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Cousins [Inuzuka Haruko]


Mar 25 Juil 2017 - 16:17

"Saloperie ..."

Nouvelle tentative. La flamme surgit, cette fois-ci, du briquet, mais timidement. C'était suffisant, cependant, pour que Fujin y allume le bout de sa cigarette. Il souffla un nuage de fumée qui flotta un instant dans l'air avant de se mélanger à l'atmosphère. Il faisait beau. Un généreux soleil baignait tout le village. L'ambiance générale était légère. Tous les soucis du monde semblaient bien loin de la sérénité des Kumojins. Les tourments des autres nations, et même les événements récents ayant pris le village pour protagoniste -comme l'intrusion à la Bibliothèque, par exemple- semblaient n'avoir été qu'une passade du destin. Dans une atmosphère aussi paisible, il paraissait impossible qu'il réserve un sort malheureux à Kumo.

Cela faisait quelques minutes que Fujin attendait aux portes du village. Kong sautillait d'impatience. Il faut dire que la perspective était plutôt heureuse: ils allaient retrouver un cousin pour l'un et une soeur pour l'autre. Tous deux étaient également rescapés de la guerre civile de Hi no Kuni. Aux dernières nouvelles -que Fujin ne cherchait d'ailleurs pas, mais qui trouvaient toujours un moyen d'arriver jusqu'à lui- elle était plus violente et sanglante que jamais. Rien d'étonnant. L'Inuzuka ne s'attendait en tout cas à rien d'autre. Il voyait du plus mauvais oeil qui soit, celui de la victime stigmatisée, cette guerre. Elle lui avait enlevé à peu près tout ce qu'il avait de cher, pour simplement lui laisser des lambeaux. Haruko -c'était le nom de son cousin- et Miyuki -sa ninken- étaient de ces dernières choses auxquelles Fujin avait pu se cramponner en arrivant à Kumo pour éviter de sombrer dans la folie. Ils étaient, à eux quatre, les reliquats de la Meute. A moins bien sûr que d'autres Inuzuka aient réussi à quitter Hi no Kuni, ce dont Fujin doutait fortement. L'attachement de ce clan à son pays d'origine était déjà trop fort, à l'époque, pour qu'il puisse quitter ses terres.

Les Inuzuka semblaient donc être une espèce en voie d'extinction, dont les derniers spécimens se faisaient rares. Etrange et déconcertante perspective que celle d'être le dernier de sa lignée -ou presque. Fujin plongea ses doigts dans le pelage épais de Kong. Le ninken ne tarissait pas d'excitation. Ces quelques retrouvailles avec Haruko et Miyuki étaient l'occasion de sortir d'une forme de solitude, en retrouvant un peu de ses racines. C'était rassurant.

"Ils devraient plus tarder, maintenant."

Fujin avait beaucoup d'affection pour Haruko. Parce qu'il était plus jeune que lui de quelques années, il ne pouvait s'empêcher d'être un brin protecteur avec lui, quand bien même le jeune garçon n'en avait pas toujours besoin. Sans doute était-ce l'instinct de meute qui le poussait à agir de la sorte. A moins que le lien entre leurs ninken n'y soit aussi pour quelque chose. Ils se serraient les coudes et Fujin veillait sur Haruko dans un milieu qui n'était pas leur milieu naturel, ni pour l'un ni pour l'autre. C'est pourquoi, régulièrement, ils se retrouvaient l'espace de quelques jours pour des escapades dans les forêts environnantes du village. Ils retrouvaient l'état sauvage qui était leur.

Kong jappa joyeusement. Fujin sentit l'odeur familière de son cousin qui se rapprochait. Il sourit légèrement en écrasant sa cigarette sous sa semelle.


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Mar 25 Juil 2017 - 23:16

Cousins - ft. Inuzuka Fujin

« Je sais, je sais, on est en retard ! Pas la peine de te fâcher! » criais-je à une Miyuki qui montrait les dents en grognant. Encore une fois, elle faisait sa matriarche. Elle tenait ça de sa mère qui était la matrone de la plus grande meute de chiens-loups d’Hi no Kuni. Depuis que j’étais gosse que ma compagne me sermonnait dès qu’elle en avait l’occasion. Nous avions rendez-vous avec Fujin et Kong, et Miyuki s’énervait à l’idée de les faire attendre encore plus longtemps. Par ma faute bien sûr. C’était toujours de ma faute selon elle. Je m’étais endormi sur la branche d’un chêne, à l’ombre de son feuillage, pour me reposer de mon entraînement matinal avant d’aller rejoindre la meute. Bon oui, d’accord, c’était un peu de ma faute, mais si elle tenait à ne pas être en retard, elle n’avait qu’à me réveiller plus tôt. Mais ça, jamais Miyuki ne l’avouerait, elle était trop orgueilleuse.

Sous les jappements incitatifs de ma gardienne, je bondis de mon perchoir pour atterrir dans l’herbe, juste à ses pattes. Aussitôt redressé, elle me botta les fesses de son museau et du haut de son crâne pour que je m’active. « Oïe ! Pas la peine de me bousculer oneesan, on y va! » Miyuki à mes trousses, je me mis en marche d’un bon pas en direction de l’Arche grise – la porte du village.

Comme à chaque fois que j’allais les voir, j’étais plutôt enjoué. Fujin était en quelque sorte mon grand frère – d’adoption du moins puisque nous étions en réalité cousin du côté de nos pères. Depuis mon arrivée à Kumo – qu’il avait rejoint plusieurs mois avant moi – il m’avait pris sous son aile. Son ninken et lui étaient probablement les seules choses qui m’ancraient ici dans les montagnes. Sans l’appel de la Meute qui nous avait conduit ici Miyuki et moi, je serais encore en train d’errer dans la forêt de Hi no Kuni. Où je serais probablement mort…non, assurément mort plutôt. C’est lui qui m’a donné envie de vivre à Kumo et qui m’a permis de ne pas rejeter immédiatement cette terre d’accueil. Pour peu que je sache, Fujin et moi étions peut-être les seuls survivants du clan, les derniers chaînons de la Meute. Bien entendu, je parle de la véritable lignée, pas de ces traitres qui sont parties en plein milieu de la guerre pour le Pays de la Terre. Qu’était-il arrivé aux autres survivants? Je n’en avais pas la moindre idée…Suite à la mort de la dix-septième doyenne, le clan avait sombré.

Je dévalais la rue en pente qui menait à l’Arche grise à toute allure, bousculant quelques passants sur ma route. « Désoléééé! » me contentais-je de répondre aux offusqués sans me retourner. Bientôt, à quelques centaines de mètres de notre objectif, je finis par capter l’odeur de Fujin et de son compagnon canin. Miyuki laissa échapper un jappement ou deux lorsqu’elle aperçut son frère qui l’attendait au loin. J’espérais ne pas trop les avoir fait attendre. En m’approchant, je pus desceller une nouvelle odeur, qui se mélangeait subtilement à celle du cousin. De la fumée? Une cigarette? Tsss…Il n’avait pas arrêté ça encore ?! « Oïe ! Fujin ! Je t’ai pas déjà dit d’arrêter de fumer ? Tu vas finir par détruire tes sens. » dis-je en arrivant sous l’arche des portes du village, haletant et un peu essoufflé.

