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L'Éveil de la Sentinelle

Nō Sabaru
Nō Sabaru

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Jeu 28 Fév 2019 - 19:47
L'Éveil de la Sentinelle
Solo
◜ ♫ ◞

La cour du château, pavée d'or et de joyaux, s'offrait à la vue du couronné. Depuis sa salle du trône aux milles colonnes de lumière, il avait une vue imprenable sur son royaume prospère et étincelant. Les arbres aux feuilles diaphanes s'agitaient au gré d'une brise douce, qui portait jusqu'à son séant les senteurs les plus agréables que la nature puisse lui offrir. Les servants, semblables à des fourmis depuis son haut perchoir, déambulaient dans les allées du palais en rangées ordonnées.

Encore une fois, tout était au mieux dans le meilleur des mondes.

Des domestiques sans visages entraient et sortaient de la riche pièce aux limites imperceptibles, répondant aux moindres besoins de leur monarque absolu. Leurs pas ne provoquaient qu'un bruissement imperceptible, leurs gestes étaient dépourvus de fioritures et leurs tenues entièrement blanches ne laissaient place à aucune faute de goût. L'homme qu'ils servaient se contentait d'accepter les offrandes, sans même leur accorder un regard. Autour de lui, des soldats en armure intégrale veillaient à sa sécurité. Armés de longues lances, armes symboliques de la garde et du maintien de la distance de sécurité, ils étaient tout aussi silencieux et impersonnels que les servants.

La seule personne un tant soit peu différente du lot était un homme assez âgé, aux traits faciaux flous mais permettant de discerner une barbe et des rides marquées. En plus d'avoir une certaine identité, il était paré de dorures. Ses gestes bruissaient normalement, et il était doué de parole. C'était comme s'il était le seul autorisé à émettre du son.

— Comme toujours, nous prospérons. Votre force ne cesse de grandir, de jour en jour, et Vos accomplissements ne passeront plus longtemps inaperçus.
Que dit l'Autre ?
— L'Autre ne devrait plus tarder à comprendre, maître. Votre patience ne sera bientôt plus mise à l'épreuve.

D'un geste de la main, le seigneur de ces lieux balaya la silhouette du vénérable. Il disparut aussitôt, comme s'il avait tout bonnement été effacé, sans laisser la moindre trace de son passage sur le sol carrelé et immaculé de la salle du trône.

Le couronné se leva de séant, puis s'avança sans se presser jusqu'au balcon ouvert, duquel il observait depuis toujours la populace qui parcourait son territoire. Son monde. Alors qu'il s'approchait de la rambarde, un tintement métallique familier l'interrompit. Voulant avancer sa main vers le vide, il ressentit l'étreinte d'un anneau froid autour de son poignet. Il était pieds et poings liés par des chaînes dorées, qui le retenaient à son trône. La lassitude s'éprit à nouveau de lui, tandis qu'il rabaissait son bras.

Au loin, il distinguait les hautes murailles de son château. Derrière elles, cependant, il n'y avait que l'obscurité. La curiosité l'étreignait à nouveau, tout autant que la sensation qu'il ne pourrait pourtant pas l'étancher. Cela avait toujours été comme ça ; il acceptait la protection de ces murs, mais ne pouvait en échange jamais les quitter. Depuis quelques temps, cependant, une question le taraudait : comment pourrait-il espérer vaincre l'Autre, s'il se terrait dans sa cage dorée, littéralement ?

Il avait été vaincu, jadis, mais avait chassé l'envahisseur au-delà des murs. C'était la première fois qu'il reconnut autrui comme l'Autre. Il avait tout oublié, ou presque, de cette époque. La solide porte du mur d'enceinte n'avait cédé qu'à de rares reprises, mais jamais il n'avait laissé les souvenirs s'y infiltrer suffisamment longtemps. Il conservait, cependant, la marque de sa défaite.

Il n'avait pu l'effacer. En soulevant le col de son habit, il lança une oeillade réticente à sa peau, par-dessous le tissus. Les traces rougeoyantes des brûlures et des cicatrices, comme à chaque fois, lui tirèrent une grimace. Il n'était pas dégoûté par son apparence ; c'était tout simplement l'effet de la Marque de l'Autre, qu'il avait laissée en guise de souvenir indélébile. Peu importe à quel point il essayait, son pouvoir n'avait jamais réussi à la faire disparaître. La colère s'éprit de lui à nouveau, face à son impuissance.

Même dans son monde, il ne pouvait oublier complètement.

Depuis des années, sa patience, incarnée sous forme des chaînes dorées le liant à son trône, l'empêchait d'outrepasser les limites de son blocage mémoriel, illustré par les hautes murailles. Il força brusquement sur les liens dont il s'était lui-même affublé, provoquant un crissement tonitruant qui s'abattit sur toute la superficie du château. Ses dents serrées, sa mâchoire contractée, son faciès émacié ; une pulsion enfouie remontait à la surface à nouveau, mettant à l'épreuve ses défenses, sa cage dorée.

