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Deux félins dans le désert. [Reikan]


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Dim 26 Mai 2019 - 2:45

Deux félins dans le désert.


190, Hiver, Kaze no Kuni.

Le désert, en hiver, est secoué de brutales tempêtes de vent. Il souffle, souffle, souffle, emporte tout sur son passage et ne laisse rien derrière lui. Pourtant, même dans ces circonstances désagréables, il faut continuer de vivre. Impossible de s’arrêter. Dans leur petite tanière, la famille de Kanna patiente tranquillement que la tempête s’apaise pour aller chasser. Quand elle passe, elle reste un certain temps, puis tout se calme pendant un moment suffisamment long pour sortir, trouver une proie, chasser et rentrer. L’hiver est la saison la plus rude, mais rien n’est insurmontable.

Le vent cesse de souffler : c’est le moment. Toute la troupe s’extirpe et se met en route. Comme souvent lors de leurs parties de chasse, les chats se séparent tous dans une direction : ils ont désormais trois heures pour trouver une bête, l’attraper et la ramener au point de rendez-vous. Hiroyuki, le patriarche, sait exactement où sont ses petits : si l’un d’entre eux manque à l’appel, il ne manquera pas de le retrouver. Autrement dit, tout va pour le mieux. Ils sont en sécurité et, de toute façon, ils doivent aussi apprendre à se débrouiller. À leurs âges, ils sont tout à fait capables de se débrouiller.

Kanna file à toute allure à travers le désert. Ses pattes épousent le sable encore frais, tout retourné par le vent. Elle fait corps avec la matière, s’y mêle. C’est si satisfaisant …

La truffe levée au ciel pour percevoir les odeurs, les oreilles tendues pour entendre le moindre bruit suspect, Kanna attend le signal. Le son de sa future proie. Elle ferme les yeux et patiente, paisible. Quelques secondes s’écoulent, puis des minutes, puis … Là. Elle l’entend. Ce mouvement qui foule le sol, qui remue le sable, au loin. C’est sûrement une très grosse prise.

Kanna s’élance à toute allure en direction du bruit, pour ne surtout pas le manquer. Elle file, file, secoue le sable, retourne ce qui passe sous ses coussinets. La nourriture, la nourriture, la nourriture ! Le chat s’arrête brusquement lorsqu’il atteint sa cible. Ce n’est pas de la nourriture, ça. Ça ne se mange pas. Elle a un mouvement de recul. Instinctivement, elle remet son museau au travail, pour savoir à qui elle a affaire. Non. Cette odeur ne lui est pas familière. Kanna hésite. Fuir ? Rester ?

« Mrrreow ? »

Une première perche tendue vers l’inconnu. Bonne ou mauvaise augure, elle ne peut pas le savoir, mais elle ne peut pas se laisser abattre pour le moment. Qui sait, cette rencontre est peut-être le signe d’une chasse ratée ? Ou d’une nouvelle amitié ?

Spoiler:
 


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Dim 26 Mai 2019 - 14:46
Bien avant de parcourir les monts et les mers du Yuukan, la merveilleuse ramure qu'était en train de devenir notre chère Reikan avait trouvé racines dans les terres arides du Kaze no Kuni. Connu pour être la tanière du Dieu du Désert, ce pays aux conditions de vie aussi dangereuses qu'insupportables avait pourtant caché en son sein, et ce durant des décennies, d'improbables formes de vie ; comme des êtres doués de métamorphoses et de prouesses physiques capables de dépasser les limites du corps humain. C'est sur ce territoire sauvage et imprévisible que la jolie brune avait vu le jour et fait ses premiers pas, au beau milieu d'une toundra infertile, bercée par l'amour de sa horde et l'impétuosité des tempêtes. Il s'agissait là d'un paysage prenant, où seuls les plus téméraires pouvaient se permettre une existence si périlleuse, une vie littéralement cachée du monde entier.