À peine arrivé, Miyuki s’élança vers Kong. Elle claquait de la mâchoire en essayant de lui attraper la queue. C’était sa manière de jouer et de signifier qu’elle était contente de le revoir. Reprenant mon souffle et après avoir réprimandé mon ainée, je fis une bonne poigne à Fujin tout en souriant bêtement comme à mon habitude. « Alors, tu m’amènes où cette fois-ci ? » Son cousin connaissait toujours les meilleurs endroits pour chasser et pour s’évader, les endroits les plus verts et les plus grandioses des environs. Il connaissait tous ces petits endroits ici et là qui pouvait leur rappeler la forêt qu’ils avaient quittée à Hi no Kuni.


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Mer 26 Juil 2017 - 16:02

"Tu m'feras des leçons sur la clope quand t'arriveras à l'heure à un de nos rendez-vous."

Fujin salua son cousin d'une affectueuse poignée de main, à laquelle il ajouta une accolade. Il était plus content qu'il ne l'imaginait de retrouver Haruko et Miyuki. A la ninken, il donna une caresse sur la tête, avant de la laisser reprendre ses jeux avec son frère. Fujin avait véritablement l'impression d'être avec sa famille, maintenant. Une véritable famille, pas celle qu'il s'était efforcé de créer avec le reste de la société de Kumo. Cette fois, il retrouvait ses frères de sang et d'âme. Il avait le sentiment qu'un poids s'enlevait de son coeur.

"On va pas aller très loin. C'est une petite forêt que j'avais repéré juste après les élections. On y a passé une semaine, avec Kong. On a presque l'impression d'être de retour à Hi, là-bas. Ca vous plaira."

Sans rien ajouter, il entama la descente du long sentier sinueux qui reliait les portes du village au reste du monde. Il fallait suivre ce petit chemin qui longeait les flancs des hautes montagnes pendant quelques kilomètres pour arriver à une altitude moindre, plus propice à la rencontre de forêts et de bois. Mais la route était escarpée, et trop peu sûre pour que des Shinobis -même les plus expérimentés- puissent se permettre des folies en allant trop vite. Prudence était de mise, même pour les plus aguerris. Cela n'empêchait cependant pas les ninkens d'ouvrir la marche avec des bonds agiles de rocher en rocher, sans se soucier plus que ça du danger qui les guettait sous la forme d'un imposant ravin, juste à côté d'eux. La petite troupe traversa une couche de nuages bas, et elle put alors apercevoir les vallées, monts voisins et petites rivières de montagne qui se profilaient à leurs pieds. Quelques rais de lumière filtraient à travers l'épaisse chape de stratus, pour éclairer des zones de terres qui semblaient du même coup bénies par quelque entité suprême. Bien que Fujin n'adhère en aucune façon aux différents cultes présents dans le pays, il y en avait un, universel, auquel il voulait bien se soumettre: celui de la beauté. Et il avait le sentiment profond d'en avoir une illustration brillante sous les yeux.

"Quoi de neuf de votre côté ? Z'avez été affectés à une équipe ? Nous, oui. Avec deux autres Genins. Notre senseï est un gars d'ici, qui a l'air plutôt cool. Kizuato Daisuke, quelque chose comme ça. Les deux autres Genins ... Un a l'air chelou et l'autre est un connard. Mais on f'ra avec, j'imagine. 'Faut de tout pour faire un monde, hm ?"

Fujin n'aimait pas s'étaler sur son propre sort, quand bien même celui-ci n'était pas toujours tout rose. En l'occurrence, il aurait volontiers échangé sa place dans son équipe avec quelqu'un d'autre. Il estimait n'avoir pas fait la meilleure pioche possible en atterrissant dans ce groupe. Principalement parce que le seul de ses coéquipiers qu'il connaissait s'était révélé être une enflure de la pire espèce lors de leur première rencontre.

"Y'a du changement dans l'air, en tout cas. Le nouveau Kage, Nara Seijiro ... C'est bien que ce soit un Nara. Pour nous, c'est bien. C'est au moins un signe d'intégration. Et puis, on peut espérer qu'il s'intéressera tôt ou tard à Hi. Histoire qu'on mette fin à cette foutue guerre, un jour ..."

Fujin savait que son cousin avait souffert au moins autant que lui du conflit. Et il n'avait aucune envie d'amener le sujet sur le tapis, d'ailleurs. Simplement, il s'était imposé de lui-même à son esprit. Il se serait volontiers allumé une autre cigarette s'il ne savait pas combien le regard réprobateur de Haruko avait de l'influence sur lui. Qu'il le veuille ou non, il était aussi protégé par le jeune garçon qu'il ne le protégeait lui-même. Il pointa un endroit plongé dans la brume, dans une vallée proche.

"C'est là-bas qu'on va. J'espère que t'as pas oublié ta brosse à dents. C'est plutôt ... sauvage. Mais on s'y sent chez soi."


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Mer 26 Juil 2017 - 21:12

Cousins - ft. Inuzuka Fujin

J’adorais voir Miyuki s’amuser de la sorte. Elle n’était jamais aussi radieuse que lorsqu’elle se retrouvait avec son frère Kong. Alors nous nous mettions en marche mon cousin et moi, les deux chiens loups trainaient un peu de la patte en continuant de se tirailler d’un côté à l’autre. Visiblement, ma compagne s’en était fait pour rien. Si Fujin me fit une petite remarque sur mon retard, il n’en était pas moins content de me voir puisqu’il m’empoigna solidement le bras et me fit une accolade. Je savais que ces moments étaient tout aussi importants pour mon ainé que pour moi. Et pour rien au monde je ne les manquerais.

J’avais bien hâte de découvrir quel endroit il nous ferait découvrir cette fois-ci. La dernière fois, c’était une petite cascade vers le nord, de l’autre côté de la montagne sur laquelle était perché Kumo. Une véritable petite oasis de paix…Jusqu’à ce qu’on découvre que le lac était infesté de poissons-charognards…Mais on avait eu bien du plaisir quand même. La tête qu’avait faite Kong lorsqu’il s’était fait mordre la patte par une de ces bestioles aquatiques! « On va pas aller très loin. C'est une petite forêt que j'avais repérée juste après les élections. On y a passé une semaine, avec Kong. On a presque l'impression d'être de retour à Hi, là-bas. Ça vous plaira. » C’était parfait, en plein ce dont j’avais de besoin !

Aussitôt sortis du village, les deux ninken prirent les devants de notre quatuor. Leur agilité animale leur permettait d’aller vite, plus que nous. Même si nous étions pratiquement des hommes bêtes et que notre agilité était grande, elle ne rivalisait pas avec celle de nos compagnons. C’est pourquoi nous marchions, plus lentement, le long du ravin. À une telle hauteur, une chute serait probablement mortelle. Il fallait dire, les Kumojin avaient choisi un endroit idéal pour établir leur village secret, au sommet d’une montagne ! Dissimulé entre les pics rocheux et les nuages, il était impossible pour quiconque de le trouver à moins de savoir exactement ce que l’on cherchait. Soudainement distrait par une chèvre des montagnes qui broutait de l’herbe le long du sentier, je fis un pas de travers, sur une roche un peu trop lisse, et je manquai tomber dans le vide. Heureusement, mes réflexes aiguisés me permirent de retrouver mon équilibre après avoir glissé seulement quelques centimètres plus bas, et je repris la route derrière Fujin comme si de rien n’était.

