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au-delà de l'imagination; solo

Hideaki Midori
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Dim 15 Déc 2019 - 1:25
au-delà de l'imagination;

j’attends
pas grand chose de spécial
les jours passent et se ressemblent un peu

Désert, désert.
Le vide, l’absence. Le mutisme d’une gigantesque étendue sablonneuse abandonnée. Rien, personne. Pas un chat à l’horizon pour remuer le paysage. Il ne se passe rien. Juste le silence. Regard à droite, regard à gauche. L’espoir faiblissant de trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Mais il ne se passe rien de plus. Soupir. Elle se laisse tomber sur le toit de la petite maison qui a capturé son cœur pour quelques heures. Le dos sur les tuiles brûlantes, Midori reste immobile, à ne pas savoir quoi faire. Le Soleil est aveuglant, boule aussi jaune que le reste, brillante, éblouissante. Désespérante. Il n’y a rien, ici. Quand ils ne partent pas à la chasse aux trésors, elle se fait chier. Étonnant pour une demoiselle au langage aussi châtié que le sien, mais elle ne parvient pas à mettre d’autres mots sur sa situation. Nouveau soupir.
tout l’temps
la tête dans les étoiles
des tonnes de personnes défilent sous mes yeux

Grognement. Son visage d’enfant déformé par une moue boudeuse. Victime de son propre caprice. Midori veut quelque chose à faire. Se tourner les pouces ne lui a jamais plu. Elle a beau être patiente, quand il s’agit de rester à attendre dans le vide, c’est toujours une autre histoire. « Gnnnn … », lâche-t-elle simplement, avant de se redresser. Si l’action ne vient pas à elle, Midori ira jusqu’à l’action. Il n’y a pas d’autre solution. Elle ne sait pas encore où aller, ni ce qui se trouvera à la fin de son excursion, mais peu importe. Le frisson de l’inconnu, ou quelque chose comme ça. L’espoir renaissant de découvrir quelque chose de neuf.

Ses pas foulent le sol sablonneux avec une agilité acquise par l’habitude. Le désert a beau la déprimer, parfois, il reste sa première et unique maison. Un univers gigantesque, qui abrite à lui seul un nombre incalculable de trésors. Pour une fille de joaillière, c’est toujours intéressant de trouver moult babioles scintillantes. Des diamants, de l’or, n’importe quoi qui brille un peu. C’est un peu le meilleur endroit au monde pour une personne comme Midori, en fait. Pas besoin de traverser le Yûkan pour se remplir les poches. Commencer ici est un très beau point de départ. Rafler la mise jusqu’à en avoir les poches qui débordent. Un premier sourire. Excitation. Ce ne sera peut-être pas une si mauvaise journée, qui sait ?

Il suffit juste d’y croire, il paraît.

Alors, Midori décide de donner sa chance à l’univers. Sa démarche n’a aucune destination, mais quelque chose lui dit qu’à force de déambuler, elle trouvera bien quelque chose. Le désert de Kaze contient tout au monde, après tout. S’il s’agit d’un paradis rempli de trésors, c’est aussi un enfer où les criminels se bousculent pour devenir le Diable en personne. Il ne fait pas bon vivre dans ce pays, si on ne sait pas se battre. Il importe de savoir se débrouiller, être là par soi, pour soi. Parce que personne ne tend jamais la main à personne, Midori ne le sait que trop bien.

C’est pour ça que les bruits de foule, au loin, ne la surprennent pas le moins du monde. Troisième soupir. Les choses ne changent jamais, hein ? Un cycle continuel, qui cesse lorsque le grand méchant meurt, recommence dès qu’un autre se sent suffisamment courageux pour prendre sa place.

Mais il y a quand même quelque chose qui cloche.

À force de s’approcher, Midori remarque que la foule attroupée entoure une zone inhabituellement petite. Lorsque deux personnes se battent, il y a toujours ce large cercle, tout autour, qui permet d’assister aux hostilités sans risquer d’être pris entre deux feux. Une sorte de barrière créée par la population elle-même, qui s’amasse inlassablement jusqu’à la fin des festivités. Cette fois, c’est petit. Beaucoup plus petit. Sûrement trop pour que cela soit normal. Suffisamment pour que l’albinos déroge à son principe de désintéressement. Pour une fois, Midori décide de se rendre jusqu’au centre de l’agitation. Grâce à sa silhouette fluette, il ne lui faut pas longtemps pour se faufiler au milieu de la cohue et arriver au cœur du bazar.

