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Mise à jour - [mission libre C]


Mer 28 Nov 2018 - 18:28
Ordre de mission:
 

Wasure. La nouvelle avait frappé le village comme une vague fracassante, arrachant çà et là l'inquiétude, les souvenirs d'anciens stigmates douloureux ou l'indignation absolue. Et comme dans tant d'autres foyers, le sujet avait été évoqué entre Shisei et sa femme alors que leurs filles dormaient. Rien n'en était sorti sinon la mise en garde de la mère.

-"Laisse les morts ensevelir les morts, Shisei."

-"Et s'ils ne restent pas ensevelis ?"

-"Alors crains ces spectres à l'esprit vengeur." Midoli avait le chic de dissimuler ses pires inquiétudes derrières des préceptes providentiels, presque apocalyptiques. Auxquels Shisei répondait d'une bise tendre et protectrice sur son front, avant de l'enlacer tout en se balançant lentement de gauche à droite. Un rayon de soleil au cœur de la tempête qui s'abattait sur les grandes nations du Yuukan. Un couple à l'épreuve du temps qui voyait une nouvelle fois leur vie écorchée par les décisions hasardeuses d'une élite.

Mais l'indolence de Shisei ne lui permettait pas de mener un combat contre cette oligarchie. Non. Il ne serait pas de ceux qui attiseraient les braises d'une guerre civile. Trop insouciant ou trop lâche, il se contenta de suivre les ordres, à l'image de la mission pour laquelle il se présenta dès le lendemain, auprès d'Hino Kodaima.

-"Shisei."

-"Kodaima." Une poignet de main suivie d'un hochement de tête. S'ils se connaissaient depuis leur enfance et leurs classes dans l'armée de Shitaderu, chacun emprunta une voie opposée. Celle du Suzuri l'orienta vers sa famille et son clan, sans aucun gain hiérarchique, quand celle de Kodaima le guida jusqu'à la tête d'une escouade en charge de vérifier certaines données sensibles. Le jônin était ainsi directement rattaché à une sorte de bureau des renseignements dont Shisei, à l'instar de la majorité du village, n'en connaissait que très peu, voire rien.

-"Comment va Chôchô ?"

-"Euphorique depuis que nous avons appris la nouvelle." Un sourire enjoué illumina son visage. "Elle est enceinte !" Mais le sérieux lui revint lorsque deux autres ninjas pénétrèrent dans la pièce. L'équipe maintenant complète, les explications et la mission prenaient la priorité sur sa vie privée. Quand bien même Shisei comprenait parfaitement cela et le respectait, il ne put s'empêcher de chuchoter un "bon courage" espiègle qu'il paierait, à n'en pas douter, avant la fin de la mission.

-"Nagisa, Hishiko, Shisei." Il les présenta du plat de la main, aussi sommairement qu'efficacement. "Je vous invite à prendre connaissance du cadre de la mission, avant toute autre chose." Il leur tendit un papier chacun, sur lequel apparaissaient les restrictions de confidentialités propres à la nature même de la mission, ainsi que les conséquences de toute désobéissance.

-"Un bout de papier n'a jamais arrêté les traitres."

-"Non. Mais ça, oui !" D'un claquement de doigts, Kodaima activa le sceau dissimulé dans chacun des papiers que tenaient les trois kumojins. La lueur progressa jusque sur le dos de leur main avant de disparaître. "Considérez cela comme votre engagement total et indéfectible envers moi et cette mission."

-"Et qui est... ?" Le jônin ne s'attarda pas davantage sur les modalités qu'ils connaissaient tous pour répondre à la question du Suzuri.

-"Croiser les informations sur un groupe d'individus nuisibles pour la stabilité du village." Pointant de la main deux pochettes disposées sur la table derrière lui, il poursuivit l'explication. "Vous avez trois jours pour étoffer ces dossiers et déterminer si les personnes y étant présentées sont toujours une menace ou non pour Kumo"

Un. Deux. Les yeux du Suzuri sautèrent des pochettes vers les ninjas présents. Qu'attendait Kodaima exactement ? Qu'ils fassent équipe? Ou qu'ils se ruent vers les dossiers, abandonnant le moins combatif à son triste sort d'incapable ?

