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Chimérique Épopée ✗ Kuchiyose | SOLO


Sam 2 Déc 2017 - 6:56



Il planait une eurythmie particulièrement troublante en cette chaude journée. Les oiseaux se plaisaient à laisser choir dans les échos évanescents, leurs chants fugaces et entêtés. Oraison restait propice, par ces louanges portées aux firmament du fait des caprices du vent soufflant paisiblement.

Il avait prit le soin de faire convier un guide connaissant la région, afin de s’enquérir de sa quête digne d'une épique Odyssée, qu'il comptait mener à bien. Le rendez-vous était pris à la sortie du petit village, où il profitait d'une halte lors de son voyage. Le Tavernier lui avait assuré et vanté les mérite de sa fille. Elle connaissait le coin comme sa poche, prônait-il, en affichant ce sourire fier, néanmoins un peu vénal. Promettant satisfaction, contre bien sûr contrepartie sonnante et trébuchante.  Trouver le sanctuaire où résidait le but, n'était pas promenade de santé. Sans l'aide d'autochtone, la tâche serait moins aisée. Il accepta alors le marché.

Il attendait, planté comme un piqué, devant les grandes portes conduisant vers l'inconnue l'aventure. En retard, voilà qui était signe de mauvais bien augure. Viendrait-elle ou non ? Le mystère subsistait, se faisant plus pesant, à chaque seconde qui s'écoulait. Il sortit du tabac, qu'il roula prestement en forme cylindrique, puis, ayant terminé de former l'objet du bout de ses doigts agiles, il porta celui-ci à ses lèvres mutines. Allumant prestement l'extrémité sphérique, qui crépita en rougeoyant avec fiévreuse frénésie. Il inspira, puis expira, formant une volute brumeuse, qui disparaissait en s'évaporant dans son fugace envol vers les cieux.

Une jeune femme hagarde, point encore nubile, mais ayant l'air des plus débrouillardes, arrivait en courant dans sa direction. Une chevelure brune, mi-longue, s’arrêtant au niveau de ses frêles épaules. Des yeux d'un noir profond, animés de malice.  Elle semblait des plus pressées, pour ne pas dire, hantée par son retard s'étant éternisé. Elle s’arrêta devant le mandataire, reprenant son souffle un instant, avant de s'incliner et de s'excuser de la faute de professionnalisme lui incombant.

« Désolée, Désolée ! Je suis en retard ! Je suis votre guide! Je m'appelle Ayako ! » -balbutiant, reprenant sa respiration assez difficilement-

L'homme la fixa, sans vraiment exprimer reproche ou contentement. Il porta une nouvelle fois l’empoisonnée à sa bouche, tira une bouffée prolongée, puis souffla la fumée. Se débarrassant de cette bougie de feuille et d'herbes séchée, qui avait trouvé sa fin. Il se tourna, puis partit en direction de l'horizon, avec nonchalance et silence. Le regard de la demoiselle était fixé sur ce dos s'éloignant au lointain. Elle craquait, été à deux doigts de pleurer, de n'être point arrivée à l'heure promise. Pensant qu'elle venait de perdre, ce qui aurait bien aidé ses finances. C'était rare, trop rare même, les visiteurs qui passaient dans ces parages reculés, voulant s'offrir les services d'un guide, pour quelques folies qui demeuraient excentricités pour tous à part eux-même. Les espoirs de ses futurs repas, s'enfuyaient d'entre ses griffes.

Cependant, le voyageur intrépide se retourna, en direction de la future fontaine, qui allait laisser échapper toutes les larmes de son pauvre corps maigrelet. Ou n'en était pas loin.

« Alors ? Vous venez ou pas ? » -dit-il, d'une voix inquisitrice-

Un sourire se dessina alors, renvoyant la tristesse dans les limbes du néant. Hâtant le pas, elle rejoignit celui qu'elle devait mener vers le nife, dont elle connaissait les recoins.

Ils marchèrent silencieusement un moment, arpentant les chemins de traverses, sous le cagnard frappant de ses foudres solaires les glèbes paysages se tenant à son orée. Puis, vint l'instant fatidique, où le mutisme se brisa, à l'initiative de celle qui ouvrait implicitement la marche depuis lors, plastronnant son corps d'ingénue, voulant faire impression..

