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Punis-toi toi-même | Solo

Satetsu Nobusuke
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Mar 29 Jan 2019 - 22:37
Suite à sa mission de haut voltige en présence des deux psychopathes qu'étaient Shisei et Saigo, l'éphèbe avait mis un certain temps pour guérir de la multitude de stigmates sur son corps, dont certaines étaient finalement plus proche de l'encoche que de la balafre, quand d'autres n'étaient que le fruit de ses scarifications régulières. A bien des égards, la mission chez les Berserkers avait eu quelque chose d'épique et de terrible à la fois ; il s'était agi d'une querelle complexe et formidable et rarement les ninjas de Kumogakure avaient pu prétendre nager dans une telle abondance de liquide vermeil.

La réussite de leur mission avait été plutôt bien reçue et avait même suscité la surprise. Les autorités s'étaient attendues à ce que leur infiltré, un certain San, aidasse l'escouade des trois frappes en démantelant le réseau criminel, dont la rumeur prétendait qu'ils étaient prêt à attaquer le village. Pour être plus précis, le village avait même cru que l'un des envoyés ne fusse pas de retour parmi les vivants : la mission comportait en effet certaines risques et le fait d'envoyer des genins n'était pas foncièrement la meilleure idée, bien que, compte tenu de leur profil, les trois frappes avaient tout pour corroborer leurs talents afin de faire ce que seuls eux pouvaient réaliser. L'exploit par la violence.

Mais c'était finalement San qui n'était pas revenu. Dans un splendide déluge de violence, les hommes s'étaient livrés à un spectacle funeste au coeur duquel l'infiltré, croyant tirer son épingle du jeu, avait trouvé le trépas, littéralement abattu par l'un de ses frères. En l'occurrence, il s'agissait du plus jeune d'entre eux : un certain Nobusuke de malheur.

Ce dernier, après avoir appris la nature de son crime, avait mis un certain à réaliser la faute qui était la sienne. Absorbé par la tourmente sanglante du glas pugilistique, il s'était laissé emporter par une certaine forme de transe qui avait permit une osmose parfaite entre ses pulsions morbides et l'ambiance glaçante des montagnes remplies de cadavres du Kaminari. Aussi, malgré la tentative de San de révéler sa couverture et son identité réelle, il n'avait su retenir cette pulsion instinctive et prédatrice. Il lui avait ôté la vie aussi vite que l'autre l'avait appelé "camarade".

Hasard ou fatalité ?

N'en demeurait pas moins que depuis, Nobusuke se posait certaines questions sur la légitimité de son crime. Si d'aventures il n'avait pas mesuré les paroles de San, il n'avait pas non plus su se permettre d'analyser la situation en toute objectivité. En fait, il avait perdu le contrôle de lui-même, comme à chaque fois qu'il pouvait exprimer sa nature de psychopathe.

--- Punis-toi.

Dans un appartement aussi sinistre qu'il pouvait l'être lui-même, il s'adressait à un lui chimérique, dans une nébuleuse de doutes et de douleur. Son corps saignait par endroits : là où il avait tracé ses propres entailles, comme pour s'infliger une sanction. Une sanction qu'il réclamait par le sang, ce qu'il avait inscrit sur tous les murs de son appartement : "punis-toi", "punis-toi", "punis-toi".

--- Encore. Punis-toi.

Partout dans son domicile, à droite, à gauche, en haut, en bas, il avait peint ce message avec son propre liquide vital. Tel un être possédé par les démons, il rédigeait en lettres sanguines sa volonté, celle d'un garçon qui culpabilise et tente de retrouver une justice à travers l'auto-mutilation.

Ainsi s'enfermait-il dans les déboires fanés d'une existence maudite, vouée à l'autodestruction.
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Mar 29 Jan 2019 - 23:03
Il posa sa tête contre le mur qui ruisselait encore de son sang. Ses cheveux gras tombaient vers l'avant en lui donnant un air de drame qui résonnait avec la profondeur de son âme. Il était déchiré par ses crimes, par son absence de contrôle sur les choses. Tout lui glissait entre les doigts. Tout ce qu'il avait fait jusqu'ici comportait son lot d'erreurs qu'il n'était pas simple d'accepter. Ses fautes étaient graves. Ses pêchés étaient lourds. Toute sa vie se résumait à une série d'actes sordides qu'il ne savait anticiper, et qui du reste entraînaient la fin expéditive de tout ce qu'il pouvait chérir, ou de tout ce qu'il s'était juré de protéger.