-"Euh, il n'y a que deux dossiers, là." Le plus simple restait encore de demander au chef d'équipe.

-"T'es du genre perspicace Shisei..." La remarque arracha un gloussement à Hishiko, que Kodaima ne manqua de réprimer, à sa manière. "... le dindon et Nagisa s'occupent des dossiers. Toi, j'aimerais que tu remontes la trace d'un nom en particulier. Un nom qui n'est pas référencé ici." Il lui tendit un petit bout de papier. Méfiant, Shisei hésita quelque instants avant de s'en saisir.

-"Aucun risque que ce papier me tatoue un autre sceau ?" Les jutsus forcés, il en avait suffisamment sur sa peau pour s'éviter d'en subir un nouveau. Mais Kodaima haussa simplement les épaules.

"Saego Yûki"

Un nom tout droit sorti des couloirs du temps. "Tu la connaissais, n'est-ce pas ?"

-"Hm. Vaguement." L'Hino savait qu'il mentait, mais qu'importe, du moment qu'il ramène des informations sur elle... . Le jônin pivota pour s'adresser aux autres recrues.

-"Si vous avez besoin d'autorisations particulières, n'hésitez pas à revenir vers moi. D'ici là, bonne chasse." Nagisa et Hoshiko récupérèrent les dossiers et quittèrent la pièce, laissant derrière eux un Shisei perdu dans ses pensées et un Kodaima étonnamment patient pour son ancien camarade.

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Mer 28 Nov 2018 - 20:57
Les années avaient effacé plusieurs souvenirs de la mémoire de Shisei, mais pas ce nom, qu'il croyait enterré avec celle qui le porta jadis. La phrase prononcée hier soir par sa femme lui revint alors en tête "crains ces spectres à l'esprit vengeur". À défaut d'une plus grand puissance, les années lui avait au moins apporté l'expérience et son propre lot de spectres à combattre, alors il ne les redoutait plus. Mais quand était-il des deux adolescents, affectés à cette mission.

-"Ils sont jeunes, non ?" Demanda-t-il à Kodaima, tout en pointant du regard la porte empruntée à l'instant par les deux autres shinobis.

-"Oui. Mais ils sont doués, plus que nous à leur âge..." Il marqua une pause, avant d'asséner un "...plus que toi à ton âge" moqueur, mais terriblement vrai. Amusé, le Suzuri se risqua à une dernière question.

-"Cela a-t-il un quelconque lien avec les récents évènements ?" Il faisait naturellement référence à la Prison Inavouée. Mais Kodaima se contenta de tapoter le dos de sa main avec son index. "Confidentiel hein !? Soit." Shisei coinça le morceau de papier entre son pouce et son majeur, pour en forcer le pli sur toute sa largeur, puis le rangea dans le revers de sa veste, avant de quitter à son tour la pièce.

Saego Yûki... Saego Yûki... les mains dans les poches, le vieux genin s'éloignait de l'Assemblée avec ce nom qui ricochait dans son esprit. Il avait traîné quelques temps avec elle, à l'orée de ses dix-huit ans, et la connaissait, de fait, plus que ce qu'il avait bien voulu avouer à Kodaima. Lorsque Kumo n'était alors qu'une idée, certains avis plus extrêmes convergeaient vers une hégémonie des shinobis, une reclassification des droits où l'art ninja s'élevait au rang de véritable religion, tout en haut de la pyramide sociale. Yûki avait sombré corps et âme dans cette folie, peu avant que l'envie de supériorité chakraique du groupuscule ne soit étouffée dans l'indifférence totale. Une chasse aux sorcières passée sous silence, ne possédant plus aujourd'hui que quelques traces ténues, disséminées çà et là dans les ruines d'une Shitaderu devenue Kumo. Persuadé qu'un endroit plus qu'aucun autre lui apporterait les premiers éléments de réponse, il prit la direction de la Grande Bibliothèque.