Son rythme cardiaque s’accélère brusquement. Un battement saute, effacé, oublié par tous les autres qui le suivent et se bousculent. Sa cage thoracique lui paraît beaucoup trop petite, d’un coup. Ses prunelles incarnates se déposent sur la petite boule de poils au milieu du capharnaüm, qui émet des sons presque inaudibles. Noyé par le flot incessant de coups qui s’abat sur lui, alors qu’il tente de se recroqueviller encore, toujours plus, pour se protéger. Mais rien n’y fait. L’animal souffre. Au lieu de le protéger, les gens observent, sont témoins de cette cruauté innommable. Midori n’attend pas une seconde de plus. Revenue à elle-même, la chasseuse de trésors se hisse hors du tas de personnes. Dans un geste rageur, elle en bouscule une, deux, trois, sans même faire attention à ceux qui râlent. Une fois libérée, la crevette parvient à faire taire tout le monde. Un silence total, attribué à l’apparition de cet être téméraire, pourtant épais comme un haricot.

« Hé, toi, là. »

L’homme hélé ne réagit pas. Midori compose rapidement des mudras et lève la main dans sa direction. Un projectile de cristal file à pleine vitesse et se fiche dans son épaule. La douleur lui fait tourner la tête. Il grogne. Son attention se détache de l’animal au pelage rougi par son propre sang. L’inconnue à lunettes lui a bien mis les boules.

« T’as un problème, morveuse ? »

Un sourire. Encore un. Sardonique. Sadique ? Un peu des deux.

« Toi. C’est toi, mon problème. »

Du tac-au-tac, sans réfléchir. Si Midori avait eu des manches, elle les aurait retroussées. La scène change d’acteurs. Exit l’animal, entre l’albinos. La brute épaisse marche dans sa direction. Il plisse les narines, lève la tête, comme s’il cherchait à se donner un genre. Une sorte de contenance ridicule, exacerbée par son instinct de mâle. Cet excès de testostérone qui le rend délicieusement risible. Midori croise les bras sur sa poitrine. Ce qui est amusant, avec les bandits de Kaze, c’est qu’on sait tout de suite s’ils maîtrisent les arts ninjas ou non. S’ils s’en prennent à des femmes, des animaux ou des enfants, ils n’en ont aucune connaissance. Maintenant que la suite de la scène se dessine naturellement, voici son explication.

Gros balourd lance coup de poing maladroit. Midori utilise petit mouvement sur le côté. L’attaque de Gros balourd échoue !
Midori lance petite sphère brillante. Gros balourd tente écrasement de petite sphère. Mais son monde tourne, tourne, tourne.
Gros balourd lance vomis putride. Il tache ses pieds !
Pris de panique, Gros balourd prend la fuite !

Les spectateurs assistent à la scène, médusés. Ils ne comprennent pas. Qu’est-ce que cette petite sphère a bien pu faire au balourd pour qu’il panique de cette manière ? Ils penchent la tête. Alors que les murmures s’élèvent petit à petit, Mido’ ramasse le morceau de cristal et le fourre dans sa poche. Son attention n’a toujours pas lâché la petite boule de poils maculée de sang, roulée au milieu de son propre cercle des enfers. Sans même réfléchir, l’albinos se met à genoux à ses côtés et inspecte tant bien que mal les blessures de l’animal. Elle prend garde à ne pas trop le secouer, déjà pour ne pas le faire paniquer, puis pour s’assurer de ne pas aggraver son état. Sa respiration est courte, saccadée. Sa langue pend mollement sur le côté de sa gueule. Sa fourrure se soulève et s’affaisse à une vitesse inquiétante. Néanmoins, Midori ne constate pas d’ouvertures, seulement des blessures en surface. Impossible d’estimer la situation plus précisément, mais elle s’en contentera. L’albinos tend une main avenante en direction de l’animal.

« Tout ira bien, mon tout petit … »

Le loup lève difficilement la truffe. Il inspire longuement, renifle rapidement les doigts qui lui sont offerts. Premier réflexe des canidés et des félins. La trouve-t-il à son goût ? Suffisamment douce pour lui ? Midori reste aussi immobile que possible pendant que l’animal réalise sa minutieuse inspection. Alors que les secondes s’écoulent, l’attroupement autour d’eux se disloque petit à petit, jusqu’à disparaître. Tout le monde rentre chez soi, l’attraction est terminée. Triste réalité que la leur : personne n’a eu le courage de s’interposer pour protéger la boule de poils, alors ils sont restés là, à l’observer, en attendant que la mort ne la délivre de son supplice.

Au fond, Midori est contente d’être passée par ici. Même si elle n’a pas trouvé de trésor, elle a au moins sauvé une vie. Enfin, ce n’est pas encore tout à fait certain, et il va falloir s’occuper du loup, mais ce sont d’autres préoccupations.

