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La fin d'un chapitre [Kuchyose]


Lun 7 Aoû 2017 - 7:01

La fin d'un chapitre - Acquisition du Pacte d'Invocation de l'Ours

Les préparatifs


Il faisait toujours aussi froid sur Iwa et les montagnes. L’attaque sur le village avait amené le cœur de l’hiver jusque sur le village. En guise de punition peut-être? C’était ce que les vieux superstitieux et les prieurs d’esprit croyaient. Akimoto ne faisait pas partie de ces gens, mais il ne pouvait pas s’empêcher de porter un regard inquiet sur ses compères. De haut de la demeure des Borukan, dans son nouveau bureau de chef, il contemplait par la fenêtre tout le village. D’ici, du haut des plateaux qui entouraient Iwa, il avait une vue prenante et magnifique sur le cœur commerçant. En tant que Chef de clan, Akimoto avait un devoir envers les siens, la responsabilité incorruptible de les protéger coute que coute. Mais pas seulement envers les siens selon lui, il avait également un devoir envers le village. Les Borukan étaient l’une de ses familles fondatrices et en tant que telles, le rouquin ne pouvait rester les bras croisés et laisser les siens profiter de leur statue sans conséquence. Dernièrement, la montagne avait passé un pacte avec l’une des nouvelles têtes du village, Nagamasa Chôgen le samouraï, faisant du clan Borukan une part intégrale de sa nouvelle unité spéciale de défense du village. Ainsi, le clan des manipulateurs de lave prenait la place qui leur revenait : celle du bouclier protecteur de la nation Iwajin.

« Tu vas rester planté là à regarder la neige longtemps? Ou tu vas t’asseoir et prendre le thé? C’est pour ça que tu m’as invité ici, non ? » lui demanda une vieille dame assise dans l’un des fauteuils devant son bureau. Akimoto était dérangé par quelque chose, quelque chose d’autre que les évènements des dernières semaines, que la protection du village, que son nouveau titre. Et cela faisait de nombreuses semaines que cela le tracassait. « Oui, désoler Tsukihiko-dono. Je suis un peu préoccupé ces derniers temps. » Le grand rouquin quitta la fenêtre pour se diriger vers son bureau et s’asseoir dans l’imposant fauteuil rouge et noir. À sa nomination, il avait dû faire changer quelques pièces du mobilier pour les adapter à sa taille de mastodonte. « Tsss, Tssss...Pas de ça avec moi. Ce n’est pas une manière de s’adresser à sa grand-mère! » répondit la vieille dame presque aussitôt, pointant Akimoto de son doigt crochu. « Bouhaha! D’accord Obasan. » Borukan Tsukihiko était l’une des anciennes du clan – ce groupe informel de figures importantes qui épaulait au besoin le chef du clan et dont les exploits étaient adulés – la Reine du Nord qu’on l’appelait. Akimoto avait toujours trouvé ce surnom amusant. Elle avait été affublée de ce mignon sobriquet parce qu’elle était la première Borukan à avoir traversé les montagnes au nord du pays, au-delà du mont Hachiman, pour conquérir cette région et ses tribus. Certains la portaient en ridicule puisque, au-delà de ces montagnes, il n’y a pratiquement rien de viable. ‘La Reine de Rien’ l’appelle ces détracteurs. Mais l’Obasan du rouquin s’était toujours moqué de ces gens. Si elle s’était établie là, dans l’arrière cul du pays de la terre, s’était pour avoir la sainte paix, loin des bisbilles du clan. Elle vivait tranquillement ses vieux jours, en compagnie d’une poignée d’autres Borukan dans un petit domaine qu’elle s’est construit avec l’argent qu’elle s’est fait avec les mines de diamant qu’elle a découvertes.


