Soutenez le forum !
1234
Partagez | 

Shizuka (静か)_SOLO

Aller à la page : Précédent  1, 2

Sam 30 Juin 2018 - 6:46
À l'entrée sud du camp, Luca avait fait ce qu'elle avait décidé. Elle avait attendu que le ballet des lucioles cesse, et il n'avait pas encore cessé. Au loin d'elle, dans la nuit presque noire, à la lueur d'un quart de lune, l'incandescence éclairait encore de ses petites lanternes. Patiente et déterminée, elle n'allait pas prier une force quelconque pour lui exhausser son souhait, elle se contentait d'y croire envers et contre tout et ainsi, comme la vie le lui a toujours appris, son désir serait peut-être exaucé.
Fixant le chemin, elle discernait dans le trouble de la pénombre une silhouette qui s'avançait vers elle. Ses lèvres se désolidarisaient, et, elle prit le temps de regarder, afin d'être certaine qu'il ne s'agissait pas d'un mirage. Un homme, moi, peinant à faire chaque pas en m'appuyant comme un vieillard sur ma faux. Je regardais le sol, pas le lointain, et je ne pensais plus à rien, de peur qu'une seule pensée de plus, ne m'avale le peu de force qu'il me restait. Luca discernait bientôt une masse de cheveux gras, sombre et luisant de saleté sous la lune. Un homme à la stature qu'elle reconnaissait autant que l'arme qui lui servait d'appui. Son sang lui souleva autant le corps qu'il la fit rougir sous la chaleur et l'adrélaline. Elle s'élançait, en courant vers moi, elle courrait comme si sa vie en dépendait jusqu'à ce qu'entendant des pas, j'entendis aussi sa voix.
-Shino !

Je redressais le regard, et ce furent mes lèvres qui se désolidarisaient cette fois. La trouver là. Mais que faisait-elle ? Je voyais dans ses yeux, malgré le sang qui avait coulé sur les miens, qu'il y avait quelque chose que je ne saisissais pas encore, passant à travers elle, jusqu'à moi. Une étrange sensation. Une sorte de chaleur humaine, je n'aurai su clairement l'exprimer. Elle semblait heureuse, follement heureuse, et en même temps, très en colère. Elle allait me gifler je crois, mais voyant mon état elle s'était ravisée.
-Je t'avais dit de faire attention ! J'étais morte d'inquiétude ! Mais qu'est-ce qui t'a pris enfin ?!
-Tu... Tu... Tu m'as attendu ? Déclarais-je ému, tant que ma voix en devin plus aigu.

Mon regard s'illuminait d'étonnement et Luca prit d'instinct une inspiration qu'elle ne relâcha pas. Sans s'en rendre compte, elle se saisissait à nouveau le cœur. Et moi je pensais, "c'était à moi qu'elle avait dit de faire attention, c'était à moi..." Le silence flottait entre nous, et nous nous regardions. Nous ne pouvions nous quitter des yeux. Était-ce tout cela, tout ce qui se passait, qui nous conduisait là, était-ce que nous avions cet élan malgré nous ? C'était absurde, nous ne nous connaissions pas, et pourtant, elle s'était inquiétée pour moi. Pourquoi cela me touchait tellement. Et face à ses yeux larmoyants, je m'en sentais presque coupable.
-Shino, personne ne peut passer tout une vie complètement seul. Il est possible de ne rien haïr, mais jamais de ne rien aimer. Me lançait-elle gravement.

Là, j'étais désorbité... Je me sentais à nu, je me sentais découvert. Elle n'avait pas été la première à me dire cela, mais quand c'est elle qui prononçait ses mots, sous son timbre, sous ce regard, j'étais percé de plein fouet. Sur mon visage, le faciès de ceux qui pleurent se découvrait d'abord, puis les premières étoiles de ces larmes brillèrent. J'avais honte, mais plus elle me regardait, plus cela passait. Elle les joue entre les mains et s'approcha de moi. Alors, désarmé, une barrière, la dernière, était franchis.
-Je m'appelle Katerik... Lui soufflais-je comme une déclaration.
Elle me sourit, et collait son front contre le mien. Seulement ça, et nous restions ainsi, bêtement, simplement, ce petit geste, me paraissait plus intense encore un baiser. Pour la première fois de mon existence, je me sentais lié à quelqu'un, pour la première fois de mon existence, je voulais, me donner à quelqu'un.
Là, elle se glissait sous mon bras, pour que je me soutienne sur elle d'un côté, et sur ma faux de l'autre.
-Allez viens. Me dit-elle. Et nous rentions dans la cité de la joie.

Dans le camp, Nina et Joachim nous apercevaient alors que Luca me ramenait à sa tente. Ils étaient proches du puits où ils s'étaient rencontrés, et dans une nuit complète, à peine éclairée à la lueur de quelques torches que les miliciens avaient disposées, Joachim avait tout de même pu remarquer mon état qui ne l'étonnait pas. Nina se sentit soulagée, mais trouvait tout de même étonnant pour sa part que Luca se trouva si attentionné envers moi. Nina assise entre les jambes de Joachim et prise entre ses bras, là où elle se sentait le plus en sécurité n'avait pu s'empêcher de le remarquer et d'en faire part à son amant.
-Elle nous avait dit de ne jamais faire de sentiments avec les clients. Que c'était dangereux. Lui dit-elle.
-Je crois qu'elle n'est pas la seule à n'avoir su suivre ses propres conseils. Lui répondit Joachim un peu amusé.
-Même une prositué peut trouver l'amour. Lui annonça Nina avec soulagement.
-Tu parles de toi ? Ou de Luca ?
-Des deux. J'espère qu'il ne lui fera pas de mal.
-Il a rompu son contrat avec la division blanche parce qu'il ne voulait pas participer à leurs atrocités sur les civils. On le savait tous là-bas. C'est un assassin, mais paradoxalement, ce n'est pas un homme mauvais.
-Tu le connaissais bien ?
-Non, seulement de nom. Il devait assassiner des chefs de l'alliance surtout, alors on ne le voyait presque jamais. Mais on savait tous que c'était un shinobi très compétent. Même le chef de la division le respectait il parait.
-Ce soir nous sommes tranquilles. Mais demain, Bohémon voudra te parler, tout le monde voudra te parler. J'ai peur de ce qu'ils pourraient te faire.
-Tu penses qu'ils me puniront ?
-Je ne sais pas, tu comptes faire quoi toi ?
-Vous aider... Je crois, non je sais, que je dois le faire. J'ai beaucoup à me faire pardonner.

Nina serrait les bras de son amant plus fortement contre elle. Les aider, elle savait ce que cela impliquait, le risque que cela engendrait. Mais elle n'osait lui demander le contraire. Qu'il apporte son aide pourrait jouer en sa faveur pour Bohémon et les autres. Il était déjà miraculeux que Bohémon ne le mît pas au poteau, ou que Batzu ne l'aura pas coupé en deux. Pour cette nuit ils étaient en paix, tous, même si les miliciens, Fujisawa et Kumiko continuaient d'organiser les défenses, tout le reste était au repos, y compris Batzu et Bohémon qui étaient partis se coucher. Zö veillait dans sa tente le sommeil de Jill, qui bien qu'elle ne lui décrochât pas un mot depuis son retour, avait un sommeil réel et paisible, de quoi le rassurer. Nina pensait aussi aux enfants dont il fallait annoncer la mort aux parents le lendemain. Ce qui causerait encore des troubles.
-Et après ? Lui demandait-elle timidement.
-Après ? La questionna-t-il non sans étonnement.
-Après tout ça... Tu feras quoi ?
Il poussa un rictus.
-Je te conduirais à un shinobi médecin. Et on te guérira. Répondit-il enfin simplement.
-Tu crois vraiment ça possible ?
-Ce n'est pas une maladie insurmontable pour un shinobi. T'en fais pas, on s'en sortira. Tout ça ne peut pas finir mal.
-La division arrive n'est-ce pas ? Ils vont nous attaquer...
-Ils encerclent probablement le camp pour le moment. On saura bien assez tôt ce qu'ils prévoient....
-Ils sont si terribles que ça ?

À cette question, la gorge de Joachim se serrait. Il ne savait que trop bien de quoi la division était capable. Lui y aura participé. Il se souvenait de ses rires, de ses peurs, de ses dégoûts, de ses plaisirs coupables, de toutes ces choses qu'il avait faite là-bas et qui lui était impossible de décrire à la femme qu'il aimait. En soldat trop humain qu'il était, il ne pouvait plus accomplir son œuvre : la vue du sang et des larmes ; les souffrances de la guerre, les cris de douleur l'arrêtant à chaque pas, détruisaient en lui ce qui fait les conquérants, race dont, après tout, on se passerait volontiers. La cause de ses combats, il ne l'avait que trop entendu. Toujours le même discours, pour la paix, l'ordre et l'union, quand son ennemi, protecteur des civils qu'on lui avait appris à mépriser, criait lui aussi paix, mais aussi indépendance et liberté... Un bien étrange combat que celui-ci. Sa culpabilité l'obligeait, à devoir racheter ses actes, parce qu'il ne s'estimait pas encore digne de l'amour sincère d'une femme, même une civile, cette civile, qui lui aura appris que mépriser un homme, pour quelques raisons que ce soit, n'était jamais sage.
-Oui, ... Ils le sont. Disait-il en cachant son visage dans le creux de l'épaule de sa belle. Et Nina, sentant en lui le mal-être, passait sa main dans ses cheveux, un baiser sur la tempe, et le silence pour sa consolation.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Dim 1 Juil 2018 - 7:42
Entre-temps, j'étais déjà arrivé dans la tente de Luca. Personne ne savait que j'étais revenu, mais que Luca fut la seule à m'avoir attendu ne m'avait pas offensé. Je ne crois pas que j'aurai agi différents des autres, pour le moindre d'entre eux, sauf désormais, pour Luca. Ses filles étaient endormies, je crois en fait qu'il y avait eu tellement de tension durant cette terrible journée, que tout le monde se sentait épuisé et s'était couché tôt... Luca m'avait dévêtu, nettoyé et bandé toutes mes plaies, tout cela, sans jamais se plaindre... Elle conservait sur le visage un sourire tendre, une douceur qui endormait tous mes démons. J'étais bercé, par son odeur, cette aura de compassion qu'elle dégageait. Elle ne parlait pas beaucoup, et seulement pour de l'utile. Elle me promettait de demander à Zö quelques herbes pour mes blessures par exemple, tout en s'occupant de tout ce que je n'eus rien à demander. J'en étais presque gêné, de dormir sur son lit, sans qu'elle ne me demandât de payer pour cela...
Je n'avais pas prononcé un seul mot durant tout ce temps... Je ne savais pas quoi dire. Et quand elle eut fini, elle me demandait directement cette fois ; Tu veux quelque chose ? Demain la journée d'être longue, tu veux peut-être dormir. Dans ton état tu en as besoin.
-Sers-moi quelque chose de fort si tu as s'il te plaît. Répondais-je sans oser la regarder.
Elle s’exécutait, me ramenant un gobelet remplit de je ne savais quel tord-boyaux. Puis lorsqu'elle me le tendit, notre regard se croisait à nouveau. Dans mon état de fragilité, c'était de trop...

J’avais perdu pied… Je n’étais à cet instant pas si particulier, plus maître de moi-même. Tremblotant toujours. Comme un petit enfant dans le noir. L’alcool, le remède du malin, le remède maudit, j’allais m’en abreuver lâchement. Puis une lumière vint. Une lumière appelée Luca. Si belle. En cet instant si pur et si saint je redécouvrais mon être aimé. Pleine de douceur. Pleine de bonté. Comme un soleil à l’heure de l’aube qui efface la pénombre et avec elle la mélancolie. Me voici donc, ignorant de mes sens, soumis à sa tutelle. Par ses gestes. Me sauva-t-elle de la solitude. Par ses mots. M’enivra-t-elle de bonheur. Les tremblements cessèrent incessamment. Mes mains manipulées et mon corps, s’accordèrent à sa volonté sans protestation. Car il lui apparaissait, tant à lui, ce corps, qu’à mon cœur, que le chemin de la plénitude se trouvait désormais dans le regard de cette femme si précieuse à mon âme. Elle me bénissait avec silence. Par ce bien si précieux qu’était l’union de son propre symbole et du bien. Tels des amants, elles nous liaient à jamais par l’ornement dont elle disposait, son affection, sa sincérité, elle-même. Puis, sans le dire, sans l’affirmer, avec une subtilité pourvue de la plus édulcorée des féminités. Elle me le fit entendre. Sentir jusqu’à la chaire et jusqu’à l’os. La force de notre union.

Mon visage se dressait alors. Je sentais ma peau échapper de mon contrôle. Une main dans les cheveux. Un baiser sur le front. Le temps d’un frisson. Le temps de l’unisson. Nos visages entremêlés, collés l’un à l’autre se trouvaient alors comme une seule entité. L’accomplissement d’une nouvelle étoile, d’un nouveau récipient pour accueillir notre découverte. Celle de l’amour… Oui. L’amour… Curieuse sensation, entre le réel et l’irréelle, entre le palpable et l’intouchable, entre la folie et la conscience. Il me fallut alors tant de force. Tant de difficulté pour parvenir à ouvrir mes lèvres. À lui exprimer ce que je pouvais sans savoir d’avance ce qui en était réellement. Car dans mon âme tourmentée, elle avait placé une lueur fébrile mais si importante. Je n’avais alors rien à lui offrir. Les mots ne suffisaient pas. Alors je les accompagnais de gestes. Pas un je t’aime. Mais un murmure tellement plus intense. Sans crier, je parvins à exprimer l’ardeur. Ma joue vint à caresser la sienne. Mes mains à parcourir son visage, sa chevelure. Comme un aveugle qui découvrait le visage de sa femme. Un soudain ballet dansant. Des lèvres entrent effectivement en danse. Sans folie. Sans précipitation. Avec douceur et ardeur, les faciès accompagnant le plaisir d’un contact plus prude qu’à l’apparence pourtant si trompeuse.

Son bonheur. À jamais je le porterais. Il n’était plus un ornement. Car de ma faiblesse elle fit naître ma désormais plus grande force. Ce bonheur était de moi. Autant qu’il était d’elle. Je ne pouvais plus le laisser passer. Un membre incrusté à ma chair et ma personne. Pour que jamais je n’oublie ce moment si inouï et impensable pour de jeunes gens comme nous. Un nouveau murmure. Simple. Naturel. Sans ordre. Il paraissait aussi évident que le matin qui se lèverait. "Viens " lui dis-je… Et je la pris sous les bras. Pas tel l’objet de mes fantasmes. Mais tel l’objet de ma rédemption. Comme un trésor. Si fragile. Si précieux, qu’il m’aurait été impardonnable de ne serait-ce que je le bousculer. Je la conduisis alors. Sans qu’elle ne proteste. Sans délier mon regard du sien, trouvant étoiles et merveilles en son sein. Nos lèvres, aimantées, poussées par une puissance qui dépassaient de loin celle du vice, jusqu’à faire paraître cette idée tellement odieuse même. Tout ceci, me fit penser que ces quelques mètres vers la couche, me prirent le temps d’une vie tout entière. Pour cette nuit, il n’était pas question de gâcher ce moment si important par la fusion des sens, emplit de luxure et d’animosité primaire. Mais de pureté, de partage, de béatitude. Une récompense autant à elle qu’à moi. L’heure et même le ciel étoilé en témoignait, nous la méritions et nous devions nous y soustraire. Quand elle fut alors déposée avec toute la délicatesse dont je fis preuve. Je demeurais debout à la contempler. Comme une œuvre d’art. Éperdue, sous le joug de ma propre niaiserie. Alors à peine conscient de la chance que j’acquisse ce jour béni, où un ange croisa mon chemin damné. Je restais immobile. Le visage doux et saint. Sans sourire. Harmonieux. Voilà quel était le mot définissant tout cet instant magique. Harmonieux… Enlacé dans les bras l'un de l'autre, nous nous endormions ainsi, sans mauvaise pensée, à nous regarder et rien d'autres. Ce moment passé avec une femme dans un lit, sans la moindre sexualité, ce fut le meilleur moment de ma vie.

À l'entrée nord, quatre autres miliciens gardaient le lieu. Ils n'étaient pas en charge d'une ronde, seulement de surveiller l'entrée et de prévenir en sonnant un corps, si une attaque advenait. La charge ne les ravissait pas, devoir veiller toute la nuit comme ça. Mais cela ne les empêchait pas de tenter de faire bien leur travail, même s'il n'avait rien de glorieux ou de compliqué. Ils parlaient de tout et de rien quand l'un d'eux entendit des ne pas approcher. Si aucune silhouette ne sortait encore de la noirceur, leur torche n'éclairant pas assez loin, ils se trouvaient déjà très inquiets de ce qui pourrait arriver.
-Qui va là ?! Grognait l'un d'eux pas vraiment rassuré.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Dim 1 Juil 2018 - 7:44
Mais aucune réponse ne vint. Seuls des bruits de pas dans le sable. Les gardes portèrent la main à leurs armes, prêt à en découdre, sauf un, qui saisissait son cor pour le faire sonner dès qu'il aurait la confirmation d'une attaque. À la lueur de leur torche, une silhouette sortait enfin de la nuit, mais les garde étaient surpris par sa taille.
-Qu'est-ce que c'est ? Demandait l'un sans obtenir de réponse.
Tenshi apparaissait à la lueur des torches, un bébé dans les bras et serré contre lui. Un bébé qui n’émettait pas le moindre son, il paraissait inerte. Tenshi, avait le regard livide, et le teint blafard, sa chevelure argentée scintillait à la lumière des torches. Il avait l'air épuisé et absent, tout en avançant comme un automate jusqu'à se trouver à quelques pas des gardes.
Le garde le plus en avant s'approchait de lui jusqu'à poser un genou à terre, pour se trouver à sa hauteur.
-Qu'est-ce que tu fais tout seul dehors à cette heure toi petit ? Tentait-il d'appréhender Tenshi qui continuait de garder le silence. Quel âge tu as ? Continuait le garde pour insister. Mais rien ne venait encore. Je peux le voir le bébé que tu tiens ? Finissait-il pour le faire réagir.