Lorsqu'il en passa les portes, un sentiment de submersion totale s'empara de lui. Loin d'être un habitué du lieu -un hérétique parmi les Suzuri-, Shisei se laissa guider par les différentes pancartes d'orientation. Naviguant à vue au milieu des rayons jusqu'à atteindre le thème cherché, il parcourut les côtes des livres s'y trouvant pour récupérer ceux jugés suffisamment opportuns, puis s'installa à la lueur d'une bougie, sur l'une des tables libres.

Les heures défilèrent, au rythme des pages feuilletées et des livres entassés autour de lui, mais l'Histoire de la cité restait muette face à ses questions. Plusieurs allée-retour entre la table et les rayonnages s'initièrent, à l'image d'un bal calme et méthodique, avant que Shisei ne se rende à l'évidence : quand bien même il fut un Suzuri, seul, il ne parviendrait pas à arracher les réponses à cette bibliothèque capricieuse.

Perdue entre deux piles immenses de livres, il aperçut alors une jeune femme, à la chevelure vio...violette !? À défaut d'être une employée, elle semblait suffisamment passionnée pour l'aiguiller dans les rayonnages. Aller à sa rencontre s'avérait être une bien meilleure idée que de devoir se rapprocher de son cousin Bunta qui travaillait ici-même. Bunta ? Oh, il s'agissait d'une petite boule de sueur à la limite de l'asphyxie. Une suffocation permanente qui lui octroyait une respiration sifflante et une élocution entrecoupée de slurp écœurants. Le petit Bunta, l'arme secrète du clan, jalousement gardée, pouvait vous faire perdre deux bonnes heures de votre journée en un seul récit. Pas de virgule, pas de point, une logorrhée inépuisable et incoercible. En bref, quelqu'un que Shisei préférait éviter.

Il s'approcha alors de la jeune femme et se racla la gorge pour attirer son attention.
-"Hm. Excusez-moi, oui, bonjour. Suzuri Shisei, enchanté. Navré de vous importuner, mais pourriez-vous m'aider, s'il vous plaît ? Je cherche un registre quelconque ou plusieurs livres, relatant les évènements liés à la construction de ce qu'était le renfort Sud de Shitaderu, vers la fin de l'année 185 ?" Un sourire timide mais sincère accompagnait sa requête.

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Mer 5 Déc 2018 - 0:48
Anzu se tenait tranquillement assise dans la bibliothèque, cherchant un moyen d'oublier Yahiko. Elle a pris de très grosses piles de livres, histoire de pouvoir s’assommer un bon coup avec tout ce savoir pour que son "cousin" ne soit qu'un lointain souvenir. Donc elle lit, elle lit, quoi donc ? Bah, un peu de tout, comme d'habitude. Elle n'a ni un thème précis en tête, ni une envie de livre en particulier. Elle veut juste lire, apprendre, et rien d'autres, rester ici, lire encore et toujours ... c'est sans doute ça qu'on appelle "un rat de bibliothèque". Enfin, cela ne la dérange pas qu'on la voit ainsi, de toute manière, c'est une habituée, tout le monde l'a au moins vu une fois ici, donc elle n'est pas si invisible que ça ... bref, tout ça pour dire que beaucoup de personnes l'ont vu assise ici, entre plusieurs tonnes de livres qu'elle arrivera à lire en une journée.

Enfin, elle aurait pu lire ça en une journée si une personne n'est pas venu la voir. Une vieille personne, avec une moustache bien entretenue et des cheveux colorés, elle dirait donc entre la quarantaine et la cinquantaine ... Il est venu la voir d'un air assez timide, il cherche des livres, des livres assez spécifiques qui doivent bien sûr se trouver dans cette bibliothèque, de toutes manières, quels livres ne se trouvent pas là-dedans ? Elle se lève, l'observe en restant assez neutre, gardant le livre qu'elle lisait en cours dans sa main après avoir mis un marque-page dedans.

- Suivez-moi.

