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Iwa Shukusai | Le parfum du thé // Eiichiro


Jeu 23 Nov 2017 - 23:26
Ecrit et inspiré par ça

Ils avaient goûté au silence de l'écart et au bruit incessant, entremêlés des rires, des voix, d'exclamations surprises et de la joie qui habitait doucement les coeurs. Mais ce n'était pas cette joie, ce bonheur qui s'était glissé dans les leurs, tout doucement. C'était celui de ceux qui se reconnaissent différents et pareils à la fois, de ceux qu'on a oubliés et pourtant desquels on devrait se souvenir.

Azami s'était enivrée entièrement de cette émotion, qu'elle n'avait peut-être pas ressentie depuis longtemps ; elle qui s'était habituée à un calme plat ou une discrétion. A baisser la tête, dire oui ou ignorer le monde, parce qu'il était désagréable à ses yeux ou ses oreilles.

Ce soir, elle s'y plongeait. Entièrement.

Comme si elle s'en allait dans un songe, ou s'en réveillait d'un.

Son regard plus vif brillait d'un éclat étrange et animé. C'était son ambition, son énergie, qui se déployaient avec une sorte de violence, pourtant délicate et soignée, entraînante dans ses mouvements. Celui qu'elle entraînait dans son sillage, c'était Eiichiro, un homme aveugle, bien plus âgé qu'elle, mais dont la présence lui avait étrangement apaisée cette soirée agitée, pleine de fêtes et de bruits qu'elle fuyait en général.

Elle ne savait que peu de choses, oh, bien peu de choses, vraiment. Il venait de Kiri, et le nom de son clan disait vaguement quelque chose à la jeune femme qui avait tenté de se creuser la tête, tant bien que mal, sans véritable succès. Ce qu'elle retenait plus qu'autre chose, c'était que lui non plus, n'était pas d'Iwa à l'origine. La nostalgie et la tristesse qui avaient pu l'envahir, elle les comprenait tout autant que le pays du Feu lui manquait.

Ils marchaient, dans des rues moins bondées, bien plus agréables à emprunter que celles envahies par la foule. Le vent apportait les odeurs des restaurants ouverts, mais aussi des liqueurs que l'on avait débouchées. La genin ignorait encore où ils allaient déboucher, mais elle avait placé sa main sur l'épaule de l'homme, plus pour signaler sa présence que pour le guider.

Au fond d'elle-même, elle avait tant de questions, mais les mots ne dépassaient jamais ses lèvres rosées. Ils s'éteignaient dans un soupir qui s'éloignait au loin, emporté par le vent. Tant de questions qui ne voulaient sortir, parce qu'elle voulait tout simplement profiter du moment, de la présence de l'aveugle, aussi imposante que rassurante, d'une certaine manière. Les cheveux de la jeune femme s'échappait de sa queue de cheval en mèches folles et pourtant ordonnés dans le désordre sublime de l'ivresse qui lui étirait les lèvres.

Elle avait du plaisir à être avec quelqu'un, aussi étranger que cela lui était, et pourtant si agréable, à la manière du saké que l'on pouvait glisser sur ses lèvres. Et finalement,
quand les mots dépassèrent enfin celles-ci, cette question bête, étonnante et pesante à la fois lui tomba de la bouche, comme une absurdité.

« Aimez-vous le thé ? » demanda-t-elle, en s'arrêtant soudainement,
sans pour autant forcer Eiichiro à faire de même.

Comme une pensée qui venait de resurgir des tréfonds de son esprit.
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Ven 24 Nov 2017 - 14:44
Promenade. Ballade. Tandis que les deux êtres ne s’étaient pas quittés, ils s’étaient mis en route. L’un découvrait Iwa. L’autre se découvrait. Douceur. Silence. Lui qui était pourtant si habitué à la solitude, à l’enfermement, appréciait cette compagnie. Nullement intrusive, ni même invasive, elle savait se montrer discrète et apaisante. Son esprit, souvent assiégé par les tourments du passé, s’oubliait. S’il ne pouvait la voir, il avait pu l’imaginer. Durant un instant, il avait même pu sentir la douceur de sa peau infantile. Jeunesse. Tendresse. Lui qui avait fui un instant la demeure où ils logeaient se retrouvait à désirer que l’instant dure encore. Juste un peu. Pour encore sentir cette main sur son épaule. Car s’il ne pouvait voir, il ressentait encore.

Il ne la connaissait pas. Ou peu. Seulement ce qu’elle avait dit sur elle. Elle était comme lui, une étrangère au sein de ces Remparts. Pourtant, elle était là depuis de longues années, contrairement à lui. Mais, aujourd’hui encore, la nostalgie semblait baigner ce cœur plus aventurier que sédentaire. Était-elle vouée à se déplacer constamment pour éviter l’ennui des habitudes ? Ou cherchait-elle uniquement, comme lui, les plus grands frissons ? Si les deux âmes se comprenaient, elles ne se connaissaient pourtant pas. Ou si peu. A peine. Pourtant, alors qu’elle lui avait proposé la quiétude de la solitude, il l’avait refusée, préférant encore un peu de cette compagnie bienfaitrice. Il s’était levée et l’avait retenue. Non, elle ne partirait pas. Pas encore en tout cas. Car, ils le savaient tous les deux, cette nuit serait peut-être la seule qu’ils connaîtraient ensemble. Aussi, dans le silence qui avait suivi, ils avaient marché.

Ils avaient traversé plusieurs rues. Ils avaient ramassé plusieurs coups, comme souvent. Tantôt c’était le choc des épaules. Tantôt c’était un coup de coude. Dans la foule qui habitait encore les rues en ce jour de festival, il voulait pourtant seulement passer du temps avec elle. Encore. Pendant qu’elle était encore capable de calmer la fureur froide de son esprit. Pendant qu’elle réussissait à lui faire oublier tous ses malheurs. Pendant qu’elle restait une lumière. Le contact de ses doigts réchauffait son cœur si souvent refroidi au cours de cette année devenue la pire. 201. Une année où tous les démons s’étaient abattus. Pourtant, encore ce soir, il devait se relever. Il devait encore se battre. Pour les siens. Pour que chacun puisse finalement trouver sa place. Pour que, finalement, il puisse réellement abandonner.

Puis, alors qu’ils rencontraient une rue évidée, plus silencieuse, où les badauds se faisaient seulement de passage. Là, alors que les échoppes étaient remplacées par quelques restaurants ouverts aux heures plus tardives, elle s’était soudainement arrêtée. Sans le lui dire, alors que les doigts s’échappaient, il s’arrêta. De peur de la perdre. De peur qu’elle disparaisse. Non. Pas maintenant. Ils avaient marché. Et alors qu’ils n’étaient qu’eux deux, il s’était retourné au milieu de la rue. Avec précipitation. Avec hâte. Comme s’il craignait qu’en se tournant, elle ne serait effectivement plus là. Mais il entendit sa voix et, souriant peut-être plus qu’il n’aurait dû, il hocha de la tête. Heureux de l’entendre. D’enfin l’entendre encore. Oubliant la distance, il s’approcha à nouveau d’elle. Plus proche. Trop. Il n’y avait plus réellement de pas. Même pas un pas complet. Puis, se dressant devant elle, il continua de sourire.

_ J’ai un ami qui en réalise d’excellents. Mais je les préfère néanmoins plus corsés. »

Tandis que les odeurs emplissaient l’air et faisaient grogner son estomac, il rigola légèrement puis, proposant à sa complice d’un soir, il lança d’un ton assuré, mais néanmoins incertain de la réponse.

_ Les odeurs donnent envie. M’auriez-vous emmené ici pour que je vous propose de manger autour d’un thé ? »
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Sam 25 Nov 2017 - 0:16
Elle se sentait bête d'avoir posé cette question. Venant du simple fait de se souvenir qu'il en buvait sur la place, elle n'avait en réalité aucune idée où elle voulait en venir. Les mots lui étaient tombés de la bouche, comme une sorte de trébuchement qui aurait fait tomber tout le linge propre d'une femme rentrant du lavoir. Elle ne connaissait pas vraiment de restaurant digne de ce nom, du moins, en matière de thé. C'était idiot. Pour une fois, elle aurait dû fermer sa voix à clé, avant de jeter cette dernière au fonds d'un puits. C'était là toute la réflexion qu'elle se faisait, ses yeux oscillant entre l'ébène et le jais fixant le vide, dans un de ces instants d'absence rapide qui pouvaient la prendre.

Ces mêmes yeux s'élargirent quand Eiichiro se rapprocha d'elle. Près. Un peu trop près. Beaucoup trop. Azami resta surprise pendant quelques instants, avant de se reculer d'un pas, quelque peu gênée. Elle n'avait pas l'habitude d'être aussi proche de quelqu'un. Réduire les distances, c'était abaisser ses défenses et ses frontières. L'ex-nomade haïssait les barrières physiques, mais en matière de relations humaines, c'était tout autre chose. Avoir de la distance, c'était sécurisant d'une certaine manière. Elle aimait être toujours insaisissable, comme l'air et l'eau. Par peur d'être rattrapée, certainement. De perdre une part de liberté, ou plutôt la dernière qui lui restait après qu'ils se soient installés à Iwa.

« Non, je ne voulais pas que vous me le proposiez ! Enfin, non, j'y repensais plutôt. A votre coupe de thé. Mais quitte à profiter de la soirée, pourquoi pas, oui ! » bafouilla-t-elle, en essayant de se rattraper sur ses mots.

Elle reposa sa main sur l'épaule de l'aveugle, fixant son visage marqué par le temps et les épreuves, à la peau plus rêche, et où une barbe naissante pointait le bout de son nez. La jeune femme reprit sur un ton plus posé, qui lui correspondait mieux :

« Il y a un restaurant, un peu plus loin dans la rue. Cela vous tente-t-il ? »

La boutique toujours ouverte bruissait de quelques éclats de rire, mais semblait plutôt calme par rapport au reste du centre ville. Décoré de quelques lanternes suspendues, mais surtout de deux théiers à l'entrée, plantés dans des pots, il ne payait pas de mine, mais serait certainement plutôt agréable pour la soirée.

Elle fixait le sourire qui étirait les lèvres d'Eiichiro. Plaisant. Plus lumineux que celui qu'il avait tout à l'heure. Moins mélancolique. Comme si sa simple présence avait suffi à éparpiller les mauvaises toxines de sa tristesse et de son abattement. Il lui avait demandé de faire lumière dans ses ombres. Étrangement, elle semblait avoir réussi, du moins en apparence. Elle réprima un rire, qui aurait été joyeux, chaud et brûlant comme le feu.

