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Solo || Note I | Éveil


Sam 13 Jan 2018 - 6:25
"C'est seulement maintenant que tu viens ?" - Un tic, le même, encore : tête baissée, tu glisses nerveusement l'une de tes mèches derrière l'oreille ; puis tu glisses ta main le long de bras, puis tes doigts se resserrent, viennent se crisper juste en dessous de ton coude ; et tu ramènes, anxieuse, tes bras sous ta poitrine. Tel une petite fille que l'on vient de gronder, tu n'oses pas croiser ses orbes acérés ; tu ne saurais de toutes façons pas quoi lui répondre et, étires tes lippes, acides, désolées...

La vieille femme âpre ne bouge toujours pas de son comptoir ; tu l'entends tirer sur l'un de ses fidèles kiseru. Elle inspire, ses poumons se déploient, encombrent toute sa cage thoracique avant de relâcher un épais brouillard aux formes fluides : tu sais qu'elle attend... Que tu lui dises un mot. Tout. N'importe quoi... Seulement ta gorge est sèche, tes cordes vocales menacent de s'esquinter à la moindre consonne ; ce n'est pas faute d'essayer : ta bouche s'ouvre, tu veux articuler mais, il n'y a que de l'air qui sort... Un sourire brisé, tu forces, encore, et toujours rien... Tu es comme muette... Tu as du mal à respirer, tu ne sais comment mettre fin à ce calvaire, tu te noies, tu aimerais lui demander de l'aide or, tu es paralysée... Seul le crissement de sa chaise, le craquellement de la surface boisée raisonne dans la pièce à la piètre acoustique. Et tu es à l'image de cet endroit à l'atmosphère étouffée par la fumée et les livres : à l'intérieur tu suffoques parce que tu attends patiemment qu'elle annonce ta sentence.

Au lieu de ça elle te torture. Les planches craquent sous ses pas, t'avertissant de son approche imminente ; tu fermes les yeux, te recroquevilles ! Tandis qu'elle te frôle à peine dans cet étroit couloir... Interdite, tu fais pourtant volte-face pour l'observer face à la porte. Elle tourne le panneau pour indiquer que la boutique est fermée, baisse les volets tu ne comprends pas son manège et, tu ne peux exprimer tes questionnements que d'une syllabe : "Qu...".

"Oh ! Tu arrives à émettre des sons, c'est bien, on progresse !". Un sourire narquois marque son visage, elle se moque de toi et cela te vexe. Tu relèves la tête, tes iris se ravivent - satisfaite, la vieille femme empoigne ton menton : "Si tu es là, c'est que tu as besoin d'ouvrages plus poussés n'est-ce pas ?". Si rude, si juste... Elle défait son étau, te laissant là, un peu plus perturbée que précédemment... Tu aurais tout de même souhaité que la rustre y mette les formes... Et cela l'amuse, elle se met presque à rire mais l'heure n'est point à l'hilarité ; elle avance jusqu'à porte donnant sur l'arrière boutique et, t'ordonne de la suivre de son index crochu... D'abord hésitante, tu finis par obéir sans broncher, car c'est bien la première fois qu'elle te convie en ce lieu.

Pendant que tu avances, tu remarques ce fameux journal sur son bureau, "Le Kunai Émoussé". Ta mâchoire se raidit, tes poings se resserrent : "Un vrai torchon pas vrai ?". Pour la première fois la libraire se montra indulgente et, partagea ses sentiments âcres avec toi : "Ceux qui ont pondu ça avaient leur bureaux établis à Mizu no Kuni avant de déménager à Jôheki. Du coup pas étonnant qu'ils sortent des merdes pareilles... Et ce titre, "Le Kunai Émoussé" ! Tu parles qu'il est émoussé ! Ils l'ont trempés dans la pisse oui !...". Un rire sardonique, "Mais le pire, c'est qu'il y a des crétins pour croire ça...", elle vapote, dessine des ronds de fumée dans l'air ; elle se détend avant de formuler une nouvelle directive : "Donne-le-moi, je vais m'en débarrasser.", tu exécutes ; le journal en main, sa poitrine se bombe à nouveau sous l'impulsion de ses poumons se dilatant. En même temps elle lève ce dernier pour que l'un des coins soit placé au-dessus du fourneau duquel, s’échappèrent des flammes au moment d'expirer.

Le papier se consume jusqu'à disparaître. Tu ressens à la fois de la stupeur et de la satisfaction. Jamais tu n'aurais soupçonné un tel talent chez cette femme... "Aju... meoni... [expression honorifique pour désigner une dame d'un certain âge]". Constatant ton expression elle glousse : "Tu n'es pas la seule à être pleine de surprises", enfin elle ouvre l'accès à l'arrière boutique et s'y engouffre : "Allez viens ! On a beaucoup de travail qui nous attend !".
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