Bientôt, on franchit la barrière des nuages et on put apercevoir toute l’étendue du paysage. Même si le Pays de la Foudre n’avait rien à voir avec celui du feu, je devais avouer que la vue était splendide; un vaste paysage changeant constamment de visage, recelant de nombreux secrets et petits recoins extraordinaires. C’était bien là l’une des seules consolations que Miyuki et moi trouvions ici. « Quoi de neuf de votre côté ? Z'avez été affectés à une équipe ? » me demanda Fujin lors d’une brève pause à flanc de montagne avant de terminer notre descende. « Hum? Pas grand-chose…le train-train habituel. » Je n’allais certainement pas lui raconter mon altercation de l’autre avec cette blondasse de Setsuna. Mon cousin était du genre à me pousser à m’intégrer aux autres, s’il voyait que je ne faisais pas d’effort encore une fois, il me rebattrait les oreilles avec ses sermons. Pas aujourd’hui, non ! « Non, j’attends toujours mon affectation…Il semblerait qu’il soit en pénurie de sensei volontaire. » Cela faisait mon affaire d’un côté. Comme ça je pouvais vivre ma petite vie tranquille avec Miyuki et effectuer de petites missions en paix seul de mon côté. « Y'a du changement dans l'air, en tout cas. Le nouveau Kage, Nara Seijiro ... C'est bien que ce soit un Nara. Pour nous, c'est bien. C'est au moins un signe d'intégration. Et puis, on peut espérer qu'il s'intéressera tôt ou tard à Hi. Histoire qu'on mette fin à cette foutue guerre, un jour ... » ajouta mon cousin alors que nous nous remettions en marche. « Mouais…je ne sais pas…tu connais mon avis sur les Nara. » Nous en avions parlé à mainte reprise. Je n’allais pas lui casser les oreilles une fois de plus avec ma vision foireuse et défaitiste de nos compatriotes de Hi. Pour moi, les Nara étaient des traitres. S’ils ne s’étaient pas exilés, la guerre n’aurait jamais pris de telle proportion. S’ils étaient restés pour combattre la tyrannie du Daimyo, la révolution aurait été courte. Enfin, c’était mon avis. « Mais tu as raison…Si ça pouvait faire en sorte qu’on s’intéresse un peu plus au sort de notre patrie…Tu sais bien que je serais le premier à me porter volontaire pour y retourner. » Après ces quelques échanges, on ne parla plus du conflit. C’était un sujet sensible qui réanimait de vieux démons.

« C'est là-bas qu'on va. J'espère que t'as pas oublié ta brosse à dents. C'est plutôt ... sauvage. Mais on s'y sent chez soi. » dit Fujin en pointant une touffe d’arbres qui émergeait d’un nuage de brume au loin dans la vallée. Maintenant que nous étions plus bas dans la montagne, je pouvais sentir toute la fraicheur de l’air, les odeurs sauvages et animales qui se mélangeaient. C’était l’un des inconvénients de vivre à Kumo et l’une des raisons pourquoi je m’aventurais dehors souvent. Aussi haut en altitude, l’air se faisait rare. Et il était en plus pollué par l’odeur de la raffinerie. De l’endroit où nous étions, le dénivelé restant pour se rendre au cœur de la vallée n’était pas très impressionnant. Enfin…Si un peu…Mais quelqu’un d’un peu casse-cou pouvait facilement s’y rendre rapidement en courant. Je jetai un petit coup d’œil à Fujin en souriant. « Allons-y alors, qu’est-ce que tu attends? Le dernier en bas s’occupe du lunch ! » D’un seul bond, sans élan, je m’élançai vers l’avant. Miyuki aboya en signe de réprimande, puis elle se lança à mes trousses dans le dénivelé.


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Jeu 27 Juil 2017 - 14:47

Quant à la question de retourner faire du volontariat à Hi no Kuni, Fujin n'était pas tout à fait certain de sa propre position. Il ne regrettait absolument pas son pays natal, et ne l'affectionnait pas suffisamment pour vouloir risquer sa vie pour y rétablir un quelconque équilibre politique simplement par instinct patriotique. Il n'y avait vécu que trop peu de temps pour ça. S'il devait jamais y retourner, ce serait sous le costume d'un soldat de Kumo, et non pas sous celui d'un ancien habitant de Hi. Seuls ses supérieurs, maintenant, pourraient le pousser à agir à Hi. De son plein gré, il était à peu près certain de ne jamais y retourner. Encore moins pour se confronter à nouveau à l'ignominie qui avait lieu dans ces terres corrompues par le mal et la guerre. Et il trouvait bien imprudent de la part de son cousin de chercher à se replonger dans ce bain d'atrocités.

Il n'eut cependant pas le temps d'en toucher ne serait-ce qu'un mot. Déjà, Haruko et Miyuki se précipitaient, dévalant la pente aiguë du flanc de la montagne à toutes jambes, pris dans un élan infernal.

"Tssss ... Tête brûlée."

Fujin et Kong n'eurent qu'à s'échanger un regard. L'instant d'après, ils étaient sur les talons de leurs concurrents, à la seule différence qu'ils avaient adopté une tactique différente: Fujin était juché sur le dos de Kong qui, fort de sa propre musculature et d'un poids supplémentaire qui le poussait en avant, atteignait des sommets de vitesse. Ils fendaient littéralement les airs, et c'était bien une tempête de poussière qui se levait derrière eux alors qu'ils avalaient les derniers mètres qui les séparaient de Haruko et Miyuki.

"BON COURAGE POUR LA CUISINE !" lança Fujin alors qu'ils dépassaient Haruko.

Du reste, ce petit exercice n'était pas des plus tranquilles. La vitesse à laquelle ils allaient, l'agitation de leurs souffles combinés se superposant, le bruit du vent claquant leurs tympans sans pitié et ces mêmes bourrasques qui s'écrasaient sur la peau contribuaient assez à rendre cette course folle effrayante. Mais sans doute était-ce là un des bénéfices de vivre une vie de Shinobi, c'est à dire plongé au sein même du danger: son ampleur s'en trouvait largement réduite lorsqu'il s'agissait de petits périls comme celui-ci. Et puis, il fallait tout de même admettre que c'était un exercice défoulant et qu'il avait ça de bon de marquer définitivement la frontière entre l'exercice des fonctions de Shinobi et le repos. En quittant le chemin de pierre pour se diriger droit vers la forêt, Fujin se coupait une bonne fois pour toute de la vie de Shinobi. On le rappellerait quand on aurait besoin de lui.

Ils arrivèrent les premiers en bas de la pente. Parce qu'ils allaient trop vite, Kong ne put s'arrêter immédiatement, et leur course se poursuivit dans un ralentissement progressif pendant encore une centaine de mètres jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent complètent. Kong était haletant. Son pelage battait avec énergie au rythme de ses respirations. Il s'affala sur l'herbe humide pour reprendre son souffle. Fujin s'appuya contre l'abdomen de la bête en attendant que son cousin et son ninken ne les rejoignent. Quand ce fut finalement le cas, il leur sourit narquoisement.

"Alors ? Ca manque d'entraînement tout ça."

Il se releva, et Kong en fit de même. Il s'était bien amusé, lui aussi. Le petit groupe reprit son chemin en direction de la forêt. Tout était calme autour d'eux, calme qu'ils savouraient d'autant plus avoir que le vent ait sifflé comme un démon à leurs oreilles pendant leur descente -mémorable- de la pente. Les prés étaient bercés par une brise légère, qui faisait danser les herbes. Quelques feuilles flottaient dans le vent, jouets de quelque démon malingre. Les échos de l'agitation urbaine de Kumo s'étaient faits de plus en plus sourds, à mesure qu'ils étaient descendus dans la vallée, jusqu'à n'être plus qu'un léger grondement presque inaudible. A l'inverse, l'agitation sauvage de la forêt qui leur faisait face gagnait, elle, en ampleur. Les bruits des bêtes, l'odeur de l'humus frais, et les pépiements des volées d'oiseaux qui se précipitaient de branche en branche parvenaient déjà aux oreilles acérées des Inuzuka. Ils passaient d'un milieu à un autre, tout à fait différents en apparence mais tout aussi débordants d'énergie l'un que l'autre.

