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La débâcle des braves

Nobusada
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Jeu 3 Oct 2019 - 9:26
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La débâcle des braves - Sur le Pont Araho


Un voile gris avait chassé l’astre solaire et étendu son empire de pluie pour accueillir l’arrivée d’un sombre personnage encapuchonné et camouflé sous ce qui semblait être une longue robe qui lui tombait des épaules jusqu’au pied. Vagabond du destin, l’étrange voyageur ne portait rien et ne semblait avoir d’humain que sa silhouette : tout le reste n’était qu’une ombre brumeuse qui répandait l’obscur dessein de son âme dans le flux de la Résonance, un peu comme s’il était en connivence suprême avec cette force invisible.

Sur le pont Araho qui portait le nom du déchiré qui avait sacrifié sa vie pour la splendeur de la Cité Impériale, il se tenait là comme s’il avait été vomi par la Géhenne, rejeté dans le monde des vivants. Depuis quelques temps, il s’était mis en tête de quitter sa prison charnelle pour que son âme visite les limbes en profitant de la Résonance ; mais le rite avait échoué et l’avait physiquement affligé. Il n’était plus que le vestige de l’homme qu’il était autrefois. En rejaillissant dans la réalité après une longue méditation, il semblait revenir d’entre les morts, son corps atrophié devenu rachitique, accusant le coup de la fatigue et de la faim, au point qu’on aurait dit qu’il venait d’être ressuscité et déterré de sa propre tombe. Sous la capuche qui couvrait son faciès, sa peau naguère si blafarde était devenu presque grisâtre et accusait les sillons des premières rides, comme s’il avait vieilli d’un seul coup.

Après plusieurs jours de marche pour rejoindre la capitale de Hi, il était passablement affaibli, mais son coeur était toujours rempli d’espoir. Seuls ses muscles étaient souffrants, rien de son ardeur n’avait flanché, et il avait embrassé la cause de Rei avec une fidélité revigorée, jugeant honorable de pouvoir louer ses services à l’homme qui l’avait indirectement délivré de son incarcération. L’Empereur était une pièce du puzzle qui se recomposait pour lui, et qui devait le mener tout droit vers sa quête, celle du Kogen. Il déambulait désormais avec plus de zèle qu’il n’en faut pour soulever des montagnes.

Mais dans le vacarme des trombes qui s’écrasaient sur le pont Araho, il se tenait de l’autre côté, au bout du chemin qui devait le réconcilier avec le Teikoku, un autre homme tout aussi mystique. Nobusada, sous sa capuche, ne l’observa même pas. Un étrange lien s’était formé entre eux, au point que chacun pouvait deviner la présence de l’autre rien que dans le flair de son aura. Ils étaient dépendants l’un de l’autre.

Et pour s’émanciper de cela, ils n’avaient d’autre choix que de se déchirer.


« ... »


Pas un mot ne sortît de la bouche du voyageur. En revanche, une aura ténébreuse déferla tout autour de lui comme une cataracte invisible. Il laissa se déchaîner les forces du mal pour montrer sa puissance, sous la forme d’un chakra qui semblait bouillir tout autour de sa personne, défiant le grand Mu dans un duel à mort.


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Mu
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Jeu 3 Oct 2019 - 22:25

Façonnées à partir des morales de quelques-uns, les règles s'éditèrent comme lois. Mais d'un naturel changeant au gré des grands noms qui les dictaient, leur instabilité raya la bienveillance de l'Homme d'une griffe injuste et traça la ligne qui séparerait à jamais le géant cadavérique et l'enfant maudit du reste de l'humanité. Forçant ces deux mauvaises graines à devenir des fruits amers pour quiconque se risquerait à y gouter.

Un gouffre les séparait l'un de l'autre, mais tels des oubliées perdues dans un même désespoir, leurs âmes s'unissaient d'un lien qu'aucun d'eux ne comprenait vraiment. Une ferveur égale envers des dévotions distinctes, un respect mutuel et cette soif commune d'une souffrance à déposséder. Ils étaient les deux bords d'une même crevasse. Et depuis les tréfonds de leur enfer, face à face, ils entonnaient à l'unisson leur psaume funèbre.

La voix des inaudibles chantait de nouveau et à travers elle s'élevaient celles des mânes de leurs lignées.

L'un dévot et l'autre démon, un porteur de lumière pour un porteur de fumée. Il y avait, chez eux, un antagonisme latent qui s'effritait pourtant sur certaines similarités, somme toute macabres. Car malgré les promesses, malgré les bontés qui pouvaient clairsemer leurs histoires et déséquilibraient leurs triste destinées, ils représentaient un Mal dont il faudrait se défaire, tôt ou tard, d'un combat qui les opposerait ou d'une bataille qui les lierait pour toujours.

Dans le bruissement des chuchotements, du bout d'un interminable pont, la folie d'un défi sans retour s'éleva en une rage déterminée. Une provocation à laquelle ne pouvait se soustraire l'aveugle, totalement perdu entre l'excitation d'un affrontement inexorable et la déraison d'une ivresse grandissante.

