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[C/Libre/Solo] Mort suspecte


Dim 16 Sep 2018 - 18:33


* * *

Le mal ne connait aucune frontière. De l’Eau à la Terre, du Feu au Vent, il se prélasse dans la part sombre du cœur de chacun. Une loi fondamentale de la nature humaine. Hélas, lorsqu’une société entière l’embrasse avec intérêt, les grands problèmes surviennent au galop, et avec eux leur fine cavalière : Madame la Cupidité.

Dans les ruelles de Murashigure se cache toute la débauche du monde. Des relicats d’êtres humains qui, souillés par la vie, ont décidé de rejoindre une fange trop ouverte d’esprit. Un ghetto de rêves brisés, d’existences déchues, d’ambitions insensées. Un monde où tout est possible, tant que l’on se trouve du bon côté de l’arme blanche.

Et ce soir, je dois y patauger sans rendre mon déjeuner.

L'enquête de Nagamasa Musashi a souligné une manigance n'allant pas dans le sens de mes affaires. Si les bas criminels ne prennent pas la peine de demander mon avis avant d'abattre mes partenaires, je n'irais jamais loin ; et il semblerait que ceux du village caché de la Roche se fichent éperdument de moi. Ou peut-être n'étaient-ils pas au courant de mon implication dans la vie de ce pauvre marchand d'armes, idéalement suicidaire. Quoi qu'il en soit, cet accident doit servir d'exemple. Que tous l'apprennent : il n'est pas judicieux de s'opposer à la volonté de Seichi. Ni à la parole de son émissaire.

* * *

Tenez, c'est pour vous.

La femme sans le sou me dévisage de son coquard droit. Un hématome de la taille d'un shuriken, empiétant sur la proéminence de son os zygomatique. Le choc a dû la sonner sur le coup, ou lui donner un mal de chien à en mordre le pavé. Et au vu de sa réaction apathique, je gage qu'elle flirte encore entre le rêve et la réalité – anesthésiée par son traumatisme crânien. Enfin, ses yeux se greffent au quignon de pain que je lui tends. Une étincelle de surprise, de joie, de quelque chose si ce n'est de vie, s'éveille au loin.

— Je...
Ne me remerciez pas. Remerciez Seichi.

Je me redresse, repose mon sac de provisions en baluchon, adresse un signe d'adieu à la gargouille affalée. Déjà la sixième victime à croiser mon chemin. Six appâts laissées dans mon sillage pour attirer les gros poissons de cet étang. Une telle abnégation ne passe pas inaperçue ; les veines du cœur noir d'Ame no Kuni doit déjà pomper l'information dans tout son système vicié. Avec un peu de chance, ils n'auront besoin que d'une heure pour improviser une embuscade ; et je pourrais alors leur demander poliment la route pour la planque renégate la plus proche. Mais pendant ce temps...

Tiens, c'est pour toi.

Un golem infantile de sueur et de suie. Ses mains lacérées par la tâche ont dû attraper toutes les infections du monde, mais il survit. D'un tremblement paradoxalement constant, il avance ses ongles noirs de crasse – et essaye de convaincre son bras rachitique d'atteindre mon offrande. Je m'accroupis aussitôt pour suspendre sa torture.

— M-merci m-.. m-monsieur...
Viendra un temps où tu donneras à ton tour l'aumône. Prends exemple, mon garçon, et ne décourage surtout pas. C'est en acceptant la médiocrité de ton état que tu autorises le mal à se nourrir de la faiblesse de l'homme. Survis jusqu'à pouvoir faire une différence ; au moment opportun, tes bourreaux n'auront d'autres choix que de rejoindre la potence.

J'ébouriffe le gras de ses cheveux malgré le mépris et la condescendance. Personne n'aime les donneurs de leçon. D'aucuns crachent sur la réussite d'autrui. L'autruche enfonce sa tête dans le sol du voisin pour qu'elle n'ait pas à affronter ses démons.

Je retrousse ma manche gauche, dévoile ma marque d'Ancien emplie de chakra.

À terme, je serai là pour toi.

Septième pierre abandonnée sur le sentier de jungle urbaine. Mon fil d'or se déroule dans les recoins du dédale du minotaure. J'espère seulement que les hôtes de la capitale sont d'humeur assez cupide pour me rejoindre dans cette ruelle sombre.

Je m'empresse de m'y engouffrer.

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Lun 17 Sep 2018 - 17:43


* * *

Mes pas résonnent dans la ruelle étroite. Une ruelle, ou plutôt une zone de non-construction entre deux immenses bâtiments où l'un n'a pas osé empiéter sur le territoire de l’autre. J’ai à peine de quoi y passer mes épaules, et devrais sûrement devoir me coller au mur poisseux si l'occasion me demande de laisser passer quelqu'un.

En somme : des conditions idéales pour une embuscade de bon aloi.

L’urine malmène mon odorat. Les pierres doivent en être tapissées sur toute la longueur, conclusion d’un concours de vidange entre hommes de bon goût. Simple coïncidence, ou lien de causalité, des cadavres de rats flottent dans cette fange boueuse – la faute à la pluie éternelle de Murashigure. Un blocus bien plus gros se dresse inerte sur mon chemin, les membres écartés en étoile, à moitié ensevelie par le dégorgement des égouts. Visiblement, son visage a servi de repas à toute la pourriture du quartier.

Pas si vite, bon samaritain !

