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Poussières nébuleuses [Solo]


Jeu 26 Juil 2018 - 17:13
Poussières nébuleuses
Solo


Standing in the dust of what’s left of us.

Fenêtre entrouverte ; carreaux de verres lâchés au vent. La brise soulève tes cheveux, les aspire vers la lumière. Ton visage plonge vers l’ouverture ; les vitres reflètent ton visage sans scrupule. Tu vois cette balafre saumonée qui te scinde, gravée le long d’un œil qui peinait à rester ouvert. Bouffie par la convalescence, tu sens tout ton organisme œuvrer à la reconstitution de ce qui t’avais été volé. Mais tu le savais déjà, tu n’aurais plus jamais le même regard, plus jamais cette étincelle pure qui faisait de toi une princesse sans écarts. A la place du feu, il y avait le froid. Le vide. Tu fixais sans voir, respirait sans vivre. Pantin au corps frêle, arraché à ses convictions, dévorée par la faim d’un autre.

Tes iris retombent, vaincus, vers tes mains recouvertes de pansements. Tu te sens faible, humiliée. Tu revois les visages de l’escorte tomber sous le même hachoir qui voulait te trancher en deux. Tu n’imagines même pas leur douleur. Eux qui étaient morts. Eux qui s’étaient sacrifiés pour une enfant de haut rang. Pas parce qu’ils t’appréciaient, juste parce que c’était leur devoir. Toute ta vie, tu avais entendu que ta vie reposait sur celle de milliers d’autres. Pour un nom. Pour les Byakuren. Mais ces hérétiques n’avaient que la notion du dévouement ; ils avaient oublié leurs chairs, leurs âmes. Asservis pour te sauver.

Morts.
Pour.
Toi.

Dans une solitude triste, tu sombres dans l’amertume. Tes paumes restent inertes, habillées de ta crinière argentée. Celle-ci t'enveloppe comme un drapé aux milles reflets, cristallisant ton image comme une statue sculptée pour représenter la mélancolie des anges.

Une heure passe, puis une autre. Ton corps ne bouge pas ; figé dans une léthargie morose. Tu décrivais sans fin les lamelles qui creusaient tes mains ; en cicatrices incohérentes, en rides prématurées. La nuit tombe et la lumière devient lunaire, plus délicate. Les ombres se font plus tranchantes. Tu n’es plus qu’un fantôme déboussolé.

L’aubergiste qui t’accueille entrouvre de temps à autre la porte, surveille ton état, mais il abandonne vite l’idée de te consoler. Parce que tu n’avais pas dis un mot, mangé ni bu depuis la veille. La seule personne qui daignait venir était une femme qui changeait tes bandages. Elle avait bien tenté de te faire parler aussi, mais ses mots tombaient comme la rocaille dans un océan houleux. Mot à mot, disparaissant au fur et à mesure qu’ils étaient prononcés. Des phrases saccadées qui n’avaient plus aucun sens. Te voilà décousue de tout.

Une semaine déjà. Et tu n’avais osé envoyer une lettre au village. Une nouvelle peur s’était formée : Te reconnaîtraient-t-ils ? Toi leur princesse, ramenée à un statut de simple être humain par la violence et les lacérations. Ils verraient ton sang, tes os brisés, tes faiblesses, là où tu avais toujours été forte et solennelle. Le cannibale ne t’avait pas seulement enlevé ta confiance, il avait également rayé ton nom de noblesse du livre des intouchables. Il avait réveillé… Cette chose. Un trou béant dans le cœur ; pour respirer de nouveau, tu avais du devenir quelqu’un d’autre.

Tes doigts se referment lentement. Quand ils s’ouvrent de nouveau, il y a un cristal opalin à la place du vide. Tu le rends prisonnier entre ton index et ton pouce, le soulevant à la lumière crépusculaire ; en jouet morbide, en don éveillé. Sans expliquer comment, tu pouvais créer cette matière d’avarice juste en l’imaginant ; en le désirant.

