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La lueur de l'aube


Lun 30 Juil 2018 - 4:27
Le bruit de l’écorce qui craquela sous l’impact de mon bokken me sortit de mes pensées. J’avais encore perdu ma concentration et le contrôle de mon mouvement avec. Seule au milieu d’un terrain vide alors que le Soleil venait à peine de se lever, j’étais toujours incapable de faire le vide dans ma tête et de réaliser mon entrainement correctement. Tout cela était parfaitement ridicule et cela n’allait pas être mon père qui allait le contredire, j’avais passé plus de la moitié de ma vie à répeter les mêmes mouvements et un seul évènement venait de balayer tout ce dont j’étais capable. Cela faisait déjà pourtant plus d’une semaine que j’étais sortie de l’hôpital, mais je n’avais toujours pas eu l’audace de reposer mes doigts sur daisho familiale. Bien que mon attachement à son égard n’ait pas flanché, je commençais à douter d’être réellement digne de le porter.

Si la sensation avec mes armes d’entraînements n’était pas la même, ce n’était aucunement la cause de mon manque de maîtrise. Marquant une pause, je jetai mes yeux sur celles-ci, me demandant par la même occasion si cet entraînement était réellement utile. Après tout, mon père m’avait prévenue depuis le début que je n’étais pas faite pour être kunoichi. J’avais beau me dire que c’était sa façon à lui d’essayer de me protéger, je ne pouvais désormais plus nier la vérité, à la première difficulté dans le monde réel, mon incompétence avait pris le dessus sur le reste.

Je restais donc là, debout devant un arbre fissuré de toute part, pitoyable et seule, à répeter le même mouvement en boucle comme si le dix millième allait être différent des précédents. Si les raisons de l’entraînement commençaient à m’échapper, je n’avais pas grand-chose d’autre à faire. Rester chez moi à regarder le temps n’allait pas m’aider à résoudre mes problèmes non plus et j’étais bien loin d’avoir méritée un repos pareil. Le sentiment était encore pire quand je réalisais que l’égoïsme derrière cet entraînement, comme si j’étais celle qui était à plaindre, celle qui avait été brutalement tuée au milieu d’un village inconnu, celle dont le corps avait été laissé là pendant des heures.

Lorsque le bois craqua à nouveau, je le frappai à nouveau sans aucune maitrise de mon geste, ce qui rompit immédiatement l’arbre sur toute sa largeur, provoquant sa chute quelques secondes après. J’en étais désormais réduite à perdre ma patience parce que j’étais incapable de retrouver mes esprits. En me dirigeant vers un autre arbre, ou plutôt une nouvelle victime de mon égo, je réalisai que j’avais vraiment bien fait de venir m’entraîner ici plutôt qu’au domaine du clan. Mon honneur était déjà suffisant entaché comme cela pour me permettre d’être observée dans un état pareil.

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Lun 30 Juil 2018 - 19:49
Sur les plus hauts plateaux d'Iwa, nous trouvions de nombreuses choses ; des élèves qui s’entraînaient, des gradés qui observaient, des couples qui se cachaient, des shinobis qui flânaient. Songeant que tout cela était purement artificiel, il fallait se demander alors qu'est ce qui ne l'était pas à Iwa ? Même les arbres qui poussaient dans la roche étaient tout imprégné de chakra. Domaine Nagamasa, Domaine Hyûga, Chokoku, Borukan... Des noms prestigieux ici, des familles nobles, qui avaient chacune leurs héritiers, leur prince, et ne manquaient jamais de rappeler aux indépendants comme moi, qu'ils ne valaient qu'à peine mieux que la roture. Diao cependant, malgré son titre n'était pas de ceux-là, Yume, notre princesse, non plus. Et même mon sensei, savait reconnaître les qualités non par le titre mais parce qu'il était dans sa substance. Peu importe que l’on soit de sang royal, noble ou modeste… à la guerre, ceux qui échouent meurent. Je crois depuis le temps, que la voie de la guerre n'était pas une chose qui s'apprenait. La technique et le talent se forgeaient, mais l'essence même du guerrier, nous naissions avec, ou pas. Un guerrier naît en quelque sorte avec son épée, comme mon esprit n'est lié qu'à mon épée, pas d'émotion...pas de question... pas de réponses. Mais peut-être est-ce justement parce qu'on vit sur des champs de bataille pourris où on massacre et où on se fait massacrer, qu'un jour, quelque part, on rencontrera peut-être quelqu'un, des gens, des frères d'armes pour qui il vaille la peine de risquer sa peau. Bah, enfin il faut déjà vivre jusque là bien sûr. Nous les shinobis, nous ne savons que trop bien comme la vie ne tient à presque rien.

Mes réflexions me portaient vers des horizons imagés de cette sorte, que le feu qui brûlait en moi, la violence qui m’oppressait, trouvaient le repos lorsque j'ordonnais correctement les idées. C'était une sorte de méditation en fait, que je m'appliquais seul, ainsi, tout le reste du temps, sauf en de très rares occasions, je pouvais conserver sur moi toute l'aura de sainteté que je savais mimer à la quasi-perfection. Le visage d'un ange, un sourire d'enfant, le bonheur et la tendresse transpirant sur chacun des traits qui dessinaient mon visage. La démarche aérienne et l'élégance princière naturelle, que d'éloge pour moi que l'on me faisait, quand nul ne pouvait se montrer indifférent dès lors que je lui montrais de l'intérêt. Ces derniers temps avaient cependant mis à mal ma confiance inébranlable, j'étais parfois en proie au doute, et si ma chance ne me quittait pas, tout n'était plus aussi facile qu'autrefois, comme si le destin, pour que je puisse conserver l'innocence qui m'était si chère, et protéger celle d'autrui, exigeait que je lui fournisse plus de preuve de mon inaltérable ambition.

Soudain, baissant les yeux vers le bas, je voyais une jeune fille qui s'épuisait à l'entrainement du sabre. Je l'observais longuement, sans vraiment avoir de l'intérêt sur le moment. Ce n'était alors qu'une enfant parmi tant d'autres, qui s’entraînait à faire ce que devait faire tous les shinobis, et à sa tenue et son arme, on devinait tout de suite une samouraï... Encore une, les Nagamasa étaient décidément partout. Elle me semblait en difficulté, elle me semblait s'emporter, comme si quelque chose d'autres que son entrainement lui pesait sur les épaules et ne lui permettait pas de se concentrer. Je me revoyais alors enfant avec Kaderik, qui désespérait de me voir distrait par tout et n'importe quoi pendant nos entraînements et cela m'arrachait un sourire. Observant sa technique, je comprenais qu'elle était aux bases, et qu'il ne lui manquait finalement pas grand chose pour réussir. Alors, je me levais, paisiblement, et fit un grand bon, une charge, dans sa direction pour atterrir gracieusement non loin d'elle.