Une voix. Dans mon dos. Je resserre ma poigne sur le manche de mon baluchon, jette un coup d’œil derrière mon épaule, me retourne de moitié, mords à l’hameçon sans trop tirer sur la ligne. Une silhouette baigne dans la lumière de l’artère principale. Puis deux. Puis trois. Bien vite, le chemin est bloqué par le péage improvisé ; et je gage qu’une équipe doit déjà contourner le pâté de maison pour m’empêcher de rejoindre l’autre bout de la ruelle, seule issue pour m’en sortir la bourse sauve.

Ma marque me démange.

Alors comme ça, tu distribues pain et vin à ces pauvres, pauvres, pauvres villageois sans défense ? Ne serait-ce pas trop… généreux de ta part ? Voyons, ça ne se fait pas ! Tu es à Murashigure, gars. Un endroit où la gentillesse se fait vite mettre au coin.
Peut-être pouvons-nous nous arranger ?
S’arranger… hahaha… , ça me plait. De l’échange, du marché, des compromis. Des cartes dans la manche, des couteaux sous la gorge, des bouteilles brisées.

Il dévoile une magnifique parure de dents fêlées.

Mais qu’as-tu à proposer, l’ange ?

Le maître-chien porte ses deux index crasseux à ses lèvres, et siffle au travers de l’impasse pour signaler le début de la saison de chasse à ses hommes. Leurs bottes pulvérisent de concert le tapis aqueux comme un seul homme, écrasant les hôtes du simili-ruisseau sans la moindre appréhension.

Ils veulent me prendre en tenaille. Un plan efficace. Et ils y arriveront.

Tu vas gentiment dégainer ton arme, puis la jeter dans la flotte.
Et si je ne veux pas ?
Alors nous devrons rajouter à notre tour quelque chose dans la balance pour équilibrer l’échange. Proportionnellement à l’offre initiale des deux partis, bien évidemment. Une lame contre six – serait-ce pour toi une transaction rentable ?

J’épouse le pommeau de mon arme de la main gauche. Une distribution diffuse de chakra pur s’opère dans les coulisses de ce théâtre d’opérations.

Mon katana s’éveille – prêt à l’action.

Range donc ton regard défiant, petit héros. Tu ne peux pas te permettre d’aider les autres si tu n’arrives même pas à te sauver toi.

Je zieute le groupe de gros bras derrière moi : cinq mètres ont survécu des vingts qui me séparaient initialement de la sortie. Soudain, les hommes s’arrêtent net. La tête de file brandit un gourdin de fortune, improvisé dans une taverne tempétueuse ; il a à peine de quoi la tendre devant lui, mais le ridicule prend du temps à le foudroyer sur place.

Pas de réaction ? Pfft, tu me dépites. Aucun sens de la répartie ! Tu ne sais pas à quel point la vie d'hommes libres comme nous peut-être barbante. Enfin... tu vas y remédier.

Le mastiff croise sereinement les bras.

Attrapez-le, les gars.

Et d'une volonté propre à elle-même, ma lame file droit vers la gorge du péagiste.

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Lun 17 Sep 2018 - 19:57


* * *

Aaah ! Attends, qu-qu… qu’est-ce que c’est que ça ! Lâ-lâche-moi, saleté de manche à cul du diable ! Un démon ! Un fantôme ! Ce bout de métal est possédé !

Le fil de mon katana caresse la gorge nue du beau parleur. Sa pomme d’Adam flirte avec le métal froid ; sa peau se hérisse d’une chair de poule bien justifiée. Autour de moi, le cours implacable du temps a pris sa pause méridienne. Les soldats du vice se figent d’impuissance ; personne ne veut prendre le risque de titiller la ruche de ma patience d’un gourdin trop imposant. Et c'est tout à leur honneur. En voilà, une allégeance infaillible.

Faites quelque chose, bordel ! Enlevez-moi ça de là !

J’avance lentement vers le chef présumé de la bande. Il recule d’un pas ; ma lame le colle à la peau sans temps de réaction. J’entends les pas de ses compagnons timides me suivre au loin, pataugeant dans le sang et l’eau croupie. Au moindre geste brusque, les flux corporels de leur tendre ami rejoindront ce vaste bourbier – et même leur quotidien déviant d'affres et de crimes n'a pas dû les préparer à ce spectacle infâme.

Peut-être pouvons-nous nous arranger ?
Haha... hahaha ! Ooooh, je retire ce que j'ai dit. Tu en as, de la répartie. Une répartie... très intéressante. Pourtant, je ne vois aucun bandeau de servitude sur ta... parodie de tenue. Monsieur l'ange gardien fuit ses propres démons ?
Je ne saurais trop te déconseiller de faire un croc-en-jambe à cloche-pied.
Ce qui veut dire... ?

Le tranchant de mon katana lacère les premières couches de peau de la tête-brûlée.

N'allons pas trop vite en besogne, partenaire... ! Je suis sûr que je peux t'offrir quelque chose en échange de... de... en échange de ma...
De ta vie.
... en échange de ma vie, lâche-t-il après avoir sacrifié son estime de soi sur l'autel de son instinct de survie. Dis-moi ton prix et... j'y réfléchirais ? Hahaha... ha...
J'ai besoin d'informations.

Le gaillard au gourdin s'approche de trop près. D'un sceau tracé sur ma paume apparait une fauchon de guerre ; mon chakra pur s'empresse de revendiquer son métal, puis la chair de mon oppresseur. Sa tête s'écrase au sol dans un grand « splash ».

Suivi de son gourdin.

Le marchand de rumeurs déglutit la scène tant bien que mal. Ses yeux terrifiés jonglent entre son bourreau, le négociateur, et la victime. Pour une fois dans sa vie, il s'imagine l'infime possibilité de mourir lors d'une énième embuscade de routine.

