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L'étole du crépuscule — ft. équipe 4

Aditya
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Dim 25 Aoû 2019 - 12:10
L’étole du crépuscule

ft. Date Junko


Été 203, Temple Seidou, village de Kiri.

Suite directe de ce RP.

Le torse d’Aditya se soulevait au rythme de ses respirations apaisées, trahissant l’accalmie qui se diffusait en son cœur tandis que des reflets écarlates teintaient le ciel de leur majestuosité. Ses brins d’or s’échouaient dans son dos, glissant sur les contours de ses bras émanant d’une lumière bleutée aux allures fantomatique. Elle s’étendait jusqu’au bout de ses doigts où trônait le poignet de Junko, demeurée endormie à ses côtés depuis que l’astre solaire avait entamé son décadent déclin. Son pouce caressait les reliures de ses veines apparentes, allant et venant avec douceur sur sa peau de verre. Son chakra s’extirpait de son corps jusqu’à sa consœur, se faisant sien afin de lui rendre ses forces épuisées lors de leur entraînement de plus tôt. Et bien qu’il donnât l’impression d’être plongé en pleine méditation, les genoux ainsi repliés et le tissu de son sari laissé lâche sur son torse, le jeune homme la couvait d’un regard protecteur et bienveillant.

Les moines arpentant les couloirs du temple s'étaient résignés depuis bien longtemps à leur accorder œillades et remarques indiscrètes, connaissant le caractère de leur confrère. Au lieu de cela, leurs pas s'étaient faits discrets et respectueux, demandant parfois s'ils nécessitaient de quoi que ce soit ; l'état de Junko n'était pas demeuré inconnu à leurs yeux bienveillants, et pourtant, Aditya les remercia dans un souffle à chaque occasion. Il savait qu'au delà de leur charité, chacun d'entre eux répondait à des obligations monastiques qu'il ne partageait pas, d'autant plus à lorsque l'étole du crépuscule se déclinait sur les pierres du temple. Il n'aurait pu abuser ainsi de leur sollicitude, d'autant plus que la gladiatrice aurait très certainement préféré le silence du jardin intérieur à leur compagnie, aussi agréable aurait-elle pu se montrer.

Alors l'ascèse demeurait ainsi, au bord de l'étang qui berçait les racines du saule pleureur trônant au cœur de cette timide esplanade. Ses branches tombantes ondulaient au grès du vent, caressant parfois les fleurs de lotus et nénuphars qui en parsemaient les berges. Ces plantes étaient demeurées sauvages, avant son arrivée, et l'étaient encore aujourd'hui ; pourtant, Aditya ne cesserait jamais de se lasser de leur beauté. Elles s'extirpaient au-delà de leur condition boueuse et sinueuse pour s'élever vers le ciel et offrait leur magnificence à qui osait les regarder, mais toujours avec cette pudeur et cette pureté qui faisait leur réputation de faune sacrée.

Et pourtant, son regard s'arracha à leur contemplation pour se loger sur leur égale, nichée au creux de quelques couffins. Son visage recevait parfois la caresse intermittente du lin dans lequel étaient tissés l'étoffe des rideaux, parant les portes de la salle principale de leur couleur chaleureuse. Il vit ses cils écarlates se mouvoir avec légèreté, comme cherchant à l'extirper d'un rêve pour la ramener à la réalité. Son don de chakra devait lui avoir prodigué assez de force jusqu'ici pour que son songe s'efface de son esprit et que ses muscles se soient absouts aux courbatures qui les taraudaient. Quant à la plaie qui avaient tranché son bras, elle demeurait invisible ; aucune trace ne fendait sa peau, quand bien même le lainage de ses vêtements présente quelques coupures tâchées de sang. Aditya adressa un sourire à la jeune femme, ses iris la dardant du même regard tendre au travers de ses mèches dorées.

« Tu te sens mieux ? », glissa-t-il à l'encontre de l'éveillée.





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Date Junko
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Dim 25 Aoû 2019 - 14:53

Une brise légère, comme une caresse. Junko se réveilla doucement. Ses paupières étaient lourdes, et elle dut les faire papillonner quelques fois avant de pouvoir rouvrir les yeux complètement. Elle vit d'abord le ciel. Un ciel rougeoyant, paré de ses teintes tardives. Toute une palette de couleurs mourantes, courant le long de l'horizon jusqu'à s'y perdre. Elle sentit ensuite les étoffes et comprit, en bougeant légèrement la tête, qu'elle en était enveloppée. Où était-elle ? Comment s'était-elle retrouvée dans cet écrin de lin ? Son dernier souvenir était celui de son entraînement avec Aditya. Elle avait réussi à ériger un mur correct, puis plus rien. Elle poussa un léger grognement, à peine plus fort d'un souffle, en réalisant ce qui lui était arrivé. Elle s'était laissée aller un peu trop à l'exercice, sans tenir compte de ses limites ...

Elle essaya de se redresser, mais, face à la protestation de ses muscles et à l'attrait de sa couche, elle resta allongée. Ce n'est qu'alors qu'elle remarqua Aditya, à son chevet. Sans doute la dernière personne qu'elle aurait souhaité avoir comme témoin de sa faiblesse ... Elle comprit vite que c'était lui qui l'avait transportée jusqu'à son couffin, et cette pensée lui arracha un frisson. D'un coup d'oeil vers son épaule, auparavant meurtrie, elle vit qu'elle avait été complètement soignée. Etait-ce un autre soin qu'elle devait à son sensei ? Elle pinça les lèvres. Elle était vraiment bête ... Il avait fallu qu'elle se laisse aller à son élan, jusqu'à en perdre toute prudence. Et face à lui, en plus.

Elle se fit violence et se redressa. Ses muscles essayèrent bien de l'en dissuader, mais elle les ignora. Un peu de douleur, c'était bien tout ce qu'elle méritait pour avoir été imprudente. Si Aditya lui lança un regard doux, elle lui répondit par le plus farouche qu'elle puisse composer. Elle n'était pas heureuse d'avoir été à sa merci pendant son sommeil. Pas heureuse du tout d'avoir paru si faible.

"Je me sentirais sans doute mieux si je ne m'étais pas évanouie, non ?"

Puis elle jeta un regard alentour, à la fois pour ne pas avoir à regarder en direction d'Aditya, et pour se localiser dans l'espace. Elle était toujours dans l'enceinte du temple. Quelques moines traînaient encore leurs savates. Le soir pointait le bout de son horizon. Le calme régnait dans cet endroit. A côté d'eux, l'étang laissait la surface miroitante de son eau, reflétant toute une myriade de couleurs envoutantes à cette heure tardive, s'épandre sans se troubler aucunement. Et, les surplombant, le vieux saule pleureur échouait ses plus longs branchages jusqu'aux berges du point d'eau, enveloppant les lieux de son arche biscornue. Il y avait une certaine beauté dans ce tableau, à laquelle Junko n'était pas insensible. Sa contemplation la calma, un peu. Elle lui fit oublier un moment ses propres tourments.

L'âme un peu apaisée, Junko reporta son regard vers Aditya. Autant voir le bon côté des choses: elle avait ajouté un nouveau jutsu particulièrement efficace à son panel de techniques. Et, elle devait l'admettre, l'enseignement de son sensei n'était pas étranger à son succès. Peut être s'avèrerait-il utile, finalement ... Intéressant même, allez savoir.

"Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Même si on n'est que deux, on est une équipe. On ne va pas passer notre temps à s'entraîner comme ça. Un bon sensei aurait déjà prévu quelque chose pour la suite, sans doute."

Elle ficha son regard d'or dans celui d'Aditya. Inconsciemment, son contact avec son sensei s'était fait plus facile avec le temps, avec leurs confrontations. Chacun semblait avoir exploré les failles de l'autre, et sans doute était-ce là la condition nécessaire à un vrai rapprochement.

"Alors, sensei ?"


