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Oterashi Yanosa
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Mer 25 Sep 2019 - 17:52
Yanosa avait une façon bien à lui de passer ses permissions. La plupart des shinobis, d’Iwa comme d’ailleurs, profitaient de celles-ci pour s’aérer l’esprit, se détendre et passer du bon temps avec leurs amis tant qu’ils étaient encore tous en vie. Ils s’évertuaient, pour la plupart, à vivre des moments éloignés de la mort qui infestait leur vie au quotidien. Le guerrier rouge, lui, cherchait plutôt sa compagnie, comment dépendant du frisson et de l’adrénaline provoqués par sa promiscuité, et la côtoyait à présent comme une amie très chère. Mais loin de la convoiter pour lui-même, c’était sur autrui qu’il préférait faire peser son poids funeste : pas sur n’importe qui, toutefois, puisque dans ses pensées, c’était également la santé de son pays et la sécurité de son peuple qui primaient.

C’est ainsi qu’il s’était retrouvé ce jour-là à remonter la piste d’une petite troupe de manadrins qui officiait à l’ouest des chaînes de montagne, dans les vallons boisés et accidentés qui bordaient les routes commerciales. Il avait d’abord eu vent de leurs agissements au détour d’un alcool chaud partagé avec des locaux dans une taverne isolée qui servait de relais. Le Genin d’Iwa avait rapidement compris le « modèle économique » du groupuscule qui, en sus de se servir dans les récoltes et le bétail pour assurer sa subsistance, ciblait spécifiquement les chargements précieux et les possessions monnayables des habitants du coin. De vulgaires bandits, sans facultés particulières connues. Des furoncles à la surface de Tsuchi que Yanosa était volontiers prêt à exciser, et ce en dépit des causes environnementales qui avaient pu pousser ces gens à mener cette vie. La pauvreté, la privation, l’isolement social, tous ces facteurs poussaient au crime, en particulier dans un pays aux infrastructures largement tournées vers le tourisme et le commerce. Mais céder à la criminalité, c’était admettre que l’on enviait ceux qui avaient les bourses pleines : un aveux de faiblesse, condamnable aux yeux de l’Oterashi, qui terminait de sceller le destins des malandrins sur la piste desquels il était.

Les nuages obscurcissaient le ciel, en ce tout début de soirée, et une pluie battante qui n’était pas sans lui rappeler le centre militaire de son adolescence détrempait les sols et les arbres. Rien qui ne pouvait toutefois empêcher le guerrier rouge de détecter les résidus de leur chakra dans les alcôves rocheuses naturelles qu’ils avaient utilisé comme abri, ni de percevoir la trace de leurs pas irréguliers dans la terre ou les vibrations provoquées par leurs progression dans le vallon. Sans pouvoir l’expliquer, à mesure qu’il gagnait du terrain sur ses proies, Yanosa ressentait une étrange familiarité avec son environnement, comme si il partageait avec lui un lien à la fois indésirable et inaltérable. Son attention fixée sur son objectif, il choisit cependant de réprimer ces sensations parasites dans un coin de son esprit, et continua à progresser de relief en relief, épiant depuis les arbres drapé dans un pardessus marron dont la capuche recouvrait une partie de son visage. Et bientôt, alors que le peu de lumière qui arrivait jusque là à traverser les nuages se mettait à faiblir, l’Oterashi put distinctement sentir la présence exposée de la petite troupe, toujours loin de se douter qu’elle avait été traquée sur des kilomètres par un shinobi, fusse-t-il simple Genin. Calme, concentré, recyclant ses émotions les plus violentes et son excitation latente pour les transformer en énergie, il rejoignit le niveau du sol et marcha, en toute simplicité, vers le camp qui était en train de se monter à l’abri, dans l’entrée d’une large grotte.