Tu fermes un œil, colle le diamant à l’autre. Au travers d’une pierre translucide, sculptée, le monde change de tonalité. Même de nuit, les couleurs sont réveillées, divisées, réparties. En tournant, elles dansent, se tordent, deviennent des silhouettes distordues et irréelles. Un monde loin de celui que tu avais l’habitude de voir. Loin de tes acquis. Ni effrayant ni aguicheur ; juste un endroit modulable qui jonglait avec les règles de proportion et de rationalité.

Le feu, la glace, puis le cristal. L’étincelle qui avait disparu renaît délicatement. Elle brille d’une nouvelle manière ; ni chaude ni froide. Grâce à ce ridicule caillou, tes prunelles reprennent vie, graciles, dans une nuit oubliée, dans ta propre solitude, dans tes propres convictions naissantes. Tu n’as pas à forcer pour que la pierre redevienne poussière étoilée, avant de s’éteindre dans l’obscurité. Tu n’as pas de douleur en te levant, abusant de chevilles brisées, afin d’aller t’asseoir au bureau qui occupait un angle de la chambre. Ta plume n’hésite plus à graver dans un rythme poétique, la missive qui se voulait rédemption.


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Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
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Mar 31 Juil 2018 - 15:55
Poussières nébuleuses
Solo


Standing in the dust of what’s left of us.


Une encre de sang ; un aveu morbide. Tes mots sont rudes et indélicats, parce qu'ils devaient imager toute la barbarie du voleur d'âme. Sans aller dans les détails, tu évoques un assaut, un carnage, une course, et un miracle. Un miracle impur, illogique. Celui de TA survie, et non pas celle de tes fidèles. Une simple civile aurait survécu, là où son escorte, entraînée et dévouée, aurait périt. Même à tes yeux, cette finalité était infondée. Comme une blague de mauvais goût, comme un appel à l'aide ironique. Quand viendrait alors la question sur ce qui t'avais sauvée, tu devrais jongler avec les mensonges pour t'éloigner du plus possible d'une vérité qu'ils ne pourraient saisir ; Tu n'étais plus une princesse, mais une arme de combat à peine réveillée. De ton esprit jaillissait maintenant des idées sombres, et des métaphores songeuses était né un don impétueux. Tu ignorais tout de cet art, de son essence et de son contrôle. Il était juste apparu en réponse au désespoir, en support improvisé pour combler l'instabilité de ton cœur.

La plume crisse une ultime fois, tu signes de ton surnom : Le shiroi Kujaku. Tu n'as guère de sceau royal à ta portée, ni même de quoi légitimer cette missive ; alors tu y dépose un ruban de soie, déchiré par endroits, celui même qui avait cédé face aux mutilations du cannibale. Son blanc était devenu grisaille sombre, parsemée du carmin vital. Il était le dernier témoin de la violence, ton seul faire-valoir.

Le lendemain matin, l'aubergiste ne t'épargne aucunes complaintes : Il te sermonne comme un parent l'aurait fait en voyant son enfant blessé. Il te raccompagne au lit avant de se charger de la lettre confiée. La chaumière étant isolée ; il prévient d'un temps de livraison plus conséquent. Quelque chose de l'ordre de deux à trois jours, selon lui, mais tu connaissais tes équipes, ils ne prendraient pas une journée pour réagir une fois la lettre en main. Si celle-ci arrivait au lendemain, les troupes seraient là dès le soir-même.

Dans un soupir, tu retournes dans une bulle inconsciente, aphasique. Les heures redeviennent minutes et le soir tombe aussi rapidement qu'il s'était éclipsé. Tu avais été habituée à ça. A ces journées vides, sans fond. Enfermée entre des murs de rocailles, ton quotidien se résumait à l'ingrate tâche de simplement respirer. On t'habillait on te nourrissait et on te bordait. Chaque jour se répétait, en clone impersonnel et redondant. Inconsciemment, tu avais appris à dompter le temps et à l'accepter en tant que spectatrice anonyme. C'était ça, toute la richesse d'une princesse.

