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Entre Ombre et spectres


Dim 25 Nov 2018 - 18:57
Raccourcie par trois filles particulièrement agitées, la nuit précédente n'accorda aucun repos à Shisei. Et lorsque celles-ci s'écroulèrent finalement du poids de la fatigue accumulée, le père s'extirpa du foyer pour se promener d'un pas mou et somnolant dans les rues du quartier des Suzuri, sur le plateau de Kumo. Le printemps lui permit d'errer dans la douceur du matin, avant que les premiers rayons de soleil ne réchauffent ses traits tirés et ne portent son esprit par-delà l'enceinte du village. Sa longue mission pour le clan l'avait marqué plus qu'il ne se l'avouerait jamais et aggrava d'une certaine façon ses absences. "Ça me passera" avait-il répondu calmement à sa femme, inquiétée par les fantômes avec lesquels il semblait s'écharper chaque soir.

Quels fantômes, au juste ? Dans l'ensemble, lui-même l'ignorait. Voilà quelques temps déjà qu'il abandonna l'idée d'analyser cet immatériel planant au-dessus de lui et dans lequel il baignait quotidiennement. Sa famille. Son clan. Shisei se raccrochait au concret, au palpable et laissait aux bons soins des médecins la lourdeur d'une analyse bancale quant à son état. D'ailleurs, peut-être était-ce pour cela qu'il croupissait tout en bas de l'échelle militaire... l'idée même de convoiter plus qu'il n'avait lui arracha un hoquet amusé. Non, le temps ne pouvait l'avoir changer à ce point.

Encore une fois, sa famille et son clan primaient sur le reste. Face aux responsabilités, à la paperasse et au poids de l'administratif, il s'offrait la moindre occasion pour se débiner. Preuve en fut le rapport de sa dernière mission pour Suzuri Takeshi, torché sur la carte d'un restaurant du coin. Il avait dessiné à l'aide de sa maîtrise de l'encre, entre deux menus entrée-plat et entrée-plat-dessert, la tête et le nom du principal suspect sur la banale affaire de vol des Trois Tori, dont le souvenir même n'attisait aucune curiosité.

Prenant le temps de s'asseoir au détour d'un banc, il scruta la rue, au loin et entrevit la silhouette d'un revenant qui se profilait. Lorsque la distance fut suffisante pour l'identifier, Shisei ne put réprimer le sourire amusé qui se dessinait sur son visage, ni l'envie de se relever pour interpeller l'ombre.

-"Quoi d'neuf, gamin ? Déjà fatigué de jouer à l'ermite ?" Rictus taquin d'un ainé qui, bien qu'éloigné du village durant presque trois ans, savait pertinemment le chemin parcouru par le Metaru lui faisant face, ou ce qui restait de lui d'après son regard aussi vide que celui du Suzuri.

Spoiler:
 

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Mer 28 Nov 2018 - 21:25
Entre ombre et spectres


- « N’est pas un Suzuri qui veut, tu sais… »

J’répondis du tac au tac, sourire moqueur aux lèvres. La réplique avait été à la hauteur de celle de Shisei, sans pour autant être caustique ; même si elle trahissait une certaine vérité : Des trois clans majeurs de Kumo, les Suzuri étaient certainement les plus pondérés, plus mystérieux, plus solitaires même. Shinobi, Takara, Shisei… Toutes ces personnes étaient nimbées d’une aura mystérieuse qui les rendait presque inaccessibles. Et quand on rajoutait à ça leurs différentes absences de Kumo ou leurs distances prises vis-à-vis des nouvelles instances du village, l’impression se corsait et donnait l’impression d’un clan qui n’avait rien à voir avec le village caché des nuages. Un clan fantôme, somme toute.