Un de ces rires entre euphorie et folie. Un de ces rires qui aurait pu se mêler aux larmes, aux sanglots, aux hoquets. Sucré et amer à la fois. Soulagé et violent. Partagé et souffrant. Peut-être parce qu'elle n'avait pas reçu autant de reconnaissance qu'elle n'en recevait ce soir-là, et que cela lui avait manqué. Non, ce fut le silence qui se fit à la place, dans une sorte d'attente tranquille de sa réponse. Et un sourire léger sur ses lèvres, un regard doux traversant ses pupilles.
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Sam 25 Nov 2017 - 15:25
Douce tension. Alors qu’il s’était dangereusement rapproché, elle s’était enfuie. Juste d’un pas. Légèrement. Suffisamment, pourtant, pour imposer le doute dans l’esprit de l’aveugle. Était-il si repoussant ? Redoutait-elle donc sa force au point d’en prendre ses distances par sécurité ? Soudainement, assailli par les questions, il avait, comme il pouvait, caché les nombreuses questions qui venaient s’attaquer à son esprit. Comme si, aussi brutalement qu’elle avait réussi à éteindre les glaces brûlantes de son esprit, elle venait de les raviver. Plus vivement. Plus brutalement encore. Comme si la glace venait de se briser. Comme si, finalement, elle le rejetait. Pourtant, dans le silence meurtri, il garda pour lui sa fierté atteinte et blessée. Aussi, le visage se fermant doucement, il tenta néanmoins un maigre sourire qui se voulait rassurant.

Elle avait doucement paniqué alors qu’il lui proposait de boire un thé en sa compagnie. Il s’en était amusé, de ressentir, dans sa voix tremblante, tous les mots qui s’entrechoquaient. Comme si elle cherchait encore ceux-ci. Peut-être même ne voulait-elle pas les dire ainsi. Pour autant, alors qu’il avait laissé entendre sa proposition, il lui sembla qu’elle acceptait bel et bien cette offre. Et même de lui proposer un restaurant bien précis. Aussi, hochant de la tête, il se laissait conduire vers ce dernier. Tandis que les rues se vidaient. Tandis que le silence les accompagnait tendrement. Guidé par les doigts de cette partenaire nocturne, il se laissait à nouveau emporter. Par elle. Par cette bulle fissurée qui, maintenant, filtrait de trop nombreuses questions. L’esprit emporté sur les courants douteux, il se demandait si elle désirait réellement de sa présence. Ou si elle ne faisait pas cela pour se retrouver une bonne conscience. Le voyant handicapé, ne désirait-elle pas se faire bien voir ? Aussi, alors qu’ils arrivaient devant l’établissement, il se demandait encore. Se jouait-elle donc de lui ? Incapable de voir, aurait-il été aveugle à la supercherie ? Déglutissant, se gardant de dire quoi que ce soit, il se questionnait sur le véritable but de cette dernière. Poussant un silencieux soupir, il leva la tête, se demandant s’il désirait encore rester là. Ne valait-il pas mieux fuir avant d’être pris au piège ?

L’établissement était une petite enseigne sans grande prétention. Un lieu typique, comme on pouvait en trouver partout ailleurs. Possédant une petite vingtaine de tables, réparties sur deux salles, le lieu n’avait que trois employés, en plus de son patron. Sobre, il était éclairé par des lanternes changées régulièrement. L’endroit accueillait peu de groupes, sinon d’un maximum de quatre personnes. Chacun y était accueilli avec un large sourire et traité avec beaucoup de respect. Si le client était le roi, il y régnait pourtant une ambiance très calme, loin des grands mouvements de foule. Correctement fabriquée, il semblait que chaque table pouvait dévoiler ses secrets sans qu’aucune autre ne puisse l’entendre. Ainsi, peu importe le nombre de tables prises, il semblait toujours y régner une douce chaleur, qui ressemblait, à s’y méprendre, aux domiciles les plus tendres. Ici, chacun s’y sentait un peu comme chez soi, tandis que les trois employés se rendaient aussi invisibles qu’ils étaient performants. Personne ne devait attendre trop longtemps et l’établissement mettait un point d’honneur à son accueil. Quelques peintures et plantes vertes achevaient de dessiner un caractère fait de sobriété et de modestie. La cuisine se voulait à l’image du bâtiment. Loin d’une grande gastronomie, elle suffisait amplement pour remplir les plus fiers estomacs.

Peu de personnes étaient encore présentes au sein du bâtiment alors qu’ils entraient à la suite l’un de l’autre. Déjà, Eiichiro se détendait. Loin qui avait souhaité la paix et la solitude durant cette soirée s’était pourtant retrouvé à suivre une jeune femme, sans réellement la connaître. Sans même savoir si tout cela ne serait pas un véritable piège. Mais le lieu, calme, conduisait à la relaxation, malgré la tempête de son esprit. Aussi, capricieux, il demanda une table dans un coin, ne souhaitant pas avoir le bruit qui lui viendrait du dos. Ainsi, bientôt installés, ils purent se retrouver. Tâtonnant, la canne posée contre le mur, il tentait de construire une image mentale de la table. Il sentit les couverts. Il sentit les coins. Il sentit les bordures. Ainsi, l’aveugle identifiait entièrement la table, tentant encore vainement de la dessiner dans son esprit obscur.

_ Le thé est toujours plaisant. Son parfum est parfois enivrant et ses goûts peuvent être si différents. Deux personnes qui réaliseront le même thé, selon le temps laissé aux feuilles, il ne sera pas le même. »

Un homme amenait quelques bouchées de pains, laissant au passage les coupes de thé qui serviraient très prochainement. Les mains posées sur la table, tapotant parfois nerveusement, le Yuki tournait encore la tête afin de détailler au possible, grâce aux sons, le lieu. Puis, s’arrêtant finalement sur celle qui l’avait conduit en ce lieu.

_ On dit même qu’on peut reconnaître le caractère de chacun à la façon de réaliser un thé. J’aime aussi à le croire. »

Laissa-t-il finalement entendre alors qu’il repensait aux deux Hoshino qui, s’ils réalisaient le même thé, ce dernier semblait pourtant bien différent. Finalement, comme un dernier aveu, peu de temps avant que le même homme revienne pour prendre leurs commandes, il laissa entendre quelques derniers mots.

_ Merci pour cette soirée, Adamachi Azami. Mon seul regret sera de ne pas pouvoir vous voir. »

Parlait-il de cette cécité ? Ou évoquait-il cet instant éphémère ? Car, finalement, c’était bel et bien là ce qu’il devait regretter. Car, au lever du jour, ils ne seraient que des inconnus. Elle vivrait une vie dont il ne saurait rien. Il reprendrait une vie dont elle ne connaissait rien. Deux inconnus. Deux étrangers. Deux anonymes. Si différents. Qui, pourtant, au bout du monde ...
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Dim 26 Nov 2017 - 2:16
Elle s'était murée dans un silence absent, plutôt réservé et timide. Le visage d'Eiichiro, contrairement au sien, était un livre ouvert aux yeux de la jeune femme qui n'étaient point plongés dans les ténèbres. Il semblait s'être raidi et cassé dans cet élan agréable qui les avait entraînés tous les deux, au début. Ils avaient trébuché dans les mots et les gestes, comme l'on trébuche sur un gros caillou qui vous tordait la cheville en plein milieu de votre route. Elle s'était tue, soudainement. Sa voix s'était éteinte et était morte comme une flammèche soudainement dans sa gorge sur laquelle on aurait jeté un seau d'eau. Le sourire esseulé qu'il lui adressait, doux et amer à la fois, n'amena la jeune femme qu'à baisser la tête et ses yeux, sur le sol de terre pour contempler la poussière. Ce sourire qui se voulait doux, elle en avait senti la rare violence, par son côté plus réservé et crispé.

Son sourire s'était effacé doucement de son visage, comme l'on rend à une ardoise son jais étincelant en essuyant la craie de celle-ci. Renvoyée à ses multiples échecs, elle sentait combien elle avait déplu, comme bien des fois. Plus déçu que déplu à vrai dire. C'était ses ténèbres à elle. Dévorantes. Affligeantes. Déprimantes. Humiliantes. C'était la honte, froide et brûlante à la fois, qui lui glaçait les os et qui lui montait le rouge aux joues.

Ce même rouge aux joues qu'elle avait tenté de faire partir, sans grand succès, malgré l'ambiance agréable et plutôt coquette du restaurant qui semblait avoir détendu quelque peu l'aveugle. Si Azami pouvait se réjouir d'une chose, c'était que sa cécité ne pouvait pas tout saisir d'elle. Ne pouvait pas l'engloutir en entier dans son regard. Ne pouvait pas voir toutes ses fragilités et ses craquelures dans son masque impassible qui se fissurait à tout instant. La fragilité de l'aveugle semblait révéler et rouvrir les plaies intérieures qu'elle avait tenter d'oublier, plutôt que de les panser correctement. Elle pouvait continuer son rôle de roc imperturbable, à ses yeux, si elle le voulait. Il suffisait que sa voix ne se brise pas à son tour et la trahisse. C'est peut-être pour cela, qu'elle n'osait prendre la parole, alors qu'ils étaient attablés et qu'Eiichiro touchait avec prudence la table pour se repérer. Par peur de se trahir. D'éclater un masque de faiblesses qu'elle n'aimait pas.

Azami voulait être forte, mais elle était aussi aveugle qu'Eiichiro sur bien des points. Elle détournait les yeux, se broyait dans ses propres fantômes et ses propres peurs.

Elle tressaillit quand il prit enfin la parole, brisant le silence gêné et tendu qui s'était installé entre eux. Il l'avait ramené du noir simplement par des mots. La jeune femme se ragaillardit soudainement, étira ses bras, un peu douloureux, comme sous l'instance d'un sommeil trop long qui l'aurait prise en plein éveil. Ses pupilles se ravivèrent, plus particulièrement à l'évocation du thé, une espèce végétale qui faisait évidemment partie de son jardin. Qu'elle connaissait, de sa germination à sa pousse, jusqu'à la cueillette des feuilles. Les traiter et les faire sécher pour arriver à la savante infusion appréciée de - presque - tous était quelque chose de bien plus complexe. Sa production était de maigre qualité mais se défendait, non sans mal, pour un arbuste qui poussait dans une région montagneuse et assez sèche.

La jeune femme lorgnait avec un œil irrité, entre autres, depuis tout à l'heure, un théier planté dans un pot dans le coin de leur table, qui était complètement en train de mourir, manquant de lumière pour s'épanouir à coup sûr. Elle esquissa malgré tout un léger sourire, se détendant un peu plus, aux évocations d'Eiichiro sur la manière de faire un thé. Sur les odeurs qui s'en échappaient et le caractère qu'il évoquait, selon les personnes. Ce n'était pas complètement faux, mais il y aurait certainement bien des choses à rajouter.