►►►

Les aurores s'éveillent timidement. Un ciel saumoné et une nature frémissante sous les gouttes de rosée. Tu assistes au spectacle par ricochet, toujours grâce au reflet de la fenêtre entrouverte. Elle renvoie toute la violence des premiers rayons solaires, te forçant à plisser des paupières encore endormies.

Des feuilles s'agitent et des branches tremblent. Il n'y avait nul vent ; nul soubresaut naturel. La nature se pliait à une autre forme de passage : Celle de pas empressés, en surnombre, d'une armée agitée. Tu aurais pu cligner des yeux et les voir apparaître comme des fantômes masqués. Tous figés, tous tournés vers toi. Un premier cercle entourait le lit, un deuxième surveillait entrées et sorties. Un dernier encadrait même l'auberge toute entière.

Ce qui devait être le leader de l'envoyée s'approche, se penche et implore.

Byakuren-sama....

Tu soulèves les drapés et te tournes face à eux, pieds pendants comme s'ils ne t'appartenaient plus. Cette vision les stoppe avant même qu'ils s'excusent pour l'erreur qu'ils n'avaient pas commise. Tu en avais assez de cette hypocrisie. Tu n'avais plus la patience de jouer à ce jeu ; l'essentiel était ailleurs, pas dans cette pièce poussiéreuse et humide.

Avez-vous envoyé une délégation à la résidence ?

Ils inclinent simplement le visage. Ils savent ce qu'ils doivent y faire et cela terni leurs âmes. Les gardes sont frères et sœurs d'armes, se battant côte à côte. Les dépouilles qu'ils ramèneraient en escorte funèbres auraient pu être les leurs, s'ils avaient étés missionnés eux plutôt que les autres. Ce n'était pas juste des collègues qui étaient morts, mais une partie d'eux même, le fruit d'une désillusion amère. La vie d'un soldat, la mort d'un soldat.

Mais ils continuent de marcher. Leurs masques cachent les larmes cendrées qu'ils ne peuvent pas verser, la colère grimpante qui les crispent, ou la peur d'un jour à avoir à donner leur propre vie pour cette cause commune.

C'est là que tu comprends toute la puissance du masque shinobi. Tu y voyais avant la déshumanisation et l'asservissement. Tu vois maintenant une pudeur humaine ; le refuge des sentiments qu'on veut personnels et intimes.

►►►

Le retour se fait en silence. Ton cortège d'abord. Celui des morts ensuite. Ils ne voulaient pas que la mort te précède ; que tes yeux soient souillés, même s'ils savaient que c'était déjà le cas. Personne n'osait demander indice, et tu étais incapable de savoir si c'était à cause de ce rang maudit, ou par simple respect du deuil.

Ton trauma était isolé, muet.

Les portes qui vous accueillent n'avaient plus la grandeur que tu leur supposait. Iwa n'était plus si coloré. Le palais plus si vaste et haut perché. Ta chambre... n'était plus la tienne.



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Lun 20 Aoû 2018 - 21:15
Poussières nébuleuses
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Standing in the dust of what’s left of us.


Des heures, peut-être des jours. Tu avais perdu la notion de régularité ; le soleil s'alignait aux nébuleuses aussi lentement que rapidement. De jour comme de nuit, il y avait une lumière faible qui tapissait la pièce. Des veilleuses installées ça et là, en guise de réconfort, en gardiennes somnambules. Tes sentinelles immobiles attestaient surtout de ta présence en chambre : C'était comme un nouveau code de sécurité. Les quelques rares instants d'abysses se faisaient aux heures de toilette, soit quelques heures par jour.