Là, tout au loin de l'horizon noirâtre, des petites lumières perçaient comme des étoiles le voile de la nuit, beaucoup, de petites lumières... C'était la division qui installait l'un de ses camps, elle précédait de peu le garçon à la chevelure argentée, Tenshi. Le garde à genoux devant l'enfant, voyant cela, trouva une certaine beauté, entre les torches illuminant la désuétude d'un enfant, qui derrière loin paraissait amener des centaines d'étoiles.
-C'est quoi ça ? Demandait un autre milicien plus en arrière.
-Ce sont eux... Il faut sonner le cor. Lui répondit tristement celui qui était à genoux. Enfin il tendit les bras vers Tenshi. Tu veux bien me le confier ce petit ? Lui demandait-il prudemment.
Tenshi réagissait enfin, fixant dès ses yeux bleus immaculés et reflétant la lumière des torches, comme autant d'étoiles que son regard larmoyant mimait, l’œillade compatissante du garde qui lui tendait les bras pour recueillir son paquet. Puis le cor sonnait, ameutant toute la cité de la joie qui se réveillait en sursaut, presque paniquée. Un second sonnement, puis un troisième, alors que derrière Tenshi, les lumières devenaient de plus en plus nombreuses, comme des lucioles, mais des lucioles qui annonçaient le malheur avec elles. Ces lucioles au loin, qui se déplaçaient en même temps que les miliciens, et les shinobis, accourraient à l'entrée, ces déplacements n'étaient que des songes résiduels, une rémanence physique du traumatisme que Tenshi amenait avec lui, comme l'escomptait Shigurui. Toute existence connaissait son jour de traumatisme primal, qui divisait la vie en un avant et un après et dont le souvenir même furtif suffisait à figer dans une terreur irrationnelle, animale et inguérissable. Ce que la littérature fait, en grande partie, ce que raconte l'écrivain sous sa plume, ce qu'il essaye de faire entendre à son lecteur, c'est simplement cela, trouver quelques mots justes, quelques mots dont la justesse, que ce soit pour décrire un abominable traumatisme, une abominable douleur, ou la quiétude d'un paysage ou d'un visage, provoque de l'étonnement, du ravissement — de la beauté. Car, et c'est une triste vérité, même dans l'horreur, peut sommeiller, dans une latente fascination, une véritable beauté.

Tenshi consentait, et tendit le bébé qu'il portait vers le garde qui le prit avec grande délicatesse. Derrière lui et ses compagnons, arrivaient des habitants de la cité de la joie, mais aussi Batzu, Fujisawa, Kumiko, Nina, Joachim et enfin Luca. Elle m'avait laissé dans la couche, sachant que me lever aurait été très difficile, elle jugea bon de me laisser dormir quand elle se rendit compte que le cor n'avait pas suffi à me sortir de mon sommeil. C'est son absence auprès de moi, sa chaleur qui m'avait quitté, qui je crois, m'avait finalement réveillé. Je me levais donc, difficilement, sans vraiment comprendre ce qui se passait, puis je décidais de me porter sur ma faux pour retrouver Luca où qu'elle fut.

À l'entrée nord, quand le garde prenait le bébé, il se rendit compte que celui-ci était inerte, pour ainsi dire quasiment mort. Tenshi n'avait pas l'air d'y avoir prêté attention, mais ce qui intéressait le plus les villageois et les principaux protagonistes, c'étaient toutes ces petites lumières qui perçaient la nuit loin dans l'horizon derrière Tenshi.
-Mais... Qu'est-ce que c'est que ça ? S'effrayait un des villageois en voyant le spectacle, particulièrement ce regard livide et mortifère, de Tenshi.
-La division blanche ! Ce sont les shinobis confédérés ! Répondait un autre réfugié plus perspicace.
-Nous sommes perdus ! S'emportait une autre réfugiée.
-Je ne crains pas de la lumière dans l'obscurité. Intervenait Batzu en passant au milieu de la foule, accompagné de Nina et Joachim, puis rapidement de Luca ensuite.

La montagne qu'était cet homme fendait la foule comme l'eau creusait le lit des rivières, même sans son arme et habillé d'une petite chemise de nuit, il impressionnait les réfugiés par sa seule stature. Le passage ne lui fut donc pas difficile jusqu'aux gardes.
Le garde qui tenait le bébé se redressait, et là, se tournant vers le monde derrière, il semblait désarçonné.
-Je crois qu'il est mort...
Chacun remarquant qu'il tenait un bébé dans les bras, les regards horrifiés se propagèrent dans la foule comme une lèpre supra contagieuse. Nina et Luca coururent vers le garde pour lui prendre l'enfant, Luca poussant un "passe-le-moi !" relativement vif en même temps. Joachim plissait un regard désolé, alors que Fujisawa, placé discrètement avec Kumiko au milieu de la foule, laissait s'échapper un furtif et fugace petit sourire de ses lèvres. Kumiko, avait l'air déjà furieuse et inquiète, mais ne chercha pas à s'en mêler. Tenshi réagissait cependant cette fois quand il entendit que l'enfant était certainement mort. Une larme se déversa de son œil le long de sa joue, mais aucun geste, aucune parole, n'accompagnait cela.
-Batzu ! S'emportait une femme dans la foule ! Si tu es rentrée... Mais ?! Où est mon garçon ?!

Là, pères et mères se regardèrent, où regardèrent Batzu non sans crainte de la réponse. Celui-ci le tournait le dos, alors que Luca arrachait dans le même temps le nourrisson des bras du garde. Batzu se tenait fièrement, mais n'osait pourtant faire face à la foule. "elle est vivante !" S'écriait Luca avec soulagement, "Ils sont mort...", annonçait Batzu gravement. Nina et Joachim éprouvaient un certain soulagement, tout comme Kumiko, alors que Fujisawa que la nouvelle du nourrisson indifférait, se trouvait plus intéressé par ce qu'aurait à répondre la foule à l'annonce que venait de faire Batzu. Batzu n'ayant pas le temps de s'attarder sur l'état de la petite sœur de Tenshi, s'attendait plutôt à devoir endosser l'échec de la survie des enfants face à une foule qui ne tarderait sûrement pas à se mettre en colère. Tenshi avait l'air soudainement profondément soulagé, comme si un énorme poids sur ses épaules venait d'être retiré. Mais Luca n'en restait pas moins inquiète et regardant vers Nina, elle lui parlait durant le court silence que la foule, sous le choc du deuil, prenait pour parvenir à encaisser la terrible nouvelle.
-Elle est très faible. On dirait qu'elle vient de naître. Il faut la réchauffer et la nourrir ! Tu peux t'en charger Nina ? Lui pressait-elle.
-Oui donne-la-moi ! Joachim, viens, on rentre à la tente, je dois avoir du lait maternel là-bas.
-Je sais pas si je serais bien uti...
-Viens je te dis ! Se faisait couper Joachim par Nina.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Lun 2 Juil 2018 - 6:09
"Assassin !", "Oui assassin !", "C'est votre faute !", commençaient à s'éléver de profondes voix colérique dans la foule. "Heureusement que Bohémon est trop faible pour pouvoir se lever et devoir subir cela", se disait alors Batzu.
-Mais non ! Mais vous ne comprenez pas ! Ce n'est pas... Commençait à s'élever Kumiko. Mais Fujisawa lui saisit le bras, et lui faisant un sourire accompagné d'un dodelinement de la tête, il l'invitait à rester en retraite de cette histoire. Elle se tue, quoique rougissante de fureur. Il semblait que Fujisawa, assez malsain personnage en réalité qui n'éprouvait que peu d'empathie pour autrui, devenait soudainement plus humain au contact de la rouquine. En effet, si savoir qu'un bébé était mort ne l'affligeait absolument pas, que Kumiko puisse être prise à partie par la foule sonnait très différemment dans son esprit. Il ne croyait toujours pas en la défense de ce camp, il ne croyait toujours pas que ce camp valait même la peine que l'on se batte pour lui. Mais pour Kumiko, il était là, et ferait ce qu'il pourrait pour qu'elle s'en sorte malgré ses passions altruistes qui l'emmenaient dans des situations aussi fâcheuses que celle-ci.
La foule s'élevait de plus en plus contre Batzu, mais ce n'étaient encore que des chiens qui aboyaient, car aucun d'eux n'auraient véritablement osé en venir au sang face à cet homme-là, et si Batzu le savait, cela ne l'empêchait pas de recevoir chacune des invectives sans broncher. "Ils devaient en passer par là de toute façon, laisse les brailler, ça ne changera rien" murmurait Fujisawa à Kumiko pendant ce temps.

Luca se penchait elle, pendant ce temps, vers Tenshi, qui regardait Nina et Joachim ignorer la foule et emporter sa petite sœur sans que personne ne lui demandât son avis là-dessus. Il avait encore l'esprit embrumé, il était trop faible, trop effrayé, trop - absent, pour réellement réagir.
-Tu as l'air épuisé. Tu veux venir avec moi pour manger quelque chose ? Tu viens d'où comme ça tu veux me raconter ? Tentait Luca alors penchée sur lui, le regard bienveillant et maternel. Mais Tenshi, ne semblait pas la comprendre, il avait l'air de parler une autre langue, comme si les sons et les mots ne pénétraient plus son esprit. Luca devant cela s’inquiéta, mais ne lui en montra rien. Avec la foule derrière qui continuait d'accuser Batzu de la mort de leurs enfants, cela n'arrangeait rien à la tension qui grimpait il fallait dire.
-Ils étaient morts bien avant notre arrivée. Coupais-je fermement les brimades de la foule en faisant mon entrée.

Les mauvaises humeurs se tarirent alors. Visages tournés sur moi, je fendais la foule à mon tour, difficilement, chaque pas porté sur ma faux servant d'appui, j'étais bandé, et dans un sale état, mais hors de danger. Je n'étais pas aussi connu que Batzu, mais je supposais que remarquant mon état de santé et mon état de shinobis, la raison de l'extinction des voix se trouvait là. Fujisawa souriait alors de plus belle, car il découvrait que j'avais survécu et s'en amusant il pensait "coriace la bestiole". Kumiko laissa seulement s'échapper un "Shino..." quelque peu choquée, comme si elle venait de voir un fantôme. J'avais l'air sévère, tout en avançant, et profitais du relatif silence pour continuer de parler tandis que je marchais, mais aussi, tout en parlant, je pensais pour me convaincre moi-même de ce que je disais, "tous ces instants se perdront dans le temps, comme les larmes sous la pluie".
-Batzu n'a pas pu échouer car il n'y avait plus rien à sauver quand nous sommes arrivés. Et qui est responsable ? Celui qui se bat envers et contre tout pour vous, ou ceux qui laissent leurs enfants partir à l'aventure dans le désert et sans surveillance ? Si vous devez absolument cracher votre douleur, crachez-la là où nul n'aura à en souffrir avec vous plus qu'il n'en souffre déjà.

Une accusation difficile pour des parents en deuil, mais la vérité avait la force d'un coup de poing parfois. Batzu se retournait alors, quand je prenais sa défense, et les visages coupables s'abaissaient à mon passage, parce qu'on ne peut s'élever contre un homme qui peine ne serait-ce qu'à marcher. Fujisawa s'amusait de ma réaction, et de la réaction des gens, et Kumiko, même si elle n'aimait pas qu'on ne plaigne pas la douleur de parents face à la réalité, ne pouvait s'empêcher d'adhérer. Nina et Joachim étaient déjà partis, et Luca tournait un regard mécontent vers moi, tandis que je rejoignais Batzu. Elle m'en voulait de m'être levé dans cet état, mais si une alerte était donnée, je ne pouvais rester sans ne rien faire. En arrivant jusqu'à Batzu, je lui posais une main sur l'épaule, lui offrant en même temps un regard compatissant. Il n'y réagissait pas, conservant sa fierté comme je m'y attendais, mais je pensais, et j'avais raison, que ce geste le toucherait. Puis je portais mon regard vers Luca.
-Pourquoi tu te lèves ?... Tu cherches à rouvrir tes plaies ? Me dit-elle gravement.
-Ça va aller. Répondais-je simplement.

Mon attention se portait alors vers ces lumières à l'horizon, dont je savais sans mal l'origine. Cette fois, nous étions véritablement encerclés, et ce n'était pas la perte de Serafi qui allait mettre un terme à cela. Je contemplais ce ballet de lumière, derrière un petit garçon bien étrange, où je reconnaissais dans le regard quelque chose de glacial. Nous yeux se croisèrent, et les miens s'agrandissaient sur les siens qui se rapetissaient. Je découvrais un garçonnet aux yeux encore plus bleu que les miens, purs comme de l'eau et à la chevelure argentée. Il voyait devant lui cet homme en triste état que j'étais, tenant une faux à la main, et je ne savais pourquoi, ce fut court, mais je ressentis quelque chose en lui, de terriblement semblable à ce que j'avais en moi.
-Il ne parle pas beaucoup. M'annonçait Luca qui se redressait pour venir s'attacher à mon bras. Un geste qui n'échappait pas à Batzu, Fujisawa et Kumiko, qui savaient tous par là quel rapprochement Luca et moi avions consenti l'un pour l'autre.
Je commençais à fouiller dans le chakra du garçon en bas de moi, sans le quitter des yeux, et alors, je découvris une force fébrile en sommeil, qui venait je crois de se manifester, sinon depuis très très peu de temps. Mon regard se plissait sur lui, qui sembla quelque peu effrayé par cela, mais qui ne bougea et ne parla toujours pas. Luca me reprit alors.
-Ne le regarde pas comme ça, tu lui fais peur.
-C'est un shinobi. Annonçais-je bassement.

Je relevais mon regard vers l'horizon, où scintillaient les lumières, puis je le rabaissais vers l'enfant. Je commençais à supputer quelque chose en pensée, mais je ne pouvais encore en être certain. Lui il me regardait encore, un peu effrayé, alors Luca, très attentive à son regard, commença à douter qu'elle le ne connût pas. Son visage lui disait finalement quelque chose, mais il ignorait pourquoi sa mémoire lui jouait ainsi un tour.
-Tu en es sûr ? Me demandait alors Batzu qui était surpris par la nouvelle, une nouvelle qui intéressait autant Kumiko et Fujisawa qui se disait dans le même temps "et de trois", concernant le fameux chakra que j'avais détecté. Mais un enfant seul ? Lui le premier se demanda comment cela put-il être possible. Un enfant soldat infiltré ? Un déserteur ? Kumiko le regardait aussi alors avec étonnement tandis que dans la foule, on commençait, sûrement par peur comme toujours, à croire que c'était un mauvais présage et la suspicion s'emparait de la plupart des réfugiés présents.

Ignorant les réfugiés de mon côté, je me tentais à sonder l'âme de cet enfant, au regard si étrange et à la chevelure argentée. Soudainement, Luca poussa un petit cri d'étonnement, portant la main à la bouche.
-Mais c'est Tenshi ! Criait-elle ensuite. Mais... Il était brun ce petit, continuait-elle en se reprenant. Mais enfin ! Personne ne peut changer de couleur de cheveux aussi vite ! Terminait-elle avec encore plus d'étonnement.
-Qui est Tenshi ? M'intriguais-je.
-Un ami de Jill. C'est le fils du Zoboro, c'est... Et Luca se coupait elle-même, alors, je vis dans son regard l'effroi.
Batzu retrouvait lui aussi un visage grave et il y'en avait dans la foule pour qui ce fut de même. Moi, ignorant de quoi il s'agissait, je fixais Luca, en espérant avoir la suite.
-Et bien quoi ? Insistais-je.
-C'est le civil qui a emmené une partie des réfugiés vers le nord pour fuir, m'annonçait enfin Batzu.
-Pas si civil que ça apparemment.

Derrière moi, dans la foule, Fujisawa devait se retenir de rire devant l'ironie et parce qu'il savait que Kumiko n'aurait pas apprécié, "les cons, ils se sont jetés dans les bras de l'ennemi" pensa-t-il. Puis, parmi les réfugiés qui savaient qui était Zoboro et ce qu'il avait fait, l'effroi se répandit aussi vite que la précédente suspicion. Il ne fallait pas être bien malin, pour comprendre que ces lumières au loin, était la division blanche qui avait intercepté les fuyards et les avait taillés en pièces. Kumiko se sentit profondément coupable, elle qui avait tenté de les retenir sans y parvenir, elle se doutait encore plus du drame qui avait attendu tous ces pauvres gens. Pour Fujisawa, on savait donc qui était le quatrième possesseur de chakra désormais, c'était ce Zoboro, qui avait bien caché son jeu. Moi cela m'étonnait, car le chakra que je ressentais chez cet enfant me semblait aussi fébrile que latent. Je devinais alors, la raison de couleur blanche argentée de ses cheveux, ce changement si rapide. Ce que garçon avait dû voir, nous aurions tous ici une grande peine à l'imaginer. Songeant qu'il a dû porter sa petite soeur nouveau-née et presque mourante jusqu'ici... Ce que ce petit avait vu, je ne savais que trop quel résultat cela donnerait sur lui. Surtout si jeune. Gravement je le regardais, lui, qui se confondait dans le mutisme le plus intransigeant et ce regard amorphe. Sursauts, angoisse, souvenirs obsédants, visions hallucinées, cauchemars, repli sur soi : tels sont les principaux symptômes dont souffrent tous ceux qui ont vécu l'enfer de la guerre. Pour les combattants comme pour les civils se pose alors toujours la même question : peut-on oublier ? L'innocence sur cet enfant n'était cependant pas encore morte, et déjà à ce moment, j'éprouvais l'envie, comme pour me guérir moi-même, tel Luca que avait déjà commencé à l'accomplir sur moi, de lui préserver cette innocence enfouie dans son cœur, avant qu'elle fût consommée par son horreur.
-Rentrez, rentrez tous, demandais-je alors tranquillement aux réfugiés présents. La division n'attaquera pas ce soir, sinon elle l'aurait déjà fait. Il faut rassurer les gens qui ont entendu l'alerte. Allez rentrez tous.
-Je vais aller prévenir Bohémon de la situation. intervint Batzu tandis qu'il quittait l'entrée.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Mer 4 Juil 2018 - 3:22
Un nouveau trop plein d'émotion pour les réfugiés, ils ne protestèrent pas et s'en retournèrent vers leurs tentes. Fujisawa et Kumiko en firent autant, discrètement, préférant passer une bonne nuit ensemble parce qu'ils savaient que le lendemain, risquait d'être l'une des journées les moins joyeuses qu'ils auront connues. Nous nous retrouvions alors en petit comité, avec Tenshi, Luca et les quelques gardes de la porte. Je savais par avance que Luca ne pourrait pas laisser cet enfant livré à lui-même, et je ne comptais pas le faire non plus. Cependant, à l'inverse d'elle qui ne répondait qu'à un profond instinct maternel, je savais qu'il ne serait pas aisé d'apprivoiser ce curieux animal. Je pouvais en effet déceler au fin fond de ses pupilles, toute la souffrance qu'il enfouissait déjà en lui et qui pesait sur ses frêles épaules.
-On l'emmene n'est-ce pas ? Me demanda Luca le regard perçant.
-Oui bien sûr. Mais avant j'aimerai lui poser une question. Lui répondais-je élégamment.
-Laquelle ? Me demandait-elle ensuite avec étonnement.

