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Iwa Shukusai | L'étoile fait fi et file sur les cordes // Yuki Eiichiro


Jeu 16 Nov 2017 - 23:02
Ecrit et composé sur ça

Le festival battait son plein, à grands renforts de tambours, de bruit et de foule bruyante. Un tohu-bohu assourdissant, peut-être un peu trop pour la jeune femme qui avançait d'un pas leste et mesuré dans les rues. Elle filait et évitait les gens qui s'avançaient et se pressaient autour d'un stand de nourriture qui venait tout juste d'ouvrir. L'estomac répondait au premier appel. Le nez de la jeune femme se retroussa dans une mimique de dégoût, quand l'odeur d'huile et de poisson frit se répandit vivement dans l'air, lui donnant des hauts-le-coeur terribles.

Elle espérait trouver un coin plus tranquille où elle pourrait profiter à la fois des festivités et du soir agréable qui s'étendait au-dessus de leurs têtes. Les courses que lui avaient demandées sa mère pouvaient très bien attendre. Pour le moment, l'heure était à s'extirper du fouillis incessant de la zone des restaurations.

Quand la brune parvint enfin à s'extirper de la foule, pour arriver sur la place qu'elle espérait moins bondée, elle respira une grande goulée d'air frais et s'éloigna d'un pas léger, mais vif. Cette odeur de poisson et d'huile était véritablement entêtante. Espérons que cela ne gâterait pas les lis de son jardin dont elle avait paré ses cheveux noirs et fins, rattachés en un chignon. Seul élan de coquetterie qu'elle avait eu, étant donné qu'elle portait ses habits quotidiens, qu'elle utilisait autant pour jardiner que pour s'entraîner. Ses mains étaient d'ailleurs encore pleines des cendres qu'elle avait manipulées pour confectionner un terreau digne de ce nom.

Un soupir traversa le bout de ses lèvres. Comme toujours, son humeur faisait vaciller le point de vue qu'elle avait sur ce fameux pouvoir, à la fois beau et salissant. Les habits à moitié tâchés de noir, c'était comme cela qu'elle passerait la soirée. Et puis que lui importe, elle n'était pas comme ses femmes qui se gaussaient d'avoir plusieurs amants ou de retrouver un homme chéri le soir. Elle s'en moquait bien, l'ancienne petite nomade. Son père paralysé, sa mère vieillissante et ses grands-parents ayant presque atteint la fin de leur vie, elle avait bien d'autres personnes dont s'occuper.

Elle entendait clairement de la musique provenir de l'estrade au centre de la place, mais vu la foule, Azami abandonna bien vite l'espoir de s'approcher. Avec un reniflement de nez, elle finit par se placer à l'écart, bien malgré elle. Le shamisen et les tambourds s'alliaient avec force avec la voix d'une chanteuse fastueusement maquillée et habillée. Entre grondements de la peau des tambours et mélodie enchantante de l'instrument à cordes, il y avait de quoi comprendre pourquoi cela avait attiré badauds et habitants.

Balayant la place de ses grands yeux couleurs de suie, elle finit par repérer un banc occupé seulement par un homme. Plutôt à l'écart, on pouvait probablement suivre le concert sans être dérangé par la foule.

Un lieu de solitaire, en somme.

S'approchant doucement, avec un peu d'hésitation, elle finit par s'incliner devant l'homme qui lui tournait le dos de trois-quart, tout en demandant d'une voix douce et calme :

« Je fuis aussi la foule pour un endroit plus tranquille. Accepteriez-vous que je prenne place à vos côtés pour profiter de la soirée ? »

Simplicité et efficacité dans la demande, qui pouvait paraître pour de la froideur, mais qui n'allait seulement que droit au but, sans détour et grandes pirouettes.
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Ven 17 Nov 2017 - 9:32
Douceur. Apaisement. Iwa était bel et bien différente de Kiri. Watari avait peut-être eu raison de l’emmener ici. L’Hoshino connaissait les troubles du Yuki. Il connaissait les tourments. S’il ne parlait pas encore de son mal du pays, ou qu’il parlait peu des douleurs persistantes, il remerciait silencieusement son ami. Ils n’avaient pas encore eu le temps de réellement évoquer cet exil. Ni même vraiment de se retrouver. Comme si les deux hommes avaient échangé les places. Alors que l’Hoshino semblait traverser le Village dans tous les sens, il se contentait uniquement d’écouter. Attentif. Silencieusement, le plus souvent. Mais, là, alors qu’il marchait seul, Kiri lui manquait encore. Car elle avait été une partie de sa vie, un travail de longue haleine, construit sur de nombreuses années. Ce soir-là, encore, il ressentait cette absence. Ni Brume. Ni Pluie. Au Village de la Roche, l’Eau lui manquait.

Solitude. Peut-être était-ce le sentiment qu’il ressentait le plus durant ces moments. Lassitude. Homme de la Brume. Homme de la Glace. Il n’était rien de cela. Devenu une ombre, plongé dans les ténèbres de sa cécité, l’absence de responsabilités lui était bénéfique et, pourtant, le rendait entièrement inactif. Alors qu’il se reposait, qu’il pouvait enfin oublier les tracas des concerts politiques, qu’il pouvait enfin réfléchir pour sa propre personne, il se rendait compte de l’immense vide. Lui qui avait à la tête du Clan. Lui qui avait dirigé les Geôles. Lui, encore, qui avait mené la Répression dix années plus tôt. Lui, aussi, qui s’était rebellé contre la Shôdaime. Mais ici, il n’était rien. Juste un peu de cette poussière qui, en journée, se collait à sa propre peau. Ici, il n’était qu’un prisonnier politique, un homme dont la tête serait bientôt remise. Comme un trophée. Comme une preuve de bonne foi. Alors qu’il était bousculé par un passant inattentif et grincheux, il poussait un autre soupir.