Un défilé d'honneur avait commencé dans la demie-heure même de ton retour. Des toges blanches, aseptisées, la ribambelle d'infirmiers qui se succèdent pour arriver au même constat : Les dégâts moraux semblaient bien plus importants que ceux physiques. Tes os brisés avaient étés raccommodés en un rien de temps : Pour autant, marcher te faisait mal. Ta blessure au visage s'était raffermie en une cicatrice lissée par les soins : Pour autant, ton œil gauche semblait différent, aveugle. Tes artères, poumons, organes.. Tous étaient intacts : Pour autant, ils suffoquaient à en mourir.

Parce que la bête avait fait une promesse à la belle. Parce qu'il disait revenir. Parce que ses démons relevaient du traumatisme, non pas du présent. Le souvenir d'une douleur heurte encore plus que la douleur elle même. Une aigreur qui paralyse, une amertume qui grangrène. Byakuren Yume n'avait plus rien du rêve. Le personnel avait beau ramasser à la pince tes éclats de cœur, ils jouaient à un puzzle trop complexe : il leur manquait des morceaux.

Ce miroir brisé, il allait se reconstituer, il le devrait. Mais il te fallait puiser ailleurs pour combler les fissures, les absences, les regrets. Ton antre secrète avait renoué avec ce qu'il y avait de plus humain : Le questionnement de soi, de son but. Déshumanisée à l'enfance par un sang que tu croyais bleu, replongée avec fracas dans le monde en voyant que le carmin coulait de tes veines. Loin, bien loin des récits princiers. Tu n'étais guère plus qu'un tas de chair qui avait survécu, qu'on avait épargné... Qui s'était rebellé.


►►►

- Un visage opalin, balafré de toutes parts. Il se désarticule comme un pantin dont les artères sont mortes et flexibles. Il rompt ses propres logiques, se démembre à volonté.. dévore ses proies comme une bête affamée. Crinière d'argent, regard de sang.

La police prend des notes dans le silence. Seul les calepins qui servent de réceptacles à ces informations crépitent en symbiose avec les crayons qui les marquent. La première ose une remarque, malgré la morosité ambiance :

- Vous êtes sur qu'il s'agissait...d'une personne ?

Ton visage devient sévère.

- Vous pensez qu'un animal aurait réussi à tuer mon escorte toute entière ?

C'est un coup de fouet glacial, une exécution publique. Les sentinelles inspirent mais n'expirent plus. La missionnée reste digne mais s'incline quand même par pur soucis de politesse. Tu savais que sa question avait un autre but, une ultime fragrance. Sa nuance : comprendre comment une civile qui n'avait jamais rien connu de la guerre avait pu survivre là ou des hommes entraînés étaient tombés.

- Quelqu'un m'a sauvé. Je ne peux pas vous en dire plus sur son identité, mais il s'est interposé et a fait fuir l'agresseur.

La policière fronce les sourcils, à moitié convaincue. Tu venais d'avouer ne pas pouvoir préciser qui t'avais sauvé, laissant planer le doute sur la véracité de son existence. Pourtant, tu parlais en totale confiance, assimilant ton sauveur tardif à une situation vécue. Même s'il n'était pas celui qui t'avait protégée du coup fatal, il t'avait portée jusqu'à l'auberge ou tu avais pu recevoir les premiers soins afin d'arrêter les saignement. Il était donc incontestablement, un sauveur. Et aujourd'hui, il avait protégé ton statut, car une princesse ne pouvait être de ceux qui se battent. Les armes des sangs royaux étaient limités aux mots. Tu ne serais qu'une pécheresse si tu avouais ici avoir réveillé quelque chose qui dormait depuis longtemps.

La milice prend congé. L'enquête s'ouvre officiellement. Il ne leur faut que quelques heures pour revenir, un portait glaçant à la main : L'exacte copie du visage hybride de ton assaillant.

Ta réaction parle d'elle même : Ton sang est glacé à la seconde même ou le dessin t'es révélé. Te voilà autant horrifiée par ce rappel que par l'exactitude des traits qu'ils avaient retranscrits. Étaient-ils des monstres de voyance ?