Tenshi relevait le regard sur moi. Il y perdit le soulagement de savoir sa soeur entre les mains de Nina et Joachim car, me voyant la faux à la main, l'observer comme un inquisiteur jugeait un coupable, il sentit la peur en lui monter. Mon regard était le même que Shigurui, et cela lui rappelait ce terrible moment. Je n'étais pas bête au point de croire que Shigurui l'avait laissé en vie sans raison. Je connaissais cet homme et je savais qu'il ne faisait rien sans espérer en obtenir quelque chose en retour.
-Qu'est-ce qu'il t'a dit ? L'homme au masque.
Le visage de Tenshi se figeait littéralement dans la neutralité, et pourtant, une larme coulait le long d'une de ses joues. Je l'obligeais malgré moi à revoir ce qu'il avait vécu, ce qu'il avait dû décider. Luca allait me rabrouer les oreilles, mais je l'ignorais, car je voulais savoir.
-Il a dit que ma soeur serait la seule survivante de ce camp s'il ne se rendait pas.

Je comprenais, et Luca portant la main à la bouche, sous le poids de l'horreur, en comprenait autant. J'avais finalement bien fait de renvoyer les réfugiés, entendre cela n'aurait rien ajouté de bon au moral de la cité qui était déjà plus que chambranlant. Luca se tournait une seconde ensuite vers les miliciens qui devaient garder cette entrée.
-Vous ne devez parler à personne de ça d'accord ? Leur demandait-elle avec douceur.
Ils lui rendirent des hochements de tête et des regards approbateurs. Ils n'avaient pas vraiment le choix honnêtement.
-Tu veux bien nous suivre ? Nous ne te ferons aucun mal, tu seras en sécurité avec nous. Disais-je à Tenshi aussi tendrement que je savais le faire.
Il m'observait alors, comme pour sonder l'honnêteté au centre de mes rétines, et nos yeux ainsi mêlés, nous liaient un bref instant dans une douleur commune, celle de la guerre et de son traumatisme. J'escomptais me charger de ce mal qui le pesait à un moment, mais pas encore, et lui savait, inconsciemment, que j'étais en mesure de comprendre ce qu'il ressentait, sans qu'il n'eût besoin de m'en peindre le détail.
-D'accord. Me répondait Tenshi en baissant la tête. Là, Luca lui tendit la main saisissait, comme s'il fut son propre enfant, et silencieusement, nous nous dirigions à nouveau dans la cité de la joie, jusqu'à notre tente. Nous pénétrions, Tenshi accrochant fortement sa main à celle de Luca, qui de l'autre côté, s'accrochait à mon bras. Marchant à rythme lent, parce que je ne pouvais avancer bien vite, de loin, peut-être aurions pu dire, que se trouva là une bien étrange, mais réelle et soudée famille.

_________________


Dernière édition par Sainan Gi. Tenshi le Jeu 19 Juil 2018 - 5:54, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Mer 4 Juil 2018 - 23:29
Intermède : Bien des années plus tard

-Je sais bien que je te paye, et qu'on se connaît à peine, mais sans blague ça te ferait chier d'avoir un peu de conversation ?

C'est ce que me disait Benzakiro, membre du clan Dento, les manipulateurs de la lumière. Nous avancions dans Ki l'un à côté de l'autre. Si pour ma part, j'étais là parce qu'il m'avait payé une forte somme pour le protéger en cas de problème, j'ignorai pour quelle raison, lui y était venu. Je ne lui avais pas demandé et je m'en fichais pas mal. Pour la somme qu'il me payait, je pourrai tuer n'importe qui ou presque. Peu importe que ce fut du côté que ce fut. Il n'était pas bien méchant, et je soupçonnais que de la violence Shinobi il n'eut que bien peu de connaissance. Mais il parlait, vraiment, beaucoup trop... Ce petit blond d'une vingtaine d'années me fatiguait à vouloir parler de tout et de rien. Comme si de me payer pour lui sauvegarder la vie lui permettait en plus de me casser les oreilles.

Il n'était pas bien grand, peut-être un mètre soixante-quinze au maximum. Avec des yeux verts et une tenue franchement pas adaptée au combat au corps-à-corps. Soit il était un noble qui se la jouait, soit il n'avait aucune compétence dans le taïjutsu. Cela non plus en réalité, je ne lui avais pas demandé. J'avais beau l'ignorer le plus souvent possible, il s'acharnait pourtant. La peur, il ne devait pas connaître. Mais cette fois, j'allais lui répondre, à ma façon.
-C'est marrant que tu ne saches pas. Commençais-je sèchement.
-Que je ne sache pas quoi ? Me demandait-il surprit.
-Quand c'est le moment de fermer ta gueule. Concluais-je sans même le regarder.
-Charmant... Commentait-il en levant les yeux au ciel.
-Je suis ton garde du corps, pas ta nounou. Si tu veux parler faut trouver un copain à toi hein.
-Tu m'excuses, mais on est paumé dans les bois, là, je ne vais pas trouver grand monde.
-Comment ça paumé ? Je croyais que tu nous guidais...
-La dernière fois que je suis venu ici, j'étais gosse, c'est bon hein ça va me revenir.
-Mais quelle plaie ce type...

Il me souriait par-dessus cela, alors que même visage d'ange ne parvenait plus à masquer la lassitude. J'avais envie de le tuer parfois, ça m'aurait débarrassé, mais bon, il avait payé d'avance et je voulais savoir vers quoi il m’entraînait. La curiosité est bien vilain défaut, mais elle reste irrésistible. Par contre, ne surtout pas lui demander, ça lui donnerait l'occasion de parler pendant des heures. Le son de sa voix, qui pourtant n'avait rien de spécial, commençait déjà trop à m'insupporter pour que je m'en inflige encore plus. De toute façon, il ne pouvait pas s'empêcher de parler tout seul...
-J'ai aucun moyen de nous diriger en fait... Je suis désolé. Me disait-il avec une petite mine tandis que je soufflais d'exaspération.
-Je suis de nature paisible et tendre normalement, mais toi, c'est fou ce que tu m'agaces. Donne-moi deux minutes.
-Tu vas faire quoi ?
-Sentir s'il y a des chakras quelque part aux alentours.
-Tu es sensoriel ?
-Si je sens du chakra, d'après toi ?
-Ha bah oui c'est logique...
-Sans rire, tais-toi...

Un mudra, et une forte concentration qui ne me conduisit pas qu'à ressentir du chakra, mais à une grosse surprise. J'avais bien détecté quelqu'un en effet, mais pas n'importe qui, car le chakra que je découvrais, je le connaissais fort bien. Sur mon visage, Benzakiro découvrit sans peine que j'avais fait une trouvaille. Je ne pouvais m'empêcher de lâcher un sourire en coin, qui me fit retrouver mon visage paisible, mon visage d'ange.
-Quoi quoi quoi ?! C'est quoi que tu as senti ?!
-Une vieille connaissance. On va aller la voir.
-Mais t'es fou ?! Et la mission ? C'est moi qui te paye hein !
-Elle pourrait nous dire où nous sommes elle au moins. Et très franchement, si je me barrais là tout de suite, tu ferais quoi ?
-Tsss, mon père m'avait prévenu que tu n'étais pas commode ! J'aurai dû prendre le samouraï, je le savais !
-Mais maintenant, c'est trop tard, c'est dommage pour toi.

Je m'avançais sans lui demander son avis ensuite, pour retrouver celle dont j'étais certain d'avoir reconnu la signature chakratique. Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Je ne l'ignorai pour le moment, mais je soupçonnais d'avance que la rébellion y fut pour quelque chose. La connaissant... Elle n'était pas si loin, et quand nous sortîmes du bois pour l'avoir en vue, je n'eu pas le temps de m'annoncer que l'autre imbécile faisait de grand geste pour attirer son attention.
-HOOOOOOOYYYYY !!!!! BONJOUR !
-Tu cherches à nous faire tuer ? C'est quoi cette façon de hurler...
-Mais tu n'as détecté qu'elle...
-Y'a des shinobis qui savent masquer leur chakra je te rappelle.
-Ha oui !
-Mais c'est pas possible, comment tu as pu rester en vie tout ce temps ?
-J'ai prit l'option chanceux à la naissance. Et beau gosse bien sûr !

Je trouvais Kumiko au bord d'un lac, avec un tout un bardas autour d'elle. Une bien étrange retrouvaille il fallait dire. Vêtu dans mon armure, le visage à découvert, sans dire que je fis un grand sourire, j'étais soulagée de trouver quelqu'un de familier. Quand je fus assez proche pour me faire entendre sans avoir à hurler comme le Dento. C'était avec l'air habituel qu'elle me connaissait.
-Ça faisait longtemps. Qu'est-ce qui t'amène par ici ?

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Mer 4 Juil 2018 - 23:33
-Vous faites un très beau couple tous les deux, toutes mes félicitations. Commençait-elle pour m’accueillir. Je ne trouvais pas ça très drôle, et quoi que mon faciès n'allait pas jusqu'à faire une démonstration de mon mécontentement, glacial, l'indifférence fut le terme qui convenait. Benzakiro était, quant à lui, ravis de cette rencontre, le physique de la jeune (plus toute jeune quand même) ne le laissait pas indifférent étant donné les regards évocateurs qu'il portait sur elle. Toutefois, Kumiko n'avait pas terminé.
-Je ne m’attendais pas à te croiser par ici toi. Me dit-elle ensuite.
-Moi non plus. Y répondais-je simplement.
-Je suis ici pour une affaire personnelle, je suis de ce pays, tu sais à l’origine. Comme j’ai tout mon temps, je travaillais sur la possibilité de rendre invisible un objet et pas que moi. Je suis toujours sur cinq mille projets à la fois, tu sais bien. Et toi alors ? Pourquoi es-tu en si charmante compagnie ? Ne me dis rien, tu es en pèlerinage ?

J'allais lui répondre, mais à peine quand j'ouvrais les lèvres, Benzakiro me coupait l'herbe sous le pied. Que Kumiko le qualifia de charmante compagnie ne lui avait pas échappé et il bondit sur l'occasion pour faire le beau. Bombant un peu le torse, et exagérant une belle allure, le petit sourire qu'il lui faisait, tout en lui en répondant, ne laissait aucune ambiguïté quant à ses intentions.
-Pèlerinage ? Que nenni ! C'est mon garde du corps que je paye à grand frais ! Je me demande d'ailleurs s'il vaut ce qu'il me coûte. Mais moi, très jolie dame, je suis Dento Benzakiro ! Autrement dit, j'ai la capacité de rendre mes techniques invisibles grâce à la lumière, je pourrais donc vous être utile. Je ne vous demanderai pas grand chose en échange, seulement de...

Là, je serrais le poing, et lui mettait un coup sur le sommet du crâne. Trop c'était trop. Il n'était pas bien violent, mais le jeune homme était si frêle qu'en plus de le faire taire, cela suffisait à lui faire une vilaine bosse.
-Aïe aïe Aïe ! Mais t'es fou ! Me criait-il.
-Je croyais que ta mission ne pouvait pas attendre. Lui disais-je sèchement.
-On ne fait pas attendre une demoiselle en détresse ! C'est le fameux DED ! Demoiselle en détr...

Et il en reprenait un coup sur le sommet du crâne... Tant qu'il ne comprendrait pas la leçon, maintenant, je sévirai, c'était ça où je le coupais en deux. D'autant que je savais que Kumiko avait d'autres "prétendants" bien plus sérieux que ce freluquet. Le temps qu'il se masse la tête en se plaignant, je pouvais enfin lui répondre pour ma part. Je m'y employais sans les fioritures d'usage, avec le timbre mélodieusement saint qu'elle me connaissait, sur un ton tristement mélancolique. Les choses, n'avaient décidément pas changé.
-Je ne sais pas pourquoi il m'a engagé. C'est son père pour qui j'ai travaillé une fois qui l'a envoyé à moi. Mais je commence à regretter. S'il peut t'aider à la limite pourquoi pas.
-Si elle commençait déjà par me dire précisément ce qu'elle souhaite rendre invisible comme technique ? Je pourrais peut-être simplement emprisonné mon chakra dans un sceau, à moins qu'elle n'aspire à plus de "performance". Finissait-il sur un clin d’œil. Ce coup-là, toute la saveur de mon chakra mortuaire ressortit de moi sans même que j'y fis attention. Et quoi que mon œil bleu toujours scintillant ne cherchait à exprimer de violence, si on y plongeait dans le fond, c'est bien la soif de sang qui en ressortirait.
-Enfin bref. Concluait Benzakiro en toussant après un, bref... regard jeté sur moi.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Jeu 5 Juil 2018 - 6:38
Hélas, pour le petit blond, c'était moi qui avais de prime abord l'attention de Kumiko, puisqu'elle l'ignorait dans un premier temps pour s'adresser directement à moi.
-Ça me fait plaisir en tout cas de te revoir en des circonstances sans doute plus agréables.
Là, elle fit un surprenant geste, puisqu'elle me touchait l'avant-bras, en s'approchant de moi. Marque d'affection, qui déclenchait instinctivement chez moi un mécanisme de défense, je sentis la bête au fond de mon cœur grogner violemment, comme si ce petit geste avait menacé ma vie. Je me contrôlais, et au fond de mon œil, la fébrilité ne dura qu'un tout petit instant. De corps, heureusement, je restais calme, et lorsque mon regard lâchait le sien pour se poser sur cette main sur main, délicatement, je m'en extirpais. Relevant les yeux vers elle, mon seul silence suffisait, je pense à lui faire entendre quelle limite, il ne fallait pas franchir. Elle savait que je fréquentais des femmes, prostitués ou non, mais ce n'était pas la même chose.

Elle reportait ensuite son attention sur Benzakiro, qui s'en trouvait jouasse, peut-être un peu trop. Je voyais parfaitement qu'elle usait de charme sur lui, justement dosé, pour lui plaire sans lui offrir de main mise sur elle. Un talent féminin par excellence auquel cet imbécile se laissait prendre sans réfléchir. Mais cela ne me regardait pas, et je laissais faire.
-Un garde du corps ? Intéressant, vous êtes alors en danger peut-être en venant ici ? Pour ce qu’il est de ses qualifications, je n’en douterais pas. Cependant, je suppose que vous préfériez que je vous protège à sa place, j’en suis certaine.
-Ha ça pour sûr ! Dit-il directement.
-Enchantée alors monsieur Dento Benzakiro, c’est un plaisir de vous rencontrer en effet. Je m’appelle Saibogu Kumiko, du même clan, mais vous vous en doutiez sans doute. En voilà donc un étrange chevalier servant volant au secours d’une pauvre demoiselle en détresse. Serait-on voir alors un homme si fort et compétent osé discutailler pareillement pour soulager d’une grande peine une innocente jeune fille ?
-Pas si innocente que ça j'ai l'impression. Lui répondit Benzakiro en exagérant son sourire espiègle.

J'aurai presque soupiré en voyant Kumiko qui allait jusqu'à faire des yeux de biche pour prendre dans ses filets un poisson qui sauterait de dedans de lui-même. Les hommes... Non pas les hommes, cet homme. Quoi qu'on pouvait lui pardonner sa témérité et ses élans certainement dû à la fougue qu’entraîne la jeunesse, il était tout emprunt de luxure, il la puait même, dans ce moment précis, si j'avais dû le résumer, il serait juste luxure : 1 + 1 = 69... Je ne doutais pas que Kumiko saurât cadrer toute sa passion néanmoins. Elle revenait alors à moi, qui restait silencieux jusque-là à les observer.
-J'ai comme l'impression d'avoir quelque temps de soulagement qui pourrait bien t'intéresser non. Avant de partir seul à l’aventure, tu ne lui as pas demandé ? Si cela se trouve, il va retrouver son amoureuse secrète ici ?
Je tournais mes yeux au coins de mon visage pour regarder Benzakiro, car si la question s'adressait à moi, il était le seul à avoir la réponse. Sans me contenir, je faisais peser sur lui toute la mauvaise aura dont j'étais capable, et gêné qu'il était devant cela, il ne tardait pas à répondre.
-Comment on peut avoir un visage aussi angélique et puer autant la mort ? Me dit-il d'abord. Mais je n'y répondais pas, c'était une autre réponse que j'attendais, et je comptai l'y forcer par le silence.
-En fait, je dois seulement apporter un message à un homme. Un message de mon père. Mais il parait que là où je vais je peux avoir des problèmes, alors on m'a obligé à louer un garde du corps. Mon père a tenu à ce que je prenne celui-là...

Rien de bien fameux en réalité. La paye était d'ailleurs excessive pour une si petite mission je trouvais, mais enfin, c'était du repos, il fallait le prendre comme ça. Kumiko, reprenait alors concernant ses difficultés sur le Hikariton, soit la maîtrise de la lumière.
-Mon intérêt est déjà de comprendre, de découvrir, mais surtout de maîtriser cette force moi-même. Je sais déjà provoquer chimiquement un éclat de lumière, mais ce n’est pas tout à fait pareil. La lumière n’est qu’un rayon que nos yeux peuvent voir, moi ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir camoufler quelque chose comme hmm ….ce petit ballon. Je me doute qu’à l’aide d’un sceau de fuinjutsu élémentaire de feu et de foudre cela doit être possible. C’est la meilleure voie vers la lumière, cependant, ce n’est pas si facile.

Benzakiro ne perdait l'occasion. Il joignit ses mains sans prévenir, et fit jaillir au milieu de celle-ci un halo de lumière. On le sentait très fier de pouvoir faire sa démonstration, et il le fit avec une telle facilité que je ne cache pas que cela m'intriguait. Je ne reculais pourtant pas, préférant rester proche pour apprécier ce qu'il comptait faire de ce halo. Tout en le maintenant, il le fixait, tandis qu'il s'adressait à Kumiko.
-Hé hé ! La lumière, y a rien de plus beau. La lumière jaillit ! Mais toi, ce que tu veux, c'est rendre invisible, pour ça, il faut réfléchir la lumière qui passe sur les objets. C'est comme bloquer leur capacité de réflexion. Mais avant d'arriver à ça, tu dois déjà pouvoir capter la lumière environnante pour la concentrer, ou savoir au moins la créer toi-même !