Fujin s'arrêta à l'orée de la forêt, et s'agenouilla. Il allait se livrer à un rituel qu'ils avaient mis au point, Haruko et lui, lors de leurs premières excursions. Il s'agissait de remercier les esprits du lieu qu'ils allaient habiter pendant quelques temps pour leur hospitalité. Fujin déroula devant lui un morceau de tissu pourpre, sur lequel il posa un bol, qu'il ne tarda pas à garnir de riz. Là-dessus, il joignit les mains.

"Esprits de cette forêt qui habitez ces lieux, nous nous en remettons à vous pour que notre séjour dans votre demeure soit calme et riche en expériences."

Là-dessus, il frappa trois fois des mains, et un silence s'installa, troublé uniquement par l'incessante mélodie naturelle que nous avons déjà décrite. Au bout de quelques instants, il se releva, et pénétra dans la forêt, le reste de la troupe sur ses talons. Le bol de riz constituait une offrande aux esprits de la forêt, et il resterait à sa place jusqu'à la fin du séjour des Inuzuka.

Ils marchèrent un moment, parmi les troncs noueux et les fougères, avant de tomber sur une clairière. C'était un endroit véritablement attirant, tant par la tranquillité qui y régnait que par le charme du décor. On aurait dit un de ces temples de nature, seulement pénétrés par quelques élus et baignant dans la lumière de quelques rares rayons de soleil.

"Bon. On a qu'à s'installer là, nan ? On ira chasser après."


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Jeu 27 Juil 2017 - 19:50

Cousins - ft. Inuzuka Fujin

J’étais sûr que gagner la course. Je dévalais la pente à une vitesse hallucinante, la gravité me tirant vers l’avant, je tombais presque plus que je ne courrais. C’était dans des moments comme celui-ci que je me sentais réellement libre. L’incroyable pression du vent sur mon visage, mes yeux, mes tympans, l’adrénaline qui stimulait mon corps, mon cœur qui battait la chamade. J’étais vivant, réellement. Enfin. À côté de moi, Miyuki descendait la pente à vive allure également. Les longues pointes de son pelage blanc virevoltaient au vent.

Alors que je croyais avoir une bonne avance, la chienne-louve se mit à japper. Mon cousin se rapprochait. « BON COURAGE POUR LA CUISINE! » hurla-t-il une fois à mes côtés. Avec le vent qui soufflait directement dans mes oreilles, je parvenais à peine à comprendre ce qu’il disait, mais l’expression sur son visage et son sourire narquois disait tout. Il comptait gagner coute que coute. Dans son élan, Fujin – qui chevauchait Kong – me dépassa de manière fulgurante. Bientôt, je ne plus voir que la trainée de poussière qu’ils laissaient dans leur sciage. Alors que je le voyais s’éloigner, mon cœur se mit à battre de plus belle. C’est ce que j’aimerais le plus de nous réunions, retrouver cet esprit de compétitivité, de camaraderie. Bien que je me sois fait des amis au village, rien n’équivalait à ce que j’avais avec mon cousin. Nous étions une meute après tout, notre relation, presque symbiotique, qui nous unissait tous les quatre était unique. « Oïe, Miyuki ! On ne se laissera pas avoir comme ça ! » Elle vint aussitôt se placer à mes côtés, ma main glissa dans son épais pelage neige pour que je m’agrippe. Dans mon élan, je tentai de sauter pour grimper sur son dos – à la manière de la tactique adoptée par Fujin et son ninken – mais la chose ne se déroula pas comme prévu. Alors que le premier pied avait déjà quitté le sol, le deuxième se buta contre une roche et glissa avant même que je ne puisse donner la propulsion nécessaire pour terminer mon ascension sur Miyuki. Le reste était digne d’un théâtre de comédie. Je dévalai le reste de la pente, accroché d’une main à Miyuki, les jambes en l’air. Lorsque je sentis que nous étions finalement sur un terrain plat, je pus lâcher mon étreinte et je terminai ma course par quelques culbutes pour finalement terminer sur le cul. Fujin et Kong m’attendaient fièrement, en vainqueur de la course. « Alors ? Ça manque d'entraînement tout ça. » Étourdis par la fin rocambolesque de la descente, je me tournai vers lui le regard abasourdi. « Tssss, tu as triché aussi ! » dis-je en me relevant péniblement.

Miyuki vint se placer à mes côtés et commença à licher quelques-unes de mes blessures – quelques coupures sur les jambes et les bras, rien de grave – avant que l’on se remette tous en route. La brume que l’on pouvait apercevoir du haut de la montagne commençait à l’estomper tranquillement au-dessus de nos têtes. Un calme presque surnaturel régnait sur la vallée, mais pourtant j’avais du mal à rester concentré sur la route. Mes sens étaient titillés par une multitude de choses, tiraillant mon attention dans toutes les directions – le bruit des oiseaux, le vent dans les feuilles, l’odeur de la rosée, la fraicheur de l’herbe humide sur mes pieds…Alors que nous marchions calmement vers la forêt, Kong et Miyuki courraient après les feuilles qui virevoltaient au vent. C’était de véritables gamins ces deux-là.

Bientôt, on arriva devant la forêt dont Fujin avait temps parlé. Les arbres étaient majestueux et immenses, malgré leur feuillage maigrichon à cause de l’hiver. Comme à l’habitude, avant d’entrer dans les bois, je m’agenouillai au sol pendant que mon cousin déballait notre offrande. L’idée venait de lui, elle remontait à notre première excursion. Mélange entre une coutume locale et une tradition de notre clan, nous avions mis au point ce petit rituel pour saluer et remercier les esprits de la nature de nous accueillir en leur sein. Je ne me considérais pas comme quelqu’un de particulièrement spirituel, mais je trouvais l’attention et le geste important.

Fujin n’exagérait pas lorsqu’il disait que ces bois ressemblaient à ceux de la maison…Si ce n’avait pas été de mon odorat canin qui me renseignait sur toutes les subtilités du lieu, j’aurais pu croire être de retour à Hi no Kuni. Il nous amena jusque dans une petite clairière, une véritable oasis de paix et de tranquillité au milieu de la forêt obscure. C’était l’endroit idéal pour établir leur campement. « Bon. On a qu'à s'installer là, nan ? On ira chasser après. » Je souris de plus belle à l’idée de chasser en compagnie de la meute. C’était mon moment favori de nos excursions. « Bonne idée! Je vais chercher du bois pour le feu, Miyuki, tente dont de repérer la piste du gibier! » La louve acquiesça d’un jappement et elle s’enfonça dans les bois tout en reniflant le sol et les fougères à la recherche d’une piste.


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Ven 28 Juil 2017 - 10:48

Fujin laissa Haruko et Miyuki partir à leurs occupations respectives. Il déchargea son lourd sac chargé d'affaires diverses, mais toutes strictement nécessaires à leur survie. Pour le reste, ils se débrouilleraient. Il y avait ça de bon à avoir vécu une grande partie de sa vie en communion avec la nature: on savait se séparer très vite du confort. Fujin commença à installer le campement. En fait, il n'y avait pas grand chose à faire. Il sortit simplement de son sac un futon qu'il déroula sur le sol tapissé de mousse verte, et s'assit dessus un instant. Kong était parti avec sa soeur en quête d'une première piste de chasse. Fujin était seul.