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Jeu 26 Sep 2019 - 17:10
Son regard se teinta d’une once de tendresse, dissimulée sous l’ombre de ses cil tandis que Junko revenait à elle, attirée par le doux contact d’un nid improvisé. Il vit ses prunelles s’échouer sur sa silhouette, trahissant stupeur et gêne, entremêlée en cette expression si singulière qui trônait sur son visage dès lors qu’elle abaissait l’une de ses barrières – une confession loin d’être intentionnelle, présentement, si l’on en jugeait l’empressement avec lequel elle s’était redressée. Son poignet s’échappa de l’étreinte de ses doigts sans qu’il ne puisse y remédier ; il laissa sa peau en réchapper, alors qu’il percevait ce même air farouche aux creux de ces ambres dansantes. Aditya retint un soupir. Cela ne servait à rien de tenter de la dissuader d’ériger de nouvelles frontières entre elle et lui, sa fierté s’en était chargée dès lors que ses yeux s’étaient ouverts sur les ondes rougeoyantes d’un soleil mourant. Sa paume revint frôler les lattes de bois silencieusement, rompant par le même temps le mudrā retenu par sa consœur, quand bien même une aura rémanente demeurerait sur le corps de la jeune femme avant de s’évanouir, dépourvue de l’afflux que lui conférait son chakra.

Ses prunelles vinrent s’entrecroiser avec celles de sa vis-à-vis dont l’ombre se mêlait à celle des étoffes fuyantes. Pourtant, alors qu’elle le surplombait de sa hauteur et que ses yeux abreuvaient la prétention tenue par sa voix, les traits d’Aditya demeuraient posés, désormais habitué à de telles réactions. Au travers de quelques mèches d’or, un regard bienveillant s’échouait sur son visage. D’un geste du menton, il guida son attention sur le nid qu’elle avait quitté quelques instants plus tôt.

« Peut-être pourrais-tu commencer par te rasseoir ? », glissa-t-il sur un ton évocateur tandis qu’il l’observait du coin de l’œil. Il avait remarqué son envie de s’y nicher, avant qu’une panique insipide ne s’empare d’elle et ne la fasse quitter ces couffins accueillants ; pourquoi devrait-elle s’en priver ?

Ses prunelles d’azur se mêlèrent à l’étendue d’eau s’échouant à ses pieds, remontant le long de ces révérences sylvestres. Ses yeux se fermèrent, laissant ses poumons s’emplir d’un air nouveau, teinté par la fraicheur d’une nuit désireuse d’étendre ses couleurs alors que son esprit s’encrait au cœur des paroles de Junko, appuyant leur attrait sur leur équipe, constituée de seulement deux êtres. Un frêle sourire s’échoua sur ses lèvres, aussi passager qu’une ombre fantomatique.

« Je pensais débuter une mission à tes côtés, d’ici quelques temps, bien que j’ai reçu de nouvelles affectations récemment. Il se peut que de nouveaux genins nous rejoignent au sein de l’équipe ; les lettres me sont parvenues avant ta visite, d’où ma surprise. ».

Aditya laissa ses mots s’imprégner du silence, jaugeant la réaction de l’écarlate, quand bien même il ne pouvait pas distinguer son visage. Dès lors que ces quelques instants furent écoulés, le timbre de sa voix vint de nouveau se joindre au capriccio qu’instiguait la nature.

« Néanmoins rien n'est vraiment certain ; ce n'est qu'un préavis m'informant que je serai réquisitionné prochainement. Que nous restions une équipe de deux ou qu'un troisième nous rejoigne – peut-être même un quatrième –, les chances demeurent les mêmes. », murmura-t-il doucement, ignorant du même temps ses railleries espiègles. « Quant au but de notre mission, je te laisse le choix. J’ai cru comprendre que tu t’étais déjà chargée d’espionnage, tant dans les bas-quartiers de Kiri qu’au cœur d’Asosan. Peut-être voudrais-tu changer d'assignation ? »

Sa paume s’extirpa des draps de lin que formaient son sari au même rythme qu’une œillade azurée se frayait un chemin jusqu’à la jeune femme. S’il n’était pas si étonnant pour lui qu’il garde un œil sur ses agissements et sur les missions qu’elle remplissait pour le compte de la Brume en dehors du cadre de leur escouade en tant que mentor, d’autant plus maintenant qu’il était en poste au sein de la Kenpei, il pourrait en être autrement de son point de vue. Ses genoux ployèrent à nouveau, extirpant ses pieds des caresses limpides dans lesquelles ils baignaient depuis lors tandis qu’il se redressait. Ses cheveux dorés trouvèrent la courbe de son visage alors qu’il avisait les traits de Junko d’un air interrogateur.

« As-tu faim ? Soif ? »

Sa voix s’était teintée d’un ton plus posé, trahissant l’aisance avec laquelle il agissait auprès d’elle, en parfaite opposition à ses craintes dont il ignorait encore tous les maux. Des gouttes aventureuses roulèrent sur sa peau, rémanences du lac qui l’avait accueillie lorsqu’il se détourna avec légèreté en direction de l’intérieur du temple, comme retenu au bout des lèvres de l’écarlate ; il n'attendait que ses réponses.



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Date Junko
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Ven 11 Oct 2019 - 17:02

Junko se rassit, ne pouvant résister plus longtemps à l'attrait de la couchette. Ses membres accueillirent cette bonne résolution avec un soulagement qui se propagea dans tout son corps, la faisant frémir. Elle avait trop forcé, lors de leur entraînement, et voilà qu'elle en rajoutait une couche en n'écoutant pas les protestations de ses muscles. Elle n'était pas raisonnable, en présence de cet homme. Son orgueil lui dictait de lui prouver à quel point elle était forte, sans qu'elle s'en rende vraiment compte. Si elle avait fait un brin d'introspection, peut être en serait-elle arrivée à certaines conclusions. Mais Junko n'était pas femme à méditer. Ou plutôt, elle ne méditait pas quand elle connaissait déjà les causes et les conséquences de ses maux.

Elle écouta Aditya en silence, sans le couper pour glisser une nouvelle raillerie ou autre pique assassine à son égard. Et c'est avec le même mutisme qu'elle accueillit la nouvelle de la possible arrivée d'une, voire de plusieurs nouvelles recrues au sein de l'équipe. Elle ne dit rien, mais elle n'en ressentit pas moins un léger pincement au coeur. Elle aimait que l'attention soit portée sur elle, elle ne pouvait pas le nier. Et, quoi qu'elle en dise, elle éprouvait une certaine satisfaction à avoir un contact personnel avec Aditya, si teinté de hargne sympathique soit-il. Qu'adviendrait-il de ce lien s'il devait se trouver un autre élève qu'il traiterait avec la même attention qu'elle ?

Sans qu'elle la reconnaisse, une certaine jalousie s'était insinuée dans l'esprit de Junko, et la mettait de mauvaise humeur. Elle n'aimait pas les mauvaises perspectives, les changements qui n'apportaient que des bouleversements dans lesquels elle ne trouvait pas son compte. Elle se satisfaisait assez bien de sa situation. Elle ne demandait rien de plus que de pouvoir martyriser un peu Aditya de temps en temps. Et elle devait avouer attendre toujours avec une certaine forme d'impatience leurs entrevues qui, si elles étaient généralement brèves et espacées dans le temps, étaient cependant précieuses à ses yeux. Elle aurait préféré s'égorger que l'admettre, bien évidemment.

"Très bien. Donc pour l'instant on ne sait pas si on va devoir accueillir d'autres personnes dans l'équipe ? C'est pratique, tiens."

Son ton se voulait neutre, mais il était foncièrement désagréable, et teinté de venin.

"J'en ai assez de l'espionnage. Ce n'est pas pour moi. Je connais les faux-semblants et les masques, mais j'en ai eu ma soupe dans les bordels de Kiri, merci bien. Je préfère l'action. J'aime les combats. Et mes capacités sont plus utiles dans ce genre de situation que pour s'infiltrer dans je ne sais quel organisme."

A vrai dire, elle n'avait pas réfléchi au genre de mission qui lui plaisait le plus, ni même à une affectation particulière si jamais elle devait en recevoir une, qui lui conviendrait particulièrement. Mais tout ce qu'elle avait dit était vrai. Forgée dans le combat, elle y avait pris goût. Et ces derniers temps, elle se trouvait un goût encore plus prononcé pour les arts de la guerre, quoique avec une dimension sensiblement différente de ce qu'elle avait connu jusque-là. Comme quelque chose de moins rationnel, de moins humain ... De plus animal, à vrai dire.

Elle avait soif. Et faim. Elle ne savait pas depuis combien de temps elle n'avait pas mangé, mais sa consommation excessive de chakra avait vidé toutes ses batteries, y compris celles de son estomac.

"Les deux. Mais je doute que la nourriture des moines soit du genre à me satisfaire ..."

