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Dim 9 Juin 2019 - 22:01
Bien avant que l'astre solaire ne se soit extirpé de sa couverture nocturne et que les oiseaux n'aient commencé à chanter, Reikan avait déjà été abandonnée par l'accalmie du sommeil. Si la nuit lui avait été reposante et bénéfique, elle n'en avait pas été plus longue, du fait de l'impatience irritable qui gangrénait son cœur. Ce fut alors avec attention qu'elle prépara tout ce qui allait lui être nécessaire pour cette escale à Asosan, que cela se résume à des affaires de rechange ou encore de la nourriture achetée la veille, sans bien sûr oublier son accoutrement et sa sacoche de kunoichi. Et c'est d'un bref regard qu'elle toisa une dernière fois son reflet dans le miroir avant de décoller de son logis, front couvert par son bandeau de ninja. Peut-être était-elle consciente que pour la première fois depuis des mois, elle allait à nouveau franchir les murs de la Brume pour découvrir de nouveaux horizons? Très certainement, ce qui expliquait à la fois son trop-plein de curiosité et le supplice de son impatience. Mais la féline avait-elle prévu ce qui allait se produire une fois la bête libérée? Du moins, pas pour l'instant, puisque tout ce qui importait aux yeux de la jeune femme n'était que la libération de cet être soumis au bon vouloir des Hommes.

***

Très vite, la pénombre de la nuit laissa place au crépuscule qui ponctuait le début d'une journée pleine de promesses, alors que la silhouette de Reikan truandait la brume environnante dans laquelle baignaient bâtisses, quais et navires. Quelques ombres laborieuses s'agitaient ça et là pour préparer au mieux le départ en mer des premiers chalutiers. La zone portuaire de Naragasa, elle, n'avait logiquement pas échappé aux tsunamis causés par l'assaut de Sanbi ; et pourtant, il avait été le premier point à retrouver une activité abondante, survie des marins, des pêcheurs et de tous les habitants de la Brume obligeant. Quai n°4... J'espère que malgré nos correspondances, ma demande ne va pas trop l'encombrer, finalement. Ses pas indiscrets, en raison du grincement des lattes du quai, la guidèrent enfin jusqu'à l'embarcadère voulu, à côté duquel gisaient deux ombres ; celle d'un imposant vaisseau maritime et celle d'un homme à l'uniforme bleu. Une fois son visage dévoilé, la changeforme ne put s'empêcher d'esquisser un rictus ; c'était bel et bien Echiio, l'un des plus anciens et connus des capitaines au service de la Brume, que la féline avait aidé au détour d'une mission d'assistance quant au choix d'un nouvel équipage. Ce dernier, dont les hommes finalisaient déjà les derniers préparatifs avant l'embarcation, lui rendit son sourire et décroisa les bras.

echiio:
 

« Yasei Reikan. Depuis que vous m'êtes venus en aide, j'étais sûr que nos routes se recroiseraient un jour.
Heureuse de vous revoir, Capitaine. J'espère que je ne vous ai pas retardé et que ma présence ne vous dérange pas.
Du tout. Nous allions d'ailleurs lever l'ancre, alors allons-y. Et puis, disons votre demande est tombée à pic, puisque mon équipage et moi devions de toute manière nous rendre sur Asosan.
Je vois, cela me soulage.
D'ailleurs, ne deviez-vous pas être accompagnée? »

Le vieil homme, dont la prestance allait de concert avec l'expérience accumulée jusqu'à lors, monta finalement les marches pour atteindre le pont de son navire et patienter au bord de ce dernier. Ses marins commençaient déjà à desserrer les multiples cordages retenant le bâtiment maritime aux côtes. Et alors que la kunoichi voulut suivre le dompteur des mers de près, elle fut gagnée par l'inquiétude, en raison de la dernière question posée par Echiio. Sa dextre s'appuya sur la rambarde principale et elle fit le premier pas sur cet escalier démontable, avant de s'immobiliser. Proie à une désagréable attente, Reikan tourna la tête vers le village en espérant distinguer une ombre familière parmi la brumaille, alors que le barrage de son esprit se faisait submerger d'une crue de doutes. Junko n'avait-elle donc pas eu le courage de lui venir en aide?


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Ven 14 Juin 2019 - 22:53

Les deux derniers jours avaient été particulièrement éprouvants. Junko n'avait pas beaucoup dormi. Elle avait seulement erré dans les habitudes de vie qu'elle s'était déjà forgées, tout en ruminant une même pensée sous ses boucles rousses. Devait-elle y aller ? Pouvait-elle se le permettre, et surtout le voulait-elle vraiment ? Reikan ne savait sans doute pas dans quel genre de dilemme elle avait plongé sa consoeur en lui soumettant cette requête. Les tourments dans lesquels cette missive avait plongé Junko étaient grands. Et elle n'arrivait pas à s'en délier.

Au matin du jour J, elle n'avait toujours pas trouvé de réponse à la question cruciale: y aller ou rester ? Mais elle avisa de la démarche à suivre: elle n'avait qu'à se rendre au point de rendez-vous, et y trouver Reikan. D'ici là, elle devrait trouver sa réponse. Elle s'habilla donc, dans un recoin sombre et encore tout assoupi d'une vaste salle pleine de badauds endormis, cuvant leur ivresse dans les rêves. C'était comme ça tous les matins. Elle n'y voyait plus que la couleur de l'habitude, oubliant le dégoût et la répugnance. Tous ces hommes, qui vivaient au creux des reins de celles qu'ils payaient bien pour ça, étaient devenus son entourage quotidien. Sa famille, en quelque sorte, et quoi qu'elle en dise. Elle s'était entourée d'un peuple d'ivrognes, qui lui apportaient cependant plus d'affection qu'elle n'en avait jamais eu.

L'air était frais, revigorant, vivifiant. Junko sentait la brise parcourir les rues encore désertes pour s'échouer contre sa peau. Elle avait revêtu sa tenue de kunoïchi. Son bandeau était serré autour de son bras gauche. Ses cheveux flottaient dans son dos, gracieusement. Elle portait une tunique d'un rouge éclatant, aux coutures dorées et aux motifs floraux bleus et violets. En bas, elle portait un pantalon moulant noir, celui qui lui permettait la plus grande liberté de mouvement. A sa taille était nouée une besace qui contenait tout son matériel de combat. Inconsciemment, elle s'était préparée à l'expédition.

Pourtant, elle était loin d'en être convaincue. Elle ne voulait pas retourner à Asosan, ni revoir Reikan d'ailleurs. Cette dernière l'avait mise face à sa propre ignorance du monde, et elle associait le souvenir de leur rencontre à celui d'Aditya, qui l'avait mise nue face à elle-même. Et ce souvenir-là était cuisant. Tout comme celui de l'île, d'ailleurs, qu'elle tenait pour maudite tant elle y avait vécu de malheurs. Quel bien pourrait-elle avoir à y retourner ? Elle n'en voyait aucun, même s'il en était un qui l'aurait soulagée grandement. Et pourtant, elle hésitait. Son coeur, instinctivement, la poussait à retourner sur les lieux de son martyr secret. Pour y chercher quoi ? Certainement pas la justice. Elle n'avait pas le coeur assez pur pour ça. La vengeance, peut être ...

Retourner à Asosan, se mettre sur les traces de ce lion, s'était retourner dans les arènes, retrouver les combats clandestins, les gladiateurs, le sang et la violence gratuite. Son monde, en un mot. Celui qu'on lui avait imposé. On la reconnaîtrait à coup sûr. Elle avait eu trop de succès en son temps pour que quelques semaines seulement aient suffi à effacer son souvenir. A moins qu'elle ne se fasse des illusions sur la postérité des gladiateurs ? Après tout, ils étaient une marchandise humaine, et vouée à disparaître, tôt ou tard. Et elle n'était qu'une denrée parmi tant d'autres, qui avaient dû attirer l'attention autant qu'elle ...

Les quais se profilaient. Elle ne s'était pas aperçu de la vitesse du trajet, trop absorbée dans ses méditations. Elle vit un bateau, reconnut la silhouette de Reikan à son bord. Elle hâta le pas, jusqu'à se retrouver devant l'embarcadère. Elle le prit, et monta sur le pont d'un pas résolu. Ses yeux d'ambre vinrent trouver ceux de Reikan.

"Je ne viens pas pour toi. Ce voyage, je le fais pour moi."

Et elle alla s'appuyer au bastingage, un peu plus loin, les cheveux ballotés par la brise maritime. Finalement, elle avait sondé son coeur, et y avait trouvé sa réponse: son coeur appelait à la vengeance. Et il aurait ce qu'il désire.

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Sam 15 Juin 2019 - 19:35
Ce fut parmi l'écharpe brumeuse dont s'était couvert le port Naragasa qu'une silhouette familière se dessina. De loin, dextre sur la rambarde de bois, Reikan put aisément reconnaître la chevelure d'ambre et les yeux braisés de Junko. Ainsi, l'enfant du poison n'avait pas renoncé aux arènes ; et qu'elle avait décidé de venir à Reikan ou non, la rousse avait décidément quelque chose à régler avec elle-même, sur cette île, sur cet enfer de son passé qui ne cessait de hanter son présent. Malgré la satisfaction qui berçait déjà son cœur, elle contint sa réjouissance et attendit que sa consœur ne grimpe sur le pont principal, là où tous les marins se préparaient au départ du bâtiment maritime. Et malgré ses propos froids comme la glace et son attitude distante, la féline ne put s'empêcher de dodeliner la tête en faisant cliqueter ses boucles d'oreilles. Pire encore, elle fut incapable de retenir un sourire, puisque Junko avait beau placer des barrières avec autrui, cette dernière avait tout de même pris la peine de se joindre à l'expédition. Elle allait alors faire d'une pierre deux coups, en venant en aide à la métamorphe tout en essayant de mettre un terme à ses propres tourments.

Le début de l'expédition était imminent, si bien que la plupart de l'équipage avait déjà ouvert la voile arrière pour que le colosse de bois puisse s'échapper des côtes de la Brume. Le village, dont une grande partie avait été impacté ne serait-ce qu'un peu par les récents assauts, s'éloignait déjà petit à petit du champ de vision des hommes et femmes présents sur le navire. Et pendant que le capitaine et ses employés estimaient le temps nécessaire pour rejoindre le havre des gladiateurs, Reikan était restée là au bord du pont, pensive, à observer le panorama brumeux et les remous des vagues qui agressaient la coque du navire. Voilà bien une bonne poignée de mois qu'elle n'avait pas repris le chemin du voyage, du moins pour la durée d'une quête et toujours au sein de cet archipel. Mais le simple fait de sentir la brise du vent marin dans sa longue chevelure ainsi que les infimes gouttelettes d'eau salée perler sur le duvet de ses bras lui rappela sa vraie nature ; avant d'être une Chūnin du village de Kiri ou encore la Fille du Kaze no Kuni, elle était une nomade du Yūkan, qui ne renoncera jamais à la liberté.

Quelques minutes furent nécessaires pour que la changeforme décide enfin de se rendre auprès de la rouquine. Peut-être avait-elle compris, par un éventuel sixième sens animal, qu'il ne fallait pas la brusquer? En tout cas, la Genin avait fait son choix et était tenue de mettre ses rancœurs de côté pour mettre la féline sur la bonne piste. Junko était désormais liée à un rôle qui, s'il ne lui plaisait sûrement pas, était essentiel pour la réussite de cette expédition ; elle était la fidèle guide de la métamorphe, celle qui devait faire au mieux pour orienter sa camarade une fois qu'elle sera parmi les fous des arènes. Les pas de Reikan résonnèrent sur les lattes du pont, jusqu'à ce qu'elle n'arrive à hauteur de l'élégante empoisonneuse. Sans daigner la zieuter, la brune s'obligea d'abord à réfléchir avant de lui adresser la parole ; manifestement, au vu de la réaction de l'ancienne gladiatrice depuis leur première et dernière rencontre, la féline devra à l'avenir tourner sa langue plusieurs fois dans sa bouche avant de parler pour ne pas froisser l'ambrée. Ses coudes se déposèrent sur le bastingage, à environ deux mètres de ceux de Junko. Et finalement, face à une mer peu houleuse en ce début de matinée, la Fille du Désert prit la parole, sa voix n'étant teintée que d'une seule chose ; la sincérité.

« Je suis heureuse de voir que tu aies pu trouver la force de venir sur ce pont. Je te dois des excuses pour mon trop-plein d'enthousiasme de ce soir-là. Pardonne-moi, mais je n'ai jamais cherché à te mettre à mal en exposant mon parcours. J'espère de tout cœur que derrière ta venue se cache une véritable raison personnelle et légitime de te rendre sur Asosan. Après tout, comme tu as pu le dire, tu fais ce voyage pour toi. Mais puis-je toujours compter sur ton aide pour me guider à libérer cet animal, une fois que nous aurons accoster? Sache que la mienne est et sera toujours d'actualité, peu importe ta réponse. »

Des mots, des mots symboliques qui ne pouvaient que mettre du baume au cœur de pierre de Junko, sortirent tout droit de la bouche de Reikan. Mais cette dernière était consciente qu'au pire des cas, elle ne devait s'attendre à rien de la part de la rousse ; même si au fond, elle espérait un tantinet en ce que la coquille dans laquelle la Genin s'était enfermée cède. Inconsciemment, la féline souhaitait libérer cette femme, dont l'esprit était encore entravé par son ancienne condition de gladiatrice, pour qu'elle puisse voir le monde avec des yeux nouveaux. Des yeux animés par le feu de la vengeance certes, mais surtout, des yeux dénués du moindre remord. Si les deux jeunes combattantes n'étaient pas montées ensemble sur ce navire, allaient-elles réitérer cette séparation une fois qu'il aura accosté, ou bien marcheront-elles dorénavant côtes à côtes?

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Dim 16 Juin 2019 - 19:39

Le bateau filait à fière allure sur l'eau. Junko n'avait presque jamais pris le bateau. Juste une fois. Quand elle s'était échappée d'Asosan. Y retourner par le même moyen de transport était un peu déroutant ... Mais cette fois, elle revenait forte, assurée du soutient d'une camarade, quand bien même elle se refusait encore à se sentir proche d'elle, et surtout grandie de son statut de shinobi. Le bandeau qui lui enserrait le bras serait sa caution pour rendre la sentence qu'elle avait eu le temps de mûrir en son coeur, et qui la démangeait maintenant. Elle était une kunoïchi de Kiri, elle avait pour mission essentielle de faire régner l'ordre et la justice dans l'archipel. Elle ne dérogerait pas à cette mission. Elle s'y tiendrai même avec la plus stricte rigueur.

Les bâtiments de Kiri s'éloignaient, se couvraient d'une brume fine, qui enveloppait peu à peu tout le village dans un écrin cotonneux. Le soleil était encore bas, jeune, inondant le monde d'une lumière rosée. La mer était calme. Et la brise légère. Une atmosphère idyllique, en somme, qui n'annonçait que des bonheurs. Le calme régnait en mer, un calme auquel Junko ne goûtait que rarement. Elle qui passait sa vie dans les bordels, les lieux de plaisirs et les rues animées des joies gaillardes de la nuit, elle ne connaissait pas le silence tranquille d'un monde d'harmonie. Elle avait connu le silence des geôles qui l'avaient retenue, mais c'était un silence de mort, d'angoisse. Elle connaissait le silence des petits mâtins, ponctué de ronflements et de bâillements, mais c'était un silence vicié. Là, au milieu des eaux, elle écoutait le vrai silence. Et elle s'en délectait ...

Elle était apaisée par cette tranquillité ambiante, et ne se fâcha même pas quand Reikan vint la rejoindre au bastingage. Elle l'écouta sans détourner le regard de l'horizon qui s'éloignait. Ses excuses ne l'intéressaient pas vraiment. A vrai dire, elle aurait préféré qu'elle ne s'excuse pas. Elle aurait évité de remettre sur le tapis le sujet de leur précédente rencontre, qui n'était pas un souvenir très heureux pour Junko. Elle laissa un temps de flottement avant de répondre, d'une voix parfaitement calme, et bien plus douce que quand elle était montée sur le bateau:

"J'ai mes raisons d'aller à Asosan, mais je t'aiderai. Le sort de cet animal te touche, et d'une certaine façon, il me touche aussi. Après tout, il ne vit pas des choses très différentes de celles que j'ai vécues. S'il est toujours en vie, du moins. Attends-toi à le trouver mort. Voire à ne pas le trouver du tout. Qui sait ..."

La douceur de son ton contrastait étrangement avec ses paroles. Junko n'avait jamais vraiment eu de notion de l'horreur, ni de l'impact de ses paroles sur les autres. Ou plutôt, elle savait quelles paroles blessaient, et les utilisait toujours dans un but particulier. Elle ne cherchait pas à blesser Reikan. Plutôt, elle préférait la préparer à une éventualité considérable. La douceur n'avait rien à voir là-dedans.

"De toute façon, je pense que nos deux objectifs se recoupent. Tu chercher une bête qui circule dans les réseaux de combats clandestins. J'imagine que tu comptes trouver les arènes les plus fréquentées, où on aurait entendu parler d'elle. Peut être que tu voudras infiltrer une de ces arènes, libérer l'animal par la force, ou je ne sais quoi. Je veux moi aussi retourner dans les arènes, et tuer autant des hommes qui les font vivre que possible. Alors, nos chemins risquent d'être les mêmes."

Elle n'avait pas détaché les yeux de l'horizon, mais son ton avait légèrement changé. Il était devenu plus froid, plus cassant. Et son regard s'était animé d'une lueur farouche, brûlante, rougeoyante. Junko partait chercher la vengeance, et elle était convaincue de la trouver dans le sang de ses anciens bourreaux.

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Mer 19 Juin 2019 - 14:38
L'âme de la jeune femme qu'était Junko portait visiblement des chaînes aux pieds, dont les maillons mêlaient vengeance, rancœur et haine. Une réunion de sentiments que Reikan avait déjà bien du mal à admettre pour sa propre personne depuis l'injuste mort de sa tendre mère, mais encore plus vis-à-vis d'autrui. D'une nature altruiste et bienveillante, elle avait un mal fou à supporter la vue d'une personne se laissant ronger par tant de négativité. Celle qui souhaitait porter sur le monde un regard sans haine s'apprêtait dorénavant à enchevêtrer son chemin avec celui d'une kunoichi qui vivait accrochée à la vendetta ; décidément, le cœur de Junko était lui aussi, à l'image de son hôte, empoisonné par un mal profond et récurrent. Et le seul remède possible pour la sortir de cette roue haineuse sans fin semblait résider dans le fait d'abattre son courroux final sur les hommes l'ayant maltraité pendant de si longues années, selon la rouquine. Soit. De toute évidence, au vu de leur lien d'amitié actuel, aussi fragile qu'un fil de soie, la féline n'avait rien à redire sur les sombres convictions portant sa consœur. Elle se contenta alors de jongler du regard entre la mer assagie et les flammes impétueuses des yeux de Junko.

Si en apparence, les propos de la rousse paraissaient ne pas impacter la nomade, en réalité, ils venaient de lui porter un coup de glaive en plein milieu des entrailles. Bien que réconfortée par l'apport de son aide sur cette maudite île, Reikan devait se faire à l'idée ; le Lion qu'elle recherchait avait peut-être déjà rendu l'âme depuis le temps, face à tant de gladiateurs. Le système des arènes était aussi sadique qu'intrépide, puisque les humains ne s'arrêtaient généralement pas à de simples affrontements mortels entre eux ; loin de là, ils allaient même jusqu'à engager la vie d'êtres-vivants innocents pour le plaisir des yeux et la passion du sang. Entre autres, un comportement misérable pour celle qui avait tendance à préférer la compagnie animale à la compagnie humaine. Mais malgré la légitimité des doutes de Junko, la métamorphe ne put s'empêcher de se laisser guider par son sixième sens animal, sur le chemin de l'espoir. Si ce félin n'avait pas été si particulier, la rouquine n'aurait certainement jamais eu l'idée d'en faire part au logis de la jolie brune. Quelque chose clochait, mais quoi? La changeforme ne pouvait pas fournir de réponse concrète sur ce navire, étant donné qu'elle ignorait encore ce qui l'attendait au beau milieu des arènes de combat et de sang. Mais elle était sûre d'une chose ; ce sera dans le terreau sanguinaire d'Asosan que son existence allait prendre un grand tournant.

Muselée par des ambitions dépassant l'entendement selon certains, la changeforme s'était engagée sur le chemin du dévouement sans la moindre hésitation. Elle devait libérer quiconque de ses chaînes ; peuples et animaux compris. Cependant, était-elle en mesure d'offrir la liberté à un féroce Lion enfermé de force dans un carcan de terreur et d'agressivité? Il était fort probable que Reikan rate son coup, malgré les pas de géante qu'elle avait fait ces derniers mois en termes de progrès. La féline fut d'ailleurs proie à son habituelle curiosité, rien que de penser à la véritable apparence de ce fauve. Était-il aussi grand qu'elle ne se l'imaginait? Mille et une questions traversèrent l'esprit de Reikan, si bien que son cœur battait d'une impatience démesurée. Plus qu'une simple quête, la libération de ce prédateur constituait en un véritable devoir aux yeux de la Fille du Lion d'Atlas, Yasei Ragna. Il lui était inconcevable d'abandonner un être conscient dans cet enfer, même s'il y avait des chances pour qu'il soit déjà passé de l'autre côté avant même que la Chūnin n'ait pu mettre un pied dans les gradins.

Son regard parcourut en peu de temps l'ensemble du décor marin, où régnait à perte de vue un horizon peu houleux ; du moins, avec pour seule tache une ombre s'y dressant au Sud-Est. Le rose du crépuscule embrassait l'ocre du petit matin, tandis que le navire quittait les bras de Kiri pour se rapprocher de l'étreinte d'Asosan. Une île aux courbes montagneuses, cachant en son cœur de roc la cruauté des gladiateurs et le feu de combats passionnels. Reikan fit d'Asosan la cible d'un regard prédateur et impatient, dont elle n'arrivait plus à se détacher. Dans peu de temps, ses pas ne fouleront plus les lattes de ce pont, mais peut-être bien le sable d'une arène blindée de participants et de spectateurs dénués de toute pitié. Mais elle était prête à donner le meilleur d'elle-même pour ne repartir que satisfaite, sans l'once d'une demi-mesure. La voix rauque d'une ombre barbue et au chapeau s'éleva depuis la dunette ; ainsi, Echiio avait déjà l'île en vue et préféra, sur le coup, prévenir sa compagnie féminine d'un aller-retour au sujet de leur arrivée.

« Le cap a été mis sur le Sud-Est. Nous devrions arriver dans l'heure, au premier port pêcheur.
Entendu. »

***

Le soleil était déjà prêt à effectuer une ascension fulgurante et incontournable, alors que le navire du Capitaine s'approchait déjà des massifs rocheux parsemés sur les côtes de l'île. Ce bout de terre émergeant de la mer se dévoilait là sous un paysage rocailleux et vertigineux, où les falaises étaient bien trop nombreuses pour être comptées de tête. Voici donc Asosan. Il n'a pas l'air aisé de s'y rendre. Mais... Debout les bras croisés près du mât de beaupré, la métamorphe tourna la tête pour jeter un coup d’œil à la barre du navire, qui était sous le contrôle rassurant du marin aux cheveux blancs. J'imagine qu'accoster sera une tasse de thé, pour le Capitaine Echiio. Après quelques minutes de navigation se dessinèrent plusieurs criques, de plus en plus grandes. Au sein de l'une d'entre elles se trouvait un petit port de pêche, où les commerçants les plus aguerris s'activaient afin d'accueillir le peu de vaisseaux pouvant poser l'ancre, par manque de place. Ce fut sous les grincements de la mise en place d'une imposante cale que la féline décroisa les bras et posa sa dextre sur la rempart extérieure, un feu d'ambitions venant de prendre au fin fond de ses pupilles éthérées. Nous y sommes. Pendant que les membres de l'équipage étaient occupés à stabiliser le bâtiment, la changeforme prit les devants et descendit les marches. Et elle posa le premier pied à Asosan, terre des gladiateurs, avec une seule idée en tête ; partir en route pour les arènes avec Junko.

« Il est temps. Tu es prête à guider mes pas, Junko? »

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Mer 19 Juin 2019 - 20:45

Junko regarda l'île s'approcher, lentement. D'abord masse informe, noire, comme un furoncle sur l'horizon. Puis plus nette. Elle discernait ses flancs vertigineux, ses falaises, ses rochers aiguisés tendus vers la mer comme un piège pour les bateaux trop aventureux. Tout était un repoussoir dans cette île, et tout en semblait repoussé, jusqu'aux vagues elles-mêmes qui s'écrasaient contre les parois de calcaire et mouraient là, dans un vague sursaut. Pas trace de vie. Simplement cette hostilité patente, cette aura de mort, qui enveloppait toute l'île comme un triste manteau. Junko se surprit à trembler légèrement, alors que le bateau s'apprêtait à accoster. Avait-elle peur ?

