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Jeu 16 Mai 2019 - 10:28

Spoiler:
 

Yanosa avait l’habitude de se lever tôt. Il affectionnait en effet particulièrement cette sensation qu’il ressentait, en voyant le village encore endormi par sa fenêtre tandis que lui était déjà fin prêt pour remplir son devoir ou aller s’entraîner. Il s’octroyait ainsi une forme d’avance un peu futile, afin de conjurer l’avance qu’il n’aurait sans doute jamais du point de vue de ses capacités de shinobi. Une compensation comme une autre, pour un guerrier qui avait découvert il y a peu l’existence d’un pouvoir enfoui en lui, prêt à s’éveiller, mais qu’il était encore incapable de convoquer comme il le souhaitait. L’Oterashi était donc un lève-tôt, mais ce « matin » là, alors que l’obscurité du printemps régnait encore il fut malgré tout pris de court par les bruits secs à sa fenêtre. Extrait de ses dernières minutes de sommeil profond, le pugiliste aux cheveux rouges se leva pour aller ouvrir le battant, ayant reconnu sans peine le code sonore des messagers. Il tendit mécaniquement la main, le cerveau encore embrumé, pour réceptionner le parchemin, et referma la fenêtre sitôt le shinobi diurne parti.

Yanosa s’installa alors à sa table et alluma la petite lampe d’appoint qui y trônait pour pouvoir dérouler et lire le parchemin de mission au plus vite. Et après une première lecture en diagonale qui avait déjà laissé un vague sourire se dessiner sur son visage, son enthousiasme fut redoublé lorsqu’il constata dans les petites colonnes en bas de page… qu’il était seul. Cette mission, elle lui avait été confiée à lui, et à personne d’autre : il en avait la pleine charge, ce qui faisait reposer sur lui toute la responsabilité de sa réussite ou de son échec, et à cette pensée, bien qu’une petite part d’appréhension se glissa en lui, Yanosa jubilait. Enfin, il aurait l’occasion de montrer à la hiérarchie ce dont lui, individuellement, était vraiment capable. Impatient, il relut attentivement les détails de son affectation pour être bien sûr de ne pas avoir raté un détail important. Puis, aussi sûrement qu’une marée qui engloutit la plage, l’Oterashi se mit à préparer ses affaires.

Le passage très, très matinal du messager fit tout à coup sens dans son esprit. Les hauts plateaux du nord étaient en effet une destination particulièrement lointaine et périlleuse à atteindre, et si il espérait pouvoir les rejoindre en un délais raisonnable, il lui fallait se mettre en route au plus vite, ce qui impliquait déjà d’emblée une longue, très longue première journée de course et de randonnée. Tout en faisant son paquetage, Yanosa mûrit mentalement son itinéraire. Il lui faudrait au moins trois jours, à bonne cadence, pour atteindre la zone où il serait susceptible de trouver la trace de ces tribus nomades, et en dépit de ses quelques dispositions sensorielles, il ignorait totalement combien de temps il mettrait pour les retrouver tout à fait. Il chargea de quoi se couvrir et camper dans son paquetage en plus de son équipement habituel, conscient des conditions météo parfois très changeantes et extrêmes dans les hauteurs, puis après avoir avalé quelques céréales compactées, se mit immédiatement en route. L’euphorie de la découverte de sa mission s’était déjà mué en détermination froide et pragmatique. Il pourrait prendre du plaisir à la remplir, c’était même presque certain, mais c’était avant tout le résultat qui était important.

Car si il espérait regagner un jour prochain ses galons de Chûnin, il se trouvait là devant une opportunité parfaite de faire bonne impression. Une occasion qui ne se représenterait peut-être pas de sitôt...
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Jeu 16 Mai 2019 - 11:23
Le périple de Yanosa, qui devait le mener sur les hauts plateaux au nord du pays, lui parut particulièrement long. Et le pugiliste aux cheveux rouges eut bon se priver de toute escale superflue, qu’il aurait pu concéder en prenant le temps de découvrir ou redécouvrir certaines cités marchandes très célèbres qui jouxtaient son parcours, il ne parvint pas à tenir les délais qu’il s’était fixé. Il ne perdait rien au change de toute façon, songeait-il. Yanosa n‘était en effet pas homme à apprécier particulièrement la foule, et son passif pour le moins tumultueux avec le monde du tourisme et de l’échange de biens et de services, domaines dans lesquels brillait sa famille depuis des générations, n’allait clairement pas l’inciter à vouloir profiter des avantages et du confort du monde « moderne ». Pour autant qu’il puisse en juger, la modernité avait en effet coûté bien plus cher à l’espèce humaine qu’elle ne lui avait apporté de vertus. Les Hommes se faisaient plus mous, plus assistés, plus sujets à la revendication illégitime et aux vices en tous genres, et plus important encore, l’Homme semblait peu à peu oublier d’où il venait. La forêt primordiale, aussi imagée qu’elle pouvait être, était une réalité implicite pour l’Oterashi, qui appréciait particulièrement cet état naturel et symbiotique que l’espèce humaine était capable d’atteindre avec son environnement. Toutes les frivolités et les digressions que la vie moderne proposait allaient clairement dans le sens opposé, et cela le chagrinait.