A n'en pas douter, si Aditya s'avisait de lui ramener un bol de riz bouilli et un misérable quignon de pain, elle se ferait une joie de lui catapulter ce semblant de repas directement entre les deux yeux ...


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Aditya
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Ven 11 Oct 2019 - 22:03
D’une oreille attentive, Aditya porta un intérêt tout particulier aux paroles de la jeune femme tandis qu’il s’afférait à retrousser la seule manche de son sari, à hauteur de coude. Entre deux éclats de voix, son regard vint se glisser sur ses traits, comme pour lui intimer qu’il l’écoutait bel et bien malgré une apparence quelque peu trompeuse. Un fin sourire prit place sur ses lèvres lorsqu’elle adressa une réplique aux « futurs » membres de leur équipe, et à lui, par extension ; était-ce une pointe de sarcasme qu’il décelait au cœur de sa voix ? Pour autant, il ne dit rien, à défaut de céder à cette languissante envie de lui glisser quelques mots taquins qui s'était frayé un chemin dans son esprit.

Alors que le discours de sa vis-à-vis rejoignait ses questions au sujet de ses missions récentes, ses doigts vinrent entourer un fin ruban de tissu demeurant dans le pli de son vêtement ; et avec douceur, il le déroula sur sa longueur en s'assurant qu'aucun nœud ne vienne entraver sa tenue. Sa paume vint suivre la courbe de cette cordelette de fortune, se glissant le long de la peau de son bras jusqu’aux courbes de son poignet – et bien que se faisant, le tissu entourant son torse avait pu se relâcher et en laisser entrevoir une fine partie, il se doutait que la rougeoyante ait pu voir quoi que ce soit d’où elle se trouvait ; et si tel était le cas, peu importait. Aditya n’était pas tant pudique : un corps restait un corps, qu’il soit le sien ou celui d’un autre et ne trouvait d’intérêt que dans l’œil de celui qui le regardait.

Sa main vint s'adjoindre à sa consœur pour nouer une première attache au-dessus de son épaule afin de s'assurer que la manche ne retomberait pas lâchement si d'aventure il lui faudrait préparer quelques mets pour sa comparse... qui semblait visiblement avide de changement. De ce qu'il comprit, se voir mandatée de nombreuses fois pour espionner les faits et gestes de membres du village, honoraires ou non, commençait à peser sur ses nerfs. Il connaissait son amour pour le combat ; comment aurait-il pu oublier l'expression qui avait trôné sur son visage lors de leur premier entrainement, bien que court ? Ce profond sentiment d'euphorie, tandis qu'elle s'efforçait de jouer des meilleurs atouts que des années passées sous le joug d'une arène avait pu lui enseigner ?

Mentalement, il nota ses demandes, sachant qu'il ne pourrait les oublier ainsi ; il tâcherait de choisir une mission répondant à ses envies pour leur première escapade en tant qu'équipe. Qui sait, peut-être que cela serait en mesure d'apaiser le ressentiment qu'elle semblait éprouver à son égard... bien que ces derniers temps il se soit montré plus éphémère, si ce n'est absent lors d'une poignée d'échanges.

« Très bien. », répondit-il simplement.

Ses mains n'avaient cessé de s'affairer autour de son épaule couverte, passant le ruban sous son ombre, puis à nouveau au-dessus ; et tandis qu'il s'apprêtait à nouer un second nœud, la réplique de Junko lui arracha un coup d’œil en sa direction, teintée d'un rire discret, mais sincère ; sûrement le premier en sa compagnie.

« Tu pourrais être surprise. », répondit-il sur un ton espiègle.

Sans attendre, ses doigts terminèrent leur ouvrage, le lien entrelaçant sa manche trouvant fin au sommet de son épaule.

« Je ne serai pas long. »

Dans un dernier coup d’œil adressé à Junko, la silhouette du blond disparu au travers des rideaux de lins, rejoignant les statues de bronze anonymes peuplant l’intérieur du temple. Il ne restait désormais plus qu’elle, et la compagnie lancinante d'une nature en déclin.


[...]


L'ascèse avisa d'un air douteux le panier d'osier vide qu'il tenait entre ses doigts, où se trouvait à l'accoutumée viandes et poissons – une denrée des plus rares pour des moines bouddhistes dont l’alimentation reposait le plus souvent sur des légumes frais. Dans un soupir, il reposa l’objet au creux de son logis de bois avant que la voix posée de l’un des bonzes à ses côtés ne l’interpelle.

« Tu ne trouveras rien, les réserves de poisson et de viande ont été écoulée à l’arrivée de l’Asalha Puja. »

Aditya releva un regard vers lui tandis que son échine se redressait avec lenteur. Evidemment. La fin de l’été approchait, au même titre que l’une de leurs festivités les plus principielles marquant le retour de certains moines en exil, trois mois durant ; et comme toute période festive, toute nourriture animale leur serait proscrite. Pourtant, si s’acclimater à ces us et coutumes ne le gênait en rien, il tenait tout de même à offrir à Junko de quoi reprendre les forces perdues lors de leur entraînement.

« Qu’en est-il des œufs ? »

Devant le geste du menton de son vis-à-vis, il devina que quelques-uns subsistaient encore en ces murs. Ses pas le guidèrent jusqu’à eux, ses doigts venant lâchement lier ses brins d’or dans le creux de ses épaules au rythme de leurs mouvements.


[...]


Ce furent ces mêmes pas qui trahirent son retour auprès de l’écarlate quelques minutes plus tard, un plateau trônant au cœur de ses paumes duquel s’échappait une fumée dansante. Ses prunelles éthérées s'échouèrent sur la silhouette de Junko qu'il devinait toujours nichée dans ces couffins alors qu'il la rejoignait à nouveau. Le tintement d'une théière vint l'accompagner alors qu'il s'asseyait à ses côtés, glissant la planche de bois entre leurs deux corps ; si l'on pouvait aisément y deviner deux verres entourés d'un osier vert afin que nul ne se brûle du fait de leur contenu, seul l'un d'entre eux détenait une eau claire et froide entre ses murs, l'autre demeurant vide. A leurs côtés trônaient deux bols tournés vers la demoiselle, l'un révélant les légumes qu'il contenait – certains semblant crus, d’autres, cuits – tandis que le contenu du second fut voilé par la paume de l’ascèse lorsqu’il s’en empara. Ses doigts vinrent recouvrir les baguettes disposées à leur sommet, crevant la rondeur ensoleillée d’un œuf au sommet d’un bol de riz et de champignons afin d'en mélanger le tout. Le riz tant attendu par Junko était bel et bien là, mais, accompagné.


Finalement, il tendit le récipient à la jeune femme, patientant jusqu'à ce qu'elle ne s'en empare. L'une de ses jambes vint retrouver le confort de l'eau fraîche bordant l'étang tandis que la nuit étendait plus encore son manteau obscur ; bientôt, la blancheur de l'astre lunaire surplomberait les rougeurs de son compagnon.

« J'espère que cela saura te rassasier, le temple ne dispose plus de poissons ou de viande étant donné le retour prochain de certains bonzes en exil. »

Quelques mèches indisciplinées s'échappèrent de leur attache détendue lorsque son regard se plongea dans l'écume du feuillage du saule pleureur, laissant tout le loisir à l'écarlate de se repaître de ses plats si tant était qu'ils furent à son goût.

Un silence reposant s'installa entre eux, seulement ponctué par les respirations profondes d'Aditya ; l'air dominant l'aube de la nuit était l'un de ses plaisirs favoris, que la seule nature pouvait lui accorder.

Sa paume vint délicatement entourer l'arche de la théière, versant quelque peu de l'eau bouillante qu'elle contenait dans le verre demeuré vide ; il s'agissait sans nul doute du sien, ayant préféré prodigué à la jeune femme de quoi apaiser sa soif dans un premier temps, et non pas de quoi lui brûler la langue, bien qu'il ne rechignerait pas à la servir dès lors que son verre ne se trouve vide à son tour.

« Il y a-t-il des choses que tu souhaiterais me demander, Junko ? »

Son regard s'attarda sur les prunelles ambrées de sa vis-à-vis, appuyant le poids de chacune de ses paroles. Puis il finit par s'en défaire, revenant se loger sur les courbes tombantes des branches révérencielles.