Borukan Tsukiko - Ancienne du clan et grand-mère d'Akimoto

Sirotant sa tasse de thé, Akimoto portait un air distrait. « Alors, tu vas me dire ce qui se passe oui ou non ? » dit-elle en déposant sa tasse de thé sur le bureau. Il reprit une gorgée, le liquide chaud dévala le long de sa gorge, le réchauffant minimalement. Saloperie de froid se disait-il, il l’avait toujours détesté. « Il y a quelques semaines, juste avant l’attaque, je suis tombé sur un vieux fantôme…Ryûko et ses hommes. » Tout ça semblait lointain maintenant, avec l’attaque sur le village, il avait presque oublié cette histoire…mais avec la tension qui était retombée, il n’avait pas pu s’empêcher d’y repenser. « Et? » répondit avec désinvolture la vieille dame. « L’histoire est compliquée, j’étais en train d’escorter un vieux marchand. Bref je me suis débarrassé d’eux, mais j’ai l’étrange impression qu’il est toujours vivant. Là, quelque part dans ces montagnes à me regarder. » Son visage avait bel et bien été touché par l’attaque du jeune Chôkoku qui l’accompagnait ce jour-là. Mais Akimoto connaissait trop bien l’exilé Borukan. Ce n’est pas l’attaque – aussi directe soit-elle – d’un petit genin de pacotille qui allait le faire claquer. « Hum? Tu n’as pas envoyé une équipe de récupération s’occuper des corps? » C’est là que l’histoire se compliquait…Si seulement le rouquin avait suivi le protocole, ces tracas d’aujourd’hui n’existeraient pas. « Hum…c’est compliqué comme j’ai dit. Je n’ai pas mentionné la rencontre dans mon rapport…pour aider le genin qui m’accompagnait. » Seitamaro…Le jeune genin à l’esprit troublé qu’Akimoto avait voulu sauver. Pour quoi au final? Il se le demandait bien puisque le gamin ne donnait plus signe de vie. « Tsss! Tu deviens mou garçon! » rouspéta Tsukiko en se servant de nouveau du thé. « Je sais, je sais…c’était une erreur. » La montagne regrettait sa décision depuis le premier jour. Si seulement il n’avait pas été aussi bête. « Il te hante toujours Ryûko, n’est-ce pas? Après tant d’années…vous étiez proche tous les deux…Maintenant que le vieux grippe-sou a claqué, vous deux garçons êtes tout ce qui reste de son héritage, ces derniers élèves. » Les mots étaient faibles. Akimoto et Ryûko avaient été un duo inséparable pendant pratiquement trente ans. Des couches à l’épée, ils avaient grandi ensemble, leurs pères étant de très bons amis. Tous les deux avaient suivi l’enseignement de maître Kyokai et tous les deux avaient fait honneur au clan pendant des années, jusqu’à ce que Ryûko commette l’irréparable et soit banni du clan. « Oui…Il est peut-être mort, mais j’ai dû mal à le croire. Tant que je ne verrai pas son corps de mes propres yeux, je ne dormirai pas en paix. Et puis…il a quelque chose que je dois récupérer. Au terme de notre formation, Kyokai-sensei nous a remis à chaque un cadeau : à moi, le secret de l’une de ses techniques les plus puissantes, à lui, son pacte avec le clan ursidé. Je ne peux pas tolérer que l’héritage du maître disparaisse ainsi, enseveli quelque part sous la montagne. » Le Pacte de l’Ours était un trésor chéri par les Borukan depuis des centaines d’années, les deux clans avaient toujours été unis par un lien étroit, jusqu’à ce que Ryûko ne les pervertisse et ne les plonge dans une guerre civile… « Qu’est-ce que tu attends alors? » dit-elle sérieusement. « Je suis chef de clan maintenant…J’ai des responsabilités, je ne peux pas quitter comme ça en claquant des doigts pour m’occuper de problème personnel. » Akimoto avait tant de choses à faire depuis sa nomination. Et beaucoup restait encore à faire. Il commençait presque à regretter d’avoir accepté. Les choses étaient si simples avant. « Tssss sottise garçon. Tu es Chef de clan, tu fais bien ce qui te chante de faire. » ajouta-t-elle en rigolant. Bien sûr qu’elle proposait ça, s’il y en avait bien une chez les Borukan qui savait faire fi des règles et des lois sans scrupules, c’était bien elle.