- A vrai dire... Il était déjà recherché par le village, un déserteur..

Une forme de soulagement, celle de constater que leurs analyses ne sont pas diablement effrayantes, mais qu'ils s'étaient appuyés sur des archives réelles. Un constat qui t'oblige également à douter de l'efficacité des chasseurs d'Iwa... Si ce recherché avait été attrapé plus tôt, rien de tout cela ne serait arrivé !

La cheffe de l'équipe d'investigation s'incline (de manière bien plus marquée cette fois-ci) et bafouille des excuses relatives à ce qui venait de traverser ton esprit. Elle gagnait alors instantanément ton pardon ; parce qu'elle avait réagit en conséquence de cause. Parce qu'elle serrait les poings tout autant qu'elle le devait. Parce qu'elle ne méritait pas ta colère. Parce que tu voulais recouvrer ta solitude muette.

Le départ de l'équipe signe le début d'une chasse à l'homme, cette fois plus intense, avec plus d'indices. Fallait-il à chaque fois déplorer des pertes pour que l'on puisse rattraper les vices d'autrui ? Les prédateurs de l'ombre ne se montraient que lorsqu'ils voyaient l'agneau à croquer. Et la question se posait :

Voulais-tu être agneau pour toujours ?


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Mar 11 Sep 2018 - 14:16
Poussières nébuleuses
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Cloisons et frissons. Les murs et leurs secrets. Les soins étaient terminés, tes caprices oubliés. Un abandon à la routine, au retour de ses manifestations. Le mutisme avait une lourdeur différente : Jadis par respect, aujourd’hui morose. Tes seules conversations étaient liées aux paperasses diplomatiques. Les gestions de seigneurie se répétaient en un flux à double sens. Iwa était une ville prospère, drainante. Il fallait alors approuver chaque événement, chaque apport ou partenariat. Une gestion aux allures de jeu redondant. Les Byakuren contrôlaient, mais ne provoquaient rien. Votre seule devoir était de garder une neutralité qui vous évitait tout salissement. Le village ninja jouait bien le jeu ; concertant les grands ordres par devoir, mais assumant les décisions pour eux.

Ton sceau royal se dépose sur une des multiples lettres qui stagnaient sur ton bureau. Chaque lecture est interne, silencieuse, car les requêtes sont intimes et personnelles. Il y avait cet enfant qui implorait naïvement la naturalisation d’un père voyou. Cette dame revendiquait un héritage. Celle-ci pleurait un mort. Celui-ci accusait les clans d’oligarchie inavouée. Rire interne. Dénoncer cet état était aussi naïf que stupide. Tout le monde savait que le pouvoir avait été réparti sur des critères bien éloignés d’une méritocratie. Râler après les autorités était tout ce qui restait à ceux qui n’avaient pas les capacités de combattre pour leurs noms. En fille princière, tu étais l’outil pour pallier aux écarts de puissance. On voyait en toi la clémence, la bienséance. Une fragilité qui devenait force. Du verre qu’on n’osait toucher par peur de le briser. Jusqu'à la bête.

La feuille se déplace sur le tas des oubliés. Ceux qui n’obtiendraient jamais justice : parce que leurs maux étaient trop gros ou trop petits. Parce que même une héritière au pays n’avait aucune influence possible sur la notoriété.. Du moins, pas dans ce pays.

Certains seigneurs voisins tuaient pour faire régner leur nom ; Et ils finissaient toujours par en périr. Leur soif intarissable les menait aux extrêmes, loin de toute cohérence. Votre nom était différent ; noble et intransigeant. Assez malins pour comprendre qu’à trop vouloir on finit par tout perdre. C’est en refusant toutes les horreurs que vos terres se sont agrandies. Votre domination était silencieuse et sage. Vous ne cherchiez pas à conquérir, à violenter. Les peuples eux-mêmes se sont ralliés à cette idéologie passive, tournant le dos à la barbarie proposée ailleurs. Petit à petit, l’Empire des divins s’était construit de lui-même. Des songes étaient nés les passions, les ardeurs : La fièvre Iwajine. L’allégeance d’un peuple non soumis.