Car il y avait, à côté de ça, de véritables avancées à faire, liées à l’évolution de l’espèce, Yanosa en était persuadé. Il avait lu bien trop d’ouvrages, parcouru bien trop de tomes et d’essais d’auteurs plus ou moins reconnus pour se dire que rien ne valait la peine, bien au contraire. Mais le savoir, de façon générale, était une chose bien plus difficile à atteindre que la satisfaction du corps, qui allait souvent de paire avec l’anesthésie de l’esprit après lesquelles courait la plupart des gens. Après tout, quelle part de la population de Tsuchi, ou de n’importe quel autre pays d’ailleurs, pouvait affirmer lire au moins un ou deux livres par mois ? Lors de son second bivouac, sous la protection naturelle d’une inflexion à flanc de montagne, Yanosa était taraudé par ces questions, tout en parcourant quelques pages d’un carnet de voyage qu’il avait emprunté à la lumière de son feu. Il étudiait, avant de prendre un peu de repos, la topographie théorique des régions sauvages du nord où se trouvaient vraisemblablement les tribus dont il était question dans son parchemin de mission. Car en dépit du temps qu’il avait passé dans cet hémisphère du pays, il n’en avait que rarement traversé les paysages, cloîtré dans le centre militaire qu’il était à cette époque.

Parcourir ces chemin et ces montagnes avait une saveur particulière pour l’Oterashi pour cette raison précise, d’ailleurs. En un sens, il prenait sa revanche sur ce passé brutal et injuste qui l’avait forgé, tel qu’il était aujourd’hui. Car si les vérités qu’il avait du intégrer en ce temps là lui servaient bel et bien aujourd’hui, la manière avec laquelle il avait été mis devant leur âpreté lui laisserait à jamais une cicatrice, qui se faisait en quelque sorte le miroir de celle qu’il arborait sur tout le corps. Un hurlement trancha dans la nuit, tandis que le pugiliste aux cheveux rouges examinait le carnet. Il releva les yeux vers l’horizon, bien conscient que sa position était inatteignable par les prédateurs communs, et resta silencieux pour sentir l’air autours de lui. A cette altitude, les vents étaient constants, mais couvert par sa peau de bête et son abri naturel, il passerait une bonne nuit de sommeil. C’est en tout cas ce qu’il se dit lorsqu’il rangea finalement son carnet, remettant au lendemain la suite de son analyse, et qu’il se coucha sur la tapisserie fine qu’il avait déployé sur la roch

Une bien mauvaise assomption...
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Jeu 16 Mai 2019 - 13:30
Alors que les cendres de son feu étaient encore incandescentes, avant l’aurore, Yanosa émergeait à peine de son sommeil paradoxal. L’odeur de fumée lui emplissait les poumon, blotti contre les vestiges du feu qui lui avait servi à rester au chaud lors de ce second bivouac. Le ciel avait beau s’annoncer clair et dégagé, les vents tout droit sortis de la fin de l’hiver battaient encore à plein régime sur les hauteurs, ce qui donnait tout son sens à l’attirail de camping que l’Oterashi avait emmené avec lui. En matière de survie au grand air, les peaux animales étaient ce qu’il y avait de mieux. Mais alors qu’il était encore assez loin de se réveiller, un bruit rauque le tira de forces des limbes de Morphée. Plutôt qu’un ronflement, on eut cru un râle perplexe, presque benêt, suivi d’une lourde et puissante respiration. Dans la roche, de minces vibrations erratiques lui parvinrent… Et lorsque le pugiliste aux cheveux rouges arriva à entrouvrir un premier œil, il comprit immédiatement d’où provenait ces son et sensations. Il était là, à quatre pattes, se dirigeant nonchalamment vers lui en grimpant le long de la pente rocheuse qui le séparait de la forêt de conifères en contrebas, le poil hirsute et la gueule baveuse. Un ours des montagnes.

Le sang de Yanosa ne fit qu’un tour : il jaillit presque de sa peau de bête en se relevant d’un seul mouvement, reprenant vite ses appuis faiblards du mieux qu’il put, le cerveau encore embrumé. L’irruption soudaine du guerrier fit presque sursauter l’animal, qui se campa un instant sur ses pattes arrières et poussa un long grognement bestial et agressif. Instinctivement, l’Oterashi se baissa en fléchissant les genoux : si la bête le chargeait sans crier gare, il fallait à tout prix qu’il puisse réagir au plus vite. Mais pendant un instant, revenant sur ses quatre pattes, l’ours sembla hésiter, le jauger, faisant quelques pas sur le côté.

« Hé là… J’ai rien contre toi mon gros… Va t’occuper de tes petits… Allez... »

Toute la bonne volonté du monde ne pouvait pas permettre à Yanosa de parler la langue animale, aussi proche qu’il se voulait de la nature et de ses créatures. Telle était sa loi, son règne, sa réalité. Car lorsque deux être vivants se croisaient, qu’ils soient de la même espèce ou non, la violence restait la base de tous les rapports qu’il pouvaient entretenir. Et cela se vérifia, tandis que la bête stoppait son mouvement pour se remettre à nouveau sur ses pattes arrières, plus férocement encore qu’auparavant, annonçant maladroitement sa charge.

« Fais chier… ! »

La masse de muscle et de graisse fonça sur lui. Pas assez vite, heureusement, pour prendre de court ses capacités de shinobi : le pugiliste attendit le dernier moment pour se propulser sur le côté pour contourner la créature et dégaina un kunai qu’il planta aussitôt dans le dos de l’ours, qui hurla de douleur et se cabra en arrière en tournant violemment. Un revers de patte frappa l’Oterashi au flanc, le faisant valdinguer dangereusement vers le bord de la pente rocheuse. La créature chargea de plus belle, laissant à peine le temps à Yanosa de se redresser. Succombant à ses instincts de pugiliste averti, et en marge de toute raison, il se propulsa alors en l’air vers avant, projetant son genou sous la mâchoire de la bête pour couper nette sa course et la sonner. Tout en se réceptionnant, il abattit alors ses mains jointes en un marteau de chair sur la tête de l’animal, qui émit des grognements plaintifs toujours chargés de colère bestiale. Puis alors que les pattes létales de l’ours se faisaient menaçantes, la raison revint à l’esprit de l’Oterashi, qui sauta loin vers le haut pour fixer ses pieds chargés de chakra à la paroi rocheuse qui les surplombait à la verticale. L’ours le chercha un instant en reniflant, relevant soudainement la tête pour le trouver perché là, quelques mètres au-dessus de lui. Il se remit alors sur ses pattes arrières, apparemment toujours aussi désireux de dépecer sa proie désignée.