Elle approcha sa main doucement du théier mourrant tandis qu'elle lui répondait doucement :

« Cela est vrai. Ma grand-mère faisait un thé doux et corsé à la fois, qui venait de la manière dont elle travaillait les feuilles, les faisant cuire à la vapeur avant de les faire sécher. C'est surtout, comment elle s'en occupait dans son jardin, qui avait un effet sur le thé qu'elle produisait ensuite. »

Concentrée, elle créa une petite quantité de cendres dans sa main, volatiles, sombres et douces, avant d'apposer celle-ci sur la base de la plante. Essayant avant tout d'accélérer l'absorption des minéraux, elle espérait voir l'arbuste reprendre des couleurs vives et éclatantes. Vertes. Mûres. Printanières. Plutôt que ce jaune aigre et sec qui teintait ses feuilles et ressemblait au souffre des volcans.

Le théier se teinta seulement d'un côté d'un vert tout neuf, et la jeune femme esquissa une grimace de déception. La tentative n'était qu'à moitie réussie, comme toujours avec elle.

Et elle continua d'écouter la voix d'Eiichiro, parti de Kiri, bien malgré lui, dans des conditions qu'elle ignorait. Elle sonnait à ses oreilles, agréablement. Un sourire triste, teinté de douceur étira les commissures de ses lèvres. Elle ne pouvait lui dire, qu'au fond, il valait bien mieux qu'il ne la voit pas. Elle craignait les regards, autant que certains craignaient l'orage. Cela, elle le garda pour elle, par délicatesse. Et puis, qu'y avait-il de plus à voir qu'une drôle de femme oscillant entre une solide détermination et une fragilité caracolante ? Une nomade rattachée à un village depuis sept ans, coincée au rang de simple genin, incapable d'oublier le passé, sa liberté, qui rêvait de voyages et qui n'arrivait même pas à faire que ses propres cendres la respectent un tant soit peu.

Si elle avait pu, elle se serait gaussée d'elle-même. De sa stupidité. De ses travers. De ses paradoxes. De ses douleurs qu'elle se créait elle-même, et qu'elle n'arrivait pas à oublier. Comme la fuite de Chōji avec le reste de la tribu, il y a si longtemps. Il avait suffi qu'il se déchirent pour qu'elle se rende compte qu'elle aimait son petit frère, en fin de compte, malgré toute la jalousie dévorante qu'elle avait versé contre lui.

Azami baissa la tête cependant, en signe de respect, tout en lui répondant toujours posément :

« Heureuse de pouvoir vous l'éclairer. Pour ce qui est de me voir, ne vous en faîtes pas. Vous ne ratez pas grand-chose dans le fond. Mon seul regret vous concernant sera de ne pas pouvoir voir vos yeux. »

Parce qu'elle était presque sûre qu'ils étaient aussi beaux que sa nostalgie, sa tourmente et ce sourire qui illuminait ses lèvres de temps en temps. Elle avait le coeur lourd, à vrai dire, sans pouvoir l'expliquer pourquoi. Regretter de ne pouvoir voir ses yeux qui' l'engloutiraient entière, alors qu'elle avait fui cette proximité débordante et effrayante pour elle.

Azami, tiraillée comme les cendres à être résidu de la mort ou terreau de la vie.
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Dim 26 Nov 2017 - 3:08
Elle n’était plus réellement là. Alors qu’ils s’étaient installés à la table, il avait senti toute la distance qu’elle imposait. Comme si elle le fuyait. Comme si elle le craignait. Et, dans le silence qui s’était installé, son propre cœur s’était empli d’une profonde tristesse. Comme si quelque chose s’était brisé un peu avant d’entrer dans le restaurant. Alors qu’il s’approchait d’elle, elle s’était écartée. Et, soudainement, la Glace avait fait son chemin jusqu’au cœur de l’aveugle. Empli par le doute. Empli par les questions. Finalement, alors qu’ils s’installaient, il avait eu l’envie de la rassurer. De faire quoi que ce soit. Mais, dans le silence de son âme, il ne savait que dire. Alors, il s’était uniquement tu. Gêné. Blessé. Tandis que les insensibles Glaces retrouvaient leurs places au sein d’un cœur meurtri, s’était-il donc tant trompé ? Était-il berné ? Se retenant d’un soupir déplacé, il écouta sa partenaire nocturne.

D’un sourire léger, il hochait de la tête à l’évocation de cette grand-mère qui semblait douée pour le jardinage. Aussi, sans attendre, il laissa entendre sa propre voix en réponse à ce qu’elle disait.

_ Il semblerait que toutes les grands-mères sont douées pour cultiver les plantes. La mienne semblait être capable de faire pousser les plantes peu importe la saison. Et au moindre éternuement, elle savait quelle plante aiderait à mieux se porter. »

Il souriait plus tendrement, à l’évocation de cette femme qui, durant sa jeunesse, lui faisait penser aux contes et légendes. A ses yeux, la vieille dame maîtrisait nombre de pouvoirs. Connaisseuse des plantes, elle semblait connaître chacun de leurs secrets. Parfois, s’il venait à l’improviste, il lui avait même semblé l’entendre parler à ces dernières, sans pour autant qu’il en soit un jour sûr. Surprenante. Elle lui manquait parfois, mais savait aussi que cette dernière avait mérité le dernier repos, après de nombreuses années à s’occuper des nombreux enfants et petits-enfants. Aussi, alors qu’elle évoquait les yeux de l’aveugle, ce dernier posa sa propre main sur son bandeau. Comme un rappel constant de sa propre cécité. Baissant la tête, il murmura pour lui-même.

_ Il n’y a plus rien à voir. J’ai payé pour mes erreurs. Mes yeux m’ont été enlevé. »

Il laissait seulement le silence s’installer quand il s’agaça légèrement, se levant de table pour s’attraper au mur. Attrapant sa canne, il tâtonna sur la table à la recherche des doigts de sa partenaire et, la conduisant sur le chemin du retour, s’arrêta un seul instant. Demandant aux serveurs qu’il amène leurs meilleurs plats, peu lui importait du prix, il la fit finalement sortir quelques instants. Ecoutant la rue, devenue silencieuse, il poussa finalement un soupir en levant la tête vers les cieux invisibles.

_ Peut-être que vous considérez qu’il n’y a pas grand-chose à voir. Peut-être. Mais, pour moi, ce soir, vous êtes comme ces innombrables étoiles que je ne peux pas voir. Je ne les ai jamais vraiment regardées auparavant mais, maintenant, elles finissent par me manquer. »

Mauvais réflexe, il avait gardé la main de celle-ci plus longtemps. Trop longtemps. Aussi, la lâchant brutalement, sa main se plaqua machinalement contre son flanc. Comme pour se sécuriser. Comme pour se rassurer.

_ Si vous souhaitez partir, je vous libère du fardeau de ma présence. »

Puis, sans attendre sa réponse, il entra à nouveau dans l’établissement, effleurant volontairement cette fois, du bout des doigts, cette main attrapée quelques instants plus tôt. Pourtant, cette fois-ci, peut-être qu’elle ne reviendrait pas. Peut-être. S’asseyant seul à sa table, le silence et sa mine déconfite furent autant d’indicateurs de la tristesse qui régnait un peu plus en lui.
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Lun 27 Nov 2017 - 10:43
Un sourire doux et délicat, malgré tout mélancolique étira les lèvres de la jeune femme. Elle renvoyait à Eiichiro la tendresse qu'il laissait paraître, sans qu'il le sache. Sans qu'il puisse le voir. Pour cela, il aurait fallu qu'il reprenne ce sourire dans sa main. Ce qu'il disait de sa propre grand-mère lui ramenait beaucoup de souvenirs, comme une pluie douce que l'on apprécie sur notre visage. Hanaza, parce que c'était comme cela qu'elle s'appelait, avait bercé son enfance aussi sûrement que sa mère l'avait bercée, mais d'une manière bien différente. Elle lui avait appris à aimer les cendres qui salissaient ces pauvres mains blanches. Elle lui avait appris à ne pas craindre le feu. A se laisser porter par les éléments, quoi qu'il advienne. Devenir aussi sauvage que les cendres et le feu, c'était bien ce qu'il fallait pour comprendre ce pouvoir si particulier qui coulait dans ses veines et coulera dans celles de ses descendants. Impitoyable et étonnant, poussière de la mort et pourtant nouveau départ de la vie.

Depuis la mort de sa grand-mère, Azami avait certainement oublié comment s'abandonner si facilement. Elle s'était raidie comme un roc, croyant que cela la rendrait plus forte. En réalité, elle comprenait que tout cela ne l'avait que desservie. Ses échecs et ses ratés viendraient-ils de tout cela ? Fallait-il s'abandonner, faire le vide, pour laisser les cendres s'envoler, plutôt que de les contraindre à une volonté trop rigoureuse ?

« Les grands-mères ont toujours les solutions à t- » avait-elle commencé à répondre, avec un rire léger, le premier peut-être qui éclatait soudainement en-dehors de sa poitrine.

Elle s'était arrêté, aussi brusquement qu'Eiichiro s'était animé. Il tâtonnait, cherchant sa canne, avant d'attraper sa main, avec une précipitation tendue et agacée, lui semblait-il. S'arrêta soudainement pour commander des plats sans rien lui demander, avec toujours cette main entre ses propres mains. Chaude. Agréable. Douce. Comme l'ouragan qu'il s'était révélé être en se levant, il l'entraîna à nouveau au-dehors, sur le pas du restaurant. Avec une sorte de douceur sèche et brute, à la fois.

Azami n'osait rien dire. Par peur de déraper ou de buter sur les mots. A vrai dire, elle ne comprenait pas ce qui lui avait donné cette envie soudaine de sortir. Prendre l'air frais ? Le soupir qu'il poussa ne l'informa pas plus sur ce genre d'intentions, mais lui donna l'impression qu'il cherchait à repousser une mouche bien trop agaçante, qui vient vous chatouiller plusieurs fois le cou. Il tenait toujours sa main entre ses mains, et pour le coup, elle n'osait s'en dégager totalement, malgré le malaise et la gêne qui la prenaient légèrement.

Ce n'était pas vraiment désagréable.

C'est ce qu'elle avait envie de dire, et c'est probablement pour cela qu'elle ne le repoussa pas cette fois-ci, en plus de la surprise et du soudain de son action qui lui avaient coupé littéralement la parole.

Elle regardait ce visage sans yeux avec une perplexité naïves. Ses yeux s'agrandissaient à ses mots. Peut-être parce qu'on ne l'avait jamais comparé avec un ciel étoilé. Oh, et puis, en vérité, elle s'en tapait de la comparaison. Ce qui était plus important, c'était ce qu'il voulait dire dans le fond. Un compliment qui n'en était pas totalement un pour la jeune femme. Ou qui était autre. Elle n'avait jamais réellement manqué à qui que ce soit. Discrète, trop souvent une ombre. C'était plus souvent les choses qui lui manquaient à elle.

