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Errances forestières


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Dim 19 Mai 2019 - 20:04
Errances forestières

Solo


An 194, village d'Ensō 円相, Hayashi no Kuni, fin de matinée.

Une douce odeur d’épices flottait dans la maisonnée où une silhouette enfantine trônait en son sein, ses deux paumes reposées sur le renfort d’une fenêtre de bois. Entre deux mèches d’or, ses pupilles céruléennes fixaient avec intérêt les mouvements d’un oiseau se nourrissant de quelques larges miettes laissées à la dérobée, peut-être volontairement, afin que l’hiver se glissant à leurs portes ne lui soit pas trop douloureux. Doté d’une sempiternelle patience, il ne bougeait pas, la joue appuyée contre son poignet. Ce simple spectacle de la vie menant son court semblait être pour la plus enrichissante des activités, au vu des lueurs de complaisance qui dansaient dans son regard. Son visage se mouva avec la plus assidue des lenteurs vers l’un des coins bordant les battants de bois de cette fenêtre ouverte, où une fine toile tissée semblait y avoir élu domicile depuis quelques jours, d’après l’élaboration de cette esquisse animale. Entre les membres incisifs d’une araignée, un papillon dont les ailes étaient parées d’une myriade de couleurs semblait se débattre avec ferveur, empêtré dans cette cage qui sonnerait le glas de son existence. L’arachnide, d’un geste bien pensé, ficha ses crocs dans son buste en y découlant son venin ; et ainsi, au fur et à mesure qu’il s’écoulait dans son organisme, les mouvements de sa proie se firent plus lents, moins vivaces, jusqu’à leur arrêt total. Déjà, les huit membres noirâtres traçaient un détour sur ce cadavre, afin de lui créer un cocon protecteur dans la mort.

L’enfant ne semblait pas avoir perdu une seule seconde de ce spectacle traduisant ce cercle continuel de survie sur lequel était fondé le règne animal. Aucun sentiment ne semblait avoir déformé cette expression indifférente qui marquait ses traits : le plus intelligent, le plus méthodique, et le plus fort avait remporté la manche, voilà tout. Mais une question taraudait son esprit, si bien que son minois se glissa par-delà le renfort de son épaule, son regard retraçant les brins ébènes d’une femme à quelques pas de son perchoir, les mains toutes afférées à la préparation d’un repas dont les effluves épicées venaient chatouiller ses narines.

« Maa*, pourquoi est-ce que les animaux se mangent entre eux ? »

Ses pupilles s’arrachèrent à la contemplation des mets travaillés pour adresser toute leur attention à cette figure infantile. D’un geste empreint d’habitude, elle essuya ses paumes sur un chiffon et se rapprocha de lui, l’oiseau dardant un regard curieux à son approche, si bien qu’il interrompit sa propre collation. Deux mains rassurantes se posèrent sur ses épaules alors que d’un coup d’œil, elle avisa ce qui avait attiré l’intérêt de son protégé. Ses genoux se fléchirent avec douceur afin que sa taille n’égale que la sienne avant qu'elle ne lui réponde d’une voix brodée de compassion.

« Et bien… Tout comme tu dois te nourrir pour prendre des forces et grandir de la meilleure manière qui soit, les animaux ont besoin de trouver de quoi manger pour que leur corps continue de marcher correctement. Dans le cas de cette araignée… elle a capturé la proie qui s’est approchée un peu trop près d’elle. Ce papillon est peut-être mort, mais il lui permettra de vivre plus longtemps, et peut-être, de nourrir ses petits. La mort n'est jamais vaine chez les animaux. », ses doigts vinrent se glisser entre ses mèches blondes, les repoussant, parfois, de devant ses yeux avides de connaissances avant que sa paume ne vienne s'échouer sur sa joue rebondie.

L’enfant hocha la tête, comme s’il semblait percevoir ce que sa mère adoptive tentait de lui expliquer dans le plus simple appareil. Depuis qu’il avait été en âge de parler et de réfléchir, il avait toujours tenu en lui cette fascination pour ce qui lui demeurait inconnu, le règne animal n'en faisant pas exception ; après tout, c'était là l'une des choses qu'aucun homme ne pourrait comprendre totalement. Il ne pourrait que l'apprivoiser, et toucher du bout du doigt la surface de ses mystères.