« Pas aujourd’hui, mon gros !! »

Dans ses pieds, le guerrier rouge fit circuler une nouvelle vague de chakra : il se propulsa alors droit vers l’ours, le pied en avant, dans un mouvement spectaculaire et aérien au taux de réussite très faible contre des adversaires humains. Mais les ours manquant de savoir martial, il fit ici parfaitement mouche, et le plat du pied de Yanosa arriva à toute vitesse et à pleine puissance en plein dans la tête de l’animal, qui fut propulsé en arrière et commença à rouler le long de la pente tout en émettant de petits grognements abattus. Et lorsqu’il put se rétablir à peu près et jeter un regard contrit vers le haut, il put voir Yanosa, debout au bord de la crête. Et sans demander son reste… il détala alors en direction de la forêt en descendant toutes les parois qu’il avait pris la peine d’escalader pour l’atteindre. Essoufflé, le pugiliste n’en restait pas moins satisfait de l’issue.

« Oué… c’est ça… retourne à ta petite vie tranquille… Y en a ici… qui ont du boulot. »

La réalité de sa mission le rattrapa. Il devait faire vite pour éviter qu’une guerre n’éclate au nord. Après avoir rapidement rassemblé ses affaires, il reprit donc son périple.
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Jeu 16 Mai 2019 - 17:35
A l’aube du quatrième jour de voyage, l’urgence se faisait de plus en plus pressante pour Yanosa. Livré à lui-même dans les territoires sauvages de l’extrême nord de Tsuchi, où les voies commerciales étaient réduites au minimum et où les villes et villages se faisaient de plus en plus éloignés, voire tout à fait ostracisés, il ne pouvait compter que sur lui-même pour retrouver la trace des caravanes de nomades qui croisaient dans la région, et qui menaçaient d’entrer en guerre les unes contre les autres. L’Oterashi, lorsqu’il commença à arpenter les sentier pentus et périlleux de la haute montagne dès le petit matin, reprit une nouvelle fois conscience de cette responsabilité qui lui échouait, et des conséquences en cas d’échec de sa part. Car au-delà de la tâche particulièrement sombre que cela ajouterait à son dossier, si des tribus nomades en venaient aux mains et qu’une partie même infime du peuple de Tsuchi s’en trouvait menacée, alors le pays s’en retrouverait affaibli. Et chaque craquelure de ce genre, à l’échelle internationale, pouvait compter à un moment ou à un autre.

Scrutant les paysages presque entièrement vierges de toute trace humaine, le guerrier à la toison rouge s’ouvrait à toutes les sensations que pouvaient lui retourner ses sens. Odeurs, vibrations dans le sol, aura de chakra, même ténue,… Sa capacité à filtrer toutes ces informations et à les recueillir était encore limitée, mais il s’entraînait sans relâche à développer ces facultés, et si il y avait bien un moment pour améliorer son niveau, c’était maintenant, alors que les enjeux étaient bien réels et tangibles. Et à force de persévérer, tout en progressant sur les crêtes escarpées, Yanosa finit par sentir quelque chose. Une odeur, en l’occurrence, sans doute portée par le vent, et qui recelait des senteurs fumées de gibier, d’épices et de peau. Un être humain, sans aucun doute, mais serait-il un membre de l’une des tribus qu’il recherchait ? Dans ces régions, il y avait de grandes chances, mais c’était malgré tout quitte ou double. Tentant le tout pour le tout, le pugiliste chargé de son paquetage et recouvert de sa peau de bête pour lutter contre le froid de l’altitude décida de remonter le flux de ces senteurs particulières, vers ce qui semblait être un python rocheux dans le lointain. Mais alors qu’il restait fixé sur cette aura de plus en plus distinguable, une autre odeur quelque peu similaire lui parvint tout à coup, en déplacement rapide depuis les crêtes qui se trouvaient plus à l’est. Et elle semblait se diriger droit vers la première aura qu’il avait détecté.

Il força le pas, sautant et voltigeant, jusqu’à ce que bientôt les deux entités qu’il avait identifié se transforment en être humains tout ce qu’il y avait de plus visibles. L’un d’eux, le premier, emmitouflé dans des peaux et trimballant quelques petits mammifères morts certainement prélevés sur des pièges, semblaient assez distinctement fuir le deuxième homme, qui arborait des décorations faciales très différentes et un style vestimentaire qui tranchait également avec le premier individu. Et la hache artisanale qu’il tenait à la main ne laissait que peu de doute sur l’emploi qu’il comptait en faire. Yanosa sut alors qu’il s’agissait d’un question de secondes : il jeta son paquetage sur le sol pour s’alléger et bondit plusieurs fois à force redoublée pour rejoindre et intercepter les deux hommes, le second en particulier, qui se rapprochait dangereusement du premier. Celui-ci jeta d’ailleurs un coup d’oeil enragé et réprobateur à l’Oterashi en le voyant arriver, mais n’en arrêta pas plus sa poursuite, et ce fut alors même que son bras s’élevait dans les airs pour frapper sa proie, finalement à portée, que le pugiliste arriva à sa hauteur et le bouscula d’un coup d’épaule improvisé très peu académique.

