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De Defectu membrorum (2) [Aditya]


Mar 5 Mar 2019 - 15:05

Le port semblait bien sinistre. Ses allées étaient toujours peuplées de marins en perdition, l'air si misérable loin de la mer. Le calme ressac ne suffisait pas à rendre l'ambiance bucolique. L'air semblait vicié dans les environs. Comme pourri par les maux humains. Zô traversait cependant les allées avec un pas assuré, ouvrant la marche pour Aditya.

"Ce n'est sans doute pas l'endroit le plus agréable du monde, mais au moins il est tranquille. On peut faire de mauvaises rencontres, par contre, alors mieux vaut être prudent, surtout la nuit ... Tu es prévenu."

Ils continuèrent leur progression, sans faire aucune de ces rencontres malencontreuses, cependant. Ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils trouvèrent devant eux un hangar visiblement désaffecté, à l'entrée barrée par des planches de tôle. Zô poussa les planches, dévoilant une porte barricadée par un seul petit sceau. Il apposa sa main sur le sceau, ferma les yeux et murmura quelques formules à mi-voix, comme une sorte de mantra. De sa main libre, il effectua un unique mudra. Aussitôt, un déclic se fit entendre. Zô rouvrit les yeux, et sourit à l'adresse de son visiteur. Il ouvrit la porte, et fit signe à Aditya d'entrer.

L'intérieur du hangar était presque désert. Il n'y avait qu'une table, sur laquelle était tendu un drap blanc. Tout un attirail d'outils, des pinces les plus grossières aux scalpels les plus fins, était soigneusement disposé sur la table. Zô se débarrassa de sa cape, et la jeta dans un coin du hangar.

"Voilà. On devrait être plus à l'aise ici. On aura l'espace nécessaire, le calme, et surtout le temps. C'est de ça qu'on aura le plus besoin. Du temps ..."

Il alla s'appuyer à la table encore nue. L'excitation faisait déjà frémir ses muscles. Il avait hâte de s'y mettre. Et pourtant, une certaine anxiété le prenait.

"On y est. Nous sommes en passe de devenir les acteurs du progrès humain. Nous allons réaliser ce que l'homme ne peut pas faire seul, nous allons le porter vers des sommets encore inexplorés. Nous amenons la science à un nouveau niveau. Nous l'utilisons pour mettre en oeuvre ce dont on a toujours rêvé, mais qu'on n'a jamais pu réaliser. Nous sommes les vecteurs de l'évolution. Nous allons faire de l'homme une nouvelle créature ..."

Il se retourna vers Aditya, un étrange sourire aux lèvres. Ses yeux pétillaient d'une excitation inédite.

"Bien, alors allons-y !"

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Mer 6 Mar 2019 - 13:52
De defectu membrorum, partie 2

ft. Okubo Zô


Printemps de l'an 203, Port Nagarasa, Hangar personnel d'Okubo Zô, début de soirée.


______Aditya avait tâché de suivre son comparse à travers les coins les plus reculés de Kiri depuis qu’ils avaient conjointement quitté l’hôpital général. Et ce fut sans surprise que le blond reconnu le paysage lésé du port Nagarasa, avec lequel il était assez familier. Si l’une de ses missions s’était déroulée en ces lieux – une sombre histoire de douaniers – une nouvelle s’y tiendrait dans les jours à suivre, cette-fois-ci accompagné de Sabaru et de son éternelle partenaire, Reikan. Devant l’avertissement de Zô, Aditya ne pu qu’hocher la tête imperceptiblement. Il était au courant de l’ambiance néfaste qui se répandait comme une trainée de poudre sur les docs, propice à toutes sortes d’échanges illégaux, qu’ils soient humains ou matériels. S’il accordait un début de confiance à l’Okubo pour le suivre ainsi en cette période nocturne, il ne demeura pas moins alerte, en prévision d’une attaque impromptue. Alors que son regard perçant voguait sur les quais, il fut forcé de stopper ses pas : apparemment, ils étaient arrivés à destination.

______Il haussa un sourcil à la vue de ce hangar désaffecté, et ne put qu’être surpris par l’attention méthodique que Zô portait à son ouverture, sagement scellée par ce qu’il supposa être un fuinjutsu. Ainsi, son « atelier » se trouvait dans ce hangar ? Il adressa un signe de tête à son comparse alors qu’il l’invitait à entrer, abandonnant l’espace d’un instant l’étude de ces visages renégats qui peuplaient le port.

______Une chose était sûre, si Aditya ne s’était pas attendu à rejoindre l’antre d’un marionnettiste, l’intérieur de ce hangar se serait plus qu’apparenté à une salle de torture, étant donné la disposition des divers outils qui étaient disposés sur cette nappe blanche. Il écouta attentivement le discours de l’Okubo alors qu’il s’accoudait contre le meuble principal de cette pièce – une table. Et alors qu’il put percevoir dans ses prunelles une impatience certaine, ses paroles engendrèrent chez le blond certains doutes quant aux motivations de son camarade. S’il n’avait pas eu le loisir de discuter de la partie théorique avec lui lors de leur rencontre à l’hôpital, cette petite causerie aurait eu toutes les qualités de celle d’un savant fou sur le point de mettre à jour une nouvelle invention malsaine. Il tacha d’ignorer cette légère gêne et s’avança près de lui, s’adossant contre l’un des murs porteurs alors que ses bras vinrent se croiser sur son torse.

____________« Ton engouement fait plaisir à voir. », glissa-t-il avec un sourire. « Mais mettons-nous au travail, nous avons encore beaucoup à faire avant de parvenir à un résultat concluant. J’imagine qu’il s’agit de tes autres marionnettes ? », dit-il en désignant les draps blancs qui recouvraient des formes obscures, dans le coin de la pièce, derrière la table sur laquelle il s’était adossé.