J'apparaissais le soleil dans le dos et la chevelure virevoltante au sens du vent. Sur mon visage étaient peintes la tendresse et la bienveillance, alors que dans mon regard sommeillait au scintillement d'une œillade luisant d'un bleu immaculé une pureté innocente comme on ne penserait jamais en trouver. Un numéro à moitié feint seulement, car ce que je mimais, était aussi ce que j'obtenais toujours plus, la virginité de mon âme, et le repos de celle-ci dans la plus douce des légèretés. Je fis alors quelques pas vers elle, tranquillement, sobrement et élégant, et à après quelques uns, lui parlait d'un timbre mélodieux, sans séduction, simplement confiant et paisible.
  • -Tu frappes avec les bras, alors que c'est des hanches que le coup doit porter. Si tu t'énerves tu n'y arriveras pas, attend je vais te montrer.


Là, je dégainais ma rapière.
  • -Enfin, si tu veux bien. Disons que je manie aussi un peu le sabre.

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Mar 31 Juil 2018 - 16:01
Si ma concentration envers mon exercice n’était pas à la hauteur de mes exigences, celle envers mon environnement était inexistante. Je n’eus l’opportunité de réaliser la présence d’un observateur extérieur qu’avec l’ombre qu’il jeta sur ma personne. Je me mis alors à légèrement paniquer de l’intérieur, comme si ma situation était répréhensible et que le comportement honteux dont je venais de faire preuve allait m’être reproché. Je tournai alors légèrement la tête avec appréhension, me demandant s’il s’agissait de quelqu’un que je connaissais.

Tout d’abord éblouie par les premiers rayons du Soleil, je ne vis qu’une grande silouhette arrivant dans ma direction. Lorsque mes yeux s’habituèrent légèrement, ils aperçurent alors plus distinctement l’inconnu. Sa longue chevelure argentée qui brillait de milles eclats, comme soutenue par le Soleil en personne, fut évidement ce que je remarquai en premier. Ce fut cependant son visage qui me marqua le plus. Bien qu’il semblait plus vieux que moi de plusieurs années, ce dernier semblait plus innocent et plus doux que celui des jeunes enfants que je cotoyais à l’académie. Seule sa tenue et son arme pouvaient me confirmer qu’il s’agissait d’un shinobi tellement il me semblait inconcevable de garder cette apparence après des années de combat.

Bien que l’idée d’avoir été observée n’était pas plaisante, je ne pouvais pas quitter des yeux le jeune homme. Tiraillée entre mon admiration puérile et ma curiosité, je restai sans voix, attendant patiemment de connaître la raison de sa présence. Lorsqu’il prit la parole avec une voix calme et rassurante, il donna l’impression de n’être venu que pour m’aider dans mon entraînement. Si cela me faisait un peu plaisir, recevoir du soutien dans les moments difficiles était toujours agréable, ce n’était malheureusement pas si facile à accepter. Qu’un homme de son charisme pût en venir à douter de ma connaissance des bases du Kenjutsu m’était encore plus douloureux. Faisais-je preuve d’autant d’incompétence ?

Je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même, ma démonstration précédente contenait l’ensemble des erreurs que j’étais déjà censée avoir dépassé depuis des années. Au-delà de l’embarrasement pour moi-même, c’était la réputation de l’ensemble du clan Nagamasa que je me devais de protéger en permanence. Je me devais donc de ravaler ma fierté, de prendre sur moi et d’écouter les conseils de ce jeune homme. S’il n’avait pas eu l’occasion de jauger l’ensemble de mes capacités, cela ne voulait pas dire qu’il n’allait pas être capable de m’apprendre quelques techniques ou mouvements utiles. Cela allait également être l’occasion pour moi de découvrir si derrière cette apparence angélique, il possédait également le talent d’un grand combattant.

— Merci du conseil, dis-je d’un ton hésitant en inclinant légèrement ma tête en guise de politesse, je serais ravie de vous voir faire une démonstration !

Observant alternativement sa rapière et mon bokken, je me questionnai sur les différences de maniement que les deux armes pouvaient bien avoir entre elles. Bien que le maniement du sabre ne me fût pas inconnu, je n’avais jamais eu l’occasion de mettre la main sur une rapière, il était même assez rare d’en voir.
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Sam 4 Aoû 2018 - 22:16

D'une main, je faisais s'élever un petit rondin de bois, pour ne pas abîmer l'outil d'entrainement de la jeune fille, et de l'autre, je tirais élégamment la rapière du fourreau. à bonne distance, je faisais machinalement un salut, je ne m'en étais même pas rendu compte, comme si de tirer l'épée exigeait obligatoirement, sans restriction, que l'honneur soit de mise. Les hommes tirent l'épée pour soigner les maux de leur cœur, pour venger les blessures de leur âme, pour protéger ce qui leur est cher, les hommes tirent l'épée pour tout et pour rien, la seule chose qui ne sera jamais parvenu à mettre un peu de beauté dans la guerre, ce n'est pas fin ou la raison de celle-ci, c'est la forme d'honneur que les guerriers y trouvaient.


L'exercice de la mise à mort, toujours aussi galvanisant. Tenir la vie et la mort entre ses mains, quasi un pouvoir divin, celui qui en riait était un fou. L'essence de la guerre s'éprouvait dans la confrontation avec la mort, et si on l’asticotait de trop près, elle ne manquait jamais de rappeler qu'elle était le seul Dieu devant qui nous finissions tous à genoux un jour. Mon visage se durcissait sans perdre de sa hauteur et de sa beauté, car je me concentrais tant que je pouvais sur la perfection d'un geste qui ne devait qu'une seconde. Mais une seconde en combat, c'était très long, surtout dans un combat entre shinobi. Toujours machinalement, j'agitais la rapière plusieurs fois, jusqu'à ce que la main trouve une posture parfaite sur celle-ci. La garde et la pointe était prête, et suivant ce geste, mes pieds changèrent de position en même temps que mon corps.
  • -Je ne tranche pas, je perce. Mon pied d'appui n'est pas celui qui porte, mon pied qui porte n'est pas celui qui lance. Quand un novice s'élance, il se baisse et lance uniquement sa tête. C'est le corps qu'il faut lancer, de tout son poids, il doit être droit aussi droit qu'une feuille de papier que l'on voudrait tourner debout sur elle-même comme un pivot. Lui expliquais-je pendant que je me postais.