Iwa vivait d’une autre atmosphère. Malgré l’arrivée des Déserteurs, un Festival se déroulait à travers l’ensemble du Village. Peu importe la condition, peu importe l’heure du jour ou de la nuit, une activité se déroulait quelque part. En fête, il n’était pas rare d’entendre quelques jeunes filles rire trop facilement aux blagues légères de garçons qui se pensaient conquérants quand ils n’étaient que les conquis. Quelques enfants se couraient, ici et là, l’un derrière l’autre, dans un jeu qu’ils étaient encore les seuls à connaître les règles. Quelques parents, attentifs, discutaient autour d’une boisson rare. Certains, plus fêtards, profitaient jours et nuits, oubliant les lueurs, au seul profit de leur plaisir. Quelques marchands, venus de contrées lointaines, hurlaient à qui voulait l’entendre qu’ils avaient le meilleur des trois Villages. Pourtant, alors que les dernières lueurs du jour tombaient, le Yuki s’arrêta uniquement aux sons d’un concert. Inspirant longuement, profitant, il se posa bientôt là, à écouter, simplement. Si, dans un premier temps, il restait debout, les premières épaules reçues eurent raison de sa patience. Aveugle, il gênait les passants qui n’étaient pas là pour faire attention à lui. Un soupir et, bientôt, tâtonnant pour toucher quelqu’un, il demanda s’ils voyaient un banc sur lequel il pourrait s’asseoir.

Bandeau sur les yeux, les deux mains posées sur le sommet de sa canne, le dos légèrement voûté, l’aveugle profitait du concert. C’étaient quelques artistes avec un véritable talent qui, à sa grande surprise, arrivaient à lui faire oublier, pendant quelques minutes, la nostalgie d’un pays qui n’était plus le sien. Pourtant, ici, le monde était bien différent. Peut-être qu’ici, ils ne cherchaient pas le repos du guerrier, dans une tentative toujours de plus en plus brutale. Ici, de ces premiers jours à y vivre, il ressentait cette impression que la paix était la véritable quête. Alors qu’il souriait pour lui-même, l’esprit apaisé, il fut surpris par une voix qui, venant de derrière, lui parlait. Se tournant de moitié vers l’origine, sans pour autant la voir, il hocha de la tête.

_ Ce n’est pas tant la foule que je fuis, mais s’il y a de la place pour deux ou plus, n’hésitez pas. »

Il sourit, hochant de la tête, et, posant sa main gauche sur le banc, tâtonna à la recherche du bord, se décalant légèrement comme il le pouvait. Et, sans réellement savoir ce qu’elle faisait, délaissant un instant la musique, il prononça quelques mots en direction de l’origine, supposément féminine, de la première question.

_ Êtes-vous aussi étrangère que je ne le suis ? »
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Ven 17 Nov 2017 - 10:42
Azami remarqua seulement le bandeau sur ses yeux quand il se retourna à moitié vers elle. Elle retint un oh exclamatif et étonné en ses entrailles et resta silencieuse quant à ce détail. Ce n'en était pas réellement un, mais elle savait à quel point les mutilés et les estropiés pouvaient mal vivre le regard des autres. L'inconnu ne croiserait jamais le sien, très certainement, mais elle s'efforça malgré tout de rester aussi impassible que possible. Ses pupilles de suie le détaillaient avec une curiosité quelque peu frileuse et attentionnée. Brun, musclé en apparence sous ses vêtements, elle ne pouvait que remarquer sa position quelque peu piteuse. Mélancolique, peut-être ? Il dégageait malgré tout un calme agréable pour la jeune femme qui n'appréciait que peu l'agitation ambiante et chaude du centre de la place. Les bandages qu'il portait aux mains ne retinrent que rapidement son attention. Elle passa sous silence ces éléments, avec une délicatesse qui ne la touchait que rarement.

Elle s'assit avec délicatesse, pressant doucement l'épaule de l'aveugle pour lui faire comprendre qu'elle s'était bien installée à côté de lui et qu'il ne parlait pas réellement à une ombre. La question qu'il lui posa eut l'occasion de la surprendre. Plus, ou moins. Peut-être que dans ses propres accents, on percevait encore les très légères notes d'accent du Pays du Feu. Lui, il ne venait pas d'Iwa, par contre. La jeune femme aurait dû y faire plus attention de prime abord. Elle comprenait un peu mieux sa posture tassée et courbée, comme s'il avait pris plusieurs années, appuyé sur sa canne.

Il était parti de chez lui, ou alors, il y avait été forcé. Et le mal du pays le prenait. C'était une chose que l'ex-nomade connaissait bien. Qu'elle connaissait toujours, elle, qui n'avait jamais réellement eu de patrie. Son corps et sa force appartenaient aujourd'hui à Iwa, mais son coeur l'appelait encore dans les grandes étendues et les plaines desséchées, à dos de cheval et la tête sous la tente.

« Je ne suis pas vraiment une étrangère, ici. Mais je n'ai pas toujours vécu à Iwa, si c'est ce que vous voulez dire. J'ai été nomade pendant de nombreuses années avant de devoir m'installer ici. »

Le vent des soirs d'été vint leur balayer la figure tandis que la musique les berçait de ses accents mystiques et de ses roulements sourds et grondants, qui pouvaient rappeler les tambours de la guerre. La jeune femme étira son dos, malmené par la foule qu'elle avait traversée, laissant passer un instant de silence.

« Si ce n'est pas indiscret... D'où venez-vous au juste ? » reprit-elle doucement.

C'était quelque chose dont elle avait besoin, probablement. D'entendre parler d'autres contrés, d'autres pays. De voyager à travers les autres, pour que son coeur s'échappe avant qu'il ne revienne et ne s'éteigne, pour étouffer sa peine. C'était pour cela que sa langue se déliait, elle qui était si enfermée dans le silence en temps normal.

Comme une étoile que l'on voit filer dans le ciel.
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Sam 18 Nov 2017 - 21:43
A la douce pression sur son épaule, il comprit que la femme n’en était plus à son premier infirme. De ce simple geste, elle s’annonçait. Elle se présentait comme une véritable forme. Lui qui s’était habitué à ne plus voir le monde avec ses yeux, il avait appris à reconnaître les sons, à ressentir les présences, à accepter le contact physique d’une main qui l’accrochait. Certainement n’aurait-il pas accepté cela par le passé. Pourtant, aujourd’hui, plus que jamais, il avait besoin de sentir ce qui l’entourait. Aveugle, il ne pouvait savoir si son interlocuteur était toujours présent. Ou si même il était resté. Mais, avec cette unique pression sur son épaule, elle lui faisait savoir qu’elle ne l’avait pas encore quitté. Qu’elle n’était pas encore partie. Alors, il avait souri délicatement. Il avait hoché doucement, acceptant finalement cette présence inopportune. Qui était-elle exactement ?

