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Yanosa Gaiden - Le Centre


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Ven 15 Mar 2019 - 17:24

La pluie battante et glacée s’abattait sans distinction sur les têtes dénudées qui composaient la petite procession. Le bruit des bottes sur les lattes de bois parvenaient à peine à percer au travers du brouhaha provoqué par les éléments déchaînés, sous lesquels la trentaine d’hommes et de grands adolescents avançait en cadence, en file indienne, comme un troupeau qui se menait lui-même à l’abattoir. Pas tout à fait de lui-même, cependant, si l’on prenait en considération la présence du sergent, immobile de l’autre côté de la large cour à ciel ouvert, et surtout aux archers, postés chacun dans l’une des trois tours de guet qui cerclaient ladite cour. Peu de choses différenciaient la scène de ce dont on aurait pu être témoin dans un bagne ou un pénitencier, si ce n’était pour les fers, absents, et l’uniforme, propre aux jeunes recrues en devenir de l’armée régulière. Et au milieu de cette procession, lente et inexorable, se trouvait le jeune Yanosa. Ses cheveux rouges trempés tombaient autours de son visage serré et masquaient un regard particulièrement haineux à destination des figures d’autorité qui l’entouraient. Tous ses sens étaient aux aguets, prêts à réagir à tout et n’importe quoi. Car tout pouvait effectivement se produire dans cette cour : rares étaient les occasions comme celle-là pour les détracteurs du jeune fils de riche de passer à l’action en passant leurs nerfs sur lui.

En quelques semaines passées à trimer dans ce centre, les origines de chacun avaient fini par être mises au jour, et les siennes avaient donné l’excuse et l’occasion rêvées à certains pour se regrouper contre le bouc-émissaire idéal. Beaucoup des pensionnaires du centre provenaient en effet de milieux modestes voire tout à fait pauvre, et avoir sous la main un jeune de la haute était une aubaine pour eux avec de pouvoir évacuer la pression et la frustration du quotidien de ce sinistre endroit. Et ce jour-là, Yanosa pressentait que ces grouillots allaient vouloir passer au niveau supérieur des brimades auxquelles il avait déjà du s’habituer. Et les faits lui donnèrent en effet raison, puisque dans son dos, à deux rangs d’écart, se tramait la première d’une longue série d’attaques.

Son initiateur brisa soudainement les rangs, surin au clair, et poussa son complice de devant contre le dos del ‘Oterashi pour faire diversion. Mais plutôt que de le surprendre, la manœuvre eut plutôt pour effet de confirmer les soupçons de Yanosa, qui réagit aussitôt. Pivotant pour attraper le projectile humain qui menaçait de le faire chuter, il le projeta sur le côté sans ménagement pour s’en débarrasser, mais pas assez vite pour pouvoir éviter le surin qui dardait vers son flanc. Le fragment d’acier lui érafla les côtes sans toutefois le transpercer, lui épargnant une blessure grave grâce à sa réaction rapide mais tailladant son uniforme et sa chair. Ce fut là la première fois que l’Oterashi fut blessé par une arme blanche. Et ce fut également ce jour-là que le jeune adolescent déshérité dut apprendre à se battre avec ses tripes. Immobilisant le bras armé de son assaillant, et alors que la file indienne se démantelait bruyamment pour former une troupe de spectateurs, il asséna instinctivement un violent coup de tête dans le nez de celui-ci, le faisant reculer et vaciller sur plusieurs mètres. Sur le côté, une autre recrue décida alors de passer à l’action, chargeant Yanosa dans le ventre et le faisant tomber à terre sur le coup, dans la terre détrempée qui jouxtait le chemin balisé de planches de bois.

Profitant de sa position dominante, il frappa alors une fois, puis deux fois au visage, comme animé de la ferme volonté d’abîmer le joli faciès de l’Oterashi. Ce dernier parvint toutefois à garder ses esprits et s’accrocha à l’uniforme de ce second assaillant pour l’attirer à lui, ceinturant peu à peu sa nuque et le privant de tout élan. Jouant des hanches pour se dégager, il frappa plusieurs fois les tempes de ce grouillot à califourchon sur lui et le repoussa sur le côté avec son pied avant de chercher à se relever aussi vite que possible. A peine y arriva-t-il qu’un troisième larron s’approchait de lui, poing tendu vers l’arrière : pris dans un torrent d’adrénaline, la pluie battant dans ses yeux presque cachés par ses cheveux recouverts de boue, Yanosa para maladroitement , se tordant le poignet, mais riposta pour de bon avec un uppercut qui fit bruyamment claquer les dents de ce troisième assaillant, refroidi sur le coup. Le jeune homme aux cheveux rouges se tourna alors de tout côté, les jambes fléchies, tel un félon prêt à bondir sur quiconque s’approcherait trop de lui. A ce moment, seule la recrue au surin osa s’avancer, lame de fortune à découvert, et alors que les deux mâles semblaient sur le point de se jeter l’un sur l’autre, une flèche vint se planter au sol, à équidistance des deux protagonistes.

Au loin, le sergent vociférait des ordres et des menaces, sans toutefois bouger du perron où il était posté, à l’abri de la pluie. Yanosa regarda en l’air, vers la tour de guet, observant l’impassibilité de l’archer qui venait de tirer. En plus du reste, c’est également ce jour-là que l’Oterashi comprit que s’il n’y prenait pas garde, alors il pourrait très bien mourir ici. C’était la loi du plus fort, la loi de l’omerta, du silence, du plus malin. Ce qui arriverait dans ce centre resterait dans ce centre, et il n’y avait guère que sur lui-même qu’il pourrait compter pour rester en vie et ne pas finir poignardé ou noyé dans la boue.
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Sam 16 Mar 2019 - 15:17
Une nuit de plus au dortoir. Yanosa exécrait ce moment et cet endroit plus que tout. Lui pour qui la liberté de mouvement, fusse-t-elle nocturne, revêtait une importance toute particulière, être ainsi contraint de dormir en un lieu et à une heure définis était un outrage absolu. Mais davantage que la privation de liberté, c’était le danger qui obsédait à présent l’Oterashi. Celui qui l’avait agressé à l’arme blanche il y avait de ça deux jours était toujours à l’isolement : une punition bien moindre pour ce qu’il avait tenté de faire. Mais l’inévitabilité de son retour rongeait malgré tout le sommeil de Yanosa, retardant son arrivée et interférant dans son bon déroulement, de sorte qu’il passait depuis des nuits fort désagréables. Ce soir-là, on n’entendait que les bourrasques de vent qui frappaient les toitures du dortoir. Un silence tout relatif, entrecoupé de quelques mouvements de couverture. Le sommeil tardait à venir pour le jeune Oterashi, mais la fatigue finit par avoir raison de lui : ses paupières se fermèrent lentement, jusqu’à ce que le noir total finisse par envahir son esprit. Yanosa ignorait combien de temps il dormit ainsi. Ce qui était sûr en revanche, c’est que son réveil fut tout sauf naturel.

Il sentit tout à coup une obstruction sur sa bouche, qui manqua de le faire suffoquer. Se réveillant en sursaut, ses épaules furent ramenées et plaquées contre son matelas par plusieurs mains. Ses yeux avaient beau s’écarquiller autant qu’il leur était possible, ils ne perçurent rien d’autre que de vagues silhouettes sombres dans l’obscurité. Se débattant immédiatement de toutes ses forces, l’Oterashi sentit son pied frapper un visage, puis comme une avalanche de bras, de coudes et de genoux s’amoncela sur lui pour le garder sous contrôle. En plus de celui qu’il avait plaqué sur la bouche, Yanosa sentit d’autres drapés l’enserrer au torse et aux jambes, certainement fermement tendus vers le bas par ses tortionnaires, l’empêchant fermement de bouger. Puis vint le déluge.

Un déluge de coups, secs et puissants, dont l’Oterashi n’aurait pas su identifier l’origine si des volutes de savon ne s’étaient pas échappées des armes improvisées de ces grouillots, faites d’un simple savon enroulé au bout d’une taie d’oreiller. Des fléaux contondants de fortune qui servirent à ses tortionnaires pour le rouer de coups avec toutes les forces et la haine dont ils étaient capables. Le jeune Yanosa voulut crier et hurler, mais seuls quelques sons étouffés émergèrent du drap. Son torse, ses épaules, ses jambes,… Aucun endroit ne fut épargné à part son visage, sans aucun doute pour ne pas laisser de trace trop ostensible. Pendant ces instants interminables de souffrances physiques et psychologiques, le déshérité oscilla sans cette entre peur, colère, désespoir et sentiment profond d’injustice. Mais alors que la tirade de coups touchait à son terme, c’est une rage insondable qui finit par l’emporter… coupée nette par un violent coup à la tempe qui le plongea dans un sommeil forcé.
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Sam 16 Mar 2019 - 15:17
Le lendemain, Yanosa se réveilla peu après le reste de la troupe. Son corps tout entier n’était plus qu’une immense ecchymose, et se redresser lui demanda des efforts incroyables. Il faillit défaillir, s’écrouler en sanglots, mais il se ravisa, pensif. Il ne pouvait pas laisser ça se reproduire, plus jamais. Il n’était pas n’impote qui : il avait des envies, des ambitions, une fierté. Lorsqu’il parvint à finir d’enfiler son uniforme et de se préparer dans le dortoir vide, Yanosa s’élança vers la sortie, les idées bien au clair, pour rejoindre la troupe certainement en train de profiter de la cour avant le début des enseignements du matin. Les regards portés sur lui lors de son irruption à l’extérieur en dirent long, mais pas à un seul moment le jeune Oterashi ne s’arrêta d’avancer. Cela ne lui avait pris qu’une fraction de seconde pour identifier sa première cible : un grand gaillard à l’arcade éclatée qui ne présentait, de mémoire, aucune blessure à cet endroit la veille, et qui n’avait donc pu se blesser que dans le courant de la nuit. Au hasard, en se trouvant sur la trajectoire d’un pied très agité par exemple… Voyant Yanosa approcher, le gaillard et certains de ses comparses se retournèrent légèrement vers lui, l’air ricanant.

Ils cessèrent cependant rapidement leurs esclaffes lorsque, tout à coup, le jeune Oterashi qui venait d’accélérer se retrouva à leur hauteur, le poing armé. Le grand gaillard prit le coup de plein fouet dans les dents et fut propulsé en arrière, tandis que Yanosa préparait déjà son coup suivant. L’une des recrues qui l’avait sans doute molesté cette nuit lui attrapa un bras pour le contraindre… et fut violemment renvoyé dans les cordes avec un coup de tête sauvage de la part du déshérité. Le pugilat était engagé, et aucun de ceux qui avaient agressé Yanosa ne manqua d’y participer. Ce dernier, quand à lui, mit un point d’honneur à leur rendre la monnaie de leur pièce, et au centuple quand cela était possible. L’Oterashi entra rapidement dans un état de rage folle : il frappa, cogna, bouscula, brisa,… En représailles, bien sûr, il prit également de nombreux coups, mais la douleur de ses ecchymoses saturait déjà ses nerfs, et bientôt, ce ne furent pas moins d’une demi-douzaine de grouillots qui se virent réduits à ramper au sol pour tenter de s’éloigner du petit maelström .

Yanosa criait et hurlait de colère : c’était la première fois qu’il vivait quelque chose d’aussi intense, qu’il ressentait quelque chose jusque dans ses os. Une sensation horrible et exquise à la fois, alimentée par chaque coup qu’il donnait, à chaque articulation qu’il brisait. Il ne se reconnaissait plus, et à la fois avait l’impression de se découvrir. Ce ne fut que lorsqu’il vit distinctement le visage en sang et tordu par les fractures qu’il tenait par le col que le jeune fou furieux sortit de sa transe. Il stoppa son dernier coup de poing en immobilisant son bras en l’air, exténué, avant de le laisser tomber à son côté. Rejetant sa dernière victime à peine consciente, il jeta un coup d’oeil tout autours de lui, « admirant » son œuvre macabre, et aperçut les archers dans leur tour, immobiles, mais une flèche encochée dans la corde de leur arc, prête à venir le transpercer. Le mitard l’attendait certainement, lui aussi, mais peu importaient les conséquences de ce qu’il venait de faire. Il le referait, si nécessaire. Jusqu’à ce que tous comprennent qui il était.
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