J'étais bien arrogant de donner une leçon d'escrime à une samouraï, d'autant que ma pratique était loin d'être semblable au traditionnel kenjutsu du Bushido, mais ma maîtrise n'en était pas moins relativement efficace, et je me savais, sans vantardise, maîtriser à la perfection les bases. Les Sainan n'étaient-ils pas en plus des utilisateurs de mokuton, aussi de redoutables escrimeurs ?
  • -Quand la posture est engagée, la tension s'accumule dans mon corps comme un ressort qui se tend, ainsi, je n'ai pas forcer, je n'ai qu'à relâcher une pression, comme un ressort. Pour être fort, il faut être doux, pour être rapide, il faut être sûr, pour être précis, il faut être ferme, ne pas hésiter. Le geste est exécuté 100 fois à l'esprit avant d'être lancé ici. Je savais exactement où je vais, ce que je fais. Le maître au lancier de pierre battra toujours le novice au lancer de couteau. Le maître artisan sans aller vite sera toujours plus rapide à son travail que son apprenti. Continuais-je le timbre bas et mélodieux.



Un instant, rien qu'un instant, d'un endroit je passais à un autre, le sabre planté dans le rondin de bois sur la moitié de sa longueur, net, précis, sans bavure. D'un mouvement vif, je retirais sèchement la rapière avant de tourner un regard souriant sur la jeune fille. J'y portais une grande attention, un regard bienveillant qui transpirait l'angélisme même après un tel acte. Je cherchais à sonder dans son regard si elle avait saisi ce que je voulais lui montrer, que tout cela n'était pas qu'une affaire de corps, mais aussi et surtout d'esprit.
  • -Tout cela, la posture, ça ne sert à rien s'il te manque une chose essentielle à tous les guerriers. L'instinct de mort. Tire le sabre pour tuer, uniquement tuer, mais tu dois aussi savoir pourquoi il est juste de tuer ou non et cela est difficile. Tuer c'est facile, y mettre la forme, beaucoup moins. Mais si tu veux d'abord maîtriser ton corps, je te conseille de t’entraîner à l'esquive, cela développe les réflexes et ainsi les muscles à réagir exactement comment on l'ordonne. M'enfin, tu dois avoir un maître pour te l'apprendre. Je suis moi-même élève d'un Nagamasa, Nagamasa Yoshitsune, donc je sais quelle discipline forge les vôtre. À ce propos je ne me suis pas encore présenté, je suis Sainan Gi — Tenshi. Concluais-je joyeusement.

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Sam 18 Aoû 2018 - 1:42
L’inconnu à la rapière s’exécuta alors, déterminé à me montrer comment frapper. Bien que légèrement sceptique à l’idée d’entendre une leçon qui m’aurait été inédite, je me retrouvai captivée par sa démarche. Il se déplaçait comme si chacun de ses mouvements avait été précisément calculé avec une fluidité parfaitement naturelle. Ce n’était pas la première fois que j’assistai à une telle finesse de la part d’un shinobi, mais je trouvai toujours cela aussi émerveillant. Naturellement, ce sentiment n’en fut que renforcé lorsqu’il se mit tout aussi élégamment en posture de combat, arme à la main.

Ces conseils furent tout d’abord basiques, reprenant les bases de la posture et du mouvement que j’étais déjà censé connaître à la perfection. Au fur et à mesure, je réalisai cependant que le fondement de son conseil n’était aucunement sur le coup en lui-même. Avait-il saisi l’essence de mes difficultés ? Je l’ignorais, mais il m’était impensable que quelques belles paroles, aussi justes eussent-elles été, fussent réellement en capacité de les résoudre. J’avais parcouru les principaux textes de mon clan à la recherche de ces questions, d’un enseignement moral capable de me délivrer de mon tiraillement, mais les réponses restaient les mêmes à mes yeux.

L’exécution du mouvement fut cependant parfaite, le mouvement était soigné et démontrait une maitrise bien supérieure à la mienne. Me jetant alors un regard amical, il commença à m’expliquer que mon sabre ne devait servir que pour tuer. Si une part de moi se demanda s’il n’était pas au courant de ma situation tellement ses paroles faisaient écho à mon incident, j’en doutai grandement. Je ne connaissai personne de suffisant cruel pour prononcer de tels mots dans de telles circonstances. Il avait véritablement l’air sympathique, surtout qu’il ne semblait que m’aider à progresser, il m’était très bien possible de n’avoir simplement pas saisi le sens de ses mots.

Il me proposa alors de m’améliorer sur ma capacité à esquiver, ce qui n’était pas une si mauvaise idée dans le cas où je me serais retrouvée en danger sans être capable de tirer mon sabre. Il finit ensuite par se présenter sous un nom qui m’était autant inconnu que le reste de sa personne. Je m’inclinai alors directement à la fin de son élocution, en guise de salutation, mais également de remerciement pour la leçon.

— Enchanté de vous rencontrer, je me prénomme Hisa. Je vous remercie de me conseiller ainsi !

Reprenant ma position normale, je soulevai mon bokken pour le saisir à deux mains, le tenant horizontalement en face de moi. Le fixant avec mes yeux, je perdis le sourire qui habitait mon visage depuis le début de la démonstration.

— Je comprends ce que vous voulez me dire, mais qui suis-je pour m’autoriser à prendre une vie ? Comment pourrais-je réellement savoir si la personne en face de moi doit mourir ou non ? Protéger ceux que j’aime doit-il nécessairement se faire à travers le sang d’inconnus ?

Je ne savais pas ce qu’il me prenait de poser autant de question à Tenshi, qui avait déjà usé beaucoup de son temps pour moi, mais tout semblait si évident dans sa voix que l’idée qu’il pût avoir les réponses à ses questions avait éclose dans mon esprit. 


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Sam 18 Aoû 2018 - 16:31
Rapière en main, j'appréciais à la fois une certaine douceur et une incrédulité de la part de Hisa. Je ne m'estimais certainement pas à la hauteur qu'elle me destinait, même je savais que j'étais porteur de nombreuses et terribles lacunes dans les arts shinobis. Comme Kaderik me le disait, j'avais un talent inné, j'étais un génie, mais aussi terriblement fainéant et il en résulta qu'en faisant le minimum, je me retrouvais à égalité avec autrui sans qu'aucun ne puisse trouver en moi les particularités martiales qui faisaient ma stature. Cela tendait à changer, mais j'étais toujours très loin d'être un forcené à la discipline spartiate.

J'avais pourtant bien un souci de la perfection qui m'obsédait en tout temps. Ce que je faisais, je m'attachais toujours à me faire bien. Alors ? Comment définir ce qu'était ma voie, même lorsqu'elle me posait une question si difficile que de savoir quand il est juste ou non de tuer ? Pour vivre heureux avec peu de moyens, pour rechercher l'élégance plutôt que le luxe, et le raffinement plutôt que la mode; pour être épanoui plutôt que respectable, avoir une richesse intérieure et non une richesse pécuniaire; pour étudier dur, penser calmement, parler gentiment, agir franchement; pour supporter tout avec douceur, faire tout bravement, attendre les occasions, ne jamais se presser. En d'autres termes, laisser le spirituel, sans attache et sans conscience, grandir au travers du commun. Les arts martiaux peuvent être une forme de force bestiale, mais dans notre système d'art martial shinobi il y a d'inclus beaucoup d'idéaux et de philosophie. Les règles des arts martiaux sont aussi compassion, aider les autres. C'est cela que les civils ne comprennent jamais. Parce qu'ils utilisent cette force et la change dans un pouvoir brutal pour terroriser les autres. C'est pourquoi ils ne seront jamais prêts à apprendre les arts martiaux shinobi. Quoi que,... j'avais pourtant connu un homme, un seul homme civil, qui était aussi grand, puissant et beau, que pouvait l'être un shinobi... L'exception qui confirmait la règle peut-être.