Reikan prit les devants, et s'aventura la première sur le ponton du petit port. Junko resta un instant sur le pont, comme en proie à un doute. Elle n'avait pas vraiment envie d'y aller. Elle redoutait même de poser les pieds sur cette île. On pouvait la reconnaître n'importe quand, n'importe où. Après tout, elle avait eu son succès en son temps. Mais que risquait-elle vraiment ? Elle bénéficiait d'une double protection: cette de son insigne de kunoïchi, et, plus importante encore, celle de Reikan. Elle lâcha le bastingage, et se dirigea à son tour vers le débarcadère.

"Je ferai de mon mieux."

A vrai dire, elle ne savait pas exactement où il fallait aller. La seule expérience qu'elle avait de l'île, c'était celle de sa nuit de fuite, quand elle s'était accaparé sa propre liberté. Elle n'avait pas spécialement cherché, alors, à retenir les lieux. Tout ce qui lui importait, c'était de quitter l'île. Elle pouvait, cependant, se faire une conception assez grossière de la disposition générale de l'îlot, sans trop de risque de se tromper.

"Il faut que nous nous rapprochions du coeur de l'île. C'est là que nous trouverons la ville. Et avec un peu de chance, les arènes ... On devrait y être en une heure en marchant d'un bon pas."

Cette fois-ci, elle prit les devants, et s'enfonça dans le petit village. Il n'était pas long à traverser. Ce n'était en fait qu'un amoncellement de petites maisons, ou de grands cabanons, pourris par l'écume et le vent du rivage. Tout avait l'air sale et poisseux. Une odeur de moisissure et d'algues flottait dans l'air. Tous les pêcheurs qui les regardaient passer avaient un oeil torve, hostile. Junko ne les regarda pas. Elle se contentait de faire glisser sur eux un regard froid et indifférent. Elle les voyait, c'était tout. Un chemin sinueux et accidenté serpentait à travers le village et le long des flancs rocheux à-pic, conduisant au sommet des hauteurs. C'était apparemment la seule route qui reliait le bourg au reste de l'îlot.

Junko s'y engagea, guidant derrière elle Reikan. L'ascension n'était pas confortable. Le chemin était assez étroit, et très peu sécurisé. D'un côté l'on pouvait tomber dans le vide pour s'écraser plusieurs dizaines de mètres plus bas. De l'autre, on était repoussé par les parois de pierre. Et le sol était jonché de galets suffisamment trempés d'embruns pour faire glisser celui qui n'y prendrait pas garde. Pour ajouter à l'effort, un vent marin soufflait fort, ce matin-là, face aux deux jeunes femmes. La crinière de feu de Junko battait furieusement dans son dos, comme une flamme folle.

Elles ne croisèrent personne sur le chemin. Il n'était pas beaucoup emprunté, sans doute. Autrement, des efforts auraient été faits pour améliorer sa praticabilité. Dans une certaine mesure, ces pêcheurs devaient vivre en autarcie, prisonniers de leur crique et de la mer. Le chemin débouchait sur un plateau sans relief. C'était là le reste de l'île: une plaine immense, rase. Et, au milieu de celle-ci, on devinait une tache sombre, étalée au milieu du rien. Junko la pointa du doigt:

"Voilà la ville."

Elle se sentait envahie d'une foule de sensations étranges, qu'elle balaya d'un revers de pensée. Il n'était pas temps de se laisser emporter par ses émotions. Bien au contraire, il lui fallait à présent faire appel à toute la force de sa volonté.

"Je ne te demande qu'une chose avant qu'on reprenne la marche. Ne me laisse pas seule, s'il te plaît. Là-bas, je suis en danger."

Tout en parlant, elle avait serré de sa main droite le bandeau de fer qui étreignait son bras gauche. Cette fois c'était certain, elle était terrorisée.

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Sam 22 Juin 2019 - 17:53
♫ Adrian von Ziegler — Isan

Les yeux éthérés de la métamorphe vinrent presque à en bousculer Junko, tant elle semblait pressée de se trouver au milieu des gladiateurs ; pour bien entendu, leur faire passer le sale quart d'heure de leur existence. Bien qu'elle savait, au fond d'elle-même, que la rouquine appréhendait énormément ce moment de face-à-face, Reikan ne pouvait s'empêcher d'aller de l'avant. Là-bas, dans les entrailles rocailleuses de cette île, se trouvait un Lion assujetti à l'esclavagisme, perversité humaine, qui n'attendait qu'une chose ; retrouver sa liberté. Ce fut alors avec un sourire espiègle et confiant aux lèvres, satisfaite de la réponse de sa camarade de la Brume, que la féline releva la tête vers Echiio qui était accoudé à la barre.

« Nous repartirons au coucher du soleil. Sachez que même si vous n'êtes pas présents à l'appel, mon équipage et moi-même retournerons tout de même vers la Brume avant que la nuit ne tombe. La prochaine escale à Asosan prévue est dans deux jours, alors... tâchez de ne pas tarder.
...Très bien. Merci pour ce voyage, Capitaine Echiio.
Je vous fais confiance. Faites-moi plaisir, revenez en un seul morceau. Ce serait une tragédie que Kiri vous perde. »

Reikan plissa les paupières avant d'acquiescer d'un dodelinement de la tête, alors que le vieux meneur de navire replaçait son chapeau de capitaine sur son cailloux encore velu de cheveux blancs. Son attention revint sur la rousse, qui lui fit part d'un itinéraire et d'une estimation temporelle. Bien que ces deux derniers fussent assez vagues, la jolie brune lui emboîta le pas sans hésiter, d'une confiance presque aveugle ; Junko était désormais sa seule boussole dans ces ténèbres, son seul repère sur cette île inconnue et aux apparences hostiles. Et pour cause, les habitants du tout premier village de pêcheurs, aux vêtements poussiéreux, avaient décidé de ne pas épargner le duo de jeunes femmes de leurs regards insistants, voire inhospitaliers. Ceux-ci agissaient comme de vraies pies, attirées non seulement par la flamboyance des cheveux de Junko, mais aussi par les dorures de ceux de Reikan. Celle qui portait d'inestimables parures sans pourtant s'en vanter était visiblement devenue la cible de certaines attentions trop appuyées ; mais ce ne fut suffisant pour lui faire détourner les yeux de son but, qui se trouvait derrière une gigantesque falaise.

Sans daigner parler, la bonne vivante suivit son guide d'un pas vif, sur un chemin sinueux où l'instabilité était reine. Une poignée de prises sûres étaient disséminées sur la montagne et un tumulte de vents, venus des tourments maritimes, soulevait sa longue chevelure d'ébène tout en martelant son dos. Si cette route pouvait être mortellement dangereuse pour de simples êtres humains, il n'en était rien pour des combattantes comme Junko et Reikan, qui ne firent qu'une bouchée de cette grimpée rude et abrupt. Très vite, ces deux dernières parvinrent à voir le bout de cette éprouvante ascension sur le haut des flancs rocheux ; lieu depuis lequel le village qu'elles venaient de traverser ne paraissait être qu'un lointain et mauvais souvenir passager. Loin d'être effrayée par le vide et les bourrasques côtières parfois trop ensorceleuses, la changeforme jeta un coup d’œil à leurs arrières avant de regarder droit devant. Une toundra s'offrait aux deux aguerries, au beau milieu de laquelle se dressait une traînée urbaine, surplombée par d'immenses édifices aux formes rondes. Les arènes d'Asosan, théâtre si singulier de la cruauté humaine, tendaient dorénavant les bras à la Fille du Désert, dont les pupilles étaient presque absorbées par cette vue pointée par l'index de Junko. Elles sont là.

Si à cet instant, Reikan n'était pas proie à la même peur que l'ancienne gladiatrice, elle était victime d'un maléfice de vengeance similaire, derrière lequel dormait cependant l'espoir de la délivrance. Stoïque, elle trouva la force de détacher ses yeux de la ville pour observer la réaction de Junko, qui serrait de ses doigts tremblotants son bandeau métallique ; symbole de sa nouvelle appartenance à Kiri. Par instinct, la métamorphe ferma quelques secondes le poing droit, avança d'un pas et déposa sa dextre ouverte sur l'épaule de celle qui avait surpassé ses peurs pour l'accompagner. Le visage toujours tourné vers les arènes au cœur de la ville et les yeux brillants d'espoir, la féline relâcha ses premiers mots depuis leur départ du petit port de pêche.

« Je ne laisserai personne te faire du mal, là-bas. Je t'en donne ma parole, Junko. »

Et de parole, Reikan n'en avait qu'une. Cette jeune femme pleine d'ambitions mais également de promesses, native du Kaze no Kuni, en était maintenant certaine ; comme elle ferait tout pour délivrer cet animal de ses chaînes et des combats des arènes, elle était prête à tout pour protéger Junko, au péril de sa vie. Que cela soit réciproque ou non, l'enfant des bêtes considérait l'enfant du poison comme étant son amie. Peu importe la force de frappe qui pouvait dormir entre les gradins, peu importe ce qui l'attendait sous les yeux de toute une foule ; rien, absolument rien, ne viendrait lui faire ravaler ses paroles. Ce fut donc d'un pas assuré que Reikan emprunta le même chemin que la rousse, cette fois-ci, côte à côte.

Comme prévu, il restait aux exploratrices une bonne demi-heure de marche intempestive, bordée par des vents violents et sur un sol parfois aiguisé comme des coutelas ou pâteux comme de la boue, avant d'atteindre les premières rares habitations vouées aux paysans. Le duo croisa la route de plusieurs troupeaux ; mélangeant aussi bien d'imposants bovidés cornus que de marrants petits caprinés débordant d'énergie. Malgré le fait que la féline ne laissait rien paraître, le chemin était long et éprouvant ; si bien qu'elle ne put que s'arrêter lorsqu'elle perçut une silhouette munie d'un bâton d'appui. Un homme mûr et trapu mais aux traits accueillants leur faisait face au sommet d'une des nombreuses collines jonchant leur parcours, en compagnie de ses bêtes.

« Dis donc, mesdemoiselles. Vous êtes sur mes terres, hein! Où comptez-vous aller d'un pas si hâtif?
Pardonnez-nous, c'est la première fois que mon amie et moi nous rendons sur cette île. Nous sommes en route pour les arènes d'Asosan. »

Sans s'y sentir obligée, Reikan répondit de manière aussi décontractée que franche et fit un pas légèrement dévié devant Junko, même si un éleveur de bêtes comme celui-ci n'affichait pas l'once d'une menace ; après tout, le passé de la nomade faisait qu'elle savait toujours à quoi s'attendre en territoire inconnu. L'homme brun, couvert d'un manteau de laine et portant un collier d'os au cou, arqua un sourcil avant d'afficher un sourire cordial aux deux jeunes femmes.

« Oooh, les arènes? Je vois. C'est un endroit plutôt risqué pour... ehem. Je vous souhaite un bon voyage à Asosan. Qu'Isetsuhiko et ses constellations qui veillent sur mon bétail vous porte chance. »

Nul mot ne sortit de la bouche de la féline, qui se contenta de simplement remercier ce berger d'un mouvement de tête. Aussitôt, elle reprit la route avec pour direction la ville en portant un regard discret sur la seule maison de pierres et de paille se trouvant à proximité. C'est sûrement sa ferme. Un paysan bien curieux, tiens. Le seul que nous avons croisé jusqu'à lors, d'ailleurs. Ce dernier s'éloigna du haut de la colline après s'être arrêté en plein milieu de sa phrase et avoir fixé les insignes du duo, sans poser de question et sans précipiter le pas. Peut-être avait-il compris qu'il s'agissait là de deux combattantes au service de la Brume? Peu importait. De toute évidence, cet homme des plateaux n'était manifestement pas un danger pour Junko et Reikan, qui approchaient d'ores et déjà de la ville, où les courbes monstrueuses des arènes ne faisaient que s'agrandir à chacun de leurs pas.

*Isetsuhiko (伊勢都彦, litt: Dieu local de la générosité des récoltes)

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Dim 23 Juin 2019 - 21:27

Junko s'était faite discrète devant le paysan. Instinctivement, elle s'était terrée derrière Reikan. Elle avait cru, l'espace d'un court et terrible instant, que cet homme pouvait être ... Mais non. Ce n'était qu'un fermier. Il avait été bienveillant, et il les laissa partir sans les questionner outre mesure. Junko posa ses pas dans ceux de Reikan, jetant un regard derrière elle. Derrière, des étendues vides, mornes, mais calmes et paisibles. Devant, la ville, les arènes, l'agitation et la mort. Elle en sentait les effluves jusque-là, qui débordaient des murailles et empoisonnaient jusqu'à la campagne éloignée. Et ces miasmes ne lui rappelaient que trop de souvenirs ...

La ville était entourée de remparts noirs, passablement ruinés par le temps. De toute évidence, il y avait fort longtemps que la cité n'avait pas eu à se défendre contre une attaque. Les murs étaient couverts de mousses, de lierre et d'autres plantes parasites, et par endroit les pierres manquaient, si bien que l'ensemble avait une allure fantomatique, et passablement terrifiante. Ces murailles enveloppaient la ville d'une ceinture épaisse, qui en retenait les bruits. Du dehors, la citadelle paraissait silencieuse. Mais c'était un silence pesant, assourdissant. Les plus hauts édifices dépassaient de derrière les fortifications. On en apercevait les cimes depuis les prés. Des maisons riches, de véritables manoirs, des tours, et ... la silhouette robuste des arènes. Junko n'y avait jamais combattu. Ses propres pugilats étaient trop illégaux pour les exposer en plein jour, aux yeux de tous, dans les bâtiments officiels. Pourtant, elle voyait dans cet édifice colossal le symbole de son oppression.

Elles pénétrèrent dans la ville, et ce fut aussitôt comme si quelqu'un avait augmenté le volume sonore. Le murmure vague qui s'échappait des murailles se changea en brouhaha. Et elles furent immergées dans l'agitation proprement urbaine. Junko s'était habituée à cette frénésie, au contact des Kirijins. Cependant, c'était une atmosphère bien différente qui régnait ici. Là où elle avait apprivoisé le labeur répété mais heureux du village caché, elle voyait là des gens en proie à leur corvée quotidienne. Les rues étaient salles, au pavage défait par moments, ou sali de boue. Les cris des marchands ressemblaient plus à des insultes jetées à la face de leur potentielle clientèle qu'à de véritables appels à la consommation. Et les passants ne faisaient pas cas des gens sur leur chemin, qu'ils bousculaient sans y faire même attention.

Junko évoluait maladroitement dans cet environnement. Elle restait aussi près que possible de Reikan, hésitant même par moments à s'agripper à son bras par crainte de la perdre et de se trouver seule dans cette masse. Elle avait peur. Elle se sentait dépossédée de tous ses moyens. Si on l'avait attaquée, à ce moment précis, elle aurait été bien incapable de se défendre. Tous ses réflexes, acquis dans le sang et la douleur, après des années de combats clandestins, se trouvaient réduits à du pur découragement. Ses barrières s'effondraient. Elle était terrifiée. Véritablement terrifiée.

Elle tira légèrement sur la manche de Reikan, et lui indiqua d'un signe de tête une petite ruelle à l'écart, déserte. Elle s'y engouffra elle-même, et s'appuya aussitôt contre un mur. Sans avoir fait d'effort physique particulier, elle était haletante. Elle porta deux doigts à sa gorge, et sentit son pouls s'affoler. Cette ville avait vraiment une mauvaise emprise sur elle ... Elle semblait bien loin, sa détermination revancharde du matin. Junko s'efforça de rassembler ses esprits, et leva les yeux vers Reikan:

"Inutile d'aller à l'arène principale. Je suis prête à parier que le lion n'y a jamais mis les pieds, ou plutôt, les pattes ... Il faut nous infiltrer dans le réseau des arènes clandestines. C'est là qu'on aura nos meilleures chances de le trouver. En plus ... Elles sont illégales, donc pas besoin de nous retenir si jamais les choses se compliquent."

Junko se sentait nettement moins attirée maintenant par l'idée d'un combat dans les arènes clandestines - fût-ce contre ceux qui l'avaient jadis retenue - qu'elle l'avait été le matin-même. Pourtant, cette éventualité semblait inéluctable.

"Je ne sais pas où sont les entrées des arènes clandestines. Mais je sais que, parmi les gens du public, il y a beaucoup d'hommes très riches. Ce sont même eux qui organisent les combats. Donc, je pense qu'il nous faudrait plutôt nous diriger vers les beaux quartiers."

Et là, au milieu de l'or, elles trouveraient le plomb.

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Lun 24 Juin 2019 - 20:57
♫ Adrian von Ziegler — Isan

Face à la grandeur des arènes et des bâtiments exhibant la richesse de leurs propriétaires, il était certain qu'un être humain, de par sa taille, faisait pâle figure vu de l'extérieur. Les deux jeunes femmes apparaissaient comme étant de vulgaires microbes, à côté des remparts sombres qui ceinturaient la ville et retenaient les débordements sonores avec brio. Si Junko était sans grande surprise terrorisée à l'idée de fouler à nouveau les pavés de ses bourreaux, Reikan, elle, s'assura de prendre les devants et de creuser un sillage suffisamment profond pour que la rousse y terre ses plus grandes peurs. Ce fut droite comme un piquet, le dos offert à sa consœur et la colonne vertébrale anoblie par des traditions claniques vigoureuses et exigeantes, que la métamorphe pénétra les fortifications et s'enfonça dans la cité à l'allure malfamée. Par chance, ses pas étaient guidés par une confiance assurée en elle-même, assez abondante pour déborder sur la rouquine, qu'elle sentait gagnée par l'épouvante de ses réminiscences.

La nomade grignotait le chemin de par son avancée, tant elle fut absorbée par son obstination. Pas le moindre habitant, ni même commerçant, ne méritait son attention ; Reikan incarnait presque une lueur d'espoir dans ce monde de cruauté, si bien qu'elle espérait essuyer les appréhensions de l'empoisonneuse à ses côtés. Mais il s'agissait là d'une vaine tentative, puisqu'elle sentit l'une des manches de sa longue veste se faire happer par la prise de Junko. Compréhensive, la féline prit la direction indiquée par cette dernière, après lui avoir pourtant jeté un regard indifférent. Aurait-elle aperçu quelqu'un susceptible de la reconnaître? Debout face à elle dans une ruelle qui peinait à rester silencieuse malgré l'absence de tout passage, la féline observa et écouta l'enfant du poison sans dire un mot ; si elle avait jusqu'à lors eu le cœur net que sa camarade finirait par être terrorisée, elle venait d'être servie.

Ainsi, en plus d'avoir vu sa liberté entravée par les chaînes de la cruauté, ce Lion était victime de la clandestinité. Si Reikan se retenait de cracher une myriade de noms d'oiseaux, elle n'en pensait pas moins ; ces hommes très riches dont parlait Junko finançaient dans l'ombre des actes innommables et n'osaient même pas assumer une once de leurs vices aux yeux de tous. Plus que pathétiques, ces tortionnaires dénués de cœur n'avaient qu'en leur possession la richesse des métaux et des propriétés. Une détestable maladie de l'or, que la métamorphe exécrait depuis son plus jeune âge et qu'elle leur ferait tôt ou tard payer. Malgré l'état dans lequel venait de se mettre l'ancienne gladiatrice, l'enfant des bêtes était parvenue à mettre à l’œuvre une perspicacité hors-pair.

« Ces sadiques se font donc de l'argent sur le dos de la clandestinité. Si tu veux mon avis, nous devrions nous mettre à leur place. Et en tant que raclure de la sorte, si je voulais préserver mon trésor, au plus près il serait de mon logis, au mieux il serait en sécurité. Tu as raison, dirigeons-nous vers ces si beaux quartiers, il n'y a que là-bas que nous obtiendrons des informations. Toutefois, il nous faudra être aussi fourbes qu'eux. »
[invisible_edit]
Aussitôt, Reikan détacha sa longue veste de ses épaules pour la déposer sur celles de Junko et remonter la capuche sur sa tête ; de sorte à ce que même le feu flamboyant de ses cheveux finisse par être étouffé par l'obscurité du tissu. Après lui avoir adressé un regard résolu, la changeforme se tourna vers l'une des principales artères dont elles venaient de s'échapper. Elle venait de dévoiler un haut de kimono sombre, attaché par des lanières blanches aux épaules et au dos duquel était brodé un symbole singulier ; une tête de Tigre blanc. Si Junko et son bandeau étaient préservés des regards trop indiscrets, la jolie brune s'était volontairement laissée à leur merci. Et ce fut au moment où elle déposa sa dextre sur l'épaule opposée de la rouquine dissimulée que la féline retourna se fondre dans l'armada humaine, en sa compagnie.

Comme prévu, sur le chemin, personne n'osa aller plus loin que de simples regards méfiants vis-à-vis du duo ambulant. Et en toute logique, ce calme avant la tempête avait permis à la prédatrice d'analyser son environnement pour ne pas faire fausse route. L'architecture des manoirs et des structures toutes proches de fausse noblesse constituaient des indices qui la guidèrent petit à petit vers des rues de plus en plus propres, mais toujours aussi interlopes. Les rares civils y étaient mieux vêtus et les échoppes remplies d'adorateurs de la boisson se faisaient rares. Et s'il y avait forcément une quelconque entrée à ces arènes clandestines, il était certain qu'elle serait protégée par quelqu'un ou quelque chose. C'est pourquoi Reikan n'hésita pas une seule seconde à se jeter dans la gueule du loup corrompu après quelques minutes de marche, lorsqu'elle aperçut un garde porteur de glaive, situé devant une grille qui obstruait l'accès à un escalier vers les tréfonds.

« Qui êtes-vous?
Yasei Reikan, Chūnin de la Brume.
Et qu'est-ce que veut Kiri aux jardins de mon maître? Vous n'avez rien à faire ici.
Je suis ici pour proposer au combat l'un des esclaves de ma famille, pour la prochaine réunion. »

La voix de la Fille du Désert, dont le front portait l'insigne de la Brume, s'était faite plus rêche, plus empreinte de certitude que jamais ; à l'instar de celle du gardien armé et perturbé. La féline ne le quitta pas de ses pupilles d'un profond bleu roi persuasif, si bien que ce dernier se sentit presque mal à l'aise face à son insistance et la teneur de ses propos. Qui donc, hormis l'ancienne victime de tels arrangements illégaux, pouvait bien savoir ce qui se trouvait vraiment dans ce souterrain? Aux yeux de l'homme sous son casque, la brune et la chair à canon qu'elle venait d'amener ne pouvait pas être une simple envoyée de la Brume, pour mettre à mal le réseau de son maître. Convaincu et n'ayant visiblement pas le choix puisque celle-ci connaissait l'existence des combats illégaux, le garde se mit de profil, ouvrit la grille et la referma au dos des deux alliées. Après tout, difficile de résister à une jeune femme pleine de charisme ne démordant pas. Il n'avait aucune raison de refuser une entrée de plus, étant donné que cela ne ferait qu'enrichir son propriétaire.

« Vous tombez à pic, la prochaine ne va pas tarder à commencer. Cela se passe deux étages plus bas.
Nous vous suivons.
Avez-vous au moins déjà participé aux combats de Yūdai?
Non.
Non? Eh bien, bonne chance. »

Yūdai. Ce nom s'inscrit immédiatement dans le psyché de la carnassière, comme une marque au fer rouge. Les escaliers défilèrent sous les pieds de Reikan, suivie de près par Junko. Et au fur et à de leur descente, la lumière du jour s’atténuait pour laisser place à des voix d'outre-tombe, à l'apparence de planifications. Si les cliquetis successifs et si singuliers des boucles d'oreilles de la métamorphe étaient susceptibles de perturber toute concentration, la féline elle-même n'avait eu aucun mal à évaluer la profondeur du souterrain, à l'entente de leurs pas sur la pierre des escaliers. Un cul-de-sac. Ils sont faits comme des rats, alors bonne chance à toi aussi. Sous les yeux de la rouquine toujours capuchonnée, la brune ralentit sa descente aux enfers pour lever son pied droit, qu'elle enfonça brusquement et sans remords dans le dos du garde en vue de le forcer à dévaler le reste des escaliers. Sans prévenir, le corps malmené du gardien sans son glaive perdu s'écroula tout en bas de la descente. Le talon droit de la combattante revint aux côtés de son frère gauche pour qu'elle puisse reprendre sa marche, alors que les voix animant l'obscurité venaient de disparaître. Ceux qui étaient déjà en bas furent ébahis par l'entrée en matière des nouveaux arrivants, laissant le corps de la féline sortir de l'ombre du couloir.