Elle marche donc, aidant la vieille personne à tenter de trouver son fameux livre. Elle connaît toute la bibliothèque, à force de la lire, elle connaît l'emplacement de chaque sujet imprimé ou écrit noir sur blanc dans les rayons de cet immense labyrinthe. Elle la guide donc vers les documents historiques, les témoignages, et les documents officiels qui sont d'époque, un immense rayon s'offrait à lui, il avait l'embarras du choix maintenant.

- C'est ici que se trouve ce que vous cherchez, je vous souhaite bonne lecture.

Elle le quitte ensuite, sans vraiment se présenter, après tout, il n'a pas demandé son nom donc ... elle ne le lui a pas donné ! Mais bon, elle est vite pressée de se renfermer dans sa bulle en relisant encore et encore ...

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Mer 5 Déc 2018 - 21:06
Cette coiffe violette aux prunelles d'or le guida dans un silence presque solennel - que Shisei n'osa pas briser-, jusqu'au trésor tant convoité. La jeune fille lui faisait gagner un temps précieux, aussi le vieux trentenaire l'en remercia d'un "Merci" à l'image de leur échange : succinct. Il entrevit le titre du livre qu'elle lisait lorsqu'il la dérangea, "Combattre son déni de nanisme", mais préféra, à toute bévue, la laisser retourner à ses préoccupations.

Le sésame lui faisait face, dissimulé quelque part dans ces étagères, soigneusement rangé entre deux retranscriptions écrites d'événements officiels. Une porte sur l'Histoire de son village s'entrebâillait, alors il s'y engouffra, pleinement. Les récits qu'il parcourait ramenaient un peu de concret, de réel, au mysticisme du passé. Car l'Homme avait cette étrange faculté de laisser au Temps l'opportunité de lui dicter sa mémoire, de remodeler les souvenirs, personnels comme collectifs, pour y semer les graines d'une conviction inébranlable. La complexité de la psyché humaine échappait à Shisei, alors il s'abstint de toute analyse intrusive et trop poussée sur sa propre condition, pour replonger dans sa mission.

Parcourant les rayons, feuilletant les ouvrages, il sautait ainsi d'année en année, de mois en mois, s'arrêtant plus longuement sur certains récits sans autre facteur déterminant que sa seule curiosité. Quelques unes de ses lectures lui rappelaient des souvenirs parfois sans rapport, mais qu'il pensait sincères, quand d'autres lui arquaient un sourcil perplexe. Un épisode titré "Deux faussaires annoncent la fermeture d'un point de vente par voie d'affichage" lui arracha même un petit rire étouffé.

-"Des génies..."

Il remontait le temps, au rythme des épisodes ayant construit le village, jusqu'à tomber sur celui recherché : l'agrandissement du renfort Sud de cette vieille Shitaderu, au début de l'hiver 185. Entamer une construction alors que le froid soudait le sol et vous engourdissait les mains dénotait d'un crétinisme propre aux gratte-papiers. Du moins, c'était ce que cela sous-entendait à la première analyse du rapport d'ouverture de chantier. Lisant plus attentivement le papier, Shisei reconnut la griffe d'un Suzuri pour la maîtrise d'ouvrage. Alors qu'il passa le doigt sur ce nom, l'encre sembla s'animer d'une petite étincelle de vie, avant de revenir à sa place, incrustée dans les fibres séchées d'un papier jauni par l'âge.

Suzuri Jiseki, ce nom avait une saveur toute particulière dans l'esprit du trentenaire et pour cause, il s'agissait de son père. Son vieux passa l'arme à gauche avant la naissance de sa seconde fille. Pour autant, il offrit de son vivant toute l'attention qu'il put à Shisei, notamment en l'impliquant dans ses nombreux chantiers et travaux au nom de l'exigeante Shitaderu. Une seconde signature paraphait le document, celle d'un Nara, preuve s'il en fallait que le choix de l'hiver pour initier la construction ne devait rien au hasard de l'incompétence. Shisei n'avait jamais douté du leurre que représenta la construction du mur Sud, parce qu'il se souvenait de l'horreur inhumaine à laquelle il participa... . Le soir précédent l'ouverture du chantier, du haut de ses dix-huit ans, il avait parcouru les rues de l'ancienne cité avec six autres shinobis, tous missionnés pour exécuter la sévérité d'un ordre dénué de toute empathie : tuer.

