Soutenez le forum !
1234
Partagez | 

Comme un phénix | Solo


Dim 10 Déc 2017 - 18:43
Ecrit et inspiré par ça


Chez les nomades, la mort était ritualisée d'une manière qui repoussait bien souvent ceux qui n'avaient pas été élevés dans ces traditions. Après que le mort ait été lavé, purifié et habillé de son apparat guerrier, chaque membre devait venir lui embrasser le front. Une sorte d'adieu, au plus près de l'esprit de l'ami cher perdu. Pour lui insuffler sa propre vie et pour se confronter aussi au plus près de la mort.

Pour se rappeler qu'elle est et qu'elle serait toujours là. Que personne n'y échappe, hélas, dans ce grand engrenage complexe qu'est le monde. A la manière de la mer, il peut être calme ou t'arracher du pont du navire, sans aucun regret ou pitié.

Pourtant, il faut tenter de vivre. Même si cela n'est pas toujours facile, il faut avancer et ne pas reculer. Même si tout s'envole dans un battement de cil, il faut bien garder pied et ne pas trembler.

Azami avait vu beaucoup d'amis, de proches, de la famille, partir pour leur grand et dernier voyage. Fièrement. Grandement. Dans leurs costumes d'apparat, et leurs armures. Les traits tirés, fermés dans leur sérieux sombre et austère. Cette tradition l'avait toujours effrayée et dégoûtée, enfant. Mais maintenant qu'elle s'était sédentarisée, elle regrettait ce rituel qui lui manquait tant aujourd'hui et qu'ils avaient oublié. Peut-être parce qu'elle aurait aimé dire au revoir une dernière fois à Soryu Kanon, dans sa propre langue, dans ses propres origines qui l'avaient tant fasciné depuis qu'ils s'étaient rencontrés.

Elle ne pourrait plus lui dire de cesser de la suivre et de l'importuner. Elle ne froncerait plus les sourcils en le voyant se dérider dans son masque de renard. A vrai dire, elle avait perdu peut-être son seul ami proche qu'elle avait rencontré à son arrivée à Iwa. Cinq ans d'écart, et c'était lui qui partait le premier, dans la pagaille qui les avait tous touchés et entraînés dans le fond.

Il était parti à ses vingt ans, printemps éclatant de la jeunesse, et elle, elle restait toujours là. Debout, dans les crocs rocheux, elle considérait en silence les statues noires de lave que le clan Borukan avait élevées en l'honneur des guerriers tombés au combat.

Quelle ironie, qu'elle ne l'ait appris que ce jour même. Cela lui aurait évité des sanglots silencieux, et le cœur transpercé par la perte. Encore une fois. Cela ne s'arrêterait-il donc jamais ?

Kanon était déjà parti en terre et leurs adieux ne se feraient jamais. Qu'aurait-il dit ? Que dira-t-il, si jamais ils se retrouvaient dans l'au-delà ? S'il y en avait un, évidemment. La surprise et la douleur avaient marqué son visage, aussi durement que le fer chauffé à blanc sur la peau s'incruste avec violence. Ainsi, il était parti. Ainsi, il ne l'avait attendu. Elle était la plus âgée, cela aurait dû être elle sur ce champ de bataille. Il aurait dû profiter encore plus de ses vingt ans quand elle n'avait fait que les gaspiller en litanies, regrets, souvenirs et colère.

Si talentueux, si fort. Rival qu'elle n'avait pas pu dépasser, confident si cher avec qui elle s'était amusée au festival du village, cet été. Cette partie de Janken, ces sourires complices échangés, qui ne venaient pas d'un lien aussi intime qu'on pourrait le penser, ces rires. Ce soir de la saison chaude si agréable et perdu à jamais à présent.

Le vent lui soufflait fort sur le visage, preuve que les vents du nord remontaient vers le sud avec leur même puissance inégalée.


La jeune femme vivrait toujours avec des "si" et des regrets, semblerait-il. Elle se sentait si misérable, à ce moment-même. Elle ne le comprenait pas totalement pourtant, elle qui avait toujours fui la compagnie. Kanon lui manquait terriblement. Lui manquerait tant à l'avenir. Lui manquerait d'une manière différente de sa grand-mère.

C'était plus un camarade qu'une personne-monde qui s'en allait cette fois-ci. Kanon ne faisait pas partie de sa tribu, mais c'est tout comme s'il en avait fait partie sans qu'elle ne s'en rende compte. Elle serait morte pour lui si elle avait pu. Elle avait eu plus de chance et s'en voulait, d'une certaine manière. Être confiné dans l'hôpital d'Iwa pour protéger un homme dont le poids politique était capital, c'était bien facile. Si elle en avait eu la force, elle aurait jeté à la face du monde un rire insolent et amer.

Pourquoi lui, et non moi ?

Le vent soufflait, mais ses cheveux ne s'envolaient pas avec la même violence et le même désordre habituel. Celui-ci s'engouffrait pourtant bien sur tout son visage et son crâne, la refroidissant avec le froid glacial de l'hiver.

C'était la question qu'elle se posait. Elle, l'isolée, la silencieuse, la femme au visage de souillon qui n'aime que la nuit, elle n'avait peut-être pas mérité d'être encore là. Repenser à l'inconnu qu'elle avait dû affronter avec le samouraï Hoshino Takazane lui arracha un frisson, tout en réveillant l'angoisse qu'elle avait éprouvée durant le combat. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas combattu avec un si grand sérieux. La rage et la soif de sang qui l'avaient prise et entraînée dans la bataille l'effrayaient un peu, d'un autre côté. Ce n'était pas elle. L'intrus s'était enfui en plus de cela.

Pourtant Daiki est toujours là, lui disait une petite voix.

Oui, il était toujours là. Elle était amère et triste. Oui, effectivement. Il était toujours vivant. On ne lui avait pas pris la vie, et ils s'en sortaient sans trop de mal. Si Kanon avait été à sa place, tout aurait été différent, certainement.

Tout, aurait été différent. Il aurait réussi à faire mieux, lui.

Elle poussa un soupir, en caressant ses cheveux courts, qu'elle avait coupés la veille. Si le vent ne les emportait pas, c'était bien pour cela. Pendant un deuil dans la tribu, chacun devait se les raser ou se les couper courts. Signe de respect, autant que de tristesse, c'était déjà un rite bien moins étrange aux yeux du monde.

Maintenant que Kanon était parti, elle n'avait plus grand monde à qui se rattacher.

Plus grand monde.

Pas même son père, sa mère ou son grand-père.

Le premier était un silence qui s'assoupissait lentement vers la mort, la deuxième un mur froid et sanglant, le troisième, une incompréhension qui lui faisait douter parfois que son sang coule dans ses propres veines.

Elle poussa un soupir, tandis qu’elle portait à sa bouche une gourde avec une infusion de sa création. Grimace dégoûtée. Pwah. Le goût était infernal. Mais il fallait bien ça pour qu’elle récupère plus vite de ses blessures qui la faisaient encore souffrir. Les plantes, ses cendres, ses souvenirs, son expérience, c’était peut-être cela qui lui restait. Son épaule démise se remettait pour le moment bien du choc avec la civière qu’elle s’était littéralement manger en pleine face, plutôt que de la contrer totalement. Son mollet lui, était encore trop douloureux. Elle avait eu beaucoup de mal à soigner la plaie profonde qui lui avait laissé une cicatrice bien visible, en dents de loup. Reniflement agacé. La bête ne l’avait pas ratée et n’avait pas voulu la lâcher. Un loup fait pour tuer, c’était certain.