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Le voyage


Quelques jours plus tard, Akimoto s’était décidé. Il avait réglé tout ce qu’il y avait de plus urgent à faire en lien avec sa succession en tant que Chef de clan et à la nomination d’un nouveau Triumvirat dirigeant pour Iwa. Sa rencontre avec le nouveau chef militaire – le Gunjiteki – Nagamasa Chôgen avait été particulièrement fructueuse, le Borukan en était fier. Maintenant que les affaires urgentes été réglées, il pouvait partir la tête plus tranquille. Sa courte discussion avec la vieille du Nord avant qu’elle ne reparte chez elle l’avait convaincu d’agir. Cette histoire entre Ryûko et lui datait de trop longtemps pour être laissée en plan de la sorte, et personne d’autre que lui ne pouvait la conclure. Akimoto ne pouvait pas laisser la confirmation – ou l’infirmation – de la mort de son plus grand rival entre les mains d’une équipe d’enquêteurs incompétents. Non, il s’agissait d’une tâche dont lui seul pouvait se charger.

Au petit matin, après avoir signé la dernière montagne de paperasse qui l’attendait sur son bureau, il prévint son assistant qu’il s’absenterait pour quelques jours. « Q..Quoi ?! Vous partez comme ça ? Mais… » avait-il tenté de rouspéter avant qu’Akimoto ne lui colle une claque derrière la tête. « Shhhht ! Je décide, tu exécute, c’est tout. Je te laisse t’occuper des petits dossiers pendant mon absence, les autres attendront. » s’était-il contenté de donner en guise d’explication. « Et votre rendez-vous de ce matin avec le patron de la guilde des artisans du clan ? » Le géant se contenta d’esquisser un sourire en coin alors qu’il quittait déjà la pièce. « Trouve une bonne excuse. »

Son bagage était déjà fait, il lui suffit donc d’un court détour à sa résidence personnelle quelques rues plus loin pour être prêt à quitter. Dans un grand sac de voyage, Akimoto avait coincé tout ce qui allait lui être essentiel pendant son périple – matériels de survie de base, provisions, tente, boisson, etc. Lorsque le soleil commença finalement son ascension devant l’horizon, le grand Borukan était déjà en train de franchir les portes du village. Avec un peu de chance, il n’en aurait pas pour longtemps. À son avantage, le rouquin savait exactement où chercher en premier lieu. Cependant, comme sa dernière escapade avait scellé l’entrée principale des tunnels de ce côté si de la montagne, il allait devoir la contourner pour entrer par l’autre versant. C’est ça qui allait être long. Aussi tôt le matin, les routes étaient tranquilles, ce qui permit au Borukan de progresser rapidement le long des sentiers sinueux des montagnes. Il repensa à son dernier voyage par ici, accompagné d’une part par un genin ingrat et de l’autre par un commerçant un peu trop aventureux. Si seulement le jeune Chôkoku n’avait pas été là et qu’Akimoto avait pu exécuter sa mission seule comme il avait été convenu, jamais rien de tout ça ne se produirait. Jamais il n’aurait croisé la route de Ryûko sous la montagne et il serait toujours au chaud chez lui aujourd’hui. Lorsque midi pointa le bout de son nez, le rouquin s’arrêta en bordure de la route pour manger un morceau – trois lanières de viande séchée, quelques gorgées de saké et un bout de pain. Il s’installa sous un arbre sans feuille, tout juste à côté d’un pan de route effondrée, à l’endroit même où Seitamaro avait causé tout leur souci. Depuis ces évènements – qui remontait à plusieurs semaines déjà – la route qui s’était alors effondrée à cause d’un glissement de terrain avait été en partie remblayée et consolidée à l’aide de gros billots de bois. Heureusement pour le Borukan, parce que sinon son chemin aurait été de plusieurs jours plus longs, puisqu’il aurait dû faire un énorme détour par la vallée en contre-bas du ravin pour contourner la montagne. Il engloutit sa collation de midi en quelques bouchés avant de reprendre la route.