S'il avait invité son cousin à le rejoindre dans cette expédition, ce n'était pas simplement pour qu'ils s'adonnent à ce plaisir tout particulier du retour à la nature. Non, Fujin avait quelque chose en tête qui le travaillait depuis un petit moment, et dont il voulait parler à Haruko. Seulement, la chose n'était pas des plus évidentes à évoquer. Fujin connaissait les positions de son cousin sur le sujet, et il s'attendait à une réticence naturelle, au moins de prime abord. Or, il avait justement besoin du soutien de son cousin s'il voulait espérer parvenir à un résultat satisfaisant. Il était vital qu'il parvienne à le convaincre de rejoindre sa cause. Vital car la vie de quelques individus pouvait être en jeu. Vital car il s'agissait de l'avenir d'un clan tout entier.

Fujin se leva, et se saisit d'une gourde attachée à une lanière de son sac. Il entendait le léger bruit d'une rivière en pleine course pas très loin, qui devrait faire l'affaire pour qu'il recharge la troupe en eau potable. Il s'y dirigea d'un pas tranquille. Sous ses pieds, l'humus, la mousse végétale et les écorces craquantes s'écrasaient doucement. Le ruisseau ne tarda pas à se profiler derrière les ombres immenses des arbres. C'était un charmant cours d'eau clair, qui serpentait habilement entre les troncs épais, dans un lit de galets polis par l'action du temps et de l'eau combinés. Fujin y remplit sa gourde, et se lava le visage. Il s'agissait tout de même de se fondre un brin dans l'environnement, ce qui passait en premier lieu par une atténuation des odeurs étrangères à la forêt.

En retournant au camp, Fujin constata que son cousin était revenu, et qu'il s'affairait à présent à allumer un feu. Il le regarda faire en silence, jusqu'à ce que les premières flammes surgissent du tas de petit bois et d'écorces séchées amoncelés.

"Dis ... Faut que j'te parle d'un truc. Viens, on va marcher."

La chose était difficile à aborder, en fait. Fujin savait qu'il s'exposait à un refus catégorique. Mais il devait tout de même essayer. Il s'enfonça dans les entrailles de la forêt, son cousin sur les talons.

"Voilà. J'ai ça qui me trotte dans l'esprit depuis pas mal de temps, et 'faut que j't'en parle. En fait, ça nous concerne tous les deux. Je sais que l'idée te plaira pas, mais j'te demande quand même d'y réfléchir et de peser sérieusement le pour et le contre. J'aimerais renouer avec le clan, autant que possible. Le reconstituer, en un mot."

Il laissa planer un silence d'un instant. A vrai dire, son initiative s'étendait à un peu plus que ça. Aussi poursuivit-il avant d'être interrompu.

"J'aimerais savoir s'il reste des Inuzuka à Hi, qui arrivent à survivre. C'est peu probable, mais possible. Et si c'est le cas ... Il faut tout faire pour les tirer de là, et leur proposer un refuge. Bien sûr, je ne peux pas le faire tout seul. Il me faut l'aval et l'appui du Kage, et surtout ... Celui des autres membres du clan. C'est à dire toi, et c'est tout. Mais j'aimerais aller un peu plus loin que simplement sauver les Inuzuka survivants à Hi ..."

C'était la partie compliquée, maintenant, à cause de laquelle il s'attendait à un refus catégorique.

"Je veux prendre contact avec les Inuzuka d'Iwa, et leur proposer de reformer le clan tel qu'il était dans ses grandes heures."

Ne restait plus maintenant qu'à attendre la réaction tant redoutée.


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Sam 29 Juil 2017 - 19:11

Cousins - ft. Inuzuka Fujin

Aussitôt Miyuki partie, son frère Kong se lança à sa poursuite. Les deux canidés allaient pouvoir profiter d’une petite réunion familiale, loin des regards des deux cousins. Rien ne valait une petite traque en famille pour se ressourcer. Ce voyage n’était pas que pour Fujin et moi après tout, nos compagnons avaient eux aussi besoin de leur moment de détente. Pendant ce temps, je déposai mon sac sur le tapis de mousse verte qui couvrait le sol de notre futur campement. Il n’était pas bien lourd, contenant seulement le strict essentiel pour notre survie pendant le voyage ; un petit futon, une couverture chaude, un briquet, une gourde pour de l’eau, de maigre provision – nous n’avions pas besoin de beaucoup, le reste nous le chassions – quelques piquets, du cordage et une toile étanche au cas où il faudrait se protéger de la pluie – mais ce n’était qu’en cas de déluge, nous Inuzuka aimions être proche de la nature, dormir à la belle étoile ne nous effrayait pas.

Je laissai mon cousin seul pendant quelques minutes le temps d’aller chercher ce qu’il fallait pour le feu. Il avait vraisemblablement plu il n’y a pas si longtemps puisque je mis une bonne vingtaine de minutes avant de trouver mes premiers branchages complètement secs. Certes j’aurais probablement pu couper le premier petit arbre venu, mais cela allait à l’encontre de nos traditions et des coutumes de notre clan. Vivre en harmonie et en équilibre avec l’environnement, cohabiter avec la faune et la flore, respecter les esprits. Beaucoup de citadins se moquaient de nos coutumes – ‘sauvage’, ‘barbare’, ‘arriéré’ étaient des mots que j’avais entendus beaucoup trop souvent – et voyager avec eux devenait rapidement un fardeau. Mais avec la meute, s’était totalement différent. Enfin, une occasion de pouvoir être soi-même. Je me faufilais entre les immenses arbres de la forêt, ramassant au passage les copeaux de bois que je trouvais, les gros comme les plus petits. Alors que je m’efforçais à briser en morceau une imposante branche qui avait été coupée par la foudre, je laissai mes sens se déchainer, en totale liberté. Je sentais l’humidité de la couverture végétale se mélanger à la fraicheur de l’air. Derrière un gros rocher, je sentais l’odeur putride d’une bête éventrée en pleine décomposition. Au-delà des arbres et de la clairière, j’entendais une rivière couler. Un peu plus loin, j’entendais des lapins forniquer et les oiseaux chanter. Toutes ces petites choses qui animaient la forêt, mais que jamais personne ne prenait la peine de remarquer…sauf nous.

Une fois les bras bien pleins de branchages, j’entrepris de retourner au campement. À mon étonnement, Fujin n’était plus là, mais il ne devait pas être bien loin puisque je pouvais toujours sentir son odeur. Je me mis donc immédiatement à l’ouvrage. En deux temps trois mouvements, j’avais devant moi une petite pyramide de bois, donc la base était remplie de mousse et d’écorces relativement sèches. À l’aide de mon briquet – et pas sans misère vue l’humidité qui régnait – je parvins après quelques minutes à créer une flamme solide. Tout juste à temps pour le retour de son cousin, les petites flammes enflammèrent le reste de la construction, dégageant une bonne chaleur autour du campement. L’odeur des flammes et de la fumée était enivrante. « Dis ... Faut que j'te parle d'un truc. Viens, on va marcher. » annonça mon cousin en s’approchant une fois les flammes dans les airs. Sa voix était hésitante, sérieuse et presque inquiète à la fois. L’expression sur son visage laissait présager quelque chose de grave, comme s’il avait une mauvaise nouvelle à m’annoncer.