La chasseuse de trésors tourne la tête. Un long frisson parcourt son échine. Une sensation étrange s’empare d’elle. Quelque chose d’incompréhensible, qu’elle n’a encore jamais vécu. Le monde tourne un peu. Il tangue ? Midori ferme les yeux. Inspirer, expirer. Trouver l’équilibre. Faire descendre le stress. Attendre. Ouvrir les yeux. Les ouvrir, pour se rendre compte que quelque chose cloche. Elle tourne la tête.

Le loup n’est plus là. Et, autour de Midori, le décor a totalement changé.

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Hideaki Midori
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Lun 16 Déc 2019 - 1:35
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Une étrange impression de déjà-vu. Cette idée que tout était déjà là. Qu’elle connaît cet endroit, alors qu’elle n’y est jamais venue. C’est dérangeant. Comme un besoin de se gratter, encore et encore, alors que c’est un fantôme. C’est là, au fond de sa tête, à tinter doucement. Un carillon maudit, qui ne mène à rien. Pourquoi connaîtrait-elle un endroit comme celui-ci, quand elle n’a jamais quitté Kaze ? Ça n’a aucun sens.

Soupir.

Midori se redresse. Ici, tout est vert. Une omniprésence d’herbe, partout, qui la noie intégralement. L’impression d’être prisonnière d’une émeraude. La surprise la laisse silencieuse. Ses prunelles observent tout autour, à la recherche d’un indice, quelque chose, n’importe quoi. Mais il n’y a que de l’herbe. Des enclos. Des animaux qui ont l’air heureux d’être là.

Ce n’est pas Kaze, ce n’est pas la maison, ce n’est rien. Peut-être un rêve de plus, parmi les autres ? Mais elle n’a pas reçu de coup sur la tête. Elle s’est juste sentie défaillir, pendant un instant. Une illusion ? Lancée par le loup ? Après tout, il n’est plus là. Ça se tiendrait. Il n’y a plus aucune trace de son existence. Les seuls animaux qui l’entourent ne sont pas des canidés. Peut-être des proies ? Elles n’ont pas l’air stressées, au contraire. Heureuses de paître tranquillement dans leur Enfer aux allures de Paradis. Midori tourne la tête à droite, à gauche. Mais il n’y a rien, ici. Vraiment. Comme si tout ce qui saturait son champ de vision ne se résumait finalement qu’à une profonde absence. Un vide qu’elle ne peut pas combler, même en essayant de toutes ses forces.

Une métaphore de sa propre existence ?
Une sacrée bonne blague.

Elle soupire une nouvelle fois, commence à marcher. Démarche erratique de la seule créature humaine présente dans cette prairie. Personne ne lui répondra, car personne ne parle. De toute façon, si c’est réellement une illusion, tous ces êtres sont des faux. Ils sont là pour la rendre plus jolie. Et tout est joli, ici, en réalité. Alors pourquoi tout cloche ? Pourquoi a-t-elle la profonde impression qu’il faut absolument se tirer ? Trouver la sortie de ce cauchemar. Pour une chasseuse de trésors, répondre à une énigme ne devrait pas être compliqué, si ?

Mais comment donner une réponse, quand il n’y a pas de question ?
Il n’y a rien, rien de plus que tout à l’heure. La terrible impression qu’elle tourne dans l’infini, un vide qui l’engloutit et la condamne à vivre d’herbe et de moutons heureux jusqu’à la fin de ses jours. Un paradis illusoire qui lui donne envie de vomir. Elle veut simplement que ça s’arrête. Comprendre ce qui la mène ici, comment elle y a atterri. Peut-être que quelqu’un veut la voir ? Qui se casserait la tête à la plonger dans une telle illusion, sinon ? Midori, repérée par une créature blessée, transportée dans un univers parallèle ? Est-ce que ces mythes existent réellement ? Trop d’interrogations, trop peu de réponses.

Contre l’attente, contre le silence de l’univers, Midori accélère. Elle presse le pas pour aller … quelque part. Plonger au fond du gouffre, enfer ou ciel, qu’importe ? Au fond de l’inconnu pour y trouver du nouveau. Se redonner espoir. Chercher des méthodes pour ne pas se laisser engloutir par les doutes. Rester vivante. Rester lucide. Marcher, marcher encore, même sans savoir, pour ne pas être engourdie par les peurs. Se battre, même si tout paraît si beau, si bien.

« Humaine. »

Une voix, au loin. Bien trop lointaine pour qu’elle puisse percevoir sa provenance. D’où ? De qui ? L’absence lui donne envie de hurler. Piquée à vif, Midori lève la tête.