Si l’avant-midi avant été clément, peu de temps après sa pause, le ciel s’était assombri et une fine neige tombait à présent dans les montagnes. La température chuta drastiquement, ce qui força le Borukan à sortir une petite laine pour se garder au chaud. Les rumeurs et les légendes disent que les Borukan ne craignent pas le froid, que la lave qui coule dans leur veine les gardes en chaud…Chaque fois qu’Akimoto entendait une histoire du genre, cela le faisait bien rire. Les gens normaux qui jalousent les personnes comme lui avec de grands pouvoirs avaient toujours tendance à inventer des histoires pour pallier à leur compréhension défaillante. Malgré tout, à ce moment précis, alors qu’il marchait dans la maigre couche de neige qui commençait à s’accumuler, le vent froid se levant et balayant son visage, le rouquin aurait bien aimé que cette légende soit vrai. La montagne se contenta de rabattre le capuchon de son épaisse cape de voyage et il continua de progresser le long du sentier. En fin de journée, Akimoto arriva dans une petite bourgade du nom de Kōzan. Si Rokkusu avait été le centre névralgique du commerce et de l’artisanat dans la région, Kōzan en avait été à la même époque le centre industriel. La plupart des mines de la région transportaient leur cargaison jusqu’ici pour transformer les matériaux bruts avant de les exporter vers Iwa pour être vendues en lot. Les rues étaient désertes, la neige et le froid avaient cloisonné les habitants à l’intérieur de chez eux. La petite neige délicate s’était progressivement intensifiée tout au long de la journée. Bientôt, ce serait une véritable tempête. Mis à part quelques soldats qui patrouillaient, il n’y avait pas une âme qui vive.