Cependant, il était bien plus fort qu'avant. L'énergie qu'il identifiait comme négative puisa dans sa confiance renouvelée, dans ses forces latentes, ce qui décupla d'autant plus l'intensité de la crise. Les liens explosèrent brutalement, chaque maillon sautant à l'unisson avant de fuser vers les quatre coins de la salle du trône. Délié, le monarque s'élança du balcon, avant de foncer vers les portes de la forteresse. À mesure qu'il courrait, son apparat se déchirait et dévoilait plus de peau, plus de marques rougeoyantes. Lorsqu'il arriva au pied des battants immenses du mur d'enceinte, il n'était plus vêtu que d'un pantalon déchiré aux chevilles et de son masque blanc, intact pour sa part.

Ses poings s'écrasèrent sur les battants, plusieurs fois. Les passants sans visages disparaissaient à mesure qu'il forçait l'ouverture de la seule porte du château, tout autour de lui. Un dernier coup suffit à faire voler en éclats le portail, creusant dans les renforts un énorme trou béant. Il était seul, face au vide. Une bouffée d'air lui fouetta le visage et s'introduit alors dans la cour, plongeant l'entièreté du monde dans l'obscurité totale. Impétueux, l'homme ne cessa pourtant pas son avancée, s'engouffrant dans ce qui s'apparentait aux ténèbres.

Un choc brutal, voilà ce qui l'atteint en premier. Les souvenirs faisaient surface, s'illustrant sur la toile noire d'encre qui l'entourait. Pour dire vrai, elle n'était pas totalement noire ; de fins filets lumineux émanaient de ce qui ressemblait à une porte branlante, éclairant à peine une pièce aux murs de pierres abrupts. C'était une cellule ; sa cellule. Elle fut à nouveau le théâtre de son passé, ravivant à chaque souvenir la marque correspondante sur son corps. La bataille contre l'Autre. Face à sa faiblesse d'antan et à la douleur ravivée qu'il s'infligeait lui-même, le roi eut du mal à rester de marbre. Plutôt que de la honte, de la tristesse, c'est une colère sourde qui l'envahit.

Il s'était caché assez longtemps. Son désir d'en finir s'illustra à ses côtés, sous la forme d'un corps d'armée armé de torches et de lances, par milliers. La troupe suivit son meneur alors qu'il s'avançait au travers de ses souvenirs éthérés, qui en étaient à rejouer la mort de l'envahisseur, étranglé et tout bonnement brisé par l'étreinte des chaînes qu'il avait utilisées pour le restreindre. Sans considération, le maître des liens piétina le corps intangible de celui qui était supposément son propre père.

Une puissante détonation pulvérisa la dernière porte, soulevant un nuage de fumée. Alors qu'il posait le pied à l'extérieur, Sabaru s'éveilla.

***

Seul, assis dans sa chambre éclairée par une seule bougie, sans soldats et sans servants. À ses côtés, son masque blanc, symbole du passé. Son poing s'éleva lentement, éclairé par la lumière vacillante, puis s'abattit sur l'accessoire du pleutre qu'il était. Il vola en morceaux, dont certains entaillèrent la main du déchaîné. Merde... En étouffant son juron, il se leva pour gagner sa salle de bain, emportant sa bougie pour s'éclairer dans les couloirs sombres de son appartement.

Il déposa la source de lumière sur une étagère, puis se pencha au-dessus d'une bassine en bois qu'il remplit d'eau. Alors qu'il s'apprêtait à y plonger ses mains, il s'interrompit pour y regarder son reflet. Sous ses yeux, des marques d'un rouge flamboyant étaient apparues. Sur ses propres avant-bras, des marques similaires se mêlaient à ses cicatrices et à ses brûlures, remontant jusqu'à son torse et son abdomen. Alors qu'il passa le bout de ses doigts à la surface des lignes parfaitement tracées dans son épiderme, il ressentit son propre chakra, circulant dans les marques. Du Fuinjutsu. Il voulut s'étonner de son changement, mais il se rendit vite compte que c'était sa propre oeuvre, inconsciente.

Au fond de lui, il se sentait changé. Les marques n'étaient qu'une résultante de sa décision. Il ne se cacherait plus, sous aucun prétexte ; il n'oublierait plus. Sa grande main s'apposa sur son torse, où trônait le symbole le plus large et étrange de ceux qui parcouraient dorénavant son corps. Un mitsutomoe à quatre branches.

Sabaru... de la famille Nō.

La famille Nō n'existait pas, mais on l'avait appelé de la sorte tant de fois qu'il finit par se plaire à imaginer son patronyme, qu'il s'était lui-même attribué, partagé à d'autres.

C'était la signification de cet étrange symbole. Il était maintenant membre, et fondateur, de la famille Nō. Sabaru, de la famille Nō, était né à nouveau. La Sentinelle s'était éveillée, et avait abattu les remparts pour mieux passer à l'offensive.


Fin du RP


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能ある鷹は爪を隠す · Nō aru taka wa tsume wo kakusu
« Le faucon avisé sait cacher ses serres. »

Merci à Yume pour l'avatar
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