Pensiez-vous vraiment que le vieux père tatoué qu'il était devenu s'interdit le premier fondement d'un ninja ? Que, plongé dans l'obscurité d'un monde agressif depuis sa naissance, il prit ses distances de l'essence même d'un agent de l'ombre ? Ne feignez pas la naïveté et gardez votre morale... . L'ordre fut si limpide qu'aucun membre de l'équipe n'hésita. Ce soir là, tous tuèrent, d'un calme froid et méthodique, un groupe réfractaire à l'idée d'une Shitaderu modelée puis gouvernée par le Chakra. Ce soir là, tous enfoncèrent leur surin dans la gorge d'habitants contestataires, marquant le sol du sang de la désobéissance naissante. Fruits d'une jeunesse endoctrinée, cueillis au seuil de leur maturité, pour leur imposer à jamais l'âcreté perfide d'une allégeance aveugle.

Aujourd'hui encore, il était physiquement incapable d'en parler. Littéralement. Un interdit par un sceau de contrainte, où seules les images de son esprit pouvaient encore le hantaient par intermittence, sans jamais avoir les capacités de verbaliser cette souffrance mémorisée au plus profond de son être. Lente torture imposée par ses chefs d'antan. Paradoxalement, son supérieur actuel, Hino Kodaima, représentait sa seule chance d'apporter les preuves de cet événement et d'appuyer son raisonnement quant à la résurrection du nom de Saego Yûki.


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Jeu 6 Déc 2018 - 19:55
La nuit était tombée depuis plusieurs heures, lorsque Shisei quitta la bibliothèque, une copie de la déclaration d'ouverture de chantier en poche. Et descendit les rues du village jusqu'à l'Assemblée, sachant qu'il y trouverait son supérieur. L'obscurité du soir apportait à Kodaima ce calme et cette sérénité nécessaire à son travail devenu plus administratif qu'autre chose. Alors il traînait tard, très tard, trop, pour finaliser certains documents et vérifier les comptes-rendus de mission. L'hypothèse se vérifia une fois de plus, avec, en prime, la présence de Nagisa et Hishiko, vraisemblablement confrontés à un problème tout aussi épineux que le sien.

-"... fantôme. À croire qu'il n'a jamais existé." Hishiko tendit le dossier à son supérieur, mais Shisei l'intercepta d'un "je peux ?" plus affirmatif qu'autre chose, puisqu'il en parcourait déjà les pages, d'une lecture minutieuse et silencieuse.

-"T'as essayé l'établissement Shokugoshu, du vieux Jae ?" Demanda-t-il, le nez encore plongé au milieu du rapport.

-"Comment ça ?" À priori, non.

-"Beh... je vois qu'il s'agit d'un Nakamura des quartiers Est. Sa classification en tant qu'individus dangereux date d'il y a huit ans. De mémoire, à l'époque, le vieux Jae possédait deux établissements, un restaurant qui a fermé l'année dernière, et le Shokugoshu, un bar toujours en activité." Marquant une pause, il fit un aller-retour entre deux pages, intrigué par une donnée sur l'âge de leur cible, puis reprit son explication "Les Nakamura étaient initialement une famille de brasseurs. À ta place, j'essaierais de remonter jusqu'à un membre de cette famille, par l'intermédiaire de Jae."

L'expérience parlait, sans accro ni hésitation dans le raisonnement. Faute d'avoir la puissance de ses pairs, Shisei rivalisait sans trop de problème avec sa mémoire et sa connaissance du village. Rendant la pochette à Hishiko, il pivota vers Kodaima pour lui soumettre sa requête.

-"Me faudrait la copie d'une missive datant du quatre décembre 85. Tu devrais y trouver mon nom d'ailleurs."

-"T'as l'air surtout suffisamment renseigné sur ce Jae pour les accompagner."

-"Hé ! Et ma missive ?" Vaine protestation vite étouffée par l'ordre du gradé.

-"Vas avec eux, Shisei. Ça me laissera le temps de récupérer ce que tu m'as demandé."