Les steppes.

Le Pays du Feu.

Son frère.

Sa grand-mère.

Sa liberté.

Sa vie d'avant.

Et toutes ces vies qu'elle avait rencontrées.

Et avoir sa main dans la sienne, était aussi soudainement agréable que lorsqu'Hanaza venait la prendre dans ses bras pour lui dire que non, elle n'était pas totalement une « ratée ». Qu'un jour elle y arriverait. Qu'un jour, elle réussirait. Qu'un jour, elle s'abandonnerait et qu'elle s'envolerait aussi haut que les cendres, sous la force des souffles chauds de l'incendie.

Et Azami se laissait aller à ce contact, à cette douceur enivrante qui la reprenait.

Douceur cassée quand il lâcha sa main aussi soudainement qu'il l'avait prise. Et qu'il s'enfuit, l'air fermé, l'air de dire qu'elle n'avait plus grand-chose à faire ici. Elle en resta muette de surprise pendant un instant. Dans l'incompréhension. Dans la perplexité. Dans la tristesse, aussi, qui la prenait doucement. Qu'avait-elle fait pour qu'il la conduise dehors et lui dise de partir, si c'était ce qu'elle voulait ? Avait-elle été plus maladroite qu'elle ne le pensait sans s'en rendre compte ? Avait-elle donné l'impression que sa présence l'incommodait ?

Il l'enivrait dans une sorte d'euphorie qu'elle n'avait jamais connue, effrayante et attirante à la fois. Elle voulait fuir mais sentir sa main sur sa peau, doucement. Comme elle l'avait fait pour lui. Juste pour dire « Je suis là » ou « Tout va bien ». La proximité qu'elle avait fui une première fois, elle en avait envie au final étrangement envie. Plus il prenait sa main, et plus elle voulait qu'il l'enserre dans ses bras, l'air de dire que « tout va bien ».

« Tout va bien ».

Les larmes embuèrent sa vision, sans qu'elle ne sache pas trop pourquoi. Elles dévalèrent ses joues pâles, tandis que ses épaules se secouaient. On aurait pu croire qu'elle riait, et on aurait pu vraiment le croire, car des hoquets venaient secouer sa poitrine et sa voix. Et les sanglots et les pleurs venaient agiter son coeur, tandis qu'elle était perdue entre ce qu'elle ressentait qu'elle ne comprenait pas et l'attitude de l'aveugle qui l'avait blessée, sans qu'elle ne sache réellement pourquoi.

Il était un inconnu, et comme ce ciel qui lui manquait, il lui semblait que ce soir, elle avait besoin de sa présence. Comme si elle avait enfin trouvé quelqu'un qui pouvait comprendre son intériorité. Qui la saisissait entièrement, sans qu'elle ne le veuille. La jeune femme frottait ses yeux avec ses mains, tremblant encore sous le coup de l'émotion qui venait de la prendre, avec une soudaineté étonnante. Le gris des cendres tachetait son visage, tout doucement.

Alors, aussi brusquement qu'Eiichiro l'avait fait, elle rentra à nouveau dans le restaurant, faisant le chemin contraire de ce qu'il lui avait suggéré. La peine étiolait doucement son âme, mais c'était surtout la colère et l'agacement qui l'avaient rallumée, comme des braises que l'on attise avec le souffle. Le pas vif, elle débarqua à leur table avec une rudesse pleine, bien à elle dans des moments où elle perdait le contrôle d'elle-même. Elle attrapa la carafe d'une main, trépigna, hésita, poussa un grognement rageur, avant de se la renverser sur la tête.

Oui, sur sa tête.

Pas celle d'Eiichiro.

Oh, l'envie n'en manquait pas.

Mais elle s'était retenue, par délicatesse certainement, et pour se donner du courage, d'une certaine manière.

La jeune femme se tenait devant lui, dans tous ses états, trempée d'eau, mais pourtant aussi sauvage que le feu. Et sa voix s'éleva soudainement, faisant se retourner les quelques client présents à cette heure :

« Que vous êtes idiot ! »

L'exclamation était sortie toute seule, malgré elle.

« Vous me complimentez, avant de me suggérer de partir ? Foutaises ! Fou-taises ! »

Il s'était levé précipitamment. Abasourdi, surpris, certainement. Mais ça ne l'arrêta pas. Elle continua avec la même ardeur. Elle cherchait à reprendre sa respiration, ses esprits, à se calmer malgré elle, à s'empêcher de parler. Mais tout cela sortait, sans retenue, sans filtre. Elle était étourdie et fiévreuse de tout ce qui l'agitait intérieurement.

« Je voulais passer une soirée avec vous. Pour vous remonter le moral, oui. Pas que ça me fasse sentir mieux, j'en ai rien à faire de me sentir mieux moralement, vous savez ! Être bien vu par les autres, les nomades s'en cognent la tête, si vous voulez tout savoir ! »

Elle se baissa, le souffle court, pour se rapprocher de lui, sa tension intérieure semblant se galvaniser. Le regard plus mélancolique, plus peiné.

« Ne me dites pas de partir. »

Elle chercha sa main, avec hésitation, avant de la saisir doucement.

« Votre présence me fait du bien aussi, sans que je le sache vraiment pourquoi. C'est pour cela que je ne suis pas partie, tout à l'heure. Je ne le comprends même pas moi-même. Cela ne me ressemble pas ! Mais si j'étais partie, je sais que je l'aurais regretté. »

Et sa voix s'abaissait à un niveau sonore plus acceptable.

« Idiot. » ajouta-t'elle plus doucement, le regard baissé et la tendresse dans la voix.

Plus agréable. Plus doux. Comme une cendre qui s'éteignait et tombait au sol. Elle s'était calmée. Mais elle s'était aussi abandonnée. A elle-même. A lui. La jeune femme finit par poser doucement sa tête contre son torse, l'air d'oublier qu'elle avait pris presque une douche par sa propre faute. Mélancolique. Peinée. Retrouvant cette douceur qui la fascinait et l'effrayait à la fois. Un léger soupir traversa ses lèvres. Sucré. Soulagé.

Le silence était revenu, et l'éclat qu'elle avait créé avait retourné toutes les têtes de leur côté.
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Lun 27 Nov 2017 - 16:41
Elle. Adamachi Azami. Elle était à l’égale de ces étoiles. Astre qui éclairait un monde, elle avait su apporter un peu de sa lumière au sein de l’obscurité régnante. Rongé par les remords. Rongé par la culpabilité. Rongé par les démons. Son esprit, aussi tourmenté qu’une tempête de soirée, s’était assagi. Calmé par les éclaircies, il avait découvert une étoile. Cette étoile. Faible lueur au sein des ténèbres. Maigre flammèche qui, pourtant, avait su l’attirer. Qui avait su le captiver aussi. Aussi, alors qu’il marchait seul dans l’allée qui devait le conduire à sa table, la tête basse, il regrettait son geste. Impétueux. Imprudent. Alors qu’il avait tendu la main vers l’astre, elle s’était enfuie, se faufilant derrière quelques nuages invisibles. Et, de rage, de déception, mais aussi de tristesse, il avait retiré sa main. Il avait détourné son regard mort de cette lueur qui transperçait pourtant sa cécité. Lueur qui lui faisait peur d’un faux espoir qui se déchirait. Lueur qu’il laissait échapper car il ne la méritait pas. Lueur qu’il avait abandonné de peur de la blesser, elle aussi. Car, alors qu’il s’asseyait, il l’avait délaissée, devant ce restaurant. Pour ne plus qu’elle prenne la fuite, il l’avait abandonnée. Déchirement. Peine. Silence.

Elle avait été une étoile dans ce ciel bien obscur. Pourtant, s’en détournant, il lui avait tourné le dos. Physiquement. Moralement. Psychologiquement. Il l’avait abandonnée. Cette étoile qui s’éteignait, il n’avait pas eu l’envie, ou la force, de pleurer. Il s’était contenté de marcher, tête basse, sous le poids de ces regards qui le jugeaient. Qui l’observaient. Qui le diagnostiquaient. Trou noir au sein de son propre univers, il ne pouvait accepter de tuer une autre lumière. Elle était encore une lumière. Il n’était fait que des ténèbres. Et là, tandis qu’il posait sa canne contre le mur, il s’asseyait sous ces poids morbides. Ces jugements. Car il était parti avec elle pour ne revenir que quelques instants plus tard, seul. Qu’avait-il dit ? Qu’avait-il fait ? Qu’avait-elle fait ? L’avait-elle retenu ? Il savait toutes ces questions au sein de ces vicieux esprits. Il savait que chaque couple, qui parlait maintenant à voix basse ou se taisait, l’avait, durant un instant, jugé. Lui. L’aveugle. Lui. Qu’avait-il fait ? Que s’était-il fait ? Blessure. Saignement. Souffrance.

Sa main avait frôlé la bordure de la table. Il avait légèrement tâtonné. Comme s’il avait encore cherché le contact de sa main. De sa chaleur. D’elle. Comme si, à cet instant, elle lui manquait. Son contact. Sa vie. Sa peau. Son visage s’était un peu plus fermé. Triste constat, il comprenait que là, sous le regard de ces hommes et de ces femmes, il était bel et bien seul. Car elle n’était plus là. Poussant un soupir, l’aveugle regrettait son acte. Et, alors qu’il se préparait à se relever, espérant vainement en son for intérieur qu’elle n’était pas encore partie, la pièce s’était soudainement tue. D’un silence bien plus pesant que leur départ ou son retour. Et, déjà, alors que les derniers couples se taisaient et posaient leurs yeux sur eux, il avait froncé les sourcils. Intrigué. Plein de questions. Pourtant, incapable de bouger, il patientait, tentant de comprendre ce qui se passait. De réaliser les événements qu’il ne pouvait pas voir. Car, soudainement, le silence le rendait encore plus aveugle. Sans bruits. Sans vue. La gorge serrée, il attendait. Jusqu’à cette exclamation collective. Ce choc. Comme une tension dans l’air.

Il avait commandé sans réellement savoir ce qu’il avait pris. Juste quelques plats qui seraient à l’ordre du jour. Et alors qu’il était assis, une voix s’exclama. Plus forte. Moins tranquille. Azami se faisait entendre, lui faisant savoir qu’il n’était qu’un idiot. Sûrement parce qu’il avait été un imbécile. Parce qu’il l’avait blessée. Comme l’idiot qu’elle laissait entendre qu’il était. Sûrement avait-elle raison. Tournant le visage, choqué, il ne trouvait pas les mots pour se rattraper. Pour dire quoi que ce soit. Pour même faire quoi que ce soit. Comme toute la pièce qui s’était arrêtée de vivre. Comme ce serveur qui s’était arrêté devant la scène qui allait se dérouler sous ses yeux. Se protégeant comme il le pouvait, discrètement, il s’était glissé derrière un couple, patientant silencieusement. Puis, elle avait repris et l’aveugle n’était pas resté sans rien faire. Comme si, face à ces derniers mots, il devait réagir. Au moins cela. Alors, il s’était redressé. Un peu brutalement, faisant grincer légèrement sa chaise. Autre choc. Allait-il oser lui faire quoi que ce soit en un lieu si public ? Mais il n’avait su que faire de plus. Que lui répondre. Sinon de ce silence. Car il était impardonnable. Car, comme elle venait de lui dire, il n’était qu’un idiot.