--- Mort. Mort, mort, mort. Mort, mort, MORT, MORT !!!

Il répétait ce mot comme s'il était hanté par lui. Ce qu'il y avait d'étrange toutefois, c'est qu'aucune larme ne coulait. Sa détresse avait un quelque chose d'émancipé et de saugrenu : elle nourrissait une certaine forme de plaisir dans le chaos de son existence. C'est-à-dire que, non content d'être victime de ses propres pulsions, et répétant ce mort sordide comme s'il s'agissait d'une fatalité, il affichait malgré tout, sous ses airs chagrinés, un sourire malsain. Carnassier.

Nobusuke pouvait être un garçon aussi profond qu'il était complexe. Au vent de sa douleur, il s'enfonçait dans des abysses de déraison. Sa souffrance bâtissait sa vésanie ; et dans une certaine forme de candeur, il s'interrogeait sur la vie, qu'il ne savait dissocier de la mort, comme un couple qu'on connait depuis toujours.

Il frappa le mur de son poing. Etait-il heureux ou malheureux ?

La douleur était là, mais le plaisir aussi. Qui d'autre que lui aurait été capable d'abattre ce San aussi froidement ? Parmi tous les guerriers qui s'étaient rendus sur les montagnes cadavériques du Kaminari sur lesquelles trainaient encore sans doute quelques dépouilles dépecées par les vautours, il avait probablement était le plus incisif. Le moins fracassant, mais le plus incisif. C'était sa façon de concevoir la guerre, son credo depuis les balbutiements de son aventure : de bonnes phalanges ne valent jamais une bonne lame.

--- MOOORT !!!

Cria-t-il en chassant de son esprit tout ce qui pouvait lui faire oublier son crime.

Il s'enfermait ainsi dans un exercice beaucoup plus ascétique qu'on ne pouvait le penser. En soi, c'était une certaine forme d'entraînement : il puisait dans cette culpabilité toute sa force morale et c'était bien pour cette raison qu'il arrivait à être un tueur sans pitié. Sans la volonté et la dextérité de son maître, comment une lame pourrait-elle trancher à vif ?

Il ria. Il ria à gorge déployée, montrant toutes ses dents, se laissant entraîner dans une frénésie glaçante. Il virevolta pour courir au milieu de la pièce et se jeter sur l'autre mur. Il le frappa sans retenue, martelant comme un diable.

--- MORT, MORT, MORT, MORT, MORT, MORT !!!

Il répétait sans cesse ce mot lourd de sens. La déraison faisait son travail. Elle rendait son âme de plus en plus insondable, de plus en plus distante avec la vie. La mort, il l'aimait. Il l'aimait et c'est pour ça qu'il l'avait offerte à San. Oui. C'était à cela qu'il devait croire. C'était moins pénible à encaisser avec cette version.

Il lécha le mur, heureux d'avoir trouvé la solution. Il goutta un peu de son sang, mélangé à la terre cuite.

--- Je lui ai offert le bonheur ! Le bonheur ! Le bonheur dans la mort ! Le bonheur !

Il se retourna à nouveau en se tenant la tête et en s'agitant dans tous les sens. Il s'arrêta devant son plan de cuisine, haletant. Il prit une lame, et chercha une veine sur son bras. Elles étaient déjà toute ouvertes. Alors il posa son couteau sur sa gorge et fit un long trait, comme s'il se suicidait. Mais il appuya de sorte à ne pas trancher l'artère. C'était juste pour en avoir un peu plus. Un peu plus d'encre rouge pour écrire en lettres de sang sur ce mur maudit.

Il écrivit : "le bonheur est dans la mort".
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Mer 30 Jan 2019 - 14:42
Quelques heures passèrent. La pièce n'était plus qu'un dépotoir sans nom. Au sol, des couteaux aiguisés comme des lames de rasoir côtoyaient une crasse qui s'était installée là par faute de négligence. On pouvait trouver pêle-mêle également des aiguilles et du fil, des bouquins abandonnés, des restes de repas qui avaient fait naufrage, des cheveux, des chaussures solitaires, des fringues sales, et toute sorte de choses mal rangées, abandonnée par l'esprit éruptif de ce schizophrène de l'humanité.

Ce dernier, accoudé sur une table, avait tendu son avant-bras gauche sur le support en question. Avec une aiguille qu'il avait chauffé à blanc pour la désinfecter, il passait et repassait de sa chair, de sorte à suturer toutes les entailles qu'il s'était faites. C'était un travail douloureux, fastidieux et très précis, mais qui exigeait de lui une concentration sans faille, et lui permettait de penser à autre chose qu'à ses fautes. Cet exercice sanguinaire était un refoulement de soi. Une sorte de thérapie par la torture.