Voilà déjà plusieurs jours qu'une perturbation de grande ampleur donnait du fil à retordre à sa horde. Mais c'était sans compter sur l'intelligence de Yasei Ragna, son meneur, ainsi que sur la robustesse de chacun des membres de la famille, que la tribu était parvenue à affronter la bourrasque. Et cela n'avait d'ailleurs pas perturbé la fillette dans ses habitudes ; dès que la tempête eut finit de gronder, la féline s'était empressée de retourner vadrouiller dans la mer de sable. Malgré son jeune âge, quelques pas vifs et habiles lui permettent de s'éloigner pour ne trouver que le silence et la caresse du vent brûlant dans sa chevelure d'ébène. Les dunes dressées sur son chemin ne résistèrent pas longtemps à sa curiosité, couplée à une endurance incroyablement bestiale. Pourtant, Reikan avait tout l'air d'être une petite fille tout bonnement inoffensive, bien qu'un tantinet intrigante sur les bords. Après quelques minutes de marche, une pause était de mise pour celle qui s'apprêtait à vivre son sixième printemps. Ses iris éthérées et en amande parcoururent les ondulations du Désert pour fixer les steppes désertiques à l'horizon, pendant que ses chevilles profitaient de la chaleur du sol sablonneux. Est-ce qu'il y a vraiment quelque chose au-delà de cette arène de grains?

La brise sèche lui amena une odeur particulièrement étrange et suspecte, obligeant son corps à sonner le glas de l'alerte. Son esprit lui, bien trop absorbé par son appétit de découvertes, n'en fit rien, soumettant son enveloppe charnelle à la paralysie la plus totale pour mieux se questionner sur ce qui se trouvait au-delà de cette étendue d'ergs. Peut-être que moi aussi, un jour, je pourrais voir des forêts verdoyantes à perte de vue et des mers d'eau salée, peut-être qu-... Ses songes furent brusquement avortés par la sensation de chute, qu'elle ne put retenir tant elle fut surprise. De la tête dans les étoiles, Reikan se retrouva la nuque contre ce coussin de sable, allongée sur le dos. Ses paupières se rouvrirent pour offrir à ses yeux la vue d'un féliné, qui avait la patte posée sur son poitrail. Sans se débattre, la changeforme laissa le temps à la petite bestiole de prendre du recul, avant de redresser son buste et de tapoter ses vêtements orientaux qui s'étaient noyés dans le sable. En cet instant précis, son visage enfantin n'exprimait pas de colère ou de rancœur, la métamorphe ne ressentant qu'un simple intérêt pour ce chat sauvage au pelage immaculé. D'une voix innocente, la petite brune s'exprima à son tour.

« Désolée de te décevoir, mais je pense être une trop grosse proie pour un petit chat comme toi. »

Et pour cause, cette phrase prenait tout son sens si l'on réfléchissait à la femme et la bête qu'allait devenir Reikan, à l'avenir. Ses traits harmonieux se sublimèrent davantage, à l'instant où la féline esquissa un sourire teinté de pureté et d'aménité à l'égard de la petite boule de poils dont la chasse avait été interrompue. La débrouillarde, apparemment bien élevée, témoigna d'une bienveillance à toute épreuve, finalisée par un geste symbolique lors d'une rencontre imprévue ; sa dextre s'étendit ainsi lentement jusqu'à l'animal pour s'arrêter devant lui, comme si elle attendait une réaction. Peu importe qu'il s'agissait d'un simple chat du Désert ou d'une métamorphe comme elle, aux yeux de Reikan, la moindre forme de vie revêtait une importance capitale et méritait autant d'amour que n'importe qui.

« Tu sais parler? »

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Dim 26 Mai 2019 - 15:26

Deux félins dans le désert.


Quelle surprise, tout de même. Une petite fille, pas un animal. Mais elle sent … Elle sent cette odeur si particulière, si caractéristique, qui a trompé son flair. Kanna l’observe attentivement. Brune, avec des prunelles aussi brillantes que les siennes. Elle est … jolie. C’est rare de croiser d’autres personnes, dans ce coin. Et, surtout, c’est très rare de voir un être qui trouble autant l’odorat de l’animal. Il y a quelque chose de surprenant, d’étrange, chez cette demoiselle. Quelque chose que Kanna ne comprend pas, encore trop jeune pour le saisir. Au moins, cette fille est gentille. Certains auraient fui, d’autres l’auraient attaquée. Cette demoiselle se contente de constater, de lui dire qu’elle est bien trop grande pour être mangée. De toute façon, Kanna n’aurait pas tenté de la manger : elle ne chasse que les animaux ! Hors de question de s’attaquer à un être humain.