Elle réprima un frisson, et chassa au plus vite ces pensées sombres. Azami n’avait réellement pas envie de rentrer chez elle. Il lui faudrait bien pourtant, elle était de corvée aujourd’hui. Elle ne se sentait simplement pas la force d’affronter le silence pesant de deux autres personnes, tandis que son père s’isolait dans sa chambre sans bouger, depuis bien des années maintenant. Être seule face à ces crocs rocheux lui était plus agréable à la fois, tout en la blessant profondément.

Ah, si seulement, il lui restait quelque chose. Ou plutôt quelqu’un.

Etonnant, venant de ta part, tiens !

Remarque sarcastique, tandis qu’elle ricana doucement, un sourire carnassier et amer lui étirant les lèvres. Oui, bien étonnant venant d’elle-même. La voilà à désirer de la compagnie, elle, qui l’avait toujours fuie en général. La mort de Kanon et ce besoin soudain étaient-ils un signal ? La jeune femme ne savait pas trop quoi en penser.

Elle s’était retrouvée embarquée une première fois malgré elle dans les évènements du village face à Kiri et le combat lui faisait peut-être bien enfin prendre conscience que si elle avait perdu sa liberté insouciante de jeunesse, elle pouvait peut-être gagner autre chose.

La camaraderie. La solidarité, la même qui l’avait liée à sa tribu. Et peut-être bien la sécurité d’une certaine manière, bien que les temps qui approchaient se révélaient tout aussi sombres que les conflits qu’elle avait vus égrener le pays du Feu où elle avait vu le jour. Elle aurait même plus que dans son propre clan où elle n’était que la deuxième née, en plus d’être une femme. Seuls les garçons héritaient de la charge de clan, et son frère aîné s’était fait la malle depuis longtemps. Son clan se mourrait, et la seule chose qui lui restait, c’était ce village où ils avaient dérivé. Que faire ? Ses yeux sombres brillaient d’une lueur sévère et hésitante à la fois. Entre orgueil et tentation. Kanon n’aurait pas aimé qu’elle reste seule. Il ne l’aurait pas souhaité, c’était certain.

Alors, que faire ? Changer de personnalité du tout au tout pour mieux se lier et s’intégrer que ce qu’elle n’avait jusqu’à présent ? Secouant la tête, Azami savait bien qu’il ne s’agissait pas de la meilleure des solutions. Il y en avait bien une, mais l’hésitation lui retenait l’esprit, tandis que son cœur battait fort dans sa poitrine.

Elle pouvait très bien tenter de retrouver Eiichiro, après tout. Il était exilé, avait le regret de la patrie, et n’avait pas semblé détester sa compagnie, bien au contraire. Elle avait toujours son manteau par ailleurs, unique preuve qu’elle n’avait pas rêvé cette soirée qui lui avait donné l’impression de s’être enivrée de saké. Pourtant elle n’avait pas bu. Oui, elle le retrouverait certainement. Elle en avait l’espoir, et même l’envie.

Oh, il y avait aussi ces Hoshino. Watari, et probablement quelqu’un de sa famille, Takazane. L’un l’avait surprise en arrivant dans un de ces moments de solitude où personne ne vient la trouver. L’autre lui avait arraché un baiser. Il avait bien mérité la claque brûlante qu’elle lui avait décochée presque immédiatement. Un homme volage ne lui plaisait pas réellement. Son courage cependant, n’était plus à faire, puisqu’il avait combattu à ses côtés face au monstre auxquels ils avaient dû faire face dans l’hôpital.

Il l’agaçait comme Kanon à ses débuts, à vrai dire. Mais avec plus de lourdeur, et beaucoup moins de finesse.

Peut-être qu’elle irait les revoir. Par dépit ? Hésitation, tandis qu’elle se relevait enfin. Non, pas par dépit. Elle en avait après tout. Et ils partageaient le même regret qu’elle sur leur patrie chérie et perdue à jamais. Si différents pourtant, mais dans leurs yeux la lueur de la nostalgie se reconnaissait et brillait du même éclat fort et ravageur.

La jeune femme étira ses muscles endoloris à la manière d’un chat, jetant un dernier regard à la statue de Kanon, la tristesse sur le bout de ses lèvres roses et fines. Dans un murmure, elle lui adressa un dernier hommage :

« A bientôt, mon vieil ami... Dans plusieurs années, peut-être. Quand je serai toute rabougrie. »

Et elle se retourna, d’un pas lourd, le cœur tremblant, vers le village. Tout s’était tant précipité d’une manière qu’elle n’aurait pu prévoir. Cela ne lui déplaisait pas mais… Tout cela bouleversait ses habitudes. Et pour se sentir mieux, il fallait qu’elle s’y habitue.

Comme à son reflet, qu’elle avait croisé dans une flaque d’eau. Elle n’avait pas pris la peine de prendre un miroir pour se couper les cheveux. Elle avait pris un ciseau et avait tout coupé à la va-vite. Elle n’avait jamais eu l’air aussi garçon manqué de toute sa vie. Les mèches de cheveux partaient dans tous les sens, et la masse informe qu’elle avait sur la tête ne ressemblait à rien.

Pourtant, il lui semblait qu’elle n’avait jamais eu autant l’air d’un livre ouvert, avec ces joues et ce nez pâle, rougis par le froid mordant de l’hiver, et ses yeux sombres, clairs d’une lueur nouvelle. Quelque chose avait changé en elle, et elle s’en rendait peu à peu compte, sans savoir ce que c’était.

Pressant son pas, puisqu’elle était de corvée ce soir, elle ne s’attarda pas sur son visage qu’elle trouvait si vilain avec cette peau de nacre, presque cadavérique, et ce front trop haut ou ce nez trop en trompette.

Elle ne savait pas encore quels changements allaient encore venir la bouleverser. Ses cheveux resteraient courts pendant longtemps, certainement
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t1710-adamachi-azami-les-mains-pleines-de-cendres-terminee#10618

Ven 15 Déc 2017 - 2:07
Ecrit et inspiré par ça

Le bruit sourd de ses pas faisait grincer le parquet qui aurait bien besoin d’être réparé. Paniquée et essoufflée, elle se déshabillait avec empressement pour chercher ses plus beaux habits et se rendre bien plus présentable qu’elle ne l’était. Elle prit un seau d’eau qui reposait dans le coin de sa chambre. Elle devait retourner faire brûler des cendres ce soir, et celui-ci devait l’aider à éteindre le feu allumé. Oh, et tant pis. Elle s’aspergea la face. L’eau froide sur son visage la fit frissonner, tout en la réveillant. Avec des gestes vifs, elle frottait sa peau blanche qui avait la teinte grisée de la cendre et de la crasse.

