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[Domaine Borukan] Ch. I - Prise de conscience [Solo/Libre]


Lun 11 Déc 2017 - 12:08

Six mois s'écoulèrent depuis la fin de la guerre qui avait touché Iwa. Les guerriers du Pays de l'Eau avaient mené un assaut salvateur contre le village caché de la Roche, emportant avec eux plusieurs de tes confrères. Bien que tu prônes la suprématie des Borukan, tu ne restes pas insensible à ces soldats, ces shinobis s'étant battus corps et âme pour ta patrie. Des combattants venus de tout horizon, se réunissant sous la bannière du Pays de la Terre et prêt à se sacrifier pour la survie de ton peuple. Tu avais alors pris conscience que tu n'étais encore qu'un jeune lionceau qui n'avait rien vu de la vie. Tu te voyais déjà comme le Roi, mais tu n'étais même pas un prince. Tout ceci n'était qu'un échec lamentable... Et pour seule cause, l'arrivée de ces maudits déserteurs dans votre contrée. Sans eux, rien ne se serait passé et la paix n'aurait jamais été fragilisée au sein d'Iwa.

Depuis de longues heures, tu te tenais seul. Installé dans un fauteuil de pierre volcanique, forgé par les membres les plus artistiques de ton clan, à l'orée d'un feu magmatique au cœur d'une bâtisse en pierre capable de résister à la capacité de dissolution de la lave. Tu étais là, perdu dans ton esprit, observant les tumultes du magma qui permettaient de réchauffer la pièce vide dans laquelle tu laissais échapper tes pensées. Tes journées n'étaient guère différentes de celle-ci. Accablé par la honte et l'impuissance, tu avais presque perdu toute cette énergie qui te caractérisait tant autrefois. Tu avais offert par la même occasion six mois de tranquillité à tes confrères, toi qui habituellement provoquais toujours divers cataclysmes au sein du clan par ton caractère grossier et impulsif.

Alors que tu continuais dans cette optique de dépression, un bruit de porte se fit retentir à travers la pièce sombre, uniquement éclairé par les crépitements de la lave. Un homme âgé d'une soixantaine d'années et d'une stature particulièrement imposante, aux cheveux gris et affublé d'une longue barbe blanche s'approcha de toi. Cet homme n'était autre que ton mentor, ton majordome, ton père de substitut, ton grand-père, bref... Tous ces noms que tu lui avais donnés au cours de ton existence. Il n'était autre qu'un ami fidèle de tes parents, décédés dans des circonstances peu connues. C'était lui qui durant toutes ces années, t'avait gardé sous son manteau pour te protéger et t'élever comme un fils.

" Keitaro... Toujours aussi bruyants quand tu franchis une porte. À ton âge, tu vas finir par te casser qu..."

Ta phrase fut interrompue par cinq phalanges venant s'écraser avec fracas contre le sommet de ton crâne, t'enfonçant légèrement à travers la roche volcanique sur laquelle tu te tenais. Un cri strident retentit alors, celui d'un enfant ayant pris une correction par son paternel. Avant même que tu ne puisses réagir, ce dernier éleva la voix pour l'une des premières fois. Ce n'était plus ton mentor que tu avais en face de toi, mais un ancien guerrier Borukan qui s'apprêtait à te faire la leçon.

"Crois-tu vraiment que ton père serait resté ainsi après un tel échec ? Ne comprends-tu pas que c'est dans ces moments-là, qu'un homme devient plus fort ? Ne comprends-tu pas que c'est en s'apercevant de sa faiblesse, que l'homme peut atteindre un niveau encore jamais égalé ? Tu es un avorton qui ne réalise pas la raison de sa survie. Si tu es encore en vie, c'est que nos ancêtres estiment que tu as un potentiel en toi. Ce n'était pas ton heure, tu n'étais pas prêt à te battre et tu n'étais pas prêt à mourir. Pour une simple raison : un jour, tu apporteras ta pierre à l'édifice. Mais si tu restes ainsi à te complaire dans ta médiocrité et ton inexistence, alors tu as bien raison de te sentir honteux, car actuellement, tu ne fais honneur ni à ton clan, ni à tes proches."

Face à toi, pour la première fois de ta vie, se tenait le fier guerrier Borukan Keitaro. Un air sévère, une voix grave faisant trembler les entrailles du domaine et par dessus-tout une prestance qui te laissait figée face à ses mots. Sans avoir besoin d'élever la voix pour se faire entendre, le vieil homme conservait toujours cette puissance dans la voix, digne d'un ancien instructeur ayant participé à la formation de nombreux Borukan. Tu ne le connaissais pas sous ce visage, à tel point que tu n'osais plus dire un mot.

"Eh bien ? Je ne t'ai jamais vu aussi muet de toute ma vie. Tu as perdu tes mots ? Ou tu réalises enfin que tu n'es qu'un avorton emplis d'orgueil ? J'ai bien trop longtemps joué la carte de la bonté, n'ayant jamais eu la fibre avec les enfants... Mais il est temps pour moi de te considérer comme un adulte malgré ton esprit d'adolescent."

S'installant alors sur un siège à tes côtés, le vieil homme secoua légèrement sa main. Au vu de son âge, il avait perdu sa résistance d'autre fois et devoir te frapper ainsi avait des répercussions sur son propre corps. S'allumant alors une pipe finement taillée, il resta à tes côtés, comme un père partageant un moment de solitude avec son jeune fils. Tu décidais alors de rompre le silence, non pas pour continuer sur la discussion de ta faiblesse... Mais pour tenter d'obtenir des réponses que tu n'avais jamais eu.