Tout feu tout flamme, tout sourire, je trouvais qu'il en faisait un peu trop... D'ailleurs passant au-delà d'eux deux, je me dirigeais vers le bord du lac, sans m'empêcher de dire clairement ce que je pensais de sa démonstration.
-Tu fais le beau, mais toi tu es né avec ce talent, elle, elle doit l'apprendre. Lui monter que tu sais faire de la lumière ça ne sert à rien.

Me retrouvant de dos à eux, je m'en allais m'installer, m'asseoir, à même le sol, pour apprécier la réflexion de la lumière, la vraie, les eaux du lac. Benzakiro m'avait chipé, mais je m'en fichais, ce qui se passait derrière moi ne me concernait plus.
-La lumière, c'est une particule, mais c'est aussi une onde ! Si tu veux rendre un objet ou une technique invisible, c'est plutôt en terme d'onde qu'il faut penser. Donc, ton chakra lui-même, doit être pensé de cette façon. Tu comprends ? Finissait-il en laissant s'éteindre la lumière qu'il avait au centre de ses deux mains.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Jeu 5 Juil 2018 - 6:43
Assis au bord du lac, je ne me préoccupais absolument plus de ce qu'il se passait derrière moi. La faux posée contre l'épaule, j'observais les reflets de l'eau sans en perdre une miette. Spectacle simple, et paisible, capable d'apaiser en moi tous les remous de la fureur. Rien que ce bruit d'eau plate, à peine remuée par les brises du vent, cela pouvait sonner poétiquement à mon oreille. Je retrouvais encore plus douceur sur le visage, tellement qu'un sourire de quiétude vint à l'orner tout naturellement.

À quelques mètres de là, Benzakiro s'employait à satisfaire les attentes de Kumiko, sans doute, dans l'espoir d'obtenir par la suite certaines de ses faveurs. Elle était attentive, mais à la technique, pas à lui. Il ne le remarquait même pas cet imbécile, et qu'il lâchait autant d'information si facilement si les raisons de sa présence dans ce pays n'allait pas la mettre encore plus en confiance, encore moins lui inspirer le respect. Même si elle jouait clairement avec lui, en répondant qu'elle n'était pas innocente, je doutais qu'elle le dît sur le même sujet que lui. Ce qu'elle avait dit concernant l'état du pays en revanche m'avait bien interpellé, même si sur le moment, je n'en montrais rien. C'était la pensée qui occupait mon esprit, tandis qu'eux s’entraînaient à l'arrache et que moi, je contemplais le lac.
Où que je me rendais, la guerre civile avait décidément pris corps. Les alliances s'étiolaient jusqu'à ce que l'on puisse présager où elles se désagrégeraient complètement. Nous n'y étions pas encore, et l'état de ce pays en était une nouvelle preuve. Je ne devrais pas m'en préoccuper, la guerre étant mon métier, plus elle durait plus je perdurais. Je trouverai bien des clients plus tard pour assassiner ensuite, c'était vrai, mais ce serait bien différent. Cette contrée valait-elle que je m'en occupe à ma hauteur et dans la mesure de mes moyens ? Rien en réalité, hormis le discours de Kumiko, ne m'invitait. La misère était partout, omniprésente, déjà à l'époque de ma rencontre avec elle, nous avions pu en apprécier les échos parmi les plus glaçants.
Elle ne semblait pourtant pas si pressée de les sauver, elle qui en parlait, car derrière j'entendais leurs entreprise avancer à bon train.

-Oui la lumière que l’on capte par nos yeux n’est que la réverbération de la lumière sur chaque objet. Un petit peu comme on voit la division de la lumière dans un cristal. On peut admirer toutes les lumières du spectre visible, enfin en tout cas le peu que l’on peut déceler avec nos capacités. Lui disait-elle avant de se remettre à l'oeuvre.
Elle tentait alors elle-même de faire apparaître un halo de lumière entre ses mains. Benzakiro, qui devançait l'échec, avait alors toute la surprise de voir que le chemin détourné qu'empruntait la jeune femme portait déjà quelques fruits. Préférant passer par l'usage des sceaux, qu'elle maîtrisait très bien, vu tous ceux qui apparaissaient sur son corps, elle préférait combiner les deux affinités primaires dont elle disposait, à savoir le feu et la foudre. N'était-ce pas justement idéal pour créer de la lumière ? Du moins pour un Shinobi. Le halo de lumière apparaissait entre ses propres, sous les yeux grands ouverts et ébahis du Dento, qui intérieurement se sentait presque offensé de la voir y parvenir aussi rapidement.
-Ça …. Ça commence à venir …. Je …. Je sens que c’est la bonne voie… Commentait-elle.

Benzakiro, qui observait encore, vit le halo tout de même assez faible finalement disparaître. À partir de là, il savait qu'il ne s'agissait plus de savoir, mais d'entrainement. Il se fixait dans le silence un moment, ne sachant tellement que dire ou quoi rajouter. Après-tout, il n'était pas professeur, simplement un Dento parmi tant d'autres.
-T'es sacrément douée quand même... Finissait-il par lâcher un peu contre son cœur. Je crois que maintenant y a plus que la pratique pour évoluer. Une fois que tu sauras emprisonner ta lumière dans un sceau, faire disparaître des objets deviendra un jeu d'enfant pour toi. Ce n'est pas con ce coup des sceaux d'ailleurs ! Faudrait que je m'y mette. Continue simplement, mais cette fois au lieu de faire apparaître la lumière, tente de faire en sorte qu'une bulle de...

Je le coupais, sans me retourner, si ce n'était la tête que très légèrement. Le temps qu'ils fassent mumuse, il y eut une pensée qui me traversait l'esprit. Quelque chose que je trouvais bien étrange, pour un bavard comme lui surtout. Quand Kumiko parlait de l'état du pays et de la confédération, il s'était simplement fixé dans le silence, se faisait d'un seul coup très discret, à tel point que même moi, je m'étais fait prendre. J'étais peut-être paranoïaque, mais cela me questionnait trop l'esprit pour que je laissasse cela sans réponse.
-Il est pour qui ton message au juste ?

Son visage changeait du tout au tout. Je n'avais pourtant pas souvenir que son père eut jamais été au service de la confédération ou de l'alliance, mais si ce message n'était rien. Pourquoi ne pas répondre simplement au tac au tac comme il le faisait toujours. Je ne le trouvais que d'autant plus suspect. Il se fit entendre après quelques secondes, qui n'étaient pas grand chose, mais beaucoup dans la situation. Je sentais sans mal dans sa voix un certain malaise, et quoi que je ne voyais pas son visage, Kumiko aurait pu apprécier le regard fuyant qu'il lui portait particulièrement à elle.
-Pour un officiel ! Ce n'est pas ton boulot de savoir ça !

Ma tête tombait en avant, et je devins trop silencieux et trop "paisible" pour que cela n'inquiétât pas le Dento. Il froissait le regard sur moi, et je pouvais sentir la peur sans même le regarder. Bien trop jeune et surtout inexpérimenté, du combat qu'il était, je me doutais qu'une situation comme celle-ci lui ferait perdre ses moyens. Ma voix, quoi que toujours si vibrante de douceur, se fit aussi sourde que la mort cette fois quand je lui répondais alors que je saisissais fermement le manche de ma faux, sans qu'il ne put le voir.
-Mon travail. "Que sais-tu de mon travail toi", pensais-je en même temps.

Mon travail ? Je disparaissais littéralement du bord du lac. Une charge sur lui, à laquelle il ne s'attendait sûrement pas vu la distance qui nous séparait, laissant en passant à côté de Kumiko la sensation d'une brise glaçante. La mort ainsi passait près d'elle en l'ignorant, et le Dento, qui n'avait pas le temps de réaction de l'instantané, ne me vit pas passer le pas élégant à côté de lui, tandis que ma faux le décapitait si rapidement qu'il restait debout un moment, avant de s'effondrer sur le sol, le corps d'un côté et la tête de l'autre. Mon visage demeurait d'une douceur angélique à toute épreuve, il n'était pas glacial, il était simplement indifférent à l'acte.
-Repose en paix. Murmurais-je en me retournant, n'oubliant de ranger ma faux dans le dos. "Le voilà, mon travail", pensais-je en moi-même par-dessus.

Kumiko me connaissait, elle savait tout le paradoxe qui vivait en moi et que je ne maîtrisais pas. Il m'avait payé, ce n'était pas très honnête, et peut-être n'avait-il finalement rien fait qui méritait ce traitement. Mais avant d'en être certain, je m'accroupissais à son cadavre pour le fouiller et trouver le fameux message. Sur le cachet, étaient notifiés un nom, et un titre de l'armée Impériale. Sans me relever, si ce n'était du visage simple que j'offrais à Kumiko, je lui tendais tendais le message.
-Ça va t'intéresser, je pense.

Ainsi, par chance, mon soupçon était fondé, mais j'étais devenu si brutal, si accoutumé à la mort, que je ne me rendais même plus compte de la brutalité de mes actes. En moi, pourtant, satisfait, la bête se léchait les babines, une bête que je choisissais pour le moment d'ignorer.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Ven 6 Juil 2018 - 6:48
Kumiko ne semblait pas me faire tellement de reproches, ni paraître choquée en fait. Elle me connaissait déjà un peu, et en bonne shinobi qu'elle était, il était possible qu'elle fût finalement accoutumée à l'absurdité de la vie que nous vivions, nous shinobis, souvent à nous prendre pour des Dieux au milieu de ces civils qui ne valaient qu'à peine plus que du bétail. J'aimais en certaine occasion, rappeler la valeur humaine des shinobis en les renvoyant à la condition qu'il soumettait aux civils. Ce Benzakiro en avait fait les frais. Toutefois, elle ne resta pas de marbre pour autant puisqu'elle commentait tout de même.
-Tu aurais très bien pu lui prendre de force, pourquoi tuer ce pauvre type ?
-Moins de soucis. Lui répondais-je très simplement.
-Dieu sait que les gens changent avec une guerre, pourvu qu’elle finisse rapidement…
Là, je sentais que nous nous comprenions. Une phrase anodine qui entre nous en disait pourtant long. Quand bien même j'aurai laissé cet homme vivre, la guerre l'aurait changé, en bien ou en mal. Au final, sa mort n'avait d'échos pour personne. Son père saurait tôt ou tard que je n'achevais pas dignement ma mission, et après ? Il enverrait des shinobis me traquer ? Ma vie était déjà celle d'un paria qui se cache, rien ne changerait cela. La mort de ce jeune homme, si absurde pouvait-elle paraître à qui verrait l’événement d'un œil extérieur, était de fait, une triste banalité dans le monde d'aujourd'hui. Combien de civils encore une fois ont eut à vivre le même sort ? Ma sentence tombait sur Benzakiro, parce qu'une occasion d'apaiser la bête se fit sentir, comme si son heure était venue malgré moi, et malgré lui, mais en vrai, ça aurait pu être un autre, ça aurait pu tout aussi bien être Kumiko, pensais-je en la regardant un instant.

Elle commençait à retirer les parchemins marqués de ses sceaux, pour ne pas les voir tachés de sang, juste avant de prendre le papier que je lui tendais. Là, pendant qu'elle lisait, je me redressais et patientais. Ni elle ni moi, n'avions pris soin de bouger le corps, de l'ensevelir, en fait, je ne crois pas qu'aucun de nous deux ne fut traversé à l'esprit par cette idée. Lorsqu'elle lisait je, vis néanmoins en un instant son regard changé du tout au tout. Il perdit sa candeur, sa joie, il perdit même, je crois son humanité.
-Ce n'est pas vrai… Alors il la vraiment fait…

Qui avait fait quoi ? Je ne comprenais pas vraiment, et certainement qu'il ne s'agissait pas de moi. Autrement dit, ce qu'elle avait lu sur ce bout de papier était assez grave pour que cela la troublât à ce point, et la façon dont elle parlait de cette personne, me laissait entendre qu'elle la connaissait. Pour autant, je restais silencieux, me contentant de l'observer.
-En venant ici, j’espérais vraiment que la rébellion s’était trompée. Qu'est-ce que j'aurais voulu qu'elle se trompe pour le coup ? J’ai un devoir… Et j’accomplirais ma mission. Continuait-elle presque les larmes aux yeux.
Voilà qui m'étonnait d'elle, de perdre autant sa constance. Je la découvrais maintenant sous tension, une très forte et violente tension. Une tension que je connaissais trop bien pour ne pas savoir au moins en partie quel en était le rouage. Ce qu'elle disait, ne faisait qu'ajouter du corps à ce que je supposais. Elle était en mission d'assassinat, mais certainement que la cible à abattre n'était pas celle qu'elle rêvait de prime abord.
Elle sortit de l'un de ses sceaux une arme, que je ne connaissais pas tellement, un sniper qu'il appelaient ça chez les saibogu, tandis qu'elle le remplissait de projectile. Comme si c'était le moment de faire ça... Elle perdait la boule, j'avais l'impression, mais je restais toujours immobile et silencieux, pour apprécier ce début de folie sanglante qui montait en elle. La bête en moi ne s'y trompait pas, ce qu'elle pouvait m'énerver, à la regarder avec autant de plaisir. Kumiko séduisait de la sorte une partie de moi à laquelle je souhaitais me soustraire.
-J’ai besoin de faire quelques tests avant…

Et voilà qu'elle tirait sur un arbre, en arrière de moi, là d'où j'étais venu avec Benzakiro... Elle tirait de nombreuses fois, et je n'y comprenais absolument rien pour ma part. Je la regardais, et son arme parfois, du même regard tout à fait impassible, jusqu'à ce que je décèle enfin en elle le simple besoin d'évacuer ce trop-plein d'un je ne savais quoi de trop lourd à porter. Sacré lien de causalité, que l'homme que je devais escorter et que j'assassinais fut précisément le porteur d'un message si important pour elle. Mais plus rien de m'étonnait aujourd'hui...
-Fait chier… Putain de mission…

Une partie de moi, la plus sensée, la plus douce l'ange que j'étais né en fait, voulait simplement partir avec un "bonne chance". Pourquoi me mêler encore de ce qui ne me regardait pas. Surtout gratuitement. Quoi qu'avec la mort de cet imbécile, je venais de gagner ma journée et je devais penser à son père. Aller le tuer assurerait mes arrières même s'il n'y avait rien d'urgent. Mais une autre partie de moi, la bête, elle, qui reniflait le sang à venir, me faisait bouillonner le corps de désir au point que mon poil s'en hérissait. La pudeur a beau s'affubler d'un voile, le désir trouve toujours moyen de le rendre transparent. Ainsi, par force du désir, je cédais.
-Quelle mission ? Si tu dois tuer quelqu'un, ce n'est pas dans cet état que tu t'y prendras le mieux. Je viens de gagner une belle somme. Peut-être que si je t'aide ça remboursera à mon karma le travail non rendu. Lui disais-je comme si je voulais lui donner une leçon sur le meurtre.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Ven 6 Juil 2018 - 6:57
-Tu comptes vraiment le laisser là ? Me demandait-elle enfin en regardant le cadavre au sol. Je plissais le regard sur sa personne, comprenant par là, au-delà de sa question, qu'elle s'était enfin détendu. Finalement donc, elle était gênée qu'on ne montre pas plus de respect à un mort. Je détournais le regard, pas par gêne cette fois, ce qui me gênait, c'était que malgré que j'aurais voulu penser autrement, la vérité était que je me foutais de devoir l'honorer ou non.
-Ce sont les vivants qui ont besoin d'une sépulture pas les morts.
Un choc pour pas mal de moraliste, mais j'en étais bien convaincu, le besoin de recueillement allait de pair avec le deuil, pourtant, ce n'était pas ce cadavre au sol qui en profiterait. Si je le laissais là, avec le temps, il deviendrait poussière. La nature saurait en faire usage sans que nous, mortels êtres humains, n'eurent besoin de lui offrir des sacrements qui n'intéressaient que ceux qui y croyait. Rien ne meurt jamais vraiment, cela ne fait que passer à un autre état, et aucune prière n'allait changer cela.

Kumiko se mettait ensuite à gribouiller un dessin sur une feuille. Un sceau sans doute, il y mettait beaucoup de concentration et n'en détournait plus le regard. Jusqu'à ce qu'elle ajoutait très simplement.
-On m’a présenté cette mission …. Comme très importante, cela pourrait aider le front à Kaze. Il fallait quelqu’un capable de se débarrasser discrètement d’un haut responsable. C’est sans doute une bonne idée malgré l’absence de réaction de la population. La confédération va assez mal en ce moment, à de nombreux endroits des alliés se regroupent. Les armées de la confédération ont même été repoussées au pays du feu. C’est une très bonne nouvelle ! Mais voilà, l'alliance a pensé à moi et d’un regard extérieur, ils ont raison. Je suis sans doute la meilleure personne pour ce job… Commençait-elle en faisant allusion au document que je venais de lui remettre. Il y avait tellement peu de chances que ce soit lui, tellement. Il avait juste à poser son cul sur un siège et ne rien faire du tout, mais non ! Ce pauvre crétin a voulu faire quelque chose pour sa putain de foi, la confédération. Terminait-elle en même temps qu'elle finissait son dessin.

Toujours en proie au silence, je devinais que bien qu'elle avait du mal, elle avait besoin de lâcher cette information qui lui était si troublante. Nous nous approchions du moment où je saurais enfin de quoi en retournait. La connaissant un peu, cela ne pouvait être que grave, au moins pour elle. J'étais donc attentif. Kumiko finit alors son dessin en le tournant un peu dans tous les sens, comme si cela pouvait l’y aider à mieux voir les erreurs. Ne fallait-il pas voir de plusieurs angles un point de vue afin d’être certain ? C’était sans doute pour cela qu’elle racontait cette histoire, alors qu’elle ne le devrait pas. Cela lui faisait du bien, tellement du bien de dire tout cela, même si le suspense était insoutenable. Elle grava de nouveau à la base de la balle, là où le percuteur allait frapper, le sceau qu’elle venait de travailler. Elle se leva alors en glissant la balle dans l'arme, elle bloqua sa respiration par réflexe, puis elle tira alors une balle furtive dans un autre arbre. Elle sourit doucement, sans doute pourrait-elle avoir bien plus d’application que ce genre de stratagème plutôt simpliste, mais il lui fallait plus de temps.