- « Et puis, t’as du culot d’m’appeler gamin. Tout ça parce que t’as trois piges de plus que moi ? »

Là-dessus, je me mis à ricaner avant de m’arrêter tout juste devant le Suzuri. Mes yeux vides reprirent une teinte plus vive, plus pétillante. Voir de vieux schnocks dans cette nouvelle génération qui me perdait presque me faisait plutôt plaisir. Le temps des trentenaires comme moi semblait déjà révolu. Mais atteindre trente piges dans cette ère de conflits et de guerres semblait être une prouesse dorénavant. C’était d’autant plus vrai avec le titre de kage. La plupart mourraient ou disparaissaient très vite, si bien que j’avais l’impression plus ou moins constante d’avoir été chanceux de n’avoir perdu que mon kekkai genkai. A bien des égards et avec le recul, j'avais eu le cul bordé de nouilles durant cette confrontation…

Surtout devant ce monstre de puissance qu’était l’homme au chapeau…

- « Tu m’sembles en forme, vieux loup ! »

Et sur ces dires, j’me permis de m’approcher un peu plus du vioque pour le prendre dans mes bras, l’temps d’une accolade fraternelle. Lui, Takara, Daisuke et Seijiro avaient été mes amis d’antan. Mais il ne restait plus grand monde. Daisuke et Takara étaient on ne sait où et Seijiro croupissait en prison. Et bien évidemment, c’était bibi qui l’avais foutu en taule. Tu parles d’une vie joyeuse… De quoi m’extirper un long soupir. Je finis par lâcher celui qui s’estimait être un vieillard avant de le mater plus en détail. Si ma mésaventure m’avait plus ou moins marqué, il semblait bien que les affres du temps ne l’avaient pas non plus épargné. Mais ça lui donnait un genre, un charme. Il devait avoir du succès, l’bâtard.

- « J’ai entendu parler d’ton retour et j’ai fini par m’pointer ici. J’pensais pas que j’te choperais du premier coup, mais c’est parfait. Alors, qu’est-ce que tu deviens ? »


Dernière édition par Metaru Shūuhei le Mar 4 Déc 2018 - 17:26, édité 1 fois
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Jeu 29 Nov 2018 - 20:37
-"Trop vieux pour ces conneries !" La réponse s'accompagna d'un rire rauque. Fatigué, dépassé, Shisei constatait avec une pointe de jalousie l'effervescence des jeunes générations qui venait le remplacer petit à petit... . Définitivement vieux. Ou comment résumer toute une vie sans autre ménagement, fi du vécu, fi de l'expérience, fi des souvenirs comme des épreuves. Shuuhei, Kodaima, Shisei... tous croulant sous le poids des années de survie, dans un monde en proie aux conflits perpétuels. Un gargouillis s'échappa alors de son estomac, rappelant au vieux trentenaire forgé par les combats qu'il devait se nourrir.

-"Un petit encas ? Allez j't'invite !" Proposa-t-il à l'ancienne Ombre, tout en pointant du doigt un stand ambulant de takoyaki installé un peu plus haut, dans la rue.

"Y'a quelques temps je suis retombé sur le vieux Jae, tu te souviens ?" Komatsu Jae avait été l'un de leurs instructeurs, du temps de Shitaderu, le genre à vous rappeler que vous n'êtes qu'une sous merde à longueur de journée, et que vous n'arriverez à rien. "Tous les kamis ne pourront rien y faire, il est toujours aussi chiant qu'avant. Mais pas définitivement con, il tient un onsen à la frontière avec Yu no Kuni, histoire de profiter de certaines de leurs sources chaudes..." Le Suzuri marqua une pause et pencha sa tête du côté de Shuuhei pour lui détailler un point qu'il saurait apprécier. "...l'onsen est mixte." Puis se redressa. "Sinon, du reste, pas grand chose d'extravagant. Les gens du Yuukan ne sont pas très différents d'ici. En fonction des points de vue, les ninjas incarnent le mal, ou le remède. M'enfin..."

Fixant le yatai, le regard de Shisei sembla aspiré par ses pensées. Trois années à errer sur les routes lui avaient offert bon nombre d'histoires à raconter et de nouveautés à partager, mais rien ne filtra de son silence. L'exploit de passer trente ans s'accompagnait généralement des souvenirs et remords de ceux n'ayant jamais franchi cette ligne. L'enfer qui brûlait le ciel, tous deux le virent à plusieurs reprises. Les dernières flammes happèrent d'ailleurs le kekkai du Nidaime, ainsi que ses certitudes.

-"Et toi, tu..." L'hésitation l'interrompit dans sa demande, un court instant lui permettant de corriger sa question initiale "...tu as une idée pour retrouver ta maîtrise du métal ?" Bien qu'il le souhaitait, Shisei n'avait ni les compétences ni la légitimité pour lui apporter un quelconque support dans cette quête personnelle. Il s'inquiétait pour son vieil ami et de la voie qu'il emprunterait pour recouvrir sa puissance d'antan.

