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Agnus Dei


Agnus Dei Empty
Jeu 14 Mar 2019 - 13:16
Depuis l’enterrement de Koda, je ne pouvais m’empêcher de penser à Miyuki. De trois ans ma cadette, elle devait gérer seule avec sa mère la perte de son père. Elle était entrée à l’académie au moment où j’en étais sortie, elle avait jamais eu la chance de recevoir les enseignements de notre grand-père. Malgré cela, grâce à l’éducation de ses parents, elle avait réussit à atteindre un niveau impressionnant. Incapable de m’en rendre compte avant, je réalisai désormais que son potentiel aurait pu être bien plus exploité si je n’étais pas née avant elle. Si je ne voulais pas la charger d’un fardeau pour lequel elle était encore trop jeune pour le soutenir, elle risquait de devenir le dernier espoir de notre branche du clan si la mort venait me cueillir. Entraîner Miyuki personnellement était une tâche que je ne méritais pas encore d’accomplir, mais je ne pouvais pas non plus ignorer les dernières demandes de Koda. Il voulait que je protège notre famille et cela devait aussi en passer par là.

J’avais donc pris l’initiative d’en discuter avec Rukya, ma tante. Bien que je passais déjà pas mal de temps en compagnie de sa fille pour l’aider à apprendre ses cours de l’académie, je fus très surprise de la voir accepter sans le moindre doute. Comme ma mère, Rukya n’avait jamais reçu de formation Samouraï, mais cela ne l’empêchait pas d’admirer le Bushido et les traditions familiales. Eiseinin compétente, elle comprenait également l’importance des entraînements rudes et réguliers.

Ce fut donc habillée de ma tenue d’entraînement habituelle que je me rendis à leur demeure pour récupérer Miyuki pour notre première session. La voir sortir de chez elle dans une tenue similaire, un daishō à la taille, me fit avoir les larmes aux yeux. Je compris alors soudainement les nombreux regards emplis de pitié que je recevais depuis que j’abordais le bandeau du village. L’idée de précipiter le moment où elle allait devoir partir en mission et affronter toutes les horreurs de ce monde me glaçait le sang, mais ce n’était pas une raison pour ne pas poursuivre. Les horreurs de ce monde lui avaient déjà pris une bonne part de sa famille et elle allait devoir y faire face comme tout le monde. Lui donner les armes pour être en mesure de protéger les siens ne pouvait être une mauvaise idée.

— Salut Hisa, je suis prête.


Malgré le sourire sur son visage, je ne pouvais que distinguer la tristesse dans ses yeux. La perte de Koda était encore vive dans nos cœurs, mais je ne pouvais imaginer ce qu’elle pouvait ressentir.

— Salut Miyuki, cela fait plaisir de te voir, allons-y dans ce cas.


Miyuki semblait tout aussi gênée que moi. Nous n’avions pas eu le temps de discuter réellement depuis l’incident et malgré les liens qui nous unissaient, il était difficile de passer outre la raison qui nous amenait à nous entraîner ensemble.

— Dis Hisa, tu crois que papa est content d’avoir pu mourir au combat ? J’essaie de l’être pour lui, mais il me manque trop...

Sa question innocente me déstabilisa totalement. Lorsque la philosophie guerrière des Samouraïs s’opposait à l’innocence de la tendre enfance, il était difficile de me contenter de réciter ma doctrine pour la consoler.

— Je ne sais pas Miyuki, c’était ce qu’il cherchait, mais je pense qu’il aurait préféré pouvoir passer plus de temps avec toi et ta mère. Être Samouraï, c’est devoir faire des sacrifices pour défendre ses valeurs et les siens et il n’y avait pas de meilleur Samouraï que lui.

Elle baissa alors la tête, toujours aussi triste.

— Mais moi, je voulais juste qu’il soit là avec nous, c’est injuste...

Passant mon bras autour de ses épaules, je la serrai contre moi, partageant ses larmes en silence pendant un moment.

— Ce monde est rempli d’injustice et ton père faisait ce qu’il pouvait pour changer cela. Je ne serais peut-être jamais capable de l’égaler, mais je me bats tous les jours pour suivre son exemple.

— Je ne veux pas que tu meures aussi, pourquoi c’est à vous de vous battre ?


— C’est ça être Samouraï, je mourrais pour rendre ce monde meilleur, car il ne faut pas attendre des autres ce qu’on peut faire soi-même. Mais je m’entraîne avec rigueur pour faire en sorte que cela arrive le tard possible. Je vais aussi m’assurer que tu deviennes la plus forte possible pour te permettre de protéger toi aussi tes proches le moment venu.


Le génie des membres de notre famille n’avait rien de génétique. Nous ne devions notre force qu’à l’intensité et la fréquence de nos entraînements. Miyuki et moi-même avions eu un sabre placé dans nos mains depuis que nous étions capables de comprendre de quoi il s’agissait. Chaque génération réussissait ainsi à atteindre l’excellence très jeune, au dépens d’une jeunesse sans innocence.

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