Alors, il l’écouta. Brièvement, elle parla d’elle. Très brièvement, laissant entendre qu’elle n’était pas originaire du village, qu’elle n’y avait pas toujours vécu. Longtemps nomade, à ce qu’elle laissait entendre, il se surprit à relever légèrement la tête alors qu’elle se racontait un peu. Hochant la tête, il acceptait ce qu’elle disait, sans pour autant pouvoir réellement la comprendre. Sédentaire de longues années, il ne s’était jamais vu prendre les mers et les routes pour quitter ses terres. Il avait régné de longues années et, soudainement, il n’était plus qu’un vulgaire fuyard. Le fier sédentaire était devenu un bien médiocre nomade le temps d’un exil qu’il supportait difficilement.

Alors qu’il se redressait légèrement, laissant sa tête tomber en arrière alors qu’il flairait le monde, il poussait un doux soupir. La musique à ses oreilles, agréable, évoquait quelques lointaines contrées, entre les tambours de la guerre et les lyres de la paix, son âme se mêlait de ces sentiments mélangés et contraires. Lui qui avait tant combattu, lui qui avait donné son sang et ses yeux au nom de la guerre, cherchait maintenant cette paix. Mais la méritait-il seulement après tous les crimes ? La rédemption lui serait-elle un jour permise ou devrait-il vivre de ses tourments ?

_ Je viens d’au-delà des mers. Je suis né à Mizu no Kuni et j’y ai vécu jusqu’à très récemment. »

Alors que le vent se levait légèrement, il prit la petite coupe qui se trouvait à sa droite, l’amenant à ses lèvres pour boire une brève gorgée de sa liqueur. En cette soirée, alors que la fraîcheur nocturne ne se présentait pas encore, au milieu de cette foule, il discutait avec cette inconnue de l’autre côté de son banc. Et, comme si finalement il s’intéressait lentement à cette étrange rencontre, il lui posait à son tour une question.

_ Pourquoi avez-vous fini par vous installer à Iwa ? »

Et, rapidement, pour reprendre, alors que la coupe se posait de nouveau sur le banc en pierre. Tandis qu’il posait ses coudes sur ses genoux, il souriait légèrement, attentif autant aux mouvements de la foule, qu’à la femme qui pouvait se trouvait à ses côtés.

_ Est-ce que cela vous manque ? »

Mais, finalement, la véritable question était de savoir ce qui lui manquait. Car, alors que son cœur se mourait loin de sa région pluvieuse. Alors que son âme s’éteignait. Alors que son corps lui rappelait à chaque réveil toutes les douleurs. Il vivait encore cette soirée, posant ces questions, à la recherche de lui-même. A la recherche de réponses qui l’aideraient.
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Dim 19 Nov 2017 - 3:09
Azami avait le regard vif, l'attention tendue vers lui. Et son univers. Un univers fait d'étendues d'eau. Elle n'avait jamais vu la mer, mais en avait beaucoup entendu parler. Elle avait aussi très envie de la voir un jour. Si ce jour arriverait, hélas. Attachée aux traditions, elle s'était accrochée les boulets du sédentarisme et du devoir envers Iwa, qu'elle ne renierait jamais, contrairement à ce que l'on pourrait croire. Droite dans ses bottes, comme dans ses désirs, elle était simplement déchirée entre ce qu'elle avait été, et ce qu'elle était aujourd'hui. En soi, elle comprenait tout à fait ce que l'aveugle inconnu vivait, écartelé entre deux pays et deux situations différentes. La patrie qui nous manque et que l'on aimerait rejoindre en rêve... Pourtant, aussi semblables qu'ils pouvaient le paraître, ils avaient effectué des chemins contraires. Une sorte de fuite en avant incertaine pour l'un, une installation chamboulée pour l'autre qui l'emportait loin de la stabilité de ses anciens voyages.

Le sourire qui étira les lèvres de l'homme, comme une demi-lune. Douce et calme. Comme cette nuit, bercée par le shamisen et les tambours, ainsi que le vent qui agitait doucement ses cheveux bruns, ainsi que les lys blancs qui y étaient attachés. D'un geste rapide, elle remit en place quelques mèche, beaucoup trop emportées par la brise fraîche qui lui caressait la nuque.

A ses questions, elle laissa d'abord passer un silence hésitant, entre gêne et dégoût de parler de soi. Qu'y avait-il à dire de plus que cela avait été un choix forcé par le destin et en partie voulu ? Le regard dans le vague, se perdant dans le ciel étoilé, Azami répondit dans un murmure :


« Un accident a rendu mon père paralysé. Quand vous êtes nomades et que vous vivez essentiellement sur ce que produisent les incendies, que votre population décline et que le monde devient toujours plus instable... Il faut bien s'y résoudre un jour, j'imagine. »

La jeune femme ne put empêcher un soupir de traverser le bout de ses lèvres. Blasé, triste et nostalgique à la fois. La chaleur des grands incendies sur son visage lui manquaient, tout comme le sable chaud sous ses pieds et les yourtes qu'ils montaient avant que la nuit ne tombe pour se protéger du froid

« Oh, oui, cela me manque. Qui ne serait pas nostalgique en évoquant des racines qui lui ont été agréables ou profitables ? Si votre pays vous manque, alors, vous avez bien raison. C'est la base de votre tronc que l'on vous a arraché et il est doux de se remémorer ce qui a été. » reprit-elle avec une voix grave, un sourire étirant doucement ses lèvres, à la fois triste et heureux.