Shuuhei avait toujours été le plus fort du groupe. Notamment grâce à l'artifice d'une attitude nonchalante, un piège mortel dans lequel tombait l'ennemi. Seul l'Homme au Chapeau porta un jugement d'une rare intelligence, presque effrayante à vrai dire, au point de changer le Kage à jamais. Arrivant à hauteur du stand, il se ravisa quant à sa pirouette de tout à l'heure, et posa la question qui lui trottait dans la tête depuis quelques minutes.

-"Tu comptes repartir quand ?" Il ne fallait pas être fin stratège pour discerner dans le retour du Nidaime les préparatifs de son prochain départ, certainement définitif cette fois.

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Mar 4 Déc 2018 - 17:28
Entre ombre et spectres


- « Pour mon départ, j’en sais rien honnêtement. Je suppose que je repartirai aussi soudainement que je suis revenu. C’est pour le mieux, je crois. »

Tout pouvait arriver. Je pouvais repartir demain comme dans un mois. C’était plus ou moins au gré de mon humeur et de mon besoin de revoir ma fiancée actuelle qui était restée en retrait dans un village côtier de Kaminari. Je la pensais et la savais même en sécurité là-bas ; même si elle était assez forte malgré ce que son faciès et ses manières de pourrie gâtée pourraient faire croire. J’eus un petit sourire à cette pensée, mais le fameux sourire fut vite balayé par la question précédente de Shisei. Ce n’était plus vraiment un sujet ultra-sensible pour moi, mais il demeurait un débat épineux qui me faisait frissonner à chaque fois. C’était à près toute une partie de moi-même qui s’était envolée pour aller je ne sais où. Je l’acceptais mieux qu’avant, sans pour autant me complaire dans cette situation de faiblesse qui généralement suscitait une forme de pitié. Pitié que j’exécrais par ailleurs. Ce n’était pas comme si j’étais démuni sans le kinton ; même si j’étais le tout premier à reconnaitre que ce kekkai genkai faisait tout ma puissance, pour ne pas dire tout simplement toute ma splendeur. Situation somme toute compliquée.

- « Pour mon kinton j’ai tout repris à zéro. J’ai pas le choix que de tout recommencer depuis la base. Je pense que mes gênes héréditaires se reconstitueront d’eux-mêmes si je les stimule via mon chakra neutre. Il est toujours au point lui. Ensuite, je pense que des parchemins d’apprentissage feront le reste avant que je ne recommence à personnaliser mes jutsus comme dans le temps. Ça prendra le temps qu’il faut, mais je suis confiant quant à mes chances de le retrouver. »

J’eus finalement un sourire en serrant mon poing. Oui, j’avais toutes mes chances. Oui, tout n’était pas perdu. J’étais plus ou moins devenu un adepte du « quand il y a la vie, il y a toujours de l’espoir ». Ça avait l’air un peu pathétique vu comme ça, mais la clé de la réussite dans ce genre d’épreuves délicates était de garder le moral en toutes circonstances. J’avais failli virer vers le mauvais côté. Alcool, dépression et déchéance me tendaient les bras… Une période plutôt sombre. Mais au final, j’avais fini par remonter la pente. Pour moi. Pour mon actuelle fiancée, mais aussi pour le symbole que j’étais pour mon clan et Kumo en général. Même si le poste de raikage était derrière moi, je demeurais un homme fort du village caché des nuages qui pourrait toujours servir au cas où. La lutte était perpétuelle et ce d’autant plus que l’homme au chapeau était toujours en vie et œuvrait certainement en coulisses, encore. Je devais lui faire payer ce qu’il m’avait fait. Lui en faire voir de tous les couleurs. C’était l’un des nombreux leitmotivs -quoique le plus inavouable- qui me poussait à avancer et me dépasser sans cesse. Continuellement.