Alors que le feu prenait son ampleur, je quittai le petit campement précaire avec lui en direction de la rivière. D’instinct, je crus savoir ce dont il voulait me parler. Cette tronche d’enterrement, ce n’était pas la première fois que je la voyais. « Voilà. J'ai ça qui me trotte dans l'esprit depuis pas mal de temps, et faut que j't'en parle. En fait, ça nous concerne tous les deux. Je sais que l'idée te plaira pas, mais j'te demande quand même d'y réfléchir et de peser sérieusement le pour et le contre. J'aimerais renouer avec le clan, autant que possible. Le reconstituer, en un mot. » Dès lors, je sus exactement ce dont il voulait parler. Si Fujin et moi avions toujours eux dans l’idée de renouer avec nos camarades Inuzuka, la manière dont nous voulions aborder la chose était totalement différente. Il continua son beau discours en parlant de ceux restés à Hi no Kuni, toujours pris avec la guerre. Ils n’étaient certainement pas très nombreux. Le clan tel qu’il existait autrefois – la majestueuse meute – avait disparu avec la mort de la dix-septième doyenne. Si les Inuzuka avait réussi à survivre à l’abandon d’une partie d’entre eux pour le Pays de la Terre, ils n’avaient pas été de même avec la chute de la doyenne aux mains du Tyran du Feu. Alors que moi je voulais courir à leur aide, sauver le pays de la guerre et reconstituer le clan d’antan au sein du Pays du Feu, mon cousin à mohawk avait une vision quelque peu différente : ils voulaient sauver les derniers Inuzuka de leur misère, les amener à nous, ici à Kumo. Nous nous étions souvent engueulés sur le sujet. Mais quelque chose aujourd’hui dans ses paroles me touchèrent plus qu’à l’habitude…un sentiment d’empressement peut-être? Il avait raison, en ce moment, le clan c’était lui et moi. Et si le futur du clan ne résidait pas en un lieu, mais tout simplement dans la meute ? Après tout…peu importe où elle était, tant que nous étions tous réunis…J’allais devoir y réfléchir. Accepter cette offre me demanderait de combattre mes instincts qui me dictaient depuis toujours de rentrer chez moi. « …mais j'aimerais aller un peu plus loin que simplement sauver les Inuzuka survivants à Hi ... » Hum ? C’était la première fois que Fujin abordait cette nouvelle idée avec moi. « Je veux prendre contact avec les Inuzuka d'Iwa, et leur proposer de reformer le clan tel qu'il était dans ses grandes heures. »

Lorsqu’il prononça cette dernière phrase, je m’immobilisai immédiatement. Il savait pertinemment qu’elle était mon opinion des Inuzuka du Pays de la Terre. Je pris une grande respiration – je pouvais sentir la fumée du feu de camp jusqu’ici prêt de la rivière – et d’une voix calme je lui offris ma réponse. « Tssss…Une petite excursion tranquille, hein? Tu n’avais pas à me trainer dans le fond des bois pour me parler de ça, tu te serais sauvé des soucis à faire ça en ville. » Il était évident pour moi maintenant que le but de ce petit voyage avait été d’aborder cette question, depuis le début. Je connaissais bien mon cousin après tout, cette idée ne venait pas tout juste de germer dans son esprit. « Tu connais mon opinion sur le sujet…Et tu sais très bien qu’à chaud comme ça je ne peux pas te donner une réponse claire. Les Inuzuka qui ont abandonné le clan pour Iwa sont des lâches. C’est à cause d’eux si le clan a éclaté de la sorte. S’ils n’étaient pas partis, jamais le Daimyo n’aurait osé envoyer ses troupes contre la Doyenne. En partant, ils ont créé une faille, ils ont exposé la faiblesse des nôtres, et cela a causé notre perte. » Je m’arrêtai un instant, quelques secondes, me remémorant un quelconque souvenir de ma famille. « …mais je concède que tu as probablement raison sur le premier point… Tu es le chef de la meute, tu as des instincts de leader cousin. Kaminari, Hi, Kaze, ça n’a pas vraiment d’importance. L’important c’est la Meute, n’est-ce pas? Si tu crois que les nôtres seront plus heureux ici qu’ailleurs, que la stabilité de Kumo est favorable à la restauration de Hi – qui n’arrivera peut-être jamais d’ailleurs – je suis prêt à te suivre. » Était-ce la bonne chose à dire? Le pensais-je vraiment? Aucune idée…Mais je pensais ce que je disais, Fujin était un leader né. Si c’était ce qu’il croyait juste de faire, pourquoi ne pas lui donner une chance? De toute manière, avant toute chose, il fallait avant tout penser à reconstituer la Meute. Sans elle, nous avions beau débattre pendant des lustres, cela ne donnerait rien. D’abord sécuriser les nôtres, nous déciderions quoi faire par la suite… « De tout manière, la première chose à faire c’est de secourir les nôtres à Hi, tu as raison. Pour le reste, on verra, j’ai le temps d’y réfléchir encore. » Une concession? Oui, c’est bien ce qui venait de se produire…


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Lun 31 Juil 2017 - 15:23

Fujin ne s'attendait évidemment pas à des miracles. Il ne pensait pas que Haruko adhérerait immédiatement à son projet, sans contrepartie ni objection. Et, à vrai dire, il était plutôt content de voir que son cousin prenait aussi bien la nouvelle. C'était, en tout cas, une réaction bien plus encourageant que celle qu'il n'avait cessé de se préfigurer depuis qu'il s'imaginait comment aborder cette question périlleuse avec Haruko. Il était jeune, et pourtant ses idées sur le clan -ou au moins sur une partie du clan- étaient déjà bien ancrées, ce que Fujin regrettait amèrement. La jeunesse était l'âge de l'ouverture d'esprit et de l'apprentissage du monde, pas celui de la fermeture dans des idées, surtout quand celles-ci véhiculaient des sentiments aussi négatifs que la haine à l'égard d'une frange de son propre clan.

Pour sa part, Fujin n'avait aucune rancoeur à l'égard de cette portion des Inuzuka partie s'exiler à Iwa. Il ne leur tenait pas rigueur, pour la simple et bonne raison qu'il avait fini par faire la même chose qu'eux, à la seule différence qu'il s'était dirigé vers Kumo. Mais, tout comme pour les Nara, qui avaient engendré la guerre civile à Hi no Kuni de par leur départ vers Kaminari, on ne pouvait tenir rigueur aux Inuzuka de Tsuchi pour leur exil, qui avait, lui conduit le pouvoir seigneurial à s'en prendre à la maigre portion du clan demeurant dans les forêts du Pays du Feu. Ils avaient simplement pris la décision qui leur semblait être la meilleure pour eux dans une situation bien particulière. Et si les conséquences avaient été désastreuse, c'était la faute d'un pouvoir corrompu par la peur et la panique, et non pas la leur. Toutes ces réflexions, Fujin les avait mûries pendant des années. Mais aujourd'hui, l'occasion était certainement mal choisie pour en montrer les fruits à son cousin. Il ne voulait pas prendre le risque de fragiliser un accord qu'il prenait déjà pour acquis.

"Je ne suis pas le chef de la Meute, ni n'aspire à l'être. Si quelqu'un de mieux que moi se présente qui voudra assumer cette charge, alors je la lui laisserai. Simplement, il est vital de sauver les nôtres. Tu as déjà dû le ressentir, toi aussi. Cette étrange sensation ... Celle d'être le dernier de son espèce, de son clan. Nous sommes en voie d'extinction, et seule la solidarité entre membres de la Meute pourra nous sauver. Ce dont les Inuzuka ont besoin pour l'instant, c'est d'un foyer stable où ils puissent se reconstruire, se reproduire à nouveau. Et je sais, et toi aussi, sans doute, que Kumo peut nous offrir cette stabilité-là. Après tout, il l'a déjà fait pour nous deux."

