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Bénévole de l'enfer à durée indeterminée [MLC - Yahiko]

Saigo
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Jeu 31 Jan 2019 - 9:11


Bordel de merde. Fut la première pensée de Saigo alors qu'il recevait son prochain ordre de mission. En même temps, il l'avait cherché celle là, le malheureux ne pouvait s'en prendre qu'à lui même. Du coup c'est ce qu'il fit, alors qu'il froissait le bout de papier et le jetait avec rage contre le mur de son appartement miteux, il se leva pour se foutre un petit coup de boule contre ce même mur. Le voisin d'en face répondit en lui gueulant de faire moins de bruit, et l'ex-mafieux manqua de peu de traverser le béton d'un coup de pied pour aller lui faire bouffer sa langue. La présence du jeune shinobi facteur venu lui transmettre son affectation, toujours présent et visible dans l'entrebâillement de la porte, l’incita à ne pas mal agir, à ne rien faire d'autre que de souffler dans un élan de résignation...

Il s'habilla précipitamment et sortit avec hâte du foutoir qu'était sa triste demeure. Cela faisait plusieurs semaines qu'il n'avait pas ramené de gonzesses et cela se faisait sentir autant sur son humeur que sur l'état chaotique de sa location. Sans mentionner qu'il avait réussi, en grand héro qu'il était, à tenir l'alcool loin de lui depuis bientôt trois jours. Ce fut donc sur les nerfs qu'il bouscula le petit kumojin toujours sur le pas de la porte, qui semblait traumatisé, hypnotisé par la déliquescence qui s'échappait par torrents contagieux d'un type comme Saigo.

Il lui fallut une petite demi heure pour arriver sur le lieu dit, ce bar légendaire qui serait sa demeure pour les prochains jours, semaines ou mois même, pour ce qu'il en savait. De bons souvenirs d'une soirée un peu trop arrosée resurgirent cependant alors qu'il observait cette bâtisse en encore plus mauvais état que son appart. Les bras croisés et les lèvres pincées, Saigo observait l'ampleur des dégâts et du travail qui l'attendait. Le responsable de tout ce merdier manqua de s'esclaffer quand il se remémora la gueule du propriétaire et de sa clientèle saugrenue lorsque, quelques jours auparavant, il avait manqué de détruire leur lieu de beuverie par une légère inadvertance alcoolisée. Sa prestation pathétique de dégénéré dans une lutte vaine avec un Raizen on ne peut plus sobre restait pourtant très vague dans son esprit, comme si son égo démesuré refusait d'admettre le ridicule dont il avait fait preuve.

La leçon que cette soirée lui avait apprise était cependant bien rentrée dans son petit crâne de vaurien. Il était grand temps pour lui de rentrer dans les railles de la normalité, même temporairement, s'il voulait se faire une place parmi les membres de ce village. L'ex-mafieux franchit donc les quelques marches qui le menèrent à l'intérieur du bar pour se présenter devant le propriétaire. Un type bourru qui l’observait depuis qu'il était rentré avec une animosité profonde, presque tangible par son intensité et haine débordante. Saigo ravala sa salive en même temps que l'insulte qu'il voulut cracher en réponse.

- Me vla, Saigo, je suis la pour faire la pu... Pour tout nettoyer et remettre en ordre...

Cette mission serait probablement la plus difficile de toutes pour notre saligot.