Sa silhouette haute et large eut tôt fait d’attirer l’attention lorsqu’il se fut assez rapproché. On le héla d’abord avec une légèreté suffisante, avant de lui signifier avec une intensité et une force redoublées qu’il ferait mieux de faire demi-tour. Mais leurs mots n’étaient déjà plus que les murmures d’hommes et de femmes morts à ses oreilles. Il continua de se rapprocher à la même allure, lente et inexorable, jusqu’à finalement pénétrer dans l’espace vital du groupe de bandits, forçant leur prise d’initiative.
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Sam 28 Sep 2019 - 15:19
Un homme mûr, solide, barbu, prit les devants pour envoyer un crochet au visage encapuchonné du guerrier rouge, sûr de son fait. Yanosa s’en défendit, bras replié contre sa tempe, et riposta en expulsant un soupir exalté, propulsant un poing changé en roche et recouvert d’un gant en cuir dans la mâchoire de son agresseur. Le craquement, sinistre, accompagné du regard soudain vitreux et apathique du bandit, laissèrent peu de doute à ses compagnons quant à son état. Son corps n’était pas encore au sol que déjà, des lames étaient mises au clair, les regards soudain bien moins amusés braqués sur lui dans un déluge de pulsions vengeresses. Par le passé, en pareille situation, Yanosa aurait du maintenir son instinct de survie au maximum et recourir à des mouvements évasifs pour ne prendre aucun risque. Aujourd’hui, les choses étaient bien différentes.

Un coup de tanto darda vers ses côtes, prêt à lui pourfendre l’abdomen pour d’étriper. Mais la lame stoppa net, dans un bruit inaudible, en frappant son flanc. L’Oterashi attrapa le membre armé d’une main et une touffe de cheveux de l’autre, tirant violemment la tête de l’infortuné vers son genou déjà propulsé vers elle. Un craquement chuintant. Quelques instant plus tard, le camp était vide. Vide de toute vie, hormis la sienne. Face à la défaite et à la mort qu’elle signifiait, plusieurs criminels de la bande avaient rapidement privilégié la fuite. Le guerrier rouge passa les corps en revue, récupérant les petits objets manifestement volés pour les placer dans un sac en toile : prévenir était son leitmotiv, mais guérir, quand c’était possible, n’était jamais exclu. Si il pouvait restituer leurs biens à quelques victimes, il ne s’en priverait pas. Mais pour l’heure, il avait un travail de nettoyage à finir.

Sans grand effort, il ensevelit les corps, une petite dizaine, dans les tréfonds de la terre, puis se remit en route, confiant dans le fait que les fuyards, paniqués et maladroits, auraient laissé des pistes aussi simples à suivre que si elles avaient été peintes en rouge. Ce qui fut le cas. Se propulsant dans la cime des arbres, Yanosa rattrapa en moins d’une heure pas moins de cinq fuyards, sur lesquels il s’abattit chaque fois comme une masse en leur broyant les os. Étendant ensuite ses sens plus profondément dans la forêt de pins, il ne tarda pas non plus à retrouver la trace des derniers survivants, qui avaient eu la présence d’esprit de rester groupés et de foncer droit devant eux, dans la pénombre grandissante. Ce qui ne ferait finalement, songea le tellurique, pas grande différence. L’Oterashi ferma la distance, froid, calculateur, confiant, mais alors qu’il commençait à percevoir distinctement la position précise de ses proies, il stoppa net, comme si il venait de tomber dans un piège qu’il ne pouvait pas encore reconnaître ou identifier.

Cette sensation de familiarité, une fois encore, qui l’étreignit plus fort qu’auparavant, faillit lui faire perdre son focus et son emprises sur ses futures victimes. Il se rapprocha. Et c’est alors qu’il la vit, ses torches allumées dans le lointain fendant l’obscurité, sa masse et ses jardins encerclés dans la forêt comme une tumeur qui se serait fait sa place. La demeure Oterashi. Celle de ses parents, de ses oncles, de ses tantes… et de sa sœur. Il sentit son corps chanceler, quand bien même il n’avait pas bougé d’un iota. Il s’était préparé à bien des choses et savait braver bien des dangers, mais pas celui-là. Une agitation nouvelle capta son attention et l’aida toutefois à se remobiliser : une silhouette, frêle et menue, se trouvait malmenée par les brutes regroupées dans un dégagement, non loin de l’ombre d’un sentier. Quoi que cela puisse lui coûter, il devait achever sa besogne : il se propulsa donc vers le groupe, qui se retourna vers lui comme un seul homme, la femme d’un certain âge prisonnière d’une lame sous la carotide. Un otage. Rien de trop compliqué à gérer, pensa-t-il. La femme tremblait et geignait. Les bandits survivants hurlaient des ordres saupoudrés d’insultes à l’encontre de l’Oterashi, revigorés par ce qu’ils pensaient être une situation avantageuse.