Ses yeux affamés truandèrent facilement la pénombre environnante, couverts par une couche réfléchissante qui était similaire aux organes des félins. Deux clandestins venaient de mettre un terme forcé à leur duel acharné, au milieu d'une dizaine d'hommes aux visages tous plus malveillants les uns que les autres. En chœur, plusieurs d'entre eux s'équipèrent d'armes blanches et aiguisées pour faire barrage devant l'unique homme assis sur une chaise et dont la bouille était habillée d'un cache-œil et les contours parsemés de préciosités. L'élévation de sa voix eut vite fait d'agir comme signal, donné à tous les clandestins présents pour se jeter sur les intrus qui venaient d'abimer l'un de ses jouets. Il était temps pour Reikan, mais aussi Junko si elle en avait le courage, de passer à l'action afin d'obtenir un maximum d'informations au sujet de ce Lion tant recherché.

Yūdai:
 

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Dernière édition par Yasei Reikan le Sam 6 Juil 2019 - 11:27, édité 2 fois
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Jeu 4 Juil 2019 - 22:16

Junko avait été terrifiée en comprenant l'idée de Reikan. Elle s'était vue constituée prisonnière factice, esclave prétendue de sa compagne. Mais que la situation soit feinte ou non, elle remuait néanmoins une foule de souvenirs et de sensations enfouies profondément dans le coeur de la jeune femme. Elle s'efforçait d'avoir confiance en Reikan, et se raccrochait à ce seul îlot de sécurité dans tout l'océan d'incertitude et de malaise qui baignait la ville tout entière. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de se laisser envahir par une crainte pesante. Et une tristesse tout aussi lourde ... Elle se sentait revenue à ses années de petite fille. Elle était sans défense.

Les marches, puis l'obscurité. Le seul écho de leurs pas sur les pierres froides. Junko connaissait cette ambiance. Elle avait combattu dans ces espèces de cachots. Dans ses débuts, du moins. Ceux des gladiateurs clandestins qui étaient les plus redoutables, ceux-là gagnaient le "privilège" de défendre chèrement leur vie dans de véritables arènes, dissimulées, comme cette cave, dans les souterrains de la ville. Alors, ils se livraient à leur mortel pugilat dans une véritable fosse ensablée, surplombés par un public avide de sang et crevant d'argent. Alors, la sauvagerie humaine prenait le dessus. L'environnement, la folie générale, les cris poussaient au meurtre. Et meurtre il y avait, invariablement.

Et Reikan lança l'assaut. Aussitôt, l'ambiance changea du tout au tout. Elles étaient passées de simples infiltrées à kunoïchis. Elles retrouvaient leur véritable fonction. Elles faisaient régner l'ordre. Pourtant, Junko était toujours retenue pas sa crainte. Ses instincts combattifs, généralement si forts, restaient bloqués derrière un mur de terreur. Il fallut le choc des premiers coups, et surtout des premières lames tendues dans sa direction, pour la tirer de son immobilité.

Alors, son sang ne fit qu'un tour dans ses veines. Alors, elle sentit l'adrénaline si familière se déverser dans tout son corps, envahir ses membres et les faire agir d'instinct. La peur devenait sa force. Elle dévia la lame la plus proche d'un coup de poignet brusque, et saisit l'homme à l'autre bout de l'arme à la gorge. Déjà, avant même qu'il ait eu le temps de crier, sa peau se couvrait d'une croute noire, et les chairs étaient comme fondues sous les doigts de la jeune femme. Elle jeta cette première dépouille sur un côté, et se tourna vers le reste de l'assemblée de leurs ennemis.

Ils étaient nombreux, et l'espace suffisamment étroit et cloisonné. Elle saisit Reikan par l'épaule, et la força à reculer, à se mettre derrière elle. Elle ne voulait pas la blesser accidentellement.

"Tu vas crever, salope !"

L'insulte lui était adressée. Elle n'en tint pas compte. Pendant que l'offenseur commençait déjà à la charger, sa lance pointée dans sa direction, elle composa une série de mudras rapide. Elle se laissait porter par ses instincts. En un sens, elle était la plus bestiale, ici. Plus encore peut être que sa comparse métamorphe. Le fer de son ennemi se rapprochait. Mais pas assez vite. Avant qu'il n'ait eu le temps d'entamer ses chairs, elle avait soufflé un nuage violacé, qui ne tarda pas à entourer le groupe de leurs assaillants.

Alors, ils s'immobilisèrent. Ils toussèrent, d'abord, violemment. Puis ils crachèrent des flaques de sang, tombant peu à peu à genoux sur les dalles nues de l'arène improvisée. Leurs mains se contractèrent autour de leurs gorges, alors que leurs tempes battaient furieusement. Leurs yeux sortaient de leurs orbites comme ils comprenaient leur sort. Puis les doigts se desserrèrent. Les tempes cessèrent de battre, et les yeux de rouler. Ils étaient morts. Et tout ce temps, Junko les avait observés. Froidement. Elle les avait tués, et son sang n'avait même pas bouillonné de l'excitation du meurtre.

"Couvre ta bouche."

Elle se dirigea vers le fond de la pièce. Là restait le dernier homme. Le plus richement vêtu. Yûdai. Il n'avait pas été touché aussi vivement par le poison. Lui avait eu le réflexe de se protéger au moins légèrement. Néanmoins, à terre, rampant, brandissant toujours son sabre, d'une main tremblante, il avait l'air misérable. Junko se débarrassa de son capuchon, et laissa ses cheveux de feu ondoyer dans son dos. Alors, elle vit l'homme écarquiller le seul oeil qu'il lui restait.

"Toi !"

Et elle frissonna d'horreur.

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Lun 8 Juil 2019 - 16:24
♫ Devilman Crybaby — The Cult

L'assaut venait d'être lancé. Et comme toute digne métamorphe qui se respectait, Reikan n'avait même pas daigné sortir d'arme blanche pour affronter celles de ses opposants ; seuls ses poings et ses pieds suffisaient à outrepasser une bonne partie du mur de clandestins leur fonçant dessus. La plupart des combattants volèrent sous les coups et cédèrent face à l'agilité de la nomade, jusqu'à l'instant où son épaule fut saisie par sa comparse. Que fait-elle? La féline jeta un œil à la dépouille qui gisait au sol et dont la gorge était nécrosée. Forcée d'avoir pris du recul, elle garda son mal en patience, pendant que Junko effectuait une série de mudrās. Elle ne pourra pas tous les retenir au corps à corps. Qu-... La brune écarquilla les yeux, dès qu'elle aperçut la rousse recracher un nuage mauve sur leurs opposants.

En toute logique, la métamorphe s'affaira à rester gentiment derrière sa consœur empoisonneuse. Ses yeux myosotis parcoururent chacun des corps qui s'écroulaient à leurs pieds, impuissants face aux douleurs causées par le poison de Junko. Malheureux. Pour leur propre bien, la rouquine venait d'arracher la vie à ceux qui s'opposaient à elles, sans le moindre remord. Si elle présentait une mine froide, Reikan elle, essayait de garder une certaine rigidité sur ses traits. Ces individus, qui malgré eux pour certains, continuaient d'alimenter cet enfer par leurs simples actes, n'étaient que source de malheur pour l'ancienne gladiatrice. Et la changeforme ne pouvait nager à contre-courant d'une telle soif de vendetta. Du moins, pas pour le moment. Ce fut en couvrant sa bouche d'un fin voile oriental de son accoutrement que la Fille du Désert se planta devant le borgne qui agonisait, à même les pierres. Son regard éthéré jongla entre celui de l'homme à l'unique œil et de la femme à la chevelure enflammée.

« Toi! Ju-Junko, sale garce, comment oses-tu revenir ici, après avoir tué notr-... »

Ainsi, l'identité de Junko était dévoilée au grand jour pour la toute première fois depuis leur arrivée sur Asosan. Que cela concerne son passé de combattante d'arène clandestine ou bien son présent, dans cette pièce dont le sol était nimbé d'empoisonnés, la rousse pouvait déjà voir une épée de Damoclès tourner sagement au-dessus de sa tête ; celle d'une meurtrière. Mais Reikan fit abstraction de ce fait, sans même s'en rendre compte ; ce Lion était l'unique chose qui l'obnubilait. Décidément, les propos de Yūdai ne lui valurent qu'une seule chose de la part de la changeforme ; sa tête fut de suite immobilisée contre le roc froid de la galerie souterraine, sous la pression du pied gauche de Reikan. Après l'avoir fait taire, cette dernière eut vite fait de s'accroupir pour être à sa hauteur, plongeant ses pupilles prédatrices dans la sienne, similaire à une pépite d'or, emplie aussi bien d'avidité que de colère.

« Trêve de plaisanteries. Yūdai, c'est bien ça? Tu es le maître de ces pauvres hommes, pas vrai? Dans ce cas, tu vas pouvoir nous aider.
Vous... aider? PLUTÔT CREVER! »

N'accordant pas un seul regard à son amie pour ne pas la perturber plus qu'elle ne pouvait déjà l'être, la métamorphe retira sa semelle de la joue du souffrant. Visiblement, il risque de tenir le coup, malgré le poison de Junko. Ce malin a eu la bonne idée de se blottir contre le sol pour échapper au nuage. Son bras droit de jeune femme se pencha au col du maître d'esclaves. Et d'un coup, elle le souleva par sa simple force jusqu'à ce qu'il n'ait plus les pieds au sol, ses tissus musculaires ondoyant de leur propre fait sous sa peau. Sans bouger d'un poil, Reikan le retint en l'air de la sorte pendant quelques secondes, lui adressant une œillade teintée de provocation. Sale... garce! La poigne sur son col se fit plus forte, si bien que le bout de ses fins doigts appuyait contre sa gorge sans défense.

« J'ai entendu dire qu'un Lion sauvage était tenu captif, dans vos arènes meurtrières. Asosan est une ville d'humains, pourtant, elle a réussi à mettre la main sur un tel fauve. Où se trouve-t-il, désormais?
... »
Je doute que tu souhaites mourir comme les esclaves que tu as maltraité jusqu'à présent, alors tu vas me répondre. À moins que tu ne veuilles les rejoindre? »

Un silence pesant s'installa, laissant le temps au tortionnaire d'écarquiller à nouveau les paupières à l'entente de ce sujet. La salive à l'intérieur de sa bouche peinait à se mêler à son sang et le contact avec le sol commençait déjà à lui manquer. Yūdai eut d'ailleurs bien du mal à échapper au regard prédateur de la nomade, qui resserrait peu à peu l'emprise de ses fins doigts sur le lin de sa chemise et sur l'épiderme du haut de son buste. Va-t-il vraiment me forcer à...? Ce contact visuel intense fut maintenu une bonne poignée de secondes. Enfin, l'homme abandonna toute trace de détermination, après avoir perdu pied. Il lui fallait parler, s'il voulait ressortir de ce souterrain encore en vie et il avait même parfaitement compris que mentir ne ferait que lui défaillir. Ses paupières se fermèrent pour se rouvrir et pointer le bandeau frontal de Reikan sous une lueur nouvelle ; celle de la raison. De toute évidence, la pression exercée par Reikan sur la jointure entre son corps et sa tête ne laissait pas de place à beaucoup d'hésitation.

« Malheureusement, si vous comptiez sauver ce monstre, vous allez être déçues. Les souterrains de la cité qui sont miens ne peuvent accueillir un aussi grand danger que ce Lion. Tout ce que je sais, c'est que vous n'aurez jamais le temps d'y accéder avant qu'il ne fasse sa dernière apparition. Les préparatifs ont d'ailleurs déjà commencé à l'Arène d'Angerona.
L'Arène d'Angerona? Qu'espèrent-ils lui faire, là-bas? »

Le faciès de l'homme au cache-œil se crispa, pour mieux exhiber un sourire faussement peiné au nez de la métamorphe. Au vu de son expression, la localisation de la bête pouvait tout dire de son état, mais aussi de ce qui l'attendait ; et pour cause, l'arène en question était la plus grande et la plus impressionnante de toutes sur Asosan, pleine de succès auprès d'un public des plus sanglants. Angerona. Peut-être... que Junko s'y est déjà rendue dans le passé et qu'elle sait comment y parvenir le plus rapidement possible. Fidèle au pourri qu'il était, Yūdai resta silencieux malgré la menace. Dans un excès de rage, Reikan jeta son corps affaibli au sol, avant de sortir du fil de fer de sa sacoche pour lui ligoter les bras et lui retirer le katana dormant à sa ceinture, alors que la vision du tortionnaire se troublait déjà sous le poids de la fatigue. La féline se redressa parmi le sol jonché de dépouilles, zieutant Junko d'un regard insistant et troublé. Une goutte sillonnant l'une de ses tempes, elle se retint de tomber dans le désemparement total, une dernière lueur d'espoir brillant encore sur le tapis de ses pupilles éthérées. Et au fond, de toutes ses forces, elle espérait que la rousse ne soit pas à nouveau prise d'une lubie de vengeance, qu'elle ne s'attarde pas sur cet homme que même la mort ne voulait pas. Elle priait pour que son amie continue de la guider sur cette île impitoyable, car les deux jeunes femmes n'avaient plus de temps à perdre pour rejoindre le cœur de cet enfer.

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Lun 8 Juil 2019 - 21:13

Junko avait écouté attentivement les confessions de leur captif. Mais son regard furetait ailleurs. Elle contemplait les corps de ceux qu'elle avait laissés là, sur le carreau. Elle n'éprouvait aucun remord, loin de là. Les gardiens comme les combattants lui inspiraient le même mépris. Les uns étaient les pions actifs d'une pratique révoltante, et les autres se soumettaient à un ordre répugnant, sans même oser s'enfuir ou se révolter. Elle pouvait se permettre de les regarder de haut. Elle s'était enfuie. C'était un risque à prendre, mais était-il vraiment si coûteux, quand on souhaitait vraiment sa liberté ? Elle n'était que trop bien placée pour savoir combien certains des combattants s'étaient vite accoutumés à leur condition, du moment qu'on leur promettait toutes les violences auxquelles ils aspiraient.

Elles avaient tous les renseignements qu'elles voulaient. Elles savaient où trouver la bête. Junko était surprise de constater que l'animal avait pu survivre aussi longtemps. Ce devait véritablement être une force de la nature, un prodige. Si les hommes tombaient vite dans les arènes clandestines, les animaux ne tenaient pas bien longtemps non plus. Qu'avait-il de si spécial qui lui avait permis de survivre ? Toujours est-il que, si elles voulaient le sauver, c'était maintenant ou jamais. S'il avait été envoyé à Angerona, c'était bien qu'on avait décidé d'en finir avec lui. Junko connaissait le nom de cette arène. Elle y avait combattu. C'était la plus sordide de toutes. Les gens devenaient fous, là-bas. Fous de sang.

"Nous partons dans un instant. D'abord ..."

Elle voulait laisser un souvenir à leur dernier prisonnier. Elle n'allait certainement pas le laisser s'en tirer avec le simple mauvais souvenir de leur rencontre. Il avait condamné des douzaines d'existences pour son seul plaisir, sans jamais payer le prix des violences qu'il faisait commettre en son nom. Elle se pencha sur son corps inconscient, et l'embrassa. Si l'étreinte pouvait sembler tendre, ce n'était bien qu'une apparence. Junko distillait dans la bouche de son amant un poison parmi ses plus sournois. Celui-là ne le tuerait pas. Mais il durerait, longtemps. Il se répandrait dans tout son organisme, par le sang, et corromprait ses chairs et ses os, jusqu'à la moelle. Il allait souffrir pour le reste de sa vie.

"Allons-y."

Junko connaissait le chemin. Angerona était une arène à ciel ouvert, peut être la seule des arènes clandestines d'Asosan. On pouvait facilement la localiser dans l'espace urbain. Elles sortirent à la lumière, et Junko remit à la hâte son capuchon. Le garde les interpella quand elles passèrent devant lui:

"Le spectacle vous a pas plu, mes mignonnes ?"

Junko l'ignora, et compta sur Reikan pour faire de même. Elles n'avaient plus de temps à perdre. Elles se replongèrent dans la masse de la foule. L'appréhension qui avait tant serré le coeur de Junko auparavant s'était effacée. A présent, elle était en proie à l'ardeur. Elle brûlait du désir de la vengeance, et il occultait ses craintes les plus profondes. C'était un écran fort pratique, qu'elle utilisait maintenant pour voiler ses terreurs. Les pleurs et les angoisses viendraient plus tard. C'était maintenant l'heure la plus décisive, celle qu'elle avait attendue. Elle était venue pour faire face. Elle n'était plus la même jeune fille qui s'était échappée de ses geôles. Et elle n'était plus seule.

Elle jeta un regard en direction de Reikan, et lui pointa du doigt une immense construction. L'endroit ressemblait à toutes les autres arènes de la ville. C'était un monument circulaire cerclé d'arcades, tout en pierre blanche. Mais, contrairement aux autres arènes, le temps avait fait son oeuvre sur celle-ci. La pierre était assombrie, fissurée par endroits, et lézardé de lierre. A vrai dire, l'endroit semblait désert. De toute évidence, plus personne ne venait assister à des combats dans ce lieu.

"C'est ici. C'est l'arène d'Angerona. La façade a l'air abandonnée, mais ce n'est qu'une façade, justement. L'entrée se fait par un lieu secret, suis-moi."

Elle la mena sous les arcades. Elles s'éloignaient peu à peu de la circulation, pour se plonger dans la semi-obscurité des galeries de pierre. Elles firent la moitié du tour de l'arène, et arrivèrent devant une porte dissimulée dans la roche. Deux gardiens se tenaient devant l'entrée. Ils les interpellèrent bruyamment en les voyant approcher:

"Hé ! Qu'est-ce que vous faites là toutes les deux ? C'est pas un endroit sûr pour deux mignonnettes comme vous, fichez le camp.

-Nous sommes venues pour les combats."

Il y eut un silence. Les deux gardes se regardèrent, sans vraiment comprendre de suite.

"Vous venez ... assister au combat ?

-Non. On nous a dit qu'une bête particulièrement féroce combattait ici aujourd'hui. Nous sommes venues pour l'affronter."

Junko se tourna vers Reikan. C'était la façon la plus simple de trouver leur cible animale. Et sans doute également celle de la libérer avec le plus de facilité. Car, une fois dans l'arène, elles n'auraient plus qu'à faire face au public, qui serait leur seul véritable ennemi.

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Mar 9 Juil 2019 - 15:45
♫ FFXIII — Dust to Dust

Dans les entrailles du souterrain de pierres, où seul le ruissellement de l'eau se faisait entendre en continu, Reikan observa Junko gangréner, par un simple baiser, l'enveloppe charnelle du borgne. Il venait de se faire enlacer par l'étreinte d'un sommeil profond, mais aussi par celle d'un poison qui le dévorerait pour le restant de ses jours. Et l'appel de ce dernier le rappellerait très bientôt de ses songes, rien que par la douleur d'une peau corrompue et l'horreur d'un corps avarié. Était-ce là une vengeance bien méritée, pour l'ancienne gladiatrice? Épargner la mort à un tel individu et le plonger dans un enfer de chairs pourries, était-ce une solution des plus respectables? Sur le coup, la métamorphe ne put apporter une réponse claire et raisonnée à la situation. Son esprit était bien trop mué par les chaînes de l'obstination, envers ce qui attendait désormais le duo au cœur d'Asosan. Les doutes de la féline vis-à-vis de l'état mental de son amie furent délibérément avortés, dès l'instant où celle-ci prit les devants pour se diriger au plus vite vers l'Arène d'Angerona. Junko est toujours Junko. Soulagée que la rousse ait pu sortir indemne de ses torpeurs, elle en remercia même les étoiles de lui avoir laissé un guide sur son chemin.

Sans même daigner regarder derrière elle, Reikan s'extirpa du sous-sol en grimpant les marches, une à une. Entre ses mains dormait cette nouvelle information, qui la rapprochait un peu plus de son but ; retrouver ce Lion et le libérer de ses chaînes. Toutefois, seules ses jambes pouvaient la porter jusqu'au pandémonium de l'île des gladiateurs ; là-bas, elle le pressentait déjà, tout un chacun était couronné de son propre sang, mais aussi de celui d'autrui. Et cela ne l'effrayait pas pour autant, si bien qu'elle ne répondit même pas à l'énième homme gardant la porte de fer, séparant la surface du souterrain. Au sein de l'armada humaine, elle ne détacha pas son regard de la chevelure flamboyante de Junko. L'esclave d'antan pointa enfin du doigt un immense édifice, seul geste pouvant dévier l'attention de la changeforme sur une telle prouesse architecturale. Elle faisait dorénavant face à l'Arène d'Angerona, dont la façade paraissait abandonnée, voire délabrée. Mais grâce à sa comparse et au brouhaha lointain qui bourdonnait sans jamais s'éteindre dans ses oreilles, la féline eut vite compris qu'il ne s'agissait là que d'une fausse impression.

Évitant de lui poser des questions inutiles, Reikan suivit sa coéquipière, alors qu'elle se profilait déjà à l'ombre des arcades, sous des gradins visiblement surchargés par la populace. Le vacarme constant provenant du berceau des gladiateurs agressait un peu plus son ouïe à chacun de ses pas, chose sur la qu'elle avait du mal à faire abstraction. Pourtant, elle se devait de le faire, dès l'instant où les deux jeunes femmes s'approchèrent d'un duo de gardes aux casques et aux lances. Sans le montrer dans sa gestuelle, la féline était prête à tout ; même si cela impliquait qu'elle devait réduire ces gardiens en bouillie. Mais ce fut sans compter sur la perspicacité de Junko qu'elle put s'abandonner à un moyen d'entrer dans cette prison de condamnés sans utiliser la manière forte. Pour... l'affronter? Après tout, la métamorphe devait s'économiser, même si elle était bien loin de se douter de ce qui l'attendait au cœur de cette gigantesque enceinte et surtout, de ce qu'il adviendrait de ce Lion.

Les deux obstacles sur sa route fixèrent les combattantes de la tête aux pieds, avant de constater la présence d'un bandeau au front de celle qui semblait être la plus étrangère à cette île. Une chevelure assombrie, bien entretenue malgré sa primitivité, bornée de parures exotiques et de boucles d'oreilles griffues ; en soi, tout chez Reikan inspirait l'inconnu. Mais l'insigne qu'elle portait sur le fer de son bandeau ne pouvait mentir, forçant l'un des deux hommes à chuchoter au creux de l'oreille de son compère. Bien que Junko venait tout juste de se tourner vers elle, la jolie brune resta de marbre, son regard transperçant presque les pions qui obstruaient son passage et même la grille de fer qui la retenait au dehors de cette arène. Plus que tout, elle voulait s'y retrouver au plus vite pour sortir cet animal des griffes de la cruauté humaine. Et il n'y avait plus qu'une étape, avant qu'elle n'y parvienne.

« Les soldats de la Brume n'ont décidément peur de rien. Les combats ont déjà commencé, il ne manque plus que le clou du spectacle. Voyons voir si une Héroïne de Mizu repassera cette grille une seconde fois, en un seul morceau. »

Le regard d'un des deux hommes, facilement perceptible à travers son casque, venait de dériver sur Reikan sans l'once d'une gêne. Cette dernière ne lui rendit en retour qu'une expression des plus indifférentes, presque hautaine. Malheureusement pour toi, d'où tu te tiens, tu ne pourras pas voir de tes propres yeux mon prochain exploit. Après un temps d'hésitation, d'échanges brefs de regards, le duo gardien s'affaira à ouvrir la grille métallique, qui semblait aussi lourde en poids qu'en conséquence. Un tunnel s'offrit à elles, à l'intérieur duquel Reikan prit les devants pour s'y engouffrer la première. De la dure et froide pierre, les pas de la métamorphe passèrent à présent sur les granules, puis sur le sable, jusqu'à se présenter à une salle où la luminosité du jour ne sortait que des grilles de fer. Dans cette dernière, un bon nombre de combattants attendaient leur tour, pendant que d'autres se déchiraient déjà au milieu de l'arène. Une prison parmi tant d'autres, où certains comptaient les secondes avant leur mort, d'autres avant leur minute de gloire. Mais tous, peu importe ce qui les attendait au tournant de leur existence, n'aspiraient qu'à une seule chose ; l'adrénaline du combat.