Elle avait repris. Plus violemment, en s’expliquant davantage. Elle avait parlé sans aucune retenue, se libérant peut-être pour la première fois de ses entraves. Elle avait parlé avec son cœur. Et même s’il ne pouvait la voir, il avait ressenti son énergie. Interdit, comme gêné, il ne savait que lui dire. Ou même que faire. Alors, il l’écouta. En silence. Elle laissait entendre ses raisons, et combien elle se fichait des autres, comme d’elle. Comme s’il comptait réellement. Comme si elle avait fait tout cela uniquement pour lui. Comme s’il était le seul, à cet instant, dont elle se préoccupait. Ce fut sûrement de la gêne qui, lui montant légèrement le rouge aux joues, fut la principale source de ses sentiments contrariés. Car, alors qu’elle se dévoilait, il ne savait que lui dire. Il ne savait pas comment la remercier. Il ne savait même pas quoi faire. Interdit devant sa propre incapacité à agir. Gorge sèche. Bouche liée. Il s’était tu autant qu’il n’avait pas su agir. Elle avait encore dit quelques mots, comme une supplique. Comme un ordre aussi. D’une voix différente alors qu’il la sentait plus proche. Mélange étrange entre la demande et le souhait, entre la supplique et le désir. Comme si elle ne voulait jamais partir.

Frisson. De ce contact oublié. De ce contact qui lui manquait. Sa main posée contre la table entra au contact de la sienne. D’elle. Encore une fois. Une autre fois. Il en frissonnait alors qu’il se rendait compte que, soudainement, elle était juste là. Près de lui. Trop près, une nouvelle fois. Il avait dégluti alors qu’il laissait sa main gauche être emportée. Juste un peu. Garde-la. Ne me lâche plus., avait-il eu envie de lui dire. Car, alors que son cœur s’emballait, d’une envolée sauvage, son esprit s’apaisait. Il oubliait toutes les questions, toutes les demandes. Il oubliait ces feux qui se ravivaient. Ces craintes. Ces doutes. Oui. Non. Entre l’envie de s’écouter et de fuir. Entre l’envie de s’entendre et de rester. Peur panique de se laisser tenter. Envie délicieuse de se laisser tenter. Entre craintes et désirs, ses doigts s’étaient glissés et se liaient aux autres. Aux siens. Juste un instant, pour ne plus qu’elle parte. Pour ne plus lui demander de partir. Mais, surtout, pour la retenir.

Elle avait encore parlé. De son propre bien-être. Sans pouvoir réellement comprendre. Sans pouvoir réellement mettre de mots dessus. Puis, elle s’était tue pour, finalement, laissant entendre un dernier murmure alors qu’elle posait son front contre le torse. Oui, il était idiot. Idiot de bien de choses. Comme à cet instant, il l’était. Car il ne savait que dire. Ou que faire. Pourtant, il la laissait faire, et c’était une première chose. Il avait gardé le silence. Puis, alors que les regards se posaient encore sur eux, tandis que le serveur se précipitait pour déposer les assiettes chaudes, l’aveugle avait glissé son bras dans le cou. Un geste simple qui, pourtant, si elle y prêtait attention, avait emballé un peu plus son cœur aux abois. Crainte. Envie. Peur. Désir. L’entourant bientôt de son bras, il la serra un peu plus contre lui. D’une pression légère. Douce. Pour lui faire savoir qu’il était là.

_ Je … »

Il ne savait que lui dire. S’excuser ? Comment lui dire ce qu’il pouvait penser en cet instant ? Comment lui faire savoir qu’elle avait raison ? Car il n’était qu’un idiot. Car il se protégeait en laissant penser qu’il la protégeait. Il la fuyait de peur qu’elle l’abandonne. Il l’éloignait avant qu’elle ne s’éloigne. De peur d’être blessé, il blessait. Et, de peur d’être le rejeté, il rejetait. Agir avant d’être devant le fait accompli. Agir pour ne pas être pris au dépourvu. Pourtant, ce soir-là, elle le prenait au dépourvu. Parce que cette inconnue ne l’interrogeait pas sur sa vue qui lui manquait. Parce que cette étrangère semblait comprendre la nostalgie de sa vie. Parce que, finalement, elle était revenue alors qu’il la chassait. Soudainement, du prédateur, il était devenu une proie. Pourtant.

Pourtant, alors qu’il devait s’excuser, il sentait les cheveux mouillés tandis que son vêtement s’humidifiait lentement. Comme si elle venait de prendre une violente pluie sur la figure. Et, d’une voix inquiète, dans un murmure qui se voulait comme un souffle sur le crâne de celle qui se tenait encore contre lui, il oublia un instant ce monde qui, en suspens, attendait la suite de cet événement improbable. Car, finalement, chacun se demandait ce qui s’était dit à l’extérieur. Ce qui s’était déroulé dehors. Et, dans ce murmure, d’une voix tremblante d’émotions, il se fit entendre d’elle et uniquement elle. Comme s’il voulait maintenir le secret. Comme si elle devait être la seule à entendre les mots qui suivirent.

_ Tu … Tes cheveux sont trempés, Azami. »

Avait-il lâché, sans même faire attention à cette distance orale brisée. Car il ne voulait plus la vouvoyer alors qu’elle était si près de lui. Doucement, alors que sa main conservait celle de cette partenaire nocturne, son bras encore autour de sa tête, comme s’il tentait de la protéger, il laissa encore entendre, d’une voix plus tremblante qu’il n’aurait voulu transparaître, toute son inquiétude.

_ Je ne veux pas que tu sois malade par ma faute. Je ne veux pas que tu sois blessée par ma faute. Je ne veux plus blesser quiconque. J’ai déjà fait trop de mal. Tant de fois. Et même les miens. »

Puis, sa voix se brisant, et pour trouver du réconfort, il la tint un peu contre lui. Jusqu’à ce que, de cette pression silencieuse, elle commençait à se retirer, s’arrachant à une étreinte trop longue. Si enivrante pourtant. Encore, aurait-il pu crier. Mais il s’en était gardé tandis que ses doigts vinrent se poser sur sa joue, effleurant, du bout de son pouce, la commissure de lèvres qu’il voulait encore sentir sourire. Qu’il voulait encore faire sourire. Alors, d’un sourire tendre, mais légèrement marqué par la tristesse, il tentait encore de lui parler.

_ Je ne veux pas que tu partes. Et je ne veux pas non plus te lâcher. »

Ni me sentir seul., comme il aurait pu lui dire aussi. Car il ne voulait pas l’être. Il ne voulait pas se sentir seul. Ni perdre cette main qui le faisait vivre. Qui le faisait simplement renaître. Cette chaleur qui faisait doucement fondre son cœur de glace. Habitué aux excès, il se contentait de cette simplicité. Et, gardant sa main contre sa joue, il laissa entendre son envie. Car il ne voulait plus être ici. Car il devrait lâcher cette main. Car il voulait encore passer son temps avec elle. Loin d’eux. Loin de tout.

_ J’aimerais manger des nouilles sautées dans un parc. »

Laissa-t-il tomber. Il aurait encore pu lui dire encore bien beaucoup de choses. Pourtant, lentement, sa main se retira de cette douce joue, se contentant d’effleurer l’autre bras, très légèrement. Et, dans un souffle, laissa entendre un seul mot.

_ Tu … »

Tu es l’étoile de mes ténèbres, aurait-il voulu lui dire avant que sa voix ne se brise, se contentant du silence. Car tout reposait sur son consentement à elle. Sur son départ. Sa fuite. Car elle était la seule à pouvoir prendre cette décision. Qu’ils restent au sein du restaurant où chacun reprenait lentement son repas. Qu’ils sortent pour un autre repas, où ils ne seraient que tous les deux. S’il te plaît, laisse-moi encore de ton temps. Reste encore avec moi.
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Mar 28 Nov 2017 - 2:42
Ecrit et inspiré par ça
Le monde lui tournait autour de la tête. Et sa tête aussi cognait comme mille tambours. Éclater comme une bombe lui avait donné la migraine. Mais d'un autre côté, elle sentait ses épaules un peu moins lourdes. Comme si elle s'était déchargée doucement d'un fardeau un peu trop pesant et douloureux. Elle voulut se redresser, se sentant légèrement maladroite. Certainement, parce qu'il voulait de l'air. Elle n'en eut pas le temps qu'Eiichiro passa son bras autour de son cou. Doucement. Délicatement. Avec attention. Comme pour mieux l'enlacer. Pour l'enlacer.

La tête coincée contre son torse, la jeune femme n'osa pas plus bouger ou dire quoi que ce soit. Entre gêne et écoute silencieuse. Entre repos et douceur. Elle se laissait emporter par la chaleur qu'il dégageait doucement contre elle, l'odeur qu'il portait sur lui, étonnamment agréables. Et ils restèrent là, tandis qu'il butait aussi sur les mots. Avec autant de maladresse qu'elle avait pu le faire. Ils s'entrechoquaient. Ils hésitaient à passer le pas de sa bouche. Ils dansaient, comme des bateaux ivres. Ils étaient patauds comme un albatros. Qui aurait cru qu'elle aurait pu autant l'ébranler ? Elle avait fait voler en éclats une montagne, en éclatant son propre masque, ses propres hésitations.