Yanosa ne bougea pas, figure encapuchonnée immobile et monolithique. Il se contenta de faire circuler dans le sol une partie de son essence, prenant le contrôle de la terre et des roches environnantes. Puis il frappa. Les six hommes furent simultanément transpercés, leurs organes vitaux empalés par des pieux de pierre sortis du sol, tués sur le coup dans une éruption de sang qui ne manqua pas de maculer les vêtements de la dame. Dans un cri d’effroi et de panique, elle roula au sol, ramassa en hâte le parapluie qu’elle avait fait tomber, e chancela en se mettant à courir en direction de la demeure. Mais il suffit d’un mot, prononcé d’un voix rauque et profonde, pour stoppe sa course.

« ...Petunya ? »
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Sam 28 Sep 2019 - 23:13
« C’est bien toi. Après toutes ces années, il n’ont toujours pas su te remplacer. »

Difficile, même pour lui, de lire précisément l’expression de la femme d’âge mûr dans la pénombre. Mais si il avait eu à parier, il aurait misé sur un faciès distordu par un mélange de peur, de curiosité et d’anxiété.

« Qu- qu’est-ce que vous voulez ! Qui êtes-vous ?! »

Le guerrier rouge mûrit patiemment sa réponse : voulait-il vraiment révéler qui il était ? Voulait-il lui parler, à elle, la servante docile et obéissante de ses parents, ou à un quelconque membre de sa famille ? Qu’il se soit rendu ici sans s’en rendre compte était perturbant, et il ignorait ce que son subconscient lui avait mijoté. Ce qui était sûr, c’est que le principe de passer une partie de sa permission à proximité des « siens » lui inspirait une vive répulsion. Malgré tout…

« Hm. Je ne peux pas vraiment t’en vouloir, de ne pas reconnaître le petit Yanosa. »

Il n’attendit pas de réponse. Sa résolution était désormais aussi ferme que douloureuse : il dépassa Petunya, enjamba les corps en les laissant se vider de leur sang, et se dirigea droit vers la demeure qui se laissait deviner au-delà de la forêt. Sa foulée fut telle que la domestique peina à le suivre, et le Genin d’Iwa l’entendit débiter quelques maladresses paniquées, sans doute anxieuse à l’idée que le fils exilé fasse son retour et surtout, d’en être tenue pour responsable. Il n’y prêta pas attention. Il rejoignit bientôt le sentier détrempé mais méticuleusement entretenu qui reliait le domaine aux grands axes, et entreprit de gravir les marches larges et espacées qui menaient au bâtiment principal. Des souvenirs qui n’avaient jamais vraiment disparu refirent surface à mesure de sa progression. Des souvenirs amers, sur lesquels pesaient le poids de la solitude. Et qui l’emplissaient de colère. La pluie, à peine plus fine, tombait toujours lorsque Yanosa arriva à quelques marches de la grande porte, talonné par une Petunya toujours aussi paniquée.

« Halte ! Qui va là ! » Héla un garde richement équipé en tendant une paume ouverte vers le guerrier rouge. Son autre main, elle, avait rejoint le pommeau de son sabre. « ...Petunya, c’est vous ? Lança-t-il en remarquant la femme maculée de sang qui arrivait en retrait.
- Mauvais moment pour aller aux champignons, interrompit Yanosa.
- Vous, vous avez rien à faire ici. Circulez ! Ou c’est notre fer que vous allez goûter ! Lança un second garde qui s’était avancé sur le côté.
- Une proposition intéressante. Mais j’ai tous les droits d’être ici. A plus d’un titre, d’ailleurs », dit-il en repoussant un côté de son pardessus pour révéler à sa ceinture le scintillement de son bandeau de shinobi, aisément reconnaissable.

Sur le moment, l’idée même d’obtenir son billet d’entrée par la seule influence de son appartenance au corps d’armée d’Iwa lui apparut brillante et jouissive.