Si elle avait cru que plus rien ne pourrait l’étonner ces dernières semaines, la jeune femme s’était lourdement trompée. Son père avait demandé à la voir aujourd’hui. Et cela faisait bien quatre ans qu’elle ne l’avait vu. Bien plus longtemps encore qu’elle ne lui eût parlé. Qu’avaient-ils eu à se dire, après tout ? Elle était une femme, et elle était une deuxième née. C’était Choji qui avait eu toute son attention et sa patience. Azami n’avait toujours été qu’une ombre silencieuse et discrète, derrière son carré noir et son visage doux et impassible d’enfant.

Sa voix avait toujours été retenue, et elle n’avait croisé que rarement son père.

Aujourd’hui, c’était comme le rencontrer pour la première fois. Et son cœur gémissait d’une angoisse folle, voulant aller à reculons à tout prix. Tourner le dos comme toujours, à cet homme qui l’avait ignorée toute sa vie, et auprès de qui elle ne s’était jamais illustrée ou manifestée. Elle était un fantôme parmi tant d’autres.

Inspirant profondément, elle frappa avec une tension certaine à la porte de la chambre dont le paralytique n’était jamais sorti depuis quatre ans. Trois coups forts et secs, malgré sa main qui tremblait. Puis, faisant glisser la porte, la jeune femme entra dans la pièce sombre, prenant bien attention à la fermer derrière elle.

Seul une bougie éclairait l’unique pièce dont on avait calfeutré les fenêtres et elle mit bien un moment avant que ses yeux ne s’habituent à la pénombre. Adamachi Hotoro ne supportait plus la lumière, disait-on. A dire vrai, la jeune femme n’avait jamais réussi à savoir si cela était vrai. Ses yeux noirs en amande se plissant pour mieux distinguer la silhouette du vieil homme, elle avança de quelques pas, quand une voix sonnant comme le roc sortit du silence, agitée d’accents rugueux et mélodieux.

« Azami. Approche, ma fille. Que je te vois de plus près »

Frisson. D’excitation. De peur. De joie. De colère. De tristesse. De tout cela à la fois, de rien et d’autres choses. Elle avait reconnu la langue des nomades qu’elle n’avait pas parlé depuis bien longtemps. Langue châtiée et hypnotique, aux inflexions tressautantes et alambiquées. Pourtant si agréables sur les lèvres. C’était son enfance et les steppes qui revenaient à elle. L’élocution du feu crépitant qui revenait dans sa bouche et tous ces r, tous ces airs râclant sa gorge et ses cordes vocales.

Silencieuse, les yeux baissés en signe de déférence et de respect, elle s’avança doucement avant de s’asseoir en tailleur. Elle n’osait lever ses pupilles et les poser sur lui. Azami sentait pourtant son regard sur elle. Scrutateur. Juge sévère. Pesant sur ses épaules. Et elle attendait, doucement, au pied du lit.

« Lève donc les yeux. Le temps où nous n’existions plus pour l’autre est révolu. J’ai beaucoup de choses à te dire, mais laisse-moi d’abord voir ton visage plus clairement. Ma mémoire pâtit de l’attitude que j’ai eue envers toi, hélas ! »

Surprise. Elle releva la tête vivement, les yeux grands ouverts, la bouche s’ouvrant sur un cri de protestation. Parce qu’elle ne le méritait pas. Parce qu’elle ne comprenait pas pourquoi, enfin, ils avaient une discussion. Pourquoi tant de tendresse, tant d’intérêt pour elle alors que tout était terminé. Peut-être était-ce une manière de l’amadouer, comme le faisait sa mère, pour mieux la punir et la blesser ? Mais ce cri s’était échappé, et ne sortit point de sa poitrine. Aussi vite qu’il voulut naître, il était mort face à la lumière gracile et vive des yeux d’Horoto. Ces mêmes yeux charbons dont elle avait hérité. Vifs. Intelligents. Terriblement vivants et hypnotisants.

La brune était surtout frappée à quel point il avait vieilli ces dernières années. Il n’avait que cinquante ans pourtant, et il semblait en avoir vingt de plus. L’homme fort, grand et musclé comme une montagne dont elle se souvenait vaguement dans son enfance n’était plus. A la place, se trouvait un vieillard décharné, les cheveux d’un gris pâle extraordinaire, la peau aux aspects de parchemin et dont la seule jeunesse semblait se trouver dans son regard et sa voix chaude aux intonations gutturales.

Il avait un sourire léger et affectueux en la regardant qui la prit au cœur, autant que l’émotion la submergea.

« Tu as grandi, Azami. Tu n’es plus la jeune fille de dix-huit ans qui avait fait le voyage avec moi il y a sept ans. »

La détaillant du regard, il ne remarqua pas la gêne qui la prenait, tandis qu’elle détournait ses yeux.

« Tu ne ressembles pas à Choji, décidément. Discrète, toujours silencieuse. Beaucoup moins sombre et survoltée. Toi, au moins, tu nous as accompagnés dans notre périple. Tu ne t’es jamais plainte, pas une seule fois, alors que lui a enchaîné des caprices enfantins. Et tu t’es même illustrée dans la bataille contre Kiri dernièrement. » remarqua-t-il, les sourcils froncés, lissant sa petite barbiche qu’il avait certainement taillée maladroitement pour l’occasion.

Ha. S’il savait, se disait-elle tristement. Elle leur en avait voulu de s’installer aussi précipitamment. D’abandonner le nomadisme. Oh, oui, elle en avait gardé rancune et colère. Avec le temps, la résignation et le désespoir avaient fait leur œuvre. Aujourd’hui, elle ne pouvait plus leur en vouloir. Les conflits agitant le monde les auraient tous tués au fil du temps, et eux, jardiniers de la paix, n’auraient pu y survivre. Un soupir triste et joyeux se faisait en elle. Qu’il était étrange d’être louée par un homme pour qui elle n’avait été qu’une ombre parmi d’autres.

La jeune femme ne voyait pas vraiment où il voulait en venir, et toujours murée dans son silence, elle releva les yeux vers lui, pour demander d’une voix hésitante dans sa langue natale :

« Vous avez demandé à me voir. Je suis là. Que puis-je pour vous, mon père ? »

Un rire gras agita les épaules de son père. Généreux. Clair. Qui la surprit par l’éclat de joie qu’il laissait filer, tandis qu’il reposait sur elle ses yeux si vivants et plein d’une tendresse qu’elle n’avait jamais connue.

« Tutoie-moi. Au point où nous en sommes, tentons d’en profiter. Ta voix m’avait manqué, petite. Sa douceur et son calme me rappellent celle de ta grand-mère, qui nous a quittés il y a quelques années. Elle serait fière de voir à quel point tu es devenue belle. Quel âge as-tu déjà ? »

« 26 ans depuis le solstice d’automne »

« Le solstice d’automne, déjà… » murmura-t-il doucement. Hochant la tête, le regard peiné, il reprit avec un léger sourire : « Que de temps perdu avec toi, Azami. Mes plus gros regrets te concernent tous. La tradition m’a aveuglé pendant longtemps, et maintenant, je me rends compte à quel point il faut enfin avancer. »

Horoto se releva soudainement dans sa couche, un peu difficilement, toussant d’une toux grasse et profonde. Sa fragilité et sa faiblesse se révélaient bien plus dans cette pénombre ambiante et dans cette chambre poussiéreuse qu’en plein jour. La jeune femme pouvait voir la pâleur de son teint normalement basané, et les cernes qui soulignaient ces yeux en amande, légèrement plissés sur les côtés. Il reprit la parole, un peu essoufflé, mais surtout amer :

« Tu dois te demander pourquoi aujourd’hui, après tant de temps, hein ? Je n’ai pas été le meilleur des pères avec toi, clairement. Choji a toujours eu notre préférence, et cela est pire avec ta mère. Elle ne doit pas t’en faire vivre des belles tous les jours… J’imagine qu’elle essaie de te marier, depuis tout ce temps ?