De mon point de vue, quoi que je commençais à deviner qu'il lui fallait bêtement assassiner un proche, je me disais déjà intérieurement qu'elle n'était pas faite pour ce genre de mission. Ce n'était pas sa voie, son rôle, son chemin. Tuer, pour beaucoup de shinobi paraissait facile, et on se retrouvait avec une flopée de guerriers immature, anéantit par les traumatismes, dont la plus grande preuve de folie était qu'ils s'ignoraient eux-mêmes dans celle-ci. Combien en voyais-je faire comme ci pour eux, le meurtre était banal, alors qu'il ne faisait que se voiler la face, jusqu'à ce que leurs cauchemars les rattrapes et les mette à genoux devant leurs erreurs et leurs actes passés.
-C’est mon père … c’est même à cause de lui que je suis partie d’ici. Je ne pouvais pas supporter sa fibre confédérée fanatique. J’ai même changé de nom et de couleur de cheveux. Je ne sais même pas s'il pourrait me reconnaître au final, enfin pourquoi je te raconte tout cela ? Je dois juste tuer un type, j’ai un nom. Un shinobi n’a rien besoin d’autre, ça se passe comme ça non ?

Mes lèvres s'entrouvraient d'étonnement, pas tant parce qu'elle devait tuer son père, mais parce que cela me renvoyait directement à acte passé. Mon père avait été tué par un confédéré. Une chose qu'elle savait pourtant. Pourquoi me l'avoir raconté ? Je crois sincèrement que les traumatismes similaires se partagent entre les êtres sans qu'ils ne le réclament, sans qu'ils ne le puissent autrement. Nous étions ainsi, pour bientôt, frappés du même sceau maudit de parricide. Je n'avais pas tuer de ma main mon père, mais par ce que j'avais raconté au camp, qu'il prit la fuite et nous mena dans la gueule du loup autrefois, j'étais en somme, responsable. Je lui portais un visage grave, sans pouvoir lui dire que je partageais que trop sa peine pour l'avoir vécu moi-même. Le souvenir de cette épée plantée dans la gorge de cet homme, me traversant de part en part, jusqu'à me faire sentir ce frisson dans une sueur froide, fit se redresser la bête furieuse qui haïssait le monde pour une partie de ce qu'il était. Un monde, qu'il fallait punir, toujours plus, jusqu'à avoir expié la totalité de ses fautes.
-Pourquoi pas… Répondit-elle finalement à la proposition que je lui avais faite, alors que je n'avais jusque-là pu faire démonstration que d'un lourd et pesant silence.

Alors, dans une expression étrange de ma compassion, j'étais comme saisi d'un devoir plus grand que moi. Je me refusais de la laisser commettre une sorte d'irréparable. Et quoi qu'elle désignait son père comme un fanatique de la confédération quand elle était elle-même une fanatique de l'alliance, ce ne me fut pas une raison assez grande et réelle pour l'abandonner à ce sort. Ce souvenir, encore, qui avait bercé ma jeunesse et mon adolescence d'horreur, je voyais peut-être le moyen de le racheter. Quand bien même je n'avais pas eut le désir, moi, de le tuer, là était le moyen de payer ma faute en évitant à cette femme le même cauchemar. Ainsi, comme toujours fut mon destin, c'était en tuant, que je m'approchais de la fin de tuer.
-Je m'en chargerai pour toi. Gratuitement. Ne me demande pas pourquoi, ça me concerne. Dis-moi juste où le trouver. Lui répondais-je enfin, d'une voix douce, sans que j'osai la regarder en face.

J'eu alors, un étrange geste, que je ne contrôlais pas vraiment. Toujours sans la regarder, ma main s'élevait vers elle, et du bout du doigt, je lui touchais le bras. Geste tendre et d'affection minime, dans laquelle se trouvait malgré sa légèreté, une profonde et réelle sincérité.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Sam 7 Juil 2018 - 21:04
-Finalement, je crois que c'est mieux que ce soit moi, qui aie été désignée pour cette mission. Je n'en voudrais finalement à personne de l'avoir fait sans rien me dire. On ira ensemble, je pense à deux endroits, la première à la maison si jamais ils y vivent encore. L'autre est plutôt évident, l'empire s'est installé dans ce qui sert de mairie dans cette ville, alors je pense qu'il doit y avoir un bureau. C'est une personne importante après tout.
Un sourire fugace, et l'étonnement dans l'œil de la comparse shinobi, passant sous le silence, la discussion sourde, de sens. Ce n'était qu'un instant de recueillement, devant le cadavre d'un homme qui n'avait personne pour prier à cet instant sur sa miséreuse sentence, car le recueillement était pour le passé de l'un, et l'avenir de l'autre, pas pour le mort à leurs pieds. Kumiko glissait sa main sur la mienne, lentement, et sûrement, et je sentais qu'elle fit grandement attention à ne pas me prendre trop rapidement à son geste. Bien étrange, que je la laissais faire, en me fixant une seconde dans la tétanie, comme si, le simple partage d'un souffle de souffrance, me conduisit à accepter autre chose que l'appétit sexuel que je partageais avec les putains que je côtoyais.

Ce n'était pas l'assouvissement d'un besoin primitif qui se témoignait à ce moment, on se touchait uniquement par compassion l'un pour l'autre. Et je sentais malgré tout "l'autre", grogner en moi de méfiance, mais il n'avait le droit cette fois pour réponse de ma part, qu'à l'indifférence. Mon moi, parvenait à dominer, sans que je ne sus pourquoi, le "surmoi", et même le "ça"... Je ne me sentais pas acculé, par un devoir d'amour, nous être humains, qui nous pensions trop souvent altruiste, alors que nous étions plus des mendiants d'amour que des êtres aimants. Vile créature, qui retrouvait là enfin le sens de la miséricorde. Mon Dieu que c'était beau. Je découvrais ainsi, que c'était en réalité la similarité des douleurs, qui rapprochaient les hommes, grave constatation, mais néanmoins satisfaisante pour le meurtrier que j'étais.

Nos yeux se croisaient ainsi, quelques instants que nous ne sachions mesurer, tant le temps fut suspendu par une sorte d'accord entre deux cœurs. Ce n'était pas de l'amour, je pense, j'étais bien loin de comprendre ce que l'amour pouvait signifier. Simplement un lien de confiance, ou d'affection, qui se nouait sans qu'aucun n'y oppose de résistance. Et plus ce temps passait à se partager, plus la bête grognait, jusqu'à ce que je détournais le regard pour me séparer d'elle, et du lien qui se nouait. Si peu, et pourtant déjà dur à porter. La mort ne s’enchaîne pas, la mort ne se possède pas, insalissable, à peine la rencontre-t-on que c'est déjà terminé. La mort est vierge de sang, c'est pour ça qu'elle est insalissable alors qu'elle tue, parce que son innocence, est dans l'absence de lien qu'elle noue pour de bon.
-Bon j'imagine que tu veux aller tâter le terrain. Il vaudrait mieux attendre la nuit, mais on peut repérer déjà. Me disait-elle alors directement.
-J'aimerai oui, j'ai mes habitudes. Lui répondais-je tout aussi directement, mais sans la regarder. Je sentais qu'il ne fallait pas, surtout pas, que je la regarde encore. Même si c'est ta mission, suis mes conseils, et ça devrait bien se passer. Finissais-je le ton complaisant.

Elle rangeait ensuite son barda, sans que je ne me retourne. Ses sceaux, son arme, son attirail en somme, dans ses propres sceaux shinobi. La chose bien pratique dont ces utilisateurs avaient le bénéfice tandis que nous autre nous devions porter sur le corps. Elle n'avait pu s'empêcher après cela, de traîner le corps vers un endroit plus discret, un fourré un peu plus loin de nous. Cela n'enlevait pas l'énorme tache de sang dans l'herbe, alors je ne comprenais pas l'intérêt. Sur les champs de bataille, il y avait des raisons plus pratiques d'enterrer les cadavres, pendant les sièges de les brûler. Mais là, ce n'était que par principe. Puisqu'elle y tenait je n'allais pas la retenir, en quoi moi, cela me dérangeait au final... Les mains pleines de sang, elle s'en allait ensuite au lac pour se les laver. Pendant ce temps, hélas, je la voyais, mon regard les croisait à nouveau. La bête grognait, se léchait les babines, c'était insupportable, à tel point que la douceur de mon visage se perdit dans l'atrocité de la lutte intérieur qui m'incombait. Difficile d'imaginer pour autrui, ce que le combat contre soi avait parfois d'épuisant.
"Déchire la ! Prends la !"
"Non ! Laisse-moi ! Tais-toi !"
"Tu en as envie ! Tu en as envie !"
"La ferme !"
"Tues-la ! Mange la ! Pour te rapprocher de lui, prend la !"
Ces images atroces dans mon esprit, que je savais être de mon fait, cette folie qui m'habitait, cette envie de meurtre et de sang à assouvir, je me faisais peur à moi-même, sans pouvoir le partager avec quiconque. Et j'avais beau me battre, j'avais toujours besoin... de tuer.
"ALLLLLER !!!"
"NOOOON !"
Une sueur froide. De grands yeux ouvert sur le vide. La bête, s'était enfin tue.
-Je suis prêt, si tu es bonne on y va. Disais-je alors à Kumiko en me retournant. Ma voix, sonnant mélodieusement de douceur et de tendresse.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Sam 7 Juil 2018 - 21:11
-Si je suis …. Oui, enfin, allons-y. Me répondit-elle d'une intonation où je sentais le trouble, un trouble devant lequel je faisais le plus lourd silence.
Sans en être tout à fait certain, je supposais hélas qu'elle avait senti ce tumulte dont je souffrais. La fureur meurtrière n'avait pas besoin de chakra pour élancer ses échos. Les hommes, bénéficiaient tous d'une énergie spirituelle, d'une étrange aura, qui leur permettait de communiquer entre eux sans les mots. J'enfouissais toujours plus profondément en moi les désirs que l'on m'avait enfournés de force dans l'âme, mais trop fort parfois, ils se mêlaient aux instincts les plus bas, jusqu'à rejaillir hors de moi sans que je ne pusse les contrecarrer pour qu'il en fut autrement. Ainsi, l'innocence, peignée toute entière sur mon visage barbu juvénile, était auréolée du morbide que la vie m'imposait. Il ne fallait pas lui en vouloir, à Kumiko, de préférer s'avancer de derrière moi après m'avoir indiqué la route à suivre.

Un bon instinct qu'elle avait eut, et un moment que je ne relèverai pas pour ne pas avoir à nous voir embarrasser de questions auxquelles il me serait trop difficile de répondre. Avoir conscience de sa folie et de ses démons intérieurs ne l'étouffe pas pour autant, sa folie... Le voyage n'en fut pas un, car il n'était pas assez long pour mériter le titre de voyage. Nous atteignîmes une ville relativement grande, qui ne pouvait être qualifiée de mégapole pour autant. Déjà au loin, y flottait comme une harangue les drapeaux confédérés. Quand nous y pénétrions, je voyais un curieux paradoxe, transcendé dans les visages confédéré assez gaie et joyeux, opposés aux visages soumis et défaits des habitants natif de la cité. Une ambiance malsaine, qui se complaisait à l'être. J'avais déjà vu cela, déjà ressentit cette atmosphère, une aura de servitude volontaire. Il grogne sourdement les moutons aveugles, mais ne mordent pas. Les civils toujours, étaient les esclaves des passions shinobis, sans avoir jamais conscience de leur potentiel.
-C'était bien marrant ici avant, la vie est plutôt simple, enfin peut-être même un peu trop à mon goût. Pas assez de machines et de gens de passion. Enfin, je dis cela, mais je vois bien l’ancienne mairie, mais elle a bien changé.

La cité d'où elle venait, commentée dans l'innocence du timbre d'une jeune fille, qui d'où j'étais n'était pas convaincu de son propre discours. Comme si elle minimisait l'impact confédéré sur sa ville de jadis. J'avançais recouvert sous ma cape de cendre, paisiblement à côté d'elle, chez qui je ne sentis plus le chakra. Elle l'avait camouflée. Chose que je ne faisais pas moi-même. Déjà à ma tenue on me savait Shinobi, mais paraître un bon shinobi, dans ma proche, c'est d'autant plus important. J'étais maintenant en mission. Et je travaillais. Je regardais les bâtiments, un à un, l'agencement des rues, le nombre de garde apparent. Je détectais tous les chakra possibles et potentiellement dangereux, je les situais, je les analysais. J'observais la qualité des rues, la richesse apparente sur les habits, les occupations des gens pour connaître leur profession. C'était aussi ça, l'instinct du chasseur, il cherche, il fouine, sourdement et tranquillement. C'était la première raison de mon silence, parler pour ne rien dire était bien moins important que de savoir où l'on mettait les pieds. Kumiko était plus ou moins d'abord fixé sur la mairie, où je soupçonnais être notre cible.

Ce fut le moment étrange. Kumiko bousculée par un garde sans rien lui rétorqué, je n'intervenais pas tout de suite, restant à l'écart. Je supposais qu'elle avait la bonne idée de ne pas attirer l'attention. Je connaissais déjà une partie du potentiel des gardes en question. Le groupe continuait jusqu'à ce qu'un homme au centre des gardes, celui qu'ils protégeaient sans doute se retournait un instant sur Kumiko.
-Un problème ? Lui demanda le garde.
-Non, juste une impression, ce n’est rien. Répondit l'homme au centre.

"Imbécile qui ne reconnait même pas ta fille, ce sera ta première erreur" pensais-je immédiatement. J'avançais vivement, par des grands pas décidé vers l'homme au centre, rapidement repéré par les gardes. Je le fis sans regarder Kumiko, jusqu'à la dépasser. Le premier garde, le plus hargneux qui avait bousculé Kumiko vint rapidement vers moi.
-Qu'est ce que tu veux ? Me dit-il, j'avançais sous la capuche, ainsi, se sentant menacé il me me menaçait.
-Le travail. Répondais-je en souriant.

Le garde voulu sortir son arme, un kunaï, mais j'avais une faux dans le dos, la portée bien supérieure qu'il n'avait pas prévu, qui me laissait le temps de dégainer avant qu'il ne m'atteigne. Ce que je fis et ! La pointe s'arrêtait à sa jugulaire, d'ailleurs, lui s'arrêtait aussi. Immobile, il ne ravalait pas salive, il eut une remonté gastrique. "T'as eut chaud hein ! Lui lançais-je en blague intérieurement"
-OP ! Criais-je en jouant. Tu es mort !
Mais je rangeais immédiatement ma faux, faisant tomber la capuche, j'arpentais le visage d'un enfant joyeux. Le garde qui avait échappé de peu à la mort, cette fois, avait perdu tout son bagou.
-Hey grand-père ! Tu veux un vrai garde du corps. Le tien bouscule mon apprenti et n'est pas capable d'assumer son geste. Moi j'aurai pu !
J'avais le sourire en coin et l'air très confiant, mais sans animosité, aucune, elle était comme disparue. Il fallait me faire embaucher par ce type, c'était le moyen le plus sûr de l'approcher au plus près le plus souvent, et il ne me connaissait pas, pas plus qu'il ne reconnaissait sa fille. Le deuxième garde, plus calme, intervenait ensuite, décelant ma cape, il su immédiatement à quoi il avait à faire.
-C'est un shinobi. Ils sont mercenaires de nature et paraît-il de bonne qualité.


Fin intermède
Ending


_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Mar 23 Oct 2018 - 3:16
Reprise chapitre 3 : Le Ballet des lucioles

Si on pouvait détruire des souvenirs avec une baïonnette, le poids du deuil s'en trouverait certainement bien moins lourd à porter, sinon fût-il moins pénible à endurer. Hélas pour Shigurui, le souvenir périssable de Serafi ne serait pas abattu d'un coup de lame et déjà se trouvait-il le coeur percé en apprenant la perte de l'un de ses plus proches. Tandis que Tenshi rejoignait la cité de la joie, lui en effet recevait la nouvelle de la mort de son parent. Inquiet qu'il avait été de n'avoir reçu aucune nouvelle, lorsqu'il apprit que Serafi avait choisi à m'affronter en combat singulier, il craignit, à juste titre, que le combat tourna en sa défaveur, et de toute façon, organisant dès le soir de l'arrivée de la division blanche, l'encerclement du camp, il devait envoyer des troupes achever cet encerclement par le sud. On lui rapporta alors par message, que le corps de Serafi avait été retrouvé mort sur un parterre de cendre flamboyante, là, où les larmes de sang avaient, sur son ordre, accepté de le laisser me combattre. Paradoxalement, en forçant Tenshi à se diriger vers une "nouvelle famille", le destin étiolait la sienne. Sur le moment, la colère et le dégoût, que la peine nourrissait avec plus de véhémence, le conduisaient à désirer lancer un assaut sur le camp dès son arrivée. Se ravisant ensuite, il choisissait de s'en tenir à son plan initial, quoi que fortement perturbé par la nouvelle, car au-delà de la mort de Serafi, c'était ma présence dans le camp qui le dérangeait. Non pas que la présence d'un seul Shinobi risquait de changer en quoi que ce soit la donne, mais qu'une simple et étrange curiosité mêlée d'une irrépressible envie de me tuer, par purs soucis de vengeance imprégnait désormais son ambition.


Une âme sage, idéaliste, dirait que le pardon vaut mieux que la vengeance : l'un annonce un caractère humain, l'autre un instinct féroce. La férocité étant pourtant l'apanage des bons et grands guerriers, dans pareille situation et face à si grande perte, Shigurui, guerrier et féroce, ne pouvait plus désirer que ma mort de sa main, sans l'assurance d'y parvenir pourtant. Il aurait été bien étonnant en effet, de me tomber pile dessus d'un assaut où l'on sait comme la mêlée rime si bien avec le chaos.
Shigurui ne s'occupait pas de l'installation de son campement de base, la tâche revenait à Iliana et bien heureusement pour cette fois car il en aurait été bien incapable dans son état, et Iliana n'avait pas encore été mise au courant de la perte de Serafi. La division s'était divisée en quatre bastions chargés de couper les routes à la cité de la joie si elle cherchait à fuir. Les hommes, après une bataille et des heures de marche avec un ventre trop peu suffisamment sustenté ne pouvaient assumer un affrontement de plus, même avec des civils. C'est la raison qui avait poussé Shigurui à décider de ne pas donner l'assaut dans l'immédiateté. Pour le moment, comme à son habitude, il faisait le tour du camp qui se mettait en place, à fin de jauger l'état moral et physique de ses troupes, du moins habituellement oui, car cette fois la raison était tout autre. Iliana n'avait pas beaucoup de difficulté à organiser le campement pendant ce temps, car les modalités en étaient normalisées et formalisées depuis bien longtemps, pour avoir un camp capable de se défendre promptement en cas de mauvaises surprises et une organisation optimale autant de son personnel que de sa logistique.