« Et d'ailleurs... tu ne devrais pas tarder à t'installer, Aditya. Le nôtre sera bientôt terminé. »

Alors que sa silhouette se dégageait de l'ombre projetée par les battants de bois, la femme se retira à son occupation première en délaissant derrière elle un regard avenant, l'invitant à se joindre à elle. Les grands yeux du blondinet vinrent se reposer une nouvelle fois sur ce petit volatile qui semblait venir à bout du casse-croûte abandonné sur le renfort de cette fenêtre. Son poing serré s'approcha de lui, avec une douceur certaine, avant que quelques grains supplémentaires ne s'échappant de sa poigne. Tu vas en avoir besoin.

Et d'un bond méthodique, il se ravisa de son perchoir. Ses pas le ramenèrent auprès de celle qui avait tout juste quitté sa compagnie, glissant ses mains près des siennes. Elle le remercia d'un sourire avant de le guider, comprenant qu'il ne désirait que l'aider dans la préparation de leur repas. Sa paume vint se glisser sur son crâne, plissant quelques mèches dorées sous la pulpe de ses doigts dans une caresse bienveillante.


* Maman en hindi



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Dernière édition par Aditya le Ven 31 Mai 2019 - 23:42, édité 2 fois
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Mer 29 Mai 2019 - 16:39
An 194, village d'Ensō 円相, Hayashi no Kuni, fin d’après-midi.

De nombreuses gouttes roulaient sur les joues de l’enfant au fur et à mesure que ces dernières s’échappaient de la cime des arbres. Une pluie diluvienne s’était abattue sur les flancs sylvestres du Pays du Bois, une rémanence de cette moisson saisonnière qui avait laissé place à la douceur de l’automne. De nombreuses feuilles s’étaient abandonnées sur le sol, accueillant les pas intrigué de ce jeune bambin dont la silhouette ne devait pas dépasser les onze années. Ses cheveux blonds s’échouaient aux pourtours de sa cape de lin, bien que trempés par les effluves humides qui s’échappaient de la forêt. Une nouvelle fois, il s’était aventuré au-delà du cœur de la clairière abritant le village d’Ensō avec la bénédiction de sa mère d’adoption qui, non loin de là, gardait sur lui un œil salutaire.

Ses petits yeux avides d’expérience vagabondaient sur les lignes parcourant ces troncs majestueux, sur ces nervures chlorophylliennes reflétant l’onde naturelle de l’eau. Les joues rosies par la fraîcheur du soir, Aditya s’avançait à tâtons, désireux d’arpenter plus en détail ce cocon sylvestre et protecteur. Son regard s’aventurait sur le sol, entre les pierres et les débits pluvieux, dans le seul désir de s’imprégner de tout ce qui l’entourait, de l’essence même de cette mer arborée qui l’avait vu grandir et dont il ignorait pourtant encore tous les mystères. Cependant, il n'aurait pu se sentir plus en sécurité, plus lui-même qu'au milieu d'un lieu si dense et énigmatique ; au même titre que chaque natif du bois, ce labyrinthe sylvestre les protégerait de tout maux, de toute présence extérieure. Nul ne saurait leur infliger un quelconque mal.

Alors aussi insouciant que l'innocence enfantine qui cernait son cœur, il s'engouffra plus profondément dans ces dédales, quelques bruits de pas résonant à chacun de ses progrès. Au goutte à goutte, ces perles aquatiques s'échouaient sur ses alentours, mettant ainsi au monde un capriccio empreint d'une étonnante harmonie. D'un coup d’œil, il avisa la silhouette qui s'était glissée dans son dos. Son regard roula sur l'humidité qui imprégnait cette chevelure semblable à une soie ébène, avant qu'un sourire amusé ne naisse sur ses lèvres. Bien vite, il s'échappa de nouveau, heureux d'être couvé d'un regard si maternel.

[…]


Les genoux repliés contre son buste et adossé contre un tronc majestueux, Aditya dardait d’un regard curieux les reflets d’une rivière, dont l’onde claire se brisait contre les renforts souples des pierres. Le bout de ses doigts vint se glisser dans cette fraîcheur, récoltant sur son versant quelques gouttes rémanentes ; depuis, la pluie s’était arrêtée. Il semblerait que finalement, ce bois où il avait érigé ses aventures se soit empreint d’accalmie. Mais ce fut sans compter ce léger glapissement qui vendit l’air avec une discrétion sans pareille.