Quel genre d'informations ? réplique-t-il d'un intérêt équivoque.
Sur les ficelles tirées dans l'ombre d'Iwa. J'ai besoin d'entrer en contact avec les responsables du réseau. Quelqu'un s'est mis en travers de mes affaires. Je veux savoir pourquoi – et pour combien il serait prêt à donner de lui-même pour réparer ses torts.
Tu ne devrais peut-être pas déballer ton sac aussi prestement, l'ami. Les murs de Murashigure ont des yeux et des oreilles, tu sais. Ça, et la pluie – ce sont les seules choses intemporelles de ce foutu trou à rats. Mais ce n'est que mon avis... professionnel ?
Penses-tu vraiment pouvoir te sortir de cette impasse en vie ?

L'arrière-garde prend ses jambes à son cou.

Je retrousse mes deux manches – dévoile une foultitude de sceaux.

Libération.

Mon organisme troque ses tickets de rationnement contre une armada d'armes exotiques. Lames, épées, sabres, fauchons, cimeterres, glaives – les parages se hérissent de métal, attaqué à vu par le chakra tentaculaire de mon don d'Ancien. D'un ordre prompt, deux projectiles fusent de chaque issue de la ruelle, obligeant les fuyards à faire face à leur échec. Hélas, telles des souris pris au piège pour avoir flairé un morceau de fromage trop alléchant, leur panique prend soudain le dessus sur la raison. Dégainant pieds de table et autres hachoirs de boucher, ils essaient de forcer le chemin vers la liberté ; et sont très vite rappelés à l'ordre par la réalité des choses. Seul mon informateur règne encore sur ce vaste royaume de débauche. Et avant qu'il ne rejoigne ses camarades dans le pardon de la mort, le repenti se devra de me confesser ses plus noirs pêchés.

Aimerais-tu déballer ton sac, maintenant ?
Je... j'ai le gosse en otage !

« À terme, je serai là pour toi. »

Et merde.

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Dernière édition par Sendai Hyousuke le Mar 18 Sep 2018 - 23:01, édité 2 fois
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Mar 18 Sep 2018 - 21:10


* * *

Même aculé contre le mur, le scélérat a trouvé le moyen de tirer son épingle du jeu. Kidnapper un gosse sans intérêt – dans quel esprit étriqué, ou bien trop fou, cette manœuvre pouvait-elle avoir la moindre importance ? Hélas, ce qui est fait est fait, et je ne peux vraisemblablement pas abandonner le garçon au courroux de ses maîtres. Je dois négocier sa liberté inconditionnelle sans trop y perdre en échange. Un baptême du feu éprouvant les talents de marchand que j’essaie de maîtriser.

Tu ne te laisses pas faire si facilement, je t’accorde ce point.
Tu sais gars, quand on pratique le métier depuis aussi longtemps que moi, on apprend deux ou trois ficelles pratiques pour déjouer les problèmes. Il y a toujours un abruti qui se croit plus fort que le groupe de bandits qui l’assaillit. Souvent, c’est juste de l’esbrouffe. Parfois, il n’y qu’à serrer les fesses et prier pour qu’il soit dans son bon jour. Dis, tu t’es levé de quel pied ce matin ? Le droit… ou le gauche ?
Je compte sur ta participation exemplaire pour me décider.

Mes lames quittent les extrémités de la ruelle pour graviter jusqu’à moi. Je compose un mudrâ d’un main et, tandis que des sceaux se tracent sur mes avant-bras découverts, mon corps avale l’arsenal ayant permis d’annihiler la troupe de mercenaires. Seul mon katana encore animé compte m’accompagner jusqu’au bout, et le baiser qu’il est en train d’offrir à la gorge de mon otage pourrait très vite tourner au suçon.

Où est l’enfant ?
Voyons, tu penses bien que je ne vais pas te le dire aussi facilement. Il me faut une garantie, une promesse d’honneur, une assurance vie. Nous savons tous les deux que rien ne t’empêcherait de m’abattre froidement après coup. Tu l’as déjà si bien montré…
Explique-moi donc ta proposition de négoce, et j’y réfléchirais.
D’accord, d’accord. Alors…

Il zieute l’épée de Damoclès menaçant non pas sa nuque, mais sa gorge. Quelque chose en elle le dérange. Son tranchant peut-être. L’entrevue d’une mort précoce et inéluctable, qui sait. Dans son regard se terre mille reformulations de demande toutes plus polies les unes des autres, mais refoulées par crainte de froisser la patience de son bourreau. D’un ordre prompt, j’apaise la pression de ma lame sur sa chair. Un sourire soulagé, empreint de gratitude, se teint sur ses lèvres rêches, usées par le temps.

Merci, je n’osais pas de te le demander…
C’est la moindre des choses. Maintenant, parle. Ma patience a des limites, et s’il faut sacrifier la vie d’un gamin pour une cause plus grande, je le ferais sans remord. Il n'aura pas à subir les affres de cette ville crasseuse, au moins. Ce serait presque un cadeau.
Eh bien, on ne peut pas dire que tu es le genre de gars sain d'esprit.
Pouvons-nous seulement nous permettre de l'être ?

Le gaillard hausse les épaules, lève ses bras, penche sa tête de côté. Ma colle le musèle pendant quelques secondes – et c'est déjà une petite victoire en soi.