Un frisson vint agiter ses épaules, qu'elle tenta de réprimer malgré tout. Peut-être était-ce le froid des soirées d'été, mais peut-être était-ce aussi sa propre mélancolie qui l'effrayait. La jeune femme essayait de chasser ces mauvaises pensées d'elle-même. Comme pour s'en éloigner, elle reprit sur un ton plus neutre et posé, une adresse à l'aveugle :

« Vous êtes triste, n'est-ce pas ? Je l'ai été pendant longtemps. Je le suis toujours un peu. Mais avec le temps cela s'efface. Qu'est-ce que vous aimiez, chez votre patrie ? »

Sa voix calme brisait seule la musique, quand derrière, le brouhaha de la foule, les rires, les cris soudains surgissant de cette masse informe, venaient rythmer aussi follement la soirée que la musique. Et ces questions qu'elle posait étaient peut-être aussi ses propres interrogations quant à sa situation passée et présente. Regrettait-elle à présent son choix ? Qui, aujourd'hui, pouvait bien l'empêcher de repartir battre les champs, les déserts et les grands feu de forêts rougissant ses pupilles noires d'une lueur folle et indomptable ?

Pas le fond de son coeur, en tout cas.
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Dim 19 Nov 2017 - 22:33
Les tourments de la jeune femme ne lui étaient pas réellement étrangers. Elle qu’il n’avait jamais rencontré. Elle qu’il ne connaissait pas. Il se sentait pourtant lié par le poids de cette absence. Pourtant bien étrangère, autant qu’il l’était pour elle, il sentait cette étrange connexion entre eux. Comme si elle comprendrait peut-être mieux que les Déserteurs cette étrange nostalgie qui rongeait doucement chacune de ses pensées. Car des hommes, et des femmes, partis avec lui, aucun ne lui semblait réellement comprendre l’ampleur de ses tourments. Mais, alors que les tambours s’envolaient à un rythme frénétique, il songeait que celle qui se trouvait près de lui était peut-être la plus familière.

Alors que ses terres lui manquaient, il posa une main sur son bandeau. Lui qui avait vu durant trente-huit années de sa vie, l’absence de cette vision rendait la nuit bien plus triste. Alors qu’il entendait cette voix grave se briser, avec toutes ses intonations pleines d’émotions, il regrettait de ne pouvoir voir son visage. Il ne pouvait pas voir non plus cette foule. Ni ses enfants qu’il entendait, joueurs. Il ne pouvait pas voir ce ciel qu’il imaginait étoilé. Si ses yeux ne s’humidifièrent pas, il pensa à ces soirs où, couché sur les planches du Domaine de Mizu, il avait observé des nuits durant. Pourtant ce soir-là, comme tous les autres soirs depuis bientôt six mois, il ne pouvait plus rien voir. Il ne pouvait qu’entendre, sentir et ressentir. La gorge serrée à cette pensée, il aurait voulu encore voir. Juste un peu. Une fois de plus. Cette nuit. Cette foule. Ces étoiles. Cette femme.

Ou peut-être se confiait-elle uniquement à lui parce qu’il était incapable de voir ? Pendant de nombreuses années, il n’avait connu que la solitude. Il avait vu ces gens qui le fuyaient. Il avait senti la peur, la crainte. Pourtant, alors qu’il se sentait plus médiocre que jamais, plus seul qu’il ne l’avait jamais été, sa cécité l’avait rendu différent aux yeux des autres. Faible et à l’écoute. Comme s’il ne pouvait faire que cela. Etait-ce donc de la pitié qui animait ces gens ? Pourquoi ? Pourquoi, alors qu’il était une véritable force froide, tout le monde l’évitait ? Pourquoi, au bord du gouffre, le monde lui semblait moins étranger ? Et se posait la question, à ses yeux éteints, de la confiance qu’il pouvait lui donner ? Pouvait-il seulement se confier à cette étrangère ? Pouvait-il seulement lui parler à cœur ouvert sans craindre la douleur brûlante de la vengeance ? Alors que les questions se chamboulaient dans son esprit, laissant place à un silence entre les deux inconnus, il avala un peu de sa salive pour lui répondre.

_ Qu’est-ce qui me manque ? »

Il ne savait pas comment réellement y répondre. Pourquoi Mizu no Kuni lui manquait ? Pourquoi Kirigakure lui manquait ? Alors, soupirant, il réfléchissait. Car il ne connaissait pas lui-même la réponse. Car cela n’avait pas de sens. Car il avait quitté ces terres où il ne se sentait plus à l’abri. Il avait fui ce territoire pour protéger sa famille. Pourtant, alors que chaque jour, tout lui manquait un peu plus, il ne savait pas réellement lui dire ce qu’était ce tout. Car rien ne lui manquait vraiment, sinon tout. Alors, déposant sa canne sur le banc à côté de sa jambe, il posa ses deux mains en arrière, sur le bord, laissant ses longs cheveux bruns tomber en arrière. Comme si, de cette façon, il lui était plus facile d’imaginer le ciel. Comme si, par ce geste, cela le rendrait moins infirme de cette vue qui lui manquait tant, encore aujourd’hui.

_ Ma vie me manque. J’y avais mes habitudes. Une vie. La Brume me manque. Je ne saurais vraiment l’expliquer, mais … Tout était différent. Ici … »

Il se redressa doucement. Fatigué, il écoutait un peu de la musique, laissant aussi quelques enfants courir. Il s’exprimait beaucoup, peut-être trop. Mais il acceptait ce jeu, le temps d’un soir. Il se laissait vaguement découvrir, juste un peu. Soupirant légèrement, il reprit. Tantôt pour lui-même. Tantôt pour elle. Avec un sourire légèrement triste, nostalgique, il parla à cœur ouvert.

_ Ici. Je suis seulement un étranger. Je ne me sens pas à ma place. »
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Lun 20 Nov 2017 - 0:19
Il semblait amer et laconique. Comme quelqu'un qui a un mollard coincé dans la bouche et qui aimerait s'en débarrasser. Lorsqu'il se redressa, délaissant sa canne, cela ne surprit qu'à moitié la jeune femme. Un infirme peut toujours faire - presque - ce que bon lui semble, malgré sa cécité. Son père en était bien un exemple, tressant des couronnes de fleurs et pesant les légumes qu'ils faisaient pousser dans leur jardin. Malgré la perte d'une partie de ses forces, il trouvait un moyen de se rendre honorable. Plus pour lui-même, que pour sa famille. Et en même temps qu'il se redressait, il semblait à Azami qu'elle voyait à travers cette posture, plus grande, plus forte et stable, l'homme qu'il avait été, dans sa patrie.