@Sendai Yahiko
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Ven 1 Fév 2019 - 12:27
Le bougre derrière son bar était entrain d'essuyer avec un chiffon sale l'un de ses quelques verres à cocktail encore intacte. Il avait a peine bronché en voyant Saigo, l'avait simplement regardé quelques secondes avec ses yeux noirs de taureau, puis sans crier gare lui avait fracassé le verre sur le crâne, protégé par le tissu pour éviter de faire couler le sang avec les éclats brisés. Le jeune délinquant en quête de pardon resta interdit, sur le cul littéralement, puisqu'il venait de tomber de surprise sous le choc bien plus psychologique que physique. Il se releva d'un bond, le regard fou, enragé. Il en fallait peu pour le faire sortir de ses gonds. Tout ces connards pouvaient bien aller se faire foutre, il était hors de question que Saigo travaille pour ce taré. Il se saisit d'une des chaises, la première chose qui tomba sous sa main, la soulevant dans les airs il était prêt à la fracasser sur la tronche de ce proprio aux désirs suicidaires. Lorsque celui-ci, aucunement impressionné et affichant même un léger sourire narquois, confiant, prit la parole:

- Tu mériterais que je te foute la tête dans les chiottes pour ce que tu as fait à mon bar, mais comme t'es là pour rattraper tes conneries, ce verre dans ta gueule fera l'affaire.

Sa voix était puissante, grave et cassée, le genre de celles qui avaient trop gueulé pendant trop d'années. Mais ce timbre était aucunement lasse ou affaibli par le poids de l’expérience et du vécu. Au contraire, celle-ci de voix semblait aussi présente et forte que les racines d'un arbre centenaire qui ne comptaient jamais céder aux caprices de tempêtes et ouragans. Saigo quant à lui n'était qu'une petite bourrasque ridicule pour ce patron quinquagénaire, le genre de coup de vent qui se dissipait avec le levé du jour. Il continuait, dans l’expectative d'un coup qui ne viendrait jamais, à l'observer de ses yeux sombres desquels toute animosité s'était envolée, remplacée par une moue sévère, légèrement agacée.

- Tu peux commencer par remettre l'enseigne en place dehors, tu sais, celle que tu as fais tomber avec tes tremblements de terre de pucelle l'autre soir.

Saigo fut perplexe, et pour une des premières fois de sa vie se sentit vraiment con. Oh, con il l'était, très souvent et beaucoup trop vous me direz, mais le fait qu'il s'en rende compte, ça c'était rare! Et la tête de déterré qu'il tira l'était encore plus! Il reposa la chaise où il l'avait trouvé, ignora le vieil homme comme la peste, incapable de gérer le personnage, se saisit de la trousse à outils sur une des tables et sortit sans un mot. L'ex-mafieux bouillait de l'intérieur, excédé contre le monde entier, mais surtout contre lui même pour s'être foutu dans une merde pareille, c'était sa propre faiblesse et son incapacité à se contrôler qui l'avaient mené ici. Défigurer le propriétaire dès les premières minutes de son bénévolat ne ferait que renfoncer un peu plus profondément l'étau de ses chaines. Saigo ferma donc sa gueule et se mit au travail, son gigantesque égo habituellement mal placé était enfoui, fourré et bien caché dans ses poches de costard à deux balles... Mais pour combien de temps?


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Dim 3 Fév 2019 - 12:37
Saigo travaillait en silence depuis maintenant plusieurs jours, occupé principalement par la réparation de la devanture et de l'enseigne dans un piètre état. Il n'avait plus adressé la parole au patron depuis leur première discussion, ne se sentant aucunement apte à garder son sang-froid s'il le provoquait à nouveau. Une sorte de statu quo s'était donc installé entre les deux, le vieux déposait outils et matériaux dans un coin et l'ex-mafieux devinait ce qu'il avait à faire en fonction de ce qu'il trouvait sur la table au petit matin. Il se mettait alors au travail sans autre forme de procès, pour le bonheur d'un patron qui avait autre chose à faire que de s'occuper d'un bénévole rebelle et insultant. Le jeune homme n'agissait ni par respect ni par envie mais bien par obligation, dans une soumission muette des règles qu'il avait décidé de suivre pour la première fois de sa vie. Ce silence, cette solitude et cette besogne avaient cependant quelque chose de relaxant, presque agréable dans sa monotonie. Une répétition, un quotidien paisible que Saigo n'avait jamais connu auparavant et qu'il se surprenait à apprécier chaque jour un peu plus. Poncer, ciller, découper, peindre et clouer, avec quelques fois des étapes en plus ou en moins. Dans sa globalité, il s'agissait d'une redondance relativement simple et maitrisable pour le néophyte qu'il était de ce genre de travaux d'artisan.