Crache le morceau.
Je suppose que je n'ai pas le choix ! Et puis, tu m'as l'air d'un gars honnête. Haha... ha... désolé. Le gosse, donc. Il a été emmené chez mon boss. Et ça tombe bien, ça rime. Notre petite planque ne paie pas de mine, tu sais, mais elle a au moins le mérite de nous offrir à boire à toute heure de la journée. Promis, dès qu'on arrive, je te paie ma tournée.

Une tournée d'un verre, il y a mieux pour conclure une affaire. Au moins, l'homme a le mérite d'être sympathique. Il pourrait presque m'arracher de la compassion, à l'usure.

Mène la marche, je te suis.
Tout de suite, l'ami ! Et tu en as, de la chance... là-bas, on pourra sûrement répondre à tes questions. Fais juste gaffe à qui tu t'adresses avec ta grosse voix.
Un nom te taraude-t-il l'esprit en particulier ? Que je sache à quoi m'attendre une fois arrivés sur place. Un déserteur ? Un manipulateur du feu ? Un illusionniste vicieux ? Je gage que le sommet de votre pyramide sociale abrite un quelconque talent.
J'en ai un en tête, oui... Nakamura Benkei.

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Dernière édition par Sendai Hyousuke le Jeu 20 Sep 2018 - 16:38, édité 1 fois
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Mar 18 Sep 2018 - 22:51


* * *

Nakamura Benkei. De tous ceux qui se mettent des mines dans l’arrière-boutique, c’est de lui qu'il faut se méfier. Vois-tu, l'ami... il est doué… avec les mots.
C’est un maître du genjutsu ?
Non, non, rien de tout ça. Y’a pas de magie là-dedans. Quoique. On n’en sait trop rien. Mais il pourrait te vendre la cuillère en laiton de sa grand-mère pour le prix d’un cheval, tu sais. Il y a quelque chose dans sa voix, son timbre, ses formulations, ou je ne sais quoi d’autre encore, qui fait que tu finis toujours par serrer sa main. Après, ce sont les rumeurs hein ! Je n’ai jamais vendu mon poumon gauche pour un cageot de pommes, ni accepté de payer mon propre solde d’homme à tout faire pendant mon entretien d’embauche.
Ne penses-tu pas qu’il ne s’agit que d’esbroufe ? de frime ? de protection ? L’autorité est un concept abstrait, mais il suffit de rajouter un fouet dans les mains du maître pour la concrétiser. Peut-être a-t-il simplement brodé son personnage de toute pièce.
Haha... oui, c'est sûrement ça... quelle autre raison sinon... ?

Mon guide accélère soudain son pas.

Alors que ma lame enchantée le suit toujours à la trace, moi, je ne peux que m'arrêter. Et pour cause, un arrière-goût amer vient d'entacher sa réponse. Croit-il autant les dires de son baron du crime ? L’homme en sait définitivement plus qu’il le sait, car si la mise à mort immédiate de ses camarades n’a pas réussi à enterrer son moral six pieds sous terre, le simple bagou d’un criminel saurait à peine l’ébranler.

Le bandit remarque enfin mon absence. Il se retourne, et me hèle au loin.

Ça y est, tu as changé d'avis ?

Un fin sourire déchire mon visage plein de flegme.

Je ne dirais rien, tu sais. Je comprendrais même. Moins on se confronte au chef, mieux on se porte. Et ça, qu'importe s'il a une dette de sang envers toi...

Son aveu a un parfum de vérité. Les deux ont décidément un passif chaotique – mais cela rendrait-il crédible la crainte de tantôt ? Quoi qu’il en soit, qu’importe l’effet de la cristallisation des souvenirs sur l’esprit d’un homme, je ne peux croire en cette capacité de suggestion sans faille. Il doit y avoir une explication logique derrière ces rumeurs. Il doit y avoir des complices à ces histoires. L'Académie aurait omis un détail sur le ninpō, sinon.

Nous approchons d’un énième croisement, près de l'enceinte du vieux centre-ville de Murashigure. À gauche, une ruelle tout ce qu’il y a de plus classique ; et à deux pas de l’artère principale, une échoppe. Le sbire s'empresse de rejoindre le pas se la porte, s’abritant de la pluie sous le prolongement du toit. Je le rejoins et lève les yeux vers une pancarte accrochée en hauteur. « La Fiole d'Argent ». Un magasin d'apothicaire.

Les drogues seraient-elles la clé de voûte de toutes ces étranges manigances ?

Dernière occasion de rebrousser chemin, l'ami.
Après avoir traversé la moitié de la ville sous la pluie ?
Je t'aurais au moins prévenu...

Je pose une main sur la poignée de la porte. Mon compagnon m'interrompt aussitôt.

Laisse-moi faire les présentations. Organiser la rencontre. Personne n'a envie d'un bain de sang, crois-moi. Mais avant ça... par quel surnom loufoque dois-je t'appeler ?
Va pour Neptune.

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Mer 19 Sep 2018 - 17:46


* * *

À première vue, la boutique ressemble à toutes ses consœurs de la profession. Un bordel atypique, entassé ici et là ; en hauteur, des étagères colorées par le verre et les étranges extraits qui s’y prélassent ; derrière le comptoir, une issue voilée d’un épais rideau fait main. Au loin, un crapaud minuscule, absolument sec, privé de tout fluide corporel, attire mon attention, rapidement mise à mal par la vue d’un œil unique baignant dans son genre de liquide amniotique. Le marchand m’offre un rictus équivoque. Ma réaction ne doit pas le surprendre. Pas en tenant ce genre de commerce.