« C’est le dernier jeu à la mode ? »

Pas amusée. Du tout. Si c’est réellement un manège, l’albinos veut en descendre. Retrouver une certaine forme de liberté. Gambader dans la prairie n’a aucun intérêt. Ça l’énerve et ne lui apporte rien. Une perte de temps phénoménale, qui ne lui sera jamais remboursée. Troisième soupir. Ça commence à faire beaucoup.

« Laisse Kiba te guider, humaine. Il t’expliquera. »

Encore un nom inconnu. Mais un nom tout de même. Quelque chose de plus. La voix aurait pu se contenter de la laisser au beau milieu de nulle part, à attendre qu’elle pète complètement un câble. Oui, ils auraient pu jouer à ce jeu-là pendant encore un moment. Midori aurait probablement fini par devenir folle. S’arracher les cheveux, hurler, foutre le feu à ces pâturages bien trop idylliques pour être réels.

Une petite truffe. Cette fourrure d’un blanc immaculé, cette taille presque trop petite pour être celle d’un loup. C’est lui, le loup de Kaze. La boule de poils qui se faisait martyriser par l’autre gros. L’albinos penche la tête. Alors, il était là ? Membre de ce désagréable carrousel, qui tourne, tourne et tourne encore.

Midori a le tournis.

« Désolé, humaine. J’voulais pas t’laisser toute seule, mais elle voulait m’voir. »

Elle ?

Hochement de tête. Incompréhension. Le loup ne cherche même pas à savoir si Midori a des questions, il embraye directement. Plutôt agréable, à vrai dire.

« Viens, j’t’emmène. Moi, c’est Kiba. J’suis l’petit dernier d’la meute. Merci d’m’avoir sauvé, tout à l’heure. C’est vraiment pas passé loin. »

Adorable. Toutes les questions de l’albinos commencent à germer dans un coin de sa tête. Elles reviennent, toutes en même temps, dans un flot incontrôlable. Du bruit, beaucoup trop de bruit dans son esprit. Il faut qu’elle s’en débarrasse.

« Je m’appelle Midori. Ne t’en fais pas, c’est normal. Je n’allais pas te laisser seul face à cet idiot. Mais que faisais-tu à Kaze ? Je veux dire, regarde cet endroit, pense au désert … Ce n’est pas exactement la même chose … »

Le vert, le jaune. L’herbe, le désert. La vie, la mort. Deux concepts qui s’opposent encore et encore, mais qui semblent pourtant avoir le même effet sur le loup. Pourquoi s’en aller d’ici ? Alors, d’accord, c’est bourré de vert, mais tout de même. Midori se sent un peu perdue, ici, aussi loin de sa chère maison aride, mais ce n’est qu’une question d’habitude. Incompréhension de l’humaine face à l’animal. La barrière se referme.

« J’suis éclaireur en devenir. J’dois me balader un peu partout sans m’faire repérer … Et j’ai raté. Ça nous arrive à tous, quasiment. J’ai encore b’soin d’entraînement. »

Il manque tout de même un élément.

« Je vois … Mais quel est le lien avec moi, dans ce cas ? Si ta mission est terminée, échec ou réussite, elle ne me concerne pas, alors … Pourquoi suis-je ici ? »

La truffe se relève. Le pelage blanc rayonne d’un éclat féerique dans le décor. Kiba est magnifique. Un sourire étire les lèvres de Midori. Quelque chose en lui réchauffe son cœur. Peut-être sa beauté ? Les yeux bleus de l’animal sondent l’humaine pendant un instant. Il s’en approche pour lui mettre un léger coup de gueule.

« C’pas à moi d’te dire ça, humaine, mais à not’ matriarche. »

Leur matriarche. Elle tique. Une femelle au pouvoir d’une meute de loups ? Enfin, ce n’est pas si surprenant, la voix qui l’a hélée pour la première fois avait bien l’air d’être féminine, mais tout de même. Une femme au pouvoir.

Cette journée ne cesse de la surprendre.

Arrivés face à un nouvel enclos, cette fois peuplé uniquement de loups, Midori et Kiba pressent le pas. Kiba lâche totalement l’humaine pour se mettre aux côtés d’une louve gigantesque. Ses prunelles vertes – encore ! – se posent avec bienveillance sur l’albinos.

Loup. Bienveillance. Curieux paradoxe.
Mais aucune peur. Une sensation de plénitude totale, qui lui donne l’impression d’oublier tous ses maux. Toute la colère et la frustration accumulées jusque-là. Il n’y a plus rien. Rien de plus que cette douceur qui caresse son esprit.