Les soucis arrivèrent lorsqu'il se rendit compte, par une fin d'après midi douce et ensoleillée, qu'il avait fini la première partie de son travail. L'enseigne apparaissait haute et claire, affichant fièrement le blason et le nom de la taverne dans un renouveau scintillant, d'une propreté immaculée. La manière dont il avait requinqué, solidifié et renforcé la devanture de plusieurs poutres et planches stratégiquement agencées permettrait à ce bar de survivre à n'importe quelle tempête dans le futur. Les bras croisés, il observait son travail avec une certaine fierté, un sentiment qu'il n'avait jusqu'alors connu que lorsqu'il volait, cassait, détruisait ou tuait. Une sensation contre nature pour lui qui manqua de le faire vomir et de le motiver à tout bousiller, comme s'il refusait d'accepter que lui, la vermine de Yugure, était capable de créer quelque chose de louable. Perdu dans la contemplation de son travail et dans ses pensées contradictoires, Saigo n'avait pas remarqué la silhouette puissamment bâtie qui venait d'apparaitre à ses côtés, les mains pleines de sacs de produits frais et d'ustensiles de cuisines. L'ex-mafieux surprit recula d'un léger bond contrôlé, sur la défensive il fixait sombrement la mine joyeuse de ce patron qui l'agaçait au-delà du raisonnable.

- Allez rentre donc petit con, t'as bien mérité une petite bière!


Il n'avait donc rien à redire sur son travail? Tout était en ordre? Cette satisfaction, ce contentement qu'il ressentit à ces quelques paroles, semblable à celle d'un petit chien recevant l'aval, le compliment de son maître, lui tira une grimace de dégout, que lui arrivait-il? Tant la tête que le cœur empli de rage et d'envies de meurtre, il suivit pourtant le bougre à l'intérieur. Quelque fut ce qui se tramait en lui, Saigo ne cracherait jamais sur une bière, surtout quand la dernière remontait à plusieurs jours. Il la bu d'une traite, en silence, ne laissant échapper qu'un simple râle de plaisir en la reposant sur le comptoir. Le patron tout sourire le regardait avec une joie non dissimulée, le jeune homme comprit alors qu'il tramait quelque chose, son attitude était de celle d'un mec qui préparait à lâcher un scud, à balancer une mauvaise nouvelle qu'il trouvait personnellement hilarante. Alors que ce joyeux luron s'apprêtait à ouvrir la bouche pour parler, les phalanges de Saigo blanchirent tant ses doigts se crispèrent sur sa chope de bière vide.

- À partir de demain tu t'occupes des chiottes!


Le verre de Saigo explosa entre ses doigts.

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Mer 6 Fév 2019 - 10:04


Les chiottes n’avaient pas été lavés depuis la fermeture prématurée de l’établissement suite aux dérapages de Saigo, qui avaient eu lieu il y a plusieurs jours. L’odeur de pourriture, de merde fermentée, de vomi séché et de pisse refroidie en aurait fait gerber plus d’un, mais l’ex-mafieux se rendit compte que cette puanteur était tristement proche de ce que l’on sentait le lendemain sur un champ de bataille ou au quotidien dans les rues de Yugure. Il ne put s’empêcher d’avoir une petite pointe au cœur en souvenir de sa ville natale aux relents fécales, berceau d’immondices. Qui l’aurait cru que son moment nostalgie, que les doux souvenirs de chez lui ressortiraient en nettoyant les chiottes dégueulasses d’un bar à l’autre bout du monde.