Sans s’interroger le moins du monde, l’assaillant grogna et leva cette fois sa hache contre Yanosa, qui bloqua les poignets de son agresseur sous les yeux du chasseur, qui s’était effondré à quelques pas de là, essoufflé à en crever. Le guerrier rouge expédia alors un violent coup de genou dans le poitrail de l’homme armé en bondissant vers lui pour lui couper le souffle, et alors qu’il retentait de lever sa hache en l’air pour l’abattre sur lui, Yanosa lui asséna un coup de coude sec et puissant qui l’envoya rouler contre une paroi un peu plus loin. Placé explicitement en défenseur du chasseur au sol, devant lequel il s’était placé, l’Oterashi brandit alors sa main devant lui pour inciter l’homme armé à se calmer et à dialoguer. Mais il ne lui en laissa pas le temps et, dans un grognement presque bestial de dépit, escalada la paroi un peu plus loin pour battre en retraite, empruntant à toute vitesse des voies de passage qu’il connaissait vraisemblablement très bien pour s’éloigner rapidement.

Le danger passé, le guerrier aux cheveux rouges baissa sa garde et se tourna vers le chasseur, essoufflé.

« Vous pouvez… m’expliquer c’est qui vient de se passer ?! »
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Ven 17 Mai 2019 - 11:54
L’homme vêtu de pièces de cuir recouvertes de peaux isolantes, bien loin de se montrer immédiatement très reconnaissant envers Yanosa, afficha plutôt une mine colérique et honteuse à la fois. L’individu devait avoir la quarantaine, songea l’Oterashi, mais restait particulièrement athlétique vu la mobilité dont il était capable au milieu des montagnes. Péniblement et en rouspétant, il se releva en s’assurant de la présence de ses prises à sa ceinture.

« Ce qui s’est passé… c’est qu’un de cet enfoiré de Tenjaku m’est tombé dessus… ! Et vous êtes qui vous de toute façon, qu’est-ce que ça peut vous faire, hm ? Qui vous a demandé de vous en mêler !
- Je m’appelle Yanosa. Je suis un shinobi d’Iwa, j’ai été missionné pour enquêter sur les troubles qui sont en train de s’installer entre différentes tribus. Et… je pense que je suis justement arrivé au bon endroit pour ça.
- Un shinobi ? Quoi, vous êtes tout seul ? Vous devez être sacrément gradé dans ce cas… On les voit surtout se pavaner à trois ou quatre d’habitudes, les « ninjas ». Ces guignols…
- … Vous disiez que c’était un Tenjaku, donc. Vous, vous êtes de quelle tribu.
- Ninjiki. Je suis un Ninjiki…
- Et… ce serait trop vous demander de me dire pourquoi il a tenté de vous tuer ?
- Oh il m’aurait pas tué… il m’aurait juste fracassé le crâne et m’aurait fait prisonnier, j’imagine… pour servir d’otage.
- Servir d’otage… Qu’est-ce qui se trame entre vous, je pige pas.
- … Vous venez enquêter, c’est vrai… Le mieux c’est encore que je vous amène à notre Ikari. Notre chef pourra vous raconter mieux que moi… C’est Honaû, au fait… merci d’avoir sauvé ma couenne »,finit-il en tendant sa main ouverte vers Yanosa.

Le pugiliste aux cheveux rouges lui rendit fermement sa poigne, qu’il trouva particulièrement solide, et se mit à le suivre après avoir récupéré son paquetage à travers la chaîne de montagnes escarpée. A en juger par la qualité et la sûreté de ses appuis, il devait les connaître comme sa poche, car aussi sûr de lui qu’il pouvait être en termes purement physiques, Yanosa ne se serait pas risqué à des pas aussi rapides sur des surfaces parfois quelque peu incertaines. Malgré tout, il parvint à tenir le rythme imposé par le Ninjiki, et sans qu’un mot de fut échangé, les deux hommes prirent de l’altitude en contournant les crête les plus dangereuses plusieurs heures durant. Et ce ne fut que quelques minutes après que ses sens lui renvoient distinctement la présence de plusieurs dizaines d’individus et des senteurs de cuir et d’épices que les premières toiles de tente furent visibles.

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« Hoy ! Ozuka, Shizue ! Voyez c’que j’ramène ! »

De tous côtés, les yeux se tournèrent vers le duo, l’un d’eux parfaitement dans son élément, et l’autre totalement étranger à ce peuple et à sa culture. Et pourtant, même si ils ne le savaient pas encore, les Ninjiki avaient face à eux un énergumène tout à fait compatible avec leur façon de faire et leurs traditions si l’on en croyait les rapports. Un homme plutôt âgé, affublé de peaux de bêtes rayées et à la musculature visiblement encore très capable, accompagné d’une femme plus jeune qui salua Honaû de façon un peu plus intime.

« Ce bandeau… un Shinobi ? Commença Ozuka, sévère.
- Oui, un gros gradé sûrement.
- Il est venu seul ? Intéressant en effet… Et qu’espérez-vous accomplir ici,… ?
- Yanosa. Je suis venu enquêter sur les… tension, qui accablent apparemment les différentes tribus de la région. On veut éviter un bain de sang.
- Oh, je vois, vous pensez donc être notre sauveur, grandiose… ! Et que pensez-vous faire, hm ? Anéantir les Tenjaku à vous tout seul ? Les convaincre de laisser tomber leur croisade ? Tout ceci… a commencé par l’amour… et se terminera dans la haine et le sang… Votre enquête, la voilà terminée, dit-il sèchement en tournant les talons.
- ...Pas tant que je ne la jugerai pas terminée. Ozuka. Regardez-moi. Je veux savoir ce qui se passe, et je veux le savoir maintenant. Ce n’est pas à vous de décider comment ça va se passer.
- … Excusez-moi ? J’ai cru entendre un petit freluquet de shinobi… me donner des ordres. Shizue… puisque tu es là, tu peux t’en charger ?
- Avec grand plaisir... »