Elle buvait ses paroles comme un assoiffé boit l’eau après des mois passés dans le désert. Ces mots, elle les avait rêvés. Elle les avait attendus, pendant longtemps. Enfant de six ans, douze ans, grandissant au fil du temps, elle avait toujours eu des regards discrets d’espoir tournés vers cet homme si fort et si grand. Sans que jamais cela ne se réalise. Elle avait fini par espérer, comme tout adulte. Et aujourd’hui, son père se confiait à elle d’une manière inattendue, empreinte d’une telle tendresse, qu’elle n’osait y croire. Un sourire aux lèvres, elle répondit posément :

« Oui. Mais elle n’y est pas arrivée. Je m’arrange toujours pour être vilaine à regarder lors des rencontres. J’ai fait fuir un nombre de prétendants inimaginable, et je n’en suis pas peu fière, pour le coup. Aucun d’entre eux n’avait l’air bien malin de toute manière. »

Nouveau rire de son père, bien plus violent et éclatant, qui se termina en toux sèche.

« Une furie comme Hochako. Elle t’a tout appris sur les plantes et le savoir médicinal de celle-ci, j’imagine ? »

Il avait un sourire complice, grand et robuste, qu’Azami lui rendit timidement. Drôle d’homme. Non, de père. Et comme lui, elle sentait le regret l’envahir. Elle aurait partagé ce genre de conversations plus tôt. Elle hocha la tête à sa question. Oui, Hochako lui avait tout appris, du mieux qu’elle pouvait. Cela n’était rien face à l’Iroujutsu des eisei-nin, mais elle savait des choses. Quelle plante ne pas consommer, ou quelle autre est efficace contre la maladie de la goutte, l’arthrose, les troubles du sommeil, voire les vomissements. Tel champignon vous donnait des hallucinations terribles, tandis que si vous infusiez les feuilles de cette fleur, vous pouviez obtenir un puissant paralysant. Elle aurait pu lui parler pendant des heures de tout ce qu’elle avait appris aux côtés de feu sa grand-mère. Mais elle lui parla d’autre chose :

« Je suis heureuse de pouvoir discuter avec toi de tout cela. On ne peut remonter le passé, mais je chérirai cet instant toute ma vie. Venons-en au fait. Pourquoi as-tu demandé à ce que je te vois ? Fumiko… Fumiko était dans une rage terrible, lorsqu’elle l’a appris. »

La jeune femme le fixait de son regard impassible qu’il lui rendit pendant de longues secondes silencieuses. Enfin, Horoto reprit la parole d’une voix plus grave :

« Je te n’ai effectivement pas demandée pour te parler de passé et de regret. Mais plutôt pour parler du futur. » A ces mots, il saisit un papier ancien et chiffonné, plutôt brouillon, qui semblait cependant très ancien. « Choji ne nous as pas suivis. Mon fils aîné, héritier de ma tribu, n’est plus. J’ignore, nous ignorons tous en vérité, ce qu’il est devenu. Notre tribu se meurt, et j’ai peu de nouvelles des autres familles qui nous ont accompagnés dans notre exil. »

Azami le fixait toujours, mais elle sentait son cœur qui battait dans sa poitrine et la fébrilité avec laquelle elle attendait ses paroles. Tendue comme la corde d’un arc, elle attendait qu’on lui donne une flèche. Le vieillard se tourna vers elle avec un air sérieux :

« S’il était venu, je lui aurais remis ce papier. Je lui aurais légué son héritage. La tribu. Les traditions. Mais il est parti. Et il ne reviendra pas, Azami. Alors, il lui tendit la paperasse fragile d’une main tremblante, attrapant celle de la jeune femme avec une énergie et une nervosité qui l’étonna. « Je ne veux pas voir ma tribu et mes traditions disparaître. J’ai énormément réfléchi, ces derniers jours. Enormément. Je n’en ai pas dormi, tu as dû le voir. J’ai dû prendre une décision. Eteindre la torche de ce que j’avais construit dans ma vie ou passer le flambeau. »

Elle pouvait sentir sa main noueuse et ridée, tremblante, pourtant vivace de la force étrange qui caractérise les vieillards. Et elle était happée par ce regard noir aux reflets orangés de la bougie qui brûlait près d’eux. Dans un souffle, il finit par dire le fond de sa pensée :

« C’est à toi que je vais passer le flambeau, Azami. Peu m’importe les traditions. Peu m’importe que tu sois une femme. Peu m’importe que tu sois la seconde. Choji n’est plus là. Je me fais vieux. Et tu es la plus fidèle du groupe. »

Elle resta pantoise et muette pendant un instant, sous la surprise. Ne comprenant pas réellement ce qu’il se passait. Elle croyait à une blague. Mais en regardant l’expression sérieuse d’Horoto, son père, elle comprit que cela n’en était pas une. Azami se releva soudainement, saisie à la fois par la stupeur, la peur – mais pas le stup’ – et bafouilla dans la précipitation :

« Vous succéder à la charge de chef de la tribu et de la famille ? Vous n’y pensez pas ! Que dira ma mère ? Que diront les autres familles ? Vous savez que je ne suis plus vraiment nomade et que je n’ai jamais été éduquée pour cela… »

Elle roulait des yeux perdus et cherchait dans ceux du vieillard quelque chose qui irait en son sens. Mais il restait aussi stoïque que la pierre, tandis qu’il répéta ces mêmes mots avec un ton calme et posé :

« Ils ne diront rien. Ce n’est pas à eux de décider. Je sais que tu en es capable. Quelque chose a changé en toi, en quatre ans. Tu n’es plus nomade, mais tu commences à avoir la carrure pour guider les autres. Pour guider les hommes. Si tu ne le fais pas, personne d’autre ne le fera. » Il fit une pause en attrapant la coupe d’eau qui restait tout le temps à côté de lui pour boire un peu. « Azami. Je crois en toi. Il va le falloir. Un jour, je ne serai plus là. Et ce sera à toi de te battre. Fais prospérer la tribu à Iwa. Réalise ce que j’aurais dû réaliser il y a bien longtemps, et que je n’ai pas fait par orgueil et égoïsme. »

Elle avait les jambes tremblantes, le teint pâle et les yeux perdus. Elle, chef de tribu ? Elle en avait secrètement rêvé, durant sa discussion avec Watari, un samouraï exilé ici, cet été. Ses mots lui revenaient en mémoire, peu à peu.

Si vous n'êtes pas assez forte, devenez-le. Si vous êtes seule, entourez-vous d'alliés qui vous aideront.