Mon guide prend les devants et, d’un sourire sincère adressé à notre hôte, coupe à travers champ. L’apothicaire souhaite certainement converser davantage, et la sénilité inhérente à son vieil âge renforce certainement son sentiment aigu de solitude, mais nous n’avons hélas pas le temps de tendre la main à tous les désespérés de la région.

Le vieux a sans doute l'habitude de ces va-et-vient fréquents. Il ne s'entiche même plus à décaler le rideau pour laisser passer les habitués du coin. Sans un mot, nous contournons le comptoir, et gagnons aussitôt l’arrière-salle de cet étrange cabinet de curiosités.

Et attention, devant tes yeux ébahis… Tadaaaa !

Si les rayons du magasin représentaient tout ce qui est sale et sombre dans le monde, la planque, elle, rayonne de mille feux. Mille couleurs se concurrencent pour avoir la main mise sur l’endroit. Les propriétaires ont eu la bonne idée de placer des fins tissus limpides devant les bougeoirs muraux afin de travestir la lumière en des nuances de rouge et de violet. Et pour surenchérir sur cet excès de coquetterie, des tapisseries d'une facture admirable ont été parsemés du sol aux murs afin d'accoucher d'une perle d'exotisme.

Aux quatre coins de la salle, les bandits – sinon des gentilhommes préférant cet havre de paix à la fade pluie de Murashigure – mettent leurs narguilés à rude épreuve, fuyant ainsi l’horreur du monde pour se plonger dans un état idyllique de torpeur.

Je gage que les produits qu'ils ingèrent leur font voir davantage de couleurs encore.

Mon guide m’invite à le suivre jusqu’au bar. Ici, pas de fioles de poison ou remèdes contre le rhume des foins, mais tout un arsenal disparate d’alcool, de la bière artisanale de Tsuchi no Kuni à la liqueur de datte du Pays du Vent. Il pointe du doigt l'une des bouteilles les plus esthétiquement chères de la collection ; et demande deux verres au serveur éméché ayant l'air de se tenir en laisse pour ne pas vider la réserve de lui-même.

Je passe mon tour, désolé. Pas pendant le service.
Tu devrais.

Empoignant les digestifs de ses deux mains, mon guide se verse une dose mortelle d'alcool dans le gosier – avant de claquer lourdement la base des verres sur le bois du comptoir. Au moins, j'ai la confirmation que le rhum n'était pas empoisonné.

Bon. Voilà le plan. Tu vois cette porte ? C'est le bureau du chef. Tu frappes trois coup, puis un, puis deux, et tu y entres alors comme si tu revenais d'une longue et fatigante journée de travaux forcées dans une mine sans fond, minus la suie plein la tronche.
N'étais-tu pas censé faire les présentations ?
Disons que...
Tu te débines.
Oui, voilà, c'est une manière fleurie de l'expliquer.
Et qu'est-ce qui me garantit ta sincérité ? Ce bureau pourrait très bien être un placard à balais, et cette planque, un sanctuaire en hommage au Saint-Alcool. Tu n'aurais alors qu'à filer une fois mon dos tourné. M'abandonnant ainsi à l'échec, sans gosse ni réponse.
... Je suppose que je n'ai pas le choix.
Détrompe-toi. Tout le monde a le choix d'agir.
C'est facile à dire.
Peut-être est-il temps que tu sortes de ta zone de confort. Je ne veux pas parler de manichéisme, ou de jugement de l'âme, mais as-tu réfléchi à ce que tu légueras au monde avant de cracher ton dernier souffle ? Il y a des hommes voués à fonder des empires, à défaut de familles. Tu pourrais accomplir tant de prouesses, en employant ton existence à bon escient. Ne vois pas là un reproche à ta vie médiocre – car peu d’élus peuvent prétendre à remodeler la réalité à grande échelle. Mais si tu n'essaies pas...

Le temps d'une phrase, la discussion se perd en apesanteur.

... comment peux-tu savoir que tu n'es pas l'un d'entre eux ?

L'homme me fixe dans le blanc de l’œil. J'y perçois toute la peine du monde – et bien plus encore. Sa motivation ne veut pas répondre présente à l'appel. Une peur élémentaire le cloue à son tabouret. Se retournant la mine sombre vers le serveur, le cœur fragile commande un troisième verre dans lequel il s'empresse de noyer son mal.

À moi de faire un choix, donc. (Il se lève.) Je passe devant.

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Mer 19 Sep 2018 - 22:59


* * *

Trois coups.
Un coup.
Deux coups.

Mon guide ouvre la porte d’une main ferme sur la poignée. Mes narines tombent sous le joug d'un relent particulier – une chimère entre tabac et lavande. Mon allié me regarde, silencieux, intimidé ; puis, après avoir inspiré une grande bouffée d’air vicié , le torse ainsi bombé, il pénètre la pièce d’un air décidé. Le baron lève les yeux de son carnet, neutre. Ses fines lunettes posées sur le bout de son nez difforme, il s’oblige à baisser la tête et lever son regard pour éviter la gêne visuelle de sa monture argentée.

Kinmori. Monsieur. Cherchez-vous quelque chose ?

L’heure n’est plus à la surprise : pas le moindre signe du garçon.

Je promène ma méfiance au travers de la salle. La décoration affame mes attentes. L’ambiance y est sobre – contrastant avec l’exubérance de la taverne. Le parfum est cendreux – jurant avec les émanations fleuries des narguilés. Toutes les fibres de cet endroit souligne la différence de monde entre le baron et ses hommes.

Allons, parlez.
Le garçon... ose chuchoter mon porte-parole.

Je lui donne un bref coup de coude.