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Mer 6 Mar 2019 - 14:35

Zô tourna la tête en direction des tas informes recouverts de draps blancs. Il les aurait presque oubliés, tant ils se faisaient discrets dans l'immensité vide du hangar. Il s'en approcha, et souleva le drap d'un geste.

"Ce ne sont pas exactement mes autres marionnettes. Enfin, disons que celles-ci, je ne les utiliserai jamais en combat."

Entassées les unes sur les autres, complètement désarticulées, des carcasses de pantins gisaient là, inertes. Elles avaient l'air d'avoir été confectionnées avec un certain soin, mais également avec trop de simplicité. Certaines ressemblaient à des mannequins, certes humanoïdes mais auxquels il aurait encore fallu un bras ou une jambe de plus pour parvenir à répliquer complètement la morphologie d'un vrai être humain. D'autres avaient les formes les plus étranges qui soient. Ces dernières avaient sans doute été abandonnées en raison de leur forme, justement, qui les rendaient impraticables.

"Ce sont des projets que j'ai abandonnés en cours de route. Ils ne menaient à rien, et ils étaient trop peu adaptés à mes véritables besoins. Ce qu'il me faudrait, pour l'instant, c'est une marionnette polyvalente, dans laquelle je pourrais insérer le plus grand éventail de mécanismes possibles. Mais c'est complexe, et je n'ai pas encore trouvé la bonne idée. Je dois me contenter de ma vieille marionnette."

Il n'aurait pas pris le risque de laisser des cadavres dans le hangar. Même s'il avait mis au point un système de sécurité relativement sûr, il partait toujours du principe qu'il pourrait se faire découvrir à n'importe quel moment. Pas question, donc, de laisser traîner des preuves. Ce qu'il récoltait de membres et d'organes sur les corps, il le scellait soigneusement dans des rouleaux qu'il conservait sur lui. Ce qu'il restait des corps, il le scellait également et le jetait à la mer. Aucun risque, donc, qu'Aditya soupçonne les activités quelque peu marginales du marionnettiste.

Zô tira de son dos son épais rouleau, et en fit surgir en un instant sa grande marionnette, Oiwa, celle-là même qu'il avait déjà montré à Aditya à l'hôpital. Il saisit un pan du drap noir qui la recouvrait, et le tira d'un geste brusque, révélant son squelette de bois.

"Mieux vaut prendre ce pantin pour exemple. Il est beaucoup plus abouti en terme d'articulations et de mécanismes. J'aimerais dire que c'est mon oeuvre, mais j'ai déjà du mal à comprendre son fonctionnement intégral, alors ... Non, Oiwa a été sculptée par mes ancêtres, et améliorée au fil des générations. C'est mon héritage, en quelque sorte."

Zô ne mentionna pas le fait qu'il avait volé cet héritage. Aucun besoin de s'appesantir sur de tels détails. Ils n'étaient pas venus là pour faire la causette. Et puis, quelque chose lui disait qu'Aditya n'aurait peut être pas apprécie cela ...

Il donna une légère pression au niveau de l'épaule gauche du pantin, et tout le bras se détacha en un déclic. C'était un membre d'une longueur inhabituelle, qui se terminait non pas en une main à cinq doigts, mais en une sorte de pince à trois branches aiguisées. Pour le reste, il semblait de la même composition qu'un bras humain: une articulation au niveau de l'épaule, une autre au coude, et une dernière au poignet. Chaque branche de la pince qui servait de simulacre de main était également articulée: trois articulations pour chaque branche, exactement comme les phalanges d'un doigt.

"Si nous devons déjà mettre au point un prototype, je suggère que nous ne visions pas trop haut, pour commencer. Mieux vaudrait par exemple nous cantonner à un seul membre. Essayer de répliquer une main, seulement, et pas tout un bras. Et faire cette main la plus simple possible. Pour le coup, je pense que trois doigts, c'est le plus simple: ça permet une bonne prise, et c'est plus facile à contrôler que cinq. C'est pour ça que les mécanismes de ma marionnette vont pouvoir nous aider. Qu'en penses-tu ?"

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Sam 9 Mar 2019 - 15:11
______Aditya hocha la tête aux dires de l’Okubo. Visiblement, ce dernier avait passé de nombreuses heures à étudier les mécanismes possibles sur diverses marionnettes, tantôt dans des bras ou dans des jambes aux patrons informes. Si elles étaient loin de s’apparenter à des figures humaines, le soin apporté à leur bois sculpté retranscrivait toute l’importance d’une telle étude. Faisant fi de ce genre de détails devant les propositions que lui apportait Zô, il détourna le regard des presque cadavres en rejoignant la table où avait été disposée son pantin principal. Il ouvrit son carnet sur une double page blanche, commençant à retracer les contours des mécanismes agençant l’avant-bras d’Oiwa alors qu’il s’en rapprochait, les sourcils froncés par une minutieuse attention. La première chose qu’il remarqua, ce fut l’agencement successif des articulations qui composaient chaque aspect de ce bras désarticulé ; elles étaient profondément semblables à celles d’un être humain, si l’on omettait l’absence de deux autres doigts au bout de la main. Mais pour un début, trois suffiront amplement. L’esthétiques viendrait après la praticité de la chose.

____________« Tu as raison, un patron simpliste fera l’affaire, tout du moins au début. Cela ne sert à rien de s’appesantir sur des détails purement esthétiques si la prothèse n’est pas opérationnelle. On finirait très certainement par s’éparpiller. Et puis… Je ne pense pas que ce soit ce qui intéresse le plus nos mutilés. Tout ce qu’ils souhaitent, c’est retrouvé un membre perdu. Que leur apparence coïncide parfaitement à la réalité ou non… Ils ne sont plus à cela près. »

______Ses doigts glissèrent sur les mécanismes avec une méticulosité certaine, craignant de les abimer en ce simple toucher pourtant essentiel à sa compréhension. Comme l’avait proposé son comparse, il s’attarda davantage sur la main, prenant entre ses doigts les morceaux de bois censés représenter des membres homologues aux siens, les pliant avec délicatesse pour observer la réaction des « tendons » et diverses barres de métal qui retenaient le tout jusqu’à l’épaule. Tout était connecté avec une précision hors norme. Et bien que son physique demeure simpliste, il pouvait ressentir tout le travail d’orfèvre derrière sa création, qui remontait très certainement à au moins une, ou deux génération vu l’état dans lequel était le bois. Tranché par endroits, brûlé en partie à d’autres, elle devait avoir essuyé bien des combats. Aditya comprenait mieux pourquoi son squelette demeurait caché derrière un drap opaque. La vue d’une marionnette dans un tel état pousserait certainement un opposant à penser la victoire facile, alors que dissimulée comme elle l’était, elle gardait une certaine prestance.