Son père la fixait avec une sévérité qu’elle lui avait connu enfant, vide du mépris qu’il avait eu pour elle cependant. Soudainement, elle avait de l’importance. Et tout cela lui donnait le vertige. Elle se souvenait des plaines, des incendies et de l’odeur des corps brûlés sur le champ de bataille. Les forêts que son père avait replantées à l’aide de ses paumes.

Laboureur du monde et faiseur de sanctuaires.

« Je n’ai pas votre talent. Les cendres ne m’obéissent pas. Je suis une femme. Tout cela n’est-il pas un peu précipité ? demanda-t-elle avec un sourire triste, tandis que les larmes embuaient ses yeux doucement. Au fil de leur discussion, elle comprenait.

« Tout cela n’a pas d’importance. Ce qui m’importe Azami, c’est que tu libères la tribu. Que tu te libères surtout. Des traditions. Que tu insuffles la vie. Et il n’y a rien de mieux qu’une femme pour rendre fertile un monde.

Sa voix était douce, et il s’était penché un peu plus, du mieux qu’il le pouvait pour caresser les mains douces de sa fille. Ses mains pleines de cendres, de cicatrices, mais pleines de sèves. Grosses des générations à venir, et noire des trépas qui passeront devant ses yeux. Elle avait l’avenir pour elle, une page blanche pour tout écrire.

Il était un homme, tout était plus simple, se disait-elle pourtant. Elle n’était qu’une femme, et elle était seule. C’était ce qu’elle se disait, tremblante de peur et d’angoisse. Mais d’autres mots, plus forts, se firent chemin dans sa tête.

Adaptez-vous au changement.

Grondants comme le tonnerre. Souffles de vie et de mondes comme le vent. Pleins d’une rage mordante comme les torrents des fleuves.

Que vous soyez légitime ou pas, si vous seriez la dernière des vôtres, abandonneriez-vous ? Qu'importe votre lignage, votre talent. Ce qui compte, ce n'est pas votre force. C'est ce qui anime votre cœur et votre voie.

Les larmes coulaient sur ses joues, parce qu’elle avait compris, enfin. Et elle sanglotait doucement, en se mettant à genou. Et Horoto mit ses mains sur son visage, essuyant doucement les sillons salés qui avaient creusé ses joues. Le sourire tendre, mais les yeux aussi sombres et angoissés qu’elle.

« Pourquoi ? Pourquoi ne l’avez-vous pas dit ? Il est trop tard, donc ? »

Son père était mourant. Depuis bien longtemps. Cela expliquait l’agitation de sa mère ces derniers jours. Et cela expliquait cette entrevue précipitée, cette passation de pouvoir et ce teint si blême qu’il arborait.

« Il n’y a plus rien à faire, ma fille. Je ne serai plus là dans quelques jours, semaines, mois, je ne sais. Cela sera difficile pour toi. Trouve-toi des amis. Retrouve les autres familles de la tribu. Envole-toi, petit oiseau.

Adaptez-vous au changement.

Si seulement Watari savait à quel point il avait raison. Et s’il savait à quel point elle détestait à ce moment-là le changement. Elle l’avait désiré du plus profond de son être pour pouvoir quitter la mélancolie et l’immobilisme de son être, figé depuis sept ans. Qu’elle l’harborait. Qu’elle avait envie de le piétiner. Mais elle n’y pouvait rien.

Et serrant ses mains paternelles, sanglotant, elle regrettait.

Que de temps perdu, oui.

Et que de temps à venir, si terribles. Et que de travaux colossaux à ériger.

« Sème la paix à Iwa, mon enfant. Comme nous l’avons toujours fait. »

Et son cœur pleurait de douleur. Et son esprit rugissait de colère. Et la raison lui disait pourtant qu’il était d’y aller. De commencer son œuvre. Quel vide et quel monde inconnu vertigineux ! Tout cela lui donnait le tournis.

Pourtant, comme un oiseau mythique, elle ferait renaître tout cela des cendres de son père. Il le fallait. Il le faudrait. Elle le savait.

Pour l’heure, elle se laissait aller à cette tristesse mielleuse et déchirante.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t1710-adamachi-azami-les-mains-pleines-de-cendres-terminee#10618

Sam 16 Déc 2017 - 22:57
Ecrit et inspiré par ça

Elle courrait. Le pied léger, rapide, comme celui du lièvre qu’elle avait chassé jadis dans les plaines. Ces mêmes plaines désertiques qu’elle avait sillonnées à cheval, cassant et raidissant ses muscles à de nombreuses heures de cavales. Qu’elle avait eu mal enfant, pendant ces longues chevauchées. Qu’elles lui avaient manqué pourtant, quand elle était devenue adulte. Et elle était partie à son lieu de refuge, alors qu’elle savait qu’en-dehors du village, sa mère et son grand-père avaient commencé les rites nomades qu’ils effectuaient depuis longtemps.

Trop longtemps, se rendait-elle compte.

Il lui sembla entendre au loin, le gong qui sonna trois fois. Il devait sonner la paix, la méditation. Mais il n’annonçait que la mort, le deuil et la guerre. Ombre sanglante qui se profilait à l’horizon, comme un oiseau de mauvais augure.

Et elle redoubla de vitesse, grognant, tandis que les larmes salées s’enroulaient et tachaient ses joues plus pâles que d’habitude. Son ventre était un creux, tout comme son cœur. Ils ne s’étaient pas nourris, ou plutôt manquaient d’une nourriture à laquelle ils avaient goûté, mais qu’ils ne reverraient jamais.

Hotoro lui avait pourtant dit. Qu’il ne resterait plus si longtemps sur terre. Que la maladie, la vieillesse et la tristesse le creusaient depuis bien longtemps, comme l’eau s’écoule et creuse des sillons dans la terre. Acide naturel au paysage. Il s’était éteint ce matin. C’était le cri monstrueux de sa mère qui l’avait réveillée. Et de peur, et d’angoisse, elle s’était enfuie, encore dans les habits qu’elle portait la nuit, un haut simplement en lin qui lui recouvrait à peine la poitrine qu’elle avait bandée pour soigner les blessures que le futon de l’homme-loup lui avait infligées.

Il n’y avait personne à cette heure, alors elle courrait, sautait, comme un agneau perdu ou une mésange paniquée face à un feu de forêt.

Parce que ce qu’il se passait était bien un incendie. En serait un. Son père avait allumé les mèches, bientôt elle devrait rajouter de l’huile pour que le brasier prenne et les consume tous.

Courre, courre, petit oiseau esseulé.
Bats des ailes pour t’échapper.
Sens la brûlure du feu qui vient t’attraper, te lécher, comme la langue visqueuse d’une vache.
Sens la douleur poisseuse et purulente qu’elle fait naître sur ta peau trop fragile.
Cours, cours donc !
Entends mon rire goguenard, à te voir trop impuissante.
Trébuche sur une pierre un peu trop glissante.

Elle se rattrapa de justesse pour ne pas se déchirer le genou sur les caillasses, mais sentit sa cheville se tordre sous l’effort démesuré qu’elle fit pour ne pas perdre l’équilibre. Sa jambe cicatrisant des crocs du loup la brûlait terriblement. Pourtant, elle ne s’arrêta pas. Les yeux rougis, l’âme inconsolable, le nez reniflant et les cordes vocales tremblantes d’émotion, elle reprit avec hargne sa course vers le sommet des plateaux, tandis qu’un mince filet blanc s’échappait de sa bouche, dans l’air froid du matin.