Hisa était une samouraï, le bushido, la voie du guerrier, était la voie qu'on lui avait enseignée, et sûrement ne s'était-elle jamais posé la question de savoir si telle était réellement le chemin que le destin lui avait dessiné. Combien de shinobis et de samouraïs qui naissaient, baignaient et étaient éduqué uniquement pour la guerre se demandaient si c'était réellement ce qu'il voulait ? Nous naissons l'arme à la main et finissons par en devenir une nous-mêmes, alors quand la question de la mort et du meurtre se pose, n'est-il pas étonnant que nous ne sachions donner de véritables réponses ? J'avais une idée concrète de cette réponse, je m'y étais employé depuis que j'avais connu le gout du sang. Mais comment pouvais-je être certain d'être dans le vrai ? La réponse que j'allais lui donner influencerait son avenir de guerrière, une responsabilité qui n'était pas à prendre à la légère....

Dans le doute, l'honneur exigeait que je lui fasse une réponse honnête à ce propos. C'est-à-dire de lui annoncer ce que je pensais sincèrement de cela, sans chercher à passer pour ce que je ne suis pas ou à lui destiner une voie à laquelle je ne croirais pas moi-même. Nous les guerriers, passant d'arme en armes, s'exerçant à la perfection du meurtre, nous passions tous par cette terrible question. Je ne me croyais pas assez sage pour avoir pour trouver une véritable réponse, mais posant le regard sur elle, j'y faisais passer toute la sincérité d'une conviction. Mes pupilles scintillaient de désolation, car ma conviction profonde allait de pair avec une fatalité sempiternelle de l'existence, où la vie, n'avait d'autre mire que la mort. La voix mélodieuse, je lui fis la représentation d'un angélisme assumée, qui déconsidérait les mœurs et les présupposés culturels, pour ne s'attacher qu'à la sainteté des actes, en quelque sorte, au naturel que l'existence imposait à tout un chacun.
  • -C'est au plus près de la mort que l'on se pose des questions sur la vie, qu'on en prend le plus conscience. L'aspect définitif de la mort n'a rien de certain, et quoi qu'on la sût inéluctable, elle est crainte, peut-être qui sait, à défaut. Quand est-il donc juste de tuer ? Quand est-il donc juste alors — de mourir ? La mort, a-t-on dit, frappe indistinctement le riche et le pauvre, mais dans quelle effrayante disproportion ! Le premier ne doit le plus souvent les maladies qui abrègent ou tourmentent son existence, qu'au déchirement intérieur de ses passions non satisfaites, à la soif inextinguible des honneurs, des richesses, des plaisirs, à l'abus de tout ce qui devait le rendre heureux. Le pauvre, au contraire, flétri par la misère, par le travail, sans cesse exposé à des influences délétères qu'il ne peut éviter, privé du nécessaire lorsque l'homme opulent est accablé du superflu, succombe, sans pouvoir opposer à la mort que des larmes inutiles. Quand est-il juste de mourir ?! À ce que je sache nous ne sommes jamais mort de pitié, mais tuer, cela peut être un acte de pitié. Tu ne peux jamais savoir quand il est bon ou non de tuer, mais tu peux savoir avec certitude que la mort tue sans s'en soucier elle — de la justice. Accepte cela, et tuer n’obéira plus qu'à ton coeur, rien d'autre. La mort n'a rien d'affreux pour celui qui n'a rien à craindre dans une autre vie. Cela n'est pas ton affaire fort heureusement. Au moment de frapper du sabre, tu ne fais qu'abattre un mal commun à tous, la vie — elle tue pour vivre, et personne ne la juge pour cela. Alors ne te juge pas toi-même.


Pas vraiment une réponse, mais une piste importante pour qu'elle trouve sa propre réponse. Je n'allais pas lui dire comme un règlement dans quel cas, quelles circonstances exactes, il était juste ou non de tuer, cette idée devait être la sienne et sortir uniquement d'elle. Un sourire tendre et compatissant suivait quand je terminais. Il lui fallait certainement un instant pour se remettre de cette petite tirade. L'attaquer immédiatement ne lui aurait rien appris qui plus est, alors j'attendais seulement qu'elle soit prête, et alors, je dresserais la rapière pour l'amener vers là où j'aurai souhaité qu'elle aille.

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Mar 21 Aoû 2018 - 11:56
En entendant la réponse de Tenshi à mes questions, les mots de mon père me revinrent en tête, il me répétait sans cesse qu’un véritable shinobi devait être capable de se satisfaire de ses propres réponses. Les paroles du jeune homme, bien que mieux construites et plus élaborées, allaient dans le même sens. Sa tirade philosophique sur la mort était très poétique, mais il m’était difficile de voir comment elle pouvait m’aider dans ma quête. Me disait-il que prendre une vie n’avait rien de plus immoral que d’en sauver une ? La signification profonde de ses mots m’échappait, mais je compris qu’il tentait au moins de me faire comprendre que l’acte en lui-même n’était peut-être pas aussi important que je le pensais.

Mes recherches sur le sujet m’avait amené à réaliser que les shinobis avaient une conception de la mort et du meurtre assez éloignée du reste de la population, probablement parce qu’ils étaient amenés à les côtoyer bien plus régulièrement. Certains voyaient dans l’acte une simple façon d’exercer leur devoir, que ce fut pour leur maître, leur Kage ou simplement leur code moral, qui prévalait alors sur le devoir moral de respecter la vie d’autrui. D’autres se contentaient de dissocier le fait de prendre une vie de toute valeur morale, voire de se dissocier eux-mêmes de la morale. Je ne pouvais savoir si Tenshi avait été parfaitement honnête dans sa réponse, s’il n’essayait pas simplement de me faire comprendre ce qu’il souhaitait en sélectionnant ses mots avec précaution, mais cela n’avait pas vraiment d’importance. S’il semblait plutôt faire partie de la deuxième catégorie, il ne méritait pas de jugement de ma part après si peu de temps.