Et sa voix, et ses mots, l'emportaient doucement. Ce "tu" la tuait de plaisir sans qu'elle ne sache pourquoi. Sans qu'elle ne cherche à savoir pourquoi. Un "tu" qui réduisait dangereusement la distance, mais qui rendait tout appréciable ce moment. Tout comme sa présence. Cette même présence qu'elle avait touchée du doigt sur la place commerçante, en plein festival. Et elle aussi, elle n'avait pas envie qu'il la lâche. Il était agréable que quelqu'un en ait quelque chose à faire d'elle pour une fois. Elle aimait qu'il dise qu'il s'inquiète pour elle. Ne plus être une ombre, et exister. Pour la première fois. Elle souhaitait au fond d'elle-même que cela continue. Qu'il l'enlace comme cela. Même si elle s'était renversée une carafe pleine d'eau sur la tête, sous l'émotion, sous la rage et sous l'hésitation de ce qu'elle voulait faire. Même si tout cela lui était si étranger et si plaisant à la fois. Ces moments d'embrouille intérieurs qui lui faisaient tout faire de travers. Elle commenta simplement d'une voix étouffée sa remarque sur ses cheveux détrempés :

« A vrai dire, je me suis renversée la carafe d'eau sur la tête. Mais cela séchera. »

Du moins, elle l'espérait. Oh, avec le vent cela partirait bien vite. Au pire, elle les essorerait avec la main, doucement, pour les désalourdir de l'eau. Comme elle s'était déchargée les épaules.Il était aussi maladroit qu'elle et cela l'attendrissait, d'une certaine manière . Un sourire amusé étira simplement ses lèvres. Elle poussa un soupir. Indolent. Évanescent. Soulagé. Puis, elle se retira de l'étreinte progressivement, sans vouloir le brusquer. Regrettant à moitié qu'ils ne soient pas restés comme cela. La jeune femme releva sa tête qui ressemblait plus à une tête de chien mouillé et barbouillé de suie, qu'à quelque chose de vraiment distingué. Et peu importait la distinction après tout, puisqu'il ne pouvait la voir.

Et elle resta pendant un instant, à contempler ce visage dont elle ne verrait jamais l'éclat des yeux, tandis qu'elle posait sa main sur sa joue, sans qu'elle lui demande quoi que ce soit. Et elle se laissa faire, sans trop comprendre, sans chercher à comprendre, à vrai dire. Sa main était chaude et rêche à cause des travaux de la guerre. Elle était si charmante pourtant, et les yeux d'Azami, se fermèrent d'instinct pour profiter des sensations que tout cela lui procurait. Des frissons. Des frissons charmants. Et un calme intérieur qu'elle n'avait certainement pas trouvé depuis un temps. Elle laissait aller sa tête sur cette main. Et elle rêvait que cette main, englobe son visage et bien plus encore. Que cette caresse se prolonge, lentement. Qu'elle la fasse frissonner de délice.

Et intérieurement, elle se disait que tout cela était si drôle. Si inattendu. Mais pas désagréable. Jamais désagréable.

Elle faillit éclater de rire à cette histoire de nouilles sautées. Bien plus prosaïque, moins élevé ou ésotérique. Eiichiro se révélait plus terre à terre. Et elle en aurait ri, si elle ne s'était pas retenue. Comme souvent. Mais plus par respect. Son rire éclata pourtant, pour la première fois. Chaud. Lumineux. Aussi clair qu'une cloche que l'on agite. Généreux. C'était un rire qui s'abandonnait au ridicule de leur situation et à la douceur qui s'en émanait pourtant, par vagues qui leur léchaient la tête plutôt que les pieds.

La jeune femme répondit d'une voix plus posée et calme. Attendrie, peut-être :

« Je veux bien. Si c'est de la tranquillité que vous voulez, alors je vous suivrai partout ! »

Elle se protégeait inconsciemment, peut-être, en utilisant toujours ce vous. Pour honorer quelqu'un de bien plus vieux qu'elle aussi, certainement. Mais l'euphorie et la douceur ressortaient d'elle plus vivement, à la même manière qu'un feu se renforce avant d'embraser totalement une plaine. Ou de l'embrasser, peut-être.

Azami attrapa sa main. Avec plus d'assurance. Avec plus de confiance. Sans hésitation. Elle laissa sa bourse sur la table, en espérant que le compte y soit, ou que cela couvre ce qu'ils devaient, alors que les plats fumaient sur la table, encore chauds. Et elle l'entraîna avec un pas de guerrière. De ceux qui n'ont pas peur. De ceux qui partent dans la bataille, s'écorchent le visage et les mains. Hurlent à s'en décrocher les poumons. Font résonner leurs noms de mille merveilles. Elle ne faisait rien de tout cela, mais l'odeur des cendres trempées marquait son passage, tandis que ses cheveux bruns flottaient doucement.

Regardant dans la rue presque vide des badauds, elle l'entraîna, au petit trot. Un peu trop rapidement peut-être. Avec la vitalité de ses pieds. Avec la sûreté de sa vue. Sa migraine envolée.
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Mar 28 Nov 2017 - 13:19
Elle n’avait rien dit. Elle n’avait rien fait. Alors qu’il l’avait tenue contre elle, l’avait protégée, elle s’était lentement dégagée de son étreinte. Comme s’il avait été une prison. Comme s’il l’enfermait. Alors qu’il désirait seulement lui faire savoir qu’à cet instant, elle avait été une étoile. Son étoile, même. Pourtant, alors qu’il avait tenté de lui faire comprendre, l’échec était bel et bien cuisant. Sévère. Brutal. Car elle s’éloignait à nouveau, posant une unique main sur sa joue. Comme un adieu, finalement. Comme si elle s’excusait. Ou peut-être était-ce un geste tendre, sans qu’il n’arrive réellement à le comprendre. Aveugle, incapable de lire son visage, il ne pouvait pas remarquer son regard. Ce qu’il disait exactement. Et, dans l’absence d’une véritable réponse, il se tut. Car elle ne disait rien. Car il ne savait que dire. Car il valait mieux, peut-être, se taire. Ne plus rien dire.

Eiichiro avait appris à ne plus faire confiance, à ne plus se dévoiler. Méfiant avec les années, Kiri l’avait rendu surtout bien plus taciturne. Il n’était plus capable de croire comme par le passé. Pourtant, à Iwa, il avait cru que le monde serait différent. Mais, les jours passant, aucun changement significatif. Car, peut-être n’aurait-il jamais dû fuir Kiri. Peut-être aurait-il dû fuir ce monde. Fuir les hommes. Fuir les turpitudes humaines. Il s’était retenu d’un soupir. Se retenant même d’un commentaire. Pourtant, alors qu’il déposait sa main sur la joue de cette complice d’un instant, il se rendait compte du gouffre que les séparait encore. Car, alors qu’il se révélait un peu plus, elle s’était contentée de faire entendre son rire. Comme si elle n’avait su rien dire sur ce qu’il lui faisait savoir. Soudainement, le gouffre, large, se creusa un peu plus en son cœur. Car il savait qu’elle ne serait qu’une étoile qu’il ne saurait jamais atteindre. Et, soudainement, elle laissa entendre un peu plus de la distance. Ce vouvoiement. Cette simple envie qu’elle avait de le suivre, sans réellement émettre plus son avis.

Elle lui avait la main, comme si elle l’accompagnait. Car ce n’était finalement que cela pour elle. Lui remonter le moral. Car elle avait eu pitié de lui. Elle ne voyait qu’un être brisé qu’elle pensait pouvoir reconstruire, qu’elle pouvait encore modeler. La tête basse, la main dans sa main, il la suivait tant bien que mal, à la traîne et de ce léger trot dont il n’avait plus l’habitude. De quoi était-elle pressée ? Et, finalement, alors qu’ils avaient récupéré les nouilles sautées près d’un des derniers marchands, ils finirent par s’asseoir dans le silence de la nuit. Durant un temps, il avait ses doigts liés à ceux d’Azami, puis, la lâchant, il avait seulement observé le silence, tentant de comprendre. Tentant encore de vivre. Car, soudainement, à nouveau, dans l’obscurité de sa cécité, il se sentait un peu plus seul. Peut-être était-elle uniquement là pour l’accompagner, lui changer les idées ? Par pitié. Par compassion. Finalement, alors qu’il lui tendait son manteau pour qu’elle garde bien chaud, il prit la parole.

_ N’attrapez pas froid par ma faute. »

Reprenant son bol de nouilles sautées qu’il dévorait d’un véritable appétit divin, il se tut quelques secondes avant de reprendre, d’une voix calme et légèrement brisée.

_ J’aimerais vous remercier pour la soirée, Adamachi Azami. »

Il avait repris cette distance orale. Car elle était aussi distante. Peut-être qu’elle cherchait seulement un passe-temps pour sa soirée. Aussi, alors qu’il souriait un peu plus aux étoiles, il poussa un soupir.

_ Pensez-vous que je pourrai un jour toucher encore votre peau ? »

Il était triste. La mine éteinte, le visage fermé, la voix basse. S’il avait envie d’être là, il aurait aimé pouvoir encore la tenir un peu contre lui. Juste sentir sa chaleur. Son sourire. Sentir cette vie qui, au fil de la nuit, s’étiolait en son âme.

_ Ce soir, vous aurez été une étoile au sein de mes ténèbres, Azami. »
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Mar 28 Nov 2017 - 15:20
Ils s'étaient éloignés de nouveau. Comme si le fait de se calmer avait d'une certaine manière refroidies les braises qu'il avait allumées avec vivacité, maladresse et pourtant tendresse. Eiichiro avait lâché sa main. Rallongeant la distance qu'elle créait sans s'en rendre compte. Elle lui jetait un regard en coin, toujours un peu hésitante. Toujours un peu perdue et étourdie dans cette histoire. Comme si elle avait trop bu de vin et que tout lui tournait autour d'elle. Douce saoulerie du coeur. Charmante ivresse des sentiments. Elle ne les comprenait pas elle-même, les maîtrisait bien mal, comme un maître-chien qui se fait entraîner par ses molosses peu sympathique.

Assis sur un banc, ils avaient laissé passé un blanc, tandis que l'odeur des nouilles sautées leur titillaient les narines. Ses pieds ne touchaient pas le sol, comme toujours. La jeune femme avait rattaché ses cheveux trempés, qui ondulaient légèrement avec l'humidité. Le vent leur caressait le visage, de la même manière que la main de l'aveugle lui avait caressé la joue. Attrapant cette rondeur, ce sourire, ces fossettes. Les engloutissant en entier dans ce toucher si doux et délicat. Elle y repensait avec un léger sourire, les yeux dans le vague. Non, ça n'avait pas été aussi désagréable que ce qu'elle en pensait avant. C'était surprenant et nouveau pour elle, qui fuyait en général le contact. Maintenant, elle avait plus envie de le rechercher avec lui en particulier. Pas les gens en général.

Lui.