« Oh. Je… vous êtes en mission ?
- On peut dire ça. Et pour m’assurer qu’elle soit accomplie jusqu’au bout, je dois m’entretenir avec les maîtres de maison. Brièvement.
- ...Attendez, attendez… vous avez dit « à plus d’un titre ». Vous avez une autre raison d’être ici ? Interrompit l’autre garde.
- Pour vous, une seule suffira. »

Petunya, comme médusée, n’osa pas bouger, pas plus que les deux gardes lorsque le jeuen Oterashi les dépassa pour aller plaquer ses mains gantées contre la grande porte. L’instant suivant, ses deux battants s’ouvraient de part et d’autre, dévoilant la vue d’un grand hall illuminé avec abondance et décoré avec opulence. Peu surprenant, voire même attendu, songea Yanosa. Un domestique, en hâte mais sans s’abaisser à courir, vint alors à sa rencontre.

« Monsieur, que signifie. Comment se fait-il qu’on vous ait laissé entrer de la sorte, et à cette heure ? »

L’homme de maison, plutôt jeune, était visiblement inquiet, et peinait à masquer son irrépressible envie de mettre Yanosa dehors dans les plus bref délais pour éviter de se faire disputer par ses maîtres. De part et d’autre du hall, des escaliers embrassés se rejoignaient au niveau du balcon à l’étage. Comme dans ses souvenirs. Loin de se soucier le moins du monde des attentes du domestique, son attention futdraguée vers un regard, pensant et incisif, jeté sur lui depuis la balustrade dudit balcon. Lentement, il releva la tête, puis amena ses mains jusqu’à sa capuche pour la rabattre en arrière, révélant son visage et son identité à la petite assistance. Il renvoya son regard à la femme qui l’épiait depuis le rebord, et chez laquelle il fut satisfait de percevoir un tressaillement particulièrement marqué.

« Bonsoir, Mère. »
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Jeu 17 Oct 2019 - 14:11
Le hall tout entier sembla geler sur place, à l’exception de Petunya, qui se glissa dans le dos de Yanosa pour rapidement s’éclipser par une porte attenante vers une coursive parallèle. Pendant un instant, le guerrier rouge pensa regretter d’être venu. Son coeur était serré, ses tripes comme retournées, et des fourmis semblaient d’être infiltrées jusqu’au bout de ses doigts. Il ne se sentait pas bien, il se sentait même plutôt mal, et il s’en fallut de peu pour qu’il se mette à trembler tout à fiat. Mais non. Ce n’était pas lui. Ce n’était plus lui. Ce combat qui s’annonçait, pareil à aucun autre, il allait le gagner. Il en avait l’envie, mais par-dessus tout, il en avait les moyens. Il fit alors un pas, puis un autre, et son regard finit par quitter celui de sa mère pour balayer la pièce, dédaigneux, supérieur. Invincible.

« Toujours aussi grotesque. Rassurant, en un sens. Mais aussi passablement décevant.
- Yanosa. Je suis ravie de te revoir. Mais, tu sais bien… que ton père ne tolérera pas ta présence ici, n’est-ce pas ?
- Un assemblage de mots très maladroit, Mère. Mais difficile de faire mieux, c’est vrai, apruès une décennie de séparation.
- Yanosa. Ne fais pas une scène. Allons parler, si tu veux, au petit salon, nous pourrons -
- Qui vous dit. Qui vous dit que je suis venu pour parler », interrompit-il d’une voix soudainement forte et qui résonna à travers le hall.

La tension, si cela était même possible, monta encore d’un cran lorsqu’une secousse émanant du guerrier tellurique parcourut le hall et se propagea dans la demeure, faisant trembler les murs et osciller les lustres richement décorés qui pendaient au plafond. La mère Oterashi marqua un pas de recul en s’éloignant de la balustrade, regardant autours d’elle avec une anxiété à peine contenue. Cela le satisfit grandement.

