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L'abeille printanière [Kaede/Kôgei]


Jeu 3 Mai 2018 - 19:22
Les nuages assombrissaient le ciel d’une cinquantaine de nuances de gris. Kumo portait décidément bien son nom. Dans une danse lente perceptible qu’après plusieurs secondes de contemplation, les formes tantôt définies, tantôt diffuses alternaient cette cadence adagio. Le vent était faible, à peine l’ombre d’une brise. Encore une fois, il fallait arrêter son regard pour remarquer quelque oscillation des branches les plus fébriles. Au bout de celles-ci, ce qu’il restait de la saison des fleurs aux teintes délicates de rose accueillait les butineuses locales et autres bourdons. La plupart des pétales étaient déjà tombés. Kôgei ne savait dire s’il en appréciait davantage la beauté alors que ceux-ci étaient resplendissant sur les branches au vent, ou lorsqu’ils flottaient tendrement sur les flaques d’eau, colorant le sol autrement si grisâtre des ruelles marchandes.

Ici et là, une goutte venait choir sur le bandana blanc de Kôgei, tel le supplice de la goutte. Il était reconnaissant de ne pas avoir à supporter une plus grosse averse, car il faisait excursion en ville hors de son repaire habituel situé plus au nord. Sur l’une des rues de commerce se trouvait un restaurant bon marché où l’on servait des plats simples avec les légumes en saison. Les clients étaient pour la plupart des réguliers d’un âge respectable. Présents davantage pour la compagnie chaleureuse des propriétaires que pour la nourriture elle-même, ils finissaient rarement leurs assiettes, qui étaient ramenées en cuisine. Beaucoup de nourriture était donc jetée aux poubelles.

Durant l’hiver qui venait de passer, la femme du couple propriétaire, qui s’occupait de sortir les vidanges, remarqua que les sacs de la veille étaient souvent percés. Elle soupirait, pensant qu’elle devrait contacter le complexe scientifique pour qu’ils lui conçoivent un textile plus résistant aux bêtes que le tissu actuel. Cependant, cette journée-là, elle vit une ombre s’enfuir à son approche. Quelqu’un venait se nourrir des restes. Son regard resta figé jusqu’à ce le tissu bleu dont l’individu était vêtu tourne le coin de la ruelle. Le lendemain, elle laissa un plat chaud sur le pas de la porte arrière. Elle fit de même les jours suivant avec les restes de nourriture que les clients avaient à peine entamés. Quelques fois, l’assiette restait pleine, ou tombait alors en proie aux animaux sauvages, mais pour chaque fois qu’elle savait qu’elle avait pu aider le jeune homme, elle se disait que ça en valait la peine.

Ainsi, Kôgei venait dès qu’il le pouvait prendre une assiette après l’heure des repas du soir. Le lieu était plutôt éloigné du boisé où il s’était construit un abri rudimentaire, mais cela valait le trajet. Il avait cependant appris assez rapidement à choisir ses détours après quelques rencontres non désirées avec la racaille de la place. Il faut dire qu’après son évasion du domicile familial, les gens vivant en amont du village connaissaient sa différence et n’hésitaient pas à le rabaisser afin de flatter leur propre ego. Une fois passé la place centrale, les gens ne le connaissaient pas vraiment et il se sentait plus en sécurité. Ceci dit, il évitait quand même de se faire remarquer, de peur que la police le traque jusqu’à son repaire fortuit, pas forcément légal.

Ce soir, au menu, soupe aux légumes printaniers. L’arôme était doux, mais les quelques gouttelettes avaient refroidi un peu le tout, qui avait aussi l’air un peu trop simple. Kôgei sortit son carnet d’écriture de sa poche et en ouvrit les pages à environ la moitié.

— Ah, les voilà…, murmura-t-il en sélectionnant les plus beaux pétales de cerisiers séchés. Il en plaça deux sur le dessus de la soupe, puis un troisième, se rappelant que les nombres impairs donnaient en règle générale un résultat plus joli en art. C’était d’ailleurs l’un des seuls concepts mathématiques qu’il avait bien saisi. Satisfait de sa présentation, il prit une gorgée de la soupe presque froide. Étrangement, elle était tout aussi réconfortante qu’une soupe chaude. Son assaisonnement était légèrement épicé, ce qui procurait un sentiment de chaleur intérieure qui manquait au jeune Suzuri depuis bientôt six longs mois.