- « T’inquiète pas mec. Je redeviendrai le Shuuhei d’antan avec encore plus de force. Et puis, c’est à toi de te bouger l’cul pour pas que je te distance trop, spèce de limace ! Reiko te fera baver si tu comptes bosser sous ses ordres, j’te préviens ! »

Sur cette phrase, je lui administrai une petite bourrade amicale dans le dos sous un rire convaincu. Ouais, tout n’était pas encore fini. Loin de là même. Mais en attendant, les odeurs qui provenaient du yatai m’attirèrent également, si bien que je me mis à presser le pas. Je disais jamais non à une bouffe, surtout quand c’était une autre personne qui offrait. Oui parce que j’étais maintenant un vagabond, moi. J’avais aucun rond en poche. En vérité, je n’étais pas du tout fauché, mais j’essayais de vivre de façon autonome, pour ne pas dire précaire même. Et puis, sans kinton, plus moyen de créer vite fait une pièce de monnaie pour se dépanner en cas de dèche totale. Une existence bien loin de celle que je menais lorsque j’étais chef de clan et kage du village. Lorsque nous fûmes enfin devant le yatai étonnement vide -sans doute avait-il ouvert il y a peu-, mon visage s’illumina comme celui d’un gosse. Difficile de se faire plaisir de la sorte lorsqu’on était en couple ou en famille. Bien longtemps que j’avais pas bouffé « dehors ». Aussi m’étais-je rapidement installé sur le banc du stand avant de prendre automatiquement ma commande.

- « Un gros bol de ramen et des tranches de porc dessus ! Ah et c’est l’autre vieux-là qui offre ! »
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Mar 18 Déc 2018 - 23:01
Un léger frisson lui parcourut l'échine lorsqu'il entendit le nom de Reiko. La furie de fer, sauvage parmi les sauvages, dans le sens noble du terme : indomptable, forte, terriblement fière et auréolée d'un subtil mélange de crainte et de respect. D'aucuns diraient qu'elle représentait un mal nécessaire en ces temps troublés, un avis que ne partageait pas Shisei, mais il se garda de le communiquer au frère de l'intéressée.

-"C'est cool les limaces..." Finit-il par lui répondre, redevenant imperméable à ses menaces. "elles se trainent à leur rythme." Finalement, ça lui correspondait assez bien, la bave en moins. Encore que.

-"L'autre vieux, y' prendra un bol de nabé, avec supplément shirataki, du donburi katsudon, quelques boulettes panées, celles-là, une part de tamagoyaki et... les six takoyaki, là-bas." Le regard hébété du cuistot fut balayé d'un "Quoi !?" Désinvolte, suivi d'un "J'ai la dalle." contrarié, presque boudeur. L'excès dans la nourriture lui était suffisamment courant pour que sa femme en vienne à le surnommer "Pakupaku" devant témoin... cette vilaine.

-"Me bouger l'cul ? Haha, arrête ton char, Shuuhei. On sait tous les deux que le remuage de popotin, c'est clairement plus ton truc que le mien." Plaisanta-t-il alors qu'il payait le commerçant. "Et puis je ferai en sorte d'être suffisamment insignifiant hiérarchiquement pour ne pas avoir à travailler sous les ordres directs de ta sœur." Un peu comme ce qu'il avait fait sous l'époque du Nidaime. Et du Shodaime. Et des dirigeants précédents. Une distance qu'il s'imposait pour deux raisons : l'insolence latente que dégageait son attitude nonchalante et sa survie, ni plus ni moins. Les hauts-gradés et proches des Grands Noms finissaient toujours par devenir des cibles prioritaires. Alors que lui ? Un pauvre genin qui arrivait difficilement, en fin de trentaine, à développer davantage sa puissance.

Les plats furent servis et leur odeur respective suffit à lui rappeler les joies de faire partie de Kumo.

-"Comment fa Nora au fufte ?" Postillonna-t-il dans son bol de bouillon chaud, avant d'arriver au bout de sa bouchée de nouille. "Elle compte revenir au village ?"

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Ven 21 Déc 2018 - 13:49
Entre ombre et spectres


- « Mieux vaut qu’elle reste en dehors du village pour le moment… »

C’était paradoxal et indigne d’un ex raikage, mais je n’arrivais pas définitivement pas à me débarrasser de l’idée que Kumo constituait une trop grosse cible pour d’éventuelles invasions ennemies. Les attaques sur les autres villes moins importantes du pays étaient rares pour ne pas dire quasi-inexistantes. Les ninjas les plus dangereux n’avaient aucune gloire ni aucun intérêt à taper sur de telles cités -même pour s’amuser et ou tester leurs forces. On pourrait éventuellement parler de stratégie pour attirer des kumojins si jamais cela arrivait, mais les probabilités pour qu’une telle situation se produise à la ville où ma fiancée m’attendait étaient moindres, nulles. Ouais. Mieux valait qu’elle s’éloigne de Kumo pour le moment…