Elle s’en allait dans son refuge.
Refuge de pierre et de solitude
Cocon de cendres.
De feu.
De froid.

D’effroi.
Une proie.
Courre, courre, petit oiseau esseulé.
Tes ailes se sont brisées.
Et de rage, et de désespoir,
Elle suppliait les Moires,
De lui rendre son père.
De lui faire une victoire.
Plutôt que la misère.

Et de rage, et de désespoir…

Elle hurlait. Et son cri déchirant transperçait le ciel, la nuit et les cœurs, résonnait terriblement, tandis qu’au loin, les trois derniers coups du gong se faisaient entendre et attendre.

Au loin, la fumée d’un feu prenait vie et Azami savait qu’il n’était plus que cendres. Qu’il s’envolerait sur la terre et les océans. Et qu’il ne renaîtrait pas, comme un phénix. Mais comme un brin d’herbe, une fleur, du lierre ou un grand chêne des forêts du nord. La sueur de l’effort et de la course lui coulait sur le visage. Le souffle haletant, elle tentait de reprendre sa respiration tant bien que mal. Et les hauts-plateaux, foyer si cher à ses yeux où elle allait généralement s’isoler, lui renvoyait avec une violence inédite ce que son père lui avait dit et qu’elle vivait à présent.

Elle était seule. Elle serait si seule, désormais.

Ce n’était pas quelque chose d’éprouvant normalement, mais tout cela lui faisait soudainement horreur. Comme une pâtisserie trop sucrée dont on raffolait, mais nous écœurerait d’un coup, au point que l’on en rejette ses tripes. Ce n’était plus une retraite bienfaisante. Tout ce qu’elle choyait depuis toujours s’était retournée contre elle et la condamnait maintenant à une tristesse erratique.

Sa grand-mère n’était plus là.

Son père, dont la langue et l’affection s’étaient déliés d’un coup, venait de partir définitivement.

Il ne resterait alors plus que la froideur déçue de sa mère. Il ne resterait alors plus que le jugement sec de son grand-père.

Il ne resterait plus rien à quoi s’accrocher. Azami le comprenait, d’une manière violente et désespérée. Le nomadisme, à tout prix, ne marchait que si chacun était lié fortement et formait un mur. Ce mur chaud et rassurant s’était écroulé, et elle ne partageait plus réellement de lien affectif, fort et solidaire qui lui permettrait d’avancer et de se sentir mieux.

Ramener le passé n’avait au final été qu’un échec cuisant, comme lorsque l’on veut soigner une infection et que l’on ne se rend pas compte qu’elle nous gangrène entièrement. Il faut alors amputer tout ce qui est pourri et hanté.

Alors, de rage et de désespoir.
Elle ne supplia plus les Moires.
Sa voix se tut.
Se tue…
Et les mots, et les morts se confondirent.

La jeune femme enflamma ses mains tournées vers le ciel étoilé de la lueur chaude du feu, et de la grisaille flamboyante des cendres chaudes tournant autour du foyer. Et ce feu, et ces cendres plus fortes que d’habitude, incessantes, alimentées par sa rage et sa colère nouvelles, vinrent frapper un roc laissé non loin de là, comme un forgeron vient claquer de son marteau le fer encore chaud.

Prends ma colère,
Prends ma rage,
Prends-là, et regarde-moi bien !
Prends-moi et regarde-la bien !

Et elle cogna encore dans le rocher avec la même hargne qu’une bête aurait pour s’assommer ou se tuer. Si elle l’avait seulement voulu, elle serait déjà allée se pendre. Ses mains écorchées éclaboussaient le sol et son visage d’un pourpre inégal. Ce pourpre entre vie et mort, limite incertaine et couleur de la colère.

Et le sang, le sang !
Plein de fer, pâteux et pestilent.
Non, le pestilent, c’étaient les corps.
Les corps des guerriers.
Des enfants découpés.
Des animaux de la forêt, viscères à l’air.
Des yeux éclatés, des os craquants doucement sous les dents,
Des bras, des jambes, de-ci, de-là !
Un joyeux charnier de funambules, où l’on pouvait créer des poupées !
Carbonisés.
C’était la guerre du Pays du Feu.
Si longtemps, si présent, et bientôt futur.
La mort. La mort aux trousses. La mort à ses pieds.
La mort au corps, la mort à la tête.
Qu’elle avait eu tort.
Qu’elle en avait des remords.
Des re-morts.
Il était mort. Et elle n’y pouvait plus rien.

Le gong sonna une dernière fois, comme sa voix de bête folle, éraillée, aiguë. Pleine de sa monstruosité ancienne, qui fait tourner la tête à n’importe qui. Et cette tête, elle l’éclata contre la pierre. Une fois. Deux fois. Pas trois. Et le sang chaud lui dégoulinait sur le visage.

Tu ne seras pas jolie, avec tous ces bandages.

La voix de sa mère, méprisante et moqueuse résonnait dans sa tête. Et Azami hurla d’un rire fou, le rire de l’albatros, du poète qui a perdu son auréole dans la boue des carrosses et qui s’en réjouit. A quoi bon, elle n’avait jamais été jolie ! Si elle n’avait pas été ici, elle aurait été la pire putain du bordel le plus proche. Et le sang chaud lui dégoulinait sur le visage, sur sa joue, nouvelle larme salée et pleine de fer. Bien plus amère. Elle lui teintait ses lèvres si pâles, et ce vêtement de lin, plus si blanc avec le temps, tirant sur le gris.

Elle aurait été la pire des putains.

Mais elle ne serait jamais. Demain, elle serait cheffe d’une tribu parsemée, esseulée, isolée dans un village qui aurait dû les réunir. Ils la regarderaient tous sceptiques, cette gamine de vingt-six ans qui ne leur avait jamais décoché un mot. Peut-être ne se souviendraient-ils pas d’elle. Ils lui riraient au nez. Mais elle leur rirait encore plus fort.

Avec culot.
Avec panache.
Avec folie.

Parce que pour vouloir mener la peuplade instable, il fallait bien être le roi des fous parmi les fous.

Le sang lui coulait, séchait sur cette tête informe et infame qu’elle avait toujours eu depuis l’enfance. Et elle n’avait plus rage ni désespoir. Ils s’en étaient allés. Elle n’avait plus que deuil et fatigue devant la tâche qui l’attendait. Tremblante, elle s’assit sur le sol, pour s’enserrer elle-même de ses propres bras, la tête baissée, et le regard épuisée.

C’était une nouvelle page qui se tournait pour elle. Elle allait devoir y poser de l’encre. Y déposer son ancre.