L’inconnue tend la main en direction de Kanna. Une mimine adorable, toute petite, frêle et fine. Les pattes restent ancrées dans le sol un instant puis, toute barrière semble disparaître aux yeux de la boule de poils blanche. Elle s’approche lentement et renifle méthodiquement les doigts, puis la paume, à la recherche de quelque chose, d’un indice qui trahirait son étrange odeur. Elle se sent … pareille à elle, finalement. Il y a un petit détail qui les rapproche, que la chatte ne saurait expliquer.

Son attention revient sur l’instant présent et la réalité, extirpée de ses pérégrinations mentales. Est-ce qu’elle parle ? Eh bien, Kanna a miaulé, n’est-ce pas un signe ? En réaction, le félin met un petit coup de museau contre la main tendue et recule doucement. Quelques petits mouvements de papattes vers l’arrière, puis elle hoche la tête.

« Oui, je sais parrrler. »

Un hochement de tête, réaction typiquement humaine réalisée par l’animal. La voix qui s’échappe est douce, trahit la féminité et surtout la jeunesse du chat à pieds noirs. De petit chat à chaton, pour de vrai. Les iris céruléens détaillent toujours un peu plus la demoiselle, alors que Kanna essaie de comprendre d’où elle vient, qui elle est. Peu de personnes se seraient intéressées à cette faculté, cela signifie probablement quelque chose, mais quoi ? Son petit esprit turbine, encore et encore, à la recherche de réponses. Puis, face à son incapacité de résoudre le problème qui se dresse devant elle, l’animal décide de rendre les armes : la meilleure façon de se cultiver est soit de lire, soit de dialoguer. Voilà donc le moment idéal pour choisir la seconde option.

« Mais les animaux ne parrrlent pas, norrrmalement … Comment as-tu deviné ? »

Kanna s’assoit tranquillement dans le sable, les deux pattes avant bien droites. L’intérêt ressenti pour son interlocutrice grandit, au fur et à mesure que la blanche se fait ses petites réflexions. Cette fille a l’air de savoir beaucoup de choses, bien plus que tous les humains qu’elle a croisés jusqu’ici. Et puis … Il y a toujours son odeur atypique, qui alerte tous les sens de Kanna. Elles se ressemblent, c’est certain ; mais jusqu’à quel point ? La petite blanche veut mener son enquête, découvrir. Elle veut tout savoir sur cette fille, tout comprendre. Et s’expliquer pourquoi son flair s’est fait malmener de cette façon.


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Dim 26 Mai 2019 - 16:38
Des mots, et non pas des miaulements, s'échappèrent de la gueule de cette chatte blanche comme neige ; faisant d'ailleurs tache froide dans cet environnement ardent. Et contre toute attente, il n'y avait pas de place à la panique ou à la fuite, pour la petite humaine. Agréable pour l’œil, son sourire persistait sur ses lèvres charnues, jusqu'à en dévoiler sa pâle dentition qui inspirait à la fois intérêt et effroi, du fait de ses canines plutôt carnassières. Reikan était un point émerveillée sans trop en faire, trouvant un certain amusement dans la manie à rouler certaines consones de la petite boule de poils. Sous la chaleur agressive du zénith, qui trouait les derniers nuages persistants malgré le souffle de la dernière tempête, les joues de la brune ne purent que se mettre à rougir du fait de sa gaieté, révélant de plus belle ses éphélides sur son teint hâlé.

Loin d'agir de façon brusque ou déplacée, la métamorphe resta stoïque pendant que certains bouts de tissus de son accoutrement oriental se laissaient dompter par le vent sec et poussiéreux du pays. Ses fins doigts s'écartèrent au contact de la minette, qui par la clarté de sa voix et son attitude distinguée, en profitait pour extérioriser sa féminité. Une chatte qui parle. Se pourrait-il qu'elle soit... comme moi? Sans même posséder de moustaches, de truffe ou un quelconque don de sensorialité animale à cette période, Reikan avait été en mesure de pressentir la particularité du petit animal. La féline ramena alors instinctivement sa main le long de son corps, alors que la bestiole posait déjà son arrière-train sur le haut de la dune où elles étaient. Ses pupilles d'un bleu roi profond scrutèrent sa propre poigne, puis le paysage, avant de replonger dans celles de la chatte. Et face à sa question, le rictus de ses lèvres se teinta d'une malice atypique, traduisant le caractère espiègle de la jeune native du Vent.