« Bonjour, Humaine. »

Battement de paupières. Surprise. Nervosité.
L’impression de devoir être à la hauteur, cette fois plus que jamais.
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Hideaki Midori
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Lun 23 Déc 2019 - 22:26
au-delà de l'imagination;


L’être humain est fascinant. Ses prunelles émeraudes détaillent l’humaine qui lui fait face avec une attention démesurée. Les deux êtres se fixent, sans jamais démordre. Un ballet entre vert paradis et rouge enfer. Quatre paires d’yeux qui ne se lâchent pas. Kiba, sur le côté, se demande laquelle des deux est la plus fascinée. Est-ce que c’est l’humaine, qui a pris le temps de regarder le pelage de la louve dans son intégralité, ou la louve, qui flaire chaque particularité de l’humaine depuis quelques instants ? Toutes deux perdues dans leur contemplation, elles ne se rendent pas compte du lien particulier qui est déjà en train de se créer. Un respect mutuel, né dans l’observation, d’abord, mais aussi dans l’intérêt porté l’une à l’autre. Une aura surpuissante émane de la louve, Midori n’y est pas insensible. Les capacités sensorielles de l’animal lui permettent de ressentir un grand potentiel chez l’albinos, qui n’est pas sans l’intriguer terriblement.

« Approche. »

Sa voix donne l’impression de flotter tout autour d’eux. Comme si elle n’émanait pas de sa bouche, mais d’ailleurs. Midori reste hébétée un instant, sans trop savoir. Qui est cette louve ? Qu’est-ce qui fait d’elle une matriarche ? Comment a-t-elle gravi la hiérarchie dans une meute probablement composée de mâles aussi forts qu’impressionnants ? Toutes les questions défilent dans la tête de la chasseuse de trésors, qui ne sait plus quoi penser. Instinctivement, elle fait un pas. Comme si c’était la réponse à tout. De toute façon, elle sait pertinemment qu’elle ne peut rien faire : où pourrait-elle fuir, de toute façon ? L’enclos est le royaume de la matriarche, une terre éloignée, peut-être absente de son propre univers. Autant aller dans le sens de l’animal, l’écouter, le comprendre. Peut-être y a-t-il quelque chose d’exceptionnel à en tirer.

La truffe de la louve se redresse légèrement, geste que Midori ne comprend pas. Néanmoins, l’albinos ne s’arrête pas. Encore un pas. Petit à petit, jusqu’à être à portée de l’animal, exactement comme dans une salle du trône. Le chevalier face au Roi, ou à la Reine, dans leur cas. Un frisson s’empare de la kunoichi. Sensation étrange, grisante, qui court dans ses veines et lui donne envie d’en savoir plus, toujours plus. L’adrénaline de la découverte. Elle relève la tête, pour replonger ses rubis dans les émeraudes.

« Bien, laisse-moi t’expliquer. »

Cette approche solennelle, qui ajoute un peu plus de poids sur les épaules de Midori. Elle inspire profondément pour calmer son cœur. Elle voudrait tout connaître, tout comprendre, savoir l’histoire de cette louve sur le bout des doigts. Cette créature est sa trouvaille, son propre trésor. Un être unique, entré dans son existence pour une raison qu’elle ignore, mais qu’elle chérit déjà.

« Je suis la Mère Impératrice du Clan des Loups Arctiques, Monarque de la Famille-mère des Fenrisúlfr. Mon nom est Plume. »

Clignement d’œil incrédule. Plus long encore ? Midori hoche doucement la tête. Les babines de la louve se retroussent, dévoilant une mâchoire impeccable, avec des crocs suffisamment grands pour l’embrocher en une seule fois. Un sourire ?

« Ne t’en fais pas, humaine. Pour le commun des mortels, je suis simplement Plume, matriarche de ce clan. Enchantée de faire ta connaissance. »

Kiba jappe à côté d’elle, plein d’une fierté débordante. Cette louve sûre d’elle, avec son nom et son titre de dix kilomètres de long, c’est sa matriarche. Sa maman. La maman de leur clan. Il détale jusqu’à se trouver aux jambes de Midori, qu’il caresse avec son museau.

« Elle est géniale not’ matriarche, hein, dis ? Moi j’l’aime trop fort ! »

Une candeur inégalable. L’albinos lui caresse le dessus de la tête.

« J’ai cru entendre que tu t’appelles Midori, n’est-ce pas ? »

L’intéressée opine du chef. La louve reprend aussitôt.

« D’abord, je suis désolée de t’avoir attirée ici de cette manière, Midori. Néanmoins, je ne pouvais pas laisser l’héroïne de mon louveteau partir sans l’avoir remerciée en personne. » Rougeurs sur ses joues. « Comme te l’a expliqué Kiba, il est éclaireur en devenir. Il apprend donc à se faufiler un peu partout pour recueillir des informations. Ce n’est pas de tout repos, mais, en plus, c’est dangereux. Je suis contente que tu sois passée près de lui et que tu l’aies sauvé. »

Midori ne sait plus où se mettre. C’est trop pour elle. Les marques sur son visage virent à la tomate, ce qui a l’air de beaucoup amuser Plume.