"Hey, le vieux... Mes parents, tu n'as jamais voulu m'en parler. Pourquoi ? Qui étaient-ils ?"

S'exclamant alors d'un rire particulièrement bruyant avant de s'étouffer avec la fumée du tabac, Keitaro frappa de sa main géante la pierre de son fauteuil avant de se décider à te répondre. Fixant ses yeux bleus à travers ton regard sombre, il prit une voix presque gorgée de tristesse.

"Ah, ce jour devait arriver... J'espérais mourir avant, gamin. Très bien, alors allons-y. Tes parents étaient assez particuliers. Ton caractère, contrairement à ce que l'on pourrait croire, tu ne le tiens pas de ton père, mais de ta mère. Lui était un Borukan qui croyait en la paix par la diplomatie. Jamais, ô grand jamais, il ne fit appel à ses pouvoirs destructeurs pour régler un conflit. Il était un étranger parmi nous autre, qui ne croyons qu'en la loi du plus fort. Je dois avouer qu'il nous a maintes fois sorties de situations périlleuses par ses paroles. Il était la sagesse et j'étais la force brute. Rien ne semblait pouvoir nous réunir et pourtant, il était mon alter-ego."

Inspirant une bouffé de son poison, le vieil homme plongea alors son regard à travers le magma qui continuait de s'agiter au sein de sa jarre en pierre. Quelques secondes de silence s'écoulèrent, avant qu'il ne décida de reprendre son histoire, la gorge nouée.

"Mais contrairement à moi, il était désireux de découvrir le monde qui nous entourait. Alors il nous quitta pour s'aventurer à travers diverses contrées. Je ne le revis jamais depuis ce jour, nous parvenions cependant à toujours communiquer au travers de diverses lettres. Il me raconta alors ses diverses péripéties. Sa rencontre avec ta mère, une jeune femme au caractère bien trempée dont il tomba amoureux lors de sa visite au Pays du Vent. Il ne la quitta plus depuis leurs première rencontre, jusqu'au jour où je ne reçus plus une seule nouvelle pendant près de quatre longues années."

Une larme s'écoula de chaque prunelle du vieil homme. Tu te sentais presque toi aussi touché par les mots de celui que tu considérais comme un père, malgré que tu ne l'avouas jamais. Ne supportant alors pas le silence et l'émotion qui commençait à se faire ressentir à travers la pièce, tu brisas le silence d'un simple "Et ?" Pour relancer le vieux guerrier.

"Et un jour, une femme se présenta à l'entrée du domaine. Tenant dans ses bras un jeune bambin qui ne parvenait pas encore à marcher de ses propres jambes. Elle était essoufflée, tremblante, quelque chose semblait la ronger de l'intérieur sans que je ne parvienne à comprendre ce qui lui arrivait. Elle me demanda alors de t'élever comme l'aurait fait Masashi, ton père, et je compris rapidement que je me tenais face à ta mère, une jeune femme qui n'avait pas encore connu la vieillesse et qui ne tarda pas à s'éteindre dans mes bras. Je n'ai pas eu le temps de la connaître ni même de comprendre ce qu'il s'était passé... Où était Masashi ? Vivait-il encore ? J'ai préféré le considéré comme mort, lui qui ne me donna plus aucune nouvelle."

À peine eue-t-il finis sa phrase, que tu fis pris d'une vive curiosité. Tu n'avais certes aucune idée d'où se trouvait ton père, mais à l'heure actuelle autre chose venait attiser ton esprit. Toi qui avais vécu comme un cloporte durant près de six mois, tu retrouvais soudainement une vigueur qui fit presque sursauter le vieil homme à tes côtés.

"Et ma mère ?! Où est-elle maintenant ? Qui était-elle ? Tu me dis qu'elle vient du Pays du vent, mais à quoi ressemblait-elle ? Comment elle a pu arriver jusqu'ici alors qu'elle ne connaissait même pas les lieux, Masa... Mon père devait être avec elle, tu ne l'as même pas cherché dans les alentours ? Bordel, mais qu'est-ce que tu foutais ?!"

Une nouvelle fois, l'ancien combattant s'esclaffa de rire. Surpris par ton énergie soudaine, il fut presque touché de te voir tant t'intéresser à tes géniteurs, toi qui n'avais jusque-là presque aucune passion dans la vie.

"Que t'arrive-t-il ? Tu en as fini de désespérer dans ton fauteuil de pierre ? Je n'ai aucune autre information à te donner. Je ne sais rien d'elle, tant cela s'est passé rapidement. Je ne connais même pas son nom. Tout ce que je peux te dire, c'est que j'ai chargé plusieurs de nos compagnons de ramener son corps au Pays du vent, là où elle devait être enterrée comme il se doit. Ne te pose pas plus de questions que ça, tu ne ferais que te concentrer sur quelque chose qui n'appartient qu'au passé. Aujourd'hui, nous avons un ennemi bien plus urgent sur les bras. Alors fais-en sorte de ne pas commettre la même erreur qu'il y a six mois et deviens un véritable Borukan. Dresse-toi au-dessus d'Akimoto."

Coupant court à votre conversation, Borukan Keitaro jeta sa pipe au cœur de la lave illuminant la pièce. Se redressant alors sur ses deux jambes, la paume de sa main vint frapper avec vigueur une nouvelle fois le sommet de ton crâne, cette fois-ci non pas en guise de châtiment, mais en gage d'affection. S'éclipsant à travers les ombres de ton fauteuil, il prit la direction de la porte pour te laisser méditer avec toi-même, espérant que ses mots eurent l'impact espéré.
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