Et sans crier gare, la femme d’une trentaine d’année, aux tatouages tribaux impressionnants et aux épaules aussi larges que celles d’un homme, se jeta sans autre forme de procès sur l’Oterashi, prête à lui expédier un coup de pied magistral en plein ventre.
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Ven 17 Mai 2019 - 16:26
Le coup porta. Presque totalement, du moins. Obéissant à ses instincts, toujours chargé de son paquetage, Yanosa avait attrapé le pied de cette Shizue, une blonde au teint buriné, afin d’en amortir le choc sur son poitrail. Le visage tiré, il lut alors dans le regard de la valkyrie qu’elle n’allait clairement pas en rester là. S’appuyant de plus belle contre son torse avec son pied, elle projeta son autre jambe en avant, sautant en hauteur pour lui expédier en pleine face. L’Oterashi eut à peine le temps de lâcher sa prise sur le premier pied pour plier le bras contre sa tempe afin de se protéger et accusa le coup, valdinguant sur le côté en exécutant un roulé-boulé pour se réceptionner au mieux et garder son adversaire en vue. La puissance était là, quant à la vitesse… inutile d’en parler. Défaisant son paquetage aussi promptement que possible, le pugiliste aux cheveux rouges se mit enfin en position pour accueillir l’assaut suivant de la guerrière trentenaire, qui poussa un cri à glacer les sangs en le chargeant. Mais cette fois, Yanosa était en position pour riposter, et un échange beaucoup plus équilibré s’engagea, sous les regards d’Ozuka, Honaû et d’une bonne partie de la tribu qui observait en arrière-plan.

Shizue, qui devait certainement être la compagne de Honaû, se battait bougrement bien. Presque aussi bien, à vrai dire, que le Lilas, qui avait une place toute particulière dans l’estime de l’Oterashi, mais leur style, lui, n’avait rien à voir, et si Shizue n’avait pas le même niveau technique qu’Asuka, elle n’en déployait pas moins des séries de mouvements qui auraient pu la faire pâlir d’envie. Le guerrier rouge contre-attaqua plusieurs fois en pensant toucher au but, mais la souplesse de la valkyrie semblait presque surnaturelle. Fauchant, feintant et débordant sa garde, l’Oterashi tentait tout pour gagner le respect de la tribu qui, il le savait, portait un œil sur sa prestation. Il se savait à la hauteur, encore fallait-il concrétiser sa valeur et l’afficher aux yeux de tous. Au détour d’un direct magistralement dévié par Shizue, il envoya le plat de son pied opposé lui frapper le genou, manœuvre qu’elle vit venir en modifiant son jeu de jambe. C’est alors qu’il se décida à utiliser le mouvement le moins orthodoxe de son répertoire, s’engouffrant dans la seule véritable brèche qu’il avait pu identifier jusque là. Il décocha un coup de boule.

Violent, sec et sans compromis, son crâne heurta le nez de Shizue en faisant gicler son sang et lui faisant perdre son équilibre. Le guerrier à la toison rouge profita de cet instant de faiblesse pour asséner deux coups de poing, au côtes et au foie, avant de tenter un coup de pied latéral qui termina bloqué par la guerrière pour le moins remontée. Elle lui attrapa tout à fait la jambe et commença à le faire tourner autours d’elle, mais avant qu’il ne perde tout à fait son seul appui, Yanosa se propulsa dans sa direction, genou en avant, pour frapper son plexus et la faire reculer de plus belle. Et après une esquive magnifiquement réussie, le pugiliste d’Iwa s’engouffra à nouveau sous la garde de Shizue, où il plaça une manchette, un autre coup de genou dans l’estomac et un crochet sauté dévastateur en pleine tempe, envoyant ainsi la valkyrie rouler au sol vers les siens. Et alors que pour Yanosa, tout ceci ressemblait à une routine particulièrement enthousiasmante, les regards un peu partout autours de lui témoignaient tout à coup d’un respect non feint. Shizue, aigrie et blessée, cracha du sang en se relevant lentement et en émettant un râle bestial.

« Assez, Shizue… ! Je crois que… les présentations sont faites. Inutile d’aller plus loin.
- Comme tu voudras… papa… dit-elle en se rangeant à ses côtés légèrement en retrait.
- Cela fait bien longtemps… que je n’avais pas vu un étranger, un shinobi qui plus est… se battre comme ça. Yanosa… Peut-être t’ai-je mal jugé, en fin de compte… Suis-moi. »

Sans un mot, essoufflé et sur ses gardes, le Genin d’Iwa ramassa son paquetage en le tenant simplement à la main et suivit Ozuka, accompagné de Shizue et Honaû, jusqu’à la plus grande tenture, au centre du camp de nomade des Ninjiki. Sous la toile, les senteurs épicées se firent plus fortes encore, témoignant des encres et des graisses que la tribu utilisait pour ses rituels et la vie de tous les jours. Ozuka, vieux mais presque impérial, s’assit alors humblement dans une structure en bois apparemment sur mesure. Il invita Yanosa à s’asseoir d’un signe de la main, mais celui-ci refusa simplement en déclinant d’un geste similaire.