Fujin et Miyuki s'approchaient d'un petit trot léger et sautillant. Leurs pas résonnaient à quelques mètres de distance, étouffés par le tapis humide de mousse et de boue. Ils tenaient chacun dans leur gueule le produit de leur chasse, qui ferait leur repas dans peu de temps. Fujin conclut la discussion très vite, car il ne voulait pas que le sujet compromette plus qu'il ne l'avait déjà fait le bon moment auquel il aspirait autant que son cousin.

"Ecoute, voilà la suite des opérations: je vais aller parler de tout ça au Raïkage, pour voir ce qu'il pourra faire. Le plus urgent est de localiser les Inuzuka qui vivent encore à Hi, et de les sauver. On ne pourra pas le faire à nous deux, c'est sûr et certain. C'est pour ça que nous avons besoin de l'aide de Kumo. C'est notre nouvelle maison, maintenant. Et il est nécessaire qu'elle devienne également celle du reste de notre famille. Sinon, nous disparaîtrions tous ..."

Cette seule perspective donna un frisson d'angoisse à Fujin. Tout n'était pas gagné, encore, loin de là. Il fallait encore convaincre le Raïkage du bien fondé de leur démarche. Il fallait que des équipes soient mobilisées qui acceptent de se rendre dans un pays aussi dangereux que Hi. Il fallait que Kumo accepte les rescapés d'une guerre civile, et qu'ils s'intègrent dans le paysage d'un village déjà constitué. Ca ne serait pas chose facile. Mais les difficultés étaient moindres, en comparaison de l'objectif. Il s'agissait, après tout, de sauver un clan.


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Lun 31 Juil 2017 - 18:11

Cousins - ft. Inuzuka Fujin

Fujin n’aimait peut-être que je l’appelle comme ça, mais pour moi, il était l’Alpha de la meute. Depuis tout jeune qu’il démontrait ces caractéristiques, et à mes yeux encore plus depuis que je l’avais rejoint à Kumo. Cousin, grand frère, ami, limite paternelle quelquefois, Fujin et Kong étaient tout ce que nous avions. Même si nos idées étaient parfois divergentes, je serais prêt à le suivre n’importe où pour n’importe quoi. Même si j’avais peur de l’admettre, ma rancune m’en empêchant – cette rancune immuable que je tentais de combattre et d’oublier depuis des années – je savais au fond de moi que mon cousin devait avoir raison sur toute la ligne.

Cette sensation étrange dont il parlait, je la vivais quotidiennement. Chaque jour lorsque je marche dans les rues étrangères de Kumo, chaque jour lorsque je sens les regards qui pèsent sur moi lorsque je vagabonde en ville un loup à mes côtés, les bonnes femmes qui me regardent courir pieds nus avec leur regard hautain et dédaigneux, les gamins qui me posent des questions sur mes tatouages. De petites choses inoffensives certes, mais qui une fois cumulée et répétée pèse lourdement sur la conscience. Mais en même temps, les kumojins s’étaient montrés très accueillant. Dès les premiers jours, Fujin et les autres m’ont fait découvrir le village, ses habitants, ses secrets. On m’a donné toute la liberté dont j’avais besoin pour me sentir à l’aise, un toit pour vivre, de la nourriture dans mon assiette. Je dois avouer qu’à mon arrivée, je n’étais pas mécontent de retrouver un certain confort, une proximité avec d’autres gens. Vivre aussi longtemps dans les bois avec comme seul compagnon Miyuki m’avait rendu plus sauvage qu’à l’habitude. L’espace d’un instant, je m’imaginai en compagnie de d’autres Inuzuka – la Meute reconstruite – courir entre les arbres, se poursuivre et se chasser à travers la vallée. Kaminari n’était peut-être pas Hi, mais cette sensation que j’avais éprouvée en descendant dans la vallée pour la première fois – une nature paisible, en paix, sans guerre ni conflit – si je pouvais l’offrir à d’autres survivants…La Meute avant tout me disais-je. « Écoute, voilà la suite des opérations. » ajouta-t-il sans me donner le temps de répondre.  « Je vais aller parler de tout ça au Raïkage, pour voir ce qu'il pourra faire. Le plus urgent est de localiser les Inuzuka qui vivent encore à Hi, et de les sauver. On ne pourra pas le faire à nous deux, c'est sûr et certain. C'est pour ça que nous avons besoin de l'aide de Kumo. C'est notre nouvelle maison, maintenant. Et il est nécessaire qu'elle devienne également celle du reste de notre famille. Sinon, nous disparaîtrions tous ... » L’idée de voir le clan tout entier disparaître avec nous ne me plaisait guère et me fit frissonner. Ce n’est pas à nous deux que nous allions pouvoir repeupler le clan. « Tu vas devoir utiliser de tout ton charme pour convaincre ce Nara…J’espère pour nous qu’il aime bien les cabots. » dis-je à la blague en souriant bêtement pour détendre l’atmosphère qui s’était tendue. Si cette discussion était importante, je n’avais pas envie qu’elle gâche notre sortie de chasse. De toute façon, nous ne pouvions rien faire de plus aujourd’hui. Comme le disait si bien Fujin, sans l’accord du Raikage – et son aide surtout – il n’y avait rien que nous puissions faire à court terme.

Entre temps, Miyuki et Kong étaient revenus au campement, chacun portant deux lièvres dans leur gueule. Sans attendre, parce que mon ventre commençait à gargouiller, j’entrepris de nettoyer l’animal pour le préparer à la cuisson. « Tu sais…ça me fait réfléchir ce que tu dis…Si le Raïkage accepte de nous aider, il faudra que l’on soit prêt à accueillir les autres. Avant de les ramener ici, il faudra se faire accepter par les grandes familles canines de la vallée…La dernière chose que je voudrais s’est entrée en conflit avec eux en ramenant toute la Meute ici. » D’un coup de griffes, j’éventrai l’animal et sortis de son ventre les organes indésirables à la consommation. « Tu dois l’avoir senti toi aussi, il y a une meute de loup qui traine dans le coin. Je ne les ai jamais vus en personne, ils nous évitent, mais on les entend la nuit. » Une fois l’opération faite, d’une incision précise, je décollai la peau de l’animal et commençai à l’arracher tranquillement. « Il y a aussi les mastiffs qui vivent plus haut dans la montagne… » L’animal maintenant prêt, je pus l’embrocher et le déposer au-dessus du feu. « Des renards et des coyotes aussi qui vivent plus au sud… Faudra convaincre tout le monde. » La tâche serait ardue…On en aurait pour des mois à convaincre tous les clans de canidés de nous accepter. Mais c’était nécessaire, plusieurs meutes ne pouvaient pas coexister aussi proche l’une de l’autre. Haruko Inuzuka Grand Sauveur de la Meute et Unificateur des Cinq Clans Canidés…Je devais avouer que le titre en jetait grave. Et qu’il m’irait plutôt bien. À cette pensée je souris et je mordis à pleine dent dans un morceau de lièvre bien rôti.


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Mar 1 Aoû 2017 - 15:39

Fujin s'attela à la préparation de son propre repas pendant que son cousin lui exposait toutes les difficultés et vicissitudes par lesquelles ils devraient passer s'ils voulaient mener à bien ce projet de résurrection du clan. Fujin pensait en avoir écumé toutes les sortes, mais Haruko avait l'esprit tourné vers des problématiques qu'il n'avait pas encore envisagées. Et il est vrai que l'adoption des meutes locales était un point crucial pour le renouvellement des générations de ninkens des Inuzuka. Sans ces compagnons, ils n'étaient rien, et perdaient tout leur charme, et tout leur pouvoir. Et il serait idiot de chercher à implanter une souche "pure" de ninkens venus de Hi dans la région. L'adaptabilité faisait aussi partie des qualités des Inuzuka.