« Après ce qu'il s'est passé cet après-midi, j'ai pris conscience que nos discussions s'échauffaient bien trop souvent à cause d'incompréhensions de la part de l'un ou de l'autre. J'ai conscience de ne pas être des plus bavards, d'ordinaire. Alors si tu souhaites savoir quoi que ce soit à mon sujet, ne t'en prives pas. »

Une brise fine vint soulever quelques brins d'or, de ceux échoués aux contours de son visage à ceux dansant dans le creux de ses reins tandis que ses iris redevinrent se loger dans les siens. Il demeurait à l'écoute de sa réponse, cerné par un silence des plus sereins.



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Sam 12 Oct 2019 - 13:56

Aditya était parti, laissant là son élève, seule. Lovée dans son couffin, doux, moelleux, Junko avait du mal à résister à la tentation du sommeil. Maintenant qu'il n'y avait plus personne pour lui parler et la tenir éveillée, elle sentait son esprit partir jusqu'aux frontières de la conscience, et ses yeux se fermer tout seuls. Elle lutta un instant, vainement, et se laissa finalement aller à cette faiblesse.

Elle ne sut pas si elle rêvait ou si la chose s'était réellement produite. Elle entendit la voix d'un moine -ça ne pouvait être que celle d'un moine- dont elle ne discerna la silhouette qu'à moitié à travers la mince fente de son regard. Etait-il si flou parce qu'il lui apparaissait en songe, ou parce que la fatigue embuait ses yeux ? Il lui parla, en tout cas. Des mots qu'elle entendit, mais dont elle ne devait pas se souvenir.

"Tu te mens. Ne te mens pas. Pour une fois, sois honnête envers toi-même ..."

Elle fut réveillée par l'arrivée d'Aditya. Il portait un plateau, avec sa promesse de repas disposée dessus. Junko était perplexe. Elle ne savait pas ce que c'était, ce qu'elle venait de vivre. Et, sans en avoir aucun souvenir, elle en gardait cependant l'empreinte d'une certaine tristesse, imprimée sur sa poitrine, et qu'elle ne pouvait s'expliquer. Elle s'efforça de chasser cette pensée de son esprit, sachant très bien que c'était en vain, et recentra son attention sur son sensei.

Junko jeta un regard au repas. Ce n'était pas exactement ce qu'elle aurait pu espérer de mieux. De l'eau claire pour l'hydrater. Elle était habituée au vin, ou au moins au thé. Aditya avait-il jugé qu'elle n'était pas digne de cette boisson, pour ne s'en servir qu'à lui ? Et un bol de riz, avec un oeuf. C'était tout. En d'autres circonstances, elle aurait refusé ce repas, bien trop simple et maigre pour correspondre à ce qu'elle estimait être ses normes d'alimentation. Mais, devant les grognements de protestation de son estomac, qui se réjouissait, lui, d'avance, de ce festin, elle ne put s'empêcher de se saisir du bol et de commencer à manger.

Elle ne dit rien de la vive satisfaction qu'elle éprouva en mangeant les premières bouchées de ce riz pur, devenant gluant, dégoulinant de cette parure dorée du jaune d'oeuf crevé. Elle n'en pensa pas moins. Ses papilles semblaient baigner dans un bain chaud, réconfortant, dont la saveur envahissait sa bouche entière. La fraîcheur de l'eau, aux premières gorgées, lui procura également un bien fou, à tel point qu'elle finit son verre d'un trait. Elle sentait déjà ses forces commencer à se reconstituer. Elle se servit du thé, sans attendre qu'Aditya prenne l'initiative de le faire. Puis elle fit une pause, s'efforçant de ne pas dévorer son repas, ce qui aurait pu trahir le plaisir qu'elle y prenait.

Elle haussa un sourcil devant la proposition d'Aditya. Des questions à lui poser ? Elle en avait bien quelques-unes, mais elle doutait qu'il veuille y répondre. Ou plutôt, elle doutait qu'il puisse lui apporter une réponse qui la satisferait. Le jeu en valait-il quand même la chandelle ? Quel risque y avait-il à faire une tentative, de toute façon ...

"C'est sûr que nous ne nous accordons pas exactement. Je ne considère pas que c'est de ma faute, si tu veux tout savoir. Si tu n'étais pas aussi froid, les choses seraient certainement différentes. Et puis, de toute façon, nous ne sommes pas sur un pied d'égalité."

Elle ne parlait pas de leur statut de maître et d'élève, qui n'avait pour elle pas la moindre signification. C'était simplement que lui connaissait son passé, et les plus évidentes de ses failles, quand elle ne savait rien de lui. Comment auraient-ils pu espérer construire une relation saine -puisque c'était bien ce qu'il semblait souhaiter- sur une base aussi branlante ?

"Je t'ai raconté mon histoire, mes faiblesses, et pourtant je ne sais toujours rien de toi. Ce n'est pas très juste, tu ne trouves pas ? Et certainement pas la meilleure chose pour construire un esprit d'équipe."

Elle prononça ces derniers mots avec un ton bien particulier, qu'Aditya ne manquerait pas de remarquer, elle en était certaine. Elle savait pertinemment que chacune de ses piques faisait mouche, même s'il ne le montrait pas. Elles étaient calculées pour faire mouche.

"Alors ?"


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Aditya
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Sam 12 Oct 2019 - 18:14

Son regard s’était attardé sur son visage au gré de ses paroles, ne semblant le quitter que pour accorder une attention volatile au verre qu’elle venait de siffler et à l’eau bouillante qui menaçait de l’emplir à nouveau. Ses lèvres se fendirent en un sourire teinté de douceur lorsqu’il vit la nourriture disparaître au rythme de ses bouchées affamées ; alors il détourna les yeux, la laissant repaître son estomac dans un semblant de solitude, sentant que le poids de ses iris pouvait se faire pressant.

Son expression ne changea pas pour autant, quand bien même elles couvrait ses répliques de reproches dissimulés ; son mutisme revêtait pour elle les traits d’une froideur, d’une réclusion à s’ouvrir aux autres. Pour Aditya, il en était tout autre. Il ne voyait tout simplement pas d’intérêt à s’étendre en paroles stériles, et préférait en faire usage lorsqu’il se méritait. Ses sourcils se froncèrent lorsque la suite du discours de la rougeoyante parvint à ses oreilles, relatant qu’elle ne se considérait pas comme son égale, ce qui avait pourtant toujours été une évidence aux yeux de l’ascèse. D’une œillade, il lui témoigna son intérêt pour ses dires, qui ne cessaient de se poursuivre jusqu’à cette question finale qui semblait l’avoir taraudé depuis quelques temps ; quelle était son histoire, ses craintes et faiblesses ? A cela, il y répondit avec un faible sourire.

« Je me doutais que tu me demanderais ça, pour être franc. Tu as toujours eu l’air de considérer que je prenais plaisir à exploiter tes faiblesses, bien que ça ne soit pas le cas. C’est tout naturel que tu cherches à exploiter les miennes. », glissa-t-il sur un ton posé, loin d’être porté par un quelconque reproche.

Une nouvelle fois, les poumons d’Aditya s’emplirent d’un air nouveau tandis que son regard éthéré se perdit dans les reflets irréels du monde qui l’entourait, sur la surface de cet étang. Les rayons du soleil ne s’étendaient plus dans le ciel qu’au travers de lueurs diffuses et écarlates, se mêlant aux éclats nébuleux d’une nuit impatiente. Dans un soupir, son visage fut assailli par l’ombre d’une mélancolie abstraite ; et bien que passagère, ses rémanences semblaient demeurer au creux de ses prunelles.

« Je ne suis pas né à Kiri. », débuta-t-il alors que l’une de ses paumes vint retracer les lattes boisées de la terrasse, seul appui pouvant lui permettre d’épargner à son dos l’effort de sa position. Par quoi d’autre pouvait-il commencer ? Comment pouvions-nous une vie, autrement que par son commencement ? « Pour être tout à fait honnête, je n’ai aucune idée du lieu où je suis venu au monde. Cependant, je sais que c’est la Forêt Millénaire d’Hayashi qui m’a vu grandir, elle et tous les mystères qui entourent le Pays du Bois – il est situé en plein cœur du continent, entre les grandes nations du Feu, de la Terre et de la Foudre. », ajouta-t-il, sachant que Junko n’avait aucune connaissance du monde extérieur jusqu’ici. « J’y ai passé le plus clair de mon enfance, jusqu’au printemps dernier où j’ai rejoint les côtes de Mizu. »

Ses doigts vinrent entourer les contours boisés de son verre duquel s’échappait une fumée dansante, évasive. Son bras reposa dans le creux de son abdomen, inconsciemment, l’objet tenu dans le vide ; la soif ne tiraillait pas encore ses papilles, bien qu’il s’apprêtât à parler bien plus longuement qu’à l’accoutumée.