Elle ignorait cependant que quelqu’un essaierait de la réduire en cendres.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t1710-adamachi-azami-les-mains-pleines-de-cendres-terminee#10618

Dim 17 Déc 2017 - 2:19
Ecrit et inspiré par ça

Ahsmira agitait ses osselets nerveusement entre ses mains. La vieille voyante avait tiré à diverses reprises l’avenir à son client, mais à chaque fois, le même résultat revenait. Inéluctable. Et Ahsmira savait que son client n’était pas quelqu’un à qui l’on pouvait mentir. Alors que lire l’avenir et le donner était pourtant fait de ça. Annoncer des bonnes nouvelles, plutôt que des mauvaises. Annoncer un bonheur certain alors que dans le creux de nos doigts, la mort s’était montrée. Là, elle ne pouvait qu’en dire des mauvaises. Peut-être pourrait-elle adoucir la vérité cependant… Se frottant les mains, et faisant un immense sourire édenté au jeune homme installé dans l’ombre de sa tête, elle finit par croasser :

« Eh bien, monseigneur, il semblerait que votre futur soit des plus mouvementés… Des batailles, des défaites, et des victoires… Mais surtout, vous, glorieux dans vos flam »
« Abrège ta parlotte insipide, Ahsmira. Je sais que tu essaies de me baratiner. Qu’as-tu vu dans les cartes et dans les osselets ? »

Ahsmira déglutit en entendant la voix douce de son interlocuteur frapper le silence. Une voix qu’elle savait faussement douce. Plus doucereuse que bienveillante. Elle avait cette aigreur et cette fausse gentillesse des loups qui s’apprêtent à dévorer leur proie. Son client se balançait sur sa chaise, l’air ennuyé. Elle se disait qu’elle aurait dû sentir dès le début qu’il n’avait rien d’agréable et qu’il serait plus dangereux que n’importe quel autre imbécile qui voulait savoir s’il deviendrait riche ou aimé d’une belle qui l’ignore.

Les hommes désirant la force et le pouvoir n’ont rien de bon, après tout.

« Oh, oui, oui, vous me connaissez, j’ai tendance à m’égarer toujours ! » croassa-t-elle d’une voix qui n’effaçait pas son angoisse. Qu’elle avait envie d’en finir au plus vite.

Il se pencha alors vers elle, posant ses coudes sur la table, le visage encapuchonné, toujours dans l’ombre, malgré la torche allumé sous la tente de la vieille et souffla dans un sourire qui se voulait agréable :

« Qu’avez-vous vu Ahsmira ? Je sais que vous n’essayez pas de me mentir, en général. Cela est fâcheux. Dois-je m’attendre à de mauvaises nouvelles du côté de ma famille ? Si mon père est mort, sachez que c’en est une bonne. Je ne pleure pas les faibles, et encore moins les traîtres. »

La vieille trembla et grogna entre ses dents. Quel homme terrible. Sa réputation dans le désert n’était plus à faire. On avait parlé de massacres, de tortures et de pillages. Cela était fort probable pour un homme qui n’avait pas de cœur. Elle avait vu son père, oui. Consumé par le feu, mais depuis longtemps mort dans son sommeil. Un sommeil agité et peu agréable. Il s’inquiétait pour son héritage, sa tribu…

« Le vieux est-il donc enfin mort ? Ai-je enfin l’héritage que j’attends depuis sept ans ? Aurais-je enfin ma légitimité ? »

Elle se raidit à ces mots qui se voulaient sirupeux et qu’il chuchotait. En relevant la tête, elle voyait que seuls les yeux noirs de l’homme brillaient. Ils brillaient d’un éclat qu’elle avait déjà vu auparavant, mais qui était bien inquiétant dans son cas. On le voyait chez les avares, mais ce n’était pas l’or qu’il cherchait. C’était le pouvoir. Imbu de lui-même, orgueilleux, il cherchait à remplir une fierté blessée qu’il avait détruite lui-même.

La bouche sèche, elle reprit d’une voix moins mielleuse et plus grave :

« Mon bon seigneur… Oui, j’ai effectivement vu la mort de votre père. Une mort tourmentée de regrets, de remords et de culpabilité. Une mort que je n’aurais souhaitée à aucun père… »

Les yeux noirs s'enflammèrent d’une lueur plus carnassière, comme s’il jubilait intérieurement de ces nouvelles. Et le dégoût d’Ahsmira n’en faisait que grandir. Quand il serait sorti, elle irait le cracher dans un seau, avec les derniers chicots qui lui survivaient sur la mâchoire.

« Cependant, ces regrets et ces remords ne vous étaient pas destinés. Envers vous, je n’ai vu que de la haine, de l’oubli et du mépris. C’est quelqu’un d’autre qui a empoché l’estime de votre père, d’une manière qui ne risque pas de vous plaire… »

Le cœur de la vieille battait d’angoisse. Il s’était immobilisé et la regardait furieusement sans rien dire. Et elle savait que ce silence n’augurait rien de bon. Sa voix, froide et cassante, gronda dans la tente de la voyante :

« Que voulez-vous dire ? Ne pouvez-pas être plus claire ? Si mon père est mort, je peux bien réclamer la place de chef de tribu, n’est-ce pas ? Je peux enfin aller réclamer ce fichu papier qui est mon héritage ? »

Il la dévorait des yeux, furieusement. Il voulait qu’elle lui dise oui, mais elle, elle savait qu’elle ne le pouvait. Tremblante, elle réussit malgré tout à articuler ces quelques mots :

« Non, monseigneur. Votre père s’est déchargé de sa charge à quelqu’un d’autre. »

Blam. Elle n’eut pas le temps de le voir bouger, qu’il l’avait attrapé au collet. Ses yeux noirs brûlaient d’une lueur inquiétante, meurtrière, tandis qu’il la tenait presque au-dessus de la table. Ahsmira sentait tout son dos et ses rhumatismes qui la faisaient souffrir. Mais elle ne le quitta pas des yeux, quand il demanda avec une même froideur grondant d’une colère sourde :

« Pardon ? Il s’est déchargé ? Il a contrevenu à la tradition ? »
« Oui, monseigneur. Il s’est retiré pour laisser place à un nouveau chef de tribu. » répondit-elle dans un râle étouffée alors que la prise du jeune homme se resserrait sur sa gorge.

Sa capuche était tombée et dévoilait son visage. Un visage taillé à la serpe, des cheveux noirs en bataille, couleur de l’encre ou corbeau. Ses yeux noirs en amande étaient tous aussi éclatants. Une longue balafre cisaillait la partie gauche de son visage. Ses yeux si expressifs contrastaient particulièrement avec son visage qui semblait aussi impassible que le roc. La peau tannée par le soleil du Pays du Feu, on pouvait deviner à l’intérieur de ses coudes que sa peau était d’un nacre éclatant en temps normal. Il était fort, grand, orgueilleux. Et il ressemblait fortement à la jeune femme qu’Ahsmira avait vu dans sa boule de cristal et que les cartes lui avaient annoncée. Une souillon discrète et effacée. « Fleur de chardon ». C’était elle, que le jeune homme devait craindre. C’était elle, l’obstacle au pouvoir dont il rêvait depuis tant d’années.

« Qui ? » demanda-t-il simplement.

Un seul mot. Un seul. Mais assassin et terrible. Qui brûlait de mille feux, de mille morts et de mille corps écorchés. Ahsmira savait à quel point le mercenaire était terrible. Elle savait très bien que dans le désert du Pays du Feu, sa réputation le précédait.

Adamachi Choji avait une ressemblance physique avec sa sœur, mais en loyauté et en cœur, il n’avait rien d’elle. Bien longtemps, des fées avaient dû empoisonner son berceau, à moins que ce ne soit son père et la tradition qui lui aient pourri l’esprit. Les deux, peut-être. On ne savait pas ce qu’il se tramait dans le désert.