Ayant scrupuleusement évité le cercle des administrateurs de l'arène, Reikan avait délibérément choisi de ne pas donner son identité officielle à ces derniers, même si reconnue dès son entrée. C'était à croire qu'elle était certaine de sortir indemne d'entre ces murs, après ce qu'elle allait y affronter. Elle s'intégra au groupuscule de suicidaires, en restant néanmoins dans la file pour observer de loin ce qui se tramait à travers les trous de fer ; des combats intempestifs entre frères d'armes, qui n'étaient là que pour faire grandir la soif de violence du public. Et pourtant, l'enjeu de la mort de plusieurs d'entre eux, si ce n'était tous, était bel et bien réel. La fine ouïe de notre chère Shiroitora ne manqua d'ailleurs pas l'arrivée de divers chuchotements entre gladiateurs, à la fois déterminés et effrayés par ce qui allait se passer derrière ces barreaux de fer. Les rumeurs au sujet de ce Lion étaient-elles véritables? Ce Lion était-il si incroyable, pour qu'une telle foule acclame son arrivée? Pour sa part, Reikan avait arrêté de questionner son for intérieur à ce sujet. Et elle était la seule à ne pas faillir pour l'instant, la seule dont l'estomac ne pouvait être traversé par la lame de l'angoisse.

L'intérieur de l'arène ne présentait plus signe de vie, après quelques minutes d'attente. La grille de fer se souleva, permettant à une première vague de s'en aller au milieu de l'arène, afin de mieux combattre pour le fameux plaisir des plus grands tortionnaires. l'enfant des bêtes avança à son rythme, sans même se retourner vers Junko qu'elle venait de devancer. Cloisonnée entre les parois de son psyché, la métamorphe entendit les battements de son propre cœur. À l'inverse des gladiateurs qui l'entouraient et qui portaient sur leur squelette une musculature développée, Reikan était certes dotée d'un corps de femme svelte, elle possédait cependant tous les traits d'un des plus grands prédateurs terrestres. Son organe à elle battait à une lenteur considérable, contrairement à ceux des autres qui battaient à la chamade, soumis à la peur ou à l'excitation ; pour la vagabonde, il s'agissait là d'un état similaire à la méditation, auquel les meilleurs des combattants s'adonnaient avant la bataille, pour outrepasser les premiers échos de la guerre. La métamorphe fit un dernier pas, alors que les éclats du métal résonnaient en cacophonie parmi les cris de la foule. Elle souleva sa dextre pour dénouer le nœud de son bandeau frontal derrière sa tête et le retirer, symbole qui avait signé son appartenance à Kiri depuis déjà quelques mois. Reikan le rangea dans sa sacoche pour ne pas l'abimer, avant de relever la tête pour la garder haute. Ce fut ainsi le dos tourné à Junko qu'elle s'adressa à elle, les mains vides d'armes, au mépris de ceux qu'elle allait devoir affronter.

« Tu peux encore rebrousser chemin pour aller dans les gradins afin de continuer la vengeance envers les maîtres qui t'ont fait tant souffrir, Junko. Mais si jamais tu ne souhaites pas tourner les talons et me suivre, garde en tête une seule chose ; tu ne dois jamais tourner le dos à un Lion. »

Le même bruit de ferraille truanda le silence pesant installé depuis peu dans la salle ; c'était celui que faisait la grille principale lorsqu'elle s'ouvrait, donnant libre accès à l'arène. Les premiers s'avancèrent, aussitôt suivis par la brune qui fermait la marche, si la rouquine s'était décidée à ne pas aller plus loin. Vêtue d'une tenue sombre et orientale, la Fille du Désert fit son entrée parmi tous ces hommes couverts d'armures de cuir et de mailles. Elle redécouvrit le jour sous une autre lumière, faisant face à un gigantesque hémicycle dont elle devenait l'épicentre au fur et à mesure de ses pas. Voilà l'Arène d'Angerona, sous l'angle des guerriers. Contrairement au sable de sa terre natale, qui était chaud, sec et presque et réconfortant, celui de la couverture sablonneuse qui couvrait cette arène était froid, sanglant et repoussant. Deux grands poteaux s'élevaient de part et d'autre de la zone de combat, tandis qu'un côté de l'arène était livré au vide, bordé par une falaise des plus vertigineuses, au bas de laquelle gisaient les restes des plus grands gladiateurs. Si la changeforme ne put la constater de près, elle put ressentir son souffle aspirant depuis le centre, sans la moindre difficulté.


Les cris d'un public inspiré par la seule violence, l'alliage du sang et des minéraux à ses pieds, tout était sujet à l'euphorie des spectateurs devant tant de massacres. Et jusque-là, toute cette masse de piètres sédentaires n'était pas satisfaite. Vraisemblablement, le stratagème des dirigeants des arènes clandestines s'avérait payant, au vu du nombre d'observateurs ; après tout, les dépouilles jonchant les grains n'avaient été que des gladiateurs envoyés pour se faire tuer les uns contre les autres, sans donner aucun véritable spectacle. Du moins, ils n'avaient pas été les auteurs d'une violence à son paroxysme, comme le public l'aimait tant. Ces combats n'avaient jusqu'à lors servi qu'à titiller la féroce curiosité des gradins. Ainsi, la nomade comprit que sur Asosan, parmi le faste et les plaisirs des êtres humains, rien n'équivalait les combats d'arène. Surtout pas lorsque celles-ci cachaient, en leur sein, un intrépide fauve que les rumeurs n'avaient cessé de glorifier.

La Fille du Vent déposa ses pupilles myosotis sur divers avancements rocailleux parmi les étages de bancs, sur lesquels siégeaient des hommes et des femmes affubler de tissus précieux et entourés de gardes. J'imagine que ce sont eux, les organisateurs. Dire qu'ils n'ont même pas honte des êtres abominables qu'ils sont et qu'ils ont créés, aussi bien ici bas sur ce sable, qu'en haut, sur ces gradins. Ils ne paient rien pour attendre. Ses yeux parcoururent en très peu de temps l'ensemble du public, avant de venir s'intéresser aux différentes silhouettes ennemies sur le terrain, qui s'étaient pourtant tenues à ses côtés, à peine quelques secondes plus tôt. À mon avis, ils comptent libérer cet animal lorsque nous serons épuisés. Nous étions la dernière salve derrière cette grille, j'ai toutes mes chances de le croiser. Les paumes ouvertes dans le vide, la métamorphe se tint stoïque, face à une brise sèche et annonciatrice de malheurs, qui caressa sa longue chevelure d'ébène. Les ultimes combats étaient sur le point de commencer, au moment où les plus audacieux s'élançaient les uns contre les autres en incluant tous les combattants présents, sous les yeux d'or d'une énormité, qui n'attendait qu'une seule et unique chose dans sa cage ; que son tour ne vienne.


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Mar 9 Juil 2019 - 19:23

C'était le moment. Les grilles de l'arène s'ouvraient, et laissaient entrer tout un nouveau flot de combattants. Reikan était parmi eux. Guerrière farouche, animale, n'ayant que son objectif en tête, elle s'avançait dans la gueule du loup, prête à combattre pour gagner la liberté de l'animal qu'elle était venue chercher. En un sens, Junko admirait ce courage. Elle en était également terrifiée. Car Reikan ne savait pas dans quel enfer elle mettait les pieds. Des vagues de souvenir écumaient dans l'esprit de Junko. Elle se rappelait toutes ses batailles, tous ses adversaires, lentement terrassés, leur sang coulant sur ses poings et leurs corps gisant à ses pieds. Elle n'avait que trop foulé le sol de ces arènes. Si elle avait un instant hésité, prête à réitérer pour soutenir sa camarade, elle resta finalement en retrait.

"Vas-y, j'ai un autre plan. Je ferai en sorte de t'assurer une porte de sortie quand tu auras trouvé le lion. Fais-moi confiance."

Et elle regarda Reikan s'avancer dans la lumière de l'arène, s'exposer aux cris de la foule assoiffée de combat, et faire face à tous ses ennemis. Elle ne se faisait pas trop de souci quant à l'issue de la bataille. Elle savait combien sa comparse était forte. Elle n'était en revanche pas si sereine concernant le public ... Le sang faisait si vite tourner l'esprit des gens.

Quant à elle, elle commençait sa propre phase des opérations. Dès que les grilles se furent refermées, deux hommes l'approchèrent. Elle inspira profondément. Il lui faudrait maintenant agir vite, avec discernement, et surtout avec efficacité. Un plan s'était échafaudé dans son esprit, qui ne demandait plus qu'à être affiné et mis en pratique. Reikan libérerait le lion, Junko terrasserait la véritable bête.

"Hey ! Qu'est-ce que tu fais encore là, toi ? Fallait te réveiller, les autres sont déj-"

L'homme fut interrompu par un kunaï lancé avec une admirable précision en plein dans sa gorge. Il y eut alors un instant de stupeur, pendant lequel personne ne bougea. Junko le mit à profit. Elle se jeta sur le second individu, et, avec la même clairvoyance, lui perfora la trachée. Les deux s'écroulèrent, roulant un dernier râle dans leur chute, tandis que la jeune femme récupérait ses deux kunaïs, tachés de sang. Cette première attaque n'avait pas manqué de déclencher l'alerte. Elle le savait, et était déjà prête à faire face à tous les autres hommes présents dans la pièce. D'un coup d'oeil rapide, elle les compta. Il y en avait une vingtaine, dont la moitié seulement semblaient vraiment entraînés pour le combat. Le plus important était qu'aucun d'entre eux ne parvienne à sortir de là pour répandre l'alarme. Son massacre devait rester confiné à cette seule pièce.

Aussi s'en prit-elle d'abord à ceux-là qui cherchaient un échappatoire. Elle leur bondit dessus, et, avec toute la froideur du monde, leur transperça les chairs du seul tranchant de sa main chargée en chakra. Ils tombèrent ainsi, un à un, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que dix hommes dans la pièce. Ceux-là étaient plus coriaces, du moins en apparence. Surtout, ils étaient armés: lances, épées, couteaux. Si elle les attaquait l'un après l'autre, Junko perdait un temps précieux. Mieux valait réitérer son coup d'éclat précédent: elle composa une série de mudras rapides, d'abord, et souffla un premier nuage de poison sur une courte distance. C'était simplement pour écarter les plus proches, et gagner du temps. Le stratagème fonctionna: pris de peur devant la fumée éthérée, les hommes d'armes n'osèrent pas s'avancer. Cela lui laissa tout le temps qu'elle voulait pour composer une nouvelle série de signes. Et cette fois, elle libéra une véritable chape de toxines. D'un pourpre foncé, elles se répandirent dans l'air de la petite pièce souterraine. Les résultats ne se firent pas attendre. Il ne s'écoula qu'une minute avant que les pavés humides soient jonchés des corps inanimés, morts.

Junko laissa là son oeuvre. Elle examina les issues, et découvrit un escalier qui semblait s'enfoncer et remonter vers la surface, sans doute vers le public. C'était tout ce qu'elle désirait. Elle l'emprunta, mais prit, avant de s'y engouffrer complètement, une dernière précaution: elle boucha derrière elle le passage menant à la pièce jonchée de cadavres par un pan de roche qu'elle fit surgir du sol. Elle préférait assurer ses arrières. Ceci étant fait, elle gravit quatre à quatre les marches de l'escalier de pierre.

Elle n'était plus au meilleur de sa forme. Mine de rien, elle avait déjà dépensé une bonne quantité de chakra. Il lui faudrait être plus économe pour la suite des événements. Car le plan qu'elle avait en tête allait lui demander de faire usage d'encore beaucoup d'énergie. Il s'agirait de produire plus de poison qu'elle n'en avait jamais soufflé en un seul coup, sans doute. Déjà, les clameurs des combats lui parvenaient, perdues dans l'écho des murs de pierre. Reikan devait être en train de se battre ... Combien d'hommes avait-elle déjà terrassés ? Combien devrait-elle encore en occire ?

La lumière du jour apparut, au bout de l'escalier. Junko avait l'impression d'avoir parcouru des kilomètres. Elle comprit la raison de cette impression lorsqu'elle émergea: elle se trouvait au sommet des gradins, dans les rangs les plus éloignés de l'arène. Elle avait une vue imprenable sur l'ensemble du public. Le public, massé en rangs compacts et virulents, les tribunes d'honneur, et la vaste étendue de sable, percée de ses deux piliers. La zone de combat ne l'intéressait pas. C'étaient les tribunes, protubérances rocheuses, qui attiraient sa convoitise. Et particulièrement celle la plus avancée de toutes, faisant face aux combattants. Sur celle-ci se tenait le groupe le plus opulent, le plus fastueux, le plus débordant de luxe. A n'en pas douter, c'était aussi le groupe des organisateurs. Et Junko avait passé suffisamment de temps dans le monde des combats clandestins pour comprendre que celui qui organisait des combats de cette ampleur dans l'arène sans doute la plus grandiose d'Asosan était à coup sûr parmi les plus grands magnats de cette industrie. Ce serait donc cette tribune qui serait sa cible.

Restait à l'atteindre. Il aurait été suicidaire d'essayer de se mêler à la foule pour approcher ces sortes d'intouchables du haut monde. Leur garde rapprochée n'aurait pas tardé à l'arrêter, et elle imaginait bien que ce ne serait pas le même menu fretin que celui qu'elle avait eu à affronter dans les souterrains. Il lui faudrait donc le bénéfice d'une diversion pour pouvoir espérer approcher sans trop de risques cette tribune. Or, une diversion était précisément ce qu'elle comptait mettre en place en premier lieu. Après tout, elle l'avait promis à Reikan. Et elle ne perdait pas de vue le premier objectif de toute cette entreprise.

Elle se mêla à la foule des spectateurs, le capuchon de son burnous soigneusement rabattu sur sa tête. Parmi ce public adorateur des combats clandestins, elle était certaine d'être reconnue par quelques invétérés si elle ne prenait pas le soin de dissimuler ne serait-ce que sa chevelure, trop singulière pour passer inaperçue. Elle descendit les gradins, se frayant un passage parmi les badauds, déjà ivres de violence, lançant leurs cris furieux avec une hargne inhumaine. Quelques-uns lui perçaient les tympans à mesure qu'elle progressait vers le bas de l'arène:

"A MORT !

-ALLEZ, FAITES-LA TOMBER CETTE CHIENNE !

-FAITES-LUI MORDRE LA POUSSIERE !"

De toute évidence, l'un des combattants, ou plutôt l'une des combattants, se montrait particulièrement coriace. Junko eut un faible sourire en imaginant bien de qui il pouvait s'agir. Elle n'en attendait pas moins de la part d'une Héroïne de Mizu, après tout.

Elle passa à hauteur de la tribune principale, sans toutefois s'y aventurer. Elle poursuivit sa descente, longeant la tribune par le côté droit, en y jetant simplement un regard. Il y avait là une douzaine de spectateurs qu'elle mettait dans la pire des catégories: enveloppés dans leurs toges et leur graisse, ils se délectaient de ce spectacle de violence avec un regard frisant l'indifférence. Ces hommes et femmes étaient de la pire espèce. Tout comme elle s'était vautrée dans le luxe, eux s'étaient noyés dans le meurtre et les plaisirs du sang. Et ils avaient fini par en être lassés.

Réprimant une bouffée de rage, Junko finit par trouver le poste parfait: elle se stationna parmi le public, dans les rangs les plus bas, presque à hauteur des combattants, simplement un ou deux mètres au-dessus de leur niveau. Surtout, elle s'était arrêtée à la base du promontoire que constituait la tribune principale, de telle sorte que les plus prestigieux des spectateurs n'étaient qu'à quelques mètres directement au-dessus d'elle. C'était la position idéale.

Adossée à la pierre, elle put alors mettre à exécution la phase suivante de son plan. Elle disposait de toute la discrétion dont elle avait besoin: les gens qui l'entouraient étaient trop absorbés par le spectacle qu'offraient les combattants pour lui prêter la moindre attention. Elle ferma les yeux, prit une grande inspiration. Elle allait avoir besoin de concentration, et surtout du plus de temps possible. Il s'agirait de produire un jutsu tel qu'elle n'en avait encore jamais produit, et l'effort serait considérable. Elle composa une série de mudras somme toute assez simples, mais nombreux. Puis, gardant ses doigts figés dans un dernier signe, les paupières toujours closes, elle se concentra plus que jamais. Elle emmagasinait du chakra, le modelait, le travaillait au corps comme une véritable sculptrice. Elle préparait son prochain coup avec le plus grand soin. Plongée dans cette méditation, elle n'aurait plus qu'à modeler son oeuvre. Puis, quand le lion entrerait dans l'arène, alors elle la libérerait. Pour l'heure, il lui fallait travailler à cette technique ...


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Mer 10 Juil 2019 - 19:33
♫ Philipp Beesen — Shadow Warrior

La tête haute, Reikan adressa un regard fier à la plus grande des cellules de l'arène, d'où brillaient deux pépites dorées. Le public, qui comptait désormais en son sein l'enfant du poison, acclamait haut et fort les derniers combattants ; dont la plupart paraissait moins gâtée sur le plan intellectuel que physique. En effet, plusieurs d'entre eux avaient déjà repéré la métamorphe qui s'était pointée sans l'ombre d'une arme à sa ceinture. Mais ils allaient vite déchanter. Avant même qu'ils ne soient arrivés à proximité d'elle, la féline accorda une dernière pensée à sa comparse, qui lui avait demandé de porter une confiance aveugle en ses agissements. M'assurer une porte de sortie, hein... Elle ne put retenir un faible sourire de s'esquisser sur son minois, en s'imaginant ce que les organisateurs allaient encaisser sous ce soleil de plomb avec l'arrivée de Junko dans leurs rangs. Puis, il lui fallut vite revenir à elle-même, pour revenir à la première des raisons l'ayant mené sur l'île des gladiateurs ; botter le cul à tous ceux qui osaient se mettre sur son chemin jusqu'au Lion.

Celle qui, jusqu'à lors, s'était contenue pour le bien de tous, explosa dès l'instant où les lames transperçantes de ses assaillants s'avérèrent trop oppressantes. Le sang de la Fille du Désert ne fit qu'un tour, tambourinant de façon presque trop agressive contre ses veines, afin de lui permettre de se mouvoir avec une grande agilité entre le fer des lances. Un saut lui eut suffit pour s'extirper de cette meute d'assoiffés de sang et de faibles d'esprit mais aussi pour mieux faire le compte de ses prochaines victimes. Manifestement, ces gars n'ont aucune fierté pour s'en prendre à la seule femme de l'arène. Et à plusieurs, en plus. Comme une plume, Reikan se laissa retomber derrière un premier regroupement de quatre gladiateurs, qui avaient essayé de la perforer de toute part. Cette sensation de rester accroupie sur le sable, avant de bondir sur sa proie, lui rappela de bons souvenirs, oubliés dans le Kaze no Kuni. Mais elle était bien trop loin de ses terres natales, pour finir dévorée par de telles réminiscences. Dans l'immédiat, la métamorphe se releva pour recevoir comme il se devait les quatre silhouettes lui faisant face. Contrairement à eux, qui possédaient une panoplie d'armes blanches, de boucliers et de filets, la changeforme s'afficha au milieu de l'arène, avec seulement ses poings pour se défendre. Elle remonta sa garde, en se mettant de trois-quart et en avançant son pied dominant pour s'offrir un appui stable. L'un d'entre eux osa rire avant de s'élancer et de se prendre une sacrée torgnole dans la tronche ; le coup fut si vif que son casque s'envola dans les airs, tombant plus loin en révélant un métal... broyé, que seule la force d'un prédateur aurait pu maltraiter de la sorte. Le glaive du combattant passa aux mains de Reikan, qui exhiba un sourire à pleines dents au nez de ses trois opposants.

Les fins doigts de la nomade caressèrent avec un engouement certain le manche de leur nouvelle prise, bien qu'inconnue. Ils s'en imprégnèrent suffisamment pour permettre à la jolie brune de lancer le glaive droit vers la cuisse gauche de l'un des hommes qui s'étaient élancés de concert vers elle. Celui-ci s'écrasa sur le sable, comme son premier pair qui avait été assez fou pour foncer tête baissée contre une kunoichi aguerrie. Les deux autres offenseurs furent proies à la vitesse d'action de Reikan, qui n'hésita pas à leur tendre un piège pour que leurs armes s'entrechoquent et que leur rencontre serve d'appui, à sa dextre. Son bras droit fut suffisant pour porter l'entièreté de son propre corps, laissant ses deux pieds s'enfoncer respectivement dans chacune de leurs têtes. Un nuage de grains se souleva ; et en son sein, seule la métamorphe, à la chevelure de nuit, se tenait encore debout. Ses pupilles myosotis contrastaient avec la chaleur faussement rassurante du sable de l'arène et son corps ne dissimulait pas l'ombre d'une blessure.

Mais cette dernière n'eut même pas le temps de jeter un œil instinctif aux autres combats, que d'autres obstacles s'étaient déjà mis au travers de sa route. Jusqu'à présent sur cette île, aucune trace d'un manieur du Ken Tōshi, comme le Rokudaime. Ma foi. Si voir leurs enfants se faire battre par une étrangère est à leur goût, soit. Je tâcherai quand même... de les rendre en un seul morceau. Un à un, sous l'impulsion d'une souplesse hors-pair et d'une impressionnante force bestiale, la Fille du Désert les ébranla. Grands et massifs, petits et trapus, venant des airs ou persistant à se relever du sol sablonneux, tous autant qu'ils furent, encaissèrent tant bien que mal la monstruosité cachée de cette métamorphe cachée, sous le cruel jugement d'un public consterné face à ce spectacle. Ceux pour qui une femme sans défense ni lames ne pouvait espérer triompher sur des gladiateurs, même amateurs, crachèrent leur rage dans des hurlements de mise à mort. Pourtant, il en fallait bien plus, pour déstabiliser la Tigresse blanche. Malheureusement, pour l'ensemble des spectateurs dont une grande majorité était ébahie par ce qui se déroulait dans l'arène, ce ne fut pas la féline qui mordit la poussière, mais bien tous ceux qu'elle eut à affronter. Le nombre de concurrents sur le sable diminua au fil des minutes, si bien que très vite, seule une dizaine sur la trentaine de participants de départ tenait encore sur leurs jambes.

Parmi eux, un gladiateur aux allures de thrace sans bouclier se démarquait de par son allure, mais surtout, par la lourde arme qu'il ne tenait que d'une seule main. La poussière du champ d'arène eut le temps de retomber, avant que celui-ci ne daigne terminer le travail qu'il avait entamé ; écraser tous ceux qui se trouvaient trop près de sa route. Si Reikan releva la tête face au souffle de l'attaque, lui, détachait déjà son casque de gladiateur sanguinaire de la fumée. L'enfant des bêtes plissa les paupières, pendant que ses narines se laissaient agresser par une odeur de sang rouillé. Elle se tint droite comme un piquet afin de mieux analyser la situation, à une dizaine de mètres de son principal opposant ; étant donné que les autres n'osaient pas s'immiscer entre ces deux monstres. Il s'agissait là d'un bon morceau, en partie couvert d'une armure de métal mettant à sa disposition trois lames à l'une de ses épaulières. Et l'irascible aura qui émanait de cet homme ne rassurait en rien ceux qui se trouvaient enfermés dans cet hémicycle, avec lui ; à tel point que certains auraient sûrement préféré finir au bas de cette falaise de roc que face à lui.[invisible_edit]

LE FAMEUX BERSERKER:
 
MORANA, LA MASSUE EXPLOSIVE:
 

Pour atteindre son objectif et voir cette grille de métal derrière laquelle attendait l'animal s'ouvrir, la féline était prête à affronter le plus impitoyable des êtres. Et ça, le public l'avait compris, si bien qu'après une mince période d'accalmie, il était devenu fou avant même l'arrivée du Lion. L'enfant des arènes était glorifié, à l'instar de la Fille du Vent, qui n'était qu'une étrangère à leurs yeux. Les choses sérieuses débutèrent, à partir du moment où le Berserker entama la marche en direction de la femme aux boucles d'oreilles griffues. Et la masse de muscles qu'il était n'avait aucun mal à soulever l'énormité lui servant de pourfendeur, même en accélérant le pas. Une série de coups de massue s'abattit sur la combattante, qui fut forcée de reculer à chacune des avancées du surentraîné. Les éclats de la masse contre le sol et l'air étaient si imposants qu'ils tendaient à engendrer de puissantes brises, visant à déstabiliser la métamorphe et à dissuader les gladiateurs restants de se mêler à l'affrontement.