- « Sans compter que j’ai pas spécialement envie qu’elle me voit galérer davantage. Un couple, c’est peut-être fait pour partager les bons comme les mauvais moments, mais là, c’est un peu trop pour moi et mon égo, si tu vois ce que je veux dire… »

J’eus un sourire. Un sourire jaune. La fin de la phrase s’apparentait à de l’humour, mais n’en était pas vraiment à vrai dire. Mais ce petit moment de faiblesse fut vite balayé par le bol que le cuistot posa devant moi. Une pure merveille ! Les senteurs et le visa du plat étaient fabuleux. Restait plus qu’à gouter tout ça. Mais alors que je m’emparai de baguettes dans une boite toute proche, je pris une nouvelle fois la parole : « T’as pas changé toi… Et pourtant, tu prends jamais un kilo putain… » J’avais viré sur un sujet plus léger. La propension du Suzuri à manger pour quatre. J’étais moi-même un gros bouffeur, mais ce type-là remportait la palme haut la main. C’était hallucinant et toujours quelque chose de le voir à l’œuvre.

- « Et sinon, quelque chose contre l’fait de bosser sous Reiko ? Ou quelque chose contre Reiko tout court ? »

J’étais pas non plus dupe. On était entre adultes et lire entre les lignes n’était pas quelque chose de bien dur.
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Ven 4 Jan 2019 - 20:57
-"Les avis, c'est comme les trous d'balle. Tout le monde en a un." Il bascula sa tête par dessus l'épaule pour essayer d'apercevoir son propre postérieur, évidemment sans succès. "Et faut croire que je suis bâti comme le quidam moyen." Shisei termina son bol avant de s'adresser au vendeur.

-"Tu peux nous laisser quelques minutes s'teuplaît, Chigiru-san ?" Le trentenaire préférait un semblant d'intimité avant de poursuivre sur ce sujet. Ce n'était jamais évident de discuter de la sœur d'un ami, encore moins lorsque la fratrie signait sous le nom des Metaru et qu'elle contenait les deux derniers Kage du village... . Commençait par un compliment ? Ajouter une phrase bien sentie ? Un trait d'humour dissimulait au milieu d'une explication entrecoupée d'une série de "mais" bégayés ?

Non. Le Suzuri sans-gêne attaqua en frontal.

-"Elle donne l'impression de frapper avant de poser les questions." Ce qui lui avait largement réussi face au Shoshikidan. "Les derniers évènements chamboulent cet ordre établi d'impression de force brute et imposent d'afficher aux yeux des autres nations une approche plus subtile, leur faire craindre ce qu'ils ne peuvent pas voir." Shisei se savait suffisamment vieux pour être sacrifié mais craignait des jeunes générations qu'elles ne s'immolent dans les flammes d'une réponse hâtive et sanguine à une provocation.

-"Shinobi a défiguré le clan pour se l'approprier. Kaldea a usé de ses prérogatives contre le village. Les miens m'ont montré une voie où l'enfer brûle le ciel... où le pouvoir transforme, corrompt et consomme le cœur de ceux qui s'y logent trop longtemps. Il te laisse croire que tu possèdes quelque chose de plus que les autres, jusqu'à ce que ce petit plus ne coûte un grand tout à d'autres." Une perle de doute indispensable au jugement se délayait dans son discours. Shisei craignait pour Kumo.


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Lun 7 Jan 2019 - 14:53
Entre ombre et spectres


- « J’crois que c’est l'une des raisons pour lesquelles que j’ai toujours aimé ta gueule en fait. Ta franchise, j'veux dire… »

J’eus un sourire fugace, mais un sourire quand même. J’entendais et comprenais ce qu’il venait de dire. Du reste, j’avais rapidement troqué mes baguettes pour un briquet made in metaru et la clope qui allait avec. Je fumais tout le temps, mais surtout lorsqu’il s’agissait d’aborder un sujet sérieux et épineux. Vu également que le gérant du Yatai nous avait gentiment laissés seuls en plus du fait que je n’avais pas encore commencé à bouffer, je pouvais m’le permettre. Après quelques secondes et la première taffe, je soupirai d’aise. Y’avait vraiment rien d’mieux qu’une cigarette…