Kōzan - Village industrialisé dans les montagne au nord d'Iwa

Tout près de l’entrée du village, Akimoto entra dans le premier établissement qu’il trouva, l’Auberge de l’Ours d’Argent. L’auberge ne dégageait pas le luxe, mais le Borukan savait qu’il ne trouverait pas mieux pour ce soir. Du moins, avec le froid glacial, il ne voulait pas s’en donner la peine. Dès qu’Akimoto franchit le seuil de la porte, tous regards se portèrent vers lui. Les locaux ne devaient pas s’attendre à recevoir la visite d’un étranger en cette période de l’année. Et encore moins quelqu’un d’aussi imposant que la montagne. La salle était presque vide – la saison morte fort probablement – sur la dizaine de tables sur le plancher, seulement deux étaient occupées ; un homme assis seul à côté de la fenêtre, un couple installé près du foyer. En plus, trois jeunes hommes picolaient accoudé sur le bar. « Oh! Bonsoir ! » lui dit aussitôt la jeune fille qui tenait le comptoir. Elle était visiblement tout aussi surprise que ses clients de le voir apparaître ici. « Il vous reste une chambre de libre pour la nuit? » répondit le Borukan en prenant place au bout du bar, à l’opposé des trois ivrognes. « Oui, oui certainement ! » Il aurait été étonnant qu’il n’y ait plus de place à vrai dire. « Et je te prendrais un repas chaud et une bouteille de saké. » ajouta le rouquin en sortant une poignée de piécettes de sa bourse pour la déposer sur le bar. « Très bien, je note…mais, hum…nous n’avons pas de saké ici. Que de la bière. » Akimoto soupira longuement et fit signe d’accepter la contre-offre de la tenancière. « La bière…tssss…la boisson du bas peuple. » pensa-t-il. Il n’avait jamais aimé la bière, s’étant toujours tourné vers les alcools plus nobles comme le saké. Mais aujourd’hui il n’allait pas faire son capricieux, le Borukan avait trop besoin de la chaleur réconfortante de l’alcool. Il dégusta son repas avec férocité et rapidité – un délicieux ragout de lapin très réconfortant – et il sirota son breuvage pendant un long moment, se questionnant sur la suite de son périple. Le village n’était qu’à quelques heures de marche de la sortie du tunnel, peut-être un peu plus à cause de la neige. Dans tous les cas, le shinobi allait devoir attendre le lendemain pour continuer sa route. Avant de partir, il allait devoir trouver quelqu’un pour le guider, parce que sans aucune aide, il pourrait tourner en rond pendant des semaines dans ces tunnels sans jamais croiser le lieu qu’il cherchait. Akimoto porta de nouveau son attention vers l’aubergiste, qui astiquait quelques verres pour les nettoyer. « Vous ne connaîtriez pas quelqu’un qui pourrait me guider à travers les vieux tunnels » La jeune fille sembla surprise par la question de la montagne. Son regard nerveux chercha à la fuir du regard, oscillant entre ses verres, le rouquin et les hommes de l’autre côté du bar. « Humm…non, non, je ne sais pas. » dit-elle nerveusement. « Vous êtes certaines ? Pas même quelqu’un qui y aurait déjà travaillé peut-être ? Ou qui pourrait me vendre une carte tout simplement? » Les trois ivrognes commencèrent soudainement à s’agiter. L’un deux se leva brusquement, renversant son tabouret au passage, et s’approcha d’Akimoto. « Hey! Elle t’a dit qu’elle ne savait pas. T’es sourd ou quoi? » L’ivrogne scruta le rouquin du regard, les yeux emplis de dédain. Il fixa longtemps sa ceinture qui portait la marque du village caché d’Iwa. « Tssss…On n’a rien à foutre d’un Iwajin dans ton genre par ici. Fou le camp d’ici où sinon… » Akimoto se leva d’un seul bon, renversant son siège également. Sa tête tourna quelques secondes. La bière ne lui faisait pas bien on dirait. « Ou sinon quoi ? » dit-il en se redressant pour que l’ivrogne ait pleine vision sur sa stature imposante. « HA! Comme si j’allais me laisser intimider par un Iwajin. C’est votre faute si tout va mal par ici. Vous vivez enfermé entre vos quatre murs sans vous soucier du reste du pays. Vous pensez qu’il se passe quoi pour les petits villages comme ici quand tout le commerce du pays est redirigé vers Iwa, hein ? » Il cracha au pied du Borukan, faisant rire par la même occasion ses deux compères au fond de la salle. « Retourne chez toi, on ne te veut pas ici. » Derrière son comptoir, l’aubergiste nerveuse ne savait pas quoi faire pour calmer la situation. En guise de provocation supplémentaire, l’ivrogne tenta de le pousser vers la sortie. C’était peine perdue puisqu’Akimoto chancela à peine. La montagne soupira une nouvelle fois, saisit sa chope et but ce qu’il lui restait de bière d’un seul trait. Il laissa échapper un rôt bien peu galant avant de porter son attention vers le misérable qui tentait de l’intimider. Alors que celui-ci s’apprêtait à répliquer, c’est avec une vitesse phénoménale que le rouquin écrasa sa pinte contre le visage de l’ivrogne. Le verre se fracassa contre son crâne et l’homme s’écrasa au sol quelques secondes plus tard. Aussitôt, ses deux compagnons se ruèrent vers le shinobi. Au même moment, la jeune femme derrière le bar laissa échapper un petit cri de peur. Sans forcer, Akimoto esquiva une première attaque et envoya valser un adversaire avec un puissant crochet du droit en plein ventre. Le troisième homme resta planté là quelques instants, hésitant, avant de lâcher le couteau qu’il avait dans la main. Alors qu’il s’apprêtait à détaler, le rouquin l’agrippa par le collet et le souleva dans les airs. « Alors…où en étais-je? Ah oui ! Les tunnels…Tu ne connaitrais pas quelqu’un qui puisse m’y guider, hum ? » L’ivrogne était visiblement apeuré, il n’avait aucune envie de finir comme ses deux copains. « Plus personne ne va dans les tunnels, plus depuis qu’une bande de criminelles s’y est installée. C’est une mauvaise idée d’aller là-bas. » Akimoto soupira une dernière fois et resserra son étreinte. « Je sais déjà tout ça. Les bandits ne seront plus un problème, je m’en suis débarrassé il y a quelques semaines. » Une étincelle s’alluma dans le regard de l’homme, comme si Akimoto venait de lui annoncer une bonne nouvelle « Je..J’y ai déjà travaillé, je pourrais vous faire une carte. » Aussitôt, le Borukan le relâcha.

Sa nouvelle carte de fortune en main, Akimoto aida la tenancière de l’auberge à ramasser les dégâts qu’il avait causés. Il lui tendit quelques pièces supplémentaires pour le dérangement puis le rouquin prit la direction de sa chambre à l’étage. La journée de demain serait éprouvante, il allait devoir être bien reposé.