C'est pour le garçon, corrige-t-il d’une conviction admirable.
Et qu’en est-il de ce garçon ?
Cet homme, « Neptune », désire le récupérer.
En quel honneur ?
En l’honneur de ma vie, patron.

Le baron décale lourdement son siège rembourré, s’appuie sur un coin du bureau pour se lever, se redresse difficilement sur toute sa relative hauteur afin d’être à la nôtre. L’homme est faible – bien trop faible pour avoir conquis son empire à la force de son épée.

À mon humble avis, commis du Prince, nous perdons tous les deux au change. Vous devriez l’abattre sur-le-champ. Ni le garçon, ni Kinmori ne méritent d’être sauvés.
Je me dois d’insister, Nakamura Benkei.
Ainsi vous connaissez mon nom. Vous maitrisez visiblement les bases de la politesse. Après tout, il vaut mieux s’intéresser à son hôte avant d’entrer chez lui. Mais jusqu’où avez-vous poussé votre enquête ? Savez-vous comment cela fonctionne, par ici ?
J’en ai entendu parler, oui.
Entendu parler… Je crains que Kinmori n’ait été capable de vous expliquer toute l’ampleur de la situation. Laissez-moi donc vous présenter un exemple.

Il amène un tiroir vers lui. Y extirpe une étoffe roulée en boule. Je pose ma paume gauche sur le pommeau de ma lame, prêt à la dégainer en cas de mauvaise blague.

N’ayez crainte. C’est inoffensif.

Et sans se faire prier, il déplie sa preuve pour y présenter…

Un œil ?

L’iris bleuté, encore injecté de sang.

Le garçon a choisi sa voie. Je lui ai proposé une meilleure vie, loin de l’horreur de son quotidien, et il l’a embrassée avec fougue. J’entends encore ses cris de joie.

Un frisson me traverse l’échine. Pendant une vingtaine de minutes, la présence de mon allié de circonstance m’avait presque fait oublier les affres du cœur noir de la Pluie. Mais bien des hommes s'y sont laissés embrasser par les mélopées de la folie.

Vous lui avez arraché son œil.
Un maigre prix à payer en échange de sa rédemption, si vous voulez mon avis. Car nous devons tous sacrifier quelque chose pour arriver à nos fins. Tous – sans exception.

Ses pupilles se verrouillent sur nous – inexpressives, comme ses larges sourcils gris figés sur son bas-front. Le baron attend que je morde à l’appat, que je lui tende une perche, que je lui permette de développer son cheminement de pensées, mais seule l’envie de vomir m’occupe la bouche. Cette philosophie infâme a-t-elle vraiment germé dans l’esprit d’un être humain ? De son idée, il souille le principe même de sacrifice. Personne ne devrait être contraint de surpasser sa faiblesse – mais à l’inverse avoir la possibilité de compter sur quelqu’un. Et pourtant… en prenant du recul sur son idée, je comprends.

Kinmori peut vous en parler en tout connaissance de cause.

Mon guide passe instinctivement sa main sur son thorax. Une grimace lui déchire le visage ; un souvenir douloureux traverse son regard vague. Le poumon. Le cageot de pommes. Le solde payé à ses propres frais. Sont-ce là d’authentiques anecdotes ? Hélas, dans un monde abruti par la famine, la moindre victuaille peut vite coûter un membre.

Rassurez-vous, toutefois, le garçon est encore en vie. Je lui ai donné ce qu'il a toujours désiré : une meilleure main dans cette injuste partie de cartes qu'est Yuukan.

Je ne bronche pas... mais relâche ma prise sur le pommeau de mon katana. Car si le chemin qu'il emprunte est odieux, son but, lui, est noble. Et qui serais-je pour juger du degré de bonté de son action ? Ou à l'inverse, de la profondeur de sa malveillance.

Puisque les présentations ont été faites dans les règles de la bienséance, jouons les nôtres, de cartes, sur table. Il m'est difficile de croire que l'une des têtes de Seichi frappe à ma porte pour un mioche insignifiant. Ou alors je me suis trompé sur son compte. Que vouliez-vous me demander ? Et surtout... qu'êtes-vous prêt à sacrifier en échange ?

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Jeu 20 Sep 2018 - 10:11


* * *

Deux sièges attendent nos séants. D’un signe de la main, le baron nous invite à s’y asseoir. Mon guide serre le poing et se convainc d’y aller ; j’emboite aussitôt son pas pour récompenser son initiative, et ne pas le laisser seul en pleine gueule du loup.

Le spectre des bougies hante la pièce. Je chasse la fumée d’un revers de la main, et en profite pour zieuter sur les petits papiers de notre hôte. Son carnet est ouvert. Je décrypte non sans mal les traits d’une écriture à l’envers. D’après les points de liste et les chiffres conséquents, ce ne peut être qu’un inventaire. Celui d’un entrepôt de Murashigure.