La marche représentait l'idée de la salvation, elle étreignait la douleur de Shigurui, qui dans un profond silence, passait les regards sur des hommes affairés à des occupations routinières. Cette division qu'on lui avait confiée, il n'éprouvait pas une grande estime de celle-ci, pas même un semblant d'affection. Serafi c'était autre chose, il était un compagnon d'enfance, il avait été bannis des Mamoru avec lui et Iliana, il était l'un de ceux qui pouvaient le comprendre. Des éleveurs de démons, qui depuis la Fracture, avaient acquis le droit de passage vers les contrées inférieures des cauchemars de l'humanité. Ces démons que les hommes, rêveurs ou civils craignaient, étaient les seules créatures dont ceux de son clan se sentaient véritablement proches, et par extension, des membres de son clan aussi.

Épouser le rythme des saisons, c’est accepter parfois un profond ennui. Ce sont les moments de solitude, perdu en soi. Le temps a l’air doux, tout est calme et paisible. Pourtant, une tension aux épaules ne tombe jamais. Les yeux sont à demi fermés, par un cœur frappé de plaies qui ne trouvent pas de baume pour se refermer. C’est l’acceptation de tout. La dernière étape du deuil. En ces moments, tout charisme que l’on croit posséder fond au soleil. Mais, qui ne connaît pas l’âme ne saurait percevoir les maux d’un homme refermé.
En passant sous l’ombre des bâtisses militaires du camp, Shigurui n'aspirait qu’à un peu de solitude. Besoin d’être seul pour ne pas avoir à expliquer pourquoi il avait envie d’être seul. Ainsi, tout le paradoxe se formait. Shigurui ne laissait passer pas un sourire, et avançait d'une démarche lente. Il ne regardait même pas les soldats et leurs suivants qui le saluaient. Eux, finalement aussi souvent, ne le regardaient plus non plus. Qu’était-il sans l’attirail ? Sans sa suite pour le servir. Un homme comme tout autre, qui perdait même de sa splendeur. Il n’y a que dans les romans que celui qui souffre est attirant. Le visage de marbre, les yeux sans cesse en état de douleur, l’indolence du corps dans une aura perdue on ne savait où. Tout cela en réalité ne faisait que repousser tout être qui voudrait ne serait-ce qu’un instant s’approcher. Pourquoi vouloir percer la muraille d’un homme qui n’en éprouvait pas le besoin ? De mémoire, loin remontait le temps où il jouissait de tendre et d’amour.
Ainsi, un homme sans amour devient une coquille vide. Sa puissance naissant paradoxalement de ce vide. Insaisissable, impénétrable. Intouchable.

La fatigue déteignait chaque geste et chaque regard qu'il portait autour de lui, tandis qu'il s’enfonçait dans les allées résidentielles, là où les shinobis logeaient leurs familles et leurs enfants quand ceux-ci les accompagnaient en campagne. À l’heure d'un soleil absent dans une saison qui vivait ses derniers frissons, le froid commençait à se prononcer en cette fin de soirée et hormis pour ceux de garde le sommeil promettait d'être pour bientôt, mais pas nécessairement aux meilleurs auspices…
Il lui manquait quelque chose. Quelque chose qu'il cherchait depuis toujours sans avoir conscience de quoi. Aujourd’hui ne faisait pas défaut à cette idiotie et la perte de Serafi ravivait ce besoin. Sur une passerelle de maison de terre, semblable à une cahute préhistorique et réalisée par le génie de la division, à quelques mètres en avant, Shigurui découvrait une scène qui captiva son attention. Une petite fille pleurait ou presque devant les cadavres de petits oiseaux tombés trop tôt de leur nid. Des petits malins s’étaient sans doute amusé à les rendre encore plus laids en les "découpant". Jeu d’enfant qui tire la queue du lézard… Cette petite, cependant, ne trouvait pas le même amusement à jouir de la mort d’un être vivant, paradoxal, quand on vit au milieu de soldats dont le sport préféré et le mal causés aux civils.
-Ils ne souffrent plus, tu sais. S'annonça tristement Shigurui en parlant à la petite fille.

Elle se retournait vivement sur lui. Mais sans avoir l’air surprise. Le brouhaha du camp ne permettait pas de se plonger en soi si facilement. Ils se fixèrent quelques secondes, se découvrant à peine aux lueurs des torches qui éclairaient les allées du camp. Et voilà qu’elle lui sourit. Il ignorait complètement pourquoi… Il ne lui rendit pas ce sourire. Le mensonge n’était pas son adage et se forcer à sourire, jamais il ne le faisait. Même si, dans le fond, ce regard innocent et compatissant l’attendrit. Elle lui répondit alors, sagement et d’une voix polie.
-C’est mon père qui les a tués. Leur cuis cuis l’énervaient.
-Tu étais là à ce moment ?
-Oui.
-Cela t’a choqué ?
-Non.
-Non ?
-Leur mère les avait abandonnés. Après que je les avais caressés. Je crois qu'ils allaient mourir de toute façon...
-Elle a senti ton odeur dans le nid. Dès lors, les oisillons n’étaient plus les siens à ses yeux.
-Je ne savais pas.
-Chaque chose a une place. Cela vaut pour les hommes comme les oiseaux.
-Les hommes ont des places ?
-Comme les oiseaux.
-Vous n’êtes pas d’ici vous.
-Je suis de nulle part.

L'enfant ignorait donc le rang de Shigurui, son statut, et cela lui fit un grand bien sans qu'il ne s'expliquât pourquoi. Il était un très grand homme dépassant les deux mètres, maigrelet, au masque recouvrant le haut de son visage jusqu'au nez et avec une peau de loup lui recouvrant les épaules et une longue crinière bleue partant du sommet de son casque pour descendre jusqu'au bas des reins, mimant une queue-de-cheval une apparence d'ordinaire repoussante, mais qui n'effrayait aucunement cet enfant, certainement habituée aux choses étranges si elles vivaient au sein de la division blanche. La pauvre enfant était aussi maigrelette que Shigurui, et cela lui rappelait que les difficultés qu'il avait à nourrir sa division concernaient aussi ceux des familles de ses hommes qui les accompagnaient dans leur périple. Le plus terrible des monstres pour lui qui invoquait des démons, n'était autre alors que cette enfant, dont l'innocence n'était pas encore tâchée des atrocités que ses parents ne tarderaient pas à lui inculquer concernant la condition des civils. Un jour elle serait en âge de prendre les armes, et alors, elle serait cet ange magnifique que l'existence aura transformé en démon. Les lèvres de Shigurui s'ouvrirent, mais aucun son ne sortit, car devant cette beauté fragile, il se rappelait ce qu'il avait lui-même fait des civils rencontrés encore précédemment. Cette enfant dont les pouvoirs ne s'étaient pas encore réveillé était-elle si différente du nourrisson qui naquit de la femme pendue ? Cette horreur à laquelle il avait consentit par soucis militaires, n'avait-elle pas causé la perte de Serafi pour guise d'une punition que le ciel et le destin lui infligèrent ? Le doute le saisit autant que les yeux de l'enfant le soulageaient, et il se sentait tournoyer dans un gouffre informe qui n'avait plus ni queue ni tête.
-Vous êtes venu pourquoi ? Lui répondit-elle
-J’ai besoin d’un marchand bien fourni. Pour nourrir mes gens. Répondait Shigurui non sans ironie...
-Mon papa a dit que le chef du camp faisait ce qu'il fallait, demain nous aurons une distribution, mais ce soir, il n'y a plus rien, je suis désolé.
-Merci.

Il allait se retourner, mais elle l’interpella de nouveau. En levant la main légèrement avec un "monsieur, attendez". Il se tournait à nouveau vers elle, mais pas complètement. Portant un regard d’angle et patient à cet instant. Elle lui saisit alors vivement la main, ce qui le fit se redresser sur lui-même, parcouru d’un étrange frisson. Elle lui sourit de nouveau. Sincèrement et innocemment. Abaissant le visage, il se demandait ce qu’elle faisait. Heureusement, elle rompue le silence avant lui.
-Ça va aller, monsieur, vous savez. Lui annonçait-elle innocemment
-Qui a dit que j’allais mal ?
-Vos yeux.

Il ne pleurait pas. Il ne souriait pas. Il ne fut pas plus triste qu'il en avait déjà l’air, mais ses yeux scintillèrent. Une luminescence due à quelques flots contenus et sans doute aussi d’instinct conservateur. Elle n’avait rien et lui donnait... "Elle", c'est ainsi qu'il reçut ce geste. Pourquoi des gens si purs étaient-ils tout ce qu’il y avait de capable de sonder l’âme ? Alors que tant d’autres, à qui l’on donnait tout, étaient incapables d’en décrypter les nuances, se demanda-t-il sur le coup…
Il ne savait que répondre. Mais lui pressait sa main dans la sienne. C’est elle, qui, sans doute, voyant qu'il ne savait pas comment réagir face à cela continua.
-Mon père dit que le temps fait tout.
-C’est un homme sage sans doute.
-Oui.
-Je dois partir.... Dit Shigurui la gorge serrée. Avant de déranger plus que je ne devrais.
-Ou que vous ne sachiez plus quoi me répondre ?

Silence à nouveau. Un ange ou un démon ? Difficile à dire. Frappant son être de part en part, il aurait saigné de tout son corps si l’âme savait s’exprimer par le sang. Être fort exigeait les sacrifices qui incombaient. Le premier était d’accepter la solitude. Que ce que vous aimiez ne soit à vos côtés. Que vous ne possédiez rien d’autre que votre foi. Si personne ne pouvait pénétrer son cœur, c’est qu'il savait que ce choix incombait aussi de souffrir plus encore que maintenant. Et cela, il s'était résigné à le permettre. Il se défaisait de la main de la petite fille. Passablement. Puis se retournant, il reprenait sa marche en lui répondant de dos.
-Merci.

_________________


Dernière édition par Sainan Gi. Tenshi le Mar 13 Nov 2018 - 7:19, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Mar 23 Oct 2018 - 8:47
Shigurui laissait derrière lui l'enfant sans se retourner, mais ce n'était pas de ne plus la voir qui allait lui retirer le gout amer d'un nouvel échec dans la bouche. Son orgueil de Mamoru l'empêchait jusque-là d'invoquer des démons mineurs pour nourrir ses hommes, mais il en avait oublié les familles qu'il ne côtoyait pas et qui avaient à souffrir tout autant de la disette. La nuit pour ce chef de guerre s'annonçait rude à souhait, car devant soutenir le deuil de Serafi, il sembla que la douleur de cette perte et la rencontre de cette enfant cumulées le conduisit paradoxalement à plus d'humanisme, sinon de considération des siens. Tandis qu'il prenait une grave décision pour lui-même, et cessait de marcher, il entendit une voix familière qui lui fit redresser la tête droit devant lui. Ilina était là, elle parvint à le trouver dans l'immensité du camp et ce n'était certainement pas sans raison, des raisons insuffisantes cependant, car quand elle découvrit le visage de Shigurui, elle oubliait ces raisons en sachant que quelque chose de grave tourmentait son chef et ami.
-Qu'est-ce qui ne va pas ? Lui déclarait-elle sans détour.
-Serafi est mort. Lui répondit-il lui aussi, sans détour.

Un silence passait alors entre tous les deux, un silence insuffisamment pour étouffer le brouhaha environnant du camp. Iliana demeurait fixe, surprise sur le moment, et Shigurui n'ajoutait rien. Elle se saisit de son diadème ensuite, et s'en défaisait pour que ses beaux yeux rouges n'y soient plus dissimulés.
-Comment ? Lui demanda-t-elle gravement.
-Katerik l'a tué, Lui répondit-il simplement.
-Katerik ? Fit-elle avec étonnement. Il est ici ?
Shigurui pointait alors du doigt pendant quelques instants la cité de la joie, dont les torches scintillaient fébrilement dans le lointain de l'horizon, en contrebas, bien au-dessous des étoiles qui éclairaient la vallée juste assez pour discerner une masse informe. Là Iliana comprenait que l'assassin de jadis qui travaillait pour eux s'était semblait-il rangé du côté de la cité de la joie. Les raisons tous les deux l'ignoraient, mais ils n'y accordaient aussi pas la moindre importance.
-J'ai déjà ordonné qu'on nous ramène son corps. Ajoutait Shigurui en baissant le doigt.
Shigurui ensuite, fixait la tresse blonde passant par-dessus l'épaule d'Iliana, il y fixait son regard et y trouvait une grande beauté, mais c'était là le moyen, déjà, pour lui de fuir une réalité. Iliana ne le laissait pas se perdre bien longtemps dans ses songes cependant, car elle lui répondit d'une grande douceur ce qu'elle pouvait, sans le quitter des yeux pour le coup de son côté.
-Je comprends toute l'amertume de l'affliction que tu ressens, et j'y dois sympathiser d'autant plus vivement, qu'il n'y a pas un degré de la douleur que peut nous causer la perte d'un des êtres de notre affection, que l'expérience ne m'ait appris à mesurer. J'ai toujours éprouvé que le temps et le silence étaient le seul remède. Or ce remède adoucit seulement, mais n'efface jamais les regrets profonds que le souvenir ne cesse de renouveler jusqu'à ce que la mémoire soit éteinte avec la vie. Tu dois te venger Shigurui.
-Demain je réclamerais la tête de Katerik en échange de leur survie. J'ai pris cette décision dès que j'ai su.
-Tu ne peux pas nourrir la division et promettre la sécurité à la cité de la joie en même temps. Nous sommes des gens d'honneur chez les Mamoru, ne sombre pas dans les travers de ces fanatiques de shinobis en trahissant ta parole donnée.

Shigurui montait le pouce sur son index et forçant sèchement dessus, le fit craquer. Iliana plissa les yeux sur lui, sachant qu'il y avait quelque chose qui avait changé. Elle craignait que le code d'honneur des Mamoru fût pollué par les délires fanatiques de la division blanche, mais il ne s'agissait pas de cela. Aux seules lèvres visibles de Shigurui, elle ressentit autant la tristesse que l'adoucissement, ce qui lui procura un sentiment de soulagement mêlée de crainte. Les invocateurs de démons n'étaient pas de ceux qui pleuraient normalement. Shigurui s'en retournait pour marcher un peu, et se fit ainsi accompagner d'Iliana, et longèrent ensemble les allées du camp, dans une direction qu'elle connaissait dès le second virage qu'ils empruntaient.
-Après certains deuils, le cœur se ferme complètement : le mort a emporté la clé. Commençait Shigurui en marchant. Combien de morts avons-nous déjà pleuré ? La perte de Serafi me touche, mais sa perte, m'a conduit à penser qu'il me fallait accepter le sacrifice s'il était honorable. Nous honorerons sa mort par un sacrifice, celui de démons mineurs, qui pourront nourrir la division blanche. Je ne veux pas risquer plus longtemps la mutinerie ou voir d'autres enfants maigrichons dans ce camp. Katerik sera livré par la cité de la joie, et j'aurai sa tête, en attendant, que la mort de Serafi ne soit pas inutile.

Iliana, en avançant, se trouvait grandement surprise de ce revirement, les démons qu'invoquaient les membres de son clan pour le combat étaient sacrés, et quoiqu'elle encourageât de nombreuses fois Shigurui à les sacrifier pour nourrir les hommes, le voir se décider était tout de même étonnant pour elle.
-Après ce que tu as fait aux fuyards que nous avons rencontrés tu penses vraiment qu'ils se rendront ? Qu'ils te feront confiance ? Lui répondit-elle.
-C'est la confiance de mes hommes et la peur dans ceux de la cité de la joie que je cherchais en me montrant ainsi. J'aurai peut-être dû en garder vivant quelques-uns pour les interroger en revanche, qui sait, peut-être aurai-je su qu'il y avait un guerrier de la trempe de Katerik là-bas si je l'avais fait.
-Et si demain ils refusaient de te céder Katerik ?
-Je lâcherais la division sur eux, comme des fauves, et je réduirais cette cité en cendres. Je ferais en sorte que tout l'est, que tout ce pays, et même au-delà, je ferais en sorte que l'on sache quel sort fut réservé à la cité de la joie.
-Il va nous falloir beaucoup de démons mineurs pour les nourrir, je vais t'aider...
-Nous les invoquerons pendant que nous brûlerons le corps de Serafi.
-C'est pour ça que tu nous emmènes vers l'enclos à bestiaux ?
-Oui, il est vide, nous allons donc le remplir.

Dans une division, tout le monde se connaît, ces hommes vivants et mourant ensemble, des liens indéfectibles s'y créaient et la nouvelle de la mort de Serafi ne tardait pas à traverser le camp. Tous entendirent le nom du responsable, Katerik. Partager entre l'admiration pour l'exploit à la colère d'apprendre la mort d'un officier de valeur, les hommes n'en souhaitèrent pas moins que leur chef une mort douloureuse pour l'assassin. Pour honorer le soldat, on plaçait son corps sur un bûcher, et on y mit le feu. Il était très rare que des morts au champ d'honneur reçussent un tel hommage, mais qu'il fut un proche de Shigurui y fût pour beaucoup. Pour l'occasion, les deux invocateurs Mamoru cédèrent donc aussi une pitance bien étonnante. Ils invoquèrent de très nombreux démons mineurs en masse dans un enclos, où les hommes s'employèrent à tuer toutes ses créatures pour les faire cuire et les manger. Que toutes ces bêtes vinrent des enfers ne changèrent rien qu'une fois cuite, elles demeuraient seulement de la viande. Pendant le bûcher, on pouvait donc entendre les hurlements des bêtes, et sentir la chaire à des kilomètres à la ronde. Un hommage sanglant, pour un homme qui l'était tout autant. La plupart des hommes en réalité, quoique désirant la vengeance, se fichaient bien de l'honneur fait à leur officier, bien plus intéressés par le ventre plein que leur chef leur consentait en sacrifiant ce qu'il avait de plus précieux. Ils n'en acquirent que plus de respect d'ailleurs, car pour des shinobis, sacrifier les bêtes avec qui l'on pactisait pour la bataille était une grave offense aux arts militaires qu'ils glorifiaient, ainsi tous ne pouvaient qu'estimer sincèrement ce sacrifice.

Les uns mangeaient donc, tandis que d'autres restaient proches du bûcher, aux côtés de Shigurui et de la froide beauté d'Iliana qui pour l'occasion, chantait un chant de Mamoru. Un chant émouvant, qui saisissait au coeur les comparses de circonstance, et qui donnait l'idée à Shigurui que l'âme de son ami trouverait ainsi plus facilement son chemin vers les enfers. La chanson apaisait la colère, et passait par-dessus tous les sons de l'horreur. Le crépitement des flammes, l'horreur des créatures sentant venir leur sacrifice dans un dernier cri, les rires et les sanglots des hommes trop heureux de pouvoir enfin manger à leur faim ou de pouvoir nourrir les leurs.
-Il souffle, il souffle.
Le Conflit est parti.
Il marche sur l'emblème.
Le Conflit s'est enfui.
Tous les hommes ont senti, l'étreinte endormie.