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L’affrontement


Malheureusement, la nuit fut longue et difficile. Akimoto ne parvint pas à bien dormir. Il avait passé la nuit à s’imaginer la rencontre fatidique entre Ryûko et lui, se jouant des dizaines et des dizaines de scénarios un à la suite de l’autre. Au petit matin, après avoir tourné dans son lit sans sommeil pendant un long moment, le shinobi se leva enfin. Il prit son petit-déjeuner en silence dans la grande salle vide du rez-de-chaussée – un bol de gruau tiède, une miche de pain et une tasse de thé chaud – avant de quitter l’établissement. Dehors, il faisait encore très froid, mais la neige avait cessé de tomber. Au sol, une bonne dizaine de centimètres s’était accumulée. L’esprit perturbé, le Borukan quitta le village dans la direction que lui avait indiquée l’ivrogne sur sa carte. S’il se fiait aux indications, il aurait deux à trois heures de marche à faire avant d’atteindre sa destination – surement plus maintenant que la neige recouvrait le sentier. C’est finalement au bout de quatre qu’il atteint finalement les tunnels. À mi-chemin, il resta pris dans une fausse de neige et dut se débattre longtemps pour en sortir. À l’approche de l’entrée de la grotte, prisonnière entre deux versants rocheux, le vent s’estompa. Devant celle-ci, on y retrouvait des signes d’une occupation humaine plus ou moins récente; de l’équipement divers, des barriques vides et des matériaux laissés à l’abandon juchaient le sol. Akimoto alluma une vieille lanterne rouillée et s’enfonça sans attendre dans les profondeurs. À la pâle lueur dansante de son éclairage, le grand gaillard tenta de déchiffrer les gribouillis de sa carte de fortune – qui était en réalité davantage un amas de lignes et de directions écrites qu’une véritable carte. Il défila lentement le long des corridors sombres et humides, revenant à de nombreuses reprises sur ses pas, jusqu’à ce qu’il finisse par atterrir sur une grande section de tunnel ouverte sur deux étages, à moitié enterré par les éboulements. C’est ici que le rouquin et ses compagnons étaient tombés nez à nez avec Ryûko et sa troupe de ‘fantômes’. À partir d’ici, Akimoto n’avait plus vraiment besoin de sa carte, puisqu’il se souvenait assez bien du chemin qu’il avait emprunté pour fuir la dernière fois. Le rouquin escalada péniblement le monticule de roches et de bois jusqu’à l’étage supérieur du tunnel. Ses extrémités gelées par le froid commençaient sérieusement à le gêner dans ses déplacements. Le Borukan traça à travers les corridors de la grotte presque instinctivement : tout droit, puis à gauche, puis à droite, puis encore à gauche, puis tout droit pendant un long moment, avant de reprendre finalement une droite. C’est alors qu’il arriva à l’endroit désiré, là où l’affrontement avait eu lieu. Le tunnel devant lui était maintenant complètement bouché par la pierre. Au-delà de ce point, les tunnels s’étaient pratiquement entièrement effondrés derrière eux jusqu’à la sortie – grâce à Seitamaro qui avait usé une fois de trop de son argile explosive. Akimoto étira le bras pour porter la maigre lueur de sa lanterne un peu plus loin. Autour de lui gisaient les corps de plusieurs hommes, les bandits qu’il avait affrontés. La montagne resta plantée là quelques instants à l’endroit où il aurait dû trouver le corps de Ryûko, mais à la place, à son grand étonnement, il trouva le corps d’un ours. Le pelage de la bête avait été en partie carbonisé par le souffle d’une explosion. « L’enfoiré… » dit-il à qui aurait bien pu l’entendre. Akimoto se pencha pour observer la bête de plus près et d’un geste de la main ferma les yeux de l’ursidé qui étaient jusqu’alors restés grands ouverts. Il se releva, bouillonnant, avec le désir plus grand que jamais de foutre une raclée à l’exilé Borukan. Ryûko avait toujours été quelqu’un de sans scrupule. Mais là…Il venait de ternir une fois de trop la réputation de son clan, en échangeant la vie du pauvre animale qui lui avait juré fidélité contre la sienne. Le rouquin repéra une série de traces qui s’éloignaient des lieux, vers un couloir secondaire perpendiculaire à celui-ci. Il n’y avait aucun doute maintenant que son ancien ami s’était échappé vivant d’ici. Suivant les pas dans la poussière, Akimoto se retrouva à bientôt à progresser le long d’un tunnel ascendant. Il y marcha pendant de longues minutes durant lesquelles il pouvait voir au bout une lumière intense. Il arriva finalement dans une immense caverne creusée dans le roc, haute de plusieurs étages, qui donnait directement sur l’extérieur. Au centre de cette ouverture, un grand feu rugissait et un homme semblait s’y réchauffer. « Tu en as mis du temps dit donc. » dit-il en se retournant vers le rouquin. Son visage était partiellement déchiré et brulé. Il avait peut-être survécu, mais l’explosion avait laissé des traces irréparables chez Ryûko. « Quelle gueule tu fais…Tu es presque plus beau comme ça. »