Et tout cela ne transparaissait pourtant pas dans son attitude. Ou pas totalement. Azami avait toujours cette habitude d'être en retenue. Par envie de discrétion. Par envie de ne pas attirer l'attention. Peut-être seulement quand elle se rapprocha avec une certaine maladresse pour coller son épaule à son côté. Pour les rapprocher. Un peu. Pas trop non plus. Mais un peu. Elle s'étonna du vouvoiement qui était revenu dans sa voix. Silencieusement. Elle essayait de s'en détacher, mais elle n'arrivait pas à ne pas en être déçue. Le manteau lui tomba sur la tête, beaucoup trop grand pour elle. Bien trop grand. Elle, si petite. Lui, si imposant. Elle esquissa un sourire, caressant le tissu de l'habit, bien tissé visiblement. Il portait encore sa chaleur et son odeur. Cette même chaleur et cette même odeur qui l'avait envahie. Qui l'avaitfaite voyager. Qui l'avait emportée dans son monde à lui. Qu'elle désirait peut-être encore porter sur elle. Qui sentait le thé. Enivrant et corsé, comme tout thé. Qui se laissait aller, mais qui avait une pointe de rigidité et de rigueur en lui, un peu froide. L'attention la toucha cependant, tandis que ses yeux se levaient pour observer le ciel et ses astres brillants. Elle répondit de manière chaleureuse, s'exclamant peut-être un peu plus qu'elle ne l'aurait voulu :

« Merci ! On dirait que même le thé vous colle à la peau. Ce n'est pas pour me déplaire ! »

Se perdre dans les odeurs parfumées et excitantes des plantes, c'était son passe-temps. Se perdre dans celle d'Eiichiro était étrange mais bien plus riche qu'un jardin entier. Et tandis qu'ils repaissaient enfin leurs estomacs un peu trop vides, il la remerciait d'une voix peinée. D'un soupir embêté et triste. Elle ne le comprenait pas sur le coup, et bien des questions lui venaient à l'esprit. Des questions qu'elle n'eut pas le temps de lui poser, quand il se demandait s'il pourrait un jour la toucher. Souriant, les yeux doux, elle reposa ses baguettes, pour prendre doucement sa main et enlacer ses doigts dans les siens. Avec une assurance qu'elle ne se connaissait pas. Avec une ivresse qu'elle ne se connaissait pas. Avec une tendresse qu'elle n'avait eu avec personne.

« Vous pouvez, oui. Cela est agréable, même si je n'en ai pas l'habitude. » ajouta-t-elle doucement, peut-être pour lui faire comprendre que ces distances qu'elle prenait, elle ne les contrôlait pas totalement.

Mais qu'elle avait envie de les réduire, rien qu'avec lui. Elle avait envie qu'il quitte cette grise mine aussi. Qu'il cherche sa propre chaleur. Qu'il cherche cette odeur si particulière de plantes et de terre qu'elle dégageait. Terre mouillée en ce moment, mais peu importe. Azami avait l'air apaisé. Si peu insensible, si peu impassible, si peu passive. Cela ne lui ressemblait pas. Mais son masque s'était fissuré et peu importe la discrétion vieille et assagie qu'elle avait en temps normal. Elle aussi, elle avait droit à une jeunesse dorée, à l'image de ces étoiles, auxquelles il la comparait si souvent. Elle s'éteindrait un jour, certainement. Pour le moment, elle pouvait briller. S'étioler. S'étonner elle-même. S'embraser. S'embrasser. S'épouser.

Et la jeune femme posa sa tête contre son épaule, avec cette même délicatesse posée qu'elle avait depuis le début de leur rencontre. Savourant probablement le moment. Les secondes. Pour les graver dans sa mémoire peut-être. En tout cas, elle souriait. Une demi-lune illuminait son visage. Et elle pensa à voix haute, sans se rendre compte que les mots se saisissaient de sa bouche et animaient son souffle :

« Je cultive du thé, chez moi. Sans grande réussite. Je peux vous en passer, si tu veux. »
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Mer 29 Nov 2017 - 0:37
Fraîcheur nocturne. Douceur de cette soirée si peu commune. Kiri. Iwa. Deux mondes. Une seule famille. Il avait fui Kiri pour ces quelques êtres chers. Il avait aussi fui Kiri pour cette vie maussade qui, pas après pas, le rongeait. Lui qui avait donné sa vue, il en avait conservé un instinct de vie toujours plus brûlant. Car, à Shîto, il aurait pu mourir. Mais il n’aurait pas connu sa fille. Il aurait aussi pu tourner le dos, devant les Portes d’Iwa. Lui qui avait pensé tant de fois à renoncer, à laisser les traqueurs sur ses uniques traces. Pourtant, ce soir-là, dans le silence des criquets, dans l’ombre de la lune, il remerciait son ami. Car ce soir, peut-être qu’il avait trouvé un peu de répit. S’il n’avait pas encore trouvé la Paix, d’un cœur encore troublé, d’un esprit encore tourmenté, d’un corps encore fatigué, il trouvait là un réconfort surprenant et, pourtant, si agréable. Loin de la corruption infectieuse qui le rongeait durant ses nombreuses d’errances, aussi physiques que psychologiques. Finalement, chaque choix, chaque événement, avait peut-être pu conduire à cet instant. Et toute décision aurait aussi bien pu conduire à ce que, jamais, ils ne se rencontrent. Aussi, souriant pour lui-même à cet instant, il savait qu’il en discuterait avec le Samouraï Hoshino.

La brise s’était légèrement levée, conduisant ses narines à sentir l’odeur légèrement terreuse de sa partenaire. Une odeur sucrée, aussi. Une odeur plaisante, qui rappelait le travail de la terre, le travail simple mais difficile. Sans réellement s’en rendre compte, il avait pris une plus longue inspiration, tentant d’humer le parfum si particulier de cette partenaire si différente. Une odeur amusante. Une odeur, surtout, enivrante. Qui voulait lui faire tourner la tête. Dans le silence, moins pesant que certains instants, il avait retrouvé un peu de son sourire. Plus authentique. Moins triste. Car, sous les étoiles, il avait peut-être un peu trouvé la sienne. Il s’en amusait. Lui qui avait tant désiré mourir. Lui qui avait tant désiré partir. Lui qui avait tant voulu. Pour la première fois, peut-être, il appréciait Iwa.

Pour elle. Avec elle. Juste elle.

Il avait levé la tête vers le ciel, car même s’il ne pouvait pas le voir, il se l’imaginait. Malgré l’absence de cette lumière qui lui manquait trop, ce soir-là, il arrivait à accepter que le ciel, peu importe la journée, lui soit entièrement noir. Et, il souriait. Pour lui. Pour le ciel. Pour elle, aussi. Car, alors qu’il donnait son long manteau, elle laissait entendre un premier commentaire qui, pour la première fois, eut la capacité de réellement le faire rire. Comme si, soudainement, elle abandonnait un peu de cette retenue imperméable qu’il avait tellement ressenti. Car si, alors entouré de la foule, elle s’était montrée souple, elle fut bien plus compliquée à approcher alors qu’ils se trouvaient tous les deux. Comme si la proximité, qu’elle avait d’abord accepté, l’avait gênée. Elle l’avait alors, silencieusement, fui. Pourtant, après lui avoir laissé une nouvelle fois le choix, elle était revenue, attirant l’attention sur eux, là où ils voulaient restés discrets. Finalement, ils étaient partis dans le labyrinthe des rues, parfois au petit trot, parfois plus lentement et, durant ces instants, il ne l’avait pas lâchée. Parce qu’il ne le voulait pas. Parce qu’il lui avait dit. Alors, il avait souri quand, parlant de son manteau, elle remarquait l’odeur attachée.

_ Gardez-le pour le reste de la nuit. »

Elle lui avait pris la main. Un geste simple. Qui pourtant lui donna des frissons. Lui qui perdait tant les sensations dans le bout de ses doigts bandés, il avait ressenti l’intensité de ce contact. Ils s’étaient lâchés et, pourtant, à sa demande, cette supplique silencieuse d’une douce envie, elle lui reprenait d’elle-même sa main. Comme si elle lui prouvait que, finalement, il n’était plus seul. Comme si elle l’acceptait comme il était. Avec ses défauts. Sa cécité. Avec son air fatigué. Avec ses mots. Sourcils légèrement froncés sous un bandage serré, il se questionnait encore sur ce bouleversement. Était-ce pour le rassurer ? Pour lui faire comprendre qu’elle aussi se sentait bien en sa présence ? Ou était-ce uniquement une façon de se jouer de lui ? Il hésitait encore. Un instant, il avait eu l’envie de reculer, de ne plus faire face à elle. Pourtant, il avait aussi envie. Envie. Besoin. Un désir inavouable. Alors, ouvrant ses doigts, il les avait glissés entre ceux de cette partenaire nocturne. Ne pars jamais, Azami. S’il te plaît, fais que cette nuit continue.

_ Je n’en ferai pas une habitude alors. »

Une simple remarque. D’une voix tendre. Il ne voulait pas la choquer. Ni même la blesser. Un simple constat, pour lui faire savoir qu’il ne comptait pas abuser. Lui faire savoir que, finalement, il aimerait que cela se produise encore un peu. Comme une promesse d’un avenir où ils pourraient encore se voir. Et d’ajouter, comme un compliment, quelques mots.

_ J’aime beaucoup ta peau, Azami. Elle est douce et … »

Il leva la tête vers le ciel alors qu’il finissait de dire cela.

_ Elle me rassure, je dirais. »

Aussi étrange que cet aveu pouvait paraître, il sentait le besoin de se l’avouer. Car ce contact, cette sensation qui se glissait entre ses doigts, il l’aimait. Car il ne se sentait pas seul. Une voix n’en restait qu’un son. Une impression inconnue. Une perception invisible. Mais ce contact la rendait plus palpable et sa douceur, paisible, laissait découvrir une véritable tendresse. Ici, avec elle, il oubliait Benten, Ueno, Shiori ou encore Sôsuke. Il oubliait sa cécité. Il oubliait le Titan. Il oubliait Kiri. Il oubliait son passé et, en de courts instants, se projetait un peu vers cet avenir auquel il ne croyait plus. Auquel il n’aurait même pas droit. Pourtant, ce soir-là, il ne voulait pas penser à cette échéance. Il ne voulait pas penser à ces émissaires qui viendraient pour sa tête. Il ne voulait plus penser à Kiri. Ce soir, il voulait passer son temps avec elle. Penser encore un peu à elle. Aussi, alors qu’elle posait sa tête contre son épaule, il tourna sa tête vers elle, acceptant silencieusement cette nouvelle marque d’affection.

Posant son front contre son crâne, il humait son parfum, ce mélange de cette humide qui lui rappelait, finalement, les jours de pluie qu’il aimait. Sourire aux lèvres, tellement proche pour embrasser sa chevelure cendrée, il resta un instant silencieux. Face à la proposition, il souriait. Face à ce tutoiement, son cœur s’emballait. Fou de joie. Une intensité rare, pleine de folie. Pleine d’envie. Pleine. Entière. Hochant de la tête, laissant ses lèvres effleurer la chevelure, il se retira légèrement pour pouvoir lui parler. C’était idiot, mais, l’envie lui prenant, se tournant vers elle, il lui prit l’autre main, faisant même passer sa jambe de l’autre côté du banc. Finalement, posant son front contre le sien, murmurant pour elle seule, il lui fit savoir un peu plus encore.