Il pleure, il crie.
Le Conflit est fini.
Même le sang, il nourrit,
lorsqu'il se sacrifie.
Tous les hommes l'ont encore dit, il sera banni.

Suis-le, écris-le.
Le Conflit nous l'interdit.
Sa patrie, ses martyrs,
il crut voir faillir.
La vraie liberté des hommes, prend vie.

Il souffle, il souffle,
Le Conflit est parti.
Il marche sur l'emblème,
Le Conflit s'est enfui.
Tous les hommes ont senti, le corps de sa folie.

Il peine, il peine.
Le pauvre petit Conflit.
Il craint, il plaint.
Tous les hommes ont décidé, d'être de magie.
Viens me donner son fruit, que nous y croquions tous le cœur, et son prix.
Il a cru nous avoir vaincus, il a ri.
Notre âme, c'est ce qui le remplit.

Il souffle, il souffle.
Le Conflit est parti.
Il marche sur l'emblème.
Le Conflit s'est enfui.
Tous les hommes le savent, ils rient aussi, ils savent tous, ils savent tous, oui aussi,
qui leur a menti.

Il souffle, il souffle.
Le Conflit est parti.
Il marche sur l'emblème,
Le Conflit s'est enfui.

Il saigne, il meurt.
Le Conflit est trahi,
il fuit mon emblème.
Le Conflit s'est enfin enfui.

Ainsi, dans une ambiance malaisante, la poésie trouvait encore de l'écho, et même au sein d'esprits aussi glaciaux que ceux des Mamoru, même dans le coeur des fanatiques de la division blanche, quoiqu'une âme simple et pure ne pût saisir la substance de leur saveur, on pouvait entendre et voir une certaine mélancolie, de quoi rappeler qu'il existait de l'humanité, toujours, même au fond de l'horreur la plus sereine. Fille de la férocité, la guerre n'enfante que forfaits, meurtres et cruautés, quelle preuve que ceci encore aujourd'hui, où l'on fêtait la mort dans le sang et la mort, au sens le plus littéral qui fut ? Si devant la peine de Shigurui, et la douleur silencieuse d'Iliana, on n'éprouva pas de pitié, ce n'était pas qu'ils étaient moins humains qu'un autre, même si leurs pouvoirs de shinobis faisaient penser à bien d'autres le contraire. Sachant leur malheur, l'indolence et l'indifférence seraient la réponse de la grande majorité. parce que la plus grande cruauté envers l'humanité est d'avoir de la pitié pour les méchants, chose à laquelle l'instinct, quoi que l'on fasse, ne s'y trompe ni ne s'y laisse prendre. Tous ces hommes, face au bûcher de leur officier ou ami, et festoyant sa disparition dans une orgie de bêtes égorgées pour être dévorées dans l'instant suivant, n'inspiraient pas plus de clémence parce qu'ils étaient doués de sentiments car on n'oublia pas la force de cruauté dont ils étaient eux-mêmes capables. La cruauté intentionnelle est l'œuvre d'un démon plutôt que celle d'un homme, ces hommes qui se nourrissaient cette nuit-là de démons justement.

Shigurui et Iliana étaient finalement si différents de ces hommes qu'ils méprisaient pour la majorité ? Ils ne se repaissaient pas des créatures qu'ils invoquaient et pleuraient plus sincèrement que tout autre la perte de Serafi, mais ils n'en demeuraient pas moins les passages vers les portes des enfers, dont ils avaient l'interdiction du franchissement et tout de même le privilège d'en faire ressortir les plus innommables rejetons infernaux. Ce que cette nuit qui mélangeait deuil et festivité morbide démontrait peut-être, c'était que les hommes restaient toujours, quelle que soit le côté de la barrière, quel que soit le point de vue, toujours esclaves avant tout de leurs pulsions. La faim, la peine, la vengeance...

Quand Iliana terminait d'ailleurs sa chanson, elle fut saisie d'une pulsion. Shigurui n'avait pas décroché un mot depuis qu'il avait invoqué les démons. Il fixait le bucher de son ami, s'y tenant prêt, les lèvres et le corps immobile, comme si le crépitement du bois et la danse des flammes le transformaient en pierre. Elle aurait voulu l'enlacer, c'était cette pulsion qui la saisissait en effet, mais devant les hommes, elles savaient qu'elle ne le pouvait pas. Alors, elle s'approcha de Shigurui pour se placer à son côté, et avec son auriculaire, elle frôlait la main de Shigurui, tout discrètement. À cela il ne répondit rien, il restait fixement accroché à la vision de son bûcher, se complaisant dans un silence qui n'exprimait rien de plus que le mal qu'il contenait en lui.
-Nous sommes maudits, lui murmurait-elle alors. On ne peut aimer des gens comme nous.

"Pourquoi me parle-t-elle de cela maintenant ?" Se demanda alors Shigurui. Quel rapport en effet y avait-il avec cet instant ? N'était-elle pourtant pas simplement entrain de quémander subtilement de l'attention à celui qui était le plus à même de la comprendre. Sans gêne, il lui saisissait alors la main, ce que dans la pénombre à peine éclairée par le bûcher nul ne remarqua. Iliana ne contint pas l'esquisse d'un sourire devant ce geste, et fut tout ouïe à ce que Shigurui lui répondit alors en même temps.
-Toutes les sociétés harmonieuses englobent toujours un lot nécessaire de maudits.
-Tu trouves notre société harmonieuse ? Tu trouves ce monde cohérent ? Nos histoires cohérentes ? Lui répondit-elle alors avec étonnement.
-L'homme n'étant pas cohérent dans ses décisions,... Je sais seulement qu'il faut des parias comme nous, pour que le reste se sente normal. C'est ainsi. Pourquoi tu me parles de ça ?
-Si je n'étais pas née Mamoru de la branche démonique, j'aurai voulu être un ange. Je ne serais pas banni, je ne serais pas ici.
Seulement alors Shigurui tournait la tête vers elle, et se permit de lui sourire tendrement.
-Mieux vaut allumer une bougie que de maudire les ténèbres. Lui répondit-il tout en retournant son regard sur le bucher.

Iliana ne comprit pas ce que voulait alors dire Shigurui, tandis qu'il regardait à nouveau le bûcher. Elle eut l'impression que son ami se résignait à une destinée ténébreuse, dans laquelle quoique devant faire office de démon et de malheur, il pouvait toujours, parfois au moins, laisser passer de lui la lueur, certes fébrile mais réelle, d'un espoir de meilleur.
-Arrête de croire que nous sommes du mauvais côté parce qu'un instant nous souffrons ou faisons preuve de cruauté. Tous les hommes souffrent, tous les hommes sont parfois cruels, le bien et le mal sont les deux facettes d'une seule pièce qui ne peuvent se regarder tant elles sont liés. Terminait fatalement Shigurui sans quitter le bûcher des yeux.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Mer 24 Oct 2018 - 7:07
Avant que la division blanche n'entame le bûcher de Serafi et le festoiement, à la cité de la joie, on commençait seulement à se calmer. La fausse alerte donnée par les gardes qui rencontrèrent Tenshi, après avoir causé un certain tumulte, s'était radoucis grâce aux gardes et résidents qui firent passer le mot d'une relative sécurité pour la nuit. Pendant que la division blanche se nourrissait, à la cité de la joie, ils y en avaient qui étaient encore à la tâche. Les défenses n'étaient pas tout à fait terminées, et l'urgence de l'événement empêchait certains de trouver le sommeil, une insomnie qu'ils mettaient au service de la confection de ces défenses. Il s'agissait surtout de gardes et de réfugiés de bonnes volontés à qui on laissa des directives. Pendant ce temps, d'autres trouvaient un repos bien mérité, tel que Batzu ou Bohémon.

Dans la tente qui leur fut attribuée, Kumiko et Fujisawa ne se reposaient pas. Alors que le jeune homme souhaitait passer une nuit tumultueuse et passionnée, il devait faire avec les craintes de Kumiko qui n'avait pas du tout l'esprit à des jeux luxurieux. Lui ne se sentait pas si inquiet que cela, pour plusieurs raisons, la première était l'indifférence qu'il vouait au sort de ce camp de réfugiés, la seconde qu'il n'abandonnait pas l'idée d'une fuite si cela devait tourner mal, et la troisième qu'il n'allait pas tarder à raconter à Kumiko si elle ne cessait pas de lui rabattre les oreilles avec tous les doutes qui l'empêchaient de se détendre avec son amant.

La tente qu'on leur attribua était spacieuse, mais très loin d'être confortable, assez grande et large pour s'y tenir debout, mais au mobilier pauvre avec une seule paillasse sur le sol en guise de lit. C'est sur cette paillasse que se tenait Fujisawa en tailleur. Fumant la pipe, il regardait Kumiko faire les cent pas dans la tente tout en parlant tant à elle-même qu'à lui. Ses pensées libidineuses et la conviction de parvenir à ses fins lui donnaient la patience de l'écouter et de la rassurer autant qu'il pouvait. Pour satisfaire leurs désirs, les hommes étaient toujours capables de prendre sur eux-mêmes il fallait dire, surtout un homme patient et réfléchi tel que Fujisawa. Le désir qu'il éprouvait à l'égard de Kumiko n'était pas seulement physique cependant, il ne fallait pas comprendre ce rejet de la gravité de la situation comme seulement l'affaire d'un homme plus intéressé par son membre inférieur que par l'intérêt de la femme portant son affection. Plus le désir a été pressant et puissant, plus la possession de la chose désirée est délicieuse, Fujisawa le savait bien et devoir se la mettre derrière l'oreille jusqu'à mériter mieux faisait selon lui "parti du jeu". Ni cette guerre, ni ce camp, ne l'intéressait. Il n'était là et n'agissait que pour satisfaire les élans de celle qui parvenait à éveiller chez lui plus de désir qu'il n'en eut jamais connu auparavant, tant et si bien qu'il lui liait consciemment son destin pour satisfaire ses pulsions et en venir à comprendre un jour ce qui causait autant de désir en lui chez cette femme.
-Tu veux bien t'asseoir s'il te plaît ? Lui demandait-il en soufflant la fumée de sa pipe.
-Comment tu peux être aussi calme ?! Nous ne sommes pas prêts, demain ils vont nous tomber dessus et ce camp sera rasé ! Lui clamait-elle.
-Ce n'est pas toi l'idéaliste ? On peut s'en sortir, ce ne sera pas simple, mais on peut. Répondait Fujisawa avec désinvolture.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Jeu 25 Oct 2018 - 21:58
Kumiko cessait de tourner en rond, et se fixait un instant tant dans le silence que l'immobilisme. Fujisawa lui rendait alors un aimable et rassurant sourire sans cesser de fumer sa pipe. Cette soirée devait être normalement un moment de festivité, mais les événements avaient relégué tout cela à l'impossibilité, la cité de la joie dans son ensemble c'était finalement endormi sans s'adonner à ses chants traditionnels autour de son immense brasier. On pensa à peine à se nourrir dans le camp, mais pas tous réunis comme à l'habitude, non, ni jeu ni chanson pour cette nuit marquée par le deuil et la crainte. Fujisawa ne se laissait pas prendre par cela, il préférait continuer de vivre et de profiter quoi qu'il en coûtait, sans se soucier plus qu'il ne fallait des malheurs hypothétiques du lendemain. Kumiko, fit alors quelques pas pour aller s'asseoir en tailleur elle aussi, à côté de lui, mais elle ne démordait pas de ses pensées morbides et de la pression qu'elle se mettait finalement elle-même sur tous ces événements.
-C'est allé si vite... On devait se reposer ici, et nous sommes toujours en guerre. On ne peut pas les abandonner, mais là, je ne vois pas, mille shinobis, c'est perdu d'avance. Lui soufflait-elle.

Fujisawa aurait pu saisir l'occasion de lui proposer de partir, et d'ailleurs l'idée le séduisait. Pourtant il n'en fit rien, une curiosité malsaine le poussait au contraire à rester, pas seulement pour plaire à sa belle, mais parce qu'il voulait voir ce qu'il allait réellement advenir de cette histoire. Vidant sa pipe à même le sol et écrasant un instant la cendre avec son pied, il répondit à Kumiko dans sa nonchalance habituelle.
-Sauf si tes amis arrivent à temps.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? Lui demanda-t-elle étonnée.
-J'ai fait envoyer trois cavaliers vers les emplacements supposés de l'alliance. Du moins ceux que je pouvais déduire des déplacements que nous connaissons. Avec de la chance nous recevrons des renforts dans quelques jours. Il faut juste qu'on tienne bon.
-Ils ne se bougeront pas et ne changeront pas leurs plans pour un camp de réfugiés...
-Non, mais pour détruire une division entière de la confédération clanique il y a moyen qu'ils se bougent. Rien n'est sûr, mais nous avons fait ce que nous avons pu dans le temps qui nous était imparti.
-Comment être sûr que ces cavaliers trouveront les divisions de l'alliance et qu'ils ne fuiront pas ? Et puis comment tu les as choisi d'ailleurs ?
-Autant de questions... Répondit Fujisawa en soupirant. Il faut parfois faire confiance, seulement et simplement confiance. Peut-être que ça donnera quelque chose ou peut-être pas. C'était pendant qu'on préparait la muraille avec Zö, je me suis dit qu'il fallait le tenter. On ne contrôle pas tout tu sais, on n'y peut rien.
-C'est toi-même qui avais dit qu'il n'y avait aucune chance que l'alliance leur vienne en aide... Et maintenant tu me dis que nous devons avoir confiance.
-J'ai dit aux hommes de mentir... M'enfin, vu la tournure des événements ce n'est plus un mensonge, j'ai parié et j'ai gagné. Je suis assez fier de moi sur ce coup d'ailleurs.
-Comment ça ?
-Je leur ai dit de dire que la division blanche était déjà là et nous assiégeait. Ce qui est maintenant vrai. Inutile de le dire aux autres par contre je pense. À moins que cela ne soit absolument nécessaire. Je ne suis pas assez fou pour affronter la division blanche avec des civils sans essayer d'avoir une aide de l'alliance... Cela t'étonne-t-il réellement franchement ?

Fujisawa ne pouvait s'empêcher alors de sourire très largement de l'ironie de la situation. Si la division blanche n'avait pas assiégé la cité de la joie et que l'alliance avait dépêché une troupe pour rien, il se ferait sans doute exécuter. Un pari très risqué pour le coup, mais il avait choisi de miser sur la malchance et ainsi, ne se trompa pas sur ses prédictions. Il prévoyait au pire de faire enrôler la cité de la joie pour ne pas rendre un déplacement des troupes inutiles, mais ce plan de secours n'avait plus vraiment de sens. Fujisawa, en bon joueur qu'il était, ne misait pas s'il n'y avait une belle récompense à la clé. Cette récompense était le divertissement, et de pouvoir, à cet instant même, obtenir un peu plus d'affections de Kumiko. Joyeuse qu'elle était d'obtenir un nouvel espoir, même minime, elle vint se placer face à Fujisawa qui lui renvoyait un regard coquin. Elle rougit par-dessus ses taches de rousseur, et se sentit plus éprise de lui qu'avant encore. Là, l'amour n'allant jamais sans le désir de plaire, elle découvrit son front en tirant sur ses cheveux pour les passer derrière une oreille.
-Je sais que tu te fiches bien d'eux tu sais... Mais vraiment, merci de t'investir quand même. Commençait-elle.
-Ce n'est pas pour eux mais pour toi. Répondit Fujisawa sans la laisser continuer. Maintenant je peux m'attendre à ce que tu tiennes ta promesse ? Finissait-il sur le ton de la taquinerie.

Le désir d'une femme n'est jamais douteux, puisqu'elle y risque son honneur, quand elle fait la promesse de bonnes et belles faveurs à un homme, c'est qu'elle consent à retenir en elle toutes ses ardeurs. Fujisawa n'était pas l'homme le plus bon qui fut, mais il cherchait toujours sincèrement à satisfaire les besoins de Kumiko, et cela elle le savait autant qu'elle savait comment le récompenser. Preuve que toutes les histoires d'amour n'étaient pas belles et romantiques, et tenait parfois plutôt d'un simple rapport d'attirance charnelle ; ces deux-là se complétaient en s'offrant mutuellement la satisfaction d'un besoin primal. Fujisawa n'était pas intéressé par la cause de Kumiko, cette guerre civile n'avait pas plus d'importance pour lui que les morts qui en jalonnaient l'historique. Lui était un outil de plus pour parvenir à la liberté des habitants de Kaze qu'elle désirait plus que tout, et elle lui donnait de quoi assouvir ses besoins masculins et certainement un besoin d'affection qu'il ne reconnaissait pas. Toujours est-il qu'elle lui offrit la nuit qu'il espérait, pleine d'insouciance, capable pour quelque temps, de s'abandonner dans des plaisirs qui ne laissaient aucune place aux malheurs qui pouvaient survenir le lendemain.

Cet ébat se déroulait peu après que Tenshi, Luca et moi traversions le camp pour retourner à notre tente. Tenshi n'était pas tellement dépaysé, puisqu'il venait de cet endroit. Sa venue et cette rencontre me firent me poser de nombreuses questions cependant, des questions que je ne soumettais à personne d'autres qu'à moi-même. Puisqu'il était fils de shinobis, et que son chakra était si fébrile qu'on pouvait supposer qu'il se réveillait à peine, qui était le possesseur du troisième chakra que j'avais ressenti dans le baraquement puisqu'il ne pouvait être le sien ? Aussi, est-ce que Shigurui en rencontrant le père et la mère de cet enfant avait conclu que nous avions des shinobis parmi nous ? J'ignorais alors que ses hommes avaient omis de lui dire qu'ils rencontrèrent un Shinobi parmi les fuyards, une chance pour nous que j'aurai conclus, si je l'avais su. Je ressentais encore ce chakra inconnu, je pouvais donc aussi conclure que la mère de ce jeune enfant était une civile. Je ne pouvais encore le harceler de question, il n'était pas en état, mais j'avais hâte que nous ayons une discussion, si la division blanche nous en laissait le temps du moins...