Alors qu’il s’apprêtait à prendre une dernière gorgée, il sursauta. un nuage d’insectes flottait au dessus du bol, qu’il échappa au sol. Celui-ci se brisa en morceaux et le restant de soupe se renversa au sol, éclaboussant son vêtement au passage. Alors qu’il tentait d’essuyer la tache sur son seul morceau de vêtement, il entendit une voix s’adresser à lui derrière sa nuque, ce qui lui glaça le sang.


Dernière édition par Suzuri Kôgei le Sam 12 Mai 2018 - 2:27, édité 2 fois
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Sam 5 Mai 2018 - 7:47
Il pleut. Son visage tourné vers le ciel, elle sent les gouttes tomber sur sa peau, un large sourire sur le visage. Assise sur le balcon de son appartement, elle se tient immobile, les yeux fermés, semblant attendre que le temps passe. Cela pourrait être vrai. Après tout, elle ne semble pas spécialement active, ses jambes se balançant dans le vide. Autour d'elle, dans tout le village, de ses insectes traînent ici et là, indiscrets, voyeurs presque. Et pourtant, elle ne semble pas s'en soucier. Elle ne fait rien de mal. Elle observe sans observer ceux qui se baladent, ceux qui font les courses, ceux qui s'arrêtent à un restaurant quelqu'un.

Difficile que d'expliquer aux autres la relation qu'elle avait avec son environnement. Elle voyait sans voir, sentait sans sentir. Ses insectes, une partie intégrante de sa personne, partageaient un savoir infini, forçant son cerveau à assimiler une quantité folle d'informations en très peu de temps. Peut-être l'une des raisons qui expliquait son cerveau aussi actif, la vitesse à laquelle s'enchaînaient ses idées. Elle pensait à tout et rien, et ce, tout en même temps. Bien souvent, elle perdait le fil de son propre esprit, passant du coq à l'âne dans ses propres pensées. Une constatation qui la faisait toujours rire.

Sur son épaule, un insecte vint se poser. La communication était difficile à expliquer, comme bien des choses la concernant. Les Aburame étaient... Particuliers. Leur corps était transformé en nid, et ce, dès le plus jeune âge. Un nid d'une quantité innombrable d'insectes avec lesquels elle avait grandi, évolué. Ils étaient vraiment une partie d'elle, communiquant avec sa personne sans user de mots. Une conscience collective, un réseau qu'ils partageaient tous, sûrement la meilleure façon de tout identifier. C'est ainsi qu'elle compris qu'il y avait quelque chose de différent, dans l'information qu'elle recevait. Une variation. Quelque chose pour attirer son attention. Se levant donc, elle se laissa tomber de son balcon, situé au second étage, se réceptionnant agilement sur le sol à ses pieds. Ses vêtements étaient trempés, ses longs cheveux plaqués sur son visage, qu'elle n'avait pas pris la peine d'attacher.

À pas agiles, elle prit une direction précise, sans toutefois savoir exactement où elle se dirigeait, ni même ce qu'elle allait y trouver. Cette différence de ce qu'elle observait au quotidien. Bon, elle n'observait pas tous les jours le village, et jamais réellement à la même heure, donc quotidiennement était peut-être erroné. Cependant, c'était une activité à laquelle elle s'adonnait souvent, non pas par curiosité mais bel et bien pour améliorer ses propres compétences. Ayant ignoré ses capacités clanique pendant plus d'un an, se refusant de les utiliser pour diverses raisons, elle se devait de renouer avec ces dernières. Déjà qu'elle n'avait jamais vraiment été douée, cela était d'autant plus vrai aujourd'hui.