« Comme tu t’en doutes… nous ne faisons pas vraiment confiance aux étrangers pour régler nos problèmes. Mais… tu t’es donné la peine de nous trouver, et ta prestation contre Shizue vaut tous les mots… Le moins que je puisse faire…. Est donc de te dire ce qui se passe.
- ...C’est pour ça que je suis là, je vous écoute.
- Il y a quelques semaines… nous avons célébré un mariage. L’un de nos guerriers, Howatan, a lié sa vie à celle d’Inazumi. Inazumi… était une Tenjaku. Mais, l’amour surpassant toutes les forces de ce monde, cela ne l’a pas empêché de tomber amoureuse… et de nous rejoindre pour vivre avec nous, avec Howatan.
- Je pense voir où tout cela nous mène…
- Il ne faut pas être un grand génie pour ça, assurément… Mais Inazumi n’était pas n’importe quelle Tenjaku. Elle est aussi la fille de leur chef, Sanchirô, et plus important encore… elle était la promise de leur plus grand guerrier, Genichirô… Et c’est donc en toute logique, même si nous aurions préféré l’éviter… que les Tenjaku nous réclament la restitution d’Inazumi.
- Cette fille a son libre arbitre, que je sache…
- Et c’est bien pour ça que nous ne la rendrons pas à sa tribu de naissance. Elle veut rester, alors elle reste. Ils veulent combattre ? Alors nous combattrons.
- J’ai croisé l’un.. de ces Tenjaku. Il voulait se battre, c’est certains… mais il était armé. Tout ça sort totalement du cadre d’un duel honorable. Si rien n’est fait, il y aura des morts…
- Assurément. Mais nous y sommes préparés. Même si nos chances sont minces…
- Papa… !
- Non, ma fille, c’est la vérité. Tu es notre meilleure guerrière, et nous comptons nombre de combattants émérites. Mais, face aux Tenjaku…
- La balance n’est pas équilibrée, donc.
- Loin s’en faut. Même si cela me peine de l’admettre.
- Je vois… Les Tenjaku… ne s’en remettront qu’à la force, de toutes les façons… Alors… il faudra leur donner ce qu’ils veulent, j’imagine. J’irai me battre en votre nom. Et personne, Ninjiki comme Tenjaku, n’aura à mourir pour ce mariage. »
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Sam 18 Mai 2019 - 14:24
« Malheureusement, c’est impossible. »

La voix d’Ozuka avait tonné lourdement sous la tente fermement installée au cœur du petit plateau rocailleux, mais sur son visage se lisait un véritable regret. La proposition de Yanosa était en effet alléchante sur le papier : elle pouvait permettre à la tribu Ninjiki de se tirer de cette crise sans devoir verser le sang de son peuple, et même pour un groupe d’individus ayant développé un tel attrait pour le combat, c’était assurément une solution bien préférable.

« Puis-je vous demander pourquoi… ? s’enquit Yanosa.
- Tout simplement car tu n’es pas des nôtres, jeune homme. Tout doué que tu sembles être au combat, tu n’es pas un Ninjiki. Et quelque victoire que tu pourrais remporter n’aurait aucune valeur aux yeux des Tenjaku. Tu es un étranger, un shinobi, et ici, entre ces montagnes… ton espèce n’a aucune légitimité, quelle qu’elle soit. C’est ainsi. »

L’Oterashi serra les dents et les poings, portant son regard sur le côté pendant quelques instants, pensif. Le voilà qui se trouvait bloqué dans sa mission par une histoire de coutumes et d’honneur tribal. Il ne pouvait pas ne pas respecter ces gens, ces hommes et ces femmes qui avaient choisi cette vie et qui la menaient au jour le jour en affrontant tous les problèmes à bras le corps. Leur passion pour le combat, le front qu’ils opposaient à l’adversité, tout cela était absolument admirable dans les yeux du pugiliste aux cheveux rouges, mais il avait peine à imaginer que ce peuple allait devoir laisser son propre sang couler pour régler cette histoire. Les Tenjaku aussi devaient certainement mener des vies dures et tournées vers le combat, mais leur agressivité risquait de coûter bien trop de vies pour que Yanosa puisse laisser faire, pour qu’Iwa puisse laisser faire.

« Alors faites-moi l’un des vôtres.
- Pardon ? Réagit promptement Shizue.
- Faites de moi un Ninjiki. Si je fais partie de votre tribu, alors je serai un adversaire légitime pour les Tenjaku. Je mettrai leur honneur sur la table, et défierai leur champion pour mettre fin au conflit. »

Shizue, tout comme son père et Honaû, semblèrent estomaqués par la proposition du guerrier rouge, tant et si bien que les bras de la valkyrie lui en tombèrent le long de ses hanches. Ozuka sembla réfléchir un moment dans le vide, comme si sa décision était déjà prise, mais qu’il ne parvenait pas tout à fait à s’y résoudre lui-même.

« ...C’est d’accord.
- Papa… tu vas laisser ce freluquet se battre pour nous, livrer NOTRE bataille ?!
- Si il devient l’un des nôtres… Alors ce sera autant sa bataille que celle de notre peuple. Et de ce que j’ai pu voir, ma fille… il est plus fort que toi.
- Ca reste à voir, ça… il n’a pas tout vu encore ce petit vermisseau.
- Et toi non plus, Shizue. Tu as eu l’initiative, et pourtant, tu n’as pas pris le dessus. Admets-le. »

La femme d’Honaû se tut, ce qui força un léger sourire sur le visage de ce dernier, qui devait bien connaître sa femme et ses démons intérieurs.

« Bien… Tu seras alors un Ninjiki, Yanosa. D’ordinaire… nous t’aurions pour cela confronté à l’un de nos guerriers pour que tu prouves ta valeur à l’ensemble de la tribu pour commencer, mais cette étape… est à priori superflue. Viens, suis-moi. »

Ozuka se leva, toujours aussi impérial dans sa prestance en dépit de son âge et des pièces de cuir usées qu’il portait sur les épaules. Sans un mot, Yanosa le suivit, jetant un regard en arrière vers Shizue, qui restait médusée, avant de sortir et de rejoindre en compagnie de chef Ninjiki une autre tente plus petite, presque en marge des autres. En chemin, de nombreux regards se posèrent sur le guerrier à la toison rouge, curieux de savoir ce qu’un étranger pouvait avoir à faire parmi eux. Ozuka s’arrêta finalement à côté de l’entrée de la petite tente, se retournant vers Yanosa pour lui montrer la voie.