« Vous avez toujours su vous cacher derrière Père, pour faire passer vos désirs pour les siens. Et lui… que dire de lui, qui se complaît dans votre ombre comme un lâche.
- Yanosa. Je t’en prie, ce n’est… C’était pour -
- Pour mon bien ? Vous devriez vraiment mieux choisir vos mots, si vous espérez que je reparte sans m’emporter.
- Monsieur, nous ne tolérerons pas ce genre de menace, qui que vous - »

Les yeux du guerrier rouge s’étaient braqués sur le domestique, foudroyants. Sans attendre une quelconque permission, le shinobi d’Iwa s’enfonça alors dans la demeure entre les deux escaliers. Non, il n’était pas venu pour discuter. Il n’était pas non plus venu détruire et tuer à tour de bras, même si l’envie était bien là, crépitant au creux de ses poings. Mais dans ce cas, pensa-t-il, pourquoi rester ? Pourquoi naviguer ainsi au coeur de ces douloureux souvenirs, si ce n’était dans la poursuite d’un objectif précis ? Ce qui le motivait, conclut-il en faisant coulisser un battant donnant sur la cour intérieure, n’était peut-être finalement que de se faire voir. Leur montrer, à tous ces gens qui composaient légalement sa famille, ce qu’il était devenu par la seule force de sa volonté et de sa persévérance. Il ne cherchait pas leur approbation ni même leur fierté : il voulait leur peur.

Il voulait voulait leurs regrets, leur fragilité. Il voulait leurs maux. Continuant son exploration de la maison de maître, facilitée par sa mémoire, il entendait et sentait l’agitation de celles et ceux qu’il laissait dans son sillage. Leur anxiété était palpable : Yanosa se félicitait et se baignait dans leurs peurs, et commençait déjà à récolter ce qu’il souhaitait sans lever le petit doigt. Sur le côté du chemin de promenade, qui faisait le tour de la cour, le guerrier rouge aperçut une silhouette, inquisitrice, à la fois familière et étrangère, cachée par les colonnades en bois. Il fit quelques pas le long du chemin de promenade afin de poser ses yeux sur la forme élancée, richement vêtue, arborant une ombrelle d’apparat qui n’aurait pas tenu deux minutes sous la pluie battante. Il vit alors son visage, similaire et différent à la fois. Dur. En un sens, comparable au sien. Et pour cause.

« Junko, ma sœur. Toujours en lice, je vois. »

D’un pas toujours aussi lourd, il avança vers elle, rencontrant son regard froid pendant un court instant, et la dépassa sans autre forme de procès pour se diriger vers le fond de la résidence. Elle ne pipa mot, se tournant à peine pour l’observer. Découvrir quelle personne elle était devenue pouvait revêtir un certain intérêt, mais ce serait un sujet à réserver à une autre occasion, songea l’aîné Oterashi. La personne à laquelle il voulait vraiment imposer sa présence devait se trouver dans son bureau, sans aucun doute occupée à mesurer sa fortune. Mais, pour la première fois depuis son arrivée, il fut sensiblement surpris lorsqu’il remarqua l’homme qui venait de faire brusquement irruption sur sa droite. Vêtu d’un riche kimono paré de dorures, il portait également un sabre à son côté. Yanosa s’arrêta net, peinant à contenir le pic de colère qui jaillit en lui.

« Mon fils. Que tu aies retrouvé le chemin de la maison… ne te rend pas digne d’y séjourner pou autant. Pars, maintenant. »

Lentement, Yanosa se tourna vers son père pour lui faire tout à fait face, droit et monolithique. Un sourire simple et sans sous-entendu s’invita sur son visage.

« Je vous en prie.
- Quoi ?
- Je vous en prie, faites-moi partir. Je vais vous laisser l’occasion de le faire. Une fois, une dernière fois. Ne loupez pas votre chance. »

La peur et le doute qui suintaient littéralement de son père avait le goût d’un précieux nectar pour Yanosa. Jamais il n’avait vu son père porter le sabre, pas plus qu’il n’en avait vu en manier un. Dix ans. Le temps de changer quelques habitudes. Le temps d’aliéner totalement son fils de son esprit.
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Jeu 17 Oct 2019 - 14:40
Paradoxalement, ce fut lorsque son père eut le courage de dégainer son sabre et de l’utiliser contre lui qu’il éprouva un semblant de début de respect à son égard. C’était le point de non-retour, un point qu’il était ravi de franchir. Tout serait plus clair maintenant, plus limpide, plus simple. Il attrapa la lame du sabre de sa main gantée de cuir, l’immobilisant à quelques centimètres de son épaule et l’enferma dans sa poigne de roche inébranlable. Le guerrier rouge sentit son père tenter d’en soustraire son arme, sans récultat, et savoura son faciès rempli d’impuissance.