« Tous les animaux parlent, d'une certaine manière. C'est juste que les humains ne les comprennent pas toujours. Une chance que l'on se comprenne, alors. »

Ses genoux se plièrent pour permettre à son séant d'atteindre le sol en toute délicatesse, laissant même cliqueter ses boucles d'oreilles griffues et les petites préciosités qui ornaient sa personne. Ni une ni deux, la petite fille se retrouva assise aux côtés du féliné sauvage, sans daigner montrer d’agacement ou de fatigue sous l'atmosphère étouffante du Kaze no Kuni. Néanmoins, sa personnalité et sa façon de se comporter apportait une certaine fraîcheur ; une sorte d'oasis, que nul n'aurait pu imaginer trouver dans un tel endroit. Que ce soit aux yeux de ses proches ou des inconnus, Reikan apparaissait comme une véritable bouffée d'air frais mêlant mystères et espoirs, sympathie et audace.

« Mon nom est Yasei Reikan, fille de Shizuka et de Ragna. Je fais partie d'une horde de métamorphes félins. Et toi, qui es-tu donc, dans ce Désert? »

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Sam 1 Juin 2019 - 22:12

Deux félins dans le désert.


Une adorable petite fille. Kanna l’observe avec une grande attention. Le désert regorge d’êtres uniques, dotés de capacités toutes différentes. La blanche ne cesse d’apprendre : chaque jour qui passe est une nouvelle aventure, qui apporte toujours son lot d’expériences et de savoirs. Yasei Reikan apparaît alors de deux manières : une rencontre particulièrement intéressante, mais aussi une part d’ombre salvatrice dans la chaleur étouffante du désert. La minette s’étonne de la perspicacité et de la maturité de son interlocutrice. Jeune, mignonne, pourtant capable de réflexions dignes d’une adulte. Kanna penche la tête, ses prunelles bleues rivées sur la délicate brunette.

Elle a raison, au fond, tous les animaux parlent, mais ils ne se font pas forcément comprendre. Un miaulement entre la chatte et un autre membre de sa famille sera un message compréhensible, pourtant, le même son lancé à un être humain ressemblera juste à une énième manifestation adorable, mais insensée. Les règles de la communication s’appliquent de la meilleure des manières à leur situation : tout le monde parle, finalement, mais est-ce que tout le monde se comprend ? Kanna apprendra, par la suite, que ce n’est pas vrai que pour les animaux et les humains, mais bien pour les humains également. Elle hoche doucement la tête, approuvant ce que lui dit Reikan.

« C’est vrrrai ! Heurrreusement que nous parrrlons le même langage, alors. C’est beaucoup plus simple. »

Une réponse pleine d’ingénuité et de candeur, peut-être même une manifestation légèrement à côté de la plaque, témoignant de toute l’innocence de la gamine. Elle relève une patte et passe un coup de langue dessus, pour remettre en place des poils secoués par le vent, malmenés par le sable. Satisfaite, Kanna dépose de nouveau ses prunelles sur sa cousine.

« Je m’appelle Kanna. Je suis une Yasei comme toi, j’apparrrtiens à une petite meute de chats à pieds noirrrs. Nous avons prrrofité de l’accalmie pour sorrrtir chasser. »

Yasei Kanna. Un souvenir qui s’effacera progressivement au fil des années, pour donner naissance à Saiseiki Kanna, jeune femme émancipée de cette famille à laquelle elle attribuera bien des maux. La blanche s’étire et ses membres se modifient peu à peu, jusqu’à dévoiler une gamine aux longs cheveux blancs et aux yeux d’un bleu pétillant. Son pantalon en toile beige, large, s’arrête juste au-dessus de ses chevilles. Quant à son t-shirt, rose clair, il n’a pas de manche. Une tenue appropriée à la lourde chaleur qui pèse sur leurs épaules, bien que Kanna préfère être sous forme animale.