Il en rirait presque si sa situation n’était pas aussi pathétique. Des gants aux mains, une brosse et une bassine pleine de produits spéciaux censés éliminer 99,99999% des germes, il s’apprêtait à mettre littéralement les pieds dans la merde pour les en sortir une bonne fois pour toute, une belle ironie du sort dont Raizen le fourbe devait se repaitre. Saigo insulta dans sa tête une énième fois le proprio, sans grande conviction et lui même fatigué de son côté rebelle, avant de se mettre au travail dans un soupir réticent.

Comment le gérant avait-il géré la réaction du jeune dégénéré lorsqu’il lui avait annoncé sa prochaine affectation ? En éclatant de rire, en se foutant ouvertement de la gueule de Saigo et lui jetant un chiffon à la gueule pour qu’il ramasse les morceaux de verres brisés qu’il avait foutu partout. Ce vieux loubard semblait savoir parfaitement comment s’occuper des adolescents difficiles comme notre ex-mafieux, un mix entre leur faire bouffer leur égo le temps de leur séjour et leur faire comprendre que quoi qu’ils fassent, rien ne changerait à leur situation, si ce n’était l’empirer. Le but était de remuer le tout avec un grand sourire et une petite touche de respect tacite, l’ingrédient secret, dissimulé dans un regard qui ne mentait pas, qui sondait l’âme et l’acceptée, aussi tourmentée qu’elle puisse être. Un art de la manipulation que le quinquagénaire avait appris sur le terrain, sur des dizaines d’années passées à gérer des clients difficiles, parfois violents, dont l’alcool faisait inévitablement ressortir les démons.

Saigo quant à lui était clairement conscient qu’il n’était qu’un pion, une petite pièce qui se mouvait selon le bon vouloir sur l’échiquier psychologique de ce patron excentrique. Y avait-il quelque chose de mal à cela ? Absolument pas, ce vieillard était sincère, il ne dissimulait pas qu’il se servait du kumojin, et n’était-il pas là pour ça ? Pour jouer à l’esclave le temps de réparer ce que lui même avait cassé ? De plus, ces jours de « calme » lui permettaient de réfléchir, de se poser, de canaliser sa haine et sa rage, de la sculpter et l’étudier, une fois n’était pas coutume. Ces travaux physiques, éreintants et parfois dégradants pour un homme n’étaient pour lui qu’un moyen de méditer, de prendre le temps de réfléchir aux paroles de Yahiko et de Raizen, deux policiers aux méthodes si différentes mais qui le menaient à la même conclusion. Ils lui avaient fait comprendre que le monde qu’il connaissait n’était plus, que les règles avaient changé, que s’il voulait passer dans la cours des grands, il y avait certaines étapes qui ne pouvaient être évitées. Mais en avait-il seulement la force, la patience ou même l’envie ?

Voilà ce qui trottait dans sa petite tête de thug alors qu’il frottait avec acharnement pour effacer une trace tenace de chiasse sur une cuvette autrement luisante de propreté. Une chose était certaine, Saigo ne faisait pas ça pour rien, et si c’était le cas, il y aurait des morts. Il savait aussi bien courber l’échine devant un pouvoir omnipotent que briser celle de ses ennemis.


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Sam 9 Fév 2019 - 9:25


Cela faisait plusieurs jours que Saigo travaillait pour ce tavernier aux allures d’ours et à l’attitude irritante de bonne humeur. Le type se croyait drôle, plein d’humour et de bonté désobligeante, de foutage de gueule provoquant qui agaçaient en même temps qu’amusait chaque jour un peu plus le jeune homme sous ses ordres. Sans forcément bien s’entendre, les deux zigotos avaient cependant appris à coexister, à se tolérer en bons chiens de faïence. Les insultes fusaient tout autant que les menaces de mort sans fondement ni réelle promesse. Comme s’ils s’étaient par un accord tacite lancé dans un jeu, dans un défouloir verbal qui permettait à Saigo de gueuler tout son soule mais de ne jamais en venir aux mains.