Ses iris se dressèrent sur ce pelage roux et bondissant qui, à quelques mètres de là, semblait gratter le sol furieusement. Le poil trempé, il ne cessait d’émettre de petits bruits, comme si ce dernier pleurait de frustration. L’enfant se délecta du spectacle que cette nature offrait à lui pendant de longues secondes, imprégnant dans son esprit cette robe devenue brune sous les reflets du soleil. Et puis, d’un mouvement délicat et empreint de confiance, il se dirigea à son encontre. Au fil de son avancée – bien que courte – ses sourcils vinrent à se froncer. Et pour cause : une ombre vive avait remonté le flanc de ce même arbre, petite, mais vivace, qui ne cessait de raviver les plaintes du goupil qui trépignait à l’idée de s’en emparer. Que cherche-t-il ?

Mais alors que son poids s'écrasa sur une branche sèche, sa présence fut remarquée par le canidé qui plongea un regard surpris et inquiet dans celui d’Aditya, malgré l’environnement calme et avenant de la forêt. Leur échange n'eut duré qu’une seconde, un premier lien entre monde animal et humain, avant que le renard ne détale à vive allure. Je lui ai fait peur ?Délaissant un soupir distrait, il voulut abandonner ses observations devant le départ de la bête… mais la tinte rougeoyante qu’avait pris l’écorce du tronc sur lequel s'était échouée cette ombre fugace l'intrigua. D'un pas mesuré, il s'en rapprocha, redoublant de délicatesse quant à la fuite de son comparse velu.

Le reflet d'un petit être, semblable à un lézard, illumina le regard de l'enfant qui n'avait jusqu'alors pas eu l'occasion de se délecter d'un tel spectacle. Qu'était-ce ?

Néanmoins, son petit front fut plissé par deux sourcils soucieux à la vue de l'hémoglobine qui s'échappait de son dos, gonflé au fur et à mesure que ses respirations emplissaient ses poumons. Le reptile semblait avoir essuyé un coup malencontreux du prédateur de plus tôt, malgré la vitesse avec laquelle il avait escaladé ce tronc sur lequel la couleur de ses écailles se fondait parfaitement. Sans cette blessure... les petits yeux d'Aditya n'auraient jamais remarqué sa présence. Alors qu'il voulu approcher sa main de cette écorce, avec une lenteur sempiternelle, l'animal eut un mouvement de recul naturel, de par sa nature craintive.

« Laisse-moi t'aider, je ne vais pas te faire de mal. », murmura-t-il d'une voix brodée d'innocence.

Une nouvelle fois, l'enfant approcha sa paume tendue du reptile et comme si ce dernier avait ressenti cette impression avenante qui se dégageait de lui, les lamelles couvrant ses doigts sauvages vinrent se glisser sur sa peau dans un effort gargantuesque au vu du sang qui s'échappait de sa plaie. Aditya tressaillit à ce contact, sentant le frottement singulier de ses setae sur sa main laissée à nu.

Sans le savoir, ce geste désintéressé et empreint de sollicitude allait marquer le début d'un lien bien plus profond que ce à quoi cet enfant aurait pu s'attendre... et qui ne se réaliserait que bien des années plus tard. Mais pour l'heure, il lui fallait soigner ce petit être et veiller à ce que rien ne vienne troubler son repos.

Ses pas le guidèrent à l'orée du bois, où sa mère l'attendait patiemment. Elle saurait comment s'y prendre.




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Lun 24 Juin 2019 - 14:58
Cachée sous ses brins d’or, une frimousse enfantine s’était abandonnée à l’inconscience. Son diaphragme se soulevait au rythme de ses respirations apaisées, la joue appuyée contre cette table de bois. Une paume vint caresser les mèches téméraires qui gardaient son front, frôlant du bout des doigts cette tâche rougeoyante qui trônait en son centre. Un léger frisson parcourut ce petit être, dont la caresse aérienne et chaleureuse le poussait lentement à l’éveil. Cette main ne cessait de se perdre dans les dédales soyeux de sa chevelure, jusqu’à ce que l’azur qui régnait sous ses paupières enfouies ne se révèle de nouveau au monde. Un fin sourire fendit les traits affectueux de cette silhouette dont la paume s’était glissée tout contre la joue de l’enfant. Sa voix empreinte s’éleva dans le silence sylvestre, aussi douce et vaporeuse qu’un murmure.

« Aditya ? »

Inconsciemment, le visage de l’enfant roula contre cette frêle étreinte en grommelant quelques mots insondables. Son regard, encore enfouis dans le monde des rêves, était parcouru des timides rayons solaires qui filtraient à travers le bois de leurs fenêtres. Ses petits bras s’étendirent d’eux-mêmes, s’enroulant autour de celui de la femme, ne cessant de maintenir son geste contre lui. Ses mouvements apathiques traduisaient l’absence passagère de son esprit ; poussés par un instinct infantile, ils ne cherchaient qu’à retenir cette chaleur diffuse qui s’en dégageait. Avec patience, la silhouette poursuivit ses caresses jusqu’à ce que les illusions de Morphée ne soient plus qu’un souvenir diffus, sa chevelure ébène tranchant avec l’éclat éthéré qu’arborait ce petit être.