« Néanmoins, je ne t’ai pas seulement invoquée pour te remercier de ton intervention. Je pense que tu te doutes que j’ai une autre idée derrière la tête. »

Sourire complice. Partagé. Elles n’ont pas besoin de se parler pour se comprendre. Midori le savait déjà. Une telle puissance animale n’accueille pas tous ceux qui protègent les siens, pas s’il faut se dévoiler à chaque fois, pas sans une contrepartie. Mais quelle est-elle ?

« J’aimerais que tu deviennes notre point de contact avec le monde. Je sais que dans le Yûkan, nous autres sommes vus comme des opportunités : nous pouvons prêter nos pouvoirs à l’humain qui passe un pacte avec nous. Dans notre cas, nous ferions un échange : je te donne la force de tous mes loups et la mienne, si tu acceptes de t’entraîner avec nous et nous montrer le monde. Vois-tu, la plupart de mes sentinelles évoluent dans le Yûkan, mais nombreuses sont celles qui n’ont pas encore la capacité de s’y développer seules. J’ai donc besoin de toi pour veiller sur elles, autant que nous veillerons sur toi. »

Hochement de tête.

« D’accord. J’imagine que ce n’est pas si simple ? »

Ça n’est jamais aussi simple, foi de chasseuse de trésors. Midori commence à être habituée à tous les efforts qu’il faut fournir pour réussir à obtenir l’objet de ses convoitises. Aujourd’hui n’y fait pas exception.

« Non. Tu as déjà réussi à capter mon attention, mais j’aimerais tout de même m’assurer que je fais le bon choix. Pour cela, je vais encore te téléporter. »

Sourcils froncés. Midori n’aime pas cette idée.
Amusement de la part de Plume.

« Je suis désolée, mais je n’ai pas le choix. Promis, si tu t’en sors, il ne restera qu’une fois. »

Si je m’en sors ? L’albinos penche la tête. Toute cette histoire prend une drôle de tournure : la kunoichi ne voulait que voler au secours d’un louveteau, pas perdre la vie dans une épreuve non-sollicitée !

« Je peux refuser ? »

Trois petits mots, tombés du bout des lèvres. Une tentative de fuir, une hésitation face à l’adversité. Faut-il mourir pour son trésor ? Même si ce n’est pas un trésor ? Midori se mordille doucement la lèvre. Elle n’est pas certaine de vouloir prendre tant de risques, même si ça lui offre une belle meute de loups. Ça ne brille pas, un loup. C’est fort, mais elle est forte aussi. Ce n’est pas aussi primordial que sa quête de trésors. Et puis, que ferait Kaku’, si elle disparaissait ? Une partie de l’albinos apprécie de se dire qu’il a tout de même besoin d’elle, parfois. Qu’ils sont un duo, quoi qu’il arrive. Alors elle hésite. La louve en profite pour revenir à la charge.

« Voyons, Midori, tu penses que je vais jeter une si belle opportunité droit dans les flammes ? Tu ne mourras pas, quoi qu’il arrive. Mais … » Plume lève la truffe. « Je ne peux pas dire que ce soit l’expérience la plus amusante qui soit. »

Pas quelque chose de mortel, mais pas quelque chose de très drôle. Mais ce n’est pas quelque chose qui puisse la tuer, quoi qu’il arrive. Donc ça lui convient.

« D’accord. Je te suis. »

L’espace se tord une nouvelle fois. La verdure omniprésente disparaît, laissant place à une gigantesque étendue bordeaux. Ici, il fait sombre, très sombre. Et ça sent très fort.

« Bienvenue dans le grand labyrinthe des Fenris, Midori. Tu es prête ? 
— Maintenant que j’y suis … », murmure-t-elle, peu convaincue.

Un silence. Comme si la Louve contemplait cette réponse. Elle reprend.

« Tu n’as pas de temps imparti. Ton seul but est de t’échapper. Mais je vais te laisser avec une petite subtilité … »

Un hurlement, puis l’absence. L’absence de tout. Le noir total. Il n’y a plus rien. Midori cligne des yeux plusieurs fois, avant de se rendre à l’évidence : elle ne voit plus rien. Ses yeux ne lui sont plus d’aucune utilité.
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Hideaki Midori
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Mar 24 Déc 2019 - 0:15
au-delà de l'imagination;


On pense toujours que le plus gros vide d’une existence provient du cœur. L’absence de quelqu’un, de quelque chose, ce creux créé par la disparition. Ça a toujours l’air d’être le pire, comme si rien ne pouvait dépasser cette peine. Il n’existe plus que cette tourmente, qui prend toujours tant de temps à guérir. On pense que c’est le pire, oui. Mais on n’imagine pas ce que ça peut faire de perdre un sens.