Après avoir échappé à ces multiples assauts, Reikan prit son inspiration en voyant le Berserker élever son arme comme si elle ne pesait rien, alors que l'ombre de la massue dansait déjà sur l'entièreté de sa silhouette féminine. En l'espace d'un instant, la brune bondit dans les airs pour échapper à la retombée de l'arme, qui créa un cratère dans la roche soutenant le sable. Elle retomba après-coup, pieds sur le manche de cette dernière, à la portée directe du gladiateur. Cette massue est un véritable assommoir. Je n'ai pas intérêt à encaisser un de ces coups, à moins que... Et celui-ci n'avait pas hésité à faire d'elle sa prochaine victime, la ciblant déjà d'un virulent coup de son poing libre. En équilibre sur l'épais manche de l'arme, Reikan tint bon en parant cet assaut corporel à l'aide de sa seule main droite, qui avait déjà pris une tout autre ampleur, sans l'utilisation du moindre mudrā. Le bras dominant de la métamorphe venait de ranger sa robe d'épiderme au placard, en vue de la remplacer par un épais pelage de Tigre blanc. Une épaisse patte de félin avait pris forme, bloquant sans problème le poing attaquant du bourreau qui fut emprisonné entre ses griffes.

Dès à présent, Shiroitora se tenait en position de force sur l'arme du persécuteur. Pourtant, une vive lueur lui vola rapidement la vedette, juste sous ses pieds. C'était une lumière aveuglante, qui ne pouvait provenir que d'une seule chose ; la massue du Berserker. Et elle s'apprêtait à libérer l'un des pouvoirs les plus ravageurs. Instinctivement, la changeforme baissa les yeux et serra sa poigne bestiale sur le poing gauche de son adversaire. Le métal de l'arme, qui relâchait une clarté sans pareille, se mit à crier un hurlement strident, comme s'il était en surchauffe. Mais il était déjà trop tard pour réagir à demi-mesure. La massue fit éclater une explosion démesurée en-dessous de la nomade, qui avait presque manqué de s'extirper à temps de cette situation. Son corps, qui obéissait toujours à son esprit, fut repoussé en arrière pour atterrir lourdement sur le sable, accroupi, ne laissant que les griffes de sa patte de Tigre blanc pour amortir son recul forcé entre les grains.

Les soupirs arrachés à la foule lui permirent de comprendre que ce qui se venait de se produire n'était pas du ressort de son imagination ; bien au contraire, elle réalisa que cet homme était d'une autre trempe. Visiblement, son arme est capable de produire des explosions. Il aura tarder, celui-là, mais j'aurais dû m'en douter. Le souffle rauque du métallique résonna à travers toute l'arène, occupé à se rapprocher dangereusement de son émule. Reikan se redressa, ordonnant à son membre avec lequel elle s'était protégée de reprendre forme humaine, carbonisé à moitié par l'impact de la déflagration. La vue de cette blessure eut vite fait de satisfaire son opposant, qui décida de ne pas la ménager de coups explosifs. Si l'enfant des bêtes virtuose persistait à esquiver grâce à son ingénierie et son habileté, elle tiqua, lorsqu'elle entendit et ressentit à travers le sable la réitération en continu de cognements de pieds en chœur, sur les bancs des gradins. Une ambiance oppressante s'empara de son corps, alors que le grondement des coups se propageait dans toute la zone, comme pour acclamer l'arrivée d'un nouveau champion. La voix déchirée, à force d'usage et de répétition, l'assemblée appelait les organisateurs à relâcher le Lion, par la menace du bruit. Et ces derniers ne se firent pas prier. Aussitôt, la plus grande des grilles de l'arène trembla, avant de s'ouvrir par la traction de plusieurs hommes réunis dans les coulisses. La Tigresse blanche n'en fut que plus déboussolée, bien trop acharnée à dévorer du regard ce qui allait en sortir. Allait-elle enfin atteindre son but? Pouvait-elle désormais toucher, du bout des doigts, son espoir de voir ce Lion en vie pour le libérer de ses chaînes?[invisible_edit]

Finalement, Reikan n'avait pas encore compris que c'était en s'exposant trop près du soleil de l'obstination que l'on finissait par se brûler le poil. Ce manque d'attention crucial lui avait coûté une préparation vitale, alors qu'elle affrontait de plein fouet les assauts de l'arme. À la seconde où il perçut une faille dans la défense de la féline, le Berserker n'éprouva aucune peine à lui porter un terrible coup de massue, qui en fit sursauter plus d'un sur les bancs. Il n'oublia pas de charger le mastodonte de métal en chakra, pour libérer une explosion encore plus dévastatrice que les précédentes, droit sur l'entêtée ayant perdu sa concentration. La Fille du Désert écarquilla les yeux suite à l'illumination relâchée par l'arme, une fois revenue à elle-même, le regard éthéré tourné vers son assaillant. Alors qu'elle venait tout juste de terminer une série de signes incantatoires, la crépitation de l'arme laissa place à une puissante illumination, puis à une large onde de choc. Les deux combattants furent mordus par un épais nuage de fumée sombre. Un incroyable souffle balaya une bonne partie du sable de la zone et fit vaciller les pierres de l'arène, épouvantant la plupart des spectateurs et faisant sourire ceux étant à la tête de ce spectacle. Venait-il de la détonation, ou bien était-il le fruit d'un dernier acte de détresse de la part de notre chère Reikan? Peu importait sa provenance, puisque le corps de la Chūnin, cette fois-ci inanimé, sortit du pan de fumée pour s'écraser plus loin et rouler jusqu'à finir tête contre sable ; et le gladiateur était toujours debout, sa massue rougeoyante encore fumante à la main.

Les derniers échos de la bataille parcoururent l’hémicycle, avant de finir avalés par le vide de la falaise. Si le public d'adorateurs de la cruauté tressaillit de satisfaction, une vision d'horreur s'offrit à Junko. Mais la foule n'eut même pas le temps d'applaudir et de crier sa jubilation. Car au loin, un animal géant, aux membres liés par d'énormes chaînes de fonte que le sol peinait lui-même à porter, venait de s'extirper de l'obscurité de sa prison de roc et de fer. Et il ne tarda pas à exprimer sa rage au grand jour, dans un rugissement qui fit trembler non pas seulement l'arène d'Angerona, mais l'île d'Asosan tout entière.


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Dernière édition par Yasei Reikan le Ven 12 Juil 2019 - 17:26, édité 2 fois
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Jeu 11 Juil 2019 - 19:29

Junko sentit un frisson de terreur l’emplir. Ce n’était pas le cri de l’animal qui l’avait pénétrée jusqu’aux os, ni même la hargne de la foule, criant plus fort que jamais, qui la glaçaient. Il n’avait suffi que de la simple vision du corps inerte de Reikan sur le sable brûlant pour qu’elle soit reprise par l’horreur. Elle était replongée dans l’environnement hostile et meurtrier de l’arène, brutalement, et de la pire manière qui soit : ce n’était même pas elle qui gisait là. Elle ne savait pas si Reikan était vivante ou morte. Elle ne savait pas s’il lui restait encore des forces pour se relever et, peut être, continuer le combat. Elle se sentait prise d’une terreur pire que toutes celles qu’elle avait connues depuis l’arrivée sur l’île.

Et pourtant, elle ne pouvait pas se laisser aller à l’inertie, à la simple expectative. La paralysie était une solution facile – la plus facile – mais elle n’arrangerait rien. Junko avait à présent le devoir de porter secours à sa camarade, de quelque façon que ce soit. Ses plans s’en trouveraient sans doute perturbés, mais ils n’importaient plus tellement, à présent. Elle n’était cependant pas prête à les laisser complètement tomber. Il fallait qu’elle réfléchisse, et surtout qu’elle agisse vite.

Alors elle sentit son sang ne faire qu’un tour, et se remplir d’une dose d’adrénaline qui lui était bien familière : c’était cette même adrénaline qui la prenait, fut un temps, lorsque c’était elle qui combattait sur le sable des arènes. Et d’instinct, elle sut quoi faire. Ce n’était peut être pas la meilleure des solutions, mais c’était la première qui lui était venue à l’esprit. Et elle avait le mérite à la fois de servir ses propres intérêts et de porter secours à Reikan. Elle n’en demandait pas plus.

Cela faisait maintenant plusieurs longs instants que Junko préparait son assaut. Elle avait amassé une quantité importante de chakra, et l’avait malaxé avec soin, lui donnant une forme qui lui était familière. La seule difficulté était de répandre l’attaque à une vaste zone, plus vaste que toutes celles qu’elle avait jamais eu à couvrir à l’aide d’une de ses techniques. Elle se lança. Encore dissimulée sous le capuchon de son burnous, cachée derrière un épais rideau de foule, elle souffla une quantité de gaz impressionnante. Le poison, pourpre, opaque, se diffusa au-dessus de l’arène, de plus en plus, jusqu’à ce que Junko soit à bout de souffle. Alors, elle contempla son œuvre : tout le sable était couvert, à deux mètres de hauteur, d’une couche opaque de fumées à la toxicité très modérée, mais particulière épaisse.

L’effet de surprise fut immédiat. Les cris et les acclamations de la foule se changèrent aussitôt en un silence assourdissant, puis en des cris de rage. Tout le monde avait vu d’où étaient partis les bouffées de fumée, et tout le monde se retourna vers l’endroit d’où Junko avait libéré sa technique. Mais elle n’y était déjà plus. D’un bond prodigieux, elle s’était élevée à plusieurs mètres de hauteur, et courrait maintenant le long de l’arrête de la tribune, faisant adhérer ses semelles à la roche par son chakra. Une immense fatigue s’était emparée d’elle quand elle avait soufflé son poison. Mais elle l’ignorait pour l’instant : son souffle qui peinait à retrouver un rythme normal, sa vision qui se brouillait, ses pensées qui s’embrouillaient. En un instant, elle fut au sommet de la tribune. Elle sauta sur la balustrade. Ses mudras étaient déjà prêts. D’un geste elle se libéra de son manteau. Sa chevelure de feu rayonna autour de sa tête. L’homme le plus proche pointa un doigt tremblant dans sa direction, mais, avant qu’il ait pu balbutier quoi que ce soit, le coup était déjà parti. Junko crachat une véritable chape de poison liquide, qui surplomba d’abord la petite assemblée des spectateurs les plus riches, avant de retomber sur eux. Leurs cris se perdirent, comme leurs derniers râles.

Il ne restait plus qu’une chose à faire : secourir Reikan. Junko effectua un prodigieux bond en arrière, retenant sa respiration alors qu’elle traversait l’épais nuage de son poison opaque. Elle atterrit avec un peu moins de douceur qu’elle l’aurait souhaité. Ses forces lui manquaient. Elle n’était qu’à deux pas du corps inerte de Reikan. Et face à elle, la silhouette du colosse à la masse explosive la menaçait de toute sa hauteur. Junko était pantelante. Ses membres tremblaient, et elle ne parvenait pas même à fixer son regard sur celui qui semblait déterminé à devenir son adversaire. Et derrière eux, plus loin encore, la silhouette grandiose du lion se découpait dans la poussière.

"Quelle surprise ..."

La voix rocailleuse ne pouvait venir que du colosse, tout de muscle et d’acier. Il était bien familier à Junko par certains aspects, mais son esprit affaibli ne parvenait pas à mettre un nom, ni même une idée derrière cette figure.

"Tout le monde te pensait morte, Junko."

Un frisson la glaça. Il la connaissait. Elle aurait dû s’en douter, mais la surprise la dérouta tout de même. Elle ne le connaissait pas en revanche. Il pointa dans sa direction sa masse d’armes, qui rougeoyait déjà d’impatience.

"Ravi de pouvoir te tuer, finalement."

L’arme frémissait, prête à éclater. Si Junko encaissait le choc de plein fouet, elle était morte, et Reikan aussi, du même coup. Mais elle ne pouvait pas bouger. La peur, la fatigue, la détresse avaient fini par s’emparer de ses membres, qui refusaient maintenant tout mouvement. Elle était presque résolue à mourir, maintenant. Et pourtant, le souffle de l’explosion ne fit que la frôler. Cette chaleur suffit à la réveiller. C’était le lion qui l’avait sauvée. Ou n’avait-il fait qu’assouvir ses propres instincts ? Toujours est-il qu’il s’était jeté sur le colosse en armure, ses crocs plantés dans le fer de son armure. L’animal avait renversé le colosse, et le tenait maintenant au sol, s’acharnant sur ce corps, le lacérant de coups de griffes et de morsures.

Junko ne manqua pas ce sursis. Elle s’approcha de Reikan, et lui secoua d’abord l’épaule, sans parvenir à la réveiller. Un simple constat aurait cependant pu suffire à lui faire réaliser que les blessures de sa partenaire étaient trop graves pour qu’une simple secousse la fasse revenir à elle. Pourtant, il fallait qu’elle retrouve ses esprits, car c’était à elle qu’incombait la tâche de libérer le lion. Junko se pencha alors sur elle, et concentra son chakra dans sa bouche. Elle n’avait encore jamais expérimenté ça. Elle espérait que ça n’aurait pas d’effet inverse à celui qu’elle attendait. De toute façon, la situation pouvait difficilement être pire … Elle posa ses lèvres sur celles de Reikan, et lui transmit par la salive un poison virulent.

Ceci fait, elle ne put plus que se laisser tomber sur le côté, couchée sur le dos. Elle voyait l’épais nuage de son poison opaque se dissimuler inexorablement. Il ne tiendrait plus très longtemps … Elle était déjà surprise qu’il ait autant tenu. Peut être était-ce parce qu’il était particulièrement dense, et si étendu en surface … Le sable lui brûlait le dos. Sa vue se brouillait. Elle avait administré à Reikan un poison qui devait remonter directement à son coeur, et le stimuler brutalement. Une sorte d’injection d’adrénaline. Mais avec de possibles contrecoups assez peu désirables … Elle n’avait plus qu’à espérer que son mélange expérimental fonctionnerait correctement, et qu’il permettrait à Reikan de revenir à elle. Pour le reste, elle lui faisait confiance.

C’était étrange … C’était bien la première fois qu’elle se faisait défaire dans l’arène. Et pourtant, le combat n’était même pas terminé …


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Jeu 18 Juil 2019 - 20:47
♫ Tony Anderson — Darkest Night

À défaut d'être consciente dans l'arène, Reikan s'enterra malgré elle dans la plus dangereuse des ataraxies, sombrant dans l'inconscience. Même si elle était parvenue à se couvrir de son armure de Fūton fétiche au dernier moment pour amortir le choc, le coup et l'explosion qu'elle venait d'éponger n'étaient pas anodins ; à vrai dire, le seul bruit de la détonation avait eu pour effet de la faire saigner des oreilles. Mais allait-elle avoir la force de se relever, après avoir encaissé un tel assaut? Elle-même, déboussolée entre les parois de son psyché, n'en savait rien. La Fille du Désert était prise en étau entre un sol à la chaleur étouffante, une angoisse permanente au sujet de ce fauve et un adversaire de taille, qui menaçait encore de mettre un terme à son existence nomade et aux rêves qu'elle nourrissait depuis tant d'années. Si elle avait les paupières closes, elle put néanmoins ressentir tout ce qu'il se passa à proximité. Bien qu'elle ne put en comprendre la raison pour l'instant, les yeux fermés, les cris effarés de l'assemblée et les paroles prononcées par le bourreau ne trouvèrent pas le moyen de lui échapper. Mais rien, pas même le terrain sablonneux qui grondait sous le poids du Lion et des agissements de chacun dans l'hémicycle, ne parvint à extirper notre chère endormie de ses profonds songes.[invisible_edit]

Après tout, il faisait bien meilleur là où elle était. Soumise à cet état lamentable, douleurs et obsessions n'étaient plus ; il fallait le dire, c'était un sacré repos pour celle qui tourmentait depuis sa plus tendre enfance sa chair et son esprit afin de se rapprocher un peu plus, chaque jour, de ses idéaux emblématiques. Le corps de Reikan ne bougeait plus, victime d'un scaphandre invisible que ses muscles peinaient à seulement haïr. Mais quelque chose clochait ; elle n'était pas en paix et ne pouvait se laisser partir de la sorte. Les frontières de son esprit ne furent pas assez hermétiques pour lui épargner un bourdonnement désagréable et constant, insupportable à force d'écoute, qui semblait vouloir arracher notre féline de l'inconscience. Décidément, ce n'était pas son heure ; et ceux de l'extérieur avaient jugé qu'il n'était pas encore temps pour elle de partir. Après tout, elle avait encore bon nombre de grandes ambitions à réaliser et de promesses à tenir. Des secousses l'interpellèrent, mais d'où pouvaient-elles provenir? Se pouvait-il que ce soit ce Lion, qui était finalement parvenu à sortir de sa cage? Non, ceux-ci lui touchaient directement l'épaule. Quelqu'un voulait-il la sortir de là? Mais qui aurait une idée aussi folle que celle de sauver une inconnue, sur cette île sanguinaire? La changeforme avait bien du mal à avoir les idées en place, toujours incapable de se mouvoir, ne serait-ce que pour ouvrir les yeux. Puis, quelque chose d'ardent lui brûla les lèvres, avant de descendre dans sa gorge. Le poison de la rouquine n'eut même pas le temps de s'y installer qu'il eut déjà des effets sur l'enveloppe charnelle de la jolie brune. Ça... ça me brûle... Sans prévenir, les intenses douleurs du précédent coup encaissé revinrent trouver refuge dans ses membres, engendrées par le réveil de son corps ayant été malmené par les explosions ; chose qui, cependant, prouvait que Reikan était encore en vie.

Si à l'intérieur de ses chairs, le combat venait à peine de commencer, à l'extérieur, il faisait déjà rage entre le Lion et le Berserker, qui réussissait à tenir tête à l'énormité seulement grâce à son arme explosive, des plus innovantes. Le gladiateur au Bakuton peinait à s’accommoder à un tel rythme, face à une bête aussi féroce. Mais cette dernière ne pouvait se défendre normalement, les pattes enchaînées à d'énormes chaînes depuis sa prison de fer. Les coups fusèrent dans tous les sens et les explosions grommelaient, si bien que depuis sa position, le Lion eut même l'audace de faire chavirer, par sa simple force, un des imposants poteaux de l'arène, qui se brisa en mille morceaux parmi l'écharpe de poison entourant la zone d'affrontements. L'animal, qui était en plein dedans, résistait tout de même aux assauts des différents champions lancés à son encontre malgré son aveuglement temporaire ; étant donné que ses autres sens étaient assez développés pour qu'il puisse s'y repérer sans la moindre difficulté. Comme il put, il se débattit de toutes ses forces, rasant un bon nombre de gladiateurs de l'arène d'un simple coup de queue et crachant à nouveau sa hargne dans un second rugissement, qui en fit voler plus d'un en arrière.

Dorénavant, l'Arène d'Angerona n'était plus un lieu de cruels divertissements, mais bien celui de chaotiques vengeances s'affrontant ; l'une étant celle d'une femme, malmenée par un lourd passé d'ancienne gladiatrice et l'autre celle d'un Lion, qui n'avait de liberté que pour tuer. Pourrissant le cœur des humains, la haine qui d'habitude sévissait à l'abri des regards au gré de la clandestinité, s'exposait alors sous son plus beau jour. Et le public, mélange d'habitants de l'île d'Asosan et d'aspirants gladiateurs, reçut sans surprise le retour de flammes. Tous ceux qui rêvaient depuis des lunes de violences inédites furent servis, sans la moindre exception. Parmi les gradins, si leurs poumons n'agonisaient pas à cause du poison volatile assez inoffensif, ils écopèrent néanmoins la fumée encore crépitante des explosions, causées au centre de l'arène. Et les organisateurs n'en furent pas plus protégés que les civils, bien que vêtus de tissus blancs et précieux ; ils étaient même aux premières loges d'un spectacle effarant, à tel point qu'ils en devinrent de véritables acteurs. Estomaqués par l'immensité du nuage empoisonné qui se baladait entre les murs de la bâtisse en demi-lune, bon nombre d'entre eux se trouvèrent protégés par des gardes aux solides armures et aux lames acérées. Mais cette tentative d'échapper à cet enfer fut vaine et ce pour tous, qui constatèrent que leur vue s'altérait.

Si pour l'instant, Reikan ne regrettait pas d'avoir raté un tel panorama d'horreurs, l'idée de constater l'état de ce Lion la démangeait. L'adrénaline contenue dans le poison de Junko commençait à peine à s'éveiller, ce qui lui permit de saisir ce qui l'entourait et de la faire émerger, ne serait ce que pour se souvenir des circonstances de sa venue. Jusqu'à lors ensommeillée, son esprit avait été borné par l'obsession de ce félin, à l'image d'une bête seulement dirigée par des œillères ; la métamorphe se souvint de la présence de la rouquine, qui venait de placer tous ses espoirs en elle. Comment ai-je pu... oublier tout ceci? L'enfant du poison était désormais une amie à ses yeux et elle avait osé la laisser tomber dans l'oubli, comme son passé, son insigne et même son nom. Du moins, jusqu'à maintenant. L'esprit de la Fille du Désert fut arrosé par une pluie de réminiscences et frappé par un tumulte d'éclats sonores. Le sable grinçait sous le fer des lames et le public hurlait la mise à mort de la bête. Ayant retrouvé assez de forces pour, la changeforme ouvrit les paupières en les gardant plissées, afin de faire face à la pire des scènes envisageables. Déjà affaibli par son emprisonnement, meurtri par la faim et la soif, le Berserker n'avait pas eu grand mal à contenir ce Lion mesurant près de cinq mètres, grâce à la fois son arme redoutable mais aussi l'arrivée d'une trentaine de gladiateurs venus en renforts pour brider la bestiole, par des cordes. L'enchaîné était au pied du mur, le flanc droit garni de blessures encore sanguinolentes. Il était à la merci des gladiateurs, dont le plus fort levait déjà sa massue explosive pour le torturer davantage.

Cette vue rendit folle de joie l'assemblée. Pourtant, il y en avait une parmi tous qui n'avait pas le cœur à la réjouissance, mais à la rancœur. Au milieu de toute cette vaste étendue de cruauté, une seule et unique personne ne pouvait retenir ses larmes, avant de fermer les yeux. Une dernière fois, Reikan fit le vide pour se désemparer de cette atroce vision. Une dernière fois, elle se contint et inspira en vue de canaliser la colère qui dévorait son âme ; avant de la faire exploser, dans toute sa splendeur. Alimentée par l'adrénaline jaillissant dans ses veines et par la rage venant tout juste d'éclore en elle, la féline serra le poing, avant de faire appel à une quantité de chakra bestial conséquente. Très vite, alors qu'elle était encore allongée sur le sable chaud, ses bras et ses jambes prirent une tout autre apparence ; celle d'épaisses pattes d'un Tigre blanc. Morana, la massue explosive, ne manqua pas de rougeoyer d'impatience, n'attendant qu'une chose ; que son manieur porte un coup fatal à la bête de cette arène. Ce fut ce que le Berserker effectua sans attendre en projetant, d'un mouvement de bras, un puissant assaut contre le Lion, quasiment immobilisé par tout ce qui le liait. Ils vont tous... payer l'abandon de leur pitié. Mais avant d'avoir pu rencontrer la fourrure de l'animal, l'explosion fut avalée par un étrange phénomène et l'arme elle-même s'opposa à un obstacle, qui ne le laisserait passer pour rien au monde.

Reikan avait disparu de sa couchette sur le sable, d'une vitesse si performante que les spectateurs avaient éprouvé des difficultés à la discerner parmi les restes du nuage de poison. Il était temps de faire de ces gladiateurs, ceux qui allaient encaisser de plein fouet la hargne de la Fille du Désert, celle d'une fière métamorphe. Et le Berserker avait été désigné pour être l'ouverture d'une cérémonie colérique. De la fumée incandescente s'extirpa la silhouette immaculée de la championne, d'ores et déjà confrontée à l'arme explosive avec ses bras métamorphosés, en croix. Sur l'intégralité de son corps résigné à sa transformation hybride, une épaisse couche de chakra Fūton tournoyait en continu pour faire barrage avec l'attaque. L'explosion accoucha d'un imposant souffle, qui fit s'envoler la longue chevelure d'ébène si symbolique de la métamorphe. La stupéfaction fit trembler les gradins, si bien que l'arène à moitié détruite avait bien du mal à en étancher les secousses. Mais ce qui était le plus enivrant pour la Tigresse blanche, c'était le séisme de frissons qui venait d'ébranler l'âme du Berserker, lorsqu'il aperçut son minois à travers le fumoir.