Allons, je ne vais pas vous mordre. Que voulez-vous ?
J’ai besoin d’informations sur un évènement récent d’Iwagakure no Satô.
Ce n’est pas la porte à côté. Et que voudriez-vous apprendre au sujet du village caché de la Roche ? La nature des bouleversements qui se livrent au sein du clan des possesseurs de dôjutsu ? Celle des remouds s’apprêtant à fondre sur les samouraïs ? Je me dois de préciser qu’il est difficile, voire impossible, pour une âme errante de traverser ses portes. Le prix de ma réponse sera à la hauteur de ce fait.
Il s’agit d’un meurtre.
Comme il y en a des milliers chaque jour. Le monde est injuste, n’est-il pas ?
Un contact du centre-ville, Asū Ikichirō, m’avait assuré de pouvoir me fournir une certaine marchandise. Des armes – en grande quantité. Mais après des semaines de silence et une brève enquête réalisée sur les lieux du crime, il s’est avéré que l’homme avait mis fin à ses jours de quatre coups de couteau dans le dos.
Vous pensez à un sabotage industriel.
Son frère a repris la boutique en son nom, mais n’a pas daigné reprendre notre affaire là où nous nous en étions arrêtés. La garde en a conclu un suicide, puis clôt le dossier. Cet accident est certes mineur, mais peut-être en auriez-vous entendu parler ?
Ça ne m’est pas parvenu, non... Mais j’ai bel et bien une solution à vendre, si cette idée de complot vous sied. Après tout, la pègre d’Iwa n’est pas connu pour sa prévenance. Il y a des chances que le frère de votre contact ait vu vos transactions d’un mauvais œil.
Avez-vous un nom à m’offrir ?
Mieux que ça. Un laisser-passer au sein de leur société. En plus de quelques autres pistes de réflexion où vous pourriez négocier de l'armement, et mon éventuelle aide en faveur de Seichi lorsqu'il sera temps de renverser Murashigure. Et vous ?
Est-ce le moment où je me coupe un bras pour satisfaire votre dogme ?
Tout dépend de vous. Avez-vous véritablement envie, ou besoin, de faire valoir les desseins de votre organisation ? L’Homme est instable : il manque de sérieux et de conviction. Donnez-vous les moyens d’accomplir les tâches méritant d’être accomplies, et vous n’aurez alors aucun regret. Sinon... optez pour un but plus simple.

Sa philosophie fait vibrer ma corde sensible d’un archet maculé de sang. Encore une fois, le baron a raison. Et qui serais-je pour échapper à ce règlement, dont je respecte l’éthique plus que n’importe quel autre client en quête de faveurs ? À moi de me poser la question. Oserais-je sortir de ma zone de confort ? Veux-je véritablement creuser le mystère de ce meurtre, qui pourrait se révéler être un simple suicide ? Ma campagne en deviendrait caduque ; et mon sacrifice, vain. Ma lâcheté, sous couvert d’instinct de survie, se demande encore pourquoi j’écoute le complexe du Diable du baron. Je pourrais certainement le contraindre à cracher ses réponses, et lui faire subir au centuple toutes les affres causées à autrui dans sa vie de boucher. Un juste retour des choses. Une vengeance admirée par des légions de mutilés. Jusqu’à ce que son gigantesque réseau apprenne la nouvelle, et se joigne à l’Académie pour me traquer et m’abattre.

Si tel est mon choix, aucun témoin ne devra être épargné.

Pas même Kinmori.

Tu ne devrais pas t’empresser de répondre, l’ami. Donne-toi du temps. Respire. Essaye de prendre du recul, et peut-être que tu trouveras un moyen détourné d’arriver à tes fins. Avec tout le respect que je dois au patron… il n’est pas le seul gars dont le métier est de connaître des gens. Ne va pas t'ouvrir le bide pour rien...
Merci, Kinmori.

L'envie de réduire cet endroit en cendres me brûle le poignet. Ma marque d'Ancien refuse de plier le genou face à l'adversité – et je suis l'esclave de ses moindres caprices.

Allons reprendre un verre, tu veux...
Voulez-vous mettre cette transaction sur pause, messieurs ?

Non. Je ne peux pas m’arrêter là. Pas en si bon chemin. Conviction est mère de réussite. Si je ne daigne poursuivre ma voie dès la moindre embuche, je ne pourrais jamais mettre en œuvre le sauvetage d’Ame no Kuni. Je dois m’y résoudre. Je dois garder la tête haute. Je dois me sacrifier. Pour que plus aucun innocent ne doive avoir à le faire inutilement.

Non. Réglons cette affaire une bonne fois pour toutes.

Un rictus perfide habille les lèvres de mon hôte. Il jubile d’avance ; son démon s’éveille à l’odeur du sang. D’un second tiroir ramené vers lui, l’homme extirpe une énorme poche d’ustensiles de torture… et y dégaine un hachoir maculé de traces sèches, noirâtres.

Alors je te demanderais ta main.

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Dernière édition par Sendai Hyousuke le Jeu 20 Sep 2018 - 16:27, édité 1 fois
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Jeu 20 Sep 2018 - 16:26


* * *

Le hachoir ne me lâche pas des yeux. Il attend là, inerte, mais me juge des pieds à la tête. « Empoigne-moi », susurre-t-il face à mon inaction. « Ça sera rapide », m’explique-t-il de raison. Je lève ma main, l’observe, la contemple. Elle me manquera certainement. Mais les grandes causes demandent des sacrifices adéquats.

Je me penche vers la trousse de torture et brandis la guillotine de mon propre membre. La levant à hauteur de mes épaules, j’attends. J’attends un revirement de situation pouvant me sauver de cette flagrante bêtise ; j’attends l'entrée fracassante de mon double du futur qui, défonçant la porte du bureau, m’empêcherait de commettre l’irréparable.

Tâchez de ne pas souiller mon tapis de votre sang.

Je lève les yeux vers le baron. Resserre ma poigne sur le manche du hachoir.

Vous avez intérêt à tenir parole.
Je ne romps jamais mes engagements. Kinmori l'affirmera.

Mon hésitation exulte de tous les pores de ma peau, profitant d'une sudation d'angoisse pour se montrer au grand jour. L'homme installe un épais linge propre sur son bureau. J'y dépose mon futur moignon. Mon cœur affolé me dissuade une dernière fois me mutiler.