La voilà finalement qu'elle arrivait là où elle devait se trouver, se tenant désormais dans le dos d'un homme qu'elle ne connaissait pas. Ses prunelles céruléennes, tendant vers l'acier, se posèrent sur son dos, un sourcil arqué, comprenant bien vite ce qu'il se passait. Après tout, elle n'était pas stupide, peu importe ce que certains pourraient penser. Son esprit était vif alors qu'elle réfléchissait rapidement, parfois beaucoup trop aux yeux des autres. Quant à sa façon d'agir et de penser... Certes semblait-elle insouciante, mais cela était volontaire, ne cherchant aucunement à réfléchir aux conséquences de ses actes.

- S'tu veux, j't'invite à manger ?

Mauvaise approche. C'est, du moins, ainsi qu'elle sentit le tout tandis qu'il sursautait, son bol venant s'écraser au sol. Sans compter ce regard qu'il lui adressait.

Et meeeeeeerde.

Bien évidemment que ce n'était pas une bonne approche. Apprendrait-elle seulement un jour comment s'adresser aux autres ? Si seulement c'était aussi facile... Bon, elle se devait de rattraper le jeu, tenter quelque chose d'autre, le tout armée d'un large sourire se voulant rassurant. De toute façon, elle ne devait pas faire peur, du haut de son mètre soixante qu'elle n'avait jamais réussi à atteindre.

- J'disais donc, qu'bon, si jamais t'veux, j'peux t'inviter à manger. Genre, y'a un resto pas trop loin qu'j'aime bien. Puis j'veux pas d'fierté mal placé ni d'orgueil, j'fais pas ça par pitié ni pour t'juger. J'pense juste qu'l'monde s'rait une bien meilleure place si tout l'monde prenait soin des autres.

Et voilà pour le beau discours ! Avait-elle assez de points d'expérience pour monter son charisme d'un niveau supplémentaire ? Oui, sûrement. Dans tous les cas, elle ne prendrait pas non comme une réponse acceptable.
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Sam 12 Mai 2018 - 2:26
Le premier réflexe de Kôgei fut de se remettre debout à la vitesse de l’éclair et de prendre quelques pas de distance. Son coeur s’était fait court-circuiter et il était effrayé à l’idée que la police ne le suspecte de va-nu-pieds. S’il y avait une chose qu’il voulait à tout prix éviter, c’était d’être confronté à la justice et de se voir contraint de retourner dans l’enfer de son domicile familial. Sa forêt intérieure recommençait tout juste à pousser...

Il s’imprégna d’un visuel de la demoiselle devant lui. Heureusement, elle n’affichait aucun signe d’hostilité. Les sourcils haussés, elle semblait plutôt inoffensive, voire assez joyeuse. Le flot hâtif de ses paroles rappelait le bourdonnement d’une abeille. Décryptant ses paroles à retardement, Kôgei resta muet quelques instants. Voilà que la douce abeille, loin de vouloir lui infliger quelque piqûre, lui offrait un peu de miel. Il fut envahi d’une douce vague chaude lui montant des pieds à la tête.

Pollen printanier
Les légumes reviendront
Vive les abeilles.


— Je… Je ne saurais refuser une telle offre…, balbutia-t-il poliment, se grattant la nuque en signe d'embarras.

Il avait la tête un peu basse, levant les yeux pour regarder son interlocutrice tout en lui offrant son plus humble sourire. De la nourriture de restaurant… Cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas partagé un repas avec quelqu’un… Encore moins un menu de son choix! La plupart du temps, il était contraint de vivre sur les restes des poubelles et le seul repas par jour que la propriétaire du restaurant lui laissait par charité. La demoiselle avait bien raison, si les humains pouvaient prendre mieux soin les uns des autres, il n’en serait pas là aujourd’hui… Alors que ses pensées tergiversaient dans ce sentiment de fatalité, ses yeux se portèrent au sol. Il se renfrogna quelque peu, totalement soumis à la situation. Il adoptait cette position de soumission à la fois pour s’assurer son repas et parce qu’il était pensif.

— Sans vouloir vous offenser, vous n’êtes pas comme les autres… Les gens ont l’habitude de m’ignorer ou de me regarder de haut... D’où vous vient donc toute cette générosité? demanda-t-il.

Un étrange sentiment mi-honte, mi-gratitude le faisait cligner des yeux alors qu’il se remettait progressivement de sa montée d’adrénaline. Il était si reconnaissant, mais sa dignité était entachée.