Fort comme un roc, inébranlable. La perte de sa vue avait été un choc qui l'avait fait tomber de son piédestal.

Et en lui-même, elle se voyait, sept ans en arrière, arriver à Iwa. Cela semblait être hier, et à cette pensée, elle esquissa un sourire, entremêlé d'un rire soupiré, comme l'on souffle à la tête d'un homme un parfum enchantant. Il lui était semblable - pas que par les cheveux, heureusement -, mais elle sentait bien dans ses mots que ce qui lui manquait, ce n'était pas réellement le lieu qu'il avait quitté.

Il soupirait et gémissait après son passé, espérant un jour qu'il pourrait le retrouver. La tempête était passée, avait tout dévasté et il avait peut-être perdu beaucoup. Et il avait perdu...

« Vos yeux. »

Brutale, sa voix avait résonné soudainement, après qu'il ait fini de parler. Elle reprit plus doucement, se voulant plus franche, que violente à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas :

« Ce sont vos yeux qui vous manquent... N'est-ce pas ? »

On dit souvent que les yeux sont les miroirs de l'âme. Et que ce que l'on voit, un enchantement pour celle-ci. Un paradis, même. Lorsque vous perdez la vue, que vous tombez dans le noir, tombez-vous au final dans un enfer bourbeux et impitoyable ? Etait-ce là le châtiment le plus terrible que l'on pouvait affliger à un homme ? Azami n'avait pas réellement de réponse à ceci, mais elle savait que cet aveugle inconnu en avait vu bien plus qu'elle, sur bien des points.

Pourtant, comme pour le rassurer dans le tourment sombre de son âme, elle posa sa main sur son épaule.

« Pardonnez-moi, mes mains doivent être un peu gelées. Ici, vous êtes étranger, en effet. Au moins, nous sommes deux ce soir. Vous n'êtes plus si seul, alors. »

Et elle ne sut ce qui la prit, elle, petite genin, toujours maladroite avec ses cendres au bout de ses doigts. Elle saisit sa main, doucement, pour qu'il touche son visage, et tâte peu à peu, ses traits et surtout ; l'étrange sourire de mélancolie qui retroussait doucement ses joues, encore ronde d'une jeunesse qui se faisait tardive chez la jeune femme.

« Si vous ne pouvez plus voir avec vos yeux, alors voyez avec vos mains. Avec vos oreilles. Avec tout ce qu'il vous reste. Vous vous êtes perdus peut-être vous-même. Une partie de vous est resté à Mizu no Kuni, mais l'autre est ici. Vous pouvez continuer à vivre. Mon père, ne peut plus marcher. Pourtant, chaque jour, il se débrouille pour se déplacer un peu, dans une chaise roulante. Au début, cela n'a pas été facile. Ce n'est jamais facile. Mais il s'est relevé. »

Elle se sentait un peu mal à l'aise, d'avoir autant d'audace, et de délier une langue qui se fermait au dialogue en général. Mais, ce drôle d'inconnu lui rappelait beaucoup de choses. Le passé. Des pleurs. De la tristesse. Des regrets. Et un combat, aussi. Combat de tous les jours.

Se relever.

Tel est le credo des Adamachi. C'est cette détermination que l'on avait infusé en elle avec beaucoup de mots et de contes du désert, qui coulait dans ses veines et animait sa bouche et sa voix douce et posée. Relâchant doucement sa main, se détournant peu à peu du contact physique qu'elle avait démarré, elle reprit plus doucement avec moins d'entrain :

« Vous avez l'air fort. Ne laissez pas le passé vous tourmenter et vous déchirer les entrailles, comme il le fait pour moi. »

L'amertume résonnait clairement dans ces derniers mots. Comme une accusation ou une blague de mauvais goût qu'elle se jetait à sa propre face. Comme une honte qu'elle exposait à son tour, la tête remplie d'idées noires.

Azami rêvait de grandes étendues libres où elle pourrait s'abandonner. Mais cela, elle ne le pouvait pas.

Pour Iwa.
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Lun 20 Nov 2017 - 1:32
Alors qu’il se taisait, touchant le bandage de son infirmité, il l’entendait parler. Car, dans le silence qu’il lui rendait, il savait aussi qu’elle avait raison. Tout ce qui lui manquait se résumait à cet état de faits. Ses yeux lui manquaient. Voir lui manquait. Sans les couleurs du monde, tout était bien sombre. Son univers, fait d’un ensemble de sons et d’odeurs, était toujours aussi obscur. Effrayant. Terrifiant. S’il n’était plus réveillé par des terreurs nocturnes, il se rendait bien compte que cette absence le rongeait toujours un peu plus. Il ne pouvait pas voir la tristesse ou la joie. Il ne pourrait jamais voir le visage de sa propre fille. Il ne pourrait plus voir l’œil piquant de sa meilleure amie. Ni l’air tranquille de l’Hoshino. Il ne pourrait plus voir sa famille. Eternellement plongé dans la nuit, le mal le rongeait toujours un peu plus. Ces ténèbres dont il avait peur, il n’en connaissait pas la lumière. Existait-elle seulement ou n’était-ce qu’une fable qu’il se racontait ? Perdu dans ses pensées, il se dressa légèrement, se tendant sous la surprise d’un nouveau contact qui, pourtant, se voulait sûrement rassurant. L’écoutant, hochant doucement de la tête, il comprenait ce qu’elle entendait. Peut-être que, ce soir, il ne serait pas seul.

Il fut bien plus surpris par ce qui devait encore se passer par la suite. Comme si elle tentait de guérir le mal de ses yeux. Comme si elle savait que faire. Elle emporta doucement sa propre main contre sa joue. Et, dans un geste inavouable, qui ne se voulait pas volontaire, comme un véritable réflexe, il caressa doucement le pli de cette joie qui se plia sous le sourire de celle-ci. Durant un instant, n’écoutant que vaguement ce qu’elle disait, il détailla cette peau qu’il pouvait toucher. Jusqu’à l’instant où le contact se rompit. Doucement, sans la retenir, accrochant uniquement son doigt le temps d’une seconde, il s’était laissé faire. Muet. Sans vivre un véritable traumatisme, cela souvenait un nouvel ensemble de questions. Dont, la principale était de comprendre. Pourquoi ? Pourquoi ce geste ? Pourquoi cette inconnue s’était-elle permise un tel geste ? S’il en était resté quelque peu interdit, sans pour autant s’en vexer, il en fronçait les sourcils sous son bandeau blanc. Qui était-elle ?