- « Et t’inquiète pas, il n’y aurait pas de mais à ma phrase. Tu as le droit de pas le kiffer, de la critiquer et c’est pas moi qui vais te lancer la pierre vu que tu connais le passif que j’ai avec Reiko… »

On pouvait dire qu’il l’avait vu grandir de loin. Et qu’il avait également vu que moi et Reiko, ça avait toujours été la guerre. Toujours. Notre réconciliation ne datait d’ailleurs que de l’an passé et pas mal de kumojins avaient été stupéfaits de constater que je lui avais accordé ma confiance en lui confiant les rênes du pays. Avec bien évidemment l’accord du daimyo, on s’entend. Cela me faisait d’ailleurs penser qu’il n’avait pas vraiment discuté mon choix à l’époque. Mais peut-être avait-il entrevu ce que j’avais moi-même vu. Et puis, sans kinton, que pouvais-je faire d’autre… ?

- « Pour avoir négocié en tant que kage avec les autres nations et pour avoir été confronté à des terroristes tels que le soshikidan ou encore cet enfoiré d’homme au chapeau, je peux t’assurer que l’implicite n’a plus aucune espèce d’importance.

Faire craindre ce qu’ils ne peuvent pas voir ? Sauf que ce genre de bluff, ça prend plus.

Regarde toutes les intrusions ou même trahisons qu’on a pu essayer… Tu penses que les gens craignent vraiment l'inconnu ?

Après la perte de mon kinton, il me fallait céder la place. Le force du kage ne réside pas seulement dans son ninjutsu et je suis bien d’accord ; mais nous avons plus que jamais besoin d’une figure inflexible. Une personne qui n’hésite pas à se donner à fond.

…Ou même à se salir les mains.

C’est triste à dire mais l’époque des négociations, du dialogue, de la bonne volonté, tout ça, c’est pratiquement révolu. Surtout avec cet homme au chapeau… Relâcher sa garde ou brader sa fierté au nom de la paix et du dialogue, c’est pas que c’est vieux jeu…

C’est que face à des menaces pareilles, ça ne sert plus à rien.

Surtout qu’on parle de vies humaines par milliers.

Le choix de ma sœur était un peu le choix par défaut et au vu de la situation politique actuelle, il est le bon. Et puis, qu’elle le veuille ou non, elle s’adoucira quand il le faudra. Le poste de kage te fait réaliser que tu ne peux pas taper à tout bout de champ…

Au risque de te coltiner des grognes internes.

Reiko est pas conne, t’inquiète pas. Et puis, jusqu’ici, c’est presqu’une sans-faute, non ? »


Je pouvais encore argumenter, mais je voulais voir comment il prendrait la chose à ce niveau-là.

L’idée n’était pas de le faire adhérer à ma vision des choses… Mais à le rassurer sur la direction que prenait Kumo avec ma sœur à sa tête.
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Mar 8 Jan 2019 - 19:21
L'inconnu ne signifiait pas le fictif, Shisei ne sous-entendait pas d'un bluff creux, ni d'un mensonge sans matière, mais bien de la dissuasion avec les moyens de mettre en pratique les menaces préalablement proférées. Kumo n'avait rien d'une cité guerrière, ni sanguinaire. "Mettre au profit du subtil toute l'intelligence et le savoir dont jouit notre pays me semble être plus durable pour les générations futures." Mais la dernière remarque de Shuuhei figea son argumentaire.

Oui, c'était un sans faute pour Reiko. Les faits se retournaient contre lui et réduisait sa crainte à ce qu'elle était : un ressentit sans autre fondement que celui d'une hypothèse viscérale.

-"Tu marques un point." Lui concéda le trentenaire avant de reprendre un peu de tatoyaki. Sans s'avouer vaincu, force était de constater que la Sandaime remplissait le poste de toute sa carrure et donnait tout au village, à sa façon et avec ses méthodes.

-"Une part de notre job se base sur notre instinct. Je suis sûr que tu ne m'en veux pas trop d'avoir laissé mes trippes guider mon jugement. Après, pour ce qui est de dialogue et de paix..." Il ouvrit ses mains et scruta les traces d'anciennes plaies qui en redessinaient les lignes. Les coups avaient été nombreux, pas forcément pour les bonnes raisons ni sur les bonnes personnes, mais il lui était évident que ses poings s'abattraient de nouveau. "On sait tous les deux que ce n'est pas tellement mon domaine."