« Vous allez faire quoi ? Pourquoi voulez-vous traverser la forêt ? Vous savez que là où vous désirez vous rendre, c'est dangereux ? » -quémandant des informations, sur la raison se cachant derrière son éphémère embauche-

« … »

Le silence pour seule réponse, se susurra alors. Montant aux créneaux, la vénale ne se laissa point faire. Elle n'avait toujours pas eu le poids devant alourdir ses poches. Fournir ses assiettes si vides, en victuailles gourmandes. Formant une fantasque sébile en joignant les mains, elle se retourna vers le rustre, avec entrain tenant de vindicte. Imposant arrêt soudain de l'expédition, pour le sine die acompte.

« Vous avez de quoi payer j'espère ! On ne me la fait pas ! Vous avez bien être bien fringué, ça sent l'entourloupe ! Mon dû je vous prie ! » -demandant rétribution pécuniaire-

« ... » -la fixant sans sourciller, en prenant la halte forcée-

Il soupira, farfouillant dans sa sacoche, qui contenait quelques breloques en vue du voyage. Il en extirpa une bourse, la fit sauter par deux fois dans le creux de sa main, comme pour la peser. Elle semblait lourde et goulûment garnie. Ce qui fit briller les yeux de l'ingénue de plus belle, qui suivait du regard intéressé, voir hypnotisé, cette valse sautillante. Finalement il déposa le trésor entre les graciles doigts qui se tendaient à son encontre. Ces derniers s’empressèrent alors d'ouvrir l’écrin afin de contempler le précieux. Affichant un air des plus satisfait, avant de faire une moue des plus désabusées. Tant, alors qu'à la base, il était convenu de bien moins. Soupçons étaient faciles à naître de ce constat des faits. Il était évident que la générosité, cachait intention viciée.

« Il y a bien plus que convenu... » -dit-elle, soupçonnant l'entourloupe- « Vous... Vous voulez me violer ? Hein ? C'est ça ? C'est pour me faire taire !? » -commençant à paniquer et à se reculer avec inquiétude sur ses traits-

L'imagination des jeunes femmes pouvaient être des plus fertiles.

« Hum... Bon, vous êtes plutôt beau... Mais ça ne vous donne pas le droit de croire que je vais me laisser faire ! » -semblant hésiter avant de se reprendre d'un ton ferme et décidé-

« Simple geste de courtoisie, pour que vous soyez motivée et fassiez bien, ce que vous êtes censée faire. Me guider là, où je le souhaite. Rien de plus, rien de moins. »

« Ah... domma... Je veux dire oui ! Évidement, dit comme ça ! » -se rattrapant en affichant un air gêné-

« On peut reprendre la route ? » -demandant, dubitatif encore, si ses simagrées et folles fantasmagories étaient passées-

« Oui ! Bien sûr ! Au fait vous ne m'avez toujours pas dit comment vous vous nommiez... » -dit-elle, un peu hésitante-

« Vous pouvez m'appeler Muramasa. » -répondit-il, sommairement-

« Oh, quel joli nom ! » -semblant contemplative-

L'homme croisa les bras, soupirant brièvement.

« Vous croyez ? » -esquissant un humble sourire- « C'est aimable. » -closant ses paupières, comme songeur de ce compliment- « Voulez-vous que je vous conte la légende, derrière ce nom ? » -posant la question-

« Cela me rendrait heureuse ! » -joignant les mains, telle supplique-

« Eh bien, je le ferais en chemin. » -reprenant la marche-

« Gomen' !!! C'est d'accord !!! » -se rendant compte qu'elle ne faisait que le ralentir, plutôt que de le mener là où il escomptait trouver destination-

Elle rangea dans la sacoche le précieux, puis couru pour rattraper l'étrange individu, qui continuait de s'avancer en direction de la forêt enchantée, ou bien, désenchantée.


✗✗✗


L'édicule trônait en ce sanctuaire érigée naturellement par la flore verdoyante. Faix de verdures et d'écorces, formant labyrinthique dédale meurtrier, pour qui avait toupet de s'y inviter sans connaître ces sentiers.

Cela faisait bien plusieurs heures, qu'ils étaient partis. Ils profitaient d'une pause revigorante, à l'orée des piliers millénaires s'érigeant vers les cieux masqués de verts feuillages à la densité implacable.