____________« S’il s’agit d’un héritage... Tu dois certainement y tenir. Même si elle est assez endommagée comme tu l’as dit, ce ne sont que les traces de votre passé commun. », glissa-t-il alors qu’il laissa son carnet reposer sur le plat de la table.

______Le regard apposé tantôt sur les mécanismes, tantôt sur ses schémas, il lia ses paumes sous le sceau du serpent. Son signe incantatoire invita une partie du bois de la table à se surélever, et à dessiner les formes diverses des phalanges et de la main, chaque fois en deux exemplaires. En soi, la table n’avait été utilisée que comme support, puisque le bois venait naturellement du chakra d’Aditya – il n’allait pas endommager les meubles de son hôte, tout de même. Il prit certains éléments entre ses doigts, avisant un regard vers Zô.

____________« J’ai pu recréer les pièces, d’après ce que j’ai pu voir. Mais pour ce qui est de l’assemblage, je t’avoue avoir quelques réserves. Pourrais-tu me montrer ? Avec ça, je serais plus à même de créer une main articulée directement si j’arrive à visualiser les mécanismes clairement. »


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Dim 10 Mar 2019 - 10:01

Zô observa attentivement Aditya, alors qu'il faisait surgir de sa table de travail les matériaux de base nécessaires à la réalisation de leur premier prototype de prothèse. C'était quelque chose d'assez fascinant à voir. Un shinobi créant de la matière à partir de la matière. Il n'avait jamais rien vu de semblable. Lui-même était capable d'utiliser le Dôton, et d'ériger devant lui des murs de pierre ou de terre. Mais ici, c'était différent. Il avait presque eu l'impression de voir un arbre pousser à vitesse accélérée sur sa table de travail. C'était assez merveilleux. Zô se demanda si Aditya pouvait créer d'autres végétaux, ou si sa compétence se limitait au bois. Mais même s'il ne pouvait créer que du bois, les possibilités offertes par ses capacités devaient être grandes.

Il examina les pièces détachées qui devaient composer leur prototype. Il aurait besoin d'y ajouter quelques boulons et écrous pour les articuler efficacement. Mais ce n'était pas un problème, il avait le matériel nécessaire. Le tout serait d'arriver à emboiter les pièces correctement. Peut être faudrait-il en rogner certaines, pour les ajuster et leur permettre de s'articuler parfaitement.

"Voyons ça ..."

Il déploya les pièces détachées sur la table. Il n'y en avait pas tant que ça. La tâche n'en serait que plus facile. Zô commença par la base, et s'intéressa d'abord à l'articulation de chaque pince, qui devaient remplacer les doigts de cette main artificielle, séparément. Aditya avait créé trois segments à articuler entre eux, exactement comme sur la marionnette de Zô. Articuler tout ça ne devrait pas être très compliqué. Après tout, Zô avait l'habitude de remonter son pantin. Il se saisit d'une poignée de boulons et de vis, d'un poinçon, et se mit au travail.

L'assemblage n'était pas aussi compliqué que Zô aurait pu l'imaginer. Il s'était figuré qu'ils auraient besoin d'heures de travail acharné, leurs deux cerveaux combinés, pour arriver à un résultat satisfaisant. Il travaillait sereinement, assemblant boulons, vis et écrous avec l'habileté d'un habitué à la tâche.

"On avance plus vite que ce que je pensais. Je ne me doutais pas que mes compétences de marionnettistes me serviraient à ce genre de travail, un jour. Et je pense que ma famille ne s'en doutait pas non plus ... Ils ne sont pas vraiment du genre à sortir des sentiers battus, en matière de connaissances. Et en ce qui concerne la médecine, ils se contentent de la théorie. Autant dire qu'ils n'ont pas d'excellents résultats quand il s'agit de soigner quelqu'un ..."

Zô eut un sourire triste. Sa famille ne lui manquait pas. Il les avait trop haï pendant trop longtemps pour regretter encore de les avoir quittés. Mais peut être commençait-il à éprouver un peu de pitié à leur égard ?

"J'imagine que tes capacités sont plutôt courues, non ? Ce n'est pas très commun de croiser des utilisateurs de Mokuton, surtout dans les parages. Et je sais que mes propres connaissances de marionnettistes sont plutôt recherchées, alors je me dis que ça doit être à peu près pareil pour toi ... Après tout, Kiri a tout intérêt à profiter des capacités inédites de ses soldats les plus ... exotiques."

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Dim 10 Mar 2019 - 20:33
______Quelque part, la ferveur d’Aditya prit un coup dans l’aile lorsqu’il vit que les boulons utilisés par son comparse étaient de nature métallique, et ne pouvaient être reproduits à leur plus fidèle image par ses soins – bien qu’il soit pleinement capable d’en faire une copie en visualisant la chose, il doutait de la fidélité de rouages de bois, qui glisseraient sûrement avec moins de fidélité que ceux de Zô ; fort heureusement, les techniques combinées ne leur avaient pas encore fait faux bond et étaient encore et toujours d’actualité. De vrais merveilles de la création.