Shisei était un soldat qui suivait les ordres, au point d'accepter jusqu'aux plus sales des sales boulots. Un spectre qui se complaisait des situations les plus noires mais qui, paradoxalement, souhaitait un avenir plus radieux pour ses filles. Un père bipolaire alimentant ce même chaos qu'il refusait à Reiko. L'irrationnel personnifié.

-"Et s'il y a bien quelque chose sur lequel on est d'accord, c'est que ta sœurette est très loin d'être une abrutie finie." Ses yeux s'écarquillèrent alors qu'il tentait de rattraper ces paroles balançaient trop vite. "Enfin... 'sœurette'... avec tout le respect que je lui dois, hein... héhé." Il croisa ses mains pour prier l'ex-kage au silence. "Lui dit rien, s'te plait !? Au nom de... de ce repas offert ! Merde, Shuu', on se connait depuis, quoi ? Presque trente ans !? Fais pas ta vieille poucav." Le tatoué n'avait aucune monnaie d'échange pour l'enjoindre au secret et lui éviter non pas l'humiliation -ça, il l'aurait gérée sans aucune difficulté-, mais bien les représailles de la Sandaime.

-"En échange de ton silence, qu'est-ce tu veux ?" Question d'une proie prise au piège et qui vendait ses services, aussi minimes fussent-ils, pour survivre un peu plus longtemps. "Donne un nom et j'enquête. File une adresse et je livre. Donne une liste et j'achète... ."


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Jeu 10 Jan 2019 - 18:52
Entre ombre et spectres


- « Je lui dirai tout… Absolument tout mon pote ! T’es graaaave dans la merde ! »

C’est avec un sourire carnassier que je lui avais répondu du tac au tac. Mon visage précédemment paisible et doux s’était en quelque chose de sadique, surtout avec mes yeux grands ouverts et le ravissement que j’affichais volontiers. En vérité, je ne savais même pas pourquoi il flippait autant comme un gosse, mais l’idée de jouer un peu avec ses nerfs m’avait titillé en même pas une seconde, si bien que je m’amusais là à jouer la comédie. Parce que oui, je n’allais rien dire, évidemment ; et parce qu’il n’avait rien fait de mal. Il était parfois excentrique ce type (un peu comme tous les Suzuri d’ailleurs), mais c’était sans doute ce qui faisait son charme quand on y repensait. Les défauts avaient souvent l’avantage de rendre une personne vivante. Les défauts sans gravité, on s’entend. Personnellement, je n’aimais pas les personnes qui présentaient toujours bien et qui dans faisaient tout le temps propre. Elles étaient fades, sans aucun gout, hypocrites et cachaient assurément des vices trop sales pour être dévoilées… Enfin, niveau vices, j'me posais aussi.

- « Quoique… Pour ton marché, ça peut p’être se faire, tu vois ! »

Je finis par tempérer le jeu en tapotant l’une de ses épaules, puis je mimai une mine réfléchie pour le fun. En grattant mon menton, j’passai en revue ce qu’il pourrait faire pour moi (en plus du plat qu’il payait, faut pas déconner !), mais je voyais pas vraiment ce qu’il pouvait me rendre comme service ! C’était pas comme si j’avais spécifiquement besoin de quoique ce soit. S’il me fallait de la thune, je pouvais puiser dans mon salaire de retraité et mes épargnes… Idem pour les meufs que je savais draguer moi-même… Non vraiment, je n’avais besoin de rien là, d’autant plus que je voyais pas ce qu’un vieux crouton comme lui pouvait vraiment m’offrir en vérité ! La seule chose que je désirais ardemment, c’était retrouver mon kinton. Mais le pauvre ne devait pas avoir de solutions viables à m’offrir là-dessus. Mais alors que je réfléchissais me vint une idée totalement farfelue et qui lui ferait clairement comprendre que je déconnais, qu’il n’avait pas à faire dans son froc et que j’étais pas une poucave comme il pouvait l’croire !

- « Ah ! Je sais ! Va tuer l’homme au chapeau pour moi ! Tu fais ça et c’est parfait, j’dirai rien à Reiko ! »

Comme si Reiko était plus monstrueuse que ce type…
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Lun 14 Jan 2019 - 18:51
Ses doigts se décroisèrent et la supplique laissa place à une moue vexée. "T'es con." Ces mots résonnèrent dans le bol de riz, alors que Shisei en terminait le contenu.