A trois reprises, quelqu'un toqua à sa porte. Il n'attendait pourtant personne. Soudain, il prit peur. Peur qu'on le découvre dans sa réalité. Peur qu'on découvre son enfer. Peur qu'on le comprenne, et qu'on discernasse derrière ses lubies extraordinaires tout le démantèlement de son esprit. Depuis quelques temps, il aspirait à un crime singulier, et plus le chaos rentrait dans sa tête, plus il s'approchait de ce noir dessein.

Il fixa le point de suture et coupa le fil, puis se leva, laissant l'aiguille sur la table et reportant son travail d'orfèvre. Il se présenta avec son longue cicatrice zigzaguant sur sa gorge, qu'il avait recousue auparavant. En ouvrant la porte, il découvrit avec stupéfaction un homme qu'il avait déjà côtoyé. Un chuunin nommé Akamo.

--- Bonjour. Que me vaut cet honneur ?
--- Je voulais te voir. Puis-je entrer ?

L'éphèbe était intimidé par ce visiteur. Il jeta un oeil par dessus son épaule.

--- Non. Navré.
--- Toujours aussi accueillant, visiblement.
--- Mais je peux sortir et vous accompagner où vous voulez. Donnez-moi une dizaine de minutes.
--- Je t'attends là.

Le temps de terminer quelques points de suture aux endroits les plus critiques et de s'habiller pour sortir, l'éphèbe sortît derechef et suivît le chuunin en question.

--- Que dirais-tu d'un petit entraînement, Nobu' ?
--- Vous m'honorez.

Ils se rendirent donc au lieu en question, sans que l'adonis ne sache ce que son visiteur avait dans la tête. Pourtant, s'il avait été plus suspicieux, il aurait refusé cette invitation, compte tenu des regards étranges que pouvait lui jeter Akamo. Il y avait un quelque chose d'anormal dans sa façon d'aborder le psychopathe. Un quelque chose qui méritait inspection.

Il avait toutes les raisons de vouloir creuser un peu plus la psychologie de l'adolescent, afin d'en apprendre plus sur un évènement bien précis.
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Mer 30 Jan 2019 - 15:30
Ils choisirent pour cet entraînement un petit bosquet isolé, qui servait régulièrement à parfaire l'arsenal technique des kumojins. Face à face dans ce bois épais, ils profitèrent de la discrétion des houppiers célestes pour se toiser du regard, comme si chacun d'eux avait quelque chose à régler. Au lieu d'être cordiale, l'ambiance était électrique. Akamo n'avait aucune sorte d'hérédité clanique dans le sang ; mais dans ce bois, il était tout à son aise, car il possédait, comme le Satetsu, une autre forme d'héritage. Il balaya sa chevelure d'ébène vers l'arrière, découvrant un front large. Puis il tira un petit sabre, semblable à un tantô, d'un fourreau qu'il portait horizontalement, au niveau de sa zone lombaire. Le tirant de la dextre, Nobusuke se fit la conclusion qu'il était droitier.

Il tenait sa lame à l'envers (vers le bas), dans le prolongement de son avant-bas, et son pouce appuyait sur l'extrémité du pommeau. On aurait presque pu croire qu'il y avait un bouton caché au cul de la garde de son arme, mais ce n'était pas le cas : c'était juste une habitude qu'il avait prise. Cette garde inversée avait l'avantage de pouvoir surprendre ; mais, du reste, elle comportait certaines faiblesses, notamment en terme de maniabilité et d'allonge. Cela signifiait sans doute qu'Akamo était un adepte du corps à corps ; et que son tranchant n'était qu'une stratégie secondaire. Il se mit en garde. Nobusuke, aussitôt, leva sa sénestre et fit léviter la matière noire autour de lui : les particules de fer magnétisée se mirent à danser autour de lui comme une entité éparpillée et sordide. Contrairement à son adversaire, il n'avait pas réellement de garde : par cette seule attitude, il montrait qu'il n'était pas un adepte du corps-à-corps.

Akamo prit la parole.

--- 3, 2, 1, action !