Alors qu’il restait silencieux, il écoutait la foule applaudir le groupe qui terminait doucement leur concert. Personne ne faisait réellement attention à cet étrange duo qui, sans réellement s’en rendre compte, avait réduit l’espace entre eux. Créant une bulle où ils n’étaient plus qu’eux deux, oubliant le monde qui les entourait, le Yuki était encore tiraillé. Pourtant, alors qu’il souriait un peu plus, il tâtonna à la recherche des doigts de celle-ci et, les trouvant, les prit doucement entre les siens, posant finalement ceux-ci sur sa joue. Plus triste. Plus mélancolique aussi. Un sourire abîmé par les années. Abîmé par l’exil. Abîmé par la politique. Puis, lui laissant le contact de sa peau triste, laissant tomber sa main sur le banc en pierre, il parla finalement. Pour lui répondre. Pour lui dire ce qu’il pensait réellement de tout cela.

_ Et pourquoi serais-je plus fort que vous ? »

Il hocha négativement de la tête. Pourquoi vaudrait-il mieux qu’elle ? Il n’était qu’un homme. Brisé par les Vagues. Brisé par ses tourments. Brisé par son passé. Et, tôt ou tard, il devrait faire face aux actes oubliés. Alors, souriant tendrement, il lui parla encore un peu, car il ne voulait pas en finir aussi rapidement.

_ Le monde restera toujours différent. La lumière me manque. J’aurais aimé voir le groupe ou la foule. J’aurais aimé voir ce sourire que j’ai senti sur votre visage. »
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Lun 20 Nov 2017 - 10:37
Ecrit et inspiré par ça

Aussi sûrement qu'elle l'avait surpris, le contact de sa main sur la sienne, pour l'amener sur son visage, l'étonna tout autant. Le bruit et la foule étaient revenus à ses oreilles, subitement, mais ils n'étaient qu'un bruit de fond par rapport à tout ce qui se dégageait de l'aveugle. Sa peau était chaude, mais tiraillée par le temps et les épreuves. Il était bien plus vieux qu'elle, certainement. Le sourire était bien là, étirait les commissures de ses lèvres. On aurait pu le croire joyeux, ou heureux, comme cela. Et pourtant, sa joue coulait et respirait la nostalgie et l'humeur sombre. Il ne pleurait pas, cependant. C'était son âme qui gémissait à travers son corps.

Les yeux sombres, détaillant ce visage doux qui pourtant semblait prendre des ans avec le poids de la tristesse, Azami l'écoutait avec gravité. Et tristesse, aussi. Il était dans ce genre de situation où tout nous pèse et où tout nous ennuie. Combien de mois son père s'était-il terré dans le mutisme, avant d'enfin leur parler ? Longtemps. Bien trop longtemps. Derrière eux, une partie de la foule s'en allait bruyamment, tandis que de nouveaux musiciens prenaient place sur l'estrade de bois. L'un d'entre eux en partant, bouscula la jeune femme dans son empressement, lâcha un merci, tandis qu'elle essayait de reprendre un ton posé.

Sa voix résonna doucement, tandis que la lyre faisait entendre aux oreilles ses premières notes :

« Je ne parlais pas de force physique. Ou de valeur, à proprement parler. Non, je parlais plus de volonté. De force de l'âme. Du charisme qui avait peut-être fait de vous, un homme "fort" de votre clan, ou quoi que ce soit d'autre. »

Se taisant pendant quelques secondes, elle lui rendit le sourire tendre qu'il lui avait adressé auparavant, bien qu'il ne pourrait le voir. Mais elle, elle le voyait clairement, ses yeux détaillaient clairement chacun de ses gestes, de ses mimiques. Ses traits tirés s'agitaient et prenaient vie devant elle. Il n'était peut-être plus qu'aveugle, mais il n'avait rien perdu, ou presque de l'image qu'il renvoyait.

« Vous dégagez quelque chose de "fort" pour un nomade. Ne laissez pas cette force intérieure qui subsiste encore un peu chez vous s'étioler. »

D'un geste rapide, la jeune femme détacha ses cheveux bruns et les laissa tomber doucement sur ses épaules, tenant le lys blanc entre ses mains avant de reprendre doucement :

« J'ai vingt-cinq ans. Mais, je fais clairement plus jeune que mon âge. Vous avez dû le sentir en tenant mon sourire dans votre main. J'ai un teint pâle, comme les lys blancs que l'ont fait pousser dans les jardins fleuris. Mon sourire est fin, timide, assez léger en général. Il paraît qu'il se marie bien avec mes grands yeux noirs et sombres. La foule autour de nous, est comme toutes les autres foules. Bruyante, diversifiée et colorée. C'est comme si un enfant avait éparpillé des pigments de couleur sur le sol. »

Elle jeta le lys blanc au vent pour que celui-ci dévale la pente, les pétales s'étiolant doucement. Puis, avec la même délicatesse qu'elle essayait d'avoir avec - presque - chacun, Azami reposa sa main sur l'épaule de l'aveugle. Son ton, plus vif, plus ardent, comme les cendres brûlantes qui joignaient ses poings, éclata vivement :

« Vous ne voyez rien, et pourtant, vous avez bien dû voir, non ? Les couleurs dans votre tête, le mouvement de la foule. Tout cela est flou, mais vous l'avez toujours en vous. Si vos yeux ne peuvent plus faire de lumière sur votre chemin, faites des autres vos porteurs de lumière. Ne vous morfondez pas dans les ténèbres. A quoi bon, après tout ? »

Sa voix s'éteignit aussi brutalement qu'elle était née du silence. La jeune femme se tut soudainement, comme pour réfléchir, ou plutôt ne sachant que dire de plus. Elle était à l'image des braises ou des cendres chaudes d'un incendie. A tout instant, elle pouvait se réveiller vivement alors qu'on la croyait endormie. Elle prit la parole une dernière fois cependant :