Il continuait à bosser ainsi, jours après jours, tantôt en cuisine, tantôt en service, sans même savoir si cela finirait un moment donné. Saigo était à la merci du patron qui, il s’en doutait, avait surement reçu quelques directives de Raizen pour le garder aussi longtemps que possible, ou de ne le libérer qu’une fois celui-ci le penserait apte à retrouver une vie citoyenne. L’ex-mafieux ne rentrerait jamais dans les rails de la normalité, c’était une triste certitude, mais ressortir un peu plus calme, posé et réfléchi était surement plausible. Il fallait l’admettre, Saigo lui même ne se serait jamais donné plus de deux trois jours avant de tout foutre en l’air et se casser de ce village de merde. Mais voilà qu’il s’occupait de ce trou à rats depuis plusieurs semaines maintenant et même s’il ne l’admettrait jamais, il commençait timidement à l’apprécier, à se sentir chez lui…

Ce qui n’était clairement pas une bonne nouvelle pour la clientèle difficile, puisque lorsque Saigo s’impliquait réellement dans un projet, lorsqu’il mettait son cœur à l’œuvre, il n’y allait pas de main morte. Une facette méconnue du jeune homme était sa possessivité et sa sévérité, intimement liées à son caractère légendaire de sang chaud, de cogneur invétéré. Un mix qui comme on dit « ne faisait pas bon ménage », même si pour le coup, le bar était parfaitement nettoyé et ce quotidiennement.

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Alors qu’il s’occupait déjà à contre cœur du service en salle par une belle nuit un peu trop arrosée, l’attitude des clients laissait à désirer pour notre jeune homme peu amène. Le bar était rempli d’un groupe de fermiers excessivement joyeux, venus fêter ensemble la semence des graines avant la nouvelle saison. La bière coulait à flot, le patron travaillait telle une machine, bien décidé à battre son record de fut d’alcool passé en une seule soirée, tandis que Saigo enchainait les kilomètres pour servir aussi vite que possible ces misérables gueux.

Les choses tournèrent au vinaigre lorsque son oreille attentive malgré le brouhaha des voix perçut trois mots ingrats qui le mirent hors de lui.

- Active-toi merdeux !

Le plateau qu’il tenait dans la main haut dessus de lui de manière experte était vide, par chance, sinon il y aurait eu des dégâts bien trop conséquent. Saigo l’attrapa habilement par la rainure et l’envoya dans un même geste valser à travers la salle. Le sale type qui venait de parler et en plein moment d’hilarité avec ses compagnons se le prit en pleine tempe. Un silence de mort s’abattit lorsque le corps inerte du pauvre fermier s’effondra en arrière avec fracas. Le regard meurtrier, le patron observait Saigo qui haussait les épaules, une moue faussement contrite, comme pour dire «sorry but not sorry ».
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Mar 12 Fév 2019 - 9:38



Ce petit incident lui avait d'un coûté le plus hilarant des sermons en privé où le boss, sautant entre la rage et l’explosion de rire, l’avait insulté durant dix bonnes minutes, le temps qu’il avait fallu à Saigo de fumer tranquillement sa clope ; De deux, de se taper seul la vaisselle pendant trois jours, une punition qui n’était certainement pas chère payée pour avoir eut l’opportunité de voir la tronche rouge de colère et d’embarras du patron. Sans parler de la bande de rigolos complètement bourrés qui avaient dû porter leur camarade inconscient jusqu’à l’hôpital le plus proche.

Un misérable accident qui les avait tout deux rapprochés, les engueulades et menaces se changeaient timidement en blagues salaces et clins d’œil complices, entendus. Saigo ne ressentait même plus le besoin de canaliser sa rage ou sa haine, celles-ci se tenaient au loin d’elles-mêmes, comme si d’un commun accord elles avaient décidé de lui laisser un moment de répit, des vacances méritées qui lui permettaient d’avoir un aperçu de ce que sa vie aurait pu être, s’il était né avec un peu de chance. Un quotidien presque normal qui lui plaisait au-delà de ce qu’il aurait imaginé.