-"Soit." Son regard contrarié se porta sur les deux jeunes. "Bon, on y va les mioches ?" Petite pique immédiatement renvoyée par Nagisa.

-"On te suit, l'ancêtre."

-"J'les aime déjà." Murmura-t-il par dessus l'épaule, à l'attention de Kodaima, avant de quitter cette pièce pour la seconde fois de la journée.

La jeune fille et son ami marmonnaient entre eux, quelques pas derrière un Suzuri qui commençait à perdre patience.

-"Je vous entends hein !?" Faux. Mais il se dit que si cela marchait avec ses filles, les quelques années qui les séparaient de ces deux shinobis n'y changeraient rien. Et il eut raison, puisque Nagisa s'empressa de revenir à sa hauteur.

-"C'est... c'est juste qu'on se demandait, avec Hishiko, si vous étiez vraiment un genin... m'ssieur."

-"M'ssieur ? Ouho ho ! On reste souple gamine, moi c'est Shisei, ou l'ancêtre si ça t'amuse. Mais les m'ssieurs, sama ou senpai, c'est niet. Et oui, je suis toujours genin."

-"Pourquoi ?"

-"Pourquoi pas ?" La réponse fusa d'un trait. Pourquoi pas... après tout, le système poussait les ninjas à gravir les échelons hiérarchiques, faussant leur jugement de sorte que le grade illustre la puissance d'un guerrier, mais ne les y obligeait pas. Loin de là. "T'es familière avec la notion de conformisme et la pression sociale ?"

-"Pas vraiment, non. C'est quoi ?"

-"C'est une force qui t'influence dans ton jugement comme dans tes actes. Imaginons que, demain, tous les ninjas du village se mettent à porter une cape rouge. Le ferais-tu ?"

-"Non, pas envie de ruiner ma discrétion pour un effet de mode."

-"Alors pourquoi portes-tu ce bandeau métallique gravé du signe de Kumo ?"

-"Comme to... ah non." Et non, Shisei ne le portait plus. Il avait prouvé son allégeance envers le village à suffisamment d'occasions pour ne pas souffrir d'une laisse supplémentaire et bien visible.

-"J'vois pas le rapport avec le grade..." Souffla Hishiko après les avoir rejoints, une moue dubitative accrochée au visage.

-"C'est parce que l'essentiel échappe à tes yeux... . Vous en faites pas, vous comprendrez lorsque vous serez plus vieux. En attendant, dites-vous simplement que je ne suis qu'une brêle qui ne mérite aucune responsabilité." Fallait-il encore qu'ils parviennent à engranger suffisamment d'années à leurs compteurs respectifs pour espérer saisir un jour ses paroles. L'épisode de Wasure ne présageait rien de bon quant à la longévité des plus jeunes. "On y est." Planté devant la porte du Shokugoshu, Shisei en poussa le battant.

-"Ohisashiburi, Jae !" S'exclama-t-il à l'attention du propriétaire coincé derrière son bar.

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Dim 9 Déc 2018 - 11:29
Le vieux barman lui rendit la salutation d'un signe de main amical, l'invitant même à prendre place face à lui. Ce qu'il fit, tout en engageant la discussion autour d'une bière. Les échanges tournèrent principalement autour de la famille, comme souvent avec Shisei, lorsqu'il devait initier une conversation avec une vieille connaissance ? Mais Jae, loin d'être un imbécile, coupa court.

-"Dis-moi plutôt ce que tu veux, Shisei." Le trentenaire ne s'en offusqua aucunement. Il connaissait l'ancien et appréciait tout particulièrement son franc-parler, la façon dont il pointait à l'essentiel, sans détour.

-"T'es toujours en contact avec les Nakamura ?"

-"Pourquoi ?" Mais Shisei se contenta de soutenir silencieusement son regard. "Je vois..." Trois ninjas débarquant chez lui qui cherchaient des réponses sur les anciens brasseurs. Jae voyait deux conclusions possibles, soit les Nakamura étaient leur cible, soient un maillon supplémentaire dans leur recherche d'info. Et dans ces deux cas, le vieux s'en foutait royalement. "Non, ils ne brassent plus rien sinon du vent, depuis que leur aîné a disparu, il y a presque dix ans. Ils errent, le regard vitreux, au milieu des lambeaux de leur ferme."