Maladroitement, Midori marche, un pied devant l’autre, jusqu’à heurter un mur. Chasser les trésors, c’est une chose, perdre sa vue pour le faire, c’en est une autre. Il y a dans sa poitrine un trou béant qui se crée, qui emporte tout dans le néant. Il n’y a plus rien, à part la peur et la frustration. Son principal outil de travail, envolé. Transformé en un vide qu’elle ne peut pas combler. Elle le sait très bien. C’est d’ailleurs sa plus grande peine : peu importe combien elle essaye, combien ses paupières s’ouvrent et se ferment : il n’y a plus de lumière. Ses prunelles ne captent plus rien. Alors, elle doit se rendre à l’évidence : il lui faut se battre sans ses yeux. C’est la « subtilité de l’épreuve », comme dirait Plume. Une malédiction comme une autre, destinée à forcer Midori à prouver sa valeur.

Pour commencer, l’albinos inspire profondément. Au bord de la crise de nerfs, elle cherche quelque chose pour garder la force de se battre. Elle pourrait abandonner, décider de s’asseoir et attendre, jusqu’à ce que la fin la fauche. Mais ce n’est pas digne de l’albinos. Son ego ne se remettrait pas d’une telle faiblesse. Il faut lever ses fesses, trouver le chemin et montrer au monde que les yeux ne sont pas les seuls outils de l’humanité. Il y a d’autres choses, qu’on ignore souvent, mais qui font de l’Homme l’exception qu’il est. Ce trésor est un trésor impalpable, pas du genre qu’elle ramènera et exposera, mais c’est tout de même un trésor. Et quand il s’agit d’une trouvaille de ce style, il ne faut jamais abandonner. Toujours livrer bataille, quel que soit l’ennemi en face. Là, l’ennemi, c’est elle. Midori, seule face à ses propres démons.

Nouvelle inspiration. Se donner du courage. Avancer pas à pas, dans le noir du labyrinthe, pour retrouver sa voie.

Pied gauche, pied droit, pied gauche, pied droit. Garder une main posée sur le mur, qui la suit au même rythme, qui capte les modifications sur le terrain. Parfois ça tourne, parfois ça continue sur une longue ligne. Midori ne sait pas où elle va, mais elle a l’impression d’avancer. C’est tout ce qu’il lui faut, le temps de trouver un plan digne de ce nom. Elle réfléchit, repense à tous les livres qu’elle a pu croiser au cours de sa courte existence. Comment font les chasseurs de trésors, habituellement ?

Un pas, puis l’autre, encore et encore. Une litanie qui tourne dans sa tête pour maintenir son attention. Ne pas voir, quelle aventure, tout de même. Quelle panique ! Comment font les aveugles ? Inspirer, expirer. Ne pas succomber à la panique. Prendre le temps d’avancer, petit à petit. Ne pas forcer, ne pas griller les étapes.

Sa main heurte une forme piquante, qui se plante instantanément dans sa peau. Grimace. Sensation désagréable, impression d’avoir beaucoup plus de sang que ce qui coule réellement. Elle ferme les yeux, ironique hein ? Inspirer une nouvelle fois. Le même rythme. Répéter la même méthode, les mêmes mouvements … Sans mettre la main sur les murs. Alors comment ?

Midori reste immobile un instant. Qu’est-ce qui est à sa portée ? Qu’est-ce qui peut l’aider ?

C’est comme cette histoire du petit garçon, dans la forêt. Pour ne pas perdre son chemin, il décide de disséminer des cailloux derrière lui …

L’illumination se fait d’un seul coup. Laisser des cristaux sur le sol, derrière elle. Si elle revient sur ses pas, nul doute que le bruit des joyaux lui permettra de savoir que ce n’est pas le bon chemin. Son rythme cardiaque décélère au fur et à mesure. Elle réfléchit à une manière d’améliorer les choses. Peut-être … En trouvant son chemin avec les échos ? Suffirait de tirer un morceau de cristal contre le mur, compter les secondes … Utiliser son cerveau, ses oreilles, peut-être aussi son nez ? Faire en sorte que le sacrifice de ses yeux ne soit pas une trop grande perte. Un handicap plus qu’autre chose.

Inspirer, expirer. Encore, toujours.
Ne surtout pas lâcher prise.