« ...Comment? Comment as-tu fait pour te relever, après...ça?
Le dialogue n'est plus à l'ordre du jour. »

À peine eut-il le temps de saisir ces paroles que le bourreau fut surpris par l'apparition d'une longue et souple queue de Tigre blanc, qui s'empressa de saisir l'un de ses pieds pour le faire chavirer. Reikan prit ainsi le dessus sur le gladiateur en pleine bascule et bien sûr, elle en profita pour délier ses bras et sauter sur place. Cette dernière se risqua à faire une pirouette dans les airs en mettant l'un de ses poings - ou plutôt, l'une de ses pattes - en évidence, avant de retomber sur le Berserker pour lui asséner un puissant coup de patte tournoyant, chargé de chakra bestial. Pris dans un élan de panique sous les yeux d'une telle foule, le combattant explosif s'efforça de remonter sa plus chère amie devant lui pour parer l'assaut, avec son manche. Mais ce fut sans compter sur la puissance du coup porté et la continuité de mouvements du Vent de son armure que la changeforme parvint à le faire reculer, à cause de l'onde de choc produite par la rencontre des deux attaques. Ce dernier fut même démuni de son épaulière gauche de lames acérées, qui venait d'être envoyée plus loin.


Son adversaire glissa sur plusieurs mètres en arrière, acculé par la force du coup de poing, tandis que Reikan, elle, n'avait même pas attendu de prendre un second appui par terre qu'elle s'était déjà propulsée vers les cordages obstruant le dos de l'animal, avec une idée bien précise en tête. Fendant les airs d'un bond, la féline laissa naître du bout de ses pattes avants de longues griffes, qui vinrent morceler sans remords la totalité des cordes du côté droit de la bête. Si les simples amateurs de combat accrochés à leur bout lâchèrent prise, son principal opposant était, lui, décidé à ne pas en rester là. Désormais taché de sang et plus blessé que jamais, il s'était redressé dans le fumet ambiant. S'il était impossible de voir quelle expression son visage affichait sous son masque de ferraille, il était plaisant à penser qu'il souriait, bien que froissé par ce qui venait de se passer. Mais il était aisé de deviner, rien qu'à sa gestuelle déterminée, qu'il n'allait pas abandonner ses proies. Il n'était pas un Berserker pour rien ; cet assoiffé du challenge irait manifestement jusqu'au bout. Et ainsi, il s'élança, à l'instar de ses confrères qui en étaient incapables, dans un bond majestueux pour refermer la distance avec la changeforme, qui se dirigeait droit sur les colossaux socles de fonte retenant le Lion au sol. Un nouvel affront éclata, opposant la brutalité du fer explosif à la bestialité de la métamorphose, en synergie avec le Vent. Et si Junko était encore, par chance, en état de contempler ce combat, elle ne pouvait que se dire qu'il était grandiose. Pendant que le public retenait son souffle, les combattants se déchaînaient ; l'un étant porté par la dangerosité de son arsenal et l'autre par la férocité de sa transformation. Entre ces deux-là, la lutte était serrée et causait de monstrueux dégâts à l'ensemble du terrain, du fait des détonations répétées. Mais il était évident que Reikan était celle qui épongeait le moins de blessures à l'aide de son armure, alors que son concurrent trinquait sous ses coups bestiaux. Ce qui n'était qu'un détail entre ces deux monstres du combat devint un atout majeur pour la métamorphe, qui renvoya une seconde fois le Berserker contre le tapis de sable.

Reikan avait beau être une kunoichi en laquelle la Brume avait placé son entière confiance, elle n'était pas pour autant un puits de chakra, dans lequel elle pouvait piocher à sa guise. Si sa métamorphose partielle lui demandait une importante part de son énergie, sa couche de protection élémentaire, elle, en demandait une bien plus impressionnante encore. Et elle en était bel et bien consciente. Nous n'avons plus le temps d'attendre. Il faut à tout prix que je... parvienne à le libérer de ses chaînes! Cette fois-ci, sans prêter attention aux pions de pacotille jonchant son terrain, la Fille du Désert s'empressa de rejoindre l'une des pattes du colosse, en plongeant littéralement dessus. Ni une, ni deux, elle porta un coup si puissant dans la fonte du piédestal que celui-ci se brisa, laissant la racine d'une des quatre énormes chaînes partir en morceaux. Sur-le-champ, la brune fit un bond en cloche pour à nouveau rechuter lourdement sur un second socle et le mettre à mal, alors que le Berserker peinait à se remettre sur ses jambes. Sous les yeux enragés mais attentifs du Lion encore impuissant, Reikan ne cessait de bouger, de frapper ; bien qu'enveloppée de son aura angélique, elle haletait et laissait son cœur frapper contre sa poitrine, prêt à s'en jeter.

Ces quatre chaînes de métal lourd incarnaient les dernières marches qu'elle se devait de grimper pour atteindre le sommet de ses espérances ; et en parvenant à la troisième, elle comprit qu'elle était tout près de son but. Plus que deux. Désireuse de ne pas perdre une seule seconde de plus, la Tigresse blanche fonça sur le troisième socle, malgré le fait que plusieurs gladiateurs se soient mis en travers de son chemin. Aussi vite qu'elle le put, elle enchaîna diverses pirouettes pour les dégager de sa route ; si elle ne retint pas ses coups, elle décida de ne pas sortir ses griffes rétractiles pour ne pas meurtrir leurs chairs inutilement. L'épaisse racine de fonte de la troisième chaîne tendit les bras à la métamorphe, qui se jeta à l'intérieur pour y porter un puissant coup et faire hurler la ferraille. Les anneaux tremblèrent un à un avant de céder et de rejoindre le sable, sous le regard effaré des organisateurs, qui ne pensaient qu'à une chose ; si par malheur pour eux, Reikan atteignait son objectif, ce terrible Lion serait véritablement libéré de ses chaînes et l'Arène d'Angerona, place forte du commerce clandestin et des combats de gladiateurs de haute-volée, sombrerait dans l'ombre du succès, après avoir épongé un spectacle de chaos suprême à la lumière du jour.

Et ce chaos, la Fille du Désert était bel et bien déterminée à y mettre un terme. Malgré la fatigue et la douleur de ses blessures, elle se déplaça à vive allure autour du majestueux Lion, qui commençait déjà à remuer pour constater la liberté de ses mouvements, sur trois de ses quatre pattes. Le dernier socle séparant cette œuvre grandiose de la nature - mais aussi du chakra - de sa liberté était maintenant dans la ligne de mire de la féline, qui de loin, avait déjà levé son bras droit en sa direction, après la réalisation d'une série de mudrās. Alimentés par son armure, sa dextre puis tout son membre se chargèrent de chakra Fūton, comme si elle s'apprêtait à en libérer une puissante technique à distance. Mais le Berserker n'avait pas dit son dernier mot ; encore fumant et en rogne, il avait décidé de courir pour s'en prendre une nouvelle fois à la Bête enchaînée. Peut-être avait-il pour espoir que cela attire l'attention de notre chère nomade? Et il eut bien raison. Si tu crois que je vais te laisser faire, tu peux rêver. Dans l'immédiat, Reikan inspira un grand coup et bondit vers le maître du Ken Tōshi, en abandonnant le socle décisif à lui-même et son action de malaxer son chakra. Si elle voulait voir ce Lion en pleine liberté, elle tenait surtout à ce qu'il soit en vie. La jolie brune fit de l'arme explosive son point d'atterrissage, toujours recouverte de son armure. Sa chute fut si violente que le combattant fut forcé d'enfoncer ses pieds dans le sable pour ne pas reculer ; et directement, ses pieds - ou plutôt, ses pattes arrières - retrouvèrent le sable chaud de l'arène, avant que des coups empreints de fatigue, mais toujours aussi dangereux et mortels, ne soient échangés. Ayant tourné le dos à l'énorme animal pour lui porter protection, la féline plissa les paupières pour desceller une faille dans la gestuelle éreintée de son opposant. Ce dernier, contrairement à elle, ne désirait encore et toujours qu'une seule chose lorsqu'il leva à nouveau sa massue ; tuer la Bête pour rendre fier l'assemblée de son arène. Mais avant cela, il devait passer sur le corps de Reikan.

« ...FAIS TES PRIÈRES, DÉMONNE! »

Reikan expira si violemment que ses poumons se contractèrent, jusqu'à ce que cela en devienne presque douloureux. C'est plutôt vous qui avez appris à prendre plaisir à la torture, les démons. Elle prit une puissante impulsion de ses pieds sur le sol, avant de s'élancer au ras de celui-ci, jusqu'aux arrières du Berserker. Ses pattes avants s'élevèrent vers le ciel, afin de s'accrocher à l'arme qui était déjà en plein élan pour percuter le Lion, puisque l'écran de protection de la féline, par son seul corps, n'était dorénavant plus. Shiroitora empoigna fermement Morana et stoppa net son mouvement destructeur, avant de soudainement sortir sa queue de félin et de s'accrocher, par son biais, à un imposant débris de pierre situé derrière elle. De toutes ses forces, la féline maintint l'arme en arrière pour retenir le combattant, devant le Lion qui se redressait. Le visage de la jeune femme se tordit de douleur, mais elle ne lâcha pas prise en faisant de son poids et de sa force bestiale une alliance suffisante pour contrebalancer la rage animant le gladiateur, et ce pendant plusieurs secondes. Le duel de force fut si impressionnant qu'il en fit craqueler le sol sous le sable, mais aucun des deux n'était prêt à abandonner, bien que leurs membres mis à l'épreuve affichaient clairement des tremblements. L'enfant des bêtes se battait pour le libre-arbitre et l'enfant des arènes pour la gloire. Cependant, aux yeux de l'énormité, une seule de ces deux valeurs comptait ; la liberté.

Si jusqu'à lors, l'animal géant n'avait pas daigné soutenir la féline dans son action de libération, il se redressa sur ses pattes, l'une étant encore prisonnière du fer, avant de faire trembler ses vibrisses. Disposant d'une vue parfaite sur le Berserker explosif, dont l'arme était retenue par une Reikan dégoulinante de sang, le Lion se décida à lever sa seule patte-avant libre, prêt à l'abattre de toute sa volonté sur le bourreau d'Angerona. Les secondes semblaient s'écouler au compte-goutte, si bien que la native du Vent eut le temps de voir la massue s'illuminer, annonçant la lueur d'une explosion bien plus dévastatrice que toutes les autres. Plutôt crever que de le laisser dans cet enfer. Ses pupilles éthérées pétillèrent devant cette illumination ; mais derrière elle, peut-être seule la mort l'attendait. Elle aurait pu lâcher cette massue et prendre le risque que le Lion ne soit plus en état de s'enfuir, mais Reikan campa sur ses positions, prête à encaisser encore une fois une explosion des plus terrifiantes de plein fouet, s'il le fallait. À tout prix, elle sauverait cet animal et protégerait Junko, comme elle le lui avait promis. Même face à cette lumière menaçante, qui brûlait déjà les coussinets de ses pattes, elle ne la lâcherait pour rien au monde. Quitte à exploser avec elle.

Cette lueur aveuglante détona, avant d'engendrer une impressionnante déflagration dans laquelle venait de plonger à toute vitesse la patte du Lion. Une ultime explosion fut déclenchée, laissant l'arène toute entière encaisser un souffle perturbateur, qui secoua l'ensemble des gradins. La vision occultée par l'embrasement de Morana, Reikan sentit l'arme lui glisser des pattes à une vitesse ahurissante, avant que les restes de l'explosion, qui était alors toute proche, n'atteignent son corps. Pourquoi ai-je lâché? N'ai-je donc plus assez de force pour... La métamorphe fut abandonnée par sa couche de protection et le pelage tigré de ses membres laissait à nouveau place à son épiderme humaine ; elle était épuisée, à tel point qu'elle s'était écroulée et qu'elle pouvait caresser le sable des fins doigts de ses mains. Ai-je donc échoué... à ma tâche? Le grondement de l'explosion résonna en écho dans tout l'hémicycle, laissant une poignée de secondes à la fumée pour se dissiper et ainsi, lever le suspens aux yeux de tous sur la finalité de cette mêlée.

Loin du centre de l'arène, en-dessous des gradins, un corps gisait, debout et fumant, mais bien loin d'être encore tenu en éveil. Il s'agissait de la silhouette du Berserker, qui s'était avoué vaincu par le féroce coup de patte du Lion, au moment même de l'explosion. La puissance de la frappe avait été telle que les barres de fer dans lequel s'était logée sa victime, envoyée au loin, s'en trouvèrent tordues par le choc de la réception. La Fille du Désert, allongée sur le ventre, venait de relever la tête pour zieuter son principal adversaire qui tomba à genoux, désormais hors d'état de nuire. Comment...? Reikan puisa dans ses dernières forces pour essayer de se redresser, au moins à quatre pattes. Mais elle comprit très vite la situation, lorsqu'elle aperçut une ombre colossale la recouvrir. Ainsi, ce fut les yeux écarquillés qu'elle adressa un regard au félin à ses côtés, qui se prosternait à son égard. Pour la première fois, sous un silence inquiétant tout juste arraché à la foule, l'enfant des bêtes put admirer le mastodonte. C'était un Lion d'une taille démesurée et d'une blancheur immaculée, disposant d'une crinière des plus imposantes et d'excroissances du pelage au-dessus des ergots avants.


Si Yasei Ragna, le Lion d'Atlas et le père de notre chère Reikan avait été là, il n'aurait été que fier de cette merveille, qui faisait honneur aux félins. Mais se serait-il douter une seule seconde du miracle qui était en train de se produire, alors qu'un tel animal courbait l'échine devant sa progéniture? Peut-être bien, étant donné que sa propre fille était de la partie. Pour sa part, elle n'en revenait toujours pas, ayant même du mal à se redresser sur ses jambes et à adopter une posture adéquate devant un être aussi digne et somptueux. Après ces longues nuits de réflexion durant lequel une boule d'angoisse avait su grossir en son sein, un voyage en mer et dans les terres d'Asosan pour retrouver la trace du Lion, voilà qu'il se portait face à elle, encore vivant, même si quelque peu abîmé par les combats. Le bleu perçant des iris de Reikan, miroitantes d'un trop-plein de larmes, coupait délibérément avec le sang séché parsemant son enveloppe charnelle. La féline se tenait debout, tout près du Lion. Ses genoux tremblaient, mais elle trouva encore la force de lever sa dextre vers le museau du brave fauve, jusqu'à la déposer contre sa fourrure. Sans le caresser, elle profita tout bonnement de sentir le pouls impressionnant du prédateur battre sous sa paume, alors que le sien battait de l'aile.

« ...Je t'en prie, sors-nous d'ici. »

La sèche brise de l'Arène d'Angerona, meurtrie par les ambitions trop avides de ses dirigeants, balaya la longue chevelure d'ébène de Reikan, emportant au passage quelques unes de ses larmes n'ayant pas encore coulé. Les cris effarés d'un public terrorisé de voir cette bête libérée s'élevèrent, mais la changeforme était bien trop absorbée par son triomphe sur la cruauté du peuple d'Asosan pour les entendre. La briseuse de chaînes fit un pas en avant pour rejoindre la tête du Lion, qui lui avait intimé de la rejoindre par le simple fait d'attendre, l'échine courbée. Et la métamorphe se hissa sur son dos, à l'endroit où naissait sa douce et chaude crinière. Puis, d'un pressant coup de bassin sur le côté, le Lion profita du fait que trois de ses pattes soient libérées des chaînes grâce à la jeune femme pour envoyer un coup de patte arrière dans le dernier socle de ferraille retenant l'une de ses sœurs au sol, depuis les entrailles de l'arène ; et sans surprise, celui-ci fut pulvérisé rien que sous le poids de l'animal. Les dernières structures trop élevées de l'arène s'effondrèrent même sous la force du coup. ...Junko. Reikan leva le bras droit vers la position de la rouquine qui gisait à quelques mètres ; ce à quoi l'animal répondit en la rejoignant. Elle usa de ses dernières réserves d'énergie pour atterrir aux côtés de sa camarade et l'aider à se redresser, avant de grimper sur le dos du Lion avec elle.

D'une vivacité extraordinaire, il sortit de l'arène de sable pour atteindre les avancées rocheuses, au plus près des organisateurs de toutes ces atrocités. Sans attendre, le Lion fit régner une pagaille dans l'intégralité de l'hémicycle et bouscula tous les obstacles sur son chemin de fuite ; gardes, gladiateurs amateurs avides de gloire et même spectateurs armés trop ambitieux. Sans détour, il effectua une avancée fulgurante jusqu'aux organisateurs vêtus de vêtements précieux, avant d'étendre sa gueule pour s'en saisir de quelques uns. Non pas pour les dévorer, non. Ces crocs ne devaient pas se salir davantage avec le sang aussi souillé qu'était le leur. Les morts qu'ils avaient causé inutilement s'en chargeraient tout aussi efficacement. Ces têtes pensantes d'un réseau de clandestinité se devaient d'être démantelées, pour que Reikan n'ait plus le malheur d'entendre des rumeurs au sujet de bêtes prisonnières des arènes. Ainsi, pour assouvir sa vengeance et sans le savoir, celle de Junko aussi, au plus vite, il envoya la poignée d'élus droit vers le vide de la falaise où furent tombées toutes les victimes d'Angerona. Vengeance contre laquelle, dans son état, Reikan ne put faire barrage, malgré toute sa bonne volonté.

Il était temps pour le Lion, Junko et Reikan de fuir cette maudite arène et cette ville abjecte, avant que le crépuscule ne pointe le bout de son nez. Aussitôt, le fauve titanesque gravit le reste des gradins pour s'offrir la vue par-delà l'arène, sur l'île d'Asosan toute entière. Son agilité et sa robustesse félines lui permirent de dégringoler du berceau ruiné des gladiateurs sans encombres, avant que ses gigantesques foulées ne le portent jusqu'aux frontières de la bruyante ville, dans lequel il ne passa bien entendu pas inaperçu. Mais que pouvaient faire des Hommes terrorisés par leurs émotions, que ce soit la peur ou la colère, face à la vitesse d'une telle machine de guerre? Rien, si ce n'était encaisser un tel départ et peut-être préparer de façon militaire les plus fous à revenir à la charge avant que l'animal, la briseuse de chaînes et l'empoisonneuse ne lèvent les voiles de cet enfer.

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Dernière édition par Yasei Reikan le Ven 19 Juil 2019 - 11:57, édité 5 fois
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Jeu 18 Juil 2019 - 23:37

Junko ne voyait plus rien. Ses paupières s'étaient fermées, pour ne plus se rouvrir de sitôt. Epuisée, vidée de toute énergie, elle ne pouvait rien faire d'autre que gésir là, à attendre son sort. Le sable lui brûlait la peau. Elle sentait le goût du sang envahir sa bouche, et son odeur pénétrer ses narines. L'air était ampli de l'odeur du sang, ce même parfum qui enivrait les combattants et qui l'avait enivrée, elle, à de si nombreuses reprises par le passé. A présent, il sentait comme un de ses poisons. Il était néfaste, dégoûtant, repoussant. C'était une liqueur à laquelle elle ne voulait plus goûter. Et peut être n'y goûterait-elle plus jamais ...

Car, perdue dans son épuisement, et quoique ses idées fussent engourdies par la fatigue extrême qui l'avait prise, elle était bien consciente du sort funeste qui l'attendait, à coup sûr. Elle avait fui Asosan à peine quelques mois auparavant pour éviter cette situation précisément. Et voilà qu'elle était revenue pour mourir sur le sable des arènes, au milieu des cris d'un public fou de violences, et ignorée de tous dans ce qu'elle représentait vraiment, c'est-à-dire elle-même. Quand elle y repensait, elle aurait peut être mieux fait de rester sur le port, ce matin-là. Ce matin ... Il lui semblait qu'une éternité s'était écoulée depuis qu'elle avait accepté la requête de Reikan. Et pourtant. Et pourtant ...

L'espoir était toujours permis. Elle avait compris que son poison avait fait son office quand elle avait entendu les bruits du combat reprendre. Reikan s'était relevée, et se battait encore. Elle avait une véritable âme de guerrière. Par quoi était-elle mue ? Par la conservation de sa seule vie ? Ou par la mission qu'elle s'était fixée ? Sa volonté était de fer. Junko entendait tous les sons de la bataille, elle sentait le souffle ardent des explosions balayait le sol et gifler son visage. Elle entendait les cris, ressentait les secousses du sol. Le combat qui se jouait était titanesque. Quel dommage qu'elle ne puisse pas le voir ... Elle ne serait pas une paire d'yeux supplémentaire parmi toutes celles déjà braquées sur l'arène, et qui réagissaient de leurs cris.

Puis, l'affrontement sembla se faire plus violent, plus intense encore, si cela était possible. Les fracas devinrent plus forts, les tremblements de la terre plus forts. Junko avait peur. Pour elle, et pour Reikan. Mais elle redoutait le moment où le vacarme de la bataille se tairait, car alors elle saurait que l'un des combattants serait tombé. Et elle redoutait à présent plus que tout le silence de la métamorphe, parce qu'il serait synonyme de sa propre mort. Alors, inlassablement, elle accrochait le mince fil de ses espoirs à cette symphonie discordante de la guerre.

Il y eut un dernier choc, une explosion violente, et le silence. Un silence de mort. Un silence assourdissant. La foule même sembla un instant soufflée par le dernier fracas, réduite à un mutisme éphémère. Elle reprit ses cris bien vite, et avec eux grandit à nouveau l'angoisse de Junko. Elle ne savait comment les interpréter: étaient-ce des cris de joie, acclamant le gladiateur victorieux, ou des cris de haine dirigés à l'encontre de Reikan ? La peur grandissait en son sein, coulait dans ses veines. Elle se sentait impuissante. Petite fille, perdue dans l'hostilité. Seule.

Un grondement sourd. La douce secousse du sol. Des pas. Une main glissant sous son dos, et la portant. Junko se fit violence, et ouvrit les paupières. Son regard était embué par les larmes. Pourtant, elle reconnaissait bien la silhouette de Reikan, et sentait son souffle sur sa peau. Elle était couverte de l'odeur du sang. Elle se sentit portée, et déposée sur une fourrure chaude ... Elle était affaissée contre le dos de son amie. De toutes les maigres forces qui lui restaient, elle s'agrippait à Reikan. Et elle se sentit comme soulevée de terre. Le reste ne fut plus que confusion, et elle perdit connaissance.

Elle revenait à elle par flashs. Un vent qui lui fouettait le visage. Des cris. L'odeur de la ville. Le bruit des lames. Un rugissement royal. Et le vent qui lui fouettait le visage. La liberté.

Le crépitement d'un feu la réveilla doucement. Elle n'ouvrit pas les yeux tout de suite. Elle se sentait comme bercée par ce doux craquement des braises. Et contre sa peau, elle sentait le contact d'une fourrure douce ... Son réveil fut trahi par la toux qui la prit brusquement.

"Celle-ci est réveillée !"

Elle se força à ouvrir les yeux. Elle vit d'abord la masse blanche et touffue d'un lion immense. Il était beau. Puis elle vit le ciel, criblé d'étoiles. Et enfin, un visage d'homme, penché sur elle. Un visage qui ne lui était pas inconnu.

"Bon retour parmi nous."

L'homme souriait. Junko essaya de se relever, mais elle ne put bouger un cil. Elle avait la gorge sèche, et ne pouvait pas même parler. Ses yeux se remplirent de larmes. Une main les essuya pour elle alors qu'elles coulaient le long de ses joues.

"Ne pleurez pas ... Vous êtes en sécurité maintenant. Tous les trois."

Cet homme était celui qu'elles avaient croisé en chemin vers Asosan. Le paysan qui leur avait souhaité bonne chance.

"J'ai été bien surpris de vous revoir. Je pensais que vous y resteriez. Ils sont rares, ceux qui sortent de ces murs. Mais maintenant que vous êtes là, vous n'avez plus rien à craindre."

Mais Junko n'était pas rassurée. Elle voulait savoir ce qui s'était passé. Est-ce que Reikan était là ? Est-ce qu'elle était vivante ? Est-ce qu'on les pourchassait ? Autant de questions qu'elle n'arrivait pas à formuler. Mais, comme s'il lisait ses pensées, l'homme y répondit, tout en lui glissant entre les lèvres un bol de bois, rempli de ce qui devait être une soupe.

"Je ne sais pas ce qui vous est arrivé là-bas, mais vous avez causé un sacré raffut. On l'a entendu jusqu'ici. Et puis, vous êtes arrivées, toutes les deux chevauchant cet animal. Vous n'étiez pas en forme, aucun de vous trois. Vous étiez toutes les deux inconscientes. Vous avez dormi plusieurs heures. Votre compagnon vous a veillées. Ma femme est en train de s'occuper de votre amie. Elle va mieux."

Junko tourna ses yeux vers la masse immaculée du lion. Merci ...

"Ils ne viendront pas vous chercher ici. Vous pouvez être tranquille. Ils ne s'aventurent jamais au-delà des murailles de la ville. Et puis, vous portez l'insigne de Kiri. Ils n'oseront pas vous pourchasser. Reposez-vous, maintenant. Vous avez besoin de dormir encore un peu."

