acceptes de m'y aider.

Bientôt il pleuvra, de sorte que nous devrons renoncer à descendre à la ville. L'orage approche – il possède ta voix – et persistera en moi le plaisir de l'écouter autant que l'impatience de t’entendre à nouveau. Quand ? J’en laisse le destin, seul et unique maître. Sans mal sauras-tu en comprendre les élans, en apprivoiser les assauts ; ce sont tes mains qui me l'ont dit. Je ne t’apprends rien à t’écrire qu'il me tarde de retrouver leur chaleur, de rendre à ce spectre autour de mes épaules la solidité de tes contours – au moins m'offre-t-il, en ces jours aux couleurs de l'attente, la sensation fugace de ton affection sincère.

D'ici à nos retrouvailles, voudrais-tu me parler de tes silences et de ton vécu en Iwa ? Ils sont si vastes ici que leur écho s'en fait aussi profond que ton regard et leur éclat m'étreint le cœur.

Infiniment tien,
Yoshitsune.
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