Les jours défilèrent sans aucun problème à l’horizon, Saigo ne s’ouvrit jamais sur son passé et le patron ne lui posait aucune question, amplement satisfait par cette relation fragile mais grandissante. Lorsque le service finissait et que le bar fermait ses portes, ils se retrouvaient tout deux accoudés au comptoir, terrassés par une journée éreintante et buvant quelques bières, dans un silence que seuls les crépitements d’un feu mourant dans la cheminé venaient rompre et rythmer. Trop fatigués, aucun ne parlait, appréciant simplement la présence physique de l’autre, d’un camarade qui venait avec succès de remplir ses objectifs journaliers.

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L’ex-mafieux était ainsi perdu dans ses pensées, un chiffon en main, il frottait les quelques taches tenaces de crasse sur le bar, zippant sa bière par intermittence. Le boss ronflait, la tête en arrière dans un angle improbable, les pieds sur une table et la chaise en équilibre sous ses fesses, une position qui ne cessait de surprendre Saigo par sa complexité. Il était tard ce soir-là, quelques heures seulement avant que les premières lueurs du soleil ne montrent le bout de leur nez. La tranquillité sereine, ce calme apaisant, fut troublé en une fraction de seconde par la porte qui implosait sous l’assaut d’un type qui devait bien dépasser les deux mètres. Une force de la nature accompagnée par plusieurs silhouettes qui se faufilèrent à sa suite dans la bâtisse. Des visages que Saigo reconnaissait sans mal malgré la pénombre, les fermiers de l’autre fois, venus réclamer vengeance et bousiller la tête du responsable.

Le patron était déjà debout sur ses pattes comme s’il n’avait jamais fermé l’œil, il se tenait fièrement au centre de son bar, les bras croisés sur sa poitrine et le regard sombre, entre Saigo et le petit groupe de dégénérés. Il savait très bien pourquoi ils étaient là, mais en honorable et fier capitaine de son navire, il ne broncha pas.

- Bouge-toi de là le vieux ! C’est le petit con derrière qu’on veut.

Le type qui venait de parler était le gars que Saigo avait assommé quelques jours auparavant. Il s’exprimait avec confiance et colère, galvanisé par la présence de ses camarades et du géant aux airs d’abruti à ses côtés. Le propriétaire les fixa longuement sans rien dire, avant de tourner la tête pour regarder Saigo, qui fut surpris, foudroyé par sa compassion et son amour inconditionnel. Le patron parla alors d’une voix calme et froide qui n’attendait ni réponses, ni objections, qui ne souffrait d’aucune hésitation.

- C’est mon bar, c’est mon business, les erreurs de mes employés me retombent dessus, si vous voulez vous en prendre à quelqu’un, c’est à moi. Le premier qui touche à un cheveu du petit je le tuerais, lui et sa famille.

Implacables, ses paroles étaient autant destinées à Saigo qu’aux fermiers humiliés et enragés qui attendaient rétribution. Le premier serra ses poings à s’en blanchir les phalanges et à s’en faire saigner les paumes. L’ex-mafieux était impuissant, s’il n’avait ne serait-ce qu’une fois respecté ce vieil homme, il ne ferait rien, il se devait de suivre sa décision, d'honorer son autorité et la confiance que ce vieux avait en lui. Il y avait certaines choses, certaines règles entre hommes, que même Saigo, la raclure des bas-fonds, ne pouvait briser…

- Très bien le vieux, comme tu veux, ce sera encore plus drôle!

À peine le fermier avait-il fini sa phrase qu'il lui envoyait le premier coup, une vicieuse droite à l'estomac. Les autres fumiers ne tardèrent pas à suivre, telles des hyènes sur un morceau de viande.