« Lorsque je n’avais que quelques mois, un homme m’a amené aux portes d’un village dissimulé aux yeux des ninjas au cœur d'Hayashi – Ensō. C’était l’un des réfugiés d’une guerre civile ayant touché le Yukan, à l’époque ; c’est tout ce que je sais de lui. »

Ses paupières se plissèrent tandis qu’il porta son verre de thé jusqu’à ses lèvres, réchauffant son corps de quelques gorgées. Son regard demeurait fixé sur l’horizon, ne revenant pas une fois sur la rougeoyante.

« Il m’a confié à l’une des femmes qui y habitait. C’est elle qui m’a élevé et qui m’a appris ce que je sais sur ce monde, et bien que nous ne partagions aucun lien de sang, elle représente à mes yeux tout ce qui se rapproche le plus d’une mère. Je n’y ai manqué de rien, bien que nos revenus pussent être frugaux ; nous cultivions nos propres terres, et les hommes ne chassaient qu’à l’arrivée de l’hiver qui pouvait se montrer rude. Malgré tout, la Forêt Millénaire nous a toujours couvé de sa compassion. »

Sa voix se fit plus souple devant l'arrivée de certain de ses confrères portant au bout de leurs paumes des flammèches qui ne tardèrent pas à embraser les flambeaux extérieurs du temple, à quelques pas de leurs positions ; ce ne fut pas tant pas par pudeur qu'il abaissa le son de sa voix, mais plutôt par respect pour leur venue, rapidement éclipsées après s'être incommodés de leur devoir. A cet instant, Aditya reprit la parole à son tour, appréciant que quelques âmes viennent troubler son monologue : il n'avait jamais eu l'habitude de tant s'exprimer, et pourtant, aux côtés de Junko, cela lui semblait presque naturel, à l'image de son comportement auprès de la tigresse blanche.

« De ce qu'on m'en a raconté, cet homme est resté au sein du village pendant quelques mois avant de repartir en me laissant auprès d'elle. Ma mémoire me fait défaut, j'étais sûrement bien trop jeune pour me remémorer de quoi que ce soit quant à cette période ; pourtant, j'ai le sentiment qu'une autre femme était revenue aux côtés de ce fugitif, et qu'elle semblait me connaître. Je n'en ai que des brides de souvenirs ; pour tout te dire, seul le contact de sa paume réchauffée par la fièvre sur ma joue d'enfant me prouve qu'elle a bel et bien existé, j'ai tout oublié d'elle ; de la forme que pouvaient prendre les traits de son visage à la couleur de ses yeux ou de ses cheveux. »

Comme en échos à ses dires, quelques brins d'or soulevés par le vent nocturne vinrent fouler les contours de son visage, happant les reflets éphémères des torches venant d'être enflammées par les moines, comme si ces mèches désiraient ardemment retrouver la chaleur perdue du soleil couchant.

« Je me souviens aussi de son corps devenu froid alors que ma mère adoptive, Kannon, était restée auprès d'elle. Elle avait été emportée par la fièvre, de toute évidence. L'homme est reparti quelques jours après. Je n'ai jamais su qui ils étaient, peut-être s'agissait-ils de marchands ayant sauvé un nourrisson des crues de l'automne. Peut-être les avais-je attendris, ou avait été pris en pitié à l'époque. Peut-être ne sont-ils que des chimères que mon esprit a imaginées, et plus les années passent, plus cela me semble probable. Je n'étais qu'un enfant. », glissa-t-il, le ton empreint de mélancolie.

Son regard éthéré vint finalement se plonger dans les ambres dansantes de Junko, révélant sans le savoir les empreintes d'un air attristé pesant sur son visage. Pour autant, il ne semblait pas en être affecté, comme s'il racontait cela avec distance, ou plutôt, résignation. Aditya ressentait ce sentiment languissant qui s'éveillait dans sa poitrine à chaque fois qu'il évoquait son passé, chaque fois ; mais il avait beau batailler et se questionner sur son origine, elle lui demeurait floue et informe, comme si cette impression s'était ancrée en lui bien avant que ses plus anciens souvenirs ne prennent forme dans son esprit, peut-être même bien avant sa naissance, telles des réminiscences d'une désespoir appartenant à un peuple persécuté dont il n'avait pas même connaissance. Ce sentiment s'imposait à lui dans toute sa magnificence, et pourtant, aucune larme ne se réverbérait dans ses pupilles ni ne glissait sur les contours de ses joues. Cette tristesse restait auprès de lui, comme une vieille amie dont on ne se remémorait pas même la rencontre ; elle était familière, parfois même chaleureuse, rassurante.

Ses doigts fins vinrent reposer son verre sur le plateau de bois dans un tintement singulier, presque assoupi, comme s'il souhaitait ne jamais déranger l'harmonie de la nature par ses actions humaines ; une ironie singulière, pour celui qui en faisait son arme sur le champ de bataille.

« J’ai compris très tôt que j’étais destiné à mourir, et que mon existence n’était qu’éphémère. »

Son regard avait quitté celui de Junko, revenant se loger sur les branches révérencielles, semblant saluer dans toute leur somptuosité des monarques invisibles.

« J'étais un enfant différent de ceux qui peuplaient le village et qui avaient grandi à mes côtés. J'ai appris à marcher, parler et m'exprimer à leur image, à arpenter les sentiers de la forêt comme si mon âme en avait toujours fait partie. Tout comme eux, j'avais le sentiment de connaître chaque arbre sur lequel je posais le regard, et retrouvait toujours mon chemin parmi leurs dédales sylvestres. Mais à leur grande différence, les relations humaines demeuraient un mystère à mes yeux. Je ne comprenais pas pourquoi la joie éveillait dans leurs regards un éclat différent qu'à l'ordinaire, ou pourquoi les traits de leur visage pouvaient être si profondément tiraillés par la tristesse. Je ne comprenais pas la raison de telles émotions, ni pourquoi mes yeux n'écoulaient pas les mêmes larmes que les leurs lorsqu'ils se sentaient accablés par le désespoir. Alors j'ai voyagé très jeune, par-delà le monde pour tenter de les comprendre, des pics majestueux du Pays de la Terre jusqu'aux confins de Kaze, et pourtant... tout ce que j'ai pu y trouver n'était que du malheur. Les hommes et les femmes qui peuplent ce monde ne semblaient prêter aucune douceur à la vie qu'ils menaient, ou tout du moins, elle n'était que passagère à mes yeux. J'ai vu des hommes et des femmes se baigner dans les mêmes eaux qui avaient accueillies les cadavres de leurs pairs quelques jours plus tôt, avec des sourires et des rires chantants ; et pourtant, il me semblait qu'au lieu de célébrer la vie, ils n'espéraient que trouver la mort au bout de leur voyage. Plus le temps passait et plus il m'apparaissait que ce cadeau de vie qui était donné aux êtres humains était plus empoisonné qu'il n'en avait l'air. Ils n'étaient venus au monde que dans la pauvreté, ils semblaient souffrir, jour après jour, et malgré tout... malgré tout, leurs sourires insouciants restaient peints sur leur visage avec toute leur innocence. Et ce jour-là, lorsque j'ai compris ce qui animait réellement la nature humaine... j'ai ressenti une infinie tristesse, plus profonde qu'aucune autre. »

Son index vint se plonger dans le nœud de tissu qui avait tenu ses cheveux attachés jusqu'alors, bien que lâchement. Avec une lenteur maladive, le lien se détendit progressivement jusqu'à ce que l'attache ne s'échoue dans le creux de sa paume, sur toute sa longueur. Aditya laissa un soupir discret franchir ses lèvres, laissant quelques secondes de silence s'adjoindre à ses paroles qu pourrait, peut-être, lui permettre de calmer l'ardeur sourde qui avait habité le ton de sa voix. Lorsque l'écho de ses mots frappa de nouveau l'espace, il trahissait un calme résigné, teinté de nostalgie.