Les deux ninjas effectuèrent des mundras. Nobusuke forma aussitôt trois hastes de fer qu'il expédia sur la position de son adversaire. L'autre lança une boule de feu assez classique, sans se soucier de l'intérêt stratégique de sa technique. Cela dit, profitant de sa technique, il se dissimula derrière un arbre. Les hastes de fer se plantèrent dans le sol. La boule de feu fut retenue par un mur de fer que l'éphèbe dressa devant lui avec les particules restantes. Il observa que son adversaire avait disparu.

--- Je pensais que vous seriez un attaquant plus frontal, Akamo-sama.

Pour éviter d'être pris à parti, l'éphèbe au visage androgyne et blafard déroula un parchemin où était inscrit le sceau du "cyclone de fer". Il l'activa d'un signe de la main, et aussi rapidement une tempête tournoyante de particules de fer se leva autour de lui. Elle était contrariante visuellement, mais n'empêchait pas de voir pour autant. Surtout, elle empêcherait sans doute son adversaire de pouvoir le cibler à distance.

Soudain, sans crier gare, une ombre jaillît des taillis. Elle fonça droit vers l'adonis et, dans sa course frénétique, emporta ce dernier pour le sortir de sa zone de confort. Akamo, se révélant, plaqua Nobusuke contre un arbre avant de lui asséner un coup de poing dans le ventre qui faillît faire sauter ses points de suture. Le genin se courba sous le choc mais son supérieur le redresse, bloquant sa gorge contre l'arbre qui faisait rempart.

--- Tu es rempli d'arrogance, gamin. Tu as négligé beaucoup de choses dès les premiers instants de cet affrontement. Tu as cru que ce cyclone te suffirait à te protéger car il te camouflait à moitié. Mais face à un adversaire capable d'accélérer la cadence, tu as négligé tes propres sens. A quoi t'attendais-tu ? Cette faute aurait pu te coûter la vie dans d'autres circonstances.

Le bras du chuunin était fumant, comme tout le reste de son corps. Une sorte de vapeur sortait de lui, comme s'il sortait d'une source thermale dans le froid de l'hiver : sa peau dégageait un nuage chaud et presque brûlant.

--- Ce qui m'amène à te poser la question suivante : comment as-tu survécu à ta dernière mission ?

Le ton sec et le regard mauvais du chuunin n'avaient rien de bienveillant ou de pédagogique. Ces paroles-là étaient sincères, comme s'il enquêtait sur un crime et qu'il tenait en face de lui le suspect n°1. Nobusuke, à moitié étranglé par son adversaire, avait la désagréable sensation d'être dépouillé de ses moyens. Il parvenait difficilement à trouver son souffle et il craignait que cette poigne n'écorche sa gorge déjà lacéré, ce qui risquait de lui poser problème. Il détestait cette façon d'être pris au dépourvu. Pour autant, il répliqua.

--- Les montagnes du Kaminari ont bu beaucoup de sang, lors de cette mission. A vrai dire, tout ne fut que chaos et violence. Rien ne nous incitait à présumer que nous pourrions revenir en vie : j'ai même cru que ma fin était arrivé quand une main a traversé mon corps. Mais il ne faut jamais sous-estimé l'instinct de survie des hommes. Devant la mort, tout le monde trouve des ressources insoupçonnées. Ce fut précisément mon cas. La mort m'a apporté beaucoup de choses, Akamo-sama.

D'un signe de la dextre, le quidam activa le sceau sur le dos de sa sénestre et fit jaillir un flot de particules de fer qui obligèrent le chuunin a relâcher sa pression sur lui. L'homme fut avalé par le déferlement de fer et tenta de s'en dégager ; mais, pour suivre sa technique, Nobusuke effectua des mundras et transforma tout de flot de limaille de fer en barreaux qui vinrent bloquer les articulations de son adversaire en les quadrillant. Cela l'empêcha de fuir. Il ressembla bientôt une sorte de pantin paralysé dans un appareil de torture. L'éphèbe tira une lame de son futal, et la planta sans attendre dans le flanc de son adversaire, qui cracha une gerbe de sang, incapable de s'échapper.

--- Voyez-vous, Akamo-sama, il ne suffit pas de savoir se battre pour prendre l'avantage. Il faut parfois être capable de consentir quelques sacrifices.

L'homme baissa la tête, sinistre, en observant la lame qui s'était logé dans sa chair. Aucun point vital n'était touché. Le gamin n'était donc pas aussi fou qu'il l'avait cru. Détraqué, certes. Mais d'une certaine manière, il avait les idées claires. Alors, il délia sa langue.

--- Cette main qui t'a traversé le corps... à qui était-elle ?
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