« Mmmh … Je ne me balade pas souvent comme ça. Je trrrouve que c’est quand même plus simple d’apparrraîtrrre comme un chat aux yeux des gens. Ils sont plus gentils avec les animaux qu’avec les enfants, même si … »

Kanna penche une nouvelle fois la tête, de l’autre côté, accompagnant le geste d’un doigt posé sur sa joue.

« Même si, parrrfois, c’est l’inverrrse … »

Elle soupire lourdement. Les histoires d’animaux maltraités sont légion, surtout pour une enfant de cet âge. Un seul récit suffirait à la dégoûter de l’humanité. Elle tente de ne pas leur en vouloir, de les comprendre, mais ce n’est pas toujours simple.

« Que penses-tu des autrrres êtrrres humains ? Ceux qui ne sont pas … comme nous. Tu penses qu’ils sont différrrents ? »

Tombée du bout des lèvres, comme une vérité amère, à laquelle Kanna n’ose pas se confronter. Les hybrides sont-ils meilleurs, ou pires ? N’y a-t-il aucune différence ? Quand l’instinct se mêle à la raison, les résultats sont parfois fâcheux … parfois extraordinaires. Difficile pour l’incarnation de la blancheur de se dire qu’il n’y a pas que du noir ou du blanc, mais aussi des nuances de gris qu’elle ne peut pas ignorer.


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Lun 3 Juin 2019 - 21:39
♫ Origin — Agito to Kain

Bien que dans la retenue, c'est avec fascination que Reikan assista au spectacle qu'était la métamorphose dite inversée, le retour à la forme humanoïde ; voilà quelle était la véritable enveloppe charnelle de ce petit animal vorace, dénuée de tout artifice faisant appel au chakra. Yasei Kanna, l'enfant d'une meute de chats à pieds noirs. Les pattes sveltes et habiles laissèrent ainsi place à des bras et des jambes d'enfants, alors que la bestiole perdait déjà de son poil pour se garnir d'une fine couche de tissu. L'immaculée se présenta à la petite brune sous sa nouvelle apparence, sa chevelure reflétant les rayons agressifs du zénith. Cette dernière paraissait d'ailleurs être à l'opposé total de celle de notre chère Fille du Désert, dont la noirceur pouvait rappeler le manteau dont se couvrait le ciel une fois la nuit tombée. Après l'avoir zieuté droit dans les yeux, la brunette détourna sa concentration sur les empreintes félines imprimées dans la couverture sablonneuse, tandis qu'elle écoutait les propos tenus par celle qui en était la source.

Assise en haut d'une des innombrables dunes dessinant les courbes du Désert, la future kunoichi pencha alors la tête sur le côté, à l'image d'une mimique qu'un félin aurait fait pour mieux réfléchir. Une question assez intrigante venait tout juste de lui être soumise ; ceux n'étant pas doués de métamorphose animale étaient-ils capables de bonté et de gentillesse comme elle? Le visage de Reikan se tourna vers l'horizon, alors qu'elle entourait ses genoux pliés de ses deux bras. Seul un sol pauvre, conséquence d'un hyper-aridité permanente, attendait sagement d'être balayé par son regard perçant, à tel point que sa profondeur paraissait être sans limites. En soi, la changeforme n'avait encore jamais été proie à la haine bordant le cœur de l'être humain. Cette jeune fille qui avait la tête pleine d'ambitions préférait certes parfois la compagnie des bêtes à celle de l'Homme, néanmoins, elle avait hérité du caractère bienveillant et de la délicatesse de ses parents. Quoi de plus ironique pour celle dont la mère allait, des années plus tard, perdre la vie à cause de la cruauté humaine?