« J'ai eu pitié de ces êtres qui ne semblaient que rechercher un bonheur qui se muerait inévitablement en chagrin. J'ai été en colère contre cette vie que l'on m'avait donné, non pas parce que je savais qu'elle allait se terminer un jour, que mes os deviendraient bien trop faibles pour me porter ou que la maladie m'emporterait. J'étais en colère parce que je ne comprenais pas pourquoi j'étais né. Pourquoi cette vie en apparence si détestable pouvait exister dans notre monde ; car au fond, lorsque nous mourrons... tout ce que nous avons créé ou bâti n'aura plus aucun sens, que le poids de la mort était en soi une fatalité, et qu'elle priverait la vie de sa valeur. Que comme personne ne pouvait échapper à ce cycle de mort et de vie, leurs actions étaient vouées à demeurer vaines. C'est ce que je pensais à l'époque, en tout cas. »

Ses doigts vinrent s'enrouler finement autour de ce ruban de manière inconsciente, comme si l'esprit d'Aditya s'était absenté de ses pensées ; peut-être l'était-il, au cœur de ces réminiscences lointaines. Et tandis qu'un nouveau silence s'était imposé entre ses paroles, il sembla revenir à la réalité et porta une nouvelle fois son verre à ses lèvres, abreuvant sa gorge tarie par les mots.

« Lorsque je suis revenu à Hayashi et que j'ai partagé mes pensées avec ma mère, elle m'a fait prendre conscience que ce que l'on appelle le bonheur et le malheur étaient deux choses irrémédiables, et qu'elles portaient chacune la valeur de l'autre ; que c'est ce donne à cette vie ses caractères de noblesse. Elle est incertaine, constamment en mouvement et peut parfois sembler vaine... mais elle ne cesse jamais réellement de battre. Sa beauté réside principalement dans le fait qu'elle n'est qu'éphémère. Elle est l'occasion de beaucoup d'autres choses, de rencontres, de savoirs... et de perpétuer cela aux générations suivantes. Alors j'observe cette vie et ces hommes sans les rejoindre, je ne parle que lorsque cela s'avère nécessaire et console les âmes en peine que je trouve sur mon chemin, en espérant que leurs choix à venir ne les ramènent pas sur la même route qu'ils aient emprunté pour venir jusqu'à moi, quitte à ce que je ressente à nouveau le poids de cette exclusion. Il est bien plus facile de ne pas influer sur la courbe du destin de chacun si nos paroles ne se réverbèrent pas jusqu'à leurs oreilles, tu ne crois pas ? », glissa-t-il avec un sourire étrangement chaleureux. Son verre vint retrouver le plateau, désormais vide. « Pour être honnête avec toi, je pense encore porter cette peine que j'ai ressenti enfant dans mon cœur, aujourd'hui. Je ne sais pas même si elle s'effacera un jour ; mais je prie pour qu'elle ne le fasse pas. Elle me rappelle que je ne suis qu'un homme, mortel et ignorant dont l'existence dans ce monde n'a aucun poids, ou tout du moins, ne devrait pas en avoir. Qu'il y a en ce monde bien plus de choses que je ne saurais connaître que je crois être vraie. J'ai pris conscience qu'il était donné un choix à l'homme ; celui de dépérir ou de fleurir, et qu'il n'était pas de mon ressort d'interférer. Même si j'ai appris les arts de la médecine, je ne pense pas avoir fait défaut à mes principes. Je ne fais que soigner des corps, à l'image d'un homme tirant un autre de l'eau où il venait de plonger ; qu'il décide de se noyer ou de se glisser sur une berge ne me concerne pas. Tout ce que je fais, c'est leur donner un choix. »

Sa paume s'enferma sur la hanse de la théière, remplissant à nouveau leurs verres de ce liquide fumant et coloré ; dans la froideur de la nuit, il représentait peut-être une source de chaleur qui raviverait le corps de Junko.

« Encore aujourd'hui, je peine à comprendre pourquoi les âmes qui peuplent se monde rient, pleurent et aiment sans se questionner sur les raisons de leur existence, ou comment peuvent-ils se complaire dans leur ignorance. Mais je ne suis qu'un homme, ni plus... ni moins. Il n'est pas de mon ressort de juger les autres, je ne peux qu'observer et en tirer des conclusions sur moi-même. »

Tour à tour, ses mains s'afférèrent autour de la planche de bois, s'emparant du bol de nourriture qu'il devinait désormais vide et des baguettes qui y trônaient. L'espace d'un instant, sa silhouette disparu dans l'embrasure du temple avant qu'elle ne se montre à nouveau, à la différence près que le bol s'était échangé contre une couverture de laine qu'il tendit à la jeune femme avant de se rasseoir, ses jambes retrouvant le doux contact de l'eau.

« J’imagine que tu étais présente lorsque le Dieu de l’Eau est apparu sur les berges de Kiri et que tu as été témoin des dégâts qu’il a pu infligé au village, quand bien même nous ayons pu endiguer sa colère. »

Aditya passa sous silence le rôle qu’il y avait joué, tant aux côtés du Rokudaime Mizukage que face à Sanbi ; s’il était évident qu’elle était au courant de son titre de « Héros de Mizu » et de tout ce qu’il sous-entendait, il préférait ne pas s’y attarder, plus par pudeur de vanter ainsi ses propres mérites que par réel oubli. Pourtant, alors que l’on pouvait s’attendre à ce que son récit ne se poursuive, il n’en fut rien : bien au contraire, son silence reprit ses droits l’espace de plusieurs secondes. Son regard demeurait perdu dans l’étendue de l’eau, teinté par une émotion indéchiffrable avant que sa voix ne résonne à nouveau sur cette terrasse abandonnée.

« J’ai appris récemment qu’un second Dieu avait abattu sa fureur sur l’ancienne cité ancestrale d’Hayashi, Hikari. Le gouffre qui l’habitait bordait les frontières d’Ensō sur quelques dizaines de mètres en contrebas. »

Une nouvelle fois, Aditya s’enferma dans un mutisme sensible, bien que celui-ci fut plus court que le précédent. Ses iris se redressèrent sur les branches du saule pleureur.

« Il se peut qu’Ensō ait été touché par les retombées de ce cataclysme, et que les âmes qui y habitaient ne soient déjà plus de ce monde. »

Son verre de thé fut une nouvelle fois portée à ses lèvres avant qu'il ne poursuive.

« Je compte m'y rendre, une fois que certains de mes engagements auprès de Kiri se soient terminés. Si d'aventure tu voudrais te joindre à moi et à Reikan... sache que tu serais la bienvenue. Après tout, tu n'as encore jamais vu le monde au-delà des frontières de Mizu. »

Son regard vient se loger dans le sien comme s'il semblait appuyer sa demande de la sincérité qu'elle pouvait y lire... avant qu'un léger rire ne fonde ses lèvres sous son joug.

« Navré, j'ai bien trop parlé. Mais j'espère avoir répondu à ta question. Je n'ai de faiblesse que de celle commune à toute les hommes, l'incompréhension du monde... et peut-être un peu de fierté. Je tâcherai de faire plus court pour tes prochaines questions, s'il y en a. Cela ne me dérangerait pas d'y répondre, si cela peut te rassurer. »

Et ainsi, dans cette œillade espiègle, Aditya lui rendit cette parole qu'il avait trop longtemps monopolisé. Il espérait qu'il ne l'avait pas abreuvée de trop d'informations contraires, emporté comme il l'avait été dans le flot de ses souvenirs. Quant à sa proposition au sujet du Pays du Bois, l'ascèse lui laissait bien évidemment le choix... même s'il désirait l'avoir à ses côtés peut-être plus qu'il ne le montra à ce moment-là. Il glissa cependant une énième réplique, alors que ses yeux ne quittait pas son visage et lui adressait le même regard perçant qu'à l'ordinaire, bien qu'il portait en lui les réminiscences de cette tristesse qui s'y dissimulaient avant ses révélations ; elle se révélait avec toute son évidente aux yeux de Junko.

« Pour ce que cela vaut, sache que je t'ai toujours considérée comme mon égale. »



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Date Junko
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Sam 12 Oct 2019 - 20:30

Junko écouta sans parler. Simplement, machinalement, elle continuait à manger, à boire, recouvrant peu à peu ses forces alors qu'elle tendait l'oreille au récit tant attendu de son sensei. Mais ni le thé ni le riz n'avaient plus le goût si puissant de la première gorgée ou bouchée. Junko était ailleurs. Elle n'écoutait plus ses sens, qui lui auraient sinon procuré toute la satisfaction qu'elle demandait. Ses papilles avaient beau crier leur plaisir, elle les ignorait. Car l'histoire d'Aditya était bien plus importante que les simples et plats plaisirs de la cuisine.