« C’est tout ? Est-ce là toute l’étendue de votre tentative ? Dix ans. Vous avez eu dix ans pour apprendre à agiter votre katana de façon à peu près correcte. Je connais des fillettes de huit ans qui feraient mieux que vous. »

Il tira la lame sur le côté, déséquilibrant son paternel, et frappa sous les côtes flottantes, directement dans le fois, de son autre main gantée et lestée de pierre. Retenir la lame devint alors soudainement bien superflu, tandis que le père de Yanosa tombait au sol dans un râle pathétique, précurseur d’une régurgitation intempestive. Le shinobi d’Iwa regarda alors autours de lui et prit la mesure des témoins qui venaient d’assister à l’échange : des domestiques, bien sûr, mais aussi sa mère, de l’autre côté de la cour, et sa sœur toute proche.

« Tu n’es pas… mon fils… ! Je te déshériterai !
- ...Pardon ? Ce n’était pas déjà fait ? Vous me surprenez, vraiment.
- Ne remets… jamais ! Les pieds dans cette maison !
- Vous n’avez pas mis le nez dans un livre de droit depuis trop longtemps j’ai l’impression. Déshéritez-moi autant que vous voulez, vous n’avez aucun droit de m’interdire l’accès à la maison familiale. A moins que je ne sois un criminel, bien sûr. Mais, vous êtes bien plus proche de ce titre que moi je le crains. Agresser un shinobi en visite n’a rien d’anodin, même quand on est en mesure d’acheter la tranquillité judiciaire, comme vous. Mais je vous rassure, dit-il en se penchant, genoux fléchis, au-dessus de son père en pleine agonie, je n’ai jamais cherché la compagnie d’ordures telles que vous, et ça ne risque pas de changer. »

Il se redressa d’une traite, savourant l’instant dans tout ce qu’il avait de magnifiquement cathartique. Il expira longuement par le nez. Il aurait pu continuer pendant des heures, tourmenter sa famille par sa seule présence, sa seule existence, et lui faire payer de la façon la plus passive qui soit ce qu’elle lui avait fait subir. Mais les plaisirs coupables comme celui-ci devaient se consommer avec modération pour ne pas sombrer dans l’ivresse. Yanosa se détourna donc et prit lentement, très lentement, le chemin de la sortie. A mi-chemin de la cour, il s’arrêta de façon à avoir l’oreille et l’attention du plus grand nombre, rattrapé par son travail routinier.

« Oh, avant que j’oublie. Un groupe de bandits prévoyait un gros coup dans les environs. Sans doute ici. Je ne pense pas que vos quelques minions auraient pu faire grand-chose contre eux. Investir sérieusement dans la sécurité serait donc une décision particulièrement éclairée. Ah, et vous voudrez peut-être vous occuper des corps. Deux-cent mètres environ, sud-sud-est. »

Il tourna les talons, la tête haute, et rejoignit la sortie pour de bon. Ça faisait du bien. Ses prochaines visites, pour peu qu’il y en ait, ne pourraient jamais être aussi jouissives que celle-ci, mais le concept de permission, associé au plaisir au plaisir et à la détente, avait finalement trouvé tout son sens pour l’Oterashi. Dehors, la nuit était à présent totalement tombée. La pluie inondait toujours la région, quoi que moins intensément que plus tôt dans la soirée, mais peu importait : il irait faire un feu dans la grotte qui s’était « libérée » pour profiter d’une bonne nuit de bivouac et faire sécher ses vêtements. Cette pensée en tête, il descendit quelques marches, mais fut bien vite interpelé par du mouvement sur sa droite, dans les jardins de la résidence.
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Jeu 17 Oct 2019 - 15:04
Il stoppa net, perplexe quant à la tentative grossière de l’individu, qui qu’il soit, à passer inaperçu pour le surprendre. Il haussa légèrement les sourcils lorsque finalement, ce fut la silhouette de Junko qui parut devant lui, son ombrelle à la main, ses longs cheveux rouges toujours regroupés en un chignon complexe auparavant impeccable qui commençait déjà à souffrir de l’humidité. Elle était donc moins précieuse que ce qu’il avait cru… Ou bien peut-être s’était-elle laissée emporter par une quelconque colère ? Yanosa, impassible, la fixa longuement, tandis qu’elle réajustait son kimono. Lorsqu’elle eut terminé, elle braqua un regard empreint de fierté et de défi sur son grand frère.