« J'éprouve de la pitié envers eux. Non pas juste parce qu'ils ne peuvent pas nous égaler dans l'emprunt de la force animale, mais plutôt pour la simple et bonne raison... qu'ils sont dans l'ignorance. Mettre de côté les animaux comme s'ils n'étaient que de vulgaires outils est pour moi un affront. Seule une poignée d'entre eux sait reconnaître la vraie valeur de la faune, forgée dans l'innocence, la curiosité et l'amour. D'ailleurs, pourquoi l'humain a-t-il associé la férocité des Bêtes à la bêtise humaine? Ce simple rapprochement m'a toujours intrigué, surtout venant de personnes aussi étroites d'esprit. »

Une vibration terrestre sollicita son attention, justifiant la courte pause qu'elle venait de marquer lors de sa réponse. Un museau noir parvint à éventrer les grains de sable situés devant ses chevilles, qui étaient munies d'un alliage métallique traditionnel, dont la forme griffue s'apparentait presque aux pattes d'un félin. Une... truffe? L'organe olfactif remua pour mieux renifler l'air ambiant, comme s'il s'assurait qu'aucun danger ne le guettait, pendant que deux grosses et longues oreilles ne s'extirpent du sol instable et brûlant. Sur ses gardes, Reikan releva sa dextre afin de se protéger du sable balancé par l'élévation de ces deux radars auditifs. Ce n'était rien d'autre qu'un fennec qui sortait des entrailles du Désert, avant de se secouer et de fixer les deux jeunes filles qui conversaient. J'imagine qu'il est inoffensif. Rassurée par l'air serein que le petit renard arborait pendant qu'il s'asseyait et malgré le fait qu'elle ne connaissait pas le but de sa venue en cet instant précis, la métamorphe resta dans la même position en vue de continuer son argumentation, digne d'un sage traînant une longue existence derrière lui.

« Malgré tout, j'ose espérer qu'il est toujours possible de les éduquer, de leur montrer à quel point les animaux ne sont pas que des bêtes dénuées de raison. Je suis sûre qu'au fond, un jour... les Hommes et les Bêtes parviendront à... »

Cette fois-ci, les dires de Reikan n'eurent pas le temps de trouver suite. Plus qu'une simple dérobade du sable sous leurs pieds, le sol s'affaissa après avoir palpité. Qu'est-ce que c'est, cette fois-ci?! Sans bouger d'un poil, le futé à grandes oreilles à leur côté releva son arrière-train, à l'instant même où une armada de petits canidés du même gabarit se précipita depuis les profondeurs de la dune pour remonter à son sommet, à l'abri des regards. Tous percèrent le point culminant de l'erg et se retrouvèrent sous Kanna et Reikan ; mais cette manœuvre était loin de paraître involontaire. Sans pouvoir réagir, la petite brune fut surélevée par ce tapis de fennecs qui s'efforça de ne pas ralentir, emportant les deux jeunes métamorphes dans sa course afin de descendre à toute vitesse la dune et continuer son chemin. Et leur formation n'était pas faite au hasard, trahissant le caractère prémédité de cette manifestation inattendue ; les plus costauds d'entre eux firent ainsi barrage aux victimes sur les côtés pour qu'elles ne puissent s'échapper durant ce trajet secouant.

LES KIDNAPPEURS EN QUESTION:
 

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Dim 9 Juin 2019 - 19:02

Deux félins dans le désert.


Une gamine, hein ? Kanna n’aurait jamais poussé la réflexion aussi loin que cette petite fille. L’instinct face à la sagesse, l’animal face à l’humain. Cette demoiselle semble avoir un avis logique et précis sur l’Homme et ce qu’il est réellement. Au fond, elle a raison. Ils ne sont pas détestables, juste … Il y a quelque chose de triste en eux, qui donne envie de s’apitoyer sur leur sort. Kanna hoche doucement la tête en l’écoutant. Malheureusement, si pour elle, l’innocence, la curiosité et l’amour sont des valeurs qui existent dans son cocon, elle se rendra compte plus tard que l’animal peut être aussi cruel que l’humain, si ce n’est plus. Pour le moment, néanmoins, la blanche ne peut que répondre par la positive. Les Hommes perdent énormément à considérer les animaux comme des outils, sans tenter de les comprendre. S’ils pouvaient cohabiter, le monde entier pourrait assister à bien des prouesses, pour le moment irréalisables.