« Pardonnez-moi si j'ai été trop brutale. Ce n'est certainement pas mon rôle de vous dire tout cela. Souhaitez-vous que je vous laisse tranquille pour le reste de la soirée ? »

Quelque chose entre gêne et honte l'animait. A vrai dire, elle ne comprenait pas parfois ces élans qui l'emportaient, comme une vague Comme le vent avec les cendres éteintes dans le champ désolé.
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Mar 21 Nov 2017 - 7:56
Qui était donc cette femme particulièrement étrange ? Alors qu’ils étaient tous les deux assis sur ce banc, ils se surprenaient l’un et l’autre. Elle avait été tactile, par deux reprises déjà. D’abord, d’un geste rapide, et léger, elle lui avait fait connaître sa présence. Puis, comme pour lui rappeler l’existence physique, elle avait posé sa main sur sa joue à elle. S’il se questionnait sur son comportement, il s’intriguait bien plus de cette étrangère qui agissait si familièrement. Était-elle naturellement ainsi ? Ou méritait-il donc un traitement spécial au nom de sa cécité ? Était-ce donc son comportement au quotidien ou son handicap qui entraînait cet échange ? Méfiant, prudent, il se demandait un peu plus encore les intentions de cette femme dont il ne connaissait rien. Sinon ce qu’elle voulait bien lui dire. Aussi, alors qu’elle évoquait cette « force », il en souriait. Cette force qu’elle lui donnait était uniquement son propre orgueil. Son arrogance qui n’arrivait jamais à réellement s’éteindre. Elle ne voyait que cette fierté. Certes blessée, mais toujours aussi prédatrice. Car sa véritable force se trouvait dans la morsure de sa Glace. Brûlante. Et chaque combat éveillait une nouvelle fois le démon glacial.

Puis, comme si elle savait, elle avait commencé à se décrire. Elle avait donné son âge, lui faisant savoir qu’elle était encore bien jeune par rapport à sa quarantaine qui approchait. Il avait doucement souri, amusé de cette différence. Elle qui était arrivée à l’âge de 18 ans en ce territoire rocheux, elle avait finalement su se trouver une place. Elle était lyrique, sinon poète, quand elle parlait. Etrangement, même si elle parlait beaucoup, elle ne dérangeait pas l’homme qui, sous la nuit, face à ce concert, arrivait à oublier le mal qui le rongeait. S’il appréciait cette compagnie, il ne tenait pas non plus à s’y accrocher trop longtemps. Aussi, alors qu’elle finissait d’évoquer le mélange de cette foule, il souriait encore.

Puis, comme si elle n’en avait pas eu encore assez de sa présence, elle posa une nouvelle fois sa main sur l’épaule de l’homme. Pour lui rappeler sa présence. Pour simplement faire savoir qu’elle était là. Et elle évoqua les couleurs. Un monde qu’il ne pouvait pourtant pas voir. Un monde qu’il avait si longtemps connu, mais qu’il ne connaîtrait plus. S’il avait l’envie de sourire, il était plus triste, plus nostalgique. Incapable de réellement comprendre ce qu’elle lui disait encore à cet instant. Et alors qu’elle tenait toujours son épaule, elle s’était relevée, se mettant bientôt face à lui, alors qu’elle s’excusait et demandait subitement à partir. Pourtant, dans un geste plus vif qu’il ne le souhaitait, il l’attrapa doucement à son poignet, seul lien véritable qu’il avait avec elle.

_ Si vous souhaitez partir, partez, mais je ne vous chasserai pas. Votre présence me fait un peu oublier les ténèbres qui m’habitent. »

Pour autant, ne gardant pas le contact constant avec elle, il la relâcha aussi vite, laissant ses doigts traîner un court instant, alors qu’ils détaillaient cette peau juvénile. Puis, d’un sourire léger, attrapant sa canne d’une main habituée, il se leva pour, il l’espérait, se mettre face à elle.

_ Mais si vous souhaitez, nous pouvons partir ensemble à la découverte d’Iwagakure. »

Alors qu’une nouvelle musique s’entamait, et que la foule félicitait les nouveaux arrivants, la tête tournée vers ces bruits, il laissa encore attendre un peu de ce qu’il pensait.

_ Les couleurs sont comme les souvenirs. Avec le temps, ils s’estompent et s’altèrent. Sans aucune lumière, les différentes nuances disparaissent. Dans l’obscurité, les couleurs se font de plus en plus noires alors que je m’y habitue un peu plus chaque jour. »

Tâtonnant à la recherche de sa coupe, avant de la trouver finalement, il l’attrapa soigneusement et, l’apportant à ses lèvres, termina de vider son thé entamé quelques minutes plus tôt.

_ Bien. Si vous tenez à partir, j’imagine que c’est le moment. J’aurai apprécié votre compagnie, aussi brève aura-t-elle été. »
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Mar 21 Nov 2017 - 15:19
Il avait attrapé son poignet, avec précipitation, peut-être inconsciemment, comme s'il voulait faire perdurer le contact physique un peu plus longtemps. Et Azami avait senti un frisson la parcourir de la tête aux pieds, à ce moment-là. Ce genre de frissons qui vous rend plus léger d'un coup. Qui vous décharge soudainement du désagréable. Elle, qui cherchait plus souvent la solitude, se plaisait de la présence qu'il dégageait.

Rassurante, chaude et intrigante à la fois.

Triste et nostalgique, oui.

Mais c'était une tristesse aussi berçante qu'une comptine, ou que l'eau que vous vous versez sur la tête et qui vous fait partir dans une bulle en-dehors de la réalité.

Le sourire chaleureux qui étira ses lèvres fines, en un croissant de lune doux et rosé, le battement que son coeur rata, pour trébucher, s'écrouler, exploser en milliers de sensations et d'émotions, la chamboulèrent autant qu'ils la surprirent. Ils n'étaient pas si surprenants si elle pouvait y penser plus précisément. La jeune femme, même avec les années, marchait toujours dans l'ombre de son frère aîné. Talentueux. Beaucoup trop, pour elle, qui ne s'était enfermée dans une discrétion et une douceur apparente. Prendre son poignet, lui dire qu'elle lui avait éclairé ses ténèbres, c'était lui dire plus que merci, inconsciemment.