« Oniisan. Tu m’as manqué, tu sais.
- Je veux bien le croire, répondit-il froidement. Mais qu’est-ce que ça change ? »

Un petit rire attristé jaillit de la gorge de Junko, qui sembla sur le coup presque offusquée avant de rapidement se ressaisir.

« T’es gonflé. Tu imagines ce que c’est, vivre ici, avec eux, tous les jours, être la chose qui doit porter tout le poids de leur héritage ? »

Elle avait bien grandi. Rien d’étonnant, mais ce n’était pas rien pour Yanosa de rencontrer cette personne, cette jeune adulte qu’était devenue sa sœur.

« … Ne me fais pas ce numéro. A l’époque déjà, tu convoitais cette place. Que ce rôle vienne avec de menus inconvénients, c’est juste un imprévu désagréable pour toi. Tu auras ce que tu veux. Tôt ou tard.
- ...Hnhn, c’est vrai, souffla-t-elle dans un rire contenu.
- Mais si tu es venue me remercier d’avoir accélérer les choses, pas la peine. Je me passerai de ta gratitude.
- Ma… gratitude ? Dit-elle en inclinant la tête, jouant à la perfection la jeune femme ignorante et naïve.
- Dès ce soir, ou demain au plus tard, tu deviendras officiellement leur héritière, la seule et l’unique, grâce à ma petite visite. Ça a du être long, toutes ces années à attendre, à craindre que je ne revienne réclamer mon dû en rampant et en leur léchant les bottes. Un calvaire qui se termine enfin. De rien, finit-il en reprenant lentement sa marche.
- Tu as oublié d’être bête, Oniisan. Moi qui pensait que tu n’étais toujours qu’un idiot enragé. »

Il ne releva pas, ni ne s’arrêta. Il en avait entendu assez pour avoir une image relativement nette de ce qu’était devenu sa sœur. Assoiffée de pouvoir, assoiffée de richesse. Prête à tout. Cette dernière pensée eut un effet boule de neige, ses implications arrivant en cascade dans son esprit. Après avoir dépassé Junko en passant indifféremment à côté d’elle, il s’arrêta sans se retourner.

« Je t’interdit de les faire assassiner…
- Que-
- … par un autre que moi. Si tu ne respectes pas cette condition, j’utiliserai toutes mes ressources, qui sont nombreuses, pour te pousser à la ruine et t’enlever tout ce qui à de l’importance à tes yeux. »

Inutile d’attendre son consentement ou de négocier quoi que ce soit : pour autant qu’elle puisse en juger, les mots de Yanosa étaient loi. Le fils aîné des Oterashi reprit alors la descente des marches, songeant aux intentions presque transparentes de sa sœur. Rien ne l’empêcherait d’arriver à ses fins, songea-t-il, mais ce serait selon ses termes à lui et pas autrement. Sans effort, elle venait de se dégoter l’assassin idéal, servi sur un plateau, et sans doute n’y réfléchirait-elle pas davantage à présent, ce qui lui convenait très bien. Une dizaine de mètres les séparait à présent.

« A bientôt, Oniisan », lança-t-elle avec une froideur nouvelle dans la voix.

Vaincre ses parents et s’imposer devant eux et tout ce qu’ils représentaient s’était révélé relativement facile. Ils ne pouvait plus l’atteindre, tant physiquement que mentalement. Sa sœur, en revanche, c’était une autre histoire. Elle n’avait pas cherché à nier, ni ne s’était cachée derrière un quelconque air outré ou révolté. Sans le vouloir, il venait de mettre en mouvement une série d’événements qu’il lui faudrait affronter. Tôt ou tard.
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