Je ne savais même pas réellement ce que j’espérais obtenir en posant ces questions aux autres, leurs avis étant tous différents, aucune réponse ne pouvait être universelle, ainsi, aucune n’était ni bonne, ni mauvaise. C’était malheureusement cela qui tiraillait mon esprit, l’idée de garder éternellement des questions aussi importantes sans réponse.

— Il m’est difficile de comprendre votre conception de la mort, mais je vous remercie tout de même pour votre réponse.

Je m’inclinais alors à nouveau dans sa direction avant de reprendre une position de garde. Empoignant fermement mon bokken dans ma main droite, j’utilisai l’autre main pour saisir le shoto encore accroché à ma ceinture. Si tenir ses armes n’avait que peu d’utilité dans la pratique de l’esquive, je pensai qu’il était plus sage de se mettre en condition réelle pour s’entrainer ainsi. Cela pouvait également permettre à Tenshi d’apprendre que mon école de Kenjutsu n’était pas forcément celle qu’il s’imaginait.

Voyant qu’il semblait déjà prêt à attaquer, je lui adressai un acquiescement de la tête pour lui signaler que je l’étais également.
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Mar 21 Aoû 2018 - 23:25

Voilà très très longtemps que je n'avais pas joué de la rapière face à quelqu'un. Ordinairement je ne l'utilisais que dans une fin tout à fait précise. Brandissant la rapière contre cette jeune fille, je n'éprouvais aucune colère, aucune fougue, ni ne fis ressortir la moindre violence de moi. Je n'avais pas pour but de la toucher, je comptais prendre de soin de viser précisément là où je ne risquerais pas de la blesser justement, en lui donnant l'illusion que le risque était réel.
La famille Sainan se battait à la rapière depuis toujours, une arme peu commune ici, qui faisait en quelque sorte, notre marque de fabrique. Kaderik en l'apprenant avait tenu à ce que j'apprenne à l'en servir, parce qu'il avait désiré que quoiqu'il m'adopta avec Luca, je conserve l'identité de mes racines. Alors quand il brandissait le sabre, je lui présentais ma rapière, c'est ainsi, sans expert pour me montrer, que j'étais finalement parvenu à refonder la technique ancestrale de mes ancêtres.


Quoique je semblais concentrer et me montrais de prime abord profondément silencieux, je ne lui sautais pas à la gorge immédiatement, au contraire, je la laissais se mettre en position et exagérait ensuite le temps d'attente. Ce n'était pas pour lui permettre de se concentrer, en fait c'était tout le contraire, c'était pour la forcer malgré l'attente à conserver son attention et sa concentration. En réalité, un individu n'est à plein potentiel de concentration guère plus de 3 minutes. En combat, cette attente langoureuse à se regarder droit dans les yeux était le plus souvent ce moment intense où les adversaires tentaient déjà de s'écraser en faisant preuve de leur détermination dans le regard, mais aussi cherchant à défaire la concentration de l'autre. Pour pouvoir esquiver efficacement, il fallait impérativement conserver une attention sans failles.

Circonspect qu'elle fut devant ma réponse et vraisemblablement en proie au doute, cela lui serait d'autant plus difficile de conserver cette attention durant long moment de silence que je lui imposais. La seconde étape, était de devoir deviner mon intention, quand allais-je frapper ? Qu'est-ce qui lui permettait de le prévoir ? Un regard hasardeux ? Un pied qui s'enfonce discrètement un peu plus dans le sol ? Une main que se raffermit sur le manche de son arme ? Le corps qui s’immobilise ou paraît se contracter ? Une tension à la mâchoire ? Il y avait bien tout cela, mais il y avait aussi quelque chose de plus subtile, quelque chose qui n'était pas palpable. Une sensation, une conviction, qu'on ne comprend pas, mais que l'on sent réellement. Comme si une intention envoyait des ondes que l'être humain était capable de capter. C'est le "MA", savoir être à la fois spectateur, acteur, et metteur en scène de sa propre vie, de ses propres gestes.

De toute façon, tout cela lui viendrait petit à petit, à force d'exercice, d'expérimentation et d'expérience. L'observant, je pensais qu'elle avait déjà pour elle une grande partie de ces connaissances dont je n'avais aucun besoin de lui faire part. Une samouraï après-tout, ses pairs avaient déjà dû largement passer par là. C'est alors que je m'élançais, d'un seul coup, vif comme l'éclair, sans la moindre hésitation. Je m'élançais comme si je volais, avec grâce et légèreté, avec la rapière en avant, je visais le premier point à atteindre, le bout de son oreille, afin de la frôler si je la touchais, mais rien de plus, pour ne pas la blesser gravement. Ainsi, malgré la vitesse, je fis preuve d'une extrême précision et m'attendais à une réponse prompte de sa part, pourvu qu'elle eut tiré de tout ce temps d'attente de quoi deviner mon intention.


Résumé:
 

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Mer 22 Aoû 2018 - 22:17
Debout devant Tenshi, attendant son attaque, je réalisai que je me tenais face à la même personne qui venait de faire une légère démonstration de ses capacités. S’il semblait tout de même avoir un niveau inférieur à celui des membres les plus talentueux de mon clan, y compris certains qui eurent la générosité de me prodiguer quelques enseignements, il restait un inconnu. J’ignorais tout de ses intentions, malgré la sympathie dont il avait fait preuve. Pourtant, je ne ressentais aucune crainte face à lui, comme poussée par une foi profonde. S’il s’agissait très probablement du simple fruit de ma naïveté, je n’en étais pas moins déterminée à affrontement son entraînement.

En croisant son regard, je sentis un changement subtil, mais puissant avec son comportement précédent, il semblait désormais plonger son entière concentration sur ce qu’il se passait. Il ne me fallait pas plus pour me pousser à en faire de même. Avec une respiration plus profonde, je chaissais les tensions dans mon corps et avec la suivante, mes pensées parasytes. En quelques secondes, j’avais atteint le niveau de calme intérieur que je recherchais depuis le début de mon entraînement sans même m’en rendre compte.

Il patientait longuement avant de m’attaquer et ses émotions m’étaient totalement imperceptibles. L’impossibilité de prédire la moindre attaque ne m’empêchait cependant pas de pouvoir faire avec ce que je savais sur lui. Le maniement de la rapière m’était étranger, mais entre ce dont j’avais entendu à ce sujet et sa précédente exécution, j’étais prête à parier sur un coup identique, frontal et perçant. Le manque de certitude en cette hypothèse, mêlée au fait qu’elle ne m’indiquait pas la cible qu’il allait choisir, m’empêchait cependant d’avoir une grande confiance en moi. L’important était donc de faire preuve des meilleurs réflexes possibles lors du début de son mouvement.

L’attente fut réellement longue, ce qui me fit penser qu’il tentait de me tester à ce sujet, je n’avais aucun doute sur le fait qu’il était capable de briser ma concentration sans perdre autant de temps. Malgré la situation honteuse dans laquelle il m’avait suprise, je n’avais pas l’intention de m’y faire reprendre. Mon honneur était désormais en jeu.