« Tu entreras seul. Si tu ressors… alors tu seras un Ninjiki.
- Si… je ressors… ?
- Je n’ai jamais dit que ce serait facile, même si le plus dur est fait. Entre, maintenant. »

Les mots employés avaient de quoi laisser un arrière goût d’hésitation et de peur dans les pensées de l’Oterashi, qui n’avait vu aucune autre façon de régler « pacifiquement » le problème rencontré par ces différentes tribus. Et maintenant qu’il était lancé sur cette voie, difficile de faire marche arrière. Il serait un Ninjiki… ou échouerait dans sa mission. Repoussant le voile de tente sur le côté pour y pénétrer, le pugiliste n’aperçut alors pendant un instant que des ténèbres, et ce ne fut qu’après quelques secondes que ses yeux furent capables de discerner une lumière tamisée et ténue au fond de la tente. Une voix chancelante mais enjouée l’accueillit alors.

« Ooooh… Un nouveau tas de chair s’anime… Viens, approche… »
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Sam 18 Mai 2019 - 23:30
Lentement, Yanosa tâtonna dans la quasi obscurité. Il y trouva une sorte de pouf assez rêche, sur lequel il s’assit machinalement pour faire face à la présence qu’il percevait devant lui. La voix qui l’avait invité à s’avancer appartenait vraisemblablement à une femme d’un âge avancé, et les senteurs et les sensations diverses que l’Oterashi percevait lui évoquait fortement des relents de chamanisme.

« Un sang vierge… une peau dure… Tu ne doutes jamais de rien…
- Alors… vous êtes quoi… Une chamane ?
- Hahahaha !…. Oooh, mon petit, que tes idées sont étriquées, pour un être aussi brillant… Tu n’es pas ici par hasard, tu sais. Il y a bien des choses que tu ignores encore… des événements, des endroits,.. des personnes. Sais-tu au moins pourquoi tu es là… ?
- Je dois devenir un Ninjiki pour pouvoir remplir ma mission et empêcher un bain de sang.
- Oh, et c’est tout ? Tout ce qui t’a mené ici, dans ces montagnes ? N’y a-t-il pas… autre chose ?
- Quand j’ai reçu ma mission, c’est vrai… j’ai été comblé. Pour une raison simple, en réalité : j’aime me battre, et j’aime le faire bien. Côtoyer votre peuple, c’est comme une récréation au milieu d’un monde trop compliqué…
- Tu vois notre simplicité comme un refuge… un abri. Tu te protèges… en étant agressif.
- Écoutez… je suis venu ici pour régler un problème, mais pour y arriver j’ai besoin que vous-
- Ooooh oui, je sais ce dont tu as besoin. Mais pas toi, apparemment… »

Subitement, une nuée poussiéreuse et fortement odorante jaillit au visage de Yanosa, qui se releva d’un bond en tentant de se débattre et à expulser instinctivement la poudre volatile de ses voies respiratoires. Mais il réalisa bien vite la futilité de la résistance qu’il opposait, tant ses sens se trouvèrent saturés immédiatement par des battements sourds et confus. Sans s’en apercevoir, il s’était déjà rassi.

« Que… m’avez-vous fait…
- Vous les hommes, vous jouez les durs, mais vous ne savez pas ce qu’est la vraie souffrance. Alors, il faut vous aider... »

La voix s’était rapprochée et provenait à présent du côté gauche, mais l’Oterashi était bien incapable de repérer quoi que ce soit précisément dans son état.

« Pendant que je fais de toi un Ninjiki, je vais te le dire… Ce qui t’attend.. ce qu’il te faudra faire. »

Le guerrier rouge sentit vaguement des mains se poser sur son crâne, puis la sensation caractéristique d’une lame qui lui léchait les cheveux. Des filaments rouges tombèrent sur le côté.. puis vint la première piqûre, saisissante, incisive, atrocement douloureuse même dans son état de transe forcée.

« Tu n’es qu’un nouveau né. Tu crois que tu t’es déjà assez battu pour une vie entière, et tu espères déjà le repos du guerrier… mais il te sera refusé. Encore, et encore, et encore… Après tout, tu ne l’as pas mérité… Tu n’as fait… qu’effleurer la surface. Et tous tes mots, tous… tes maux, devront trouver un sens par tes actes. Et tu seras bien obligé… de te regarder en face. »

Les piqûres se multipliaient, innombrables, continues, terminant de saturer les sens d’un Yanosa déjà tout à fait transi et aussi vulnérable qu’un nourrisson. Puis, après une éternité de douleur intangible, une éternité de ténèbres totales l’envahit. Le temps passa, inconstant et impalpable, e lorsque l’Oterashi rouvrit enfin les yeux, la lumière du jour envoya ses rayons lui percer les rétines. Il roula sur le côté, se mettant instinctivement et assez maladroitement en garde en se préparant à accueillir le premier danger venu. Mais aucun de vint. Et alors que sa vue trouble se précisait petit à petit, des contours presque familiers apparurent. Sa garde se relâcha, ses yeux se froncèrent dans une tentative de récupérer plus vite leur pleine capacité. Et une sensation étrange lui lécha le côté gauche du crâne. Le souffle du vent, il le sentait, aussi distinctement que dans ses paumes. Mais, plus encore, il sentait son sang pulser et battre la mesure de son cœur désarçonné sur toute cette surface mise à nue. Il mit la main sur cette portion de son crâne, dénudée.