Elle écoutait, donc. A mesure qu'Aditya parlait, la lumière baissait. La cour du temple se plongeait dans une semi-obscurité d'été, encore chaude et enveloppante, si triste. Junko détestait les soirs d'été. Ils étaient beaux, et tout y semblait possible. Mais ils n'étaient qu'éphémères. Et très vite, trop vite, ils devaient à nouveau céder la place au jour. Les premières étoiles perçaient le manteau de ciel, très clair. Elles étaient peu nombreuses, encore, à oser montrer le bout de leur frimousse, mais elles paraient la voûte comme un collier de diamants disséminés dans l'herbe noire de la nuit. Quelle belle histoire cela aurait fait: celle d'une princesse immobilisée, comme une statue, jusqu'à ce que l'on vienne reconstituer son précieux bijou perdu ...

Des moines erraient dans les couloirs, portant le faix de leurs torches à bout de bras. Ils éclairaient de quelques notes rougeâtres le jardin. Et à la lumière vacillante de ces flammèches, tout semblait plus triste. Oh, les fleurs, les feuillages, même l'eau pouvaient bien luire de cette aura rougeoyante ! Ils n'en étaient pas moins teintés de mortalité. D'éphémère. De vie, en somme.

Les premiers cris d'oiseaux nocturnes s'envolaient dans le vent. Une mélopée de tous les soirs. Accompagnant ce chant, d'autres suivirent. C'étaient les petits insectes qui se réveillaient, les lucioles, cigales, qui manifestaient leur existence. Agités par ce concert, quelques papillons battaient l'air de leurs trop grandes ailes, tachant l'atmosphère de leurs ombres vivaces. Et la lune se levait. Toute ronde, et d'argent, elle veillait humblement sur toute cette scène. Poursuivie, la luciole, se cache dans la lune.

Aditya finit de parler. Tout ce temps, Junko l'avait écouté, sans rien voir du tableau qui s'était dessiné sous ses yeux, sans même voir que la nuit était tombée. Elle était restée muette. Une larme muette avait roulé sur sa joue, laissant dans cette peau si parfaite un étrange sillon. Elle avait pleuré sans s'en rendre même compte, et sans un bruit. Elle resta immobile, ne dit rien. Bordée de tous ses coussins, elle s'était machinalement enveloppée de la couverture qu'Aditya lui avait tendue.

Elle était prise d'étrange sensations, qui l'assaillaient toutes à la fois. Elle était sûre d'être triste, de cette tristesse-là qui est peut être la pire, et qui nous fait ressentir pleinement que l'on est au monde. Cette seule pensée la fit redoubler de larmes. Elle ne pleurait pas, ou si peu, d'habitude. Et pourtant, la fêlure était bien là, qu'elle sentait. Comme une faille, élargie par le flot de paroles d'Aditya, et qui s'était creusée jusqu'au plus profond de son sein. Elle se recroquevilla un peu plus sur elle-même. Elle aurait voulu éclater en sanglot, mais ne le pouvait pas. Elle se contenta de laisser ses larmes rouler en silence.

Comme elle se sentait odieuse, monstrueuse, même. Souvent elle s'était prise à s'agacer, par son comportement, par la lenteur de son esprit. Jamais elle ne s'était autant fait honte à elle-même. Oh, elle comprenait bien pourquoi elle s'était réfugiée dans la haine ! Elle était un mur si facile, si pratique face à l'incompréhension. Et comme elle regrettait, à présent, de s'être forgé ce masque de dédain ... Cela elle l'avait compris grâce au récit d'Aditya. Elle avait vu clair en lui, l'espace d'un instant. Elle n'avait vu que l'honnêteté, la transparence, la pureté. Une âme naïve, candide, mais belle. Et elle, qu'était-elle ? Un simulacre, une tromperie savamment bâtie, mais fragile et bizarre. Qu'aimait-elle à voiler son être de hauteur ? Qu'y trouvait-elle de si attrayant ? Que ne pourrait-elle être plus heureuse en vivant, simplement ? Ou était-elle vraiment ce qu'elle prétendait être ? Et alors ... Etait-elle vraiment si détestable ?

Son regard s'était perdu dans le vide tandis que les dernières larmes coulaient de ses yeux d'or, pétillants de mélancolie. Elle ne voulait rien faire, rien dire. Elle voulait rester là, se laisser envelopper de chagrin jusqu'à s'endormir. Mais il était toujours là. Elle ne voulait pas qu'il parte. Elle lui saisit le bras, avec tendresse plus qu'avec agressivité, étrangement. Ce simple contact, loin de la réconforter, ne la rendit que plus triste, sans qu'elle puisse s'expliquer pourquoi.

"Je t'aurais accompagné à Hayashi même si tu ne me l'avais pas demandé."

Ce fut tout. Elle ne l'avait pas même regardé. Elle ne desserra pas son étreinte sur son bras. Elle se tut, simplement. Et alors seulement, elle se laissa envelopper dans ce tableau d'un soir d'été, beau comme un haïku.

"Le silence pousse

Inutile aux papillons

Il envahit tout"


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Aditya
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Dim 13 Oct 2019 - 1:14
Lorsque le regard d’Aditya s’était posé sur les traits de Junko, il s’était attendu à y trouver son éternel air taquin, peut-être une mine déconfite qu'elle aurait rapidement reléguée au second plan au profit d’un masque d’émotions contraires, comme il y avait si bien été habitué. Pourtant, il n’en fût rien. Ses lèvres auparavant peintes d’un sourire espiègle habitaient désormais le sillon d’une larme unique et discrète, si silencieuse qu’il n’avait pas même réalisé qu’elle s’était mise à sangloter à ses côtés ; et lentement, lentement, d’autres vinrent se mêler à sa danse solitaire, retraçant les angles veloutés de ses joues. Il la vit se plonger dans l’étreinte rassurante de cette couverture, son regard ambré n’osant pas même croiser le sien.

Son cœur se serra un instant, tant sous le poids du remord que sous celui d’un reproche adressé à lui-même. Quand bien même ses paroles avaient donné naissance à une telle tristesse, elles semblaient avoir fendu ce masque insipide qu’elle portait chaque jour en sa compagnie et lui avoir révélé la Junko qui s’y tapissait depuis lors, dans toute la splendeur de son chagrin ; et c’était là un spectacle des plus beaux, bien loin de toutes les chimères que son esprit aurait pu tracer les contours. Elle se tenait face à lui dépossédée de toutes ces barrières qu’elle avait érigé avec tant de ferveur, lui révélant les ombres tapis dans ses prunelles. Et malgré toutes les pensées qui auraient dû s’imposer à lui en de telles circonstances, toutes celles qu’il aurait du ignorer, une seule d’entre elles lui hurlait son existence, d’une voix si forte qu’il n’aurait pu l’assourdir par sa simple volonté.

A cet instant précis, Aditya ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle était infiniment belle. D’une beauté mourante et agonisante sous le joug de maux anonymes, une beauté sincère et vraie, loin de celle forgée pour plaire et séduire sous la chaleur du soleil d’Asosan, qui s’expiait de tout masques et faux-semblants. Les ondes diffuses et chaleureuses des flambeaux se réverbéraient sur sa peau trempée par les pleurs, et ravivaient les couleurs chatoyantes de ses mèches avec tant de ferveur qu’il lui semblât que seul ce soleil dont ils avaient été témoin de l’obsédant déclin n’aurait pu en égaler l’éclat. Les parures mordorées de son regard se dérobaient à sa vue sans qu’il ne puisse s’y plonger tout à fait, brouillées par ce fin manteau de larmes.

L’une de ses mains vint repousser le plateau de bois hors de leurs silhouettes avec lenteur, et il ne sut pas si ce geste avait pu provoquer quelque affolement en elle ou si la raison en était tout autre, mais il sentit l’étau de ses doigts fins se refermer sur son avant-bras, à sa plus grande surprise. L'espace d'un instant, il crut même avoir fauté envers elle d'une quelconque manière... mais devant la langueur de son toucher, un vent d'accalmie s'empara de son être ; tout allait bien. Alors inconsciemment, son corps se laissa aller vers son contact doucereux, relâchant l'angoisse passagère qui s'était éprise de ses épaules. L'une de ses paumes osa venir se glisser sur sa joue sans que son geste le rompe la poigne délicate de la jeune femme, effaçant tendrement quelques larmes fugitives sous la pulpe de son pouce.