Il avait raison. Junko était rassurée, à présent. Elle était en sécurité. Reikan était en sécurité. Et elles avaient chacune accompli leur quête. Le monde était en paix. Son monde, en tout cas. Elle ferma les yeux, et sombra à nouveau dans un sommeil profond.


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Dim 4 Aoû 2019 - 1:43
♫ End of Silence — Andrew's Song

La fuite fut rude, entre la destruction partielle de bon nombre d'habitations et l'éparpillement d'une discorde sans nom dans les échoppes sur le chemin du colosse à crinière. Mais son agilité corporelle et sa perspicacité intellectuelle eurent vite fait de dissuader les derniers poursuivants un peu trop insistants, après avoir semé la zizanie entre les étouffants murs de la cité des gladiateurs. Sur le chemin de cette folle course, Reikan fit de son mieux pour rester assise sur le dos du Lion, tout en retenant par son simple corps une Junko évanouie qui siégeait devant elle. Si elle avait laissé le sable de l'Arène d'Angerona bercer l'inconscience de son amie, désormais, ses bras s'en chargeraient ; et ses jambes persistaient à ne pas se détacher de cette énormité de la nature, pour qui elle venait de mettre leurs vies en jeu. Le soleil a déjà disparu. Il est trop tard pour... rejoindre Echiio. Que faire? Les forts et lumières de la ville s'éloignèrent peu à peu pour ne devenir qu'un lointain mauvais souvenir, pendant que le fauve descendait les flancs rocailleux sans encombres. Reikan usa des dernières forces colonisant ses membres encore en état et son esprit pour réfléchir à un endroit plus sûr, alors que ses oreilles perçurent des cris de caprins. Le paysan. Aussitôt, la métamorphe eut l'idée de lever un bras vers les troupeaux qui gambadaient sur une montagne parmi tant d'autres, au crépuscule. La clarté du jour se fit de plus en plus rare, jusqu'à devenir inexistante, mais dotés de ses yeux de félin, le Lion n'eut aucun mal à suivre le conseil de la jeune femme et se dirigea sans attendre vers le bétail. Mais au même titre que le soleil disparut pour laisser place à une lune débordante, la jolie brune sentit l'éveil la quitter.

Après une ronde acharnée du prédateur de cinq mètres sur les collines, le trio tomba entre les mains dudit éleveur, qui ne put qu'être surpris par ce retour fulgurant. Il avait eu la chance de voir ces deux jeunes combattantes en pleine forme à leur arrivée, toutefois, elles venaient de revenir dans un état bien plus regrettable, surtout pour l'une d'entre elle. Mais elles avaient su ressurgir des entrailles meurtrières des arènes, sur le dos d'une monture plus intrigante que jamais. Cette bête est gigantesque. Comment ont-elles pu...? En tournant négativement la tête, il chassa les questions de son psyché et se précipita aux côtés des blessées, avant de guider le féroce carnassier vers sa ferme, dissimulée derrière les monts. Les heures s'écoulèrent, si bien qu'une nuit et une journée toute entière passèrent, sous le règne du repos. Le paysan à la chevelure blonde prit soin, avec sa femme, de s'occuper de l'épuisée et de la meurtrie du mieux qu'il put. Junko fut la première à s'éveiller au crépuscule du lendemain, près du feu de camp extérieur du gardien de troupeaux. Elle reçut les paroles toutes plus rassurantes les unes que les autres de leur bienfaiteur, lui qui avait eu la bonté de les accueillir, elles et ce grandiose animal, sur ses terres d'élevage. Mais la rouquine eut vite fait d'abandonner cette agréable conversation, pour retrouver les bras d'un roupillon bien mérité. Qu'en était-il de notre chère métamorphe, alors?

La journée précédente s'était avérée particulièrement éprouvante, pour le corps de Reikan. La femme du paysan était parvenue à lui apporter les premiers soins, mais il était évident que sans son armure de Vent, la Fille du Désert ne serait pas revenue du berceau des arènes en un seul morceau. Sur le lit de repos, au fin fond de la ferme, la jolie brune profita d'une accalmie plus que bénéfique pour recouvrer ses forces, au plus vite. Et l'éleveur avait eu bien du mal à la séparer de Junko lorsqu'elles étaient toutes les deux inconscientes, celle-ci ayant même gardé les poings serrés, comme si elle la tenait toujours contre elle pour éviter qu'elle ne tombe du Lion. Son enveloppe charnelle avait remplacé sa robe de sang taché par un ensemble de bandages, qui cachaient par endroits des amas d'herbes médicinales, aux vertus parfois impressionnantes. Et après tout ce temps passé dans cette maison d'élevage, la féline daigna enfin s'éveiller. Où suis-je? Les souvenirs de son ultime idée à se diriger vers l'endroit où elle avait croisé la route de l'éleveur lui revinrent peu à peu. En douceur, elle se redressa et se contempla de la tête aux pieds, avant d'adresser un regard à ses affaires et son bandeau ninja. Sans attendre, elle s'en alla ouvrir la porte du refuge pour en sortir. Le bois grinça, pour laisser place à un souffle nocturne et marin qui balaya ses premières mèches de cheveux ; face à elle, un amas de bûches enflammées qui réchauffait ceux se trouvant autour ; le paysan, sa compagne et l'imposante silhouette du fauve, contre laquelle dormait encore la rousse. Les épaules de Reikan se haussèrent lentement, afin qu'elle puisse effectuer une expiration des plus soulagées qui soient. Ils sont... en vie. Les sublimes traits de la métamorphe, qui n'étaient plus parsemés que par des éphélides mais aussi par des marques de ses combats, s'adoucirent aussitôt. En cet instant précis, son âme de nomade n'était plus bercée par le tonnerre de guerre, mais par la mélodie de la satisfaction. Pieds nus, la changeforme s'avança vers le groupe encerclant le feu de camp, avant de s'arrêter, tournée vers le couple. Son échine, puis la totalité de son dos, se cambrèrent en leur direction, pour adopter une posture de remerciements. Ce fut les yeux fermés que la féline s'exprima, à l'égard de l'éleveur et de son épouse, qui avait pansé ses blessures.

« Je ne sais pas comment vous remercier pour avoir pris la peine de nous venir en aide.
Il n'y a pas lieu à nous remercier. Comment aurais-je pu tourner le dos à deux de nos protectrices, une Héroïne de Mizu et son acolyte? Reposez-vous autant que vous le souhaitez. Dans notre montagne, il y a bien assez de place pour cinq personnes et un... Lion. Masamune est mon nom et Miria celui de ma femme. Nous sommes enchantés de faire votre connaissance. »

Le blond afficha un rictus dévoué en terminant sa phrase dans sa barbe. La colonne vertébrale de la Tigresse blanche retrouva sa noble droiture, pour lui permettre de plonger son regard éthéré dans ceux de ses hôtes. Cinq? Une rapide inspection visuelle lui fit comprendre que la femme était porteuse d'un enfant. Reikan rendit aux futurs parents un sourire radieux et serein. Puis, ses pupilles myosotis et transperçantes trouvèrent celles du Lion, d'un bleu aussi absorbant que le sien. Couché sur le côté, le prédateur releva son intimidante tête pour lui faire face, alors qu'elle relevait à nouveau sa dextre contre son museau, comme elle l'avait fait sur le sable d'Angerona. Son souffle était chaud et tranchait irrémédiablement avec la fraîcheur de la brise parcourant le pâturage. Il inspira profondément, sa truffe se tordant sous cette action, pour humer l'odeur dont était imprégnée la Fille du Vent. Sa seule respiration était telle que la chevelure de la jeune femme dansa dans cette attraction aérienne. Que ce fut inquiétant d'entendre ce sifflement, mais rassurant de sentir ce Lion aussi proche d'elle, après toutes les idées qu'elle avait pu se faire à son sujet. Et elle était loin d'avoir été déçue ; après tout, jamais la féline ne se serait imaginée croiser la route d'une telle merveille. Mais d'où pouvait-il bien venir? Cette question la hanta le temps de sa caresse, jusqu'à ce que l'animal ne daigne relever la tête, puis son corps tout entier. Le Lion prit en ampleur au fur et à mesure qu'il se remit sur ses pattes, contrastant de plus belle avec la changeforme qui ne dépassait pas les deux mètres et qui ramena sa dextre à elle. Le corps endormi de la rouquine, nimbé d'un sac de couchage, trouva un refuge délicat jusqu'au sol en glissant depuis le flanc du prédateur. Ce dernier observa quelques instants les personnes présentes, avant de contourner la Chūnin pour s'éloigner du feu de camp. La Fille du Désert resta immobile, en entendant les bruits de pattes s'exiler peu à peu à son dos, tandis que son regard perçant se figea dans les braises rougeoyantes. Il est libre, maintenant. Mais puis-je vraiment le laisser partir de la sorte, après tout ceci?

Reikan serra le poing droit, alors que celui-ci la faisait déjà souffrir sans même être malmené. Ses yeux pétillants d'éther se figèrent sur la rousse, dès qu'ils eurent quitté les flammes dévorant le bois. Ai-je vraiment demandé à Junko de risquer sa vie pour seulement le libérer et le laisser s'en aller, sans plus jamais pouvoir m'assurer de sa sécurité? La jeune femme fronça les sourcils et se souvint du dernier maillon de fonte qui tenait encore en étau l'une des pattes de l'animal. Une et mille réactions traversèrent son esprit, mais une seule lui parut envisageable ; et sans attendre, elle l'exécuta. Il était impossible pour elle de laisser un fauve doté de telles capacités, s'en aller de la sorte. Sous le regard inquiet du couple de fermiers, la féline tourna le dos au feu et s'élança à la poursuite du Lion, tache blanche dans la pénombre, qui descendait le long de la rocaille qu'il venait tout juste d'emprunter pour rejoindre une plateforme rocailleuse en contrebas. Quelques bonds agiles malgré la douleur lui suffirent afin d'atterrir aux arrières de la boule immaculée, qui ne pouvait passer inaperçu malgré la nuit tombée. Malgré toute la force qu'avait put déployé la métamorphe dans l'arène, elle ne se redressa qu'avec une lenteur exemplaire.

« Tu as eu du cran, pour être venue jusqu'à cette maudite arène et risquer ta vie en tentant ma libération. Qui es-tu, petite? »

Dans une gestuelle presque majestueuse, l'animal fit un demi-tour sur lui-même en vue de faire face à sa poursuivante et laissa s'échapper sa voix caverneuse, vibrante et grave, qui semblait provenir des tréfonds de son âme. Si Reikan était une métamorphe d'exception et une nomade aguerrie, convaincue depuis son enfance que les Hommes et les Bêtes pouvaient se comprendre, elle n'en resta pas moins sur ses gardes. La falaise n'était pas loin de pouvoir lui crier ses médisances, même si le cadre était des plus atypiques. Une lune pleine éclairait la montagne dans son entièreté, révélant la moindre de ses crevasses, mais reflétait aussi sur la mer se profilant à perte de vue, en face d'elle et derrière le Lion. Ce dernier était d'une taille démesurée et prenait une sacrée place dans le décor, en plus de disposer du don de la parole ; et pourtant, à l'instar de n'importe qui, la jolie brune ne fut pas stupéfiée quant à ce détail attrayant. Celle qui préférait la compagnie des bêtes à celles des êtres humains en était presque fascinée. Et bien que blessée par endroits, elle se tint droite devant le libéré, prête à élever la voix à son tour, sur un ton clair et assuré.

« Je suis Yasei Reikan, du Désert. Si je suis venue jusqu'aux entrailles de l'Arène d'Angerona, ce n'est pas en ma qualité de kunoichi de la Brume, mais bien de métamorphe nomade. Mon amie, par son passé de gladiatrice, était originaire de cette île et avait eu ouïe de ton existence. Alors, je suis venue dès que j'ai pu pour te libérer de tes chaînes.
Il est bien rare de croiser la route de personnes comme toi, capables de disposer d'une telle apparence. Je pensais même que ta lignée était éteinte, mais j'étais vraisemblablement dans le faux. Tu es donc parvenue à tes fins, pour ma plus grande réjouissance. Mais à quoi aspires-tu donc, pour ne pas être restée auprès de ton amie et m'avoir suivi? Quelle flamme a brûlé dans ton cœur, au moment où tu t’es dressé devant moi pour t’opposer à cette arme destructrice? »

Les longs cheveux d'ébène de la féline ne furent cette fois-ci pas balayés par le souffle impressionnant du Lion, mais par celui du vide. Ses boucles d'oreilles griffues, symboles de sa bestialité, cliquetèrent au rythme de la brise, pour combler le silence qu'imposait Reikan. À quoi... j'aspire? Pour celle qui était muée par des ambitions dépassant ses intérêts personnels, la réponse à cette question était plus qu'évidente. Mais comme elle l'avait fait avec toutes les personnes qu'elle chérissait jusqu'à lors, la Fille du Vent allait-elle oser en demander plus à ce Lion? Irait-elle jusqu’à lui faire part de son rêve le plus cher et lui demander son aide, pour qu’il apporte sa pierre à l’édifice? Et surtout, sera-t-elle en mesure le convaincre de ne pas partir sans lui donner l'occasion de le revoir, rien que pour satisfaire sa soif de quiétude? La métamorphe doutait, non pas d'elle-même, mais de l'idée de voir un refus lui être opposé. Cependant, pour rien au monde, la jeune femme ne laisserait désormais s'échapper cette merveille sans l'espoir de la revoir, à l'avenir. Si dans cette arène, il avait été question de vie et de mort, au bord de cette falaise, il était tout bonnement question d'audace. Ce fut ainsi avec une prestance inouïe que la Fille du Vent releva son visage, aux traits empreints de détermination, face au Lion d'une tout autre envergure.

« J'aspire à... la Paix. Porter sur le monde un regard dénué de toute haine est mon credo. Tout comme j'ai brisé le fer des maillons qui te liaient, je souhaite mettre à mal celui qui enchaîne le monde entier. Plus d'arènes, plus de combats à mort, plus de tueries pour le pouvoir, plus de sang inutilement versé. Je veux que les villages puissent disposer d'un terrain d'entente comme il n'y en a jamais eu, mais aussi que les Hommes et les Bêtes parviennent à se comprendre, un jour. Je veux mettre un terme à la tyrannie des plus malveillants et faire barrage à leurs vengeances qui n'aspirent qu'à une seule chose ; la rancœur. Je ne veux plus voir le Yuukan porter de telles horreurs en son sein. Afin de réaliser ce rêve, je suis prête à tout, prête à me battre contre les plus fous et les plus terrifiants des êtres, même s'il n'y a qu'une infime chance que j'y parvienne. Je n'abandonnerai jamais cet idéal, pour que plus aucun enfant n'ait à grandir au milieu de ces injustes abominations, pour que plus aucun peuple ne soit soumis à un quelconque oppresseur, ou encore pour que plus aucun Lion n'ait à, un jour, retourner fouler ce sable gorgé de sang. Et rien, ni personne, ne me fera dévier de ma route, car je suis liée par les promesses que j'ai faite, à tous ceux que je chéris en ce monde. À toi qui est désormais libre, je t'offre la flamme de l'espoir qui brûle en mon cœur depuis toujours et t'en donne ma parole ; je jure que je ferai de cette folle ambition, une réalité. »

C'était comme si le Temps avait été mis à l'arrêt, alors que Reikan soufflait d'ores et déjà un discours presque surréaliste sur les braises d'espérances enfouies, au plus profond de l'âme du fauve. Il tendit l'oreille à cet écoulement de mots tous plus ambitieux les uns que les autres et zieuta la Fille du Désert au travers de ses pupilles dilatées, non pas en raison de la toile nocturne où brillaient quelques pépites étoilées, mais bien à cause d'une intense émotion ressentie à cet instant. Comment une jeune femme aussi noble et aimante qu'elle, pouvait avoir autant d'espoirs pour un monde débordant d'ores et déjà de haine et de colère? Espérait-elle vraiment porter, sur des épaules aussi fines que les siennes, le poids de toutes les injustices du monde? Le colosse n'en revint pas. La flamme de l'espoir de Yasei... Reikan. L'animal plissa les paupières comme si sa curiosité avait été titillée, en observant d'abord celle qui l'avait libéré de cet enfer quelques heures plus tôt, puis le dernier maillon qui entourait l'une de ses pattes avants. Sans elle, je n'aurais jamais pu m'en délivrer. Sa crinière se déploya au gré de la brise et au rythme d'une respiration conséquente, alors qu'il avait décidé de tourner l'intégralité de son corps en direction de la métamorphe. Tout à coup, le Lion changea d'expression et courba l'ensemble de son dos jusqu'à le creuser, en abaissant la gueule vers la femme, dans un élan presque menaçant. Son imposante tête, encadrée par de longues et épaisses vibrisses, s'arrêta juste devant Reikan, comme s'il était prêt à faire d'elle son repas, après les organisateurs des combats à mort. Était-il tombé sous le charme de la détermination sans faille de la Tigresse blanche? Ou bien venait-il donc de succomber à la lubie de la dévorer, dans l'état qu'elle était? Que ce fusse pour une raison ou pour l'autre, cela importait peu aux yeux de la féline ; elle ne bougea pas d'un poil, les bras le long du corps et le dos droit, seule sa chevelure s'était permise de s'élever en arrière suite à ce rapprochement fulgurant. Et ses yeux brillants d'assurance eurent vite fait de trahir un semblant d'hésitation, avant de chercher du réconfort dans ceux de l'animal gigantesque.


« Te penses-tu réellement capable de pouvoir réaliser une telle folie, gamine? Après tout, tu n'es qu'une minuscule personne, dans ce vaste monde.
Je ne peux assurer le fait que j'en serai véritablement capable. Mais une chose est sûre ; que ma cause soit soutenue ou non, je ne reviendrai jamais sur ma parole et j'irai jusqu'au bout, quoi qu'il arrive, même si cela veut dire que je doive y laisser la vie. »

Un grognement sourd résonna au fond de la gorge du Lion ; et celui s'apparentait presque à un soupir de réflexion. Son arrière-train prit congé sur la rocaille, le faisant s'asseoir juste en face de la jolie brune. La fonte de sa patte encore prisonnière arracha un cri à la terre en s'écrasant dessus, alors que l'animal continuait d'observer, dans un échange de regards lourds de sens, le sublime minois de Reikan, assiégé par une ténacité sans nom. Elle serait même prête à y laisser sa propre vie? Ses jambes avaient beau supplier l'enfant des bêtes de ployer un genou au sol pour les soulager, elle n'en fit rien ; elle estima que jusqu'à maintenant, elle s'était bien assez reposée depuis le vacarme causé au cœur de l'île des gladiateurs. Dorénavant, elle devait veiller à garder la tête haute, pour convaincre le colosse de son potentiel. Et il ne la quitta pas un instant des yeux, jusqu'au moment où il ordonna le retour de sa queue de félin. Celle-ci se tortilla majestueusement, avant d'emprunter une forme aux contours cylindriques, juste devant les membres avants du fauve assis. La féline dirigea ses iris éthérées vers cette dernière, de laquelle apparut un pouf de fumée blanche. Le minuscule nuage se dispersa après seulement quelques secondes, afin de laisser place à un rouleau d'un mètre et quelques de long et d'épaisseur plutôt conséquente, que le Lion déposa à la verticale sur la roche. La Fille du Vent cligna des paupières, jonglant du regard entre le mastodonte et l'objet dont il était justement en train de dévoiler le contenu, en faisant coulisser son ouverture au gré du vent. Un... parchemin? Il lui fallut un court instant pour s'imprégner des inscriptions d'encre faites sur le papier du rouleau. Elle prit soin de ne pas en laisser une seule miette, jusqu'à attarder son attention sur un sceau d'invocation en cercle, certes vide, mais borné par un nom qui suscita son intérêt. Raka...sha.

« Voici le seul rouleau capable de lier ton sang au mien ; il contient un sceau permettant de faire de moi, Rakasha*, ton invocation et beaucoup d'autres choses encore. Comme tu peux le voir, tu n'as aucun prédécesseur. Si jusqu'à lors, je considérais comme futile l'idée d'enlacer mon destin à celui d'un être humain, c'est en voyant ton courage au milieu de tout ce chaos que j'ai compris que c'était Toi et nulle autre personne, Yasei Reikan. Et décidément, tes paroles ne sont pas si différentes de tes actes. À défaut d'être enchaîné par le fer, je veux que nos existences et nos forces soient liées par l'espoir, pour atteindre ton rêve. Notre rêve, désormais. Approche et faire honneur à ce sceau en le marquant de ton sang, Tigresse blanche. »

Reikan sentit son cœur se serrer, rien qu'à l'entente des propos tenus par le Lion. Ce fut comme si les blessures de son corps venaient de se volatiliser, comme si tout ce temps passé à attendre et à combattre pour faire véhiculer son idéal ne s'était écoulé qu'en un battement de cils. Sans faire attendre Rakasha plus longtemps, la métamorphe s'avança d'un pas vers l'animal et le parchemin, qui faisait de lui une invocation sans invocateur. Mais ce cas était délibérément voué à disparaître, dès l'instant où la Fille du Vent décrypta les dernières instructions du parchemin. Si la surprise avait gangrénée la féline, seule une expression pleine de sérénité et de confiance régnait dès lors sur son faciès parsemé d'éphélides. Et ce fut d'un mouvement décidé, que la Yasei leva la paume de sa dextre à ses lèvres, pour en croquer une partie de ses canines pointues et faire couler un filet de sang. Les fins doigts de sa main se teintèrent d'un inquiétant écarlate, avant de venir inscrire les kanjis de son nom avec son sang, en tant que nouvelle invocatrice, sur toute la largeur du parchemin. La signature faite du bout de ses empreintes, Reikan se concentra un instant pour illuminer le bout de ses doigts d'une pointe de chakra, avant d'en insuffler à l'intérieur du sceau d'invocation qui rougeoya.


Pendant que le manteau de nuit couvrant le ciel peinait à se laisser transpercer par les premières lueurs du jour, la changeforme s'affaira à signer la conclusion du lien qui l'unirait, pour la vie, à cet animal ; un pacte Kuchiyose, qui ferait de l'un une invocation et de l'autre son invocatrice. Il s'agissait là d'un véritable contrat avec le Lion, dont la jeune femme était la première signataire. Après tout, Reikan n'avait pas seulement su le libérer de ces arènes ; elle avait aussi eu la force de le dompter et de prouver sa valeur au Lion blanc, jusqu'à le convaincre de devenir l'invocation qu'il avait renié d'être jusqu'à lors. Mais notre chère nomade avait bien du mal à le qualifier de la sorte. Dorénavant, il était son pilier, son ami ; celui sur qui elle pourrait se reposer en tous temps. Liés par... l'espoir d'un monde de Paix. En portant la lumière de sa conscience sur l'importance de cette relation qui venait tout juste de voir le jour, la féline ne put empêcher un paisible sourire de naître sur ses lèvres. Son but avait été atteint ; et dès lors, il lui serait possible de s'appuyer sur un tout nouveau soutien, qui l'aidera sans détour à renforcer le pont de ses espérances, au travers d'une mer pleine d'incertitudes. Grâce à ce contrat gorgé de chakra et marqué par sa signature, la nomade dans l'âme pourra faire appel à ce mastodonte où qu'elle soit à l'avenir. Merci, Rakasha. Celle qui était dévorée par des ambitions débordantes n'était ainsi dorénavant plus jamais seule.

« Ensemble, bâtissons un monde meilleur, doté d'une Paix durable et intarissable. Ensemble, chargeons-nous de ceux qui mettent le Yuukan à feu et à sang. »

La Fille du Vent ne s'empressa pas de baisser sa dextre sanguinolente, tachée par le liquide chaud et incarnat qui coulait dans ses veines. Elle serra les doigts et rétracta sa paume sur elle-même jusqu'à en former un poing, laissant son sang goutter au sol sans craindre le moindre contrecoup, malgré la faible douleur engendrée. Ce geste symbolique fut accompagné d'un regard myosotis presque invétéré, dans lequel brillait une indétrônable fermeté. Si Reikan venait de contracter un pacte, fruit de ses efforts qu'elle était pourtant loin d'avoir espéré obtenir ne serait-ce qu'un jour sur le sable de l'Arène d'Angerona, elle venait surtout de donner au Lion, par son propre sang, sa parole la plus sincère. Yasei avait mis ses meilleures cartes en jeu ; et parmi elles, celles d'une bonté inébranlable et d'un courage inaltérable avaient séduit Rakasha. Et le Lion blanc paraissait tout aussi satisfait que sa libératrice. Finalement, le jour parvint à se lever afin de balayer l'étoffe de satin noir d'une nuit aussi bien payante que reposante. Alors que Junko dormait encore au petit matin, Rakasha et Reikan prirent soin de soutenir le dur labeur de Masamune et sa femme, en les assistant côtes à côtes aux diverses tâches de leur quotidien de paysans. Pourtant, même au cœur de ce vallon de granit, où seuls les bestiaux du troupeau savaient retrouver leur chemin, l'enfant des bêtes et celle du poison n'étaient pas en sécurité. Tôt ou tard, ils feraient leur possible pour revenir à leurs trousses. Tôt ou tard, ces Hommes assoiffés de vengeances viendraient s'en prendre à nouveau à elles, pour alimenter ce cycle infernal de la haine et récupérer le Lion blanc. Mais ils étaient loin de savoir que, même blessée, une Tigresse blanche ne tournerait jamais le dos à l'adversité.