*Allons, ressaisis-toi, Kôgei, c’est que du bien devant toi, sois heureux, un peu!* se rassura-t-il.
Après tout, cette rencontre allait peut-être s’avérer être un point tournant dans sa vie.

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Dim 13 Mai 2018 - 23:17
Il semblait se calmer, à croire que la petite peur qu’elle lui avait fait au départ n’avait plus lieu d’être alors qu’elle s’exprimait de son enthousiasme naturel, lui offrant un large sourire se voulant naturel. Tout chez elle respirait la bienveillance tandis qu’elle semblait nullement le juger ni même le prendre en pitié. Elle voulait tout simplement aider quelqu’un semblant dans le besoin, ce qui lui semblait être quelque chose de parfaitement normal alors qu’elle était en mesure de le faire. Ses parents lui avaient inculqués de bonnes valeurs lorsqu’elle était jeune, à savoir qu’il était important de venir en aide à autrui lorsque la chance se présentait.

Avec du bois, mieux valait construire une plus grande table plutôt que de plus hautes clôtures. C’était ainsi, du moins, que la jeune demoiselle voyait la vie, de son regard presque innocent, et qui, pourtant, dénotait une maturité propre de celle qui avait déjà beaucoup vu et vécu bien des choses.

- D’jà, t’arrête d’me vouvoyer. J’dois avoir quoi, un an d’plus que toi à tout cassé ? Donc bon, ça va, mais même s’tu m’tutoies, j’vais l’savoir qu’tu m’respectes quand même. J’trouve ça même un peu bidon, d’devoir vouvoyer les gens… Genre, vraiment, ça change quoi au final ? Tu as un truc à dire, tu l’dis, pas obliger d’y mettre formes et procédures. Une perte d’temps, s’tu veux mon avis… Même si bon, tu l’as pas vraiment d’mander.

Elle éclate d’un rire franc, léger, comme à son habitude, tandis que ses prunelles pétillantes se posèrent sur lui. Elle était triste d’apprendre que comme elle le craignait, la majorité des gens s’enfonçaient dans un égoïsme qu’elle ne comprenait pas. Ou, du moins… Pas tout à fait. S’il était vrai qu’elle ne pensait généralement qu’à elle lorsque venait le temps de prendre une décision, vivant pour son propre bonheur avant celui des autres, venir en aide aux autres lui semblait naturel, normal même. Certes n’irait-elle pas aider quelqu’un au périple de sa propre personne, toutefois, lorsqu’elle le pouvait, et ce, sans conséquence si ce n’était qu’apporter un peu de chaleur à autrui…

- J’sais pas trop, j’viens d’ailleurs aussi. Hi, l’pays du feu. Mais en vrai, j’pense t’es juste tombé sur les mauvaises personnes. Puis bon, pour l’instant, ça vaut pas la peine qu’on s’y attarde, t’es tombé sur moi et ça tombe bien, j’suis quelqu’un d’sympa.

Lui faisant signe de la suivre, elle quitta l’arrière du restaurant pour s’avancer dans l’une des rues du village, déserte par un temps pareil. La pluie continuait de s’abattre, inlassablement, et pourtant, elle ne semblait nullement embêter par ce fait. Ce n’était pas un peu d’eau qui allait la forcer à arrêter de vivre. Si elle voulait sortir, qu’importe la température, elle le faisait.

- T’t’appelles comment ? Moi, c’Kaede !

Elle lui jeta un regard par-dessus son épaule, lui offrant un large sourire bien digne de sa personne.

- Puis en vrai, maintenant qu’j’y pense, c’pas d’la générosité. C’du savoir-vivre. T’connais une phase difficile ?

Ne possédant aucun filtre tout en ne s’empêchant jamais de dire tout ce qui lui traversait l’esprit, la voilà qui abordait un sujet qui se voulait sûrement sensible. Dans son monde à elle, toute question était bonne à poser. Toutefois, elle respectait le silence de son interlocuteur lorsque ce dernier ne semblait pas de cet avis. Une gentille demoiselle en somme, donc la délicatesse ne faisait pas partie de ses qualités.
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