On racontait beaucoup d’histoires sur des djinns et des mauvais esprits. Ces mêmes contes que les nomades se passaient oralement, avant de disparaître et de fuir le pays à feu et à sang. Ils avaient emporté ces contes avec eux, mais dans le pays, ils étaient restés dans les esprits. Choji, contrairement aux fées, ressemblait à un démon. Une terrible grimace lui déformait son visage de bellâtre, qui tranchait beaucoup par rapport à la banalité du faciès de la jeune femme qu’elle avait vue dans ses visions, tandis qu’il répétait d’une voix dure et sèche, inquiétante :

« Qui donc a pris ma place ? Réponds, que diable ! A moins que tu ne préfères que je te brûle la langue, vieille bique ? Je peux me passer de tes services, tu sais. Tu n’es pas la meilleure, mais celle qui a les pris les plus abordables pour la qualité de tes services… Tu n’es pas la seule à faire la bonimenteuse dans cette région ! »

Ahsmira n’était rien pour lui. Oh, elle le savait depuis longtemps. Le jeune homme avait le cœur aussi sec que le désert. Il ne s’attachait à rien, surtout pas aux femmes, et encore moins à sa famille. Il se croyait roi du monde alors qu’il n’était rien et qu’il ne serait rien. La vieille voyante commença à rire doucement, de son rire rauque de corbeau :

« Je le sais bien, Adamachi. Autant ne pas gâcher cette séance que tu m’as payé. Si tu veux vraiment le savoir, c’est ta petite sœur qui a pris ta place. Ton père s’est lassé de ton absence et la petite a forci avec les ans. Quoi de plus normal que de nommer l’enfant loyal depuis toujours ? Tu n’as semé que les grains de la colère, monseigneur. Elle, elle a fait pousser des plantes douces et éclatantes, qui réchauffent le cœur. »

Il la relâcha, aussi soudainement qu’il l’avait attrapé. Il ne disait rien. Et elle recula, en croyant pendant un instant qu’il allait la frapper, ou pire… Parce qu’il était capable de bien pire. Au lieu de cela, ce fut à lui de rire… Il riait doucement… Puis, ce rire grondant, et inquiétant, goguenard, finit par éclater avec force. A emplir entièrement la tente, comme un monstre auquel on ne peut échapper. Et Ahsmira ne put s’empêcher de trembler devant la folie qui caractérisait bien le jeune homme. C’était un rire qui appelait au sang, et non pas à la bonne humeur.

Le rire d’une hyène putride à l’haleine fétide.
Il essuya une larme, avant de répliquer avec un sourire carnassier :

« Cette putain, cheffe de la tribu ? Cette imbécile, cette moins-que-rien, cette balourde, cette fausse fille de mon père ? Celle qui ne savait même pas manipuler les cendres le jour où je suis partie ? Mon père a-t-il perdu la tête dans sa vieillesse précoce ? »
« Non, la raison l’a frappé avant qu’il ne rejoigne ses ancêtres. » gronda-t-elle d’une voix sourde.

Et elle attendait patiemment le châtiment qu’il lui réservait pour autant d’insolence. Mais rien ne se passait, et en relevant la tête, la vieille femme remarqua qu’il souriait toujours :

« Et c'est tout ? Ma sœur, cheffe de tribu ? Cela ne sera pas bien facile de s’en débarrasser »

Ses mains se teintèrent d’une douce lueur orangée, éclatante et fulgurante. Les cendres lui teintaient les mains, mais aussi le visage, le bras et les torses. Elles brûlaient doucement ses vêtements, preuve malgré tout de sa fureur. Et son sourire, ouvert sur ses dents blanches, ressemblait à un sourire de loup.

« Je n’aurais qu’à la tuer. Je la traînerai hors de son village par les cheveux, pendant qu’elle pleurera pour que je l’épargne. Elle a toujours été comme cela. Elle n’a jamais relevé la tête. Elle ne faisait que la baisser, pour mieux supplier et lécher les bottes des autres. »

Il disait cela comme s’il crachait un crapaud hors de sa bouche. Puis, sans plus de cérémonies, il se retourna avec une dernière phrase :

« Tu es idiote, vieille femme. Mon héritage n’est plus que facile à récupérer à présent. Garde la bourse. Je n’ai plus besoin de tes services. »

Sur ces mots, il sortait. Et Ahsmira resta silencieuse. Elle savait que si elle l’avait arrêté pour lui révéler ce qu’elle avait vu de plus dans ses cartes et dans les osselets, Adamachi Choji le lui aurait fait payer. Alors, elle laissa sa langue qui courre normalement se taire.

Lui, dans la poussière. Sa défaite sur la tête. C’était ce qu’elle avait vu.

~

Dehors, Choji, partait d’un pas rapide, pour se diriger vers son cheval harnaché un peu plus loin, où deux gardes l’attendaient un peu plus loin. Il bouillonnait. Il avait envie d’arracher des murs, des portes et d’aller faire pillage pour se calmer les nerfs. L’idée que son père le déshérite d’aussi loin et choisisse Azami comme héritière le répugnait tout simplement. Reniflant du nez de manière méprisante, il cracha sur le sol un gros mollard, tandis que ses pieds s’échauffaient de rage et que l’air se faisait soudainement plus sec.

Azami. Elle n’avait jamais su rien faire. Elle n’avait jamais été éduquée pour prendre la suite. Elle serait facile à éjecter, d’autant plus que leur mère grignotait une haine féroce envers elle. Esquissant un sourire, il se rappela que lui, contrairement à elle, savait les raisons de la froideur de leur mère envers la jeune femme.

Son père avait disparu plusieurs mois pour des affaires de commerce. Et était revenu avec un bébé. Il n’y a pas pire blessure pour entamer l’ego d’une femme que l’on avait mariée de force avec un homme qu’elle ne connaissait pas.

Azami n’avait définitivement aucune légitimité en tant que meneuse d’hommes. Pas le charisme. Pas la stature. Il la balayerait comme une vulgaire brindille, cette bâtarde.

L’air était sec et brillait de légères poussières grises, doucement orangées. La terre, sous cet effet, se dessécha soudainement à une vitesse inimaginable. Déjà bien mal en point, les rares brins d’herbes s’enflammèrent et s’envolèrent en des cendres brûlantes affolées. Et sous les pas de Choji, la terre se desséchait.

C’était cela, son frère. Porte-drapeau de la guerre et de la destruction. Il remonta à cheval en se hissant avec l’aide de l’étrier, grogna quelques ordres dans sa langue natale, avant d’éperonner l’animal avec force. Celui-ci démarra en trombe, nerveux et énergique.

Ses projets étaient chamboulés, mais peu importe. Bientôt, il ramènerait d’Iwa la tête de sa sœur qui ne l’était pas réellement. Fille d’une femme que personne ne connaissait et qui n’avait fait qu’ouvrir ses jambes à son père un soir.

Fille d’une putain.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t1710-adamachi-azami-les-mains-pleines-de-cendres-terminee#10618

Comme un phénix | Solo

Page 1 sur 1

Ascent of Shinobi :: Territoires de la Terre :: Iwa, village caché de la Roche
Sauter vers: