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L'art de rien - bis


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Ven 5 Avr 2019 - 19:11
Suite de l'Art de rien
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Mu par sa propre démence, Shisei déambulait dans les couloirs de l'hôpital, habillé par la mythique blouse fesses-à-l'air, et armé d'une tentacule d'encre au bout de son bras. Ce soir là, il n'était plus qu'un sicaire aveugle, forcé à l'obéissance par le sceau de ses maitres passés, il errait comme un chien de chasse battu, plus craintif que docile et absorbé par l'âme qu'il devait faucher.

Tandis qu'il remontait le couloir vers sa proie, le bruit d'une silhouette suiveuse l'obligea à la prudence. Aussi préféra-t-il abandonner sa chasse un instant et bifurqua au détour d'un virage. Son dos plaqué contre le mur, ses tatouages toujours actifs, il laissait ses sens percevoir l'approche de l'inconnu curieux. "Pas de témoin" lui avait-on dit. "Pas de trace", sinon celle du vieillard étouffé.

Conscient du fil qu'il allait trancher, celui d'un innocent, Shisei sentit le poids d'une âme supplémentaire alourdir son cœur déjà noirci. Les défunts passés n'offriraient jamais son esprit au répit du juste, la souffrance resterait pour toujours ancrée au plus profond de son être, alors il se résigna à un acte impardonnable et irréversible. Encore. Son souffle se fit taiseux. Il arma son bras, prêt à fouetter au visage le dommage collatéral de sa tâche première.

Les traits marqués par la repentance, le visage du trentenaire se tordait des regrets d'un péché inévitable lorsqu'une petite silhouette apparut au croisement des deux couloirs. La tentacule vola alors dans sa direction d'une frappe à bout portant.

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Lun 8 Avr 2019 - 18:27

L'art de rien - Bis.


L’hôpital. Sa maison, son antre, le témoin de ses plus belles expériences et de certains de ses plus beaux souvenirs. Sa première chirurgie, sa première grande histoire avec un scalpel, tous ces beaux moments que tout le monde retient, que tout le monde a pu vivre, dans un autre contexte ou avec d’autres histoires. Chiaki progresse, dans les sombres couloirs de l’hôpital. C’est sombre, c’est calme, c’est bien. Un hôpital a toujours de belles choses à cacher pendant la nuit. Des récits d’opérations difficiles mais réussies, des retrouvailles entre un patient et son entourage … Des moments qui suscitent des sourires, qui mettent du baume au cœur, qui rappellent que l’humanité n’est pas qu’un mot. La joie se trouve souvent au bout du tunnel … Ou au bout du couloir.

Un mouvement, un bruit, quelque chose d’inhabituel attire son attention. Dans le noir, la forme ne se manifeste pas directement et Chiaki se fait heurter par cette chose qu’elle ne parvient pas à voir. La force la repousse sur quelques mètres. Son hôpital. Sa maison. Son antre. Et ça ? La brune récupère ses esprits aussi rapidement que possible et secoue la tête. Pas de temps à perdre. Elle charge en direction de ce qui l’a heurtée, jusqu’à atteindre quelque chose … Ou plutôt, quelqu’un. Sans réfléchir, avec son hyperforce, Chiaki se jette dessus et le plaque contre le mur, l’avant-bras contre sa gorge.

« Vraiment ? Dans un hôpital ? »

Elle soupire longuement. Il n’y a pas trente-six solutions dans ce genre de cas, Chiaki ne le sait que trop bien. Elle ne relâche pas la pression contre sa gorge. Petite, certes, plus petite que lui, mais pas effrayée, pas un instant. La brune fixe le trentenaire qui lui fait face.

« Soit vous vous arrêtez de suite et on discute, voir ce qui vous arrive et si je peux vous aider ; soit vous vous comportez comme un trouble-fête, qui s’est trouvé au mauvais moment, au mauvais endroit, et dans ce cas je vais devoir vous botter le cul. Vous préférez quoi ? »

L’un ou l’autre convient à Chiaki, à vrai dire. Mais est-ce que ça convient aussi à cet homme ? Ou alors, y a-t-il autre chose que la chirurgienne ne sait pas encore ? Enfin. Qu’elle le sache ou non, de toute façon, s’il fait un seul mouvement de travers, elle ne réfléchira pas. Les gens oublient un peu trop souvent qu’on ne met pas le bordel dans un hôpital, jamais.
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Mar 16 Avr 2019 - 18:31
Shisei, dont les pupilles dilatées à l'extrême regardaient sans vraiment voir, s'étonna de la force inattendue de l'enfant.
-"Pu-tain.. qu'est ce qu'il vous file à becter à la garderie, sérieux !?" La grimace d'une gorge prisonnière s'étira finalement en un sourire malsain. La tentacule était toujours accrochée au bras du trentenaire et vola dans l'estomac de la jeune fille pour alléger la pression, suivi d'un coup de pied pour s'en dégager totalement.

-"Il n'y a jamais eu d'hôpital à Shitaderu." Cracha-t-il à l'inconnue avant de s'enfuir vers sa véritable proie. La cible, cause de tout ce cirque, poursuivait son chemin au bout du couloir sans souffrir du moindre obstacle, comme un irréel invisible aux yeux de la naine insolente. Une insulte au Suzuri qui pensait l'avoir tuée une première fois, un revers du destin qui se jouait de lui du mépris des immortels.

La silhouette du poursuivit comme celle du manieur d'encre se balançaient d'une course folle entre les brancards et matériels médicaux sans pour autant les toucher. Mais le trentenaire, rompu à ce genre d'exercice, prévalait dans la chasse féline d'ombres agiles. Au second couloir, l'écart s'était réduit à une portée de bras, qu'il engloutit d'un bond. Ils roulèrent au sol et, dans la fluidité du mouvement, Shisei enfonça l'encre de sa tentacule dans le crâne du malheureux.

Vu de l'extérieur, il n'y avait qu'une seule et unique forme, celle d'un dément blotti dans la pénombre d'une coursive mal éclairée, celle d'un fou se débattant avec un traversin fourré de plumes et tâché d'encre. "Meurs ! Meurs !" Répétait son esprit à travers le grincement de ses mâchoires, où chaque nouveau coup ajoutait au mélange la noirceur d'un égarement ne pouvant être ignoré. Son âme, même troublée dans la honte de ses morts passés, ne bénéficierait ni de l'oubli ni du pardon.

Car derrière lui approchait le bottage de cul, haut comme trois pommes, certes, mais inéluctablement douloureux... .

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Jeu 18 Avr 2019 - 1:58

L'art de rien - Bis.


Le choc dans son ventre la fait suffoquer. Elle relâche la pression exercée sur la gorge du trentenaire, qui se met à courir. Chiaki reprend doucement ses esprits, alors que son cerveau connecte les quelques neurones qui ont travaillé pendant que les autres s’affairaient à la maintenir éveillée. L’homme vient de dire qu’il n’existe pas d’hôpital, premier problème, mais, surtout, il a parlé de Shitaderu. Et là se trouve le second problème. Quelque chose que la chirurgienne ne peut donc pas ignorer. Cet homme n’est probablement pas maître de son esprit, quelque chose de particulièrement drôle doit se dérouler tout là-haut. Enfin, drôle, vu de l’extérieur. De l’intérieur, la sensation doit être affreuse.

Chiaki s’est remise à courir pendant cette réflexion, sans prendre le temps de faire attention au décor. Les brancards esquivés par l’intrus sont presque tous cognés par la demoiselle, qui ne s’excuse même pas de tout ce tintamarre. Elle est occupée, l’ordre et le calme reviendront après. La brune, incapable de se calmer et bien trop intriguée – et légèrement énervée – par cette situation, avance à toute vitesse en direction de l’homme qui, désormais, ne court plus dans les couloirs.

Lorsque la chirurgienne l’atteint, il est seul et livre une bataille sans merci avec un … Chiaki regarde attentivement, tant elle peine à discerner la forme qu’il maintient, complètement couverte d’encre. Il s’agit d’un pollochon. Donc, la fameuse cible est … non … La Chûnin soupire et s’approche de l’homme. Elle lui arrache le traversin des mains et le fait voler jusqu’au bout du couloir, à l’opposé.

« Ça suffit ! »

Elle se saisit de l’homme au sol et le soulève, grâce à la merveilleuse force offerte par les anabolisants de la garderie – ou simplement par sa maîtrise de son chakra médical. Ses prunelles se mêlent aux siennes. Il n’a pas vraiment l’air d’être là … Ou peut-être ? Chiaki débute l’examen par une claque. Une bonne petite gifle qui devrait lui remettre les idées en place.

« Je vous avais dit de cesser votre bordel, non ? »

La brune lâche l’inconnu et le fixe un instant. Il n’est pas vraiment là. Mais comment le faire revenir ? Comment le forcer à sortir de sa torpeur, ou n’importe lequel de ces états dans lequel il se trouve ? Il n’a pas l’air plus présent que précédemment. Bon. Chiaki décide de lui en coller une nouvelle, plus forte, de l’autre côté.

« Shitaderu, c’est révolu, mon vieux. »

La chirurgienne hausse les épaules.

« Nous sommes ici à Kumo, dans le grand hôpital. Vous mettez donc le foutoir dans un hôpital, oui. »

Contrairement à la folle envie dictée par son cerveau de croiser les bras sur sa poitrine, Chiaki décide de se mettre dans une posture plus … défensive. Une posture à-même d’accueillir les prochaines offensives de la part de son adversaire, s’il décide de suivre cette voie.

« Soit vous êtes sacrément ivre, dans ce cas je dois vous enfermer dans une chambre, soit vous souffrez de délire. Dans ce cas, je dois faire la même chose. Sinon, je peux repartir sur mon idée initiale et vous mettre des claques encore et encore jusqu’à ce que vous reveniez sur notre planète. Enfin, je dis claques … »

Chiaki sourit, malicieuse. Une bagarre dans un hôpital, pas très éthique, hein ?

« Je peux très bien vous flanquer autre chose de plus brutal, si vous ne coopérez pas. »

Au diable l’éthique quand une menace court dans les couloirs, finalement. On ne laisse pas opérer un méchant impunément. On l’arrête. Et on le boxe s’il ne se laisse pas faire.

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Lun 6 Mai 2019 - 20:10
Kumo. Le mot tonna dans l'esprit endormit du trentenaire pour le renvoyer à la réalité du présent. Ses pupilles s'adaptèrent à la clarté de l'instant et l'absurdité de sa position, à califourchon sur un traversin. La jeune fille ne manquait pas de caractère et les quelques coups reçues suffisaient à en démonter la force, bien au-delà de celle du tatoué.

-"Je... c'est..." Il n'avait ni explications à fournir ni excuses. "Je m'appelle Suzuri Shisei." Parvint-il à articuler, l'esprit encore troublé par une mémoire défaillante. Sa précédente mission l'avait affecté plus qu'il ne l'avouerait vraiment et le repos évoqué par la jeune médecin lui apparut tout indiqué.

-"Qu... tu... Ai-je blessé quelqu'un ?" La crainte de l'irréparable le terrifiait pour une seule et unique raison : l'amnésie qui lui voilait la dernière heure. Et sur l'expression de perdu qui déformait son visage, les tatouages du Suzuri se figèrent en une histoire sombre. L'encre marquait sa peau des allégories de sa propre vie, celle d'un chien de garde, dominé, asservi.

-"Je m'en remets à toi." Ses mains s'étaient levées, les poignets côte à côte, parfaitement conscient de devoir assumer les conséquences, quels que fussent ses actes. Tandis que ses tatouages poursuivaient leur triste aveu d'une vie d'erreurs.


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Mar 14 Mai 2019 - 17:26

L'art de rien - Bis.


Le retour à la réalité. Il tombe de son perchoir illusoire et s’écrase mollement, face contre terre. Chiaki le fixe. Il s’est arrêté, il est redevenu lui-même. Mais qui est « lui-même », au final ? Suzuri Shisei. Les prunelles émeraudes le détaillent longuement. Son air ébahi, complètement perdu, indique à la chirurgienne que tout ce bazar n’était pas volontaire. Il revient progressivement à lui, demande s’il a blessé quelqu’un. Un sourire étire doucement les lèvres de la brunette. S’il a blessé quelqu’un, hein ? Ahah. L’encre revient à son propriétaire et anime ses bras d’une histoire que la demoiselle ne parvient pas à comprendre. Cet homme porte les stigmates de sa propre histoire, que la Sentetsu ne peut qu’observer, pour le moment. Un soupir, puis elle le regarde lever les mains en guise de reddition. Chiaki soupire. Décidément, sa vie ici aura eu son lot de surprises …

« Ne vous en faîtes pas, Shisei. Vous n’avez blessé personne, à part ce pauvre traversin. »

Malicieuse, la Sentetsu n’aurait pu passer à côté d’une telle opportunité pour lui taper doucement sur le coin de la tête. Une petite boutade, rien de bien méchant. Surtout que, maintenant, la brune va devoir s’occuper de lui comme d’un patient comme les autres, alors qu’il n’est probablement pas venu pour cela à l’origine. Chiaki s’approche doucement et tend la main, pour attraper la sienne et l’inviter à se relever.

« Venez, je vais vous emmener en salle de consultation. Nous allons nous assurer que tout va bien. Vous me raconterez tout ce qui ne va pas, d’accord ? »

La brune attend que l’homme se relève et remet sa blouse en ordre. Quelle étrange rencontre, tout de même. Il aurait pu se perdre n’importe où, piquer sa crise dans des endroits plus saugrenus encore, mais non. Il est tombé sur Chiaki, dans l’hôpital. L’avantage, c’est qu’il n’ira pas en prison pour démence, il ne sera pas suspecté de quoi que ce soit et il ne risquera rien. La chirurgienne tient bien trop au secret médical pour révéler ne serait-ce que la moitié de ce qu’elle a vu et de ce qu’elle verra. Néanmoins, cette irruption lui fait penser qu’une unité médicale spécialisée dans la psychologie humaine ne serait pas forcément une mauvaise idée. Ouvrir l’hôpital à des disciplines plus nombreuses, spécialisées dans un domaine différent … Peut-être qu’ils sauveraient plus de vies encore ? Les prunelles émeraudes viennent chercher le trentenaire et se déposent doucement sur lui, bienveillantes.

« Ne vous en faîtes pas, d’ailleurs. Cela restera entre vous et moi. »

Leurs pas les mènent jusqu’à la salle de consultation, où Chiaki a l’habitude de rencontrer bien des gens. Elle pousse la porte et l’invite à entrer, avant de le suivre. Pas de dossier, pas de stylo, juste eux deux dans cette petite pièce. Une visite à l’improviste, pas notée mais nécessaire. La vie de médecin, hein ! On y voit bien des choses …
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Mer 15 Mai 2019 - 23:53

-"Oui, mais il avait insulté ma cousine !" Une pointe d'absurde venait se mêler à l'attitude du tatoué tandis qu'il secouait cette saloperie de traversin de gauche à droite. L'espace d'un instant, Shisei retrouvait la connerie qui le caractérisa durant presque trente ans, cette même stupidité et cette désinvolture qui le maintint en bas de l'échelle sociale shinobi, à la place du pion domestiqué et jetable qu'il fut et resterait. Sa blouse de patient -offrant ses fesses à la vue de tous, rappelons-le- accentua le ridicule et tua toute éventualité d'une aura charismatique.

-"T'es la p'tite Sentetsu, non ?" La question fusa lorsque leurs mains se saisirent l'une l'autre. Aucun jugement ici, simplement la curiosité d'une mémoire pas encore totalement foutue et la justesse d'un regard qui piochait les ressemblances parmi les visages rencontrés.

Rien n'allait bien. Tout n'était plus que chaos, tant dans son esprit que dans son pays. Et comme uni d'un lien imperceptible, l'un et l'autre se virent mutuellement muer en une immondice tourmentée et triste, cheminant chacun jusqu'au précipice d'un cataclysme inévitable et duquel aucun ne sortirait grandi. Ne restait alors à travers la famille de Shisei plus qu'une façade qu'il maintenait, envers et contre tout, et sur laquelle il s'accrochait comme un bateau à une bouée d'amarrage, pour s'éviter d'être emporté au large, définitivement.

La promesse de confidentialité ne fut pas nécessaire pour convaincre le trentenaire de parler. Pour une fois, une unique fois, il souhaitait alléger le poids des années cumulées et se délester de quelques aveux. La salle où l'emmena la jeune Sentetsu contiendrait donc certains de ses secrets, certaines de ses aventures passées sous silence avant que l'âge ne gâte sa mémoire, que la folie n'emporte ses pensées ou que la mort ne le rende à jamais muet.

"Que connais-tu d'avant l'unification, quels sont tes souvenirs de Shitaderu ?" Les questions tombaient et à travers elles se reflétait l'histoire du tatoué. Il prit place dans la pièce exiguë sur un petit fauteuil et s'y affala, presque abattu.

-"Mes mains sont souillées. Et pourtant, elles ont porté la vie sans une once d'hésitation." Ses yeux brillèrent des souvenirs de ses trois filles avant de se perdre dans les méandres du passé. Ses tatouages glissaient peu à peu le long de son corps puis du fauteuil pour animer les murs de l'histoire qu'il murmurait de sa voix grave et calme.

-"J'ai connu le souffle chaud, la peur et les larmes de l'amour. J'ai vécu par l'encre et le sang, mêlant l'un à l'autre jusqu'à rendre l'ensemble indissociable. Sous la chaleur du soleil du désert aux îles battues d'une houle indomptable. Des montagnes dépeuplées aux citées majestueuses, puis déchues. Je me suis usé sur les terres du Yuukan, pour le clan puis pour le village, arpentant les sentiers honteux aux relents fétides d'une mort qui fauche sans remord. Impartiale. Aucun sacrifice n'a été vécu comme tel, pas même celui d'être hanté par les damnés fauchés." Il marqua une pause, les mains posées sur ses genoux, paumes ouvertes vers le haut et dans lesquelles se noyait son regard.

-"On crèvera tous un jour, gamine, la gueule ouverte et le cul plein de fourmis. Au moins en ça, nous sommes tous égaux. Et lorsqu'il ne restera qu'un corps décharné et brisé, en partie dévoré par les vers, ils pourront se repaître de mon âme jusqu'à la dernière goutte. Personne ne peut fuir les conséquences et leur échapper éternellement, car le temps n'oublie jamais." Et de l'encre maculant les parois de la pièce surgirent silencieusement les visages gémissant des victimes de Shisei. Par ondulations successives, les traits déformés par la douleur des morts s'agglutinaient les uns aux autres en un agrégat horrifique mais inoffensif jusqu'à réduire l'espace au strict minimum.

Alors ses pupilles aussi noires que l'encre qui coulait dans ses veines plongèrent dans le regard de la jeune femme, comme pour y chercher une réponse à une question inévitable en cet enfer que constituait le monde de Shisei.

-"As-tu déjà tué, Chiaki ?"


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