Une petite truffe apparaît, suivie de près par de grandes oreilles. Un fennec. Kanna en a croisé plusieurs, ils sont très malins, mais pas particulièrement dangereux. L’hybride observe le nouveau venu qui s’installe auprès d’elles. Il n’a pas l’air bien méchant, tranquillement assis là à les contempler. Il n’a pas l’air comme elles, c’est un animal comme un autre. La blanche détourne son attention pour se concentrer sur Reikan, qui poursuit sa réflexion sur une note d’espoir, qui témoigne de sa douceur et de son optimisme. Kanna sourit. Cette demoiselle deviendra une adulte impressionnante, aussi intelligente que …

Les pensées de l’hybride cessent, brusquement interrompues par l’arrivée d’autres fennecs, qui débordent les deux demoiselles par leur nombre. Organisées comme un troupeau de chasseurs, les bestioles adoptent une formation quasiment militaire, qui empêche Kanna et Reikan de s’extirper. La blanche observe, cherche une parade ou une faille pour pouvoir s’y glisser, mais rien n’y fait : leur chasse était préméditée et drôlement bien ficelée. La chatte doit se rendre à l’évidence : ces bêtes ont bien caché leur jeu, jusqu’à être capables de les surprendre et leur fondre dessus, sans leur laisser une chance. Kanna soupire, secouée mais incapable de se mouvoir : jusqu’où iront-elles ? La descente est rude et elle ne sait pas où elles vont se retrouver. Pour le moment, l’hybride ne peut pas se métamorphoser, les secousses perturbent sa concentration. Il faut attendre, les laisser les mener jusqu’à leur destination.

Le kidnapping se poursuit jusqu’aux confins du désert, dans une zone que Kanna n’avait encore jamais vue. Une tanière digne de ces petites créatures, d’où leur odeur explose jusqu’à saturer la truffe de la minette. Elle plisse les yeux. Les bestioles les relâchent et les laissent au milieu d’un cercle qu’elles s’affairent rapidement à former, jusqu’à laisser apparaître une autre créature, plus grande que toutes les autres et particulièrement menaçante. Kanna lève la tête et observe le grand fennec, craintive. Un kidnapping perpétré par des animaux, qui les laisse toutes deux sans défense, pour le moment. La blanche inspire profondément et guette le moment opportun pour revêtir sa forme animale.

Une chose est sûre, néanmoins : si ces créatures les ont menées ici pour les manger, Kanna ne se laissera pas faire. Elle ne deviendra pas le repas d’une bête, n’importe laquelle, sans s’être battue. Parce que, de toute façon, la blanche est petite, certes, mais elle est un vrai prédateur. On ne chasse pas le chasseur, jamais.


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Ven 14 Juin 2019 - 19:05

♫ Origin — Agito to Kain


Ce fut pleine de sable que Reikan retrouva la liberté de ses mouvements, du moins, dans un petit périmètre bien encerclé par cette troupe de fennecs malins mais visiblement fort impolis. Si le trajet n'avait pas été si long en terme de durée objective, il était évident que ce nouveau moyen de locomotion avait été efficace, en ce qu'il avait mené les deux petites filles au fin fond d'une des artères du Désert. Agenouillée sur la couette sablonneuse, la brune posa ses mains au sol pour reprendre ses repères après tous ces remous ; le soleil lui avait-il tapé sur la tête au point de lui faire oublier les notions de temps et d'espace? Elle soupira discrètement, stabilisant ses appuis afin de relever son minois vers chacun des fennecs qui les entouraient avec Kanna. Une... une grotte? Il fait assez frais pour qu'elle se trouve une bonne maison sous terre, au moins. Mais la métamorphe était bien loin d'avoir perdu son sang-froid, malgré ses six hivers passés seulement. D'un bref geste de sa dextre, elle se débarrassa de tous ces grains de sable dérangeants en tapotant ses tissus orientaux.