Lorsqu’il se décida enfin à attaquer, j’étais parfaitement prête. Malheureusement, je ne m’attendais aucunement à devoir faire face à une vitesse aussi impressionnante. Le temps que mes jambes se décidèrent à faire une impulsion sur le sol pour me dégager de l’axe de son attaque, sa rapière s’approchait déjà bien trop dangereusement de mon visage. Ma position de garde étant spécialement défensive, je réussis tant bien que mal à dévier de quelques centimètres sa lame grâce à mes deux sabres en bois. Elle réussit néanmoins à venir sectionner une mèche de cheveux et à marquer mon esprit par son sifflement mortel.

Il venait de viser mon oreille, ce qui fut un choc lorsque je le réalisai. En visant mon cœur ou mon visage, ma parade n’aurait eu aucun effet et sa lame se serait logée, même décalée de quelques centimètres, à l’intérieur de moi. Dans tous les cas, l’action fut un échec de ma part, j’étais censée esquiver son attaque.

— Désolé d’avoir réagi ainsi, cela ne n'arrivera plus.

Utiliser ses armes dans une situation où je n’étais pas censé le faire était une violation claire des règles de mon code de conduite. J’ignorais si Tenshi portait le même avis sur la question, mais je ne pouvais ignorer l’incident pour autant. Je devais être capable de faire la part des choses entre mon instinct de survie et mon analyse rationnelle de la situation, surtout lors d’un entraînement.

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Ven 24 Aoû 2018 - 17:44

Parce que le premier réflexe si on ne pouvait fuir n'était pas l'esquive, mais la parade, elle parait. Elle parait plutôt bien d'ailleurs, mais ce n'était pas le but de l'exercice. Je n'allais pas me montrer sévères pour si peu de choses, nous commencions à peine et la voir si gênée me mettait bien assez mal à l'aise. Après tout je n'étais pas son maître et n'avais rien à exiger d'elle. Nous étions alors, extrêmement proche et il n'aurait servit à rien de charger à nouveau. Elle avait stoppé le combat pour s'excuser, et cela par contre, c'était une erreur. Alors qu'au faciès je mettais de la compassion et de la douceur autant qu'au ton, je n'hésitais pas de lui faire simplement remarquer ce que l'on m'avait appris moi-même lorsque j'étais enfant.
  • -Un adversaire n'attendra pas que tu lui fasses des excuses pour frapper.


Entraînement au combat voulait dire imiter les conditions du combat. Les cérémonies étaient bonnes pour les dojos, nous étions des shinobis et des soldats qui se confrontaient aux situations réelles, pour nous, les traditions et le respect ne passaient que rarement par les politesses d'usages que les maîtres imposent à leurs élèves en croyant en faire de bons et disciplinés disciples. Je ne lui sautais pas à la gorge non plus, elle avait le temps de se reprendre, mais n'était-il pas plus avisé ainsi qu'elle comprenne que je ne lui permettrais pas de reprendre son souffle une fois que nous reprendrons ? Il me semblait que le sous-entendu était si lourd qu'on ne pouvait que le comprendre.

Je ne me reculais pas, et à mon visage la compassion tombait pour retourner à une forte et intense concentration tandis que je redressais la rapière vers elle. Je comptais l'obliger à se confronter à une situation commune pour ceux qui se battent au corps-à-corps. C'était à dire une mêlée prolongée. Me tenant donc quelques instants, beaucoup moins longtemps que précédemment, droit et le regard entièrement fixé sur sa personne, je me préparais à user d'une école de combat qui était tout à fait propre à ma famille. L'école Sainan en somme.
La philosophie de l'école de combat à la rapière Sainan a deux aspects essentiels : d'une part, il s'agit d'un style de combat fondé sur la vitesse, dont les multiples mouvements ont pour but de déstabiliser l'adversaire et de l'attaquer en court-circuitant ses défenses ; d'autre part, elle implique un investissement physique et mental très poussé de la part de son utilisateur. L'important étant que paraissant offensif, cette école ne blesse pas ! Elle ne fait percer une défense et créer une ouverture, ce qui est la raison principale du sentiment de déstabilisation que ressent généralement l'adversaire.

Par des sauts, des rotations ou des déplacements intenses, l'ensemble du corps porte et accompagne des attaques rapides et surprenantes. Style de combat vif et acrobatique, d'une grande mobilité et aisément compatible à des mouvements d'arts martiaux, l'école Sainan paraît essentiellement offensive, et ses enchaînements lorsqu'elle est pratiquée correctement sont difficiles à prévoir et à parer, même si les attaques ne sont pas très puissantes en soi car elles se concentrent sur la rapidité de mouvement. Il faut cependant noter que les techniques de cette école occupent peu de volume : l'essentiel des mouvements se fait en effet près de l'adversaire, l'attaque étant très focalisée, et ce style s'inscrit aussi bien dans des espaces réduits qu'en environnement ouvert. Ses bases sont rapidement assimilables car cette forme se fonde essentiellement sur la vitesse sans être très complexe, mais sa maîtrise requiert un haut niveau d'endurance, de vivacité et d'agilité. En effet, outre les difficultés de coordination et de précision intrinsèques à ce style, son utilisation prolongée est épuisante et nécessite sinon un surentraînement à l'attention, du moins une excellente forme physique.

J'obligeais donc la jeune Hisa à faire face à cette école en m'élançant sèchement sur elle. Frappant, piquant, tranchant, mais toujours dans l'unique but de percer ses défenses sans jamais la blesser. La blessure ne venait qu'une fois l'ouverture crée normalement. Si elle parait un coup, alors je pourrais le dévier ou le bloquer pour créer une ouverture, le seul moyen qu'elle avait de me contrecarrer était soit d'esquiver, soit de fuir.

Technique:
 

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Jeu 30 Aoû 2018 - 21:15
Je compris rapidement à sa réaction que je m’étais trompée sur le type d’entraînement qu’il prévoyait. Mes professeurs avaient l’habitude de m’inculquer des mouvements précis en me les faisant répéter inlassablement, me reprenant à chaque erreur. C’était long et répétitif, mais leur pédagogie restait très efficace. Ce fut donc tout naturel pour moi de m’imaginer que cela allait être de même cette fois-ci. Sa remarque sut cependant m’indiquer le contraire. Ce n’était pas réellement un problème pour moi. S’il voulait que je le considérasse comme un adversaire durant le cadre de l’entraînement, je pouvais faire avec.