Sur le papier.

Ton dos craque, la pièce se tamise. Ton travail se termine et les messagers s’empressent de prendre le relais. Leur tache était encore plus ingrate ; Ils devaient rester debout à tes côtés le temps que ton jugement soit donné. Une directive dans le but de dynamiser l’administration. Choix stupide. Attendre fatigue plus que d’agir, tu le savais mieux que quiconque.

Ils disparaissent tous, faisaient virevolter les soieries dans leur bond. Les gardes t’escortent jusqu’à tes jardins privés, puis s’éclipsent pour reformer une ronde autour du palais entier. Tu renoues avec la solitude, ta chère compagne. Elle te fait savoir son importance en t’écrasant de son silence. Une flore omniprésente, ses effluves endormies. Le vent était changeant, il annonçait avec timidité l’arrivée de l’automne. Le zénith était passé en un éclair. Les monts recouvreraient bientôt leurs drapés opalins, fausses neiges éternelles.

Tu déambules à l’instinct sur les tracés praticables, imaginant déjà les couleurs qui seraient ravivées pour le court instant de la chute des feuillus. Alors que le ciel se grise, tu te retrouve au fond du jardin princier, dans son recoin le plus isolé. Une annexe inutilisée depuis des années s’y trouvait, pour l’heureux ou malheureux qui porterait un jour la bague à ton doigt. Derrière les masques se cacherait un mariage politique, un marché pour calmer les tensions ou consolider des liens déjà existants. Dans ce pays au commerce fleurissant, tu n’étais qu’une marchandise de plus, une excuse aux convoitises de vos voisins. Soupir. Une porte qui grince.

La pièce est propre mais austère, dénuée de vie. Tu n’y sens que quelques relents de poussière, de draps lavés mais vierge de toute utilisation. Cette maison s’était endormie, perdant patience d’être un jour investie, à ton grand soulagement. Tu y rentrais pour la première fois seule. Cet endroit que tu fuyais jadis résonnait aujourd’hui comme une promesse abandonnée. Parce qu’il n’y avait pas eu d’occasion, parce que la montagne était trop sereine. Le calme avant la tempête ?

La pièce de vie donnait sur plusieurs couloirs, des chambres privées, une nuptiale (horreur), des bains et des douches séparées. Matériaux de premières qualités au charme discret ; les plus belles choses n’étaient pas les plus voyantes. Ces dalles exotiques en témoignait malgré elles ; on les confondrait avec les premières terres cuites du coin, mais leurs tons saumonés soulignaient la douceur des pigments qui les composaient. Une denrée rare. Un recoin précieux. Le prince absent, sa demeure oubliée.

Il y a au fond du couloir, une trappe amovible que seule la poussière semblait avoir transgressé. Tu peines à soulever son poids, à t'y plonger sans ressentir une quelconque pression. Un souterrain privé, secret ? L'escalier débouche sur une pièce Immense, vide, incolore. Elle ressemble à une portion inachevée, seuls les murs épais étaient dressés, le reste s'était effacé au profit d'un futur emménagement. C'était un dessin à peindre ; une salle à remplir, à investir. La créativité d'un futur prétendant en serait les seules limites.

Une cave tamisée. Tes pas se perdent en échos étouffés dans ce vaste donjon. Te voilà ridiculement petite sous ces murs rocailleux. Tu sentais toute la puissances de la pierre qui avait été creusée et rebâtie en une forteresse intime.
Une idée se grave alors dans ton cœur. Une envie soudaine. Une volonté qui ne demandait qu'à se manifester ; dans un contexte et un lieu propice.

Poussières nébuleuses. Une étoile venait de naître.



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