-"Vous êtes gentils les gars, mais j'ai mes cuissons à surveiller" Chigiru était revenu dans la petite étale, à son poste derrière les feux de cuisson. Des discussions, il en avait entendues sans jamais vraiment les écouter, préférant de loin le doux bruit du clapotis de l'eau en ébullition, le crépitement de la pâte plongée dans l'huile chaude, ou encore l'écho glissant d'une lame qui s'affûte. Chigiru était de ces artisans de la bonne bouffe, véritable jûnin culinaire dont les jutsu se résumaient à satisfaire les papilles de ses clients. Il représentait également un parfait indicateur de l'état de la population, de tout temps la grogne flirtait avec la faim. Alors tant qu'il ravirait le palais de tout un quartier, les repus ne viendraient pas critiquer le pouvoir.

-"Ta faculté à stabiliser le village est sous évaluée, mon bon Chigiru."

-"Ravi de savoir que mes plats plaisent autant." Doué et avec de l'esprit.

-"Ça s'trouve, ton mec au chapeau, il a juste une grosse dalle." Le Suzuri venait de pivoter vers Shuuhei, un sourire moqueur naissant aux bords des lèvres. "On va lui envoyer Chigiru, après avoir goûté à ses spécialités, il se sentira obligé de lui tirer son chapeau." Il préféra en rire, faute d'autre chose. Et pour le coup, il semblait difficile de déterminer qui des deux trentenaires était le plus stupide.

-"Bon, c'pas tout mais j'préfère partir avec de m'enfoncer davantage." Shisei paya l'addition, comme promis. "Puis mes filles m'attendent. Ça m'a fait plaisir de papoter avec toi, gamin. Au plaisir de croiser ta sale tronche dans l'un des onsens du coin !" Il gratifia le Nidaime d'une tape amicale sur l'épaule, avant de prendre la direction des quartiers de son clan.


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Mer 16 Jan 2019 - 8:40
Entre ombre et spectres


- « Gamin ? »

A cause de trois ans de différence ? Il changerait jamais celui-là ! Et dire qu’il aurait pu être un ninja d’exception s’il s’était sorti les doigts du cul… Un gâchis, que j’me disais. Même s’il n’était pas encore trop tard pour qu’il rattrape son retard également. On finissait jamais d’apprendre. Mon cas était une preuve. Même si la perte de mon capacité héréditaire n’était pas de mon fait, il me fallait tout réapprendre. Et c’était peut-être une bonne chose finalement. J’allais peut-être découvrir d’autres pans du kinton… Affiner ma base pour la rendre plus solide, plus efficace. C’était en tout cas à l’idéal que j’aspirais actuellement. Sur cette pensée, j’eus donc un sourire avant de finir mon plat tranquillement. Puisqu’il avait payé, autant se gaver ! Et mon appétit, lui, fit plaisir au cuistot qui se sentit honorer de pouvoir contenter les papilles gustatives d’un ancien kage. Faut croire qu’on m’estimait encore un peu par ici.

- « Faire craindre ce qu’ils ne peuvent pas voir hein… »

Pour le coup, j’avais beau retourner cette phrase dans tous les sens que j’apercevais pas vraiment son fond. Concrètement, j’voyais aucune possibilité de Kumo dans le genre. Vraiment. J’aurai peut-être dû le questionner davantage… Creuser encore plus. A l’instar des Nara, les Suzuri étaient des cérébraux plutôt énigmatiques. P’être que ce vieux con avait aperçu quelque chose qui avait échappé aux Metaru et aux autres kumojins dans leur ensemble… Ou p’être qu’il avait tout simplement voulu faire genre… Frimer… Ces probabilités n’étaient pas à exclure et m’extirpèrent un soupir las. Mah… C’était pas vraiment à moi d’y penser pour le moment de toute façon. Kumo avait actuellement de bons dirigeants. Ce qui lui manquait, c’était plus de bras. Plus de potentiels… Et je pouvais garnir les rangs à la seule condition de retrouver mon métal. Une réalité qui me fit sourire avant que je ne quitte à mon tour le Yasei.

Well… Une promenade s’imposait maintenant que j’avais bien mangé et que je n’avais rien d’autre à faire…
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Entre Ombre et spectres

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