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Jeu 14 Fév 2019 - 8:48


Le vieil homme se faisait tabasser sous le regard désemparé de Saigo. Sa haine et sa rage revenaient au galop, frappaient aux portes de son esprit à coups de marteau dévastateurs pour qu’il les laisse revenir, qu’elles reprennent la place qui leur revenait de droit au sein de son âme névrosée. La voix de violence qu’il ne connaissait que trop bien lui intimait de passer à l’action, l’implorait de laisser sa fureur exploser contre ces misérables raclures. Tandis que son honneur, probablement aussi puissant que sa folie, le motiver à ne point agir, à regarder jusqu’au bout cette torture que le patron acceptait à sa place, en son nom, perpétrée par des racailles que Saigo lui-même avait provoqué. Il était le seul responsable de ce merdier et son impuissance face à la situation le poussait dans ses derniers retranchements.

Le combat qu’il menait intérieurement était aussi brutal et sanglant que l’assaut des fermiers sur le quinquagénaire, qui ne s’arrêta que lorsque leur victime finit par sombrer dans l’inconscience. Le visage défiguré, les vêtements déchirés et rougis de sang, le corps rempli d’ecchymoses et certains membres retournés dans des angles improbables, le patron du bar gisait inerte sur les planches de son bar adorée, ne respirant faiblement que par des sifflements aigus et de tristes gargouillis.

Certains des paysans, les plus jeunes, avaient le regard livide de honte, les autres cependant assumèrent leur méfait et gardèrent la tête haute en sortant. Un seul resta en retrait, le temps d’admirer le spectacle et de fixer vicieusement Saigo, le regard luisant d’une satisfaction malsaine.

- Tu as de la chance mon grand, tu pourras dire merci à papi de t’avoir sauvé la mise, enfin s’il survit !

Il éclata de rire et disparut dans la nuit, l’écho de son hilarité resta longtemps après son départ, englobant la scène d’un linceul sonore à l’humour affligeant de ridicule. Saigo aurait pu tuer en quelques secondes cette bande de troufions, la haine de l’ex-mafieux l’avait empêché de parler, de répondre quoi que ce soit. Une flaque de son propre sang gisait à ses pieds tellement il avait serré les poings, sur laquelle il manqua de glisser en accourant auprès du vieil homme. Il était dans un sale état, le faciès méconnaissable, mais parvint à reprendre ses esprits assez rapidement, c’était un dur à cuire qui avait connu son lot de castagnes, et à voir la lueur inébranlable dans ses yeux ce n’était pas un énième passage à tabac qui le tuerait. Saigo, soulagé mais la vue toujours troublée par un rideau de haine, lui procura les quelques gestes de premier secours qu’il connaissait, de plusieurs gestes experts il lui remit les os brisés ou disloqués en place.

Sous les cris de douleur étouffés de son patient il finissait le travail et se redressait, l’ex-mafieux ne laisserait jamais passer un tel affront, bien décidé à massacrer les responsables qui n’avaient pu aller bien loin. Saigo s’apprêtait à sortir à leur poursuite quand une main l’agrippa au mollet, aussi puissante qu’un étau de fer. Le patron se doutait de ce qu’il allait faire et ne comptait pas le laisser perpétuer ce cycle de violence plus longtemps. Il parvint à s’adresser au jeune homme entre deux crachats sanglants, d’une voix rendue roque par la souffrance.

- Petit, si tu sors maintenant, tu ne seras plus jamais le bienvenu ici.

L’ex-mafieux se libéra d’une violente secousse du pied, rien ne pourrait plus le calmer que de voir ces boueux s’étouffer dans leur propre sang. Avant de disparaître à son tour dans les ténèbres, il jeta un dernier regard au vieil homme, une larme coula, une seule, qui vint apaiser l’histoire d’une infime seconde le visage de Saigo défiguré par la rage.