J’acquiesçai donc succinctement tandis que nous nous remettions tous les deux en position de garde. Lorsqu’il reprit alors les festivités, je remarquai rapidement un changement dans sa manière de combattre. La surprise et la vitesse de son coup précédent avaient laissé place à un rythme beaucoup plus soutenu de coups. Son style de mouvement était différent de ce que j’avais appris ou même de ce que j’avais déjà vu. Contrairement à précédemment, mon instinct m’était bien plus pratique puisqu’il m’incitait à esquiver chaque coup. Mes deux sabres me semblèrent presque inutiles face à la ténacité de ses attaques. Il semblait essayer de m’empêcher de les utiliser pour me permettre de rester concentrée sur l’esquive. Quand bien même je n’étais pas censée parer, je ne voyais dans ses mouvements aucune occasion de le faire sans réduire ma garde.

Malgré tout cela, esquiver l’ensemble de ses attaques était une tâche bien complexe. Ainsi, à plusieurs occasions, mes lames en bois furent mes seules possibilités pour soutenir ses assauts. Cela entrainait immédiatement une réaction de sa part destinée à me faire comprendre que je venais de lui faire une ouverture potentiellement fatale. Chaque erreur me faisait réaliser petit à petit qu’il allait me falloir une solution plus efficace pour affronter cette difficulté. Je doutais fortement que Tenshi allait rester à m’entrainer pendant des semaines le temps que mes réflexes et ma vitesse augmentassent.

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Hier à 20:24

Cliquetis de l'acier qui croise, et pas de danse pour faire la démonstration d'un combat chorégraphié, sinon qui semblait au moins petit à petit le devenir. Nous nous battions pour de faux alors que je tentais désespérément de lui donner l'impression que c'était des plus réels. Le calme apparent cachait la concentration et la volonté d'accomplissement. Je cherchais à chaque coup, à lui faire aller par là où je voulais qu'elle aille, veillant à ne jamais la blesser, pour ne lui donner que l'illusion de l'envie de frapper férocement là où elle risquerait de le sentir violemment passer.

Le regard que je lui offrais n'était pas plus que glacial et inexpressif, il en résultait l'apparence d'un automate, ou d'un visage d'argile frappé d'une aphasie émotionnelle à faire frémir les douces amplitudes d'une jeunesse encore innocente. Frapper, encore et encore, sans regarder autre chose que le vide, sans ne dévoiler rien de ce que le ressenti entendrait par un regard, une mimique, une autre saveur des moindres élans de quiétudes, de colère, ou même d'une fougue qui accompagne à l’accoutumée ce genre d'exercice. Nous étions comme deux duellistes, et si jamais je n'eus l'intention de réellement la blesser, je m'efforçais encore et toujours, par la violence et la précision gracieuse de mon geste, de lui donner l'illusion d'une mort possiblement imminente, car l'absence de répit dont l'épuisement faisait périr de faire l'énergie de sa juvénile candeur renvoyait à la malheureuse idée que la guerre n'est rien d'autre qu'un duel à une plus vaste échelle. Nous étions en guerre, elle et moi, pour jouer, mais nous l'étions.

L'expérience de l'esquive et de cet entrainement, autant que les formes que j'ajoutais au fond, pouvaient-elles l’enivrer de cette peur que l'on ressent sur un champ de bataille et de la malheureuse expérience qu'était de pouvoir périr pour une obscure raison, qui n'aurait d'autre nom qu'une affligeante indifférence ? Le duel, bien que supplément obligé aux lois qui ne connaissent pas des offenses faites à l'honneur, est affreux, surtout lorsqu'il détruit une vie pleine d'espérances comme sa vie à elle m'en ferait une savoureuse promesse. La peur qu'elle pourrait ressentir lorsque la pointe de ma rapière frôlait pas plusieurs fois sa peau et ses vêtements n'était peut-être pas plus qu'imagier, qui sait même, peut-être fatalement et gravement inexistante, ce n'était certes pas parce que je voulais lui faire ressentir ce frisson de soldat en pleine mêlée que j'y parviendrais forcément, la peur n'est pas le même paysage pour chacun. Il est faux de croire que l'échelle des craintes correspond à celle des dangers qui les inspirent. On peut avoir peur de ne pas dormir et nullement d'un duel sérieux, d'un rat et pas d'un lion.

Froidement, d'un regard étincelant d'un bleuté pure et angélique, quand ma lame passait de ci et de là en cognant la sienne je songeais à ce que me rappelait mon défunt et regretté père sur ce que le duel avait d'étrange avec les affres de la guerre. Ce qui contribua le plus à l'abolissement du duel, ce fut la nouvelle manière de faire combattre les armées, sinon du moins était là le terrible mensonge que nous nous faisions tous sur le duel entre deux guerriers, deux shinobis, ou des samourais. A la veille d'une conspiration comme d'un duel, on a beau s'étourdir, on sent au fond de son âme qu'on n'est pas dans le vrai ni dans le juste, et pourtant l'honneur humain nous tient et l'on continue. Les hommes qui ne se battent pas en duel croient que les hommes qui se battent au duel à mort sont courageux. Pourtant, lorsqu'on s'y trouve, face à la fatalité in extremis, si loin et rude qu'on sentirait le souffle du diable sur la nuque et sa queue piquer les orteils, on ne trouve alors point de courage à l'affrontement à mort, qui n'a d'échos qu'au gré d'instinct belliqueux et animalisés. Là, dans une sanglante mêlée, au milieu des cris et des horreurs possibles de l'âme humaine, nul courage ne vit, rien que la bassesse et l'instinct,, la réflexion et la raison y périssent, et au réveil, c'est la bouche pâteuse et l'esprit embrumé que l'on se découvre, comme tout droit sortit d'un long et terrible cauchemar.


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Hier à 21:36
Si Tenshi n’avait ni la vitesse ni la puissance de mon oncle, avec lequel j’avais passé la plus grande partie de ma vie à m’entraîner, c’était bien la première fois que j’étais acculée ainsi quelqu’un au corps à corps. Son maniement de la rapière était irréprochable et son style de combat ne me laissait pas le moindre répit. A chacun des coups de son assaut, je me déviais de leur trajectoire au dernier moment, ne laissant qu’une sensation de frottement et une certitude, celle d’être totalement à sa merci. Je ne réagissai pas à sa volonté de manquer délibérement chacun de ses coups, comprenant qu’il ne tentait que de m’aider à progresser sans me sanctionner d’une blessure à la moindre erreur. C’était cela dit assez subtil, chacun de ses coups me semblaient véritablement être dirigés vers une zone vitale, ce n’était qu’une fois ces coups terminés, lorsqu’ils finissaient leur course à quelques milimètres de moi, que je pouvais être assuré qu’ils n’étaient pas destinés à me blesser.