« Pardon. »

L'écho de sa voix trahi le silence de leurs détresses dans le souffle d'une complainte. Ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre, simplement de ressentir toutes les émotions de l'autre qui s'épanchaient au travers de leurs corps ; il s'excusait d'avoir fait naître de telles larmes sur ses joues avec toute la force de sa peine, sans cesser les caresses languissantes de son pouce sur les contours sa joue rebondie. Et alors que leurs regards ne s'étaient pas encore croisés depuis leur dernier échange, un sens qui revêtait pour lui tant d'importance, il s'y absout ; ses lèvres vinrent se presser sur la peau froide de son front tandis que ses paupières voilaient la vue de ce monde à ses orbes azurés.

Aditya ne savait pas si son geste provoquerait chez elle de nouvelles complaintes, ou si ce faisant, il avait outrepassé des barrières invisibles qu'elle n'aurait jamais voulu qu'un homme ne franchisse de son plein gré ; mais l'espace d'un instant, il avait arrêté de penser, de réfléchir et de se questionner sur les raisons de ses actes. Il avait ployé l'échine devant ce sentiment languissant, ce désir de la protéger des retombées de ses paroles, comme si par cette simple caresse, il pouvait absoudre ses peines et ses maux. Il savait cela impossible, pourtant, sous l'égide d'une lune blafarde, Aditya aurait tout donné pour faire ce pouvoir sien, ne serait-ce que l'espace d'une seconde.

Peu à peu, pensées et réalité revinrent se loger au sein de son esprit, imprimant la gratitude qu'il ressentait à son égard dans les rémanences fantomatiques de son toucher. Ses lèvres finirent par quitter le contact de ses mèches et de sa peau dissimulée dans le même éclat de tendresse qu'elles y étaient parvenues. Son regard s'attarda un instant sur les contours de ses cils, afin de s'assurer que plus aucune larme ne viendrait les tremper. Il retraça la forme de cette couverture entourée autour de son corps sans savoir si des frissons abstraits étaient venus entacher sa peau ; quand bien même ce serait le cas, il n'oserait pas la toucher à nouveau, de peur qu'un contact supplémentaire ne la méprenne sur les intentions de son baiser, car même si elle lui avait offert un geste similaire lors de leur première rencontre, celui-ci était garant de sentiments bien différents.

Il savait qu'il lui faudrait rentrer, d'ici peu ; mais peut-être pas tout de suite, pas maintenant. Juste... encore quelques instants.

Alors son corps reprit la place qui lui avait été accordée, à distance raisonnable de celui de la jeune femme, à l'exception du toucher fantomatiques de ses doigts, demeurés sur son bras. Par ce biais, elle aurait pu ressentir les rémanences passagères du froid venu chatouiller sa peau laissée à nue et les ondes diffuses de l'incertitude, de la gêne, ou de la honte. La raison regagnait son être, et avec elle, milles questions se bousculaient dans un capriccio assourdi par les barrières de son esprit. L'expression de son visage lui demeurait invisible, si bien que sous le poids de ces pensées, il finit par murmurer les mots qui arracheraient sa présence à la sienne, indubitablement. Et pourtant, au milieu de ce capharnaüm, sa voix se fit douce, aussi légère qu'un murmure que l'on retiendrait aux portes de ses lèvres.

« Il se fait tard. Veux-tu... que je te raccompagnes ? Tu pourrais tout aussi bien rester ici, dans l'une des chambres laissées à la disposition des visiteurs. Celles des moines et habitants sont à l'étage, tu n'y serais pas dérangée. »

Il glissa ces mots comme s'il voulait lui intimer, par le biais d'un chemin détourné, qu'elle n'aurait pas à le croiser ou à affronter son regard. Peut-être était-il simplement gêné de son geste, et qu'il ne désirait pas qu'elle trouve en sa proposition l'écho d'une autre plus perfide et si loin de ses véritables intentions : car au fond de lui, Aditya sentait qu’elle était sur le point de s’enfuir à nouveau, comme elle l’avait fait lors de leur rencontre, attardée dans les appartements de la métamorphe après s’être sentie autant percée à jour. C’était là tout ce qu’il cherchait à éviter.

Mais… peut-être ses sens l'induisaient-ils en erreur. C’était là le seul espoir qu’il nourrissait, tandis que que la lune et les étoiles le couvaient d'un regard languissant.


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Date Junko
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Dim 13 Oct 2019 - 14:58

Il avait la main chaude. C'était presque étonnant, de la part de quelqu'un d'aussi froid. Junko se serait presque attendue à ce que son contact la glace. Mais en même temps, il ne lui semblait que naturel que sa peau soit aussi réconfortante. Jamais on ne l'avait touchée avec autant de douceur. Elle n'était pas très douée pour le contact humain. Elle ne connaissait que la violence, les coups, les gestes que l'on balance pour blesser, ainsi que les fausses caresses, les sourires masqués, et les baisers toxiques. N'ayant jamais eu de mère, ni même de substitut maternel, et n'ayant jamais connu d'autre amour que celui, lubrique et qu'elle calmait vite, des hommes qui achetaient sa compagnie, elle était tout à fait ignorante de la tendresse.

Elle ne s'attendait plus à rien, ne pouvait plus être surprise, tant son état était étrange, pour elle. Aussi ne s'offusqua-t-elle pas du baiser qu'Aditya déposa sur son front. Elle ferma seulement les yeux. Une nouvelle larme roula sur sa peau. Pourquoi devait-elle être plus attristée encore par ce baiser ? Il lui semblait à la fois si merveilleux et si terrible ... Comme un pieu de plus enfoncé dans son sein. Mais un pieu si doux ... Et dont elle ne voulait pas se défaire. Elle se laissa aller à profiter de ce contact, si inhabituel, et dont elle ne se serait jamais doutée qu'elle pourrait le partager avec Aditya. Peut être l'avait-elle souhaité, cependant. Allez savoir ... Elle n'était même plus sûre de se comprendre elle-même.

Il se délia d'elle. Junko le sentit s'éloigner, quand elle aurait voulu garder ce contact. Voilà pourquoi elle détestait les nuits d'été. Tout y était possible, mais pour combien de temps ? Qu'il avait été éphémère et terrible, ou terrible parce qu'éphémère, le réconfort de ce baiser. Elle aurait voulu qu'il dure toute la nuit, que le jardin abrite de son secret leur étreinte muette, sans autre témoin que la lune. Mais voilà qu'il fallait déjà qu'ils se détachent l'un de l'autre, et pour quoi ? Pour aller retrouver chacun leur solitude. Elle n'avait pas sommeil. Elle était prise d'une grande lassitude, mais pas de celles que l'on peut guérir par les rêves. La nuit serait longue ...

D'un geste de la main, qui s'efforçait d'être discret, elle balaya ses joues et ses yeux, pour y effacer les dernières larmes qui pouvaient encore y rouler. De toute façon, ses paupières gonflées et le miroitement de ses pupilles ne manqueraient pas de trahir ses émotions à quiconque voudrait les décrypter. Que faire ? Rentrer chez elle, retrouver le confort de son lit et sa pleine solitude ? Rester là ? A quoi bon ? Dans tous les cas, elle se retrouverait invariablement seule au final. Elle aurait préféré rester là, dans le jardin du temple, lovée dans ses couffins. S'il fallait pourtant se lever ...

Elle se hissa sur ses jambes, avec plus de maladresse qu'elle l'aurait voulu, mais tout de même avec une certaine fermeté. Sa tête lui tournait, et elle avait froid.

"Je veux rentrer chez moi."

Elle n'avait pas envie de rester plus longtemps dans le temple. Il ne faisait que remuer des choses en elle qui ne lui plaisaient pas, et elle avait besoin d'air frais.

"Raccompagne-moi, s'il te plaît."

Elle laissa tomber de ses épaules la couverture dont elle s'était enveloppée, qui retomba sur l'herbe en un tas informe. Aussitôt, elle sentit la morsure de la brise nocturne, fraîche, sur sa peau. Mais elle s'en moquait. Elle fit quelques pas, et se tourna vers Aditya, pour voir s'il la suivrait.


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