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Requiem


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Lun 12 Aoû 2019 - 19:03
Cela faisait plusieurs semaines depuis mon altercation avec mon père et il se refusait toujours de m'adresser la parole. Si cela faisait longtemps qu'il avait cessé d'agir correctement, son comportement avait grandement empiré depuis. Le voir s'emporter contre moi était supportable et je m’étais habituée malgré moi à l'entendre s'emporter contre ma mère, mais sa violence verbale semblait le satisfaire de moins en moins. Ce n’était pas rare de le voir mêler à des conflits avec des membres du clan, notamment nos voisins, et toujours à cause de son comportement agressif et son manque de tempérance, mais depuis lors, il devenait habituel de le voir rentrer blessé et complètement ivre.

J’espérais, comme depuis des années maintenant, que son comportement allait s’améliorer, qu’il allait s’ouvrir à la discussion tout du moins. Ce ne fut que lorsqu’il apprit pour ma promotion au grade de chuunin que je réalisai qu’il n’allait pas changer. Je ne m’attendais pas à une grande célébration de sa part. À vrai dire, je pensais qu’il n’allait pas s’en préoccuper. Il avait toujours délibérément ignoré mon parcours comme shinobi de la Roche. Que ce fut mes résultats à l’académie, mon obtention du bandeau, mes différentes missions ou ma réputation grandissante au sein du village, il n’avait jamais eu la moindre remarque à mon encontre. La seule fois où il avait explicitement reconnu ma position fut lorsqu’il me poussa à participer au tournoi des genins de l’année précédente, loin de lui de m’en expliquer la raison par ailleurs. Malgré tout cela, son visage changea lorsqu’il apprit, il se refusa de laisser exprimer sa colère, ce qui était déjà inhabituel, avant de quitter le domicile familial. Même s’il ne prononça pas le moindre mot, je n’eus aucun mal à lire ses pensées sur son visage. Je savais reconnaître sa colère quand je la voyais tout du moins.

Ce fut à ce moment là que je réalisai ce à quoi j’avais été ignorante depuis des années, je ne pouvais laisser mon père agir par lui-même lorsqu’il était dans cet état. Soit ma promotion et mes nouvelles responsabilités m’étaient montées à la tête soit elles m'avaient rendue lucide, mais le laisser aller chercher des problèmes à l’extérieur de cette maison était un déshonneur envers mon clan et ma famille. Ma réticence à l’idée de m’opposer directement à mon père avait duré bien trop longtemps. Ses problèmes personnels et familiales ne pouvaient l’excuser indéfiniment pour ses agissements outrageux Après quelques minutes de réflexion, je décidai donc de récupérer mes sabres et de partir à sa recherche.

Pour être exact, partir à sa recherche n’avait rien de compliqué. Mon père n’avait pas d’amis et ses seules occupations étaient de se plaindre et de s’enivrer. Le seul endroit où on pouvait le trouver en dehors de son fauteuil dans le salon était la seule brasserie du coin où il était encore le bienvenue. Ce n’était pas non plus bien difficile pour moi de la trouver étant donné que je m’y étais rendue à plusieurs reprises lorsqu’il n’était plus en état de rentrer par lui-même. Et ce fut bien là que je le retrouvai, accoudé à un bar en mauvais état, un verre déjà presque vide à la main.

Les regards se tournèrent aussitôt vers moi, je faisais tache au sein de cet établissement. Ce n’était cependant pas l’attention des clients qui m’intéressait. Je m’approchai donc de mon père d’un pas assuré. Si je craignais la discussion à venir et que j’avais de grands doutes sur ma décision de le confronter, je n’étais pas du genre à faire des choses à moitié. Ma décision avait été prise et je n’avais pas l’intention de faire marche arrière.

— Regardez qui vient nous faire grâce de sa présence, l’enfant prodige. Tu as même apporté ces sabres avec toi. Qu’est ce que tu veux maintenant ?

— Vous savez très bien pourquoi je suis ici. Je suis venue faire ce que Koda n’a jamais pu faire, à cause de moi. Cela fait six ans que j’assiste a votre déchéance en toute impuissance et c’est terminé. Je ne vous ferais pas l’affront de dire que je comprends votre situation, ce n’est pas le cas et ce n’est pas nécessaire. Aucune justification ne pourrait pardonner six années d’irrespect, de honte et d’apitoiement. Vous portez encore le nom Nagamasa et vous le salissez un peu plus chaque jour.

Après un court moment d’effort, mon père descendit de son tabouret, me faisant face de toute sa hauteur, la colère dans ses yeux.

— Je fais honte au clan c’est ça ? C’est ridicule, le clan n’existe plus et son honneur a toujours été un mensonge. Tu crois vraiment qu’on a prit le contrôle de Tetsu avec respect et bienveillance ? Tu crois vraiment que travailler pour Iwa présente un intérêt pour le clan ? Tu te berces d’illusion depuis toujours, à suivre les paroles de mon frère comme s’il était un prophète. Si tu savais la moitié des choses qu’il a faites au nom du clan, tu comprendrais que les enseignements du Bushido sont bidons et basé sur du vent. L’honneur n’existe pas chez les Samouraï, seulement un code malléable leur servant de justification pour toutes les atrocités qu’ils commettent. Le Bushido sert à justifier les plus forts et à asservir les plus faibles. C’est l’orgueil des naïfs comme toi qui nourrit cette illusion. Vous voulez vous convaincre que vous faites le bien, mais aucun d’entre vous n’est prêt à déposer ses armes lorsque le destin n’est pas en votre faveur.