La cité était encore quelque peu agitée, et de ci et là nous croisions de ces résidents conversant sur les malheurs qui s’abattaient sur eux. Le calme et le courage n'étaient pas des réminiscences à considérer acquise pour un conglomérat de victimes fatiguées de subir les affres d'un conflit qu'ils subissaient sans s'en sentir concerné. D'ailleurs, tous ici, je crois, n'en comprenaient pas plus que les soldats qui y participaient les réelles causes ou conséquences. Sans doute aussi désireraient-ils s'enfuir loin de la cité de la joie, mais sachant maintenant ce qu'il advint de ceux qui s'y étaient essayé, le bruit de cela se répandant rapidement, même si tard dans la nuit, ils ne pouvaient que s'enfermer dans ses murailles de terre et de roche improvisées en espérant que les teneurs d'armes parviennent miraculeusement à repousser la vague fanatique de la division blanche.

À un moment, Tenshi se stoppait, et fermement accroché à la main de Luca, il nous empêchait de continuer d'avancer. Son regard s'était fixé sur un homme à genoux et abattu, les mains fixées derrière lui à un poteau. Voyant cela, Luca et moi nous rappelions l'ivrogne qui avait violenté l'une des prostitués et que nous avions finalement tous oubliés dans la tourmente. Pourquoi le regard de cet enfant était happé par cela ? Je ne le savais pas, mais il ne pouvait s'en détourner. Luca me regardait un instant, questionneuse, mais je n'avais pas de quoi lui répondre. Tenshi lui lâchait alors la main, et de lui-même, se rendit vers cet homme. Luca allait le retenir, mais je lui saisis l'épaule pour qu'elle le laisse faire. Cela m'intriguait et j'avais le sentiment que nous devions le laisser s'y rendre. Tenshi avait l'allure d'un petit ange perdu sur terre, qui se rendait vers une âme en peine, parce qu'il ne savait et ne voulait rien faire d'autre que d'aller vers ce qui paraissait aussi perdu que lui. Luca vint à se blottir contre moi, craignant silencieusement qu'il arrivât quelque chose de fâcheux au petit garçon. Celui-ci s'avançant, étrangement, bien confiant vers cet homme. Cet homme il était voûté sur lui-même, le visage si bas qu'on ne le voyait plus. Il ne me sembla pas qu'il y eut un danger. Bien contraire, il me semblait presque halluciner tant ce que je voyais était étrange.

Aucune grâce extérieure n'était complète si la beauté intérieure ne la vivifiait. La beauté de l'âme se répandant comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps, Tenshi était par là, à cet instant la quintessence de l'apparente innocence accentuée par sa longue chevelure blanche, qui ballottée par le vent, mimait un nuage juché sur un visage. Cette chevelure épaisse et ondulée, suffisamment pour cacher ses longues oreilles le faisait rayonner comme un astre dans la nuit.
Présentant à l'homme le visage figé de l'innocence et de la fierté, il était pâle, si pâle et sans défaut de peau qu'il en refléterait la lumière dans son entièreté. Il avait la peau d'apparence douce et les lèvres roses et pulpeuses qui s’assombrissaient selon la lumière des torches alentours.
Ses yeux étaient d'un bleu profond et immaculé, ses yeux qui sondaient sans gêne et en toute franchise le regard de l'homme qui s'y attardait quand il se redressait, captivé dès lors, par leur capacité à refléter la lumière eux aussi. Le bleu de ses yeux lui paraissait surnaturel tant ils accompagnaient des mêmes impressions le visage qui les portait ; une assurance et une fierté qui renvoyait un éloignement total de l'ensemble de son environnement, ajoutant de l'humilité à une stature orgueilleuse de prime abord.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Mer 31 Oct 2018 - 9:38
La rencontre d'un ivrogne qui perdit tout espoir de bonheur dans les gorgées d'un breuvage maudit et d'un petit ange nimbé d'une irradiante lumière salvatrice. La tristesse de Tenshi le conduisit au besoin de soigner la moindre douleur qui lui apparaissait, le malheur de l'un poussant à la volonté du bonheur de l'autre, comme ce que la souffrance enfantait la sainteté par excès de désespoir. Le soudard atrabilaire s'adoucissait devant Tenshi, qui se tenait silencieusement à le contempler d'un air désolé et les yeux larmoyants. Luca me pressa du regard d'intervenir pendant ce temps, mais je m'y refusais, dodelinant la tête et l'invitant à regarder d'un coup de menton, car je sentais que quelque chose d'important se passait. Cet homme jugé plus tôt ne savait que dire devant ce regard à la fois inquisiteur et compatissant que lui imposait l'enfant, et si d'ordinaire il aurait sûrement montré les crocs, il se sentait cette fois démunie devant cette tristesse qui surpassait de si haut la sienne, si haute qu'elle paraissait innommable à porter sur de si jeunes épaules, et puis, on ne querellait ni les sourires du ciel, ni les salutations des anges comme celui qui lui apparaissait.
-Qu'est-ce que tu me veux petite ? Se déclarait le prisonnier qui confondit Tenshi avec une petite fille.

Tenshi ne répondit rien, plutôt, il dressait la main et la posait sur la joue de l'homme qui fut parcouru d'un frisson. Une contraction lui saisit le corps, jusqu'au soudain relâchement, comme si la légèreté le traversait d'un doux rebond. Tenshi, sous nos yeux étonnés et Luca et moi, le fixait ainsi, d'un regard mélancolique et digne. L'homme se mit alors à pleurer, sans comprendre pourquoi, il s'effondrait sur lui-même, laissant ses larmes aller et emportant avec elles la somme de ses malheurs, au moins pour ce petit et étrange instant. La vie de l'homme, quelque longue qu'elle soit, ne lui offrait qu'un tissu de contentements et de peines : de douceurs en supplices, la fortune promenait à son gré le riche et le pauvre, et les mortels n'avaient aucun moyen de connaître ce que le sort leur préparait. Ainsi se soumit-il cette nuit au sort de la lapidation, et trouva le repos de son âme dans le regard douloureusement silencieux de Tenshi.

Tenshi se retournait vers nous, et quoique je trouvais encore au fond de ses yeux tout le malheur et l'horreur d'une vision cauchemardesque, il me perçait de sa douceur comme une épine en plein coeur. Luca s'accrochait à moi, et eut un bref moment peur de lui. Non pour la menace qu'il représentait, mais pour l'incompréhension qu'il faisait ressentir. Là, seulement, Tenshi nous parlait, d'une mélodieuse et androgyne, il ne semblait pas comprendre, et exprimer plus qu'une question à travers quelques mots.
-Pourquoi il est attaché ? Nous demanda-t-il.
-Il a frappé une jeune fille, lui répondit Luca.
-Qu'est-ce qu'il va lui arriver ? Continuait Tenshi.
-Il doit... N'osait terminer Luca, et que pourtant Tenshi comprit sans mal.

Ses yeux tombaient vers le sol, et je me déliais de Luca pour me rendre vers Tenshi. Quelques pas y suffisaient et quand j'advins jusqu'à lui, sans détour, je lui demandais ce que je croyais comprendre de dilemme qui passait en lui.
-Tu penses que nous devrions le libérer ?
Son regard brillait soudainement sur moi, et bien que j'y trouvasse encore ce mal qui ne dormait pas, il y eut une fébrile lueur d'espoir et de joie qui scintilla en lui, comme si je le libérais par cette seule question d'un autre poids trop lourd à porter. Il semblait avoir un besoin vital de cette question, et il y répondit sans réfléchir un instant.
-Oui.... Me lâchait-il.
Nos instincts sont égoïstes ils viennent de la bête, qui lutte pour vivre, et qui sait qu'elle doit mourir. Nos élans sont généreux ils viennent de l'ange, qui est prisonnier dans la bête, et qui sent qu'il doit survivre. C'est l'honneur de la volonté de faire obéir l'instinct à l'élan, la bête à l'ange. Tenshi choisissait l'ange, et ce même si je pouvais sentir une bête endormie en lui. Pour cette fois il fallait dire, qu'à la porte de son cœur était toujours le bon ange. Le cas de cet homme m'était tout à fait égal, et si cruel que je puisse paraître, l'exil ou sa lapidation ne me faisaient pas le moindre effet. Pourtant me retournant vers Luca, je lui signifiais du regard que cette décision était, je le craignais, très importante pour l'enfant qu'elle venait de recueillir. Je la sentis hésiter un instant, et savais que ce fut parce que libérer cet homme était trahir la volonté de son frère. Luca se mit alors sourire, aussi tendrement qu'elle savait le faire, cette douceur qui guérissait le coeur et apaisait les sens. Elle hochait enfin la tête, lentement et sûrement sans perdre le sourire, et ce faisant, illuminait d'autant plus le regard de Tenshi, qui me semblait avoir toujours des difficultés à lâcher quelques mots. Peut-être pensais-je tandis que je faisais le tour du poteau, que la douceur de Luca désarmerait sa propre tourmente comme elle désarmait la mienne.

L'homme était surpris, et ne savait que dire pendant que je lui détachais les mains. Tenshi semblait satisfait, mais derrière son imperceptible sourire, je ne découvrais pas encore l'essence de l'enfance immaculée et sans tache de malheur, ce n'était là qu'une sucrerie, qui satisfaisait en peu et pour de temps ce qui l'accablait.
-Comment je peux vous dire merci ? Nous suppliait l'homme que nous venions de libérer.
-Je n'oublie pas pourquoi tu as fini là. Commençais-je à lui répondre. Puisque la douleur toujours victorieuse est notre lot, apprends l'art de la désarmer. Prend exemples sur elle et lui, qui trouve en toi de quoi mériter le pardon et la douceur.
-C'est un garçon ? Demanda alors l'homme non sans étonnement.
-S'en est un, lui répondais-je en me rendant vers Luca.
-Merci petit...

Mais Tenshi ne lui répondit rien de plus qu'un forcé sourire, dissimulant à peine sa désolation derrière ce visage angélique, voile imperméable et opaque de l'innocence. Il s'en retourna à son tour vers nous, Luca et moi, alors que caressant un bref moment la joue de Luca, et qu'elle en profitait pour y embrasser ma paume, je ne retenais pas un doute anodin.
-Ton frère ? Lui demandais-je.
-Vu la situation tu sais... Il a d'autres soucis. Me répondit-elle presque avec amusement.
-Tu changes bien vite d'avis. La taquinais-je. Mais je crois que c'est nécessaire pour lui.
-Tenshi ? Me demanda-t-elle.
-Oui. Toi qui n'irais jamais contre la volonté de ton frère hein...
-C'est mon frère qui m'a dit une fois que la conviction s'ébranle plus difficilement encore qu'elle ne s'établit.
-Quel rapport ?
-Il s'est trompé.

Là, le jeune garçon nous était proche, et quoi que silencieux, pendant que l'homme derrière lui ne savait que faire ni où aller, Luca posa son regard sur lui, Tenshi. Tous deux se regardèrent alors sans ne savoir se délirer l'un de l'autre, tant que je me figurais être l'Intrus du tableau. Par leurs yeux, passaient les grâces de la douceur et de la bienveillance. Luca ne me répondit donc pas. Occupée qu'elle était à prouver que la douceur supporte les défauts et les mauvais procédés du prochain pour l'attirer par ces égards, à la connaissance et à l'amour des Dieux. Je me rendis alors seul et le premier à notre tente, considérant qu'il nous fallait dormir, et ne pas chercher davantage de réponse. La nuit était celle de ceux épuisés qui devaient recouvrer un peu de force pour un lendemain incertain. D'autres veillaient toujours, à l'oeuvre pour que les défenses tiennent bon. Quelle nuit aurait pu donc bercer les songes que nos malheurs allaient maintenant inspirer ?


Fin du chapitre 3
Ending


_________________


Dernière édition par Sainan Gi. Tenshi le Mar 13 Nov 2018 - 5:49, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Dim 11 Nov 2018 - 12:42
Chapitre 4 : Je regardais son souffle

La vie n’est que le songe d’une nuit, et le songe d'une nuit abrite un rêve. En rêve, espace et temps ne sont que des symboles... Ni le temps, ni l'espace n'ont une réelle emprise sur les matières de l'invisible et de l'impalpable.
Tenshi, il s'était laissé emporter par des enfants qu'il avait vus jouer au-delà de sa fenêtre dans une ville occidentale, bien différente de ce que l'on trouve dans le désert de gobi, dans le pays du vent. Amusé et intrigué, il passa la porte à la barbe de sa mère Luca pour aller rejoindre les enfants dans leurs jeux. Il devait être pas loin de midi à ce moment, car le soleil approchait de son zénith. Les enfants jouaient à cache-cache, à la balle au prisonnier, à la marelle, jusqu'à ce que l'un d'eux se présente avec un petit jouet — un pantin articulé.

La totalité des enfants se disputèrent pour l'avoir, sauf un, Tenshi, qui ne faisait que regarder le pantin de bois être agité dans tous les sens par les enfants qui se le disputaient. Soudain, les yeux de Tenshi changèrent, ils se mirent à luire au soleil, reflétant de splendeur cet astre en leurs centres. À ce moment, les cloches sonnèrent dans les nuages, les nuages tintèrent de leurs sons jusqu'à ce que l'atmosphère fût pensante et le soleil démarrait sa descente vers la nuit, bien trop rapidement. Tenshi s'illumina de l'intérieur, comme la lueur dans la pénombre croissante. Plus sa lumière était forte, plus les ténèbres qui l'entouraient se devaient d’être épaisses. Il voyait soudainement le monde complètement différent, plus sombre, plus froid plus — brutal.

À force que les enfants se disputèrent le jouet, il en fut sévèrement abîmé, puis jeté au sol. Tenshi se rua dessus sans réfléchir et le brandit fièrement comme un trophée, tout le sourire qu'il fit, figurait une joie sans contour d'avoir en main ce jouet cabossé. Malheureusement, les enfants se moquèrent et n'en avaient plus cure. Ils décidèrent de rentrer chez eux. Tenshi les invitait à continuer de jouer, car le soleil n'était pas encore complètement couché, mais ils ne l'écoutèrent pas. Les cloches sonnèrent toujours. Alors qu'il poursuivait les garçons, tenant fermement le jouet en main, il leva les yeux vers les hauteurs où il vit le soleil plus grand et plus beau que jamais pour lui. Il fut si émerveillé qu'il en lâcha le jouet et se mit à courir vers le soleil à grande allure, il tendait la main comme s'il pouvait le saisir. Il le voulait, il le voulait si hardiment. La lumière devenait aveuglante, quand il entendit des pas derrière lui. Il se retourna et regarda innocemment ce qui se présentait.

Un grand et beau chevalier, à la chevelure sombre et très courte dans une armure tout aussi sombre, qui ne brillait en rien, il avait des yeux rouges de braise pourvue d'une lueur bleue rutilante en leur centre. Tenshi cria machinalement PAPA ! Mais son père semblait emprisonné dans une ombre, on ne le discernait qu'à peine, il était silencieux et la lumière aveuglante qui entourait Tenshi semblait le dévorer, prête à l’éteindre. Il le voyait si peu bien qu'il doutait qu'il fût bien son père, ressentant pourtant un immense amour pour lui. Tenshi se mit à courir vers lui, abandonnant le soleil, il leva la main pour l'attraper, mais son père disparu quand il cria une nouvelle fois, — PAPA ! Les cloches s'arrêtèrent. Quand la lumière disparue et son père avec elle, Tenshi tourna son regard vers le soleil, il était toujours beau, mais il était noir, et aussi improbable que ce soi, demeurant noir il demeurait aussi toujours aussi brillant au-dessus d'une immense montagne, dont le sommet était creusé par le sillon de l'astre flamboyant qui siégeait dans les hauteurs. Quand il regarda le jouet par terre à son retour, il était comme neuf. Il aurait voulu à nouveau le saisir, et s'enfuir avec, mais là à l'horizon, cet astre étrange et noir, si puissant qu'il paraissait, lui semblait être un meilleur trophée, alors il se mit à courir à nouveau vers lui, il courut sans s'arrêter, il courut vers lui, jusqu'à disparaître dans cette lumière noire, jusqu'à — s'y brûler. Enfin alors, seulement, la porte des rêves se refermaient.

La nuit fut reposante, mais je me levais bien avant l'aube, et silencieusement, tandis que Luca restait dans les bras de Morphée tout comme ses filles, je me rendis à la couche de Tenshi, pour m'agenouiller à côté de celle-ci, directement sur le sol, et saisir sa tête de ma main. Je me permis ainsi de sonder son esprit, et d'y voir ce à quoi il rêvait, ainsi que ses souvenirs, même ceux dont il ignorait sans doute lui-même l'existence. Cela me prit pas mal de temps, mais veillait en même temps à ce qu'il dorme bien, usant de chakra pour maintenir son sommeil profond. Agir ainsi m'évitait d'avoir à lui poser des questions, et me permit en même temps de connaître son passé, de savoir exactement ce qu'il avait eu à vivre durant la fuite qu'avait ordonnée son père. La guerre est la guerre, on ne la fait pas sans recevoir des coups. hélas, il advint si trop souvent que les innocents prennent les coups que lorsque l'innocence comme la sienne avait à le vivre, la triste banalité que j'en ressentais n'ajoutait que plus de poids sur ma conscience. Malgré ces horreurs, dans son sommeil, il paraissait paisible, le souffle régulier et lancinant.
Je découvrais donc qu'il était fils de shinobi, de la famille Sainan plus exactement. Un nom qui n'était pas dépourvu de prestige mais qui était loin de la renommée d'autres. Sa mère était cependant une civile, et son père lui donnait le deuxième prénom de Gi, pour le sacrifice de son confort matériel et de sa carrière militaire auquel il consentit après sa naissance. Comme beaucoup de shinobi, il avait espéré éviter à son fils les obligations guerrières que son nom et son rang lui imposaient. Une mère civile ne devait rien arranger à tout cela par les temps qui courent. C'était à se demander si cet enfant n'avait pas été maudit dès sa naissance, encore qu'il disposait d'un pouvoir latent bien assez exceptionnel pour pouvoir se considérer plus tard bien différent de la masse....
-Mais que fais-tu ? Me susurrait alors Luca qui venait de se réveiller.
Je lui fis signe de faire un grand silence, en montant le doigt sur mes lèvres. Là, me redressant sur ma faux, je l'invitais à se rendre en dehors de la tente, pour ne réveiller personne. Le soleil n'allait pas tarder à se lever, mais je comptais à ce que nous puissions profiter du peu de calmes que nous avions encore pour converser un peu tous les deux.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://www.ascentofshinobi.com/t3517-sainan-gi-tenshi-termine

Shizuka (静か)_SOLO

Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2

Ascent of Shinobi :: Souvenirs et correspondances :: Flashbacks
Sauter vers: