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Arc Tsukuyomi — Partie 1 : Grandir. [Solo]


Mer 5 Sep 2018 - 22:07
Grandir. C’est quoi, grandir ? Ça fait quoi de grandir ? Comment on grandit ? Comment peut-on dire qu’on a grandi ? La main de Tsuki serre son oreiller. Les yeux perdus dans le vague, la blonde inspire et expire lentement. Elle ne sait pas si elle a grandi. Devenir ninja a changé beaucoup de choses dans sa vie : sa vision du monde, sa vision des choses, sa vision des gens. Un énorme bousculement dans son petit univers, qui est passé de l’univers d’une gentille petite chasseuse à celui d’une jeune ninja. Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? La Genin n’est pas sûre de pouvoir répondre à cette question. Beaucoup d’interrogations se succèdent dans sa tête.

Le Soleil brille d’une lueur un peu plus pâle. L’été touche lentement à sa fin, la faune se modifie peu à peu, l’automne prendra ses droits et changera toutes ses activités de ces derniers mois. Un été mouvementé, rythmé, qui l’a traînée ici et là dans Kaminari no Kuni. Un sourire étire ses lèvres quand elle y repense. Toutes ces rencontres, tous ces gens ! Sa vie de ninja lui a permis de modifier toutes ses habitudes. La vie de chasseuse lui apporte des frissons, c’est sûr, mais les gens, ces gens si différents, apportent quelque chose de plus. Un petit frisson qu’elle ne connaît pas dans sa vie de tous les jours, sans eux. L’Homme est unique, et c’est parce qu’il est unique qu’il est aussi intéressant d’être à son contact.

Mais dans ces rencontres, il y en a une qui l’a énormément marquée. Même si toutes les personnes croisées ici où là ont toutes été intéressantes, même si elles lui ont toutes vraiment beaucoup apporté, il y a cette rencontre. Celle-ci. Yahiko. Contrairement à toutes les petites rencontres ici et là, qui peuvent marquer mais qui n’ont pas eu ce même impact, il y en a une qui laisse un souvenir indélébile. Tsuki a connu Yahiko un jour d’entraînement. Son premier jour d’entraînement, d’ailleurs. Comme à son habitude, la blonde a été follement tentée de faire demi-tour, d’abandonner et simplement partir. Il lui aurait été bien plus simple de rebrousser chemin, après tout. Pourtant, il y avait cette personne, cette silhouette fatiguée au milieu du terrain. Cette silhouette, c’était Yahiko. Le jeune Genin aux cheveux blancs. La suite s’est faite naturellement, deux personnes qui s’entraînent ensemble, puis qui livrent bataille. Beaucoup pourraient croire qu’un affrontement tel que celui-ci n’est qu’une bagarre, un grain de sable dans la plage, quelque chose qui n’a aucun intérêt. Pourtant, pour Tsuki et le jeune homme, il s’agissait d’une rencontre vraiment importante. Deux personnes, qui acceptent d’évoluer aux côtés l’une de l’autre en se tirant vers le haut. Deux moteurs, l’un pour l’autre, qui tiendront la cadence et décident de se battre pour ne jamais faiblir. Pour devenir les élites.

Cette rencontre est marquante car elle comporte une bataille, beaucoup de progrès, mais surtout une discussion extrêmement importante. Dans cette conversation, une phrase est restée dans la mémoire de la blonde. Les ninjas sont soumis aux ordres. Autrement dit, si l’ordre est de tuer, quel que soit l’avis du ninja concerné, il devra le faire. Tsuki, qui refuse catégoriquement d’endosser le rôle d’assassin, devra donc, peut-être, un jour, porter ce rôle de toute façon. Son rôle, sa profession la forceront à tuer quelqu’un. Peu importe la raison, cela arrivera. C’est ainsi, Tsuki est une ninja. Une jeune femme capable de manipuler son chakra, utilisée pour protéger les autres. Sa main serre son oreiller, plus fort encore. Tuer est inadmissible. Un assassin est une personne qui s’élève au-dessus des règles, qui outrepasse l’interdiction de tuer et donne la mort. Le commanditaire, quant à lui, s’accorde le droit de déterminer si une personne a le droit de vivre ou non. Est-ce possible ? Réaliste ? Normal ? Tsuki se mord la lèvre. Personne n’est censé choisir qui peut vivre ou mourir. Une vie est importante, une vie est unique, elle appartient à une personne. Si quelqu’un choisit d’aller au-delà de ce principe de base, peut-être n’a-t-il pas le droit de vivre ?

Pas le droit de vivre. Pas … le … droit … de … vivre. Tsuki arque un sourcil. Et si, finalement, un assassin pouvait être assassiné ? Parce que, justement, est-ce que son crime ne justifie pas qu’il se fasse, lui-même, retirer la vie qu’il a bafouée ? Sa vie mérite-t-elle d’être sauvée si elle a servi à en anéantir une autre ? Garde-t-elle la même valeur ? Tant de questions. La blonde tergiverse, hésite, réfléchit. Que penser ? Que faire ? Doit-elle rester kunoichi ? Faut-il raccrocher ? Abandonner ? Ou faut-il, au contraire, apprendre ? Comprendre ? Grandir ?

Est-ce que c’est ça, finalement, de grandir ? Est-ce que c’est le fait de remettre en question toutes ses croyances ? Changer de point de vue ? Évoluer ? Peut-être, au fond. Mais cette réflexion ne permet pas à Tsuki de se dire qu’elle est prête à, un jour, ôter la vie à quelqu’un. Elle sait pertinemment que, même si certaines personnes peuvent être considérées moins « autorisées » à vivre que d’autres, elle ne sera pas prête à ôter la vie à quelqu’un. Y réfléchir est une chose, le vivre en est une autre. Mais il y a effectivement un processus qui se met en place, qui permet à la Genin de réfléchir différemment. Il en faut plus. Davantage. Elle a besoin d’autres avis, d’autres opinions. Cette réflexion a besoin de quelque chose de plus. Sa petite opinion de jeune ninja ne peut pas l’éclairer. Après tout, ébranler ses convictions profondes pour les remettre totalement en cause est … compliqué. Et il y a probablement des failles.

Tsuki est une kunoichi un peu particulière. Pour elle, la victoire passe par la douleur, certes, mais elle refuse de tuer quelqu’un. C’est pourquoi ses capacités, contrairement à sa mère, ont été mises au service des illusions. Ses habilités consistent à plonger ses adversaires dans des illusions terribles, une véritable torture, mais comme tout est « faux », cela lui permet de ne sentir aucune culpabilité. Blesser un être jusqu’à lui ôter la vie est contraire à ses principes. Inadmissible. Impensable. Du coup, elle n’est pas encore capable de se dire qu’un jour, ses capacités ne suffiront plus et il lui faudra agir autrement pour vaincre de potentiels adversaires. Après tout, au-delà de ses obligations en tant que kunoichi, il existe également autre chose, quelque chose qu’elle n’a pas encore vraiment vécu, à cause de sa jeunesse : le danger. Les personnes qui s’engagent sur cette voie, un jour, frôlent la mort. Pas toutes, mais la plupart. De là, il est évident que ses convictions ne lui permettront pas de survivre. Le monde est violent, le monde est dangereux. Il faut tuer pour survivre.

Vraiment ?

Tsuki décide de sortir du lit. Elle a besoin d’un avis extérieur, de parler à quelqu’un. Elle a besoin de vider son sac. Pour cela, la première personne à laquelle elle pense est sa mère. Chasseuse depuis son adolescence, Hohoemi Rinka a vécu suffisamment de choses pour l’aiguiller. Alors hop. La blonde pose son oreiller et se prépare. Maman est toujours la meilleure personne vers qui se tourner quand il y a des petits problèmes. Enfin. Petits, tout est relatif.
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Mer 5 Sep 2018 - 23:16
Hohoemi Rinka. Petit bout de femme adorable comme tout. Tsuki ressemble beaucoup à sa mère. C’est une demoiselle à peine plus grande que sa fille – seuls dix centimètres les séparent –, toute aussi fluette, avec de grandes prunelles incarnates. Contrairement à sa progéniture, Rinka a les cheveux blonds platine, à la limite du blanc, et courts. Depuis toute petite, elle a toujours préféré avoir les cheveux courts, pour ne pas se retrouver gênée lors d’une chasse. Issue d’une famille de chasseurs renommés à Tsuchi no Kuni, elle a baigné depuis toujours dans cette ambiance particulière, à traquer les animaux et développer ses capacités de maîtrise du son pour pouvoir attraper ses proies sans problème. Encore une fois, à la différence de sa fille, Rinka n’a jamais été versée dans les illusions. De ce fait, depuis son enfance, elle s’est entraînée de façon à pouvoir traquer et détruire ses victimes grâce à cette compétence. C’est pourquoi Tsuki s’est promis, un jour, de devenir meilleure que sa mère en matière de traque. Le choix de devenir kunoichi est venu de là, aussi. Par admiration pour sa maman, la blonde s’est dit qu’elle allait suivre ses traces, mais à sa manière.

En effet, depuis son entrée dans l’adolescence, Tsuki s’est toujours dit que sa mère était trop bestiale. Une personne violente, qui tue. Qui n’a aucun mal à ôter la vie à divers animaux et a décidé d’en faire son métier. Une chasseuse hors-pair, recrutée à Kumo pour empêcher les prédateurs d’entrer dans le village. Depuis des années, Rinka est envoyée ici et là, pour vaincre ces possibles dangers. La Genin n’a jamais accepté cette pratique car elle n’a jamais accepté de donner la mort. Pour elle, capturer ces animaux serait plus simple et probablement bien moins barbare. Sauf que, comme sa mère le lui a expliqué par la suite, se charger des animaux en les emprisonnant encore et encore nécessiterait de gigantesques prisons qui leur seraient réservées. Du coup, elles prendraient énormément de place et ne seraient absolument pas pratiques. Ainsi, lui ôter la vie est plus simple, plus efficace et ne détruit pas forcément la chaîne alimentaire. Il est bon de préciser aussi que les animaux ne viennent pas constamment rôder autour de Kumo, donc la matriarche Hohoemi n’a pas un palmarès de plusieurs kilomètres de long, non. Enfin, les animaux les moins dangereux sont généralement laissés en liberté, mais déplacés ou effrayés pour les empêcher de revenir. La « barbarie » de cette femme est donc clairement limitée. Toutefois, ce critère est suffisant pour pousser Tsuki sur un chemin différent, une voie du shinobi plus … pacifique ? Où les seuls dégâts seraient illusoires et se dissiperaient une fois l’illusion levée.

Mais aujourd’hui, tout cela vole en éclats. Les convictions de Tsuki sont remises en question, elle ne sait plus si elle doit continuer sur ce chemin. Pourra-t-elle évoluer convenablement dans un tel univers avec cette philosophie ?

La porte de sa chambre s’ouvre et dévoile une Tsuki pensive, bien moins souriante que d’habitude. Une jeune fille perturbée, qui a bien dormi mais s’est mal réveillée. Sa mère l’accueille avec son éternel sourire. On ne se demande pas d’où viennent les petites mimiques de l’enfant quand on voit son parent.
« Bah alors ! T’as p’tite mine ! »
La demoiselle grogne et s’assoit silencieusement à table. Sa mère dépose une assiette avec une omelette traditionnelle, un bol de soupe miso et un bol de riz devant Tsuki, puis fait de même devant elle. Kyoei, le patriarche Hohoemi est absent aujourd’hui. Du coup, elles se retrouvent toutes les deux pour la journée, excepté si Rinka est appelée pour aller s’occuper d’un animal potentiellement dangereux. La main de la mère passe de l’autre côté de la table et se pose sur celle de sa fille.
« Allez. Dis-moi tout. Tu sais très bien que j’ai un excellent flair. », lui lance-t-elle, avec un regard appuyé, très fière de sa bêtise.
Un sourire naît sur les lèvres de Tsuki, qui ne peut se retenir. Sa mère est un clown. Elles se ressemblent à ce niveau aussi. Elles sont très sérieuses lorsque la situation l’exige, mais si elles peuvent glisser une blague ici ou là, dans une autre situation, elles le feront volontiers. Sourire, rire, s’amuser, sont des choses qui leur tiennent à cœur et sans lesquelles elles seraient vraiment très tristes. Conscientes d’avoir du potentiel dans l’art de la blague ou simplement pour redonner la joie à autrui, ces deux femmes utilisent leurs capacités aussi souvent que possible. Une personne triste n’a rien d’amusant. On n’a qu’une vie. Alors elles hissent leur coquille sur leur dos et font de leur mieux pour amuser la galerie. Peu importent leurs propres problèmes, elles se doivent de passer au-delà et vivre au maximum, surtout en public. Mais cette fois, Tsuki n’y échappera pas. S’il y a bien une chance que Rinka est, c’est persévérante. C’est une chasseuse. Rien ne lui échappe. Jamais. Et elle ne lâche jamais l’affaire. Donc autant couper court au suspense et tout cracher, n’est-ce pas ?
« Tu penses que … Que je pourrais m’en sortir en tant que ninja si je ne veux jamais tuer ? »
Rinka penche la tête, arque un sourcil. Elle le savait. Ce n’est pas la première fois que sa gamine lui dit ne pas vouloir tuer quelqu’un. Mais il est impossible de survivre dans cet univers, avec cette fonction, sans jamais assassiner ou être en danger de mort. Rinka le sait, elle a voyagé à travers Tsuchi no Kuni puis Kaminari no Kuni avant d’arriver à Kumo. Elle a esquivé de nombreux dangers avec son mari, fait face à de très nombreux braconniers et autres personnes qui les mettaient en péril. Sa fille est une idéaliste. Sa perception de la vie humaine et de sa valeur font d’elle une personne honorable, mais vulnérable. Rinka soupire.
« Tu veux la version honnête de la ninja, ou la version gentille de la maman ? »
Tsuki regarde son assiette un instant. Un instant qui lui semble très long, éternel. L’omelette ne se modifie pas, pourtant. Rien dans ces œufs ne lui offre de quoi répondre. Honnêteté brutale voire violente, ou douceur hypocrite ? Vérité ou mensonge ? Le choix est vite fait. Même si elle sait que ça va faire mal, probablement plus qu’elle ne se l’imagine.
« Honnête. »
Rinka hoche la tête.
« Bien. » Elle inspire profondément. « Je t’aime, Tsuki. Tu portes en toi des valeurs que je respecte, avec lesquelles je pourrais être d’accord si nous ne vivions pas dans notre univers. » Premier coup sur la tête. « Malheureusement, nous vivons dans un monde où notre clémence n’est pas une qualité, mais un défaut. Si un jour tu te trouves face à quelqu’un qui te met en danger de mort, tu n’auras pas le choix de le tuer. Parce que ce sera toi, ou lui. Et dans ce cas, ton instinct de survie ne te laissera pas réfléchir plus loin, tu tueras. Ce sera horrible, parce que ton principe le plus fort et le plus important sera violé, mais tu auras survécu. C’est le plus important, n’est-ce pas ? »
Trop de coups sur la tête. Bien trop. Tsuki réfléchit autant que possible à ce qu’elle entend, sans savoir quoi dire. L’instinct de survie face aux valeurs personnelles. L’instinct. Chose que la blonde valorise au-delà de toute autre, peut-être même au-delà de cette interdiction de tuer. Dans ce genre de situation, que faire ? Elle ne pourra pas reculer et n’aura pas le choix, mais alors … Comment le vivra-t-elle ?
« Mais. Comment on fait, après ? Je veux dire. Tu tues des animaux depuis longtemps, non ? Qu’est-ce qui te motive ? Qu’est-ce qui te fait accepter de leur ôter la vie ? Et … Tu as déjà tué quelqu’un ? Un être humain ? Quand on tue quelqu’un, comment on fait ? »
Un sourire gentil naît sur les lèvres de la mère. Il n’y a vraiment que dans ce monde que de telles préoccupations peuvent surgir. Le monde de la chasse n’est pas aussi compliqué, l’Homme chasse, attrape sa proie, la dépèce, la mange, voilà. Puis sa vie continue. Entrer dans l’univers shinobi pour devenir chasseuse de prédateurs a changé énormément de choses dans sa vie, notamment celles-ci. Sa fille a évolué dans cet univers et ses interrogations sont justifiées. Alambiquées, mais justifiées. Rinka pose ses baguettes et croise les mains.
« Après, on fait avec. On apprend à vivre avec les meurtres. On ne se le pardonne probablement pas, mais on vit avec, parce que c’est comme ça. Ces choses-là ne s’effacent pas, mais on n’a pas le choix. J’accepte de tuer un animal parce que je me dis que … Que sa mort peut protéger des dizaines d’autres vies. Du coup, en ôter une seule pour le bien commun me permet de relativiser. » Elle marque une courte pause. « Cela dit, c’est dérisoire, de vaincre un animal, par rapport à un être humain. Mais j’ai déjà tué. Je veux dire. Tué un homme. »
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Mer 5 Sep 2018 - 23:50
Les prunelles incarnates de Rinka, à l’origine brillantes et chaleureuses, se voilent d’une sorte de tristesse. Elles s’assombrissent. C’est une tristesse que Tsuki ne comprend pas et peine à imaginer car elle n’ose même pas aller jusqu’au bout de ce qu’il est possible de ressentir à ce sujet.
« Comme tu le sais, lorsque nous avons voyagé de Tsuchi à Kaminari, nous avons rencontré des personnes violentes, dangereuses. Tu ne t’en souviens peut-être pas, mais, quand tu étais petite, ton père était chargé de ta protection, pendant que je m’occupais de vaincre les possibles assaillants qui cherchaient à nous nuire. Je ne faisais pas que chasser du gibier, je chassais aussi … Des gens. »
Sombre histoire. Tsuki déglutit. Son âme d’enfant n’aurait jamais imaginé ça et n’aurait jamais remis en doute la parole de sa maman. Ces révélations lui mettent un nouveau coup de massue sur la tête.
« Alors, je peux te le dire … Je n’aurais jamais voulu tuer. Seulement, pour ma survie, celle de mon enfant et de ma famille, j’ai été prête à le faire. Parce que je préfère vivre avec du sang sur les mains que mourir en n’ayant rien tenté. On ne se pardonne jamais un meurtre, mais on vit avec. Parce qu’on peut avoir des raisons de tuer quelqu’un. Parce que parfois, on n’a pas le choix de le faire. Alors on le fait. Parce que souviens-toi Tsuki, peu importe à quel point tu valorises la vie humaine, il y a une vie qui prime, au-delà de toutes les autres. La tienne. Et ton but, en tant qu’être vivant et, à plus large mesure, en tant que ninja, est de survivre. Pour toi, pour ton village. Tu as le devoir de vivre, peu importe les sacrifices que cela apporte. »
Tsuki baisse les yeux. Ses prunelles écarlates vont chercher le réconfort dans le bol de riz. Le devoir de vivre. Le besoin de grandir. Le désir de s’affranchir tout en restant aussi proche que possible de ses propres valeurs. C’est bien beau de devoir sauver sa peau et, sa mère a totalement raison en disant cela. Il est normal de se battre pour ne pas mourir, pour protéger sa famille, mais il y a d’autres types de meurtres dans ce monde, non ? Le Yuukan est encore au-dessus de l’instinct primitif, du simple devoir de conservation. Il y a plus et Tsuki sait que sa mère en a conscience. C’est cet aspect qui dérange actuellement la blondinette.
« Mais. Maman. Les meurtres commandités, on en fait quoi ? Parce que, concrètement … Si un jour j’utilise mes capacités de chasseuse pour être utile à Kumo, ce que je veux faire … Il n’est pas impossible qu’on me demande d’ôter la vie à quelqu’un, non ? Et dans ce cas, je ne pourrais pas me dire que je fais ça pour ma survie, si ? »
Le sourire de Rinka revient. Sa fille est perspicace et il est facile de sentir à quel point elle a réfléchi à ce sujet. Elle n’a pas juste pensé à pourquoi tuer, ni comment tuer, ni comment vivre avec. Elle a pensé à tout. Vraiment. Mais ça c’est le côté chasseur, rien d’étonnant. La mère croise les bras sur sa poitrine.
« Tsuki, réfléchis. Juste un instant, réfléchis. Toi qui respectes l’autorité plus que personne. Tu penses sincèrement que ton chef, un jour, te demandera de tuer quelqu’un sans raison ? Tu crois que le monde ninja n’abrite que la barbarie ? Qu’il n’y a rien au-delà ? Souviens-toi. Quel est ton rôle ? Pourquoi es-tu devenue une kunoichi ? Tu voulais être utile à ton village. Tu voulais servir à quelque chose. Tu voulais que mon enseignement serve à Kumo, que tes compétences soient un plus dans ce village, n’est-ce pas ? »
Tsuki hoche la tête.
« Alors, justement. Même si un jour tu utilises tes compétences de traqueuse pour cela. Penses-tu sincèrement qu’un jour, on te demandera de tuer sans raison ? Comme ça, juste pour tuer ? Si le village appliquait cette philosophie, tu penses qu’on serait restés ? Tu as confiance en moi, n’est-ce pas ? »
Nouveau hochement de tête. Oui, c’est sa mère après tout. Elle a confiance en elle.
« Dans ce cas je pense que tu peux me croire quand je te dis que, jamais, absolument jamais, on ne te confiera une mission d’assassinat injustifiée. Rappelle-toi, un être mérite la mort lorsque lui-même a semé la mort. Lorsqu’il représente un danger potentiel. Un être dangereux, qui met en péril autrui par son comportement ou sa façon de penser, est une personne qui peut voire doit être supprimée. Tu n’as aucun souci à te faire à ce niveau. Fais confiance aux hautes instances. Crois-les. Tout ira bien pour toi, d’accord ? »
La petite blonde hésite. Elle ne sait pas. Tout n’ira peut-être pas bien. Mais elle prend en compte le point de vue de sa mère, elle l’accepte. Parce qu’un village ninja, en particulier celui où ses parents ont décidé de s’installer, alors qu’ils vivaient très loin de ce même village, est forcément un endroit qui a des raisons de leur plaire. Des raisons qui les ont menés jusqu’ici, de Tsuchi. Un assassinat ne sera jamais injustifié. Protéger le bien commun. Préserver sa propre vie. Évoluer. Grandir. Tant de choses à garder en tête, à accepter et à suivre … ça fait beaucoup. Mais le ménage se fait progressivement dans sa tête. Un ménage lent, progressif, mais qui, petit à petit, parvient à mettre au clair toutes ses idées. Tsuki sourit et recommence à manger. Rinka fait de même : elle a touché le point faible de sa petite fille, elle a réussi à transmettre ses propres idées. Son enfant mettra sûrement du temps à se détacher de ses principes et il lui faudra peut-être un véritable déclic pour briser toutes ses inhibitions, mais elle y croit. Tsuki sera une grande kunoichi, capable de la dépasser en matière de traque mais aussi au combat. Une combattante qui aura du mordant, qui ne laissera rien passer et représentera un atout de taille pour le village. Oui. Tout ira bien.

Rinka finit tranquillement son petit-déjeuner et regarde la blonde. Une idée lui est venue.
« Oh, d’ailleurs, mon chaton. Ton père rentrera tout à l’heure. Tu pourras peut-être lui demander son avis ? Après tout, c’est un médecin, il aura sûrement bien des choses intéressantes à te dire. »
La truffe de la blonde se relève aussi sec. Elle approuve. Son père, Kyoei, est médecin depuis de très nombreuses années. Son avis sur la question doit être encore plus poussé et intéressant que celui de sa maman … Et puis, avoir plusieurs opinions sur une seule et même question est toujours très intéressant ! Alors, oui, autant lui demander. Elle le note sur sa liste de choses à faire. Une liste qui ne cesse de s’allonger.
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Ven 7 Sep 2018 - 23:20
La porte s’ouvre et dévoile un homme de taille moyenne, environ un mètre soixante-dix. Il a les cheveux hirsutes, châtain, et les yeux noisette. Sa tenue est celle d’un médecin tout à fait banal, il porte une blouse par-dessus un t-shirt noir et un pantalon de ville de la même couleur. Kyoei. Un homme basique, simple, qui passe partout. Les gens l’aiment pour ça, en général. Il n’a rien de choquant ni de surprenant et la plupart de ses patients lui ont avoué que cela les met en confiance. Sa simplicité est un de ses principaux atouts. Kyoei n’a jamais voulu faire beaucoup de bruit dans la vie de tous les jours, c’est un homme simple, discret, qui mène sa vie sans remous.

Il rentre dans la maison, ferme la porte, enlève ses chaussures. C’est la fin de l’après-midi, peu avant l’heure de préparer le dîner. Sa routine est très bien cadrée, il se lève tous les jours à la même heure, rentre tous les jours à peu près au même moment, fait toujours la même chose. Il aime que tout soit carré, propre, clair. Il n’aime pas les choses qui changent, cela le perturbe. En tant que médecin, il adore les pathologies un peu particulières, mais il a la sensation de vivre trop de choses spéciales pour que sa vie le devienne aussi. Son équilibre presque maladif lui permet de garder sa santé mentale et de ne pas craquer à cause de toutes les horreurs qu’il voit. Le fait que ce soit aussi méticuleusement réglé lui permet de se sentir en sécurité, de savoir qu’il ne bascule pas de l’autre côté, que tout va bien. C’est un homme très intelligent, mais également très fragile. Il ne doit sa survie qu’à ses calculs permanents. Si Tsuki peut parfois paraître froide, calculatrice ou presque manipulatrice, c’est à lui qu’elle le doit. Il est le cerveau de la maison, quand Rinka représente davantage le caractère sanguin, puissant, affirmé. Réservé, il ne parle pas beaucoup, surtout s’il estime que ce n’est pas utile. Ses patients l’aiment à la fois pour sa simplicité, mais aussi pour son honnêteté. Il est objectif, il dit ce qui doit être dit. Il fait preuve du tact nécessaire, évidemment, mais il n’est jamais « trop ». Il est mesuré, voilà tout. Assez surprenant, quand on sait que son nom signifie littéralement « orgueil ». Enfin, peu importe.

Tsuki apparaît, sort de la cuisine et lui fait coucou. Un sourire étire les lèvres de Kyoei, qui lui rend son salut et se dirige vers la cuisine pour dire bonjour à sa femme. Il quitte la pièce et va dans le salon, où il prend place sur un coussin et ouvre le journal du jour. Sa fille s’installe face à lui, pensive. Il le remarque directement. Il dépose le journal et darde un regard interrogateur sur elle.
« Qu’y a-t-il, ma Crevette ? »
Crevette. Les joues de la blonde rougissent directement. Il l’appelle ainsi depuis son enfance, parce qu’elle est toute petite et menue. Il n’a jamais cessé de lui attribuer ce surnom, même après son entrée dans l’adolescence. C’est sa crevette, sa petite fille. Il ne le dit pas souvent, mais il l’aime probablement plus qu’il n’aime Rinka. Sa fille est la prunelle de ses yeux, le parfait mélange entre son caractère et celui de sa femme. Elle est sa plus grande réussite. Forcément, la voir comme ça le dérange fortement.
« Papa … Tu es médecin depuis longtemps, non ? Tu peux me raconter ce que tu as vu ? Du plus basique au pire ? »
Il arque un sourcil. Certes. Très bien. Il hausse les épaules. Son attention est totalement portée sur sa progéniture.
« Eh bien … Je suis médecin depuis environ vingt ans. J’ai appris toutes les techniques médicales, des poisons aux soins les plus évolués. Je ne me sers pas des poisons, vu que je refuse de me battre, mais bon. Mon cas le plus simple était un rhume, vraiment le plus simple de tous. Le plus grave ? Une arme plantée dans un cœur, je dirais. J’ai peut-être vu pire, mais celui-ci m’a le plus marqué. Pourquoi cette question ? »
Kyoei met toujours tout en relation. Il réfléchit à tout, tout le temps. Son cerveau tente de donner des explications à chaque chose, à chaque fois, pour s’assurer d’avoir tous les détails et rendre les choses plus claires, plus lisses. Bref, c’est un médecin et cela se sent. Tsuki hausse les épaules à son tour.
« Je réfléchis. Un ami m’a dit qu’un jour, peut-être, je devrais tuer … Et … Je ne sais pas si je suis prête. Je ne sais pas si je serai un jour prête à le faire, en fait. »
Un sourire naît sur ses lèvres. Le pragmatique Kyoei revient au galop. Il tente de le chasser, pour avoir une approche plus humaine de la question.
« Tu sais, ma Crevette. Personne n’est jamais prêt à tuer personne. L’Homme n’est pas conçu comme ça à l’origine. Il finit souvent par le faire, surtout chez les ninjas, mais il n’y est jamais vraiment prêt. Il le fait, c’est tout. Généralement c’est une question de vie ou de mort. »
Tsuki déglutit. Il répond presque comme Rinka. Ces deux-là ne sont pas mariés et heureux en amour pour rien. Ils ont presque les même convictions.
« Mais … Cela ne te dérange pas, toi ?
— J’ai vu beaucoup de personnes mourir, Tsuki. Souvent des personnes qui m’étaient amenées parce qu’elles étaient tombées contre une autre, bien plus forte. J’ai sauvé beaucoup de vies, oui, j’ai réussi à en aider de très nombreuses avec mes années d’expérience, mais on ne les sauve pas toutes. Tu sais, un jour, tu t’es dit que tu allais devenir ninja. Pour moi, un ninja a deux rôles principaux : le premier est celui de protéger les civils des dangers. Ta mère, moi, ou n’importe quel ninja de ce village remplit ce rôle à sa façon. Puis, sa deuxième tâche est de punir ceux que nos lois ne peuvent pas forcément punir. »
Tsuki penche la tête. Comment ?
« Je ne comprends pas. »
Il lui sourit, comme un père à sa fille, lorsqu’il lui apprend quelque chose.
« C’est simple, pourtant. Réfléchis-y. Prenons un dictateur. Il a mis à mort un nombre incroyable de personnes, a détruit des familles, a causé des morts indirectes. Pour lui, quelle loi faut-il appliquer ? Quelle sanction ? Tu penses que tu peux le laisser s’en sortir sans lui donner la mort ? Est-ce que n’importe quelle sanction suffira, si cette dernière ne le tue pas ? »
La blonde pose son menton sur son pouce.
« J’imagine que les victimes voudront qu’il souffre. Donc la mort me semble la seule solution.
— Tout juste. Et votre rôle, notamment lorsque ce genre de personnes est en fuite, est de l’attraper pour que cette sanction soit appliquée. Ou, parfois, vous devez simplement le tuer. »
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Sam 8 Sep 2018 - 0:10
Tsuki est sonnée. Un coup, en plein sur la tête. Une claque, douloureuse, à lui arracher la mâchoire. Elle ne sait pas quoi répondre. Il semblerait que la mort soit la seule solution dans certains cas. Les ninjas sont les instruments de mort, ceux qui sont appelés pour effacer du monde l’existence de certaines personnes. Certains se spécialisent dans cette tâche et deviennent des assassins silencieux, rapides et efficaces. Des traqueurs hors-pair, qui mettent à mal la plupart des autres ninjas et s’occupent de les réduire à néant. Tsuki déglutit. La mort n’est pas un plaisir, mais parfois elle est la seule solution. Parfois, il n’y a aucun autre moyen de calmer le jeu. Faut-il accepter cette nécessité ? Faut-il devenir un instrument de mort ? Tsuki est-elle une arme ? Toutes les questions se bousculent dans sa tête. Son père pose une main délicate sur la sienne.
« Je sais que cette raison te déplaît. Que tu aurais préféré être en position de sauver plutôt que de vaincre. Pourtant, tu as choisi cette voie et tu as suivi les enseignements de ta mère. Tu es une chasseuse, cette vocation coule dans tes veines. » Il s’arrête un instant. « Tu sais pourquoi je dis ça ? Parce que Tsuki, réfléchis. Qu’est-ce que tu ressens quand tu chasses ? Ce frisson. Cette pulsion. La même que ta mère. L’énorme dose d’adrénaline qui explose, qui te fait dire que tu vas recommencer bientôt, parce que tu adores chasser. Cette pulsion s’arrête dès que tu as conscience que tu dois tuer. Elle disparaît. Parce que tu n’aimes pas tuer. C’est pour ça que tu manipules les illusions, ça te laisse penser que c’est moins douloureux, vu que c’est ‘juste une illusion’. »
Le cœur de Tsuki s’accélère. Ces vérités. Toutes ces vérités. Douloureuses, mais irréfutables. Elles sont là, elles sont vraies, mais elles sont si dures à entendre. Il lui sourit toujours. Il n’est pas méchant, elle le sait. Son père n’est jamais méchante gratuitement. Il est objectif, c’est tout. Mais l’objectivité est si brutale. Si vraie. Si difficile à entendre.