Et pourtant, je lève l'outil de torture bien au-dessus de ma tête.

Attends.

Kinmori pose sa main sur mon poignet.

Je savais que c’était une mauvaise idée...
Que fais-tu ?
Tu as davantage besoin de cette main que moi de la mienne.
Kinmori, sérieusement... N'en as-tu pas marre de laisser des petits bouts de toi à chacune de nos entrevues ? Laisse les grands messieurs parler, veux-tu.
J'ai fait mon choix.
Kinmori...

Une lame vorpale de reconnaissance me transperce de part en part. Ma fierté suinte de la plaie béante. Ai-je fait de lui un meilleur homme ? Ai-je réussi à lui faire ouvrir les yeux sur sa sous-condition de mercenaire sans foi ni loi ? L'ange gardien me retire le hachoir des mains ; bouche bée, mon corps m'interdit de m'opposer à sa confiscation.

Tu respecteras quand même ta part du marché, Benkei ?
Je... suppose que oui... enfin... je ne vois pas pourquoi... tu...

Le baron nage en pleine incompréhension.

Promets-moi de me guider sur le droit chemin, Neptune.
Je te le promets, Kinmori.
Qu'est-ce qu'il t'arrive, mon pauvre garçon... ?
Je n'ai plus besoin de ta protection.

Et d'un coup de hache, il se sectionne la main à hauteur du poignet.

Son cri de douleur réveille l'entier pâté de maison. Il se mord la manche par réflexe, mais même le tissu et sa chair n'arrivent pas à contenir toute sa souffrance. Des larmes finissent irrémédiablement par arriver. Son visage se crispe. Ses nerfs le brûlent. Un torrent de sang s'enfuit de ses capillaires sanguins pour inonder le linge du baron.

J'appelle mon don d'Ancien à l'aide. Il vient bloquer tant bien que mal l’hémorragie d'une épaisse couche de chakra pur – en attendant l'arrivée de véritables soins.

Ne bouge pas, je vais régler ça.
PutaaaAaaAAiiiiin... ça pique !
C'est ce qui arrive quand on a l'os à vif.
Refile-nous tout ce que tu sais, BENKEI !
Ce n'est pas la peine de hausser la v-...
TOUT !!!

Le baron s'affale lourdement dans son siège de bureau. L'aura bleuté de mon chakra pur éclaire les rides de son visage épuisé par les émotions. Une telle abnégation... comment pouvait-elle subsister dans le cœur d'un être rongé par la misère et l'alcool ?

Je ne comprends pas...

L'adrénaline convainc Kinmori de jouer les surhommes. Il prend appui sur la table, grimpe dessus d'un énorme bond et, serrant son unique poing à s'en briser les phalanges, menace son maître de ses deux gros yeux noirs, les pupilles dilatées par la colère.

Nos informations.
Je...
Neptune ? Rappelle-lui donc ce qu'il nous doit.
Ce... ce n'est pas la peine. Je me souviens de tout.

Le vieil homme tire son pendentif hors du col de sa tunique. Une chaine dorée retient une pièce d'un trou en son centre. D'étranges gravures la sillonnent, aux allures antiques, mais assurément atypiques. Après un temps d'introspection dument mérité, le baron ôte finalement son collier ; et le dépose avec soin dans la paume ouverte de Kinmori.

Un marché est un marché. Exhibez cette pièce dans les rues d'Iwa, et on vous contactera. Vous n'aurez jamais d'audience sinon. Dites-leur que vous venez de ma part – ils comprendront. Tâchez seulement de ne pas miner ma réputation.

Note à moi-même : j'ai un nouveau service à demander au samouraï.

Et qu'en est-il des autres sources d'approvisionnement d'armes ?
Il est vrai que je vous ai promis ce détail...
Ne nous oblige pas à trancher quelque chose d'autre.
Ce ne sera pas la peine. Je connais la personne idéale pour résoudre votre problème. Une force de la nature ayant définitivement su marquer les esprits. À l'époque, je faisais du recel à Mizu no Kuni. Du trafic d'armes, d'alcool, de drogues, de nourriture. Tout ce qui me passait sous la main – en fonction de l'offre et de la demande. Mais c'était sans compter sur Mūn. Sendai Mūn. La nature choisit vraiment mal ses champions...

Un frère de chakra. Que pourrait-il m'apprendre sur notre condition d'aléa ?

Je ne vous raconte pas tous les détails de l'histoire, mais sachez seulement qu'il a remporté notre petit... conflit entre marchands. Hélas, j'y ai perdu bien plus qu'un territoire ou de l'influence. Il m'a brisé. Alors, un conseil, toi qui débute dans cet univers aux dés pipés : entoure-toi des bonnes personnes. Une mutinerie est si vite arrivée...
L'Ancien saura-t-il au moins m'aider ?
S'il n'a pas dévié de son chemin – et pourquoi l'aurait-il fait ? – il pourra assurément te proposer un marché profitable. S'il ne te tue pas avant, bien sûr. Mais tu n'as sans doute rien à craindre. Ta marque, sur ton poignet, devrait être un gage de ta force.
Je t'ai vu te battre, Neptune. Tu sauras le mettre en respect.

Kinmori m'offre le collier mystère du baron. Je l'accepte à deux mains, l'enfile autour de mon cou sans tarder. Ce voyage au centre de Murashigure aura porté ses fruits. Il ne restera plus qu'à les cueillir en fin de la saison...

Ne perdons pas davantage de temps, alors.

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[C/Libre/Solo] Mort suspecte

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