-"Merci Jae." Il claqua quelques pièces sur le comptoir pour payer sa consommation et prit la direction de la sortie.

-"Eh Shisei, se ne sont que des vieillards... des vieillards désespérés." Lisant entre les lignes, le Suzuri se contenta d'opiner du chef pour rassurer le barman, avant de quitter le Shokugoshu immédiatement suivi par Nagisa et Hishiko.

-"Vous l'avez entendu, ne bousculer pas trop les Nakamura lorsque vous leur rendrez une petite visite."

-"Tu ne viens pas avec nous ?" Demanda Hishiko, qui semblait se satisfaire petit à petit de la présence du trentenaire.

-"Pas cette fois, non. J'ai mon propre fantôme à chasser. Il leur pointa sur une carte l'emplacement de l'ancienne brasserie puis les abandonna là, prenant la direction de l'Assemblée. Encore.

Sans qu'aucune lueur n'éclairent l'horizon, les rues s'animaient tout doucement, d'une léthargie propre au froid de l'hiver. Emmitouflé dans son manteau, Shisei croisait le regard des lève-tôt, une expression muette sur leur visage qui reflétait toute la témérité dont ils pouvaient faire preuve pour affronter leur train-train quotidien... à moins que ce ne soit une profonde affliction due à la routine de leur vie. Pour chaque visage, pour chaque silhouette, il s'imaginait une vie, une raison à leur présence dans cette ruelle. Le petit vieux sur son banc ? Mafieux repenti sous une fausse identité. L'artisan qui regardait sur le côté, tandis que le reste de son groupe discutait ? Une jeune recrue soumise au stress de sa première mission sous couverture. Et alors que les histoires s'entrechoquaient dans son imagination, il s'engouffra dans le bureau de Kodaima.

-"Y'a une prime pour le babysitting ?"

-"Non. Sinon je serai riche, à te gérer sur tes missions... . Tiens, la copie que tu m'avais demandée."

-"Par-fait !" Shisei s'assit, attrapant un papier sur le bureau de son supérieur. Il anima ses tatouages pour en maîtriser l'encre et débuta son rapport. Le regard tourné vers les éléments de la missive puis ceux du chantier, il transposait l'information et recopier les plans à l'identique, il œuvrait avec une assiduité que le jônin ne lui connaissait pas. Mais Kodaima se contenta de poursuivre la lecture de ses propres sujets d'une discrétion bienveillante, laissant à son vieil ami un petit coin de bureau.

Comme un point d'orgue à son œuvre, il griffa d'une croix et de deux coordonnées l'emplacement d'où sortirait toutes les réponses. L'emplacement où, voilà presque vingt ans, il avait enterré sa cible du soir des surins. Des fouilles seraient nécessaire pour en remonter le cadavre facilement identifiable, le rapport de mission faisait état d'un trou net dans la clavicule gauche.

Aucun mot ne fut échangé entre les deux hommes, sinon les banalités d'un au revoir. La sévérité qui brilla dans le regard de Shisei ne souffrait d'aucune mauvaise interprétation pour le chef d'équipe, cette mission avait ouvert une ancienne plaie dans l'esprit du tatoué, une cicatrice qui lui serait à jamais douloureuse.

Sur le chemin du retour, il s'arrêta prêt d'une fortification, vieux mur sud de la Shitaderu d'antan s'étant bâti sur le meurtre d'une opposition, pour en étouffer de tout son poids l'horreur de l'acte. Un travail d'orfèvre, minutieusement calculé par les huiles de l'époque, qui refaisait surface à présent. Et si un spectre à l'esprit vengeur jouait de l'identité de Saego Yûki aujourd'hui, ce ne pouvait être le corps de celle ensevelie sous le mur, en cette fin d'année 85.

Un mystère qu'il leur faudrait résoudre et pour lequel Shisei ne possédait aucune réponse.

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