« Pourtant, un jour, il faudra que tu t’y fasses. Tu t’es engagée sur cette voie. Si tu te retrouves face à quelqu’un qui te met en danger, tu te laisseras mourir pour ce principe ? Tu ne peux pas laisser une personne dangereuse – pour toi comme pour tous les autres – partir juste parce que tu n’as pas le courage de le tuer. Un jour, celui que tu laisses vivre reviendra. Et il te tuera. »
Des sueurs froides courent le long de son échine. Elle ne sait définitivement pas quoi lui dire. Il continue.
« Je respecte ton amour pour la vie humaine. Je sais que tu le tiens de moi. Après tout, je suis médecin, non ? », rit-il gentiment. « Cela dit, on ne peut pas sauver tout le monde. Et parfois, on te demandera de tuer quelqu’un pour une bonne raison. Aie confiance en tes supérieurs. Et surtout, aie confiance en toi. Parce que tu es la seule à pouvoir décider à ce niveau. Est-ce que tu te sens d’aller au bout de cette conviction ? De ton destin ? Parce que tu le sais, un jour viendra où tu tueras quelqu’un. Tu n’auras pas le choix. Ce jour-là tu ne pourras pas hésiter. Parce que, si tu hésites, ce sera toi. Et ta vie compte plus que celle de ta potentielle victime, n’est-ce pas ? »
Tsuki se mordille la lèvre. Tous les avis convergent vers cette direction : tuer ou être tué. Accepter qu’une personne soit une menace et mérite de mourir. Comment peut-on mériter de mourir ? Pourquoi mériter de mourir ? Est-ce que cela existe réellement ? Que doit faire un homme pour mériter une telle sanction ? Qu’est-ce qui le fait passer d’Homme à cible ? Qu’est-ce qui modifie ceci ? Elle déglutit. Tant de nouvelles questions s’ajoutent à toutes celles qui existaient déjà. Elle a tant à penser, tant à réfléchir. Dans sa tête tonnent de trop nombreuses interrogations, qui l’empêchent de réfléchir correctement.
« À partir de quand un homme mérite-t-il de mourir ? »
Et c’est tout. C’est la seule chose qui parvienne à s’échapper d’entre ses lèvres. Une petite phrase, murmurée, lâchée là sans conviction. Parce que la réponse, Tsuki pense la connaître. Et elle ne lui plaît pas.
« Il n’y a que toi qui puisses répondre à cette question, ma Crevette. À partir de quand considères-tu que la vie humaine perd suffisamment de sa valeur pour qu’il soit acceptable de la supprimer ? »
Tsuki penche la tête et réfléchit. Elle ne sait pas. Ou alors, si, mais il y a un énorme « mais » qui se pose quant à cette position.
« Je pense qu’une vie humaine perd sa valeur dès que le détenteur assassine quelqu’un. Mais, dans ce cas, si je tue quelqu’un, ma vie perd aussi de sa valeur, non ? Du coup, à partir de là, si je suis visée pour être tuée, il sera légitime de m’enlever la vie … »
La main de Kyoei caresse celle de sa fille.
« Tsuki. Si un jour tu ôtes la vie de quelqu’un, tu auras une bonne raison de le faire. Tu le feras après avoir mûrement réfléchi au fond du problème. Mais réfléchis au-delà. Tu crois sincèrement que la personne qui t’attaquera, par la suite, prendra le temps de se demander si tu mérites de vivre ou de mourir ? Crois-tu vraiment que les ninjas aguerris, les déserteurs, les assassins et autres créatures dangereuses qui peuplent notre monde, se sont un jour demandé si la personne qui se trouvait face à eux méritait de vivre ou de mourir ?
— Non. J’imagine que non.
— Voilà. Tu te poses trop de questions. Une fois dans l’action, tu n’auras plus à te demander si oui ou non la personne face à toi mérite de vivre ou non. Parce que la personne face à toi ne le fera pas, elle tentera directement de te tuer. Nous vivons dans un monde où la justice est une très forte valeur, mais elle est bien trop souvent bafouée. Tu peux être justicière si tu le veux, mais il faut avant tout te détacher de ton désir de ne tuer personne. Car avant même que tu le saches, tu l’auras fait. Parce que c’est comme ça. Nous vivons dans un monde d’animaux. Les gens s’entre-tuent encore et encore, parfois sans raison. Ils se font la guerre. C’est comme ça. Nous ne pouvons pas les en empêcher, mais nous pouvons limiter les dégâts. Pour ma part, je suis médecin. C’est de cette façon que j’améliore les vies, autant que possible. Toi, ton rôle sera d’agir pour endiguer les menaces. Tu comprends ? »
Elle hoche doucement la tête. L’objectivité de son père, son honnêteté, sa simplicité … Toutes ces choses rebondissent dans sa tête, rendent les phrases plus douloureuses encore. Son père et sa mère sont d’accord à ce sujet. Tsuki n’aura pas le choix. C’est la vie qu’elle a choisie. Celle d’une ninja. Une femme qui protège les civils parce qu’elle a conscience de ses capacités et est capable de les mettre à profit. C’est une femme, de fait, plus forte qu’une civile. À partir de là, son rôle est de la protéger du danger. Parfois, pour le faire, il lui faudra tuer quelqu’un. Parce que c’est la loi de la jungle. C’est un monde au règlement étrange, qui ne plaît pas à Tsuki, mais a-t-elle le choix ? C’est son monde. La mort est partout, si elle n’y fait pas attention, alors c’est elle qui mourra. Parce que c’est comme ça.

Tsuki déglutit. Elle n’a pas le choix, alors ? Il lui faut réfléchir. C’est beaucoup. Peut-être même trop. Elle se redresse et soupire.
« Merci, Papa. »
Il lui sourit et la laisse partir. Sa petite fille est une idéaliste. Elle place de trop grands espoirs dans un monde corrompu, vicié. Il sait pour quelles raisons elle se bat, et, en réalité, il admire son combat. Pourtant, il sait pertinemment que si elle continue sur cette voie, son honnêteté lui coûteront la vie. Bien évidemment, comme tout parent, Kyoei ne peut accepter cela. Alors il essaye de lui faire ouvrir les yeux. Peut-être que cela fonctionnera ? Qui sait.

Tsuki se dirige vers sa chambre. Elle ira dîner plus tard, sans un mot, toujours les pensées noyées par ces débats. Elle a besoin de sortir. De réfléchir ailleurs. De mettre de l’ordre dans ses idées. Encore un long moment à passer. Quelque chose de difficile. Mais elle en sortira grandie, quoi qu’il arrive.
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Arc Tsukuyomi — Partie 1 : Grandir. [Solo]

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