Elle mâchonnait victuailles pour reprendre des forces. Sans vraiment faire attention à ses manières dans un premier temps, puis remarquant le regard qui la scrutait, elle se mit à faire plus attention de conserver une certaine élégance. Il sortit de sa propre besace une gourde et lampa le breuvage d'une gorgée, pour se réhydrater. Sans excès, démontrant qu'il savait se tenir un minimum, malgré la grand soif et la faim se faisant taraudant état après la traversée. Songeuse, elle le fixait de ses grands yeux noirs.

« Êtes-vous un noble, Muramasa-san ? » -se posant la question, qui la hantait depuis le début leur départ-

L'homme proposa la gourdasse à la jeune demoiselle le questionnant. Chose qu'elle acceptât sans rechigner, toujours captivée par une once de réponse pouvant répondre à sa curiosité.

« Noble ? Qui sait ? En tout cas, je peux vous dire une chose. Mon enfance n'a rien eût de palais ou autre cage dorée. Ma noblesse, si elle vous attrait, sachez, que je l'ai acquise de mon propre fait. » -se voulant énigme non élucidée à jamais-

« Hum... Je vois. » -songeuse-

Posant les yeux sur le contenant de l'aqueux, se rendant compte avant de boire, qu'il s'agissait là, de ce qu'on appelait le fameux baiser indirect. Commençant à afficher une grimace coupable, ses joues rougirent alors d'une teinte sanguine. Le sang lui montait à la tête au triple galop, la rendant soudainement fiévreuse d'un mal scintillant du cardiaque. Elle finit par poser ses lèvres et boire d'un coup l'eau qui siégeait dans cette prison guère innocente.

« ... » -la fixant d'un œil des plus perplexes, mais ne faisant commentaire-


✗✗✗


Après encore plusieurs sabliers s'étant écoulés, le périple touchait à sa fin. Ils étaient au plus profond et chimérique cœur de la faune et de la flaure ancestrale.

« Voilà, Muramasa-san. Vous trouverez le peuple de la forêt juste un peu plus loin. » -indiquant la direction en pointant de son petit doigt chétif- « Mais... Vous êtes sûr ? Il paraît qu'ils sont cannibales... » -s'approchant en lui murmurant, craintive-

« Attendez moi là. Ce ne sera pas long. » -dit-il, sûr de lui-

« Bien... » -peu rassurée et inquiète-

L'homme s'engouffra alors dans les ténèbres infinies se présentant à lui. Au bout d'un moment, il arriva devant une sorte de petit village de sauvageon. Moult sauvages repèrent l’inconnu, se dépêchant de s 'attrouper autour de ce-dernier, le menaçant de pléthore de lances acérés. Leur tenue était des plus rustre, simple peau de bête recouvrant leur intimité. Ils arboraient tous des tatouages tribaux et des ornements faits de crocs opalins animaux. Les femmes et les enfants semblaient craintifs, fuyant pour la plupart dans les quelques huttes éparses, formant la cité florale. Les autres, intriguées, plus vaillants, le fixaient avec curiosité.

Le visiteur leva les bras, comme pour signifier qu'aucune hostilité n'hantait ses pensées à leur égards. Un homme, plus grand, arborant légion d'apparats plus imposants, apparu. Il s’avança alors en direction de l'agitation. Prenant alors la parole. Ce qui calma ses congénères, comme la pluie rassasiait les champs colériques souffrant de véhémente sécheresse.

« Il y a bien longtemps, que nul homme ne s’était aventuré en ce lieu. Homme voulant relever l'épreuve et passer contrat liant le Divin et le Mortel. Ta folie te mènera à une mort atroce, comme tous ceux qui depuis la nuit des temps osent tenter l'impossible. Quel est ton nom, jeune impudent ? » -parlant d'une voix lourde et grave-

Il se contenta d'esquisser un léger sourire. N'étant point décontenancé ou laissant transparaître le moindre doute.