« Ozuka… qu’est-ce que… qu’est-ce que vous m’avez fait…
- Exactement ce que tu as proposé. Tu es un Ninjiki désormais, et je pense que bien des nôtres qui t’ont vu à l’oeuvre tout à l’heure sont déjà fiers de te compter comme leur frère.
- Ma tête… qu’est-ce que…
- Un tatouage. Tu ne l’avais peut-être pas remarqué, mais chaque Ninjiki est marqué par un tatouage unique qui le définit. Le tient… porte aussi une signification, qu’il te faudra découvrir par toi-même. C’est… une première, assurément. Un étranger qui nous vient du sud… qui partage nos valeurs… et qui survit à l’agogée. Naoshi a du se délecter de ce moment.
- Les… Hmrh… Les Tenjaku… Je dois trouver leur campement.
- Honaû t’aidera à les trouver. Mais d’abord, viens. Tu vas partager ton premier repas avec nous. Tu auras besoin de toutes tes forces pour ce qui t’attend. »
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Hier à 0:52
Lors du repas, peu de mots furent échangés, et pourtant, même avec après ces rapports restreints au minimum, Yanosa eut le sentiment réel et sincère d’appartenir à la tribu. Il n’avait vu que le côté pratique de la chose, ne s’était figuré sa « naturalisation » que comme un moyen mis en œuvre pour arriver à ses fins, mais se trouvait bien obligé d’admettre que la compagnie des Ninjiki, même sans se livrer à un combat en bonne et due forme contre l’un d’eux, lui était fort agréable. Il se dégageait de la communauté un sentiment profond de communion et de sincérité, des sensations que l’Oterashi avait l’impression de ne pas pouvoir vraiment retrouver à Iwa ou dans le monde en général. La tromperie, la duperie ou l’hypocrisie n’avaient pas cours ici, et en effet, comme l’avait dit Naoshi… la tribu lui apparaissait comme un refuge. Un refuge qu’il lui fallait sauvegarder. Une petite heure de digestion plus tard, le pugiliste aux cheveux rouges, désormais ponctués d’un large tatouage noir, s’équipa convenablement et commença à suivre Honaû à travers les vallons montagneux qui entouraient le campement. Yanosa était averti : le voyage pourrait durer plusieurs heures en fonction des conditions météorologiques, et ce en adoptant une allure encore plus soutenue que celle qu’ils avaient adopté la première fois.

Le mari de Shizue, malgré tout, trouva assez de souffle pour adresser quelques mots au guerrier à la toison rouge tandis qu’ils enchaînaient les sauts et les sprints à risque sur les crêtes.

« Yanosa… Ozuka a envie de croire à ton plan… il a toutes les chances de réussir… Mais les Tenjaku… ils pourraient tout aussi bien refuser le duel, et maintenir leurs positions…
- Ils ne pourront pas refuser… En dépit du conflit qui s’est ouvert...ils partagent nos valeurs, la plupart du moins… Et refuser un combat honorable… n’en fait clairement pas partie.
- Ouai, ouai… C’est de ça aussi que je voulais te parler avant qu’on arrive… Si ils acceptent… si tu dois combattre leur champion… Ça, pour être honorable, il l’est, mais… je ne crois pas avoir jamais entendu quoi que ce soit sur un type qu’il aurait laissé en vie après un combat. Jamais.
- ...Hm. Nous verrons donc… le sort que je lui réserve. »

Honaû éclata d’un petit rire gêné en pleine course à travers les montagnes, conscient de l’excès de confiance affirmé et assumé de la part de l’Oterashi, et de ce qu’il pouvait camoufler. Il venait après tout de lui annoncer que son duel, si il avait bien lieu, le plaçait face à une mort potentielle aussi brutale qu’impromptue. Et qu’on soit shinobi ou pas, l’éventualité d’une telle fin ne pouvait pas laisser indifférent, même lorsque l’on s’appelait Yanosa Oterashi. Et, à peu près une demi-heure plus tard, des fumées caractéristiques visibles sur la ligne d’horizon en altitude scellèrent pour ainsi dire la fin de ce voyage. Les Tenjaku étaient là, à quelques encablures, pleinement visible, et ne semblaient qu’attendre la venue du pugiliste aux cheveux rouges.

« Reste ici Honaû… Inutile qu’ils te voient. Si ça venait à mal tourner…
- Je comprends. J’attendrai la tombée de la nuit et…
- Non. Attends-moi une heure, pas plus. Et inutile de te dire quoi faire si ce sont des Tenjaku qui rappliquent vers toi... »

Les deux hommes échangèrent un regard entendu, puis Yanosa se redressa de leur position pour partir en direction du campement, qui fut bientôt totalement visible au-delà des lances rocheuses qui dardaient un peu partout dans la région. Sans artifice ni camouflage, d’un pas relâché et le regard aussi perçant que celui d’un aigle, l’Oterashi s’avança, et se laissa voir par les sentinelles. Et son tatouage, se dit-il alors, joua alors un rôle essentiel dans ce second contact avec les Tenjaku : l’agitation fut immédiate, les ordres et consignes rapidement formulés et retransmis à tous jusqu’à l’autre extrémité du large campement, et une première troupe arriva rapidement à sa rencontre en adoptant une formation en V. Leur accoutrement n’était pas si différent de celui des Ninjiki, mais on pouvait remarquer des subtilités assez marquées dans la façon de traiter et d’agencer le cuir et les peaux. La musculature des guerriers Tenjaku, songea Yanosa, était également d’un autre niveau que celle de sa tribu d’adoption.

« Je suis Yanosa, de la tribu Ninjiki. Et pour mettre un terme au conflit entre nos deux tribus… j’affronterai votre champion. »

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