Le ciel frappa le premier, claquant l'arène de fortune d'un signe en faveur du fils bâtard qu'était Nobusada. L'orage accompagnait son héraut autant qu'il le bénissait, mais sa lueur fugace illumina les écrits interdits d'un visage déjà mort et dont les paupières jusqu'alors clauses s'ouvrirent simultanément. Mu brilla de cette exposition momentanée comme l'aurait fait n'importe quel damné, un rictus aiguisé en guise de sourire déchiré et l'iris absente d'un regard qui vous traversait la chair pour y arracher votre secret le plus terrible. Le flash marqua au fer rouge cette image horrible sur la rétine des rares passants, leur hâtant le pas.

Puis suivit l'obscurité, pleine et entière, qui drapa les cieux de son voile insaisissable. Chacun des guerriers possédait ainsi l'assurance d'une bénédiction aux allures célestes, comme une ultime faveur pour rééquilibrer leurs chances respectives et sonner de son gong impartial le début d'un match équitable.

Le trentenaire ne baignait d'aucune aura ni d'aucun chakra, ses actes seuls suffiraient à définir l'essence même des ténèbres qu'il côtoyait de par sa cécité et qu'il partagerait, entre deux éclairs, avec son camarade et ancien ami.




En ultime provocation perverse, l'Encenseur décrocha son arme et laissa le cliquetis de sa chaîne porter jusqu'aux oreilles affûtées de l'envoyé du Kogen.



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"Sois subtil jusqu'à l'invisible, sois mystérieux jusqu'à l'inaudible."

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Nobusada
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Ven 4 Oct 2019 - 20:50
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Rien ne pouvait faire trembler le fléau de ce monde dont l’encensoir continuait de faire des mouvements de pendule en indiquant métaphoriquement que chaque seconde passée sur ce pont rapprochait l’un ou l’autre de la mort qui devait les séparer ou les unir une fois pour toute. Même la présence prophétique de Nobusada et son intensité maléfique ne semblaient engendrer aucun renoncement chez lui, son esprit ne possédant visiblement nul doute et ni même encore, peu ou proue, l’ombre d’une angoisse. En réalité, le némésis de Nobusada était aussi son meilleur ami, et d’une certaine façon, l’un comme l’autre avaient accepté leur destin. Comment un démon pouvait-il craindre un démon ?

La mort, du point de vue de la doctrine métaphysique qui était la leur, n’était que l’aboutissement de leurs espoirs, la forme la plus accomplie de leur destinée. A vrai dire, elle relevait d'un certain privilège que l'un accorderait à l'autre : pas une tare, mais un remerciement pour le sacrifice d'une vie.

Mu, que la foudre avait révélé dans les ombres, se fondit dans les ténèbres en amorçant le débat pugilistique avec son outil légendaire. Le second éclair sonna comme un gong et déclencha le début des hostilités, alors que la pluie continuait d’assiéger le monde chaotique qui était le leur, comme une symphonie macabre récitant sur les planches du pont Araho la mélodie du deuil. Les âmes des deux frères pouvaient enfin se maudire et s’enlacer dans la torture.

S’il parvint à faire disparaître sa forme physique, Mu sous-estima tout du moins son antagoniste en s’accomodant d’une si modeste dissimulation visuelle et chakratique. C’est du moins ce qui s'immisça dans la pensée tactique du reître blafard, avant que, conforté dans sa technique, le démon disparu ne décide d’une petite provocation, en faisant résonner le cliquetis de son arme, révélant qu'il ne comptait pas disparaître que pour le plaisir, et qu'il n'ignorait pas que l'ancien kumojin, qu'il avait lui-même libéré, saurait déceler sa position. Se révéler soi-même pouvait paraître comme un non-sens pour n'importe qui, voire une erreur mortelle ; mais pas dans le cas de Mu. S'il l'avait choisi, cela devait avoir une finalité. Etait-ce un piège ? Nobusada se figura que oui. Il réalisa que cette technique était l'amorce d'une intention bien plus grave. Mu ne put pas le voir, mais il put sans doute le comprendre : un sourire venait d’illuminer le visage cadavérique de celui qui avait embrassé la cause du Kogen, car son adversaire avait décidé de se montrer joueur, et de tester son vis-à-vis. Cette tendance ne pouvait que le motiver davantage à l'abattre. Le torrent se déchaînait entre les deux rives chimériques sur lesquelles ils se dressaient, face à face, dans l'ultime duel de leur existence : qui des deux tomberait dans le gouffre qui les séparait ?




Le bâtard se concentra en fermant les paupières, tel un moine se recueillant dans sa spiritualité ; hormis que dans son cas, il se focalisait sur son affrontement. Il mît son esprit en osmose avec ce jeu funeste, sa sanguinaire dévotion en parfaite alchimie avec la tragédie qui les déchirait. Vivre ou mourir était une affaire d'opportunités. Alors il ne lui laisserait pas le temps d’agir. Il devina la position de son bourreau. En fait, ce n’était pas le cliquetis de son arme qui avait résonné dans son oreille : c’était le tambour de chacune des gouttes de pluie qui, au lieu de tomber sur les planches, se liquéfiaient sur la chair invisible de son adversaire. La pluie, amie des sanglots et reine de l'automne, aussi sinistre fut-elle, était ici sa meilleur amie.

Un nouvel éclair déchira le monde. Mais cette fois, il partait du bout des doigts de Nobusada pour se jeter avec une férocité terrible sur l’encenseur.




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