L’échange avait beaucoup se prolonger, son exécution ne semblait pas ralentir ou perdre en finesse. Mes yeux avaient fini par s’habituer à suivre sa lame, mais mon corps était toujours aussi incapable de réagir à temps. Cela faisait un moment que j’avais réalisé que sans utiliser de chakra dans mes mouvements, mes jambes ne pouvaient atteindre la vitesse de sa rapière, mais il me fallait améliorer mon contrôle d’une telle utilisation tout en recevant un flot conséquent d’attaques. Plus celles-ci s’enchainaient, plus je progressais, mais comme il m’avait laissé une marge de manœuvre pour me protéger, il n’avait qu’à la réduire pour m’obliger à me surpasser.

Il me fallut cependant attendre encore plus longtemps pour réaliser qu’en essayant de restreindre la quantité de chakra dans mes esquives pour tenir le rythme effréné, je ne faisais qu’essayer d’éviter chacun de ses coups individuellement sans succès. Je concentrai donc une quantité de chakra plus importante, non pas pour esquiver son coup, mais pour me dégager totalement de son assaut méthodique. Lorsqu’il me porta un coup à nouveau, au lieu de laisser mes sabres parer ou de m’écarter légèrement, je pris une grande impulsion sur le sol avant de déverser du chakra pour sauter dans les airs. Si l’acrobatie n’était que rarement reconnu par les maîtres du combat en duel à cause de son imprévisibilité et son manque de rigueur académique, c’était un art que je me devais d’employer par moment pour compenser ma différence de gabarit avec des adversaires plus agés. Je passai alors au dessus de sa tête tout en étant prête à parer le moindre de ses coups dans le but d’arriver dans son dos. Sans savoir si cette stratégie allait fonctionner contre lui, je m’exposais à une attaque à laquelle il allait m’être impossible de m’échapper, mais je comptais sur la surprise et le changement de rythme pour déstabiliser son rythme d’attaque et trouver une ouverture.

Bien que je n’eusse pas porté le moindre coup depuis le début de l’affrontement et que je n’étais pas censé utiliser mes armes dans un entraînement à l’esquive, j’estimais qu’avec ce genre de pédagogie, je ne pouvais démontrer ma réussite qu’en effectuant une riposte suffisament bien exécutée. Des miliers de pensées fusaient à travers mon esprit durant ce combat et cet enchainement, ma concentration était toujours à vif et je n’étais pas près de la relâcher, mais les émotions procurées par cette joute me laissaient perplexe. Toujours était-il qu’alors que mon endurance était mise à l’épreuve et que mon corps flottant était à la merci de tout assaut inattendu, mon visage dessinait un sourire qui m’était encore inexpliquable.

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Aujourd'hui à 0:24
La progression se faisait sentir à vue d’œil, et éprouvant la difficulté la demoiselle me faisait la preuve de son talent martial autant que de son envie de maîtrise des arcanes que je lui enseignais. Nous dépassions la démonstration pour en venir à un entrainement plus profond, plus sérieux, plus proche de ce que j'avais l'habitude de me soumettre à l'effort, du moins lorsque j'y trouvais une relative motivation.

Voilà que me masquant derrière la glace et l'angélisme, je me sentais trouver un certain plaisir à cet affrontement. Son agrandissement et ses réserves s'agrandissant, je découvrais la voie d'un plaisir sans arrière-pensée, où abolissant le désir de tuer, l'escrime n'était plus que douce et suave, un sport, qui n'avait de raison que l'accomplissement de soi-même, dans une certaine mesure, loin des ravissements et des fausses gloires qui sillonnent les usages honorables des règles que nous imposent nos conditions guerrières.

La mort est mon métier, mais il arrive parfois, par-delà l'ambition, par-delà les maussades souvenirs qui pèsent sur le coeur et sur l'âme, qu'on retrouve au carrefour du destin une innocence, blancheur immaculée et non feinte, qui est capable de rappeler ce pour quoi l'ardent désir d'un monde meilleur fait brûler en soi l'éloquence d'une passion que l'on sait aussi pure que violente, si violente qu'elle nous tuerait. "L'un fut bon Chevalier, l'autre bon Escrimeur,
Mais tu as ces deux en toi le double d'honneur : Car où est l'Escrimeur, tant soit bon, qui s'approche de toi, sans emporter au logis une touche ?" Me plaisais-je à chanter un instant en moi-même sans ne même plus vraiment observer ce que je faisais.

Elle commençait à esquiver plutôt que parer, prenant le rythme, se calquant sur mes gestes et parvenant petit à petit à les devancer, les prévoir, à tout simplement, les voir... Là était la preuve de l'efficacité de cet entrainement improvisée et qu'elle avait bien plus que le potentiel, seulement besoin d'un déblocage en bon et dû forme du savoir qu'elle possédait déjà. Par-delà cette occasion il me semblait qu'il n'y avait déjà plus vraiment d'utilité à ma présence. Mon aide devenait désuète et ma touche inutile. Je continuais de frapper, conservant par moi et ma volonté le rythme, même la grâce, qui faisaient mon apanage. Soudain, elle fit une pirouette plus que savamment réalisé compte tenu du contexte et m'esquivait pour se retrouver derrière moi en un instant.
  • -Mh ?


Lâchais-je de surprise. Cela me sortit de mes pensées et je me trouvais à devoir retrouver un semblant de véritable concentration pour ne pas me laisser surprendre à mon tour. D'un demi-tour je me retournais sur elle, et parais le coup à venir non sans surprise que je laissais passer de moi à travers un séducteur sourire sur sa personne. En si peu de temps elle prenait du gallon et me prouvait que nous pouvions enfin passer un cran au-dessus. Il n'y avait nul besoin de l'annoncer, bien au contraire, son geste suffisait à l'entendre et je ne demandais qu'à le suivre. Mon regard devint perçant, plongeant dans le sien, y sondant son être, d'un passage éprouvé et malsain comme ce que le diable semblerait lire en soi mieux qu'en un livre ouvert. L’œil grand ouvert idéalisait le visage d'ange, qui se cachait en ses traits par commune mesure de sa terrible à affable clairvoyance. Fallait-il que l'ange soit aussi un démon ? Non, la subtilité de ce combat appellerait à une image beaucoup plus complexe que cela, que quelques mots ne parviendraient certainement pas à définir.


Regard croisé, je lui faisais voir ce que la paix pouvait avoir de malsain oui, de pervertis, et en quoi et par quoi cela pouvait conduire au malheur. La férocité, même si elle n'était pas apparente comme au sein de mes traits d'innocence angélique, était le moteur néanmoins d'un bon et véritable, et usant d'une illusion, avant de tranquillement, glisser la pointe de ma rapière sous sa gorge, je voulais maintenant vérifier jusqu'où allait sa férocité. Pouvoir se défendre était une chose, et ce genjutsu ne l'empêchait absolument pas, mais en revanche, ne pas pouvoir attaquer ? N'était-ce pas finalement encore plus grave que de ne pouvoir se défendre dans le cadre d'un combat ?

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La lueur de l'aube

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