*Rakasha (राकाईश, litt: Seigneur de la Pleine Lune)

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Dim 4 Aoû 2019 - 15:15

Quand Junko se réveilla à nouveau, le jour était bien avancé. Il devait être aux alentours de midi, à en juger par le soleil. La jeune femme resta un moment immobile, les yeux fermés. Elle sentait la caresse de la brise sur sa peau, entendait au loin les doux bêlements des caprins. Le monde semblait en paix. Aucune trace de bataille, pas de grondement sourd, de cliquetis du fer, pas de cris rageurs. Elle pouvait ouvrir les yeux.

En effet, le monde était en paix. Leurs deux bienfaiteurs étaient toujours auprès d'elles, à s'activer à leurs propres tâches quotidiennes. Et Reikan était là, debout, qui les assistait. Et à son côté ... Junko put contempler pour la première fois en toute tranquillité la bête magistrale. C'était un animal tel qu'elle n'en avait encore jamais vu. Une créature comme seuls les rêves - ou peut être les cauchemars ? - pouvaient en produire. Sa fourrure blanche éclatait de lumière, sa crinière de fauve entourait son visage comme une couronne, et ses yeux brillaient d'intelligence et de fougue. Ils s'étaient bien trouvés, Reikan et lui. Ils se ressemblaient vraiment beaucoup, en un sens.

Reikan allait bien, du moins autant que Junko put en juger. Elle était sur ses pieds, en tout cas, et travaillait comme leurs hôtes. Pourtant, son corps semblait meurtri. Et il l'était à coup sûr: les souvenirs de Junko étaient assez confus, mais elle se rappelait très bien de la lutte acharnée qu'avait menée sa consoeur, de ses efforts titanesques pour se garder en vie, et pour la garder en vie, elle, quand elle avait fini par tomber. Elle lui avait sauvé la vie, et pour cela Junko avait une dette infinie envers elle. Si ça avait été n'importe qui d'autre, elle aurait sans doute été furieuse. Mais pas avec Reikan. Non, pour elle elle était prête à mettre son orgueil de côté, au moins un peu ...

Junko rejoignit le groupe des travailleurs, et se mêla à leur activité. Elle n'avait jamais trimé aux champs, et trouva tout de suite une forme de satisfaction dans ce travail. Elle avait bien récupéré. Elle n'avait pas subi de grande blessure, contrairement à Reikan. Son propre effondrement était simplement le fait de son utilisation trop gourmande de chakra. Elle avait longtemps dormi, avait été nourrie soigneusement, et richement. Si elle n'avait pas complètement reconstitué ses réserves, elle avait au moins recouvré une bonne partie de ses moyens.

Alors qu'elle trimait, une pensée traversa son esprit. Sans doute on n'allait pas les laisser filer ainsi ... Après le boxon qu'elles avaient laissé dans l'arène, et dans la ville sur leur passage, elles pouvaient vraiment s'attendre à être poursuivies. Elles n'avaient rien fait de mal, et avaient le droit de leur côté: après tout, leurs seules victimes étaient des partisans d'un système illégal. Seulement, Junko connaissait trop bien ce milieu pour se douter que d'aussi bons sentiments suffisent à convaincre d'éventuels poursuivants de renoncer à leur attaque. Il fallait qu'elles s'attendent à un combat. Il fallait toujours s'y attendre, sur cette île funeste.

Le début de l'après-midi vint sans qu'ils fussent dérangés, cependant. Ils purent partager une maigre collation, tous réunis autour d'un modeste foyer. Il y avait là Reikan, son nouveau compagnon majestueux, et leurs deux hôtes. C'était pour eux, particulièrement, que Junko s'inquiétait. Elles ne pouvaient pas quitter l'île en les laissant à la merci de leurs propres poursuivants. Alors que faire ? Les emmener avec elles ? Et les convaincre de laisser là leur troupeau, leur vie ? C'était un sacrifice exigeant, mais sans doute la meilleure chose à faire, aux yeux de Junko. Et elle était certaine que Reikan l'approuverait, si la même idée lui venait. La sécurité du couple passait avant leur confort.

"Ecoutez, j'ai réfléchi à quelque chose, et je pense que vous ..."

Ses derniers mots se perdirent dans un souffle. Elle ne faisait plus attention à ce qu'elle disait. Son attention, comme sa cuillère, était retombée quand elle avait entendu l'écho sourd, au loin.

"Que nous ... quoi ?"

Junko intima au paysan le silence d'un simple geste. Elle sentit un frisson lui parcourir l'échine, et sans attendre se leva et tourna son regard vers la ville. Ses murailles noires, froides, étaient parfaitement reconnaissables, même depuis cette distance. Et, s'approchant lentement mais sûrement de la maison, un voile de poussière se faisait grandissant, menaçant, et bourdonnant de rage. A n'en pas douter, c'étaient là leurs adversaires qui revenaient à la charge, pour chercher vengeance. Après tout, outre les dégâts matériels et la panique, ils avaient également vu quelques-uns de leurs plus "éminents" maîtres se faire assassiner sans avertissement par une inconnue.

Junko jeta un regard à Reikan, un regard où, derrière le masque d'or de ses yeux, elle transmettait toute l'urgence de la situation. Elle-même s'efforçait de garder son sang-froid. Mais les forces d'attaque semblaient nombreuses, et elle n'était pas en pleine possession de ses moyens. Elle s'efforcerait de faire au mieux, cependant. Pour autant qu'elle savait, leurs ennemis pouvaient tout aussi bien être de parfaits novices dans les arts du combat. Le plus important restait toujours la sécurité du couple.

"Des ennemis arrivent, et ils sont nombreux. Vous deux, vous devez partir d'ici. Vous ne feriez que nous gêner, et il ne faut pas que vous vous blessiez, ou pire, dans l'affrontement. Surtout ..."

Son regard glissa sur le ventre gonflé par la vie de la femme, et Junko éprouva un certain pincement au coeur.

"Marchez vers la mer, et descendez la falaise jusqu'au port. Nous devons retrouver quelqu'un qui doit nous emmener jusqu'à Kiri. Si nous sommes revenues, nous ferons le voyage avec vous. Sinon, partez avec lui. Il s'appelle Ecchio."

Il y eut un instant de flottement. Sans doute le flot d'informations était-il trop important pour être digéré rapidement. L'homme parvint cependant à bafouiller quelques mots:

"Mais ... Mais ... Et vous ? On ne peut pas vous laisser combattre toutes les deux une ... une armée ! C'est de la folie.

-Non, c'est notre devoir. Et vous oubliez deux choses."

Son regard se posa sur le lion majestueux, et elle sentit résonner en elle les rugissements furieux qu'il avait poussé quand il combattait dans l'arène.

"Déjà, je ne pense pas que nous ne soyons que deux ..."

Elle aurait juré avoir entendu un grondement approbateur de la part de l'animal. Elle sortit de son vêtement son bandeau de kunoïchi, frappé aux armes de Kiri, et le noua autour de son bras gauche.

"Ensuite, malgré notre joli minois, nous sommes des soldats de Kiri. Ce qui implique que nous avons l'obligation de vous protéger, et surtout ... Que nous ne nous laisserons pas abattre facilement."

Son ton était froid, et certainement un peu effrayant. Ses instincts de gladiatrice se réveillaient à nouveau. La violence appelait le sang, car c'était, à nouveau, sa propre vie qui était mise en jeu. Et Junko défendait toujours sa vie, avant toute autre chose.

"Partez, maintenant."

Et, laissant là leurs hôtes à leurs préparatifs, elle s'avança de quelques pas face à la vague des assaillants. Ils étaient encore loin. Ils ne seraient pas une véritable menace avant quelques minutes. Junko sentit la présence de Reikan à ses côtés, ou plutôt la devina. Elle avait au moins la consolation de ne pas se battre seule. Elle noua ses cheveux en un élégant chignon. Un bruit de pas précipités lui indiqua que les paysans avaient commencé leur fuite. Elle ne les avait même pas remerciés ... Elle en aurait sans doute l'occasion plus tard. Elle l'espérait, du moins.

Le combat se faisait imminent. Junko le sentait déjà bouillir dans ses veines. Elle était fébrile. Ses mains en tremblaient presque d'excitation. Elle le désirait, ce combat, mine de rien. Des années à être formatées pour le combat n'avaient pas été effacées en une journée. Elle était toujours une guerrière, une gladiatrice, une bête dans l'âme. Le grondement était de plus en plus menaçant. Déjà, l'éclat des lames adverses l'éblouissait. Elle lança à l'adresse de Reikan:

"T'as pas intérêt à mourir maintenant."

Et elle se lança dans la bataille.


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Ven 30 Aoû 2019 - 22:09
♫ TOTEM — From the Earth

Après ces dernières heures éprouvantes, ce maigre instant d'apaisement en compagnie du couple de paysans permit à Reikan de faire s'envoler la fatigue de son esprit et de restaurer ses réserves. Et se savoir signataire d'un tel pacte de sang, avec une telle immensité de la nature, ne pouvait que lui mettre du baume au cœur, à défaut de panser les blessures de son corps les plus profondes. Celui-ci eut d'ailleurs vite fait d'absorber les protéines offertes par ce repas autour du feu, en vue de reprendre du poil de la bête. Mais même blessée, contre une armée de centaines d'hommes, la métamorphe était confiante en ses capacités et en celles de son nouvel ami. Comme à chaque fois, même lorsque la mort rôderait tout près, elle ne reculerait jamais face à l'adversité. Après tout, elle avait juré de vouer sa vie à un combat acharné contre le mal. Ainsi guidée par sa naturelle perspicacité, l'agent de la Brume ne put qu’acquiescer les conseils préventifs et sages de l'ancienne gladiatrice, à l'égard de Miria et de Masamune ; un humain incapable de manipuler le chakra ne pouvait que paraître, dans ce monde, fou de croire qu'il était en mesure de protéger une femme engrossée. Derrière la rigidité des mots de la rouquine dormait décidément une affection naissante, qui força les propriétaires de ces terres à plier bagages. Ce fut ainsi sans le moindre mot que la changeforme laissa les futurs parents rentrer leurs bêtes, préparer le strict minimum et abandonner leur grange tant aimée. Un départ urgent et crève-cœur, mais qui enlevait un poids considérable sur les épaules des deux jeunes femmes, qui possédaient dorénavant le luxe de ne plus se retenir.

Reikan se leva de son siège de roc sous un soleil mourant, qui peinait à dévoiler la voie lactée sur les montagnes d'Asosan. Retranchée dans le mutisme depuis plusieurs minutes, celle au corps sculpté aussi bien pour le combat que pour la noblesse tourna le dos à cet astre menacé par son contraire. Après avoir explosé les chaînes avec la fonte ou le passé de ses amis, il était temps pour la féline de couper ses liens d'un repos bien mérité. Ces deux jours, gorgés de rebondissements, devaient à tout prix se terminer en beauté. Et la vue d'un éboulement de soldats, à montures ou à pieds, était loin d'effrayer notre enfant des bêtes. Suivis de près par Rakasha, ses pas sur la rocaille la guidèrent aux côtés de l'empoisonneuse, qui guettait l'avalanche de poussière dressée au pied des monts. La féline souffla du nez à l'entente des propos de son amie, comme si elle en était amusée. Malgré les bandages ornant ses membres et une partie de son buste, Reikan était décidément en pleine forme. Son sourire se borna d'une malice frustrée et exposa ses canines pointues au grand jour, lorsqu'elle activa son troisième œil et perçut la présence de Yūdai dans les troupes, sur le dos d'une bête à sang-froid.

« Cela vaut également pour toi. D'ailleurs, le borgne adorateur de ton ancien bourreau est visiblement de la partie. Tâchons de minimiser les pertes et de ne pas perdre de temps, Junko. Nous ne devons pas rater le rendez-vous d'Echiio, à la nuit tombée. Et... il est hors de question qu'ils approchent cette grange. »

Petit à petit, la multitude de points noirs dévalant la montagne mutait une myriade de silhouettes, armées jusqu'aux dents. Les sens en alerte et intriguée par la venue d'un animal à écailles, la Fille du Vent déposa sa sénestre sur le côté d'une patte avant du Lion blanc, qui comprit aussitôt son désir. Sa longue et épaisse queue, semblable à un véritable fouet, se dressa aux côtés de la combattante et s'enroula autour d'elle, en vue de la soulever de la terre ferme. Et après un bref temps de concentration - suffisant pour que Rakasha puisse viser là où ça allait faire mal -, en un clignement de cils, la Yasei fut envoyée dans les airs sans prévenir, tout droit vers les troupes ennemies. Cet envol, à défaut d'avoir raison d'elle, lui permit de prendre un élan considérable et de faire de son point d'atterrissage l'épicentre du rassemblement, où se déplaçait le borgne vengeur. Une vue d'ensemble telle que la sienne fut d'ailleurs bénéfique, dans le sens où Reikan eut le privilège d'apercevoir la bête de selle en question, muselée de toute part. Je vois. Une sorte d'iguane de compagnie, d'une longueur d'environ six mètres sans compter cette maudite queue. Que dirais-tu de... ça? En pleine chute vers sa cible, la jolie brune effectua une série de mudrās pour retrouver son armure de Vent, consciente qu'elle se jetait dans la gueule du loup - ou plutôt de l'iguane. Couverte de cette impressionnante couche protectrice, elle laissa ensuite libre cours à la transformation partielle de ses bras et de ses jambes, qui adoptèrent l'apparence de quatre imposantes pattes de Tigre blanc, tout en gardant un aspect humain sur le reste de son corps. Reikan lia ses paumes métamorphosées l'une à l'autre et tomba nez-à-nez avec le reptile en arrivant au-dessus de lui. Et enfin, l'alliance de ses deux pattes félines rencontra la gueule grande ouverte de l'esclave du tortionnaire pour la lui fermer, jusqu'à s'en servir d'amortis.

Un claquement stressant résonna dans la zone, provenant de la mâchoire de l'iguane qui cogna le sol. Sonné par le choc du coup de Reikan, celui-ci manqua même de faire chuter son dresseur. La Yasei se rattrapa d'une roulade à même l'herbe du champ piétinée par les montures, avant de faire face à celles qui se dressaient déjà à son encontre. Mais comme affolées par la présence d'un véritable prédateur sur le champ de bataille, elles furent incapables de l'approcher, ne laissant pas le choix aux hommes à pieds et aux archers de prendre la relève. La Tigresse blanche était dans l'arène. Désolée, mais je ne vous laisserai pas aller plus loin. Dans le nuage de poussière soulevé, ces malheureux traînèrent à riposter sans réfléchir. Cependant, ce fut l'hésitation de trop qui leur couta déjà trois camarades, envoyés à terre par une majestueuse cabriole de la féline. Recouverte de son armure affinitaire, la Fille du Vent s'engagea sans la moindre peur dans le combat. Chacun de ses opposants fut alors mit hors d'état de nuire, dans un large périmètre encerclant le borgne qui tentait de faire se ressaisir son reptile. Aucune arme ni aucun homme n'était de taille contre cet éveil et nul protection ne s'avérait assez robuste pour le contenir. Le fracas des griffes aiguisées de la métamorphe contre le métal des hommes armés malmenait en boucle l'atmosphère ambiant, jusqu'à ce que l'iguane daigne se remettre sur pattes.

Sur cette île, il était évident que seule une poignée d'êtres fascinants pouvait rivaliser contre une telle créature à sang-froid. Au beau milieu de ce champ de bataille, la métamorphe en faisait partie. Si son visage avait encore son charme d'humaine, ses membres s'étaient déjà abandonnés à la bestialité et disposaient dorénavant d'une force à toute épreuve. Voici qui était donc la véritable Yasei Reikan ; une jeune femme au don de métamorphose sans pareille et au courage inimitable. Loin d'avoir froid aux yeux, elle se positionna à proximité du reptile pour empêcher toute fuite de sa part ou de celle de son maître, qui craignait déjà ce face-à-face. Elle frappe fort, mais est surtout cinglée d'être venue seule entre les griffes de l'ennemi. Qu'elle crève en enfer, cette garce! Obéissant aux ordres de son cavalier, l'iguane cornu se jeta sur la nomade dans l'âme qui, désormais, ne profitait plus d'un élan considérable dû à une vertigineuse chute. Mais cela ne voulait pas dire qu'elle n'était plus douée de rien ; bien au contraire, la féline n'hésita pas à porter un coup de patte direct au sol pour le déstructurer et ainsi chambouler les appuis du mastodonte, en plein déplacement. Cette perturbation déclencha un terrible affrontement entre les deux prédateurs, qui malgré le déséquilibre de tailles entre eux, ne retinrent aucun de leurs coups. Mais au bout de quelques échanges avec cette invocation, son maître et les ennemis en surnombre, la Fille du Désert se retrouva acculée, ayant volontairement laissé ses soutiens à la traîne. Pourtant, il était hors de question de cesser de combattre, à ses yeux. Pour sauver sa peau, celle de Junko, de Rakasha mais aussi cette grange qui les a bercé pendant deux lunes, pour capturer cette pourriture sur sa bête cornue et lui faire ployer les genoux contre la justice de Kiri, Reikan était prête à bien des choses, si ce n'était tuer. C'est ainsi que dans cette claire fumée, la métamorphe esquissa un sourire et laissa s'imposer au loin une ombre féline des plus prestigieuses, au cri si écrasant qu'il couvrait les hurlements de terreur des hommes s'écartant sur son chemin. Le Lion blanc s'était finalement décidé à rejoindre le cœur d'un combat olympien. Un combat pour la justice et la liberté. L'enfant du poison aura-t-elle le courage de se joindre à une telle lutte?

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Jeu 12 Sep 2019 - 12:29

L'arrivée de Reikan sur le champ de bataille avait eu le même effet que si on avait tiré au canon au milieu des assaillants. Dès qu'elle fut projetée au coeur du combat, les lignes ennemies se brisèrent et rompirent leur formation déjà précaire. Les montures perdaient leur concentration et, perturbées par l'irruption d'un adversaire qu'elles n'attendaient pas, refusaient de répondre aux ordres de leur maître. Les fantassins, eux, avaient détourné leur attention de la charge dès qu'ils avaient compris que leur meneur avait été pris pour cible. Alors, ils avaient laissé se déliter leur ligne d'assaut pour se concentrer, tous, vers ce qui était devenu le coeur de l'action: cette étrange femme qui tenait tête au plus fort, au plus influent d'entre eux.

Ils se massaient autour de l'action, brandissant leurs piques, leurs lances, sans réussir à rien faire d'autre que s'exciter eux-mêmes. Quelques imprudents touchaient leurs camarades par inadvertance, trop ivres de violence et de désir de meurtre. Deux femmes et une bête leur opposaient une résistance farouche à eux. Eux qui avaient grandi à Asosan, îlot hostile au possible, où la loi du plus fort règne. Eux qui toujours s'étaient gaussés de leur invincibilité, de leur pouvoir. Eux qui jamais n'avaient connu la défaite. Voilà qu'un mur se présentait à eux, et de la pire espèce qui soit pour eux.

Mais Junko restait encore en marge de la bataille. Les bras croisés, le regard fixe, elle observait la valse guerrière de Reikan au milieu des soldats ennemis. Le lion ne tarda pas à rejoindre sa nouvelle maîtresse, et Junko ne fit rien pour l'arrêter. Elle s'étonnait même que l'animal ne se soit pas jeté dans la mêlée plus tôt. Elle ne suivit pas, et resta en retrait. Si on lui avait demandé pourquoi, elle aurait sans doute répondu que c'était pour rester à proximité de la grange, pour éviter que quiconque s'en approche. En vérité, elle n'avait pas envie de se mêler à ce combat. Aussi étrange que cela puisse être pour elle, cette violence-là, qui déployait ses ailes immenses sur la plaine, ne l'attirait guère.

Elle n'était pourtant pas effarouchée par les batailles, en temps normal. Elle aimait se battre. Mais contre ces adversaires-là ? Non, sûrement pas. Ces hommes étaient ceux qu'elle avait déjà terrassés, pendant des années. Des gladiateurs esclaves, comme elle, des plaisirs des autres. Il n'y avait rien de noble à se battre contre eux. Rien de grand, de beau. Aucun plaisir. Pourquoi alors se jeter dans la mêlée ? Reikan semblait se débrouiller assez bien à elle seule, et voilà qu'elle était rejointe par son nouveau compagnon animal. A eux deux, ils suffiraient bien pour mettre un terme à cette attaque.

Junko était donc décidée à rester en retrait, tant que la situation le lui permettrait. Il semblait cependant qu'elle ne pourrait pas se laisser aller à ce caprice car, déjà, quelques éléments avaient détaché leur attention du combat entre la féline et leur chef et, comme rappelés à l'ordre par un sursaut de professionnalisme, reprenaient leur charge en direction de la grange. Junko les voyait approcher, maladroits. Leurs lances brandies, tous fers luisants, ils couraient en ligne discontinue, braillant pour se donner du courage. Elle n'avait jamais aimé les adversaires trop bruyants. Ils se révélaient généralement bien piètres.

Elle décroisa ses bras charmants. Alors, il sembla que ses yeux brillèrent d'une lueur bien différente. Les attaquants étaient isolés par leur course à des allures différentes. Ils seraient d'autant plus faciles à éliminer.

Elle bondit en direction du premier, tirant d'une main un kunaï de son vêtement. D'un geste précis et sans hésitation, elle s'agrippa au torse de sa cible avec ses jambes, empoigna d'une main son crâne, et de l'autre enfonça son arme dans l'oeil du pauvre homme, aussi profond que possible. Le corps tomba dans un cri immense, mais elle n'était déjà plus là: d'un nouveau saut, elle s'était jetée sur un autre adversaire qu'elle abattit d'un coup chirurgical au niveau de l'aine. Plus que des instincts de guerrière, c'étaient des instincts de tueuse qui la guidaient, maintenant.

Mais l'effet de surprise était passé. Les suivants commençaient déjà à se regrouper, et, en carré, à brandir leurs lances comme une haie hostile. Impossible de s'approcher de ceux-là sans risquer de se faire empaler. Qu'à cela ne tienne. Ils ne seraient pas pour autant épargnés. Junko composa une série de mudras avec expertise. Ses ennemis, rendus farouches, n'osaient pas s'approcher. Ca lui laissait tout le temps nécessaire pour préparer son assaut. Ses signes exécutés, elle cracha dans leur direction autant de jets d'un poison noirâtre qu'il y avait d'adversaires. Chacun à leur tour, ils furent éclaboussés par le venin. Et bientôt, ils se tordirent de douleur au sol, leur peau se couvrant d'une couche grise, comme de l'écorce morte.

Cette intervention de l'ancienne gladiatrice avait réussi à dissuader les suivants. Les autres fantassins hésitaient à se confronter à une telle adversaire. Elle ne pouvait pas les blâmer. Leurs camarades avaient subi un bien triste sort, sans même réussir à la fatiguer. Elle était encore en pleine forme. Mais les ennemis commençaient à se masser, et, en se rapprochant les uns des autres, ils semblaient se gonfler d'un courage nouveau. Une dizaine, une vingtaine puis une trentaine d'hommes s'avançaient maintenant. Lentement, mais prudemment. Ils s'attendaient à tout.

Junko agit au quart de tour. Impossible de cibler chacun d'eux avec un jet de poison. Ils étaient trop nombreux, et elle serait trop vulnérable au moment de les attaquer. Il fallait qu'elle les attaque tous en même temps. Elle composa une nouvelle série de mudras, sans les lâcher du regard. Décidément, elle mettait ses limites à rude épreuve ces derniers temps ... Ils semblèrent avoir compris qu'ils avaient une occasion de frapper. Trop tard. Déjà, elle libérait un jet de poison immense, comme une chape pourpre qui plana un instant au-dessus de leurs visages horrifiés, avant de s'écraser sur eux comme une vague mortelle.

Et elle croisa à nouveau les bras. Sentinelle muette gardant la grange, elle restait impassible. Et il ne faisait aucun doute que son dernier assaut en avait dissuadé plus d'un ...


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