[…]


« Ton ami va mieux. »

Le menton appuyé contre les lames de bois de cette table qui fut, l’espace d’un instant, son lieu de repos, Aditya dardait ses iris sur l’animal gardé dans un carcan de verre, une épaisse feuille chlorophyllienne maintenue autour de son abdomen. Une épaisse mixture verdâtre s’en échappait lors de ses mouvements bien trop vifs, en si petite quantité que cela n’aurait su inquiéter la jeune femme qui veillait sur le blondinet. Ainsi paré de ce bandage de fortune, les blessures qu’il avait essuyé de son combat contre le goupil appartiendraient bientôt au passé. Depuis la dernière pluie, de nombreuses heures s’étaient écoulées qui leur avaient permis à tous deux de trouver un repos mérité. Nul doute que le Gekkota serait bien vite tiré d’affaire.

Un sourire franc se glissa sur les lèvres de l’enfant qui ne cessait d’observer le reptile à travers ces murs de verre, arpentant avec amusement les branches et feuilles mortes qui en tapissaient le fond ; parmi cet environnement mimétique, seule cette feuille franche pouvait aider à discerner sa silhouette qui s’y fondait avec une habileté déconcertante.

« Pourquoi est-ce qu’il a une feuille au bout de sa queue ?, demanda-t-il, son regard brillant d’une avide curiosité.
J’imagine qu’il s’en sert pour se cacher. », glissa-t-elle sur un ton chaleureux.

Le visage de la jeune femme quitta le bras où il avait trouvé repos, tandis que dans une dernière caresse, ses doigts se délogèrent des brins dorés de l’enfant. Avec douceur, un baiser vint s’échouer sur son front enfantin avant que sa silhouette ne se dérobe dans son dos, près des nombreux pots d’herbes curatives qui jusqu’alors, étaient demeurés ouverts.

« Ne le garde pas trop près du soleil. Ces petites bêtes lui préfèrent largement la fraîcheur de la nuit. »

Avec parcimonie, ses mains tannées par les rayons de lumière entourèrent les contours de cette cage verre, la ramenant avec clémence dans l'ombre son buste. Ainsi à l'abri, il patienterait jusqu'au crépuscule de sa convalescence.


[...]


Les paumes fermement refermées l'une contre l'autre, Aditya s'avançait à travers la forêt luxuriante avec détermination. Ses mains s'agitaient inlassablement, trahissant la présence d'un animal en leur sein. Ses pas se firent plus lents, plus prudents, alors qu'il recouvrait l'orée où il avait découvert ce reptile, il y a plusieurs jours de cela. Avec attention, l'enfant glissa ses doigts contre son abdomen dépourvu de toute blessure, maintenant l'animal sous son joug en veillant à ne lui causer aucun soucis. Ses prunelles s'imprégnèrent une dernière fois de ses pupilles vivaces, des nervures de la feuille trônant au bout de sa queue ; il savait pertinemment que dès l'instant où il relâcherait son emprise, le reptile ne perdrait pas une seconde pour s'enfuir.

L'enfant s'agenouilla avec attention, laissant ses paumes frôler l'humidité du sol forestier, avant qu'il ne relâche sa prison de chair avec un étonnant calme. D'un bond vif, la silhouette bestiale s'évapora dans ce manteau de feuilles et de branches ; il était désormais impossible de déceler sa présence, même avec le plus perçant des regards. Ses iris arpentèrent une dernière fois les reflets limpides de la rivières et les imposants troncs de ce bois avant qu'il ne rebrousse chemin ; la nature reprendrait son cours, aussi impitoyable et gracieuse qu'elle l'avait jamais été.

Mais au fond de sa cachette sylvestre, deux yeux reptiliens l'observaient toujours, avec une profonde gratitude. Empreint de curiosité étrangère, ses petits pas sourds glissèrent sur l'humus, dardant son attention sur cette figure humaine qui s'éloignait de lui, sans lui avoir fait aucun mal. Bien au contraire... il semblait qu'à ce jour, sa survie ne tenait qu'au geste de compassion de cet étranger.

Un nouveau bruissement s'effondra dans les feuillages, emportant avec lui les contours de cette ombre animale.




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