J’écoutai avec attention les paroles de père. Cela faisait des années que je ne l’avais pas entendu parler avec autant de clarté. Ce n’était pas l’alcool qui dictait ses mots et son discours faisait enfin sens. Je n’étais cependant pas dupe, il essayait de me déstabiliser. Pour être honnête, je n’aurais jamais pu endurer cela un an plus tôt, mais il n’avait aucune idée de la personne que j’étais devenue.

— Ce n’est pas la première fois que ces arguments traversent mon esprit. Je sais bien que le Bushido sert plus souvent d’excuse que de guide et que notre clan n’est pas aussi honorable que nous essayons de faire croire, mais votre discours n’en est pas moins pitoyable. Vous critiquez sans retenue, à laisser penser que votre solution est d’arrêter de combattre, mais ce n’est pas ce que vous avez fait. Vous pouvez essayer de vous en convaincre autant que vous le souhaitez, mais ce n’est pas parce que vous n’avez ôté la vie de personne durant ces dernières années que votre comportement est respectable. Vous avez subi un échec et votre orgueil exacerbé n’a jamais su s’en remettre. Aujourd’hui vous remettez en cause toute notre philosophie pour justifier vos actes. Mais vous n’avez toujours pas compris que ce n’est pas dans les mots, mais dans les actes que nous sommes jugés. Vous pouvez tourner cela de la manière que vous voulez, votre vie consiste désormais à vider des bouteilles en insultant celle qui vous les apporte. Vous n’avez rendu service à personne en six ans, vous n’avez pas récolté le moindre salaire, vous profitez juste du travail d’autrui en continuant de vous plaindre. J’ai longtemps pensé que ce n’était pas mon rôle d’intervenir, qu’une fille devait toujours obéir à son père, mais aujourd’hui je réalise que personne d’autre que moi n’est capable d’agir. Et il est grand temps d’agir.

Le laissant cogiter sur mes mots, je décrochai Gi, mon wakizashi, de ma ceinture et le déposai avec son fourreau sur le bar devant mon père.

— Maintenant le choix vous revient. Vous pouvez présenter vos excuses à mère, arrêter avec votre addiction et vous remettre à travailler ou vous pouvez abandonner votre nom et continuer de nuire à tout ce qui vous touche en dehors du domaine Nagamasa. Si ces deux possibilités semblent impossibles pour vous, c’est que vous savez que votre discours n’est que du vent et que vous n’arrivez juste pas à vous en sortir. Heureusement pour vous, il vous reste une troisième option, en finir avec dignité.

Je savais que proposer à mon propre père d’ôter sa vie était un grand pas duquel je ne pouvais pas revenir, mais je ne m’étais jamais sentie aussi lucide qu’en ce moment. J’avais obtenu l’attention que j’attendais de sa part depuis des années. Son regard était enfin celui d’un véritable être humain. Toujours épris par la colère, ses yeux étaient cependant tournés vers moi. Il me regardait vraiment pour la première fois depuis des années. Il comprenait peu à peu que tout cela n’était pas simplement qu’un coup de gueule de ma part et que je n’allais pas laisser tomber. C’était nécessaire pour lui de se sentir acculé, il ne pouvait guérir tant qu’il avait possibilité d’éviter de lutter.

A ma grande surprise, il ramassa alors en silence Gi et dégaina l’arme. La faisant tourner à travers ses doigts, il l’observait, probablement avec nostalgie. Gi faisait partie avec Meiyō du Daishō que son père m’avait légué. Même s’il s’agissait de l’option la plus efficace que je lui avais proposée, je savais qu’il n’allait pas choisir la troisième. J’avais déposé mon sabre pour ajouter du poids à mon ultimatum, mais je n’avais aucune envie de le voir se vider de son sang dans un bar pouilleux. Il n’embrassait pas suffisamment la philosophie du clan pour se résoudre à une telle solution. Je ne réalisai cependant à quel point j’avais raison qu’au moment où il referma sa prise sur mon sabre pour m’attaquer avec. Choquée par cet acte soudain et inattendu, je n’eus pas le réflexe de dévier la lame ou d’esquiver le coup. Ma seule réaction fut de placer mon bras gauche en parade, laissant ainsi le métal trancher ma chair sur plusieurs centimètres tout le long de mon membre.

— N’offre pas une arme à quelqu’un que tu menaces petite conne. Tu croyais vraiment que j’allais t'obéir alors que…

Mon père s’interrompit aussitôt qu’il ressentit mon katana plonger à travers son torse. Je reculai alors immédiatement de quelques pas, laissant mon arme dans son corps. J’avais réagi à son attaque sans considération, sans penser à la moindre retenue. J’aurais pu le désarmer ou le neutraliser sans effusion de sang dans d’autres circonstances, mais il me fut impossible de contrôler mes émotions. Je ne pus alors que repenser à l’incident de ma première mission tandis que je m’écroulais au sol, incapable de réagir à la vue de mon père se vidant de son sang face à moi.

Au bout de longues secondes, les rares clients qui n’étaient pas partis en précipitation commencèrent à s’agiter autour de nous. Certains perdaient du temps à évaluer l’état de mon père, dont la vie s’était déjà éteinte, tandis que les autres s’agglutinaient autour de moi, inquiets par mon état psychologique et la large plaie de mon bras. La brasserie accueillit alors rapidement une poignée de shinobis, probablement attirés par l’agitation, venus résoudre la situation.

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