Fujin mordit à son tour dans la viande de lièvre, encore brûlante de la cuisson. Haruko avait l'air particulièrement enthousiasmé par ce projet de prise de contact avec les meutes locales. Il est vrai que, si Fujin était plus doué pour parler aux hommes, il enviait parfois le contact tout particulier, même pour un Inuzuka, que son cousin avait avec les bêtes. Les rôles semblaient déjà être répartis.

"Ca a l'air de bien te botter de t'occuper de ça. Alors vas-y, fonce. Même si je n'arrive pas à convaincre de Kage, ça pourra toujours nous servir d'avoir un contact avec les bêtes de la région. D'ailleurs, je pense que je devrais en profiter. Kong est efficace, autant que moi, mais pour la détection et la traque, l'avantage du nombre est indéniable. Peut être qu'être plus entouré serait intéressant ..."

Fujin jeta un coup d'oeil à Kong. Celui-ci ne semblait guère être enchanté par l'idée de devoir partager l'affection de son maître avec d'autres canidés. Fujin ne pensait pas non plus qu'il soit possible de développer un lien aussi fort avec d'autres animaux qu'il ne l'avait fait jusque-là avec Kong. Mais une cordiale entente pouvait se révéler intéressante. La piste était à creuser, mais il ne voulait pas empiéter sur les travaux de son cousin.

"Prends contact avec les meutes du pays, rallie-les à notre cause, et nous aurons un atout de plus dans notre manche. Si je dois devenir le chef de la Meute un jour, alors tu en seras certainement un des acteurs les plus importants. Peut être que nous sommes en train d'écrire l'histoire, qui sait ?"

Fujin recracha un os qu'il venait de dépecer. Difficile de deviner ce qui se profilait. Les enjeux étaient gros, en tout cas. Il s'agissait de vies humaines, après tout, mais également de la mémoire d'une culture, d'un peuple. Fujin ne voyait pas comment le Kage pourrait lui refuser l'aide qu'il allait lui demander. Il perdrait complètement la face s'il tournait le dos à un peuple de Hi, alors que lui-même était issu d'un clan réfugié à Kumo après avoir fui son propre pays.

"Enfin, on verra bien. Rien n'est joué. Profitons de la forêt tant qu'on le peut. On aura suffisamment de souci à se faire plus tard ..."

Et il jeta les derniers os de son lièvre vers Kong, qui s'empressa de les ronger.


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Ven 11 Aoû 2017 - 19:01

Cousins - ft. Inuzuka Fujin

Toujours assis à côté du petit feu de camp, je mordais à pleine dent dans un nouveau morceau de lapin, dans la chair juteuse et bien cuite de l’animal. Chaque bouchée rependait un peu plus de graisse sur le pourtour de ma bouche. Cette vision n’était pas très chic à voir, mais bordel quel régal ! J’adorais le lapin. Ça parait ? Pour la première fois depuis longtemps, j’étais emballé par quelque chose. J’avais un projet bien à moi, une mission. Certes j’avais toujours eu pour objectif d’aider les miens resté à Hi no Kuni, mais pour une fois, j’avais quelque chose de palpable en face de moi, et non plus une simple lueur miroitante au loin. Le cousin Fujin avait raison, dans tous les cas, peu importe ce qui allait se passer avec notre objectif premier, augmenter les rangs de la Meute ici serait un avantage indéniable pour nous. En attendant une aide quelconque venue des hautes instances du village, nous ne pouvions que patienter et continuer à grandir. Je réalisais maintenant – plus que lors que mon arrivé – que ne j’arriverais à rien en fonçant tête baissée. Je devais canaliser cette fougue, mon énergie de jeune chiot, pour progresser, cultiver mon pouvoir, affiner mes techniques. Et un jour, lorsque je serai devenu moi-même un alpha, je pourrai agir – avec ou sans l’aide de Kumo. Mais il me restait encore un long chemin à parcourir avant d’en arriver là. Miyuki et moi avions du pain sur la planche encore !

C’était un moment très important pour le clan. Ce qui devait être un simple voyage de chasse entre cousins était devenu une plaque tournante pour notre futur. Je laissais la diplomatie et le côté politique de la chose à Fujin. Je doutais qu’il soit plus doué pour la chose que moi, mais il avait un certain calme et une patience que je n’avais pas forcément. Si c’était moi qui devais s’occuper d’aller négocier avec le Raikage, les choses risquaient de s’envenimer plus qu’autre chose. C’était mieux ainsi. Fujin et la tête et moi les bras.

Les loups de la vallée, c’était les plus mystérieux et probablement ceux qui me donneraient le plus de fil à retordre. Ils avaient beau être des frères canins, les loups étaient beaucoup plus sauvages et moins sociaux que les autres. Si dans les quatre dernières années leur meute avait réussi à nous tenir à l’écart, c’est parce qu’ils ne devaient pas nous faire confiance. Miyuki et moi allions devoir redoubler d’efforts pour les convaincre. Les mastiffs des montagnes s’étaient autre chose. Je les avais côtoyés à de nombreuses reprises lors de mes excursions dans les monts de Kumo. Ils étaient des bêtes imposantes et massives, mais pourtant très généreuses et amicales. Les renards et les coyotes étaient plus fourbes que les autres, on allait devoir se méfier d’eux. Bref, nous avions énormément de travail à faire.

Avec une nouvelle mission en tête, mon esprit s’emballait et j’étais soudainement revigoré d’une énergie nouvelle. Dans une situation comme celle-là, mon côté cabot ressortait, comme si mon côté animal prenait le dessus soudainement. La dernière bouchée de lapin prise, je lançai mes derniers os à Miyuki et Kong qui se battaient amicalement pour s’attaquer aux derniers restes du repas. Je me levai d’un bond et j’agrippai mon cousin par le cou avec mon bras gauche. De ma main libre, je frottai vigoureusement son mohawk rouge, comme il le détestait bien.

Ayant chacun une mission distincte à accomplir, nous pouvions maintenant profiter du reste de notre voyage sans en reparler. Dans les trois jours qui suivirent ce repas, ont pu s’amuser tous les quatre aux quatre coins de la vallée ; pêcher à mains nues dans la rivière, courir sur les plaines verdoyantes, grimper aux arbres, chasser le gros gibier, explorer une grotte qui se solda par une rencontre fortuite avec un grizzli particulièrement agressif. Bref, le reste du voyage fut ressourçant. Un dernier moment de repos avant tout le boulot qui nous attendait. Vers la fin de la quatrième journée, alors que le soleil commençait à se coucher, on franchit de nouveau l’imposante arche grise. « On se refait ça bientôt ! » dis-je à l’intention de Fujin avant de grimper sur le dos de Miyuki. « Je vais mener mon enquête sur les meutes canines de la vallée et je vais tenter de les convaincre de nous rejoindre. Si j’ai besoin de ton aide, je te ferai signe. Essaye de ne pas merder avec le Nara ! On a besoin de son appui. À bientôt ! » Aussitôt, j’enfonçai mes doigts dans la fourrure de Miyuki, juste derrière son oreille pour lui signifier que j’étais prêt à partir. Elle jappa une dernière fois à l’intention de son frère et elle s’élança dans les rues de la ville en direction de la maison.


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Cousins [Inuzuka Haruko]

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