_ Je serais ravi de me joindre à toi lorsque tu m’y inviteras. »

Il ne voulait brûler aucune étape. Si elle parlait de ses cultures, il voulait pouvoir se dire qu’elle ne le faisait pas sous la précipitation et la tendresse d’un moment unique. Peut-être que, à tête reposée, elle l’oublierait. Peut-être avait-elle seulement dit cela dans un instant de faiblesse. Pourtant, il voulait aussi croire qu’elle avait envie de le revoir. Une autre fois. Une fois de plus.

_ Et nous pourrions travailler ensemble à mieux cultiver ton thé, si tu souhaites ? »

Oui. Une projection. Il s’en voulait. Parce qu’il ne savait pas s’il serait encore là demain. Pourtant, il voulait croire en cet avenir. Il voulait croire en elle. Alors, il souriait. Parce qu’il pouvait peut-être se battre. Non pas pour sa famille. Mais pour quelqu’un. Un projet.

_ Et tu me rendras mon manteau à ce moment-là ? »

Une façon de s’assurer qu’un jour, elle reviendrait peut-être vers lui. Pour le lui rendre, au moins.
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Ven 1 Déc 2017 - 0:50
Elle caressait l'étoffe bleutée des doigt, probablement un peu songeuse. Probablement parce que l'aveugle lui rappelait le passé et sa nostalgie, plus que l'avenir. Et qu'elle ne savait pas justement de quoi son futur serait composé. Peut-être que cette nuit était unique et qu'elle ne repasserait pas. Le fait qu'il lui laisse son manteau sonnait comme une promesse à ses oreilles. Les promesses lui avaient toujours parues drôles. Soit elles ne se réalisaient pas, soit elles étaient toujours repoussées sans cesse. Le seul, avec qui avec elle avait peut-être tenu une promesse, c'était Kanon.

Faire une promesse à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas, tout cela lui donnait le tournis. Tout cela l'étourdissait et l'intriguait en même temps. Un nomade ne vivait pas en se projetant. Et Azami aurait dû arrêter de vivre au jour le jour, selon où ses pas pouvaient bien les mener, sur le dos d'un cheval ou d'un chameau, à transporter son toit et ses affaires. Elle aurait dû arrêter le jour où elle était arrivée ici, mais elle n'avait pourtant cessé, finissant par mener une vie monotone, sans but précis. Simplement payer une sorte de "dette de reconnaissance" envers le village. Lui faire honneur alors qu'elle ne faisait pourtant aucun effort pour s'y intégrer ?

La rencontre avec Eiichiro bougeait la jeune femme quelque peu du chemin tout tracé qu'elle prenait depuis plusieurs années, sans se rendre compte qu'elle ne faisait que tourner en rond. Ils étaient similaires et différents, pourtant. Elle s'était abandonnée au contact physique, pour un instant peut-être. Elle ne répondit cependant à son commentaire sur sa peau, qui lui produisit un frisson. Plus de malaise et de gêne qu'autre chose. Ce n'était pas quelque chose dont on lui parlait en général. On remarquait plutôt ses grands yeux noirs et brillants. Dans le cas de l'aveugle, c'était tout bonnement impossible de s'y plonger. Ôtant ses doutes, elle se rassura simplement sur le fait qu'il s'agissait simplement de sa manière à lui d'appréhender son univers.

Elle hocha simplement la tête, commençant à crouler sous la fatigue qui semblait lui remonter sur les épaules. Elle l'écoutait cependant, et attentivement, son corps étant toujours en alerte. Elle retira sa tête doucement pour s'étirer, tant ses muscles étaient endoloris par sa journée qui s'allongeait beaucoup trop sur la nuit. Le corps tendu, comme celui d'un grand chat, elle sentit, ou plutôt entendit une de ses épaules craquer de manière sonore. La brune esquissa un léger sourire, finissant par répondre avec cette même douceur qu'elle dégageait :

« C'est le climat des montagnes qui est mauvais pour cette pauvre variété. Il y a des ratés et des réussites.Parfois. Mais si les plantes t'intéressent, je connais bien des choses sur elle. Si mettre les mains dans de la cendre ne te fait pas peur, alors ce sera avec plaisir. »

Effectivement, elle ne savait pas réellement où elle allait. Elle ne savait plus réellement ce qu'elle faisait quand elle s'était autant rapprochée de lui. Mais elle savait qu'elle était malgré tout curieuse sur ce drôle d'homme, qu'elle avait croisé par hasard, et dont la présence, à la fois imposant qui force le respect et tranquille comme une montagne, amenant une sorte de paix tranquille, tandis qu'il semblait s'agiter intérieurement de mille maux. La jeune femme acceptait sa tendresse et lui rendait pareillement la sienne. Elle avait encore envie de voir ce sourire qui n'avait pas existé du début de leur soirée, comme s'il était absorbé par autre chose, un autre horizon.

Elle se leva doucement, lâchant sa main de la même manière, sans vouloir le brusquer. Saisissant le manteau, toujours posé à moitié sur sa tête, elle enveloppa ses épaules de celui-ci, bien qu'il soit clairement trop grand pour elle. Ses cheveux trempés ondulaient légèrement, et plaqués contre son crâne, lui dégageaient le visage, appuyant moins ses traits jeunes et faisant ressortir plus certainement son côté rigide, angulaire et strict qui pouvait transparaître sur son visage. Quelque chose de plus mûr. Et de plus félin aussi, lorsqu'elle se retourna pour se rapprocher, l'amusement pointant sur les commissures de ses lèvres mais aussi dans sa voix. Une taquinerie rare, mais qui se voulait gentille, se prit la lubie de passer ses lèvres :

« Si je le gardais, ce serait bien malpoli, et peu reconnaissant de ma part. Je ne peux le garder, surtout si l'hiver arrive ! »

Une pique amusée. Qui lui venait peut-être plus facilement au fil de temps.

« J'aimerais que ce jour-là, tu me parles de ton pays et de toi. De ce qu'il s'est passé. En attendant... »ajouta-t-elle en laissant sa dernière phrase en suspens.

La curiosité la dévorait toujours à vrai dire. Elle ne savait réellement sur quel pied danser par rapport à lui. Le cul entre deux chaises, d'une certaine manière. Parce qu'elle demeurerait toujours légèrement insaisissable à chacun. C'était dans sa nature, mais cela ne signifiait pas qu'elle serait toujours un muraille. Déjà, les murailles avaient commencé à s'abaisser avec hésitation. Par curiosité, et par plaisir du moment aussi.

Elle posa sa main sur son épaule, presque dans une forme de caresse, rappelant la douceur avec laquelle elle l'avait traité depuis le début de leur rencontre, et lui signifiant aussi qu'il était peut-être temps pour elle, et lui, de rentrer :

« ... Il est peut-être temps pour moi de rentrer. Cette soirée était agréable, vraiment. »

Et ce "vraiment" était ferme, direct. Se campant avec la même rigueur et la même volonté que la jeune femme devait faire échapper d'elle, sans s'en rendre compte. Guerrière et déterminée, comme depuis toujours. Et pourtant, elle ne savait pas où tout cela allait la mener, ou si cette même tendresse, elle la rechercherait de nouveau. Elle retrouvait les nuits blanches et incertaines du nomadisme, tout en retrouvant un objectif qui la rendrait moins perdue que ce qu'elle était.

Revoir et comprendre Eiichiro. De tout son coeur.
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Dim 10 Déc 2017 - 18:26
La nuit avait peut-être trop longtemps duré. Peut-être qu’il n’avait pas assez fait attention au froid qui dressait les poils de ses bras. Ou ce frisson qui, d’un spasme, l’avait fait frissonner. Tout son être se rappelait alors la fraîcheur de la nuit, la douceur qu’elle apportait avec elle, loin des chaleurs étouffantes que le soleil pouvait apporter. L’homme de la Glace n’avait jamais aimé réellement le soleil, préférant la tristesse pluvieuse qui lui rappelait sa propre morosité. Il s’était tellement langui durant des années, à se morfondre sur son propre sort que ces derniers mois, bouleversants, avaient eu raison de son habituelle torpeur. Lui qui s’était lassé des années, qui avait recherché les grands frissons, souhaitait pourtant maintenant, plus que jamais, se détendre et se reposer. Comme si, soudainement, la Paix valait bien plus. Poussant un doux soupir, il souriait pour lui-même. Peut-être, finalement, pouvait-il la trouver en ces lieux.

Alors qu’elle évoquait les échecs de ses plantations, et qu’elle l’invitait, une fois, à y mettre ses mains par lui-même, il avait souri, sentant bientôt le déplacement de son corps. Alors qu’elle avait été proche, elle rompait finalement cette proximité apaisante. Alors, ce soir-là, se finissait lentement cette douce rencontre. Et, se remémorant ces courts instants, il hochait de la tête, appréciant pour lui-même ces quelques souvenirs. Finalement, alors qu’il sentait sa main sur son épaule, il avait redressé la tête. Bien qu’il aurait aimé garder sa main encore quelques instants, il ne l’avait pas retenue. Il l’aurait aimé. Mais il ne l’avait pas fait. Comme si la remerciait déjà silencieusement pour la soirée passée sous les étoiles. Dans le vacarme de la foule. Dans le silence de la nuit. Ils s’étaient rencontrés. Peut-être qu’un jour, ils se retrouveraient. Peut-être qu’ils s’oublieraient. Un court frisson traversant son échine, il avait souri. Doucement. Amusé. Alors, tandis qu’il se levait finalement, il baissait légèrement son visage vers elle.

_ Alors, lorsque nous nous reverrons, je te parlerai de mon passé. Je te parlerai de mon pays. »

Laissant un tendre sourire, il attrapa doucement cette main qui s’en allait. Un mouvement doux. Qui ne voulait rien d’autre que sentir encore ses doigts qui, maintenant, s’échappaient. Aussi, avec un sourire, alors qu’elle se dégageait finalement, il laissait entendre encore quelques mots à cette inconnue au visage si invisible. Pourtant, peut-être avait-elle souri ? Peut-être, durant un instant, une étoile avait brillé dans ses yeux ? Il ne le saurait peut-être jamais. Malgré tout, oubliant ses mornes pensées, il parla.

_ Je me réjouis de te revoir. »

Juste un court silence.

_ Je te souhaite une bonne soirée, Adamachi Azami. »

Et, alors qu’elle partait, il laissait son visage s’orienter vers ce ciel obscur et invisible. Sourire aux lèvres, il soupira doucement avant de s’asseoir à nouveau, seul, tranquille. Apaisé par la soirée, son esprit s’éveillait pourtant à ses nouvelles interrogations. La reverrait-il un jour ? Que se sera-t-il passé jusqu’à ce jour-là ? Alors qu’il contemplait le vide de sa propre vue, il souriait pour lui-même. Peut-être des jours plus heureux. Ou peut-être que la guerre frapperait aux portes de la Roche. Peut-être qu’ils ne se reverraient jamais.
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Iwa Shukusai | Le parfum du thé // Eiichiro

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