Midori progresse. Ses pas la mènent dans une direction, puis une autre. Elle marche sur un cristal et un deuxième, avant de faire demi-tour. À force, elle a la sensation d’avoir traversé l’intégralité du labyrinthe, sans pour autant en avoir trouvé la sortie. Si l’épreuve cherche à pousser ses nerfs à bout, il faut savoir que ça ne va pas tarder. À force de déambuler dans le vide, l’albinos commence à perdre patience. Comme si ce monde n’avait pas déjà assez de problèmes pour en rajouter.

Soupir.
Mais elle ne cesse pas de marcher.

Une flamme s’illumine au fond de son être. Plus Midori passe du temps à la recherche de la sortie, plus elle sent la fougue s’emparer de son corps. La perte de ses yeux finit par ne plus être un obstacle : ses pas l’ont menée probablement dans les quatre coins du labyrinthe. Il lui suffit de shooter dans un cristal pour en avoir le cœur net. C’est la même boucle, encore et encore. Alors elle prend à droite au lieu de choisir la gauche, modifie toute sa trajectoire. La main engourdie par la ronce qui y est toujours enfoncée, Midori se rappelle de ne pas toucher aux parois … Sous aucun prétexte. Même quand ses pas cognent contre une marche. Elle ne sait pas ce qui se trouve sur les murs, elle a bien trop peur de s’infliger une autre blessure.

Un pas, un autre, encore et encore. Parce que rien ne change jamais. Mais le progrès se fait sentir, définitivement. Ses pieds sont de plus en plus lourds, ses jambes la brûlent. L’odeur environnante a changé. Elle se fait moins rance, moins … herbeuse ? Surtout, ne pas lâcher. Elle bute une nouvelle fois, mais dans le vide : l’escalier est terminé. Midori l’a entièrement grimpé. Où est-ce que ça la mène ? Ça, c’est une autre question.

L’albinos décide de ne pas se précipiter. Au contraire, elle glisse encore des cristaux ici et là, pour s’assurer de garder un chemin clair, juste au cas où.

Une brise caresse sa peau. Le vent ? Ici ? Midori continue d’avancer, droit sur sa direction. Elle en profite pour humer la délicieuse odeur qui s’est levée. La même que celle dans l’enclos, tout à l’heure. Ce parfum doux et délicat, qu’elle n’a jamais senti ailleurs. Celui de Plume. Illusion ou espoir ? Elle ne sait pas. Instinctivement, sa main vient chercher l’épine, qu’elle arrache sans ménagement. Un grognement s’échappe de sa gorge. L’adrénaline dans ses veines rend la douleur moins présente. Elle presse le pas, se précipite vers l’origine du vent.

La lumière se lève, brûle ses rétines. Midori reste hébétée un instant.

« C’est fini ? »

Les yeux mi-clos, il lui faut un certain temps avant de s’habituer à la lumière. Elle apparaît à la fois comme une bénédiction et une malédiction : rester dans le noir aussi longtemps n’a pas que du bon. Heureusement, ses autres sens semblent toujours suffisamment en alerte pour lui indiquer l’arrivée de Plume. Par le bruit, d’abord, mais aussi par l’odeur. Cette fameuse odeur.

Un sourire. Plume est rassurante, finalement. Un peu sadique, mais Midori pense pouvoir la comprendre. Il lui faut quelqu’un de confiance à qui confier ses louveteaux.

« Félicitations, Hideaki Midori. »

Elle connaît mon nom ? L’albinos lève la main au-dessus de son front en visière, pour avoir un peu plus de visibilité. Le pelage presque immaculé de la louve ne lui rend pas la tâche beaucoup plus simple. Plume s’approche un peu plus, à portée du bras de l’humaine. Elle dépose un parchemin au sol, ouvert.

« Tout de même, il faut bien que je connaisse la personne avec qui je vais partager ma puissance, non ? »

Midori pouffe.

« Vu de cette manière, en effet … »

Elle recouvre la vue petit à petit. Les écritures apparaissent à ses yeux sur le papier blanc. Quelques noms traînent avant le sien, sous lesquels se trouve systématiquement une empreinte tracée avec du sang. L’adrénaline dans ses veines atteint son niveau maximal. Elle va signer le pacte des loups, avec Plume. La grande matriarche. Son rythme cardiaque explose.

« Wow … »

La louve met un coup de truffe sur le haut de la tête de Midori.

« Allez, tu peux signer. Bienvenue dans la famille-mère des Fenrisúlfr, Midori. Tu as prouvé ta valeur. Félicitations. »

L’albinos profite du sang presque coagulé sur sa main pour signer le pacte à son tour. Elle ne comprend pas encore tout à fait l’euphorie qui s’est emparée d’elle, tout comme elle ne sait pas combien de temps cette sensation durera. Mais elle est là et c’est déjà incroyable.
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au-delà de l'imagination; solo

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