« Muramasa. » -susurrant avec malice éhonté et assumée, un seul mot porteur d'un sens caché en guise d'unique réponse-


✗✗✗


Le rituel prenait place dans une grotte. Plusieurs chamans formaient un cercle où l'étranger siégeait place devant une stèle. Se tenant face à elle, patientant le moment importun. Ils psalmodiaient dans un langage ne tenant point de l'humain. Ils étaient en transe, entrain de proférer ce qui semblait un chant tenant de la fantasmagorie, qui en ce monde paraissait irréelle. La catharsis enivrait l’atmosphère, montant dans un crescendo culminant progressivement. A son apogée, la silhouette posa sa main sur la stèle et fut engloutie dans le néant.


✗✗✗


Il se tenait dès lors, dans ce qui semblait l'imaginaire d'un songe éternel. Un sanctuaire dantesque qui ne connaissait point limite ou frontière. Se perpétuant à l'infini, s'érigeant dans les ténèbres de l'obscurité, qui planait irrépressiblement dans le firmament nocturne hantant le lieu. Rien ne semblait logique, aucune sensation de déjà-vu ne venait se faire sentir.

Était-ce un rêve ou était-ce la réalité ?

Une voix d'outre-tombe plana alors, en se réverbérant d'échos évanescents, jusqu'à résonner en oscillation ne tenant point de la simple parole.

« Voilà bien longtemps, que nul n'avait osé tenter de se lier à moi. Qui es-tu, mortel ? »

Décidément, allaient-ils le faire répéter son nom jusqu'à ce que trépas s'ensuive ? S'étaient-ils tous concertés pour le priver du mutisme qui lui allait tant ? Le jeune homme s’avança en direction des ténèbres, d’où une masse semblait se mouvoir, d'où une engeance le fixait ardemment, d'un regard suscitant le jais d'orbes luminescentes à la pittoresque teinte sonnant cauchemardesque entité.

« Je me nommes Muramasa. » - dit-il, serein-

« Aucune peur. J'aime ça... Tu es bien confiant... Ou bien, emprunt d’aliénation ? » -amenant l'a supposition avec espièglerie certaine-

« Dois-je te vaincre pour te décider ? » -laissant paraître l'immaculé ivoire de ses dents carnassières, par un sardonique sourire-

Un silence plana un instant, semblant s'ancrer en élaguant la course du temps, où les deux entités se toisaient de leurs yeux des plus noctiluques et véhéments.

« Amusant. Je décèle en toi quelque chose, qui je suis sûr, saura me divertir. » -riant subrepticement à ce fait certain-

Apparut alors un immense rouleau devant le vaillant, osant défier la divine chimère légendaire. Il se déroula de lui même, comme animé d'une volonté lui étant propre, recouvrant le spectral de l’éther. Marquant séparation imaginaire, divisant fantasme et réalité.

Muramasa porta son pouce en direction de ses lèvres, puis le mordit en enfonçant sa canine acérée et pointue dans sa propre chair. Une perle rouge apparue alors, sur la spirale de sa peau, suivit de moult autres similaires écarlates gouttelettes. Puis, il apposa son emprunte ensanglantée sur la relique sacrée. Stigmatisant l'immaculée de son essence, pour toujours et à jamais.

Le pacte avec le Kuchiyose était alors scellé.

« Je suis ... » -annonçant le nom, que lui attribuaient communément les pauvres âmes mortelles, mais ne pouvant incarner avec perfection la déité quintessence-


✗✗✗


La petite guide était assisse, adossée contre un tronc, en train de dormir. Bavant légèrement, le liquide brillant coulait de ses fines lèvres jusqu'à son menton. Une voix vint la faire sursauter.

« Vous faites de beaux rêves ? » -dit un ton avoisinant le moqueur-

Elle sautillant en se réveillant, pour le moins surprise et prise au dépourvue, levant les yeux encore embuées par le sommeil en direction du briseur de songes, s'essuyant d'un revers de main éhonté la bouche.

« Ah !!! Vous ! J'ai cru qu'ils vous avaient mangé. »

« Celui qui me mangera n'est pas encore de ce monde. Ni présentement, ni dans aucun futur. » -affichant un regard certain, doublé d'un sourire des plus ardents-

Ainsi, les deux hurluberlues purent reprendre la direction du retour.

« Vous avez trouvé ce que vous étiez venu chercher ? » -s’enquerrait soudainement la maligne-

« ... » -se contentant d'un regard ne pouvant signifier qu'une seule et unique réponse-


Ce silence et cette chimère étaient les siens.


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