______Quant au travail d’orfèvre que démontrait l’Okubo, il était indéniable que celui-ci poussait au respect : savoir précisément comment agrémenter chaque pièce, les lier les unes aux autres afin de créer un mécanisme précis, selon une soudure particulière, enchainant écrous et boulons pour relier le tout… Cela avait très certainement dû lui prendre un certain temps pour apprendre les ficèles du métier, mais avec l’expérience, nul doute qu’il avait sû dominer ce genre de prérequis ; les « cadavres » des marionnettes dans le coin de la pièce en étaient la preuve vivante, car même s’ils n’étaient pas utilisés à causes du manque de mécanismes qui péchait à leur manieur, ils semblaient en parfait état de marche.

______Le blond relâcha un souffle rieur en entendant les paroles de Zô ; évidemment, il se doutait qu’il n’avait pas appris les ficelles du Kugutsu dans l’optique de développer des prothèses. Mais c’était un avantage non négociable, il fallait le souligner.

____________« Je me doute bien. Mais heureusement pour nous que le savoir de ta famille ne s’est pas perdu. Je crains que cet idéal que représentent ces prothèses ne m’ait prit beaucoup plus de temps à réaliser sans ta précieuse participation. »

______Il remarqua du coin de l’œil le sourire qui fendit les traits de son visage, empreint d’un mélange subtil de tristesse et… d’une émotion qu’il n’arrivait pas à déchiffrer. Néanmoins, il ne creusa pas plus le sujet familial, se doutant qu’il était à l’origine de cette réaction inopinée chez son comparse. Au lieu de cela, il enchaina sur le sujet de la médecine qu’il avait évoqué sur la fin : après ses nombreuses questions sur le sujet, Aditya en avait plus ou moins conclu qu’elle l’intriguait particulièrement.

____________« Tu as l’occasion de t’loigner de ce chemin et de tracer le tien, étant donné l’intérêt que tu portes à l’Iroujutsu, je ne doute pas que tu ferais un médecin d’exception. »

______Il haussa cependant un sourcil devant sa question, avant d’y répondre d’une voix posée.

____________« Je suppose oui. Notamment pour les travaux de reconstruction, comme celui du Dojo, ça peut être un atout. Mais je n’ai encore vu personne en faire preuve à mon exception au village. Mais je t’avoue avoir encore un peu de mal à réaliser l’étendue de ses possibilités. »

______Il reporta son attention sur la main désormais articulée qu’il tenait entre ses doigts, suspicieux. Aussi partagea-t-il ses doutes avec son partenaire.

____________« Qu’est-ce que tu en pense ? Est-ce que cette création simpliste suffirait à la réalisation nos buts, même pour un premier prototype ? »


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Lun 11 Mar 2019 - 22:18

Zô tira un tabouret à lui et s'y assit, pendant qu'Aditya examinait la main articulée maintenant assemblée. Il examina son partenaire de réflexion d'un regard attentif. Il n'avait pas l'air sûr de lui, ni de leur réalisation. Zô ne pouvait pas le blâmer. Lui-même, il éprouvait quelques doutes. Tout paraissait trop facile, trop rapide. Ils pouvaient être des génies, au point de résoudre un des plus grands problèmes de l'humanité depuis ses débuts en quelques poignées d'heures à peine. Mais quelle était la probabilité réelle que ce soit le cas ? Des centaines, des milliers de génies étaient venus avant eux, qui n'avaient pas trouvé de solution à la perte d'un membre. Il aurait été bien présomptueux de penser qu'ils sortaient du lot et qu'ils avaient trouvé la solution si aisément ... Présomptueux, ou idiot.

"Je ne peux pas assurer que cette première prothèse fonctionnerait convenablement. En théorie, j'imagine que oui. Mais nous n'avons établi aucun plan préliminaire, aucun dessin préparatoire. Tout ce que nous avons fait, c'est répliquer un mécanisme d'une de mes marionnettes, en en changeant le matériau. Je pense que nous ne pouvons pas avoir de réponse sûre avant d'avoir fait l'expérience de ce prototype. Mais, après tout, c'est partie intégrante du processus scientifique, non ? C'est peut être même la partie la plus rigolote."

Zô sourit légèrement, comme pour rassurer Aditya, puis il tendit les mains pour prendre la prothèse.

"Ca ne nous empêche pas de faire quelques ajustements mécaniques. Pour le reste, j'ai peur qu'il ne nous faille trouver un sujet d'expérimentation. Non pas que l'idée me répugne, mais ça risque de nous prendre un peu de temps avant de trouver un volontaire."

Il n'émit pas l'idée d'amputer quelqu'un pour l'occasion, ni même d'expérimenter sur son propre corps. Il était à présent assez certain que ce genre de possibilités le desservirait plus qu'autre chose aux yeux d'Aditya. Ils n'avaient pas exactement la même conception de la médecine. Aditya était un altruiste, une âme bonne, pure. Zô avait une vision plus égoïste de la science, y voyant avant tout un exercice intellectuel, une réalisation de soi, une élévation de l'homme plutôt qu'une réparation de ses maux. Pour Aditya, la science aidait l'homme. Pour Zô, elle le transformait. C'était du moins la façon dont il percevait les choses.

Il tissa des fils de chakra entre ses doigts de chair et ceux de bois de la prothèse, et commença à effectuer quelques mouvements légers pour éprouver la réactivité et la souplesse des articulations. De sa main libre, il graissait les écrous aux endroits qui ne réagissaient pas assez bien à son goût, ou les desserrait légèrement. Globalement, le prototype semblait assez performant. Il tenait, en tout cas, et était capable d'effectuer les mouvements de base pour lesquels il avait été conçu. Mais qu'en serait-il une fois la main mécanique soudée à un moignon bien humain ? Comment s'accoutumerait-elle au contact de la chair, du sang, des muscles ?

"Je pense que nous en avons fait beaucoup, pour aujourd'hui. Je vais garder ce prototype de côté, bien en sécurité, si ça ne te fait rien. A moins que tu ne tiennes à l'étudier de ton côté. Après tout, j'ai ma marionnette. En tout cas, je ne pense pas que nous serions très performants si nous nous acharnions. Pour l'heure, il vaut mieux méditer sur notre projet. Ne pas nous précipiter ..."

Zô se sentait assez fatigué. Sans doute un contrecoup de toute l'agitation qui l'avait pris depuis l'hôpital. Il avait un peu mal à la tête, et il était soudainement très heureux d'être assis. Néanmoins, il était reconnaissant, pour beaucoup de choses. Il lui semblait avoir trouvé un esprit complice, un ami. Alors, quelle importance qu'ils aient réussi le prodige de créer une prothèse en si peu de temps ? Une amitié était déjà une si belle réussite. Après tout, il était encore bien trop humain pour l'ignorer ...

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Mer 13 Mar 2019 - 19:28
______Aditya avisa l’Okubo quelques temps, sans rien dire. Evidemment, ils étaient limités à des conjectures, et seul un essai sur un sujet vivant leur permettrait de déterminer si oui ou non leurs théories avaient donné naissance à une prothèse fonctionnelle. Mais lorsqu’il évoqua sa crainte vis-à-vis du manque de volontaire, le blond ne put s’empêcher de prendre la parole.

____________« Je ne pense pas que nous manquions sincèrement de mutilés, surtout pendant ces temps… troublés. Le tout serait de savoir à qui nous pourrions ne pas donner de faux-espoir. On pourrait peut-être en toucher deux mots aux Irounin, ils connaissent très certainement leurs patients mieux que nous. »

______Son regard se perdit dans la contemplation des arts du marionnettiste, alors que des fils de chakra, presque invisibles, vinrent s’attacher aux articulations de leur création. Elle se mouvait au rythme que leurs imposaient les mouvements de Zô, recevant par endroits quelques ajustements et graissage de sa part. Les efforts demandés n’étaient ni trop précis, ni trop banals pour ne pas entraver son fonctionnement avec des fioritures inutiles en la maintenant opérationnelle. Il hocha brièvement la tête à la demande de son comparse, avant de confirmer son accord à voix haute.

____________« C’est peut-être mieux que tu la garde ici oui. J’ai cru comprendre que cet endroit était bien gardé. », à ces mots, aucun doute que le blond faisait allusion au fuinjutsu qui gardait la porte. « Et puis, mes notes et schéma suffiront à garder mon esprit occupés d’ici là. »

______Il glissa un coup d’œil vers Zô en déclinant un petit sourire tandis que d’un mouvement souple, il fit craquer les vertèbres de son cou en roulant ses épaules, qui supportaient depuis le début de la journée le poids de son engouement. Aditya prit le temps d’apprécier ce moment de silence, une denrée rare dont il n’avait pas eu le loisir de se délecter depuis son réveil matinal. Pour la première fois depuis qu’il s’était rendu au Dojo en compagnie d’Arata, son cerveau pouvait arrêter de bouillonner continuellement, tantôt poussé par la folie du combat, tantôt par l’euphorie de voir son projet mené à bien grâce à une rencontre opportune. Un but commun partagé par un inconnu, dont il apprenait désormais à estimer la compagnie. D’ailleurs… dans ce mutisme reposant, une question lui vint à l’esprit alors qu’il réalisait à quel point la situation dans laquelle ils s’étaient croisés relevait de l’étrangeté. Il replaça son attention sur l’Okubo avant de déclarer, d’une voix portée par un calme sempiternel mêlé à une pointe de curiosité ;

____________« …Comment t’es venu l’idée de chercher à fabriquer des prothèses ? Tu avais l’air d’avoir déjà réfléchi à la question lorsque nous nous sommes rencontrés à l’hôpital. »


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Jeu 14 Mar 2019 - 18:58

Zô resta interdit un instant. La question était venue soudainement. Il ne s'y attendait pas. Avait-il éveillé la suspicion de son camarade de réflexion ? Avait-il laissé filtrer quelque élément qui ait pu trahir ses véritables intentions ? Ou se faisait-il des idées ? La question pouvait être tout à ait innocente. La culpabilité ne se lisait pas sur son front. Et d'ailleurs, de quelle culpabilité s'agissait-il ? Sans doute d'un reste de morale étriquée, de frontières à la science, qui persistait dans son esprit. Il pensait en avoir fini avec ses préjugés d'antan, mais apparemment ils avaient la peau dure ... Il se décevait lui-même, et haïssait son père. C'était lui qui avait enfermé sa pensée dans un carcan trop étroit. C'était à cause de lui qu'il s'était borné dans ses idées, pendant trop longtemps. Zô se pinça la lèvre inférieure.

"Oui, j'avais déjà un peu réfléchi à la question ... J'imagine que c'est peut être normal pour un marionnettiste. Une sorte de déformation professionnelle. Mais je ne l'ai pas envisagée sous le même angle que n'importe qui, si j'ose dire. J'ai dans l'idée quelque chose de plus ... Disons, de plus grand qu'une simple prothèse de main, par exemple."

Il sentit son rythme cardiaque accélérer brutalement. Une certaine anxiété s'emparait de lui. Il allait révéler à Aditya ce qu'il avait encore gardé secret pour tout le monde. Son maître n'en savait rien. Les quelques connaissances qu'il avait pu se faire n'en savaient rien. Et il prenait toutes les précautions -en atteste le sceau barrant la porte du hangar- pour que personne ne puisse jamais rien en savoir par hasard. Et à présent, il lui semblait avoir trouvé quelqu'un non seulement digne de confiance, mais à l'esprit éclairé et suffisamment élevé pour comprendre, peut être, sa théorie. Zô ne lui demandait pas d'y adhérer. Mais seulement de l'entendre, dans le plus pur sens du terme.

Il ne dit rien pendant un instant, cherchant ses mots et agençant ses idées. Il lui faudrait être le plus clair possible, pour être bien compris. Que ses intentions soient bien claires.

"Le projet dont je vais te parler est assez secret. Personne n'est au courant, et j'aimerais que tu n'en parles pas. J'ai peur que les rumeurs qui pourraient courir à son sujet ne le desservent, et ne le fassent passer pour ce qu'il n'est pas. C'est un projet d'envergure, auquel je réfléchis depuis quelques temps, déjà, et qui me demandera un long moment pour finaliser sa réalisation pratique. Mais j'ai bon espoir qu'il pourrait permettre des avancées significatives dans plusieurs domaines. Et notre petite expérience de prothèse ne serait pas sans utilité pour sa bonne réalisation ...

"En somme, le principe en est très simple. Il s'agirait simplement de pallier aux manquement d'un corps organique avec des membres et des organes mécaniques. Sur le plan pratique, cela consisterait à remplacer ces membres et organes par des prothèses, fonctionnant chacune individuellement de la même manière qu'un véritable organe, pouvant s'agencer dans un tout et en être retirée, et surtout pouvant être entretenue et remplacée n'importe quand. Mon but est assez évident, je crois. Notre prototype de prothèse vient de notre volonté de soigner les blessures de la guerre. Avec ce projet de corps bio-mécanique, je voudrais empêcher la guerre de blesser. Repousser le mal, les maladies, la vieillesse. Repousser les limites de l'homme, en un mot."

Il se tut sur ces mots. Il en avait sans doute assez dit pour le moment. Maintenant, il s'agirait de voir comment réagirait Aditya. Zô avait bon espoir qu'il ne protesterait pas d'arguments moraux, éthiques, ou de cette farine-là. Il avait confiance en l'esprit de son camarade, qu'il devinait curieux, et surtout en sa vision claire des objectifs du projet, qui, tels qu'il les avait présentés, paraissaient les plus louables du monde. Et ils l'étaient, assurément.

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Jeu 14 Mar 2019 - 20:19
______Une expression de surprise prit place sur les traits fins d’Aditya, comme si les paroles de son compagnon l’avaient sorti de ce sentiment de plénitude. Toutefois, son visage ne retranscrivait aucun jugement – quel qu’il soit – bien au contraire. La surprise qui l’habitait se condensait dans son essence naturelle, à la manière d’un enfant découvrant quelque chose de nouveau qui aurait sut titiller son intérêt, toujours avec cette part d’appréhension instinctive. Sa posture redevint droite, dépourvue de toute empreinte de lascivité alors que ses paumes vinrent écarter les mèches blondes qui encadraient sa figure, l’air soucieux. Son regard s’attacha un long moment au plafond sans qu’il ne dise mot, semblant en pleine réflexion quant aux révélations de Zô. Ses bras se croisèrent sur son torse lorsqu’il rabaissa son attention sur lui, et qu’il ne rompe enfin son mutisme.

____________« Ça explique ton intérêt pour la médecine. », glissa-t-il sur un ton d’indifférence. « J’imagine que ça te concernerait directement alors, utiliser quelqu’un d’autre avant… serait un peu extrême. », il leva un sourcil suite à sa rétorque, comme pour souligner le fait qu’il n’apprécierait pas l’idée de cobaye.

______Au fond, Aditya lui était reconnaissant de s’être confié ainsi sur un projet aussi personnel ; bien qu’à l’origine sa question n’eut pas pour but d’être trop intrusive, il semblait y avoir répondu sans réticences. Et s’il ne s’était pas attendu à quelque chose du genre lorsqu’il avait évoqué poursuivre un but plus grand qu’une simple prothèse, cela faisait sens.

____________« Mais j’avoue avoir du mal à imaginer comment ce corps bionique pourrait fonctionner en gardant une part humaine. Sans cerveau ni cœur… difficile d’envisager qu’on puisse le maintenir en vie. »

______Quelque chose le gênait pourtant, dans tout ce qu’il avait déclaré. S’il ne doutait absolument pas des bonnes intentions de l’Okubo, il devait avouer… qu’il y avait une part de mystère, ou peut-être malsaine dans les idées qu’il venait de soulever. Le fait de vouloir repousser les limites de l’homme. En soit, à chercher à fabriquer de telles excroissances, c’était ce à quoi il s’était prêté. Permettre à l’homme d’aller au-delà des contraintes de la guerre et d’y pallier. Mais il était également fermement convaincu que de telles choses étaient souvent ce qui changeaient de simples hommes en savants fous, si ce n’était extrémistes. Heureusement pour Zô… Aditya était là pour veiller à ce que ça n’arrive pas, et à ce que ce projet ne dépasser les limites de l’acceptable – entre autres, en l’élevant à une échelle supérieure, là où l’on forcerait d’autres personnes à y participer. Si son comparse était consentant, d’autant plus qu’il était à l’origine même de l’idée, et qu’il était conscient des risques qu’il encourait… qui était-il pour l’en empêcher ?

______Il mit quelques secondes pour savoir comment y répondre, et comment trouver les mots justes, non pas par peur de le froisser – la franchise était le cadeau le plus précieux qu’il pouvait offrir à ses vis-à-vis – mais par volonté de précision.

____________« Merci de m’en avoir parlé. Je me doute que ce n’est pas un sujet que l’on aborde facilement. Mais… J’imagine que si tu ressens le besoin d’avoir une aide extérieure, je pourrais te l’apporter. Tant que cela reste… uniquement et simplement pour ton propre compte. »


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Jeu 14 Mar 2019 - 22:05

Zô esquissa une forme de sourire, qui semblait étrangement étiré. Comme un rictus. Il était content de voir qu'il ne s'était pas trompé sur le compte d'Aditya. Soulagé de ne pas avoir affaire à une opposition violente, brusque, voire à une peur telle qu'elle aurait pu lui faire craindre d'en avoir trop dit à une personne indigne de sa confiance, menaçant de tout révéler. Comment aurait-il réagit dans ce cas ? Il n'en était rien, de toute façon. Aditya semblait le soutenir. Ou, en tout cas, comprendre son projet, en saisir les enjeux, et même deviner ce que Zô n'avait pas encore dit.

"Tu as bien deviné. Je ne compte pas infliger cette expérience à quelqu'un d'autre. C'est trop risqué et, de toute façon, je doute de pouvoir trouver un candidat volontaire qui répondre à toutes mes exigences. En somme, il est bien plus simple que je fasse mes tests sur moi-même. Et puis, après tout, c'est un projet un peu égoïste, finalement ..."

Il s'était relevé, et jouait machinalement -déjà- avec quelques boulons qui traînaient encore sur le plan de travail. La figure sombre de sa marionnette, Oiwa, surplombait toujours la scène, muette, toutes ses mécaniques soigneusement huilées plongées dans leur usuelle torpeur, sommeil d'automate.

"Je ne comptais pas te proposer de devenir mon cobaye, si c'est ce qui t'inquiète. Rassure-toi, je n'ai pas l'occasion de te droguer pour faire de toi mon sujet de test privilégié ... J'aurais déjà eu l'opportunité de le faire, si je l'avais voulu, et je doute que tu te sois laissé faire de toute façon. Si je voulais un cobaye autre que moi, je prendrais bien soin à en choisir un qui ne menacerait pas de se défendre, évidemment."

Zô sourit à l'égard d'Aditya. Une étrange atmosphère planait dans le hangar. Comme une incertitude, une désorientation. Et toujours, Zô baladait du bout de ses doigts fins les boulons sur la surface de la table, sans y prêter attention.

"Pour le reste, bien sûr que ce corps aurait besoin d'un cerveau. Le coeur peut sans doute être remplacé, car c'est une machine bien fragile, mais dont le fonctionnement devrait pouvoir être copié sans trop de problème. Peut être même que je pourrais me passer de système sanguin tout à fait. C'est pousser un peu plus loin mes réflexions, et je n'en suis pas encore là. Mais il est évident que je conserverai mon cerveau, au moins, entre autres organes. Ne serait-ce que pour avoir la satisfaction intellectuelle d'avoir achevé mon grand oeuvre ..."

Il garda sous silence sa motivation principale, celle qu'Aditya avait peut être déjà devinée et qui semblait évidente, avec un peu d'examen. Si Zô cherchait à s'aliéner toutes les faiblesses d'un corps humain, s'il voulait se renforcer au point d'en perdre toute humanité sinon celle de l'esprit, c'était bien par peur de la mort. Pas par goût de la vie. C'était là une différence qui pouvait paraître minime, mais qui était sans doute essentielle. Zô n'était pas de ces scientifiques hédonistes, de ces gens qui goûtent à la vie. Il était de ceux, farouches, qui cherchent à la conserver. Au fond, lui qui se prétendait homme de raison au possible, il répondait à des instincts bien animaux, et tout à fait primaires.

"Je serais content de pouvoir compter sur ton soutien, en temps voulu. Pour l'instant, il est encore trop tôt. Je n'ai encore élaboré aucun prototype, et ce n'est pas encore le moment. Comme tu vois, il me reste beaucoup à penser avant d'en arriver là. L'expérimentation -qui devra être unique, car risquée- arrivera bien plus tard. D'ici là, je pense que toi comme moi nous aurons l'occasion de parfaire nos connaissances et nos techniques en matière d'Iroujutsu. Si aucun malheur ne nous arrive entre-temps, bien sûr."

Nouveau sourire. L'avenir était imprévisible à Kiri. C'est ce que Zô avait pu déduire de ses quelques visites à l'hôpital, durant lesquelles il avait été le témoin privilégié des maux que peut infliger la guerre. Il était shinobi, et donc en première ligne pour en être la victime. Il était fort possible, sinon probable, que tous ses beaux desseins ne soient qu'une utopie, qui se perdrait bientôt avec lui, dans le sang et la mort. Mais elle demeurait, et c'était sans doute là le principal.

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Ven 15 Mar 2019 - 9:16
______Le blond retint un soupir de presque-soulagement lorsque Zô confirma ses doutes. Avoir placé sa confiance en lui, ne serait-ce que pour l’espace de quelques minutes n’avait visiblement pas été un mauvais choix. Si leurs visions de la médecine et de l’utilité qu’elle revêtait aux yeux des plus aguerris différaient sur certains points, elles n’étaient pas non plus à l’image de deux lignes parallèles, destinées à ne jamais croiser leur consœur. Après tout… Leur rencontre constituait à elle seule un point de jonction entre leurs existences. Il ne tenait qu’à eux de décider si oui ou non cette voie se poursuivrait à l’avenir ou si elle s’avèrerait aussi éphémère qu’un battement d’ailes. Pour Aditya… Nul doute qu’il comptait garder l’Okubo à ses côtés, ne serait-ce que pour mener lur projet à bien, et pour bien d’autres choses ; du moins, il l’espérait. Si les âmes dignes d’intérêt à Kiri étaient loin d’excéder en grand nombre, il en faisait désormais lui aussi partie intégrante aux yeux du blond, et il ne tâcherait sûrement pas de se priver d’une compagnie aussi glorifiante. Il délaissa simplement un sourire satisfait, gage de toutes ses pensées

____________« J’étais plus inquiet au sujet d’autres patients plus que moi-même à vrai dire, mais je suis heureux de constater que ça n’était pas dans tes projets. »

______Il ne s’attacha pas à relever ses mots selon lesquels il aurait eu plus d’une occasion pour s’emparer et user de son corps pour ses objectifs pour le moins singuliers, puisqu’il avait déjà rejeté l’idée par lui-même. S’il n’appréciait pas d’ordinaire ce genre de propos vantards, en la présente occasion il était conscient qu’une partie de ses dires étaient empreints de vérité. Si son retard sur les arts ninjas était très majoritairement étouffé par les enseignements qu’il avait reçu de divers mentors dans le village, il était loin de compenser le gouffre qui devait le séparer d’un enfant élevé comme un shinobi depuis son enfance. Cependant, ces élucubrations mentales ne l’avaient pas empêché d’observer le comportement de son vis-à-vis au cours de ses explications, de peser le ton de ses paroles et de capter ces messages involontaires qu’envoyait notre corps à chaque mouvement, à chaque tressautement de lèvres.

____________« Mais je me dois tout de même de te dire une chose. Tout cela… ne te rendra pas immortel. Le cerveau a lui aussi une date d’expiration. Et si tu pensais pouvoir le maintenir actif grâce à l’iroujutsu, je crains que la multiplication des cellules n’entraine un vieillissement accéléré. Tu finiras par mourir malgré tout. Cela te gagnera quelques dizaines années, peut-être plus. Mais le résultat demeurera le même. C’est notre destin à tous. Sauf si… »

______Il se mordit la lèvre, se retenant de poursuivre son discours sur une telle pente. Si même dans les heures les plus sombres de son existence, alors qu’il accusait la lourde perte d’un ami, il n’avait jamais pensé à cette éventualité – chose à laquelle il se refusait catégoriquement – d’autres malheureux avaient supposé un acte barbare entre deux sanglots, l’espoir de voir à nouveau l’être aimé doté de vie, et de retrouver tout ce qui l’avait habité de son vivant : personnalité, souvenirs, enveloppe charnelle. Si Zô recherchait véritablement l’immortalité, irait-il jusqu’à poursuivre ce but sur un chemin d’autant plus malsain ?

____________« …Non, oublie. Remplacer un cerveau reviendrait à changer de conscience, or, il te faudrait garder la tienne. », il glissa un regard vers son comparse, noyant le poisson dans des réflexions factices.

______Quant aux craintes de son comparse vis-à-vis de l’avenir incertain qui englobait le village tel la brume sempiternelle qu’il revêtait comme un blason, il ne pouvait qu’acquiescer. Sa venue à Kiri n’était vieille que de quelques mois désormais, mais il avait tôt fait de juger à quel point il avait pu se transformer en une poudrière prête à exploser ; les murmures au sujet de dame Watanabe ne cessaient de prendre de l’ampleur, tandis que certains commençaient à supposer l’idée d’une rébellion. Néanmoins…

____________« J’ai encore bien des choses à accomplir avant d’abandonner cette terre. Même si ces temps troublés ont tendance à s’accroitre… J’aspire à pouvoir dépasser leurs conséquences, si ce n’est à les empêcher. »


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Ven 15 Mar 2019 - 19:10

Zô ne dit rien sur le léger bémol soulevé par Aditya. Le cerveau était le problème majeur. Le dernier rempart, celui qui tiendrait le plus longtemps, mais qui était aussi le plus fragile. Impossible de le remplacer, celui-là. Autrement, il ne serait plus lui. Aditya l'avait parfaitement compris, d'après ses dires. Et Zô en était conscient, aussi. Et il n'était pas prêt à renoncer à sa conscience. Autant se suicider. Or, c'était précisément ce qu'il cherchait à éviter, en mettant sur pieds ce projet de corps artificiel. Il lui faudrait donc trouver un remède à l'âge de son cerveau. Une solution rajeunissante, un vaccin contre la vieillesse, un sérum de régénération des cellules. Les possibilités étaient multiples, infinies. Combien d'entre elles pourrait-il réaliser, au final ?

Ils en arrivaient à parler de la situation du village, à présent. Zô appréciait ce glissement de la conversation. Il le laissa s'opérer, sans le barrer mais au contraire en jouant le jeu, et en l'encourageant.

"Je ne suis pas trop au fait des mouvements du village, en ce moment. Je n'ai pas encore de cercle de connaissances suffisamment établi pour me renseigner. Et je ne suis pas particulièrement sensible aux bruits qui courent. Les rumeurs de la rue me restent souvent étrangères. Mais pourtant, j'entends quand même comme un bruit, une grogne qui monte. C'est curieux ..."

Il avait eu l'occasion de voir les tensions s'accroître, alors même qu'il n'était arrivé que depuis très récemment au village. Combien de fois avait-il assisté, depuis la fenêtre de son petit appartement, à des altercations entre civils et représentants de l'ordre ? Lui-même n'en avait jamais été victime. Il était assez discret pour éviter ce genre de problème. Il n'arborait pas son bandeau de shinobi comme un signe arrogant d'une autorité ultime sur les autres. Il savait se faire petit, quand il le fallait, et écraser son ego. Cette qualité faisait de lui un témoin d'autant plus privilégié des tensions qui se faisaient de plus en plus grande parmi le reste de la société.

"J'ai cru comprendre que la situation était assez troublée un peu partout. Les villages cachés sont encore très récents, de toute façon. C'est sans doute normal. L'installation de nouveaux pouvoirs, de nouvelles grandes entités de cette ampleur, ça demande souvent du temps. En tout cas, c'est ce que j'ai pu apprendre dans les livres d'histoire que j'ai ingurgités. Espérons que nous saurons passer à côté d'une révolution trop violente ... Notre position serait bien délicate, si on devait en passer par là. Après tout, nous sommes sensés servir les ordres de notre Mizukage sans discussion."

Zô avait toujours eu du mal avec ce principe, qui était pourtant l'un des piliers de sa profession. Mais sa soif de liberté intellectuelle -celle-là même qui l'avait chassé de sa famille en premier lieu- le poussait à chercher à faire appel à son libre-arbitre dans toutes les situations. Sans doute cette caractéristique -vice ou vertu ?- se révélerait-elle utile en temps voulu. Pour l'heure, il n'avait jamais eu de rixe avec un supérieur à ce sujet.

"Enfin, nous verrons bien. De toute façon, la situation nous échappe en grande partie. Nous sommes des pions, finalement. Notre influence est minime. Pas nulle, certes. Mais si faible ..."

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De Defectu membrorum (2) [Aditya]

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