Notre chère future nomade se remit alors rapidement sur pieds, en vue de contempler du plus haut possible l'endroit où elle venait d'atterrir ; une spacieuse caverne loin d'avoir été façonnée par la nature seule, où la lumière du zénith nourrissait continuellement de ses rayons les minéraux parsemant le sol. De nombreuses stèles aussi lisses qu'imposantes délimitaient la salle principale, dont le point le plus profond cachait pourtant un bruit d'eau. Un chaleureux dégradé de couleurs, dans les tons si chauds qu'il en donnait presque soif, s'offrit à son regard d'un bleu roi se situant à l'opposé du panel des pigments. Les grains de sable étaient si bercés par la lumière qu'ils côtoyaient de près la lueur même de l'or, à l'instar de la terre d'ocre nappant le Kaze no Kuni. Et même en ce souterrain, des dunes similaires aux ergs de la surface s'étaient élevées avec le temps et les souffles tempétueux ; décidément, le Désert avait ici tous ses droits. Où sommes-nous? Face à ce spectacle, Reikan ravala sa salive dans un gloups, au moment même où les fennecs avaient décidé de s'activer et de se mettre à glapir, pour une raison lui étant encore inconnue. Les pupilles de la féline roulèrent un peu partout, aussi bien au plafond où des volées de grains tombaient de temps à autre, qu'au sol, par peur d'être encore proie à un subterfuge venant des tréfonds.


Stoïque, Reikan adressa un regard bordé de doutes à la blanche immaculée. Ce kidnapping, sans que ni tête, eut finalement raison de sa patience déjà bien affaiblie par son jeune âge ; que ce soit la fine et aléatoire pluie de sable s'échappant de la voûte au-dessus de sa tête ou bien les cris incessants des fennecs pourfendant son ouïe, tout, en plus de l'incompréhension, paraissait avoir été mis en œuvre pour la pousser à bout. Jusqu'à ce qu'une monstrueuse ombre ne se dessine sur l'une des colonnes de pierres, se rapprochant dangereusement d'eux et obligeant les renards du Désert à se pousser pour lui laisser place. Qu'est-ce que...? Toutefois, cette silhouette menaçante eut vite fait de se rétrécir pour ne faire que la taille d'une formation rassemblant deux fennecs et une horreur trônant dans un carrosse sans roues, sur leurs dos. La troupe de petits canidés s'écarta en cercle pour laisser leurs deux compères déposer une bestiole certes plus grosse qu'eux, mais bien plus repoussante.

Vêtu d'une fourrure lapine tachetée et d'une couronne clairement usée par le temps et la poussière désertique, le lièvre nivéen aux longues oreilles dressa son menton couvert de moustaches tordues et ordonna à ses pilotes, d'un coup de patte arrière bien dosé, de s'avancer jusqu'au niveau des deux jeunes changeformes. Mais c'est quoi ce foutoir? Des fennecs qui obéissent à un... lapin aussi laid? Je crois rêver. Par réflexe, Reikan s'empêcha d'effectuer un pas en arrière pour éviter d'affoler les renards des sables à son dos, captivée par la boule de poils qui semblait avoir établi un rapport de maître à esclaves avec cette troupe de voraces, ou plutôt... de roi à sujets? Cela avait peu d'importance, étant donné que le mammifère à l'air hautain et aux yeux luisants et exacerbés jusqu'à en titiller le rouge sang approchait déjà son museau devant le duo d'humaines. Et si ses arcades sourcilières proéminentes ne lui accordaient pas l'once d'un air commode, son regard sanglant, lui, disait tout. Et en plus il chlingue du pif, j'y crois pas. Mais malgré l'air aristocratique que ce fourbe et la voix aussi stridente qu'éraillée - entre autre, produisant des sons insupportables - qu'il empruntait, la féline resta de marbre, ne reculant que la tête pour éviter de se la faire bouffer. Elle prit d'ailleurs soin de se munir d'un pacifisme à toute épreuve pour ne pas le brusquer, ayant vite compris que si elle n'allait pas dans son sens, les fennecs autour de Kanna et elle se chargeraient de leur faire subir son courroux.

SON ABOMINABLE MAJESTÉ ABOU:
 

« SALUTATIONS, CHÈRES... OFFRANDES. J'espère que votre voyage s'est bien passé. Nous avons toujours eu du mal à trouver nos invités dans ce maudit Désert, vous savez. Même un élu du Mimi no Kami comme moi est obligé de faire les frais des tempêtes et du manque de nourriture. Mon nom est Abou, premier du nom et Roi de cette magnifique grotte que vous voyez là.
Enchantée de faire votre connaissance, Abou. Dites, avez-vous bien dit... offrandes? »

*Mimi no Kami (耳の神, litt: Dieu des Oreilles)

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Deux félins dans le désert. [Reikan]

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