- Ainsi soit-il. J’ai respecté ton souhait dans ta demeure, ici c’est ton monde, le mien est dehors, dans cette réalité maudite. Merci le vieux, de m’avoir fait rêver quelque temps…

Il n’attendit pas de réponse et se volatilisa, la seule chose qui l’animait étant la promesse prochaine d’écraser ses phalanges contre ces couards condamnés.


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Sam 16 Fév 2019 - 11:39


L’obscurité de la nuit était à son paroxysme, les quelques heures avant les premières lueurs du soleil étaient souvent les plus sombres, et c’était ce qu’elles promettaient d’être pour le groupe de fermiers encore inconscients du danger mortel qui approchait. Saigo leur tomba dessus telle une comète incandescente, brulante des flammes de la haine. Il incarnait la mort, la seule miséricorde qu’il leur offrirait serait celle d’une mort rapide, lui qui était un fervent serviteur de la Faucheuse n’était cependant pas adepte de la torture. Le seul plaisir qu’il prendrait serait de supprimer de cette terre ces raclures de bidet, l’ex-mafieux était un mal largement suffisant pour qu’il laisse à d’autres personnes l’opportunité de polluer le monde à sa place.

Du moins c’était l’excuse qu’il prenait, mais ce sentiment de rage qui l’habitait ne venait réellement que d’une seule chose, l’amitié grandissante qui avait naquit entre lui et le patron de la taverne. Saigo était un protecteur malgré lui et ses pathétiques allures de badboy sans foi ni loi. Fervent défenseur, une qualité que peu de gens connaissaient chez lui mais qui n’était pas si surprenante lorsque l’on comprenait la psychologie du bonhomme et que l’on connaissait une partie de son histoire. Un passé qu’il gardait cependant bien secret, dissimulé dans l’ombre de sa folie et derrière son caractère antisocial bancal.

Il leur tomba donc dessus des toits, sa première cible étant le colosse benêt aux allures de quasimodo, Saigo le percuta des deux pieds joints en se réceptionnant sur sa tronche tel un ange des ténèbres. Le géant s’effondrait dans un bruit sourd tandis que l’ex-mafieux enchainait sans aucune pitié son ballet sanglant. Alors qu’il envoyait pieds, poings, coudes et genoux en une chorégraphie brutale, le jeune kumojin prit la décision de ne tuer aucun d’entre eux. Sans vraiment comprendre ce soudain revirement de pensées il se mit à éviter volontairement les poings vitaux de ses cibles. Ces misérables survivraient, mais la leçon qu’il était en train de leur inculquer dans une douleur excessive les empêcherait de récidiver leur exploit vengeur.

Les os des malheureux craquaient en un rythme régulier, en une cacophonie écœurante pour tout être humain normal mais dont les notes discordantes calmaient notre Saigo, chaque nouvelle fracture nourrissait sa rage qui, il le sentait, serait bientôt rassasiée. Ne manquait que le dessert, la cerise sur le gâteau de ce festin de violence, le fermier responsable de toute cette histoire. Il l’attrapa par les cheveux alors qu’il tentait de détaler, sa course fut stoppée net et Saigo l’envoya valser contre le mur le plus proche.

Sans un mot, Saigo s’approcha de lui et sans quitter une seule seconde ses yeux effrayés, gorgés de sang par la peur et la douleur, il lui fracassa les deux rotules, comme s’il écrasait du pied un couple de cafards sur le bas côté de la route. Le type hurla, l’ex-mafieux ricana.

- Estimez-vous heureux d’être encore en vie. Si je vous revois dans les environs, je ne serais pas aussi clément.

Il disparut d’un bond de félin sans autre forme de procès, son corps sembla flotter dans les airs durant de longues secondes avec de se perdre dans un triste ciel à la teinte violacée. Le jeune homme en avait fini ici, et aussi perplexe que tourmenté, ne savait s’il avait gagné ou perdu…



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Bénévole de l'enfer à durée indeterminée [MLC - Yahiko]

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