C'était lui dire qu'il y avait bien une raison pour qu'elle soit là. Une raison de plus que de s'occuper de sa famille vieillissante, enfermés dans un sédentarisme qui les avait empâté, sans qu'ils ne s'en rendent compte. La seule qui se souvenait de leurs voyages, c'était peut-être Azami.Si elle regrettait de ne pas être partie avec son frère aîné ? Bien sûr que oui. Si elle regretterait cette soirée ?


Bien sûr que non.

C'était lui dire qu'elle pouvait se tourner enfin vers d'autres choses. C'était lui dire qu'elle aussi pouvait déchirer ses propres ténèbres pour se tourner enfin vers le futur. C'était lui dire qu'elle pouvait se permettre d'exister.

Le contact avait été rapide mais suffisant pour l'enivrer autant que le ferait les liqueurs en temps normal. Elle revint à la réalité et à ses sens, en secouant sa tête comme pour se réveiller d'un étrange songe. L'aveugle s'était levé avec une attitude toujours aussi calme et posée. La parole déliée, ses mots flottaient empreints de la nostalgie du passé. Il n'avait pourtant rien dit de plus sur lui, sur qui il était. Ni même son nom. Il restait toujours un inconnu, en un sens. Au fond d'elle-même, Azami savait qu'elle n'avait pourtant pas besoin de savoir quoi que ce soit de plus sur lui. Il s'agissait d'un soir, où ils s'étaient croisés par hasard. Demain, peut-être, ils ne s'en souviendraient pas, et ils ne se reverraient pas.

Il semblait la congédier, tout en regrettant à la fois sa présence. Mais la jeune femme n'avait pas encore envie de partir. Il y avait bien longtemps que quelqu'un ne lui apportait tant de calme. La dernière personne qui en avait été capable, c'était sa grand-mère. Elle n'était plus là aujourd'hui, et ce soir, la brune voulait profiter du moment, ne serait-ce qu'un peu plus.

« Je ne tiens pas encore à partir. Il est agréable de rencontrer quelqu'un qui nous ressemble et qui rend la soirée plus supportable, ne serait-ce que pour un instant » finit-elle par répondre après un long silence, de sa voix posée et tranquille.

Venant se placer à ses côtés, elle rajouta sur le même ton :

« Je m'appelle Azami, du clan Adamachi. Et j'accepte de vous accompagner pour sillonner Iwa, si cela vous plaît. »
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Mer 22 Nov 2017 - 0:18
Longtemps, alors qu’il se tenait debout, elle était restée silencieuse. Comme si, plongée dans ses pensées, elle avait fini par oublier sa présence. Comme si, finalement, elle était partie sans un mot. Sans même vraiment lui dire au revoir. Sans même réellement lui faire savoir. Alors qu’il s’était relevé, se tenant droit, il avait imaginé qu’elle n’était pas encore partie alors qu’il lui adressait quelques mots. Car, alors qu’il parlait, il se découvrait légèrement. Car il lui faisait savoir qu’à cet instant, au milieu de cette foule, au milieu de cette nuit, c’était bel et bien avec elle qu’il se sentait bien. Ce n’était ni la nuit qui le reposait, ni la musique, ou encore moins la foule. Mais elle. Cette femme qui, silencieusement, s’était annoncée. Elle qui se montrait délicate dans ses gestes, autant que dans ses paroles, avait égayé un peu de cette morne soirée où, seul, il avait décidé de s’isoler. Comme si, dans la solitude, il trouverait enfin une réponse à toutes les questions qu’il se posait.

Pour autant, si elle ne lui apportait pas de réponse, elle apportait au moins un souffle nouveau. Lui qui était si longtemps resté muré dans le silence et dans le mutisme, lui qui se contentait de quelques sorties. Ce soir-là, une Iwajine lui parlait. Sans réellement s’attarder sur sa cécité. Sans réellement s’attarder sur son exil. Non. Elle s’était uniquement contentée de lui parler. Comme s’il n’était pas aveugle. Comme s’il n’était pas qu’un vulgaire réfugié. Elle lui avait parlé comme s’il n’était qu’un être humain parmi d’autres. Simplement, grâce à elle, il n’était pas traité différemment, sinon de ces petites attentions délicates qui lui rappelaient bel et bien sa présence autrement que de cette voix sur laquelle il n’aurait pu mettre un visage sans son aide. Elle était légèrement différente. Sans être exceptionnelle ou extraordinaire, il ne la connaissait guère assez pour pouvoir le penser, elle lui rendait de son humanité.

Pourtant, à cet instant où il se tenait droitement, il se demandait. Il se questionnait. Avait-il commis l’erreur de croire ? Avait-il été imprudent de penser qu’elle était peut-être différente ? Il s’apprêtait à soupirer quand, de cette voix qu’il entendait à nouveau, il se surprit à sourire plus chaleureusement. Sans toute la froideur. Sans la pesanteur. Sans tristesse aussi. Car il éprouvait un peu d’un plaisir coupable de pouvoir, finalement, encore passer son temps avec elle. Même quelques minutes. Un court instant où il pourrait oublier ses remords. Où il pourrait oublier sa rédemption. Où il pourrait oublier le reste du monde. Et, sans le vouloir, sa main libre effleura le poignet de cette partenaire d’un soir. Rencontre éphémère qui s’oublierait dans la semaine. Mais, un instant, très court, il avait tenté de la tenir un peu. Encore. Pour ne plus se sentir seul dans les ténèbres de sa cécité. Il avait hoché de la tête, doucement, souriant, alors qu’il apprenait qu’elle continuerait encore un peu de leur soirée ensemble. Finalement, tendant sa main libre vers elle, tandis qu’il posait sa canne au sol, il laissa entendre une phrase à la fois énigmatique et pleine de sens.

_ Soyez donc ma lumière au cœur de cette nuit, Adamachi Azami. »

Et d’ajouter, alors qu’il cherchait cette main qu’il désirait dans le creux de la sienne pour le restant de la soirée.

_ Eiichiro. Du Clan de la Glace, de Kiri. Yuki Eiichiro. » »
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Iwa Shukusai | L'étoile fait fi et file sur les cordes // Yuki Eiichiro

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