Borukan Ryûko - Exilé du clan et ami d'enfance d'Akimoto

« Tu es venu pour m’achever, n’est-ce pas? Je me doute bien que tu n’as pas fait tout ce chemin toi-même que pour revoir ma belle gueule amochée. » Même dans une situation aussi dramatique, l’exilé tentait quand même de jouer la carte de l’humour. « Ce qui arrivera aujourd’hui n’en tient qu’à toi Ryûko. » L’homme assis éclata de rire quelques secondes avant de se transformer en une quinte de toux violente. « Foutaise. Tu sais très bien que Kyokai ne me pardonnera jamais, même si je l’implore à genou. Je n’ai peut-être plus rien pour moi et je suis peut-être au bord du gouffre de la mort, mais je ne suis pas idiot. C’est la bassine de lave qui m’attend si je me rends. » L’expression sur le visage d’Akimoto changea drastiquement. Avec tout ce qui s’était passé, il n’avait pas pensé une seule seconde au fait qu’il allait devoir annoncer la mort de leur sensei à son vieil ami. « Humm…à ce propos. Kyokai est mort. Je suis le nouveau chef de clan. » Le rouquin s’arrêta un instant, laissant du temps à son interlocuteur d’assimiler toute cette information. « Je ne peux pas t’offrir la vie. Tu le sais bien. Tu as trahi le clan, ta famille, tes amis, le village. Il est trop tard pour ça. Mais je peux t’offrir de mourir dans la dignité, entouré de tes proches, dans les traditions du clan. Tu n’as pas à t’éteindre comme un oublié, seul dans le froid de ces montagnes. Ce n’est ni digne de l’homme que tu es ni de celui que tu étais, n’est-ce pas? » Ryûko se leva en titubant. L’explosion l’avait visiblement énormément amoché. De peine et de misère, il se redressa et fit quelques pas dans la direction d’Akimoto qui du combler la distance manquante pour lui éviter de s’effondrer par terre. « Tu ferais vraiment ça pour moi? En l’honneur du bon vieux temps? » ajouta l’éclopé trouvant finalement son équilibre pour se tenir debout tout seul. Un sourire s’afficha sur son visage estropié. « Mais qu’est-ce que tu es con, toujours aussi naïf qu’autrefois. » Sorti tout droit de nulle part, un rugissement se fit entendre sur la droite des deux Borukan. Une immense bête fonça droit sur Akimoto et l’envoya valser jusqu’à l’autre bout de la grotte d’un seul coup de sa patte gigantesque.


Koguma - Prince héritier du clan Ours

Akimoto se releva de peine et de misère. Il essuya une coulisse de sang le long de sa joue. Son crâne lui faisait mal, comme s’il allait exploser d’une seconde à l’autre. Sa tête avait subi une bonne partie du choc de l’atterrissage contre la paroi rocheuse de la grotte. À côté de Ryûko se tenait maintenant un immense ours brun, revêtant une armure partielle de cuire et de métal. Le rouquin reconnut la bête immédiatement. Il s’agissait de Koguma, le plus jeune héritier du clan des Ursidés. Ryûko et la bête avaient toujours été proches, même du temps avant qu’il ne signe le pacte d’invocation des ours. Lorsqu’il avait déserté le clan et Iwa, Ryûko avait entrainé Koguma avec lui, pervertissant son jeune esprit et le poussant à se révolter contre les siens pour tenter d’usurper le trône de son père le chef des ursidés. « Tu croyais vraiment que j’allais me rendre ainsi? Sommes-nous à ce point devenus différent? Même aux portes de la mort je reste un Borukan. J’expirerai mon dernier souffle sur le champ de bataille et nulle part ailleurs. » La bête chargea de nouveau vers Akimoto. Il parvint de justesse à bloquer le coup en recouvrant ses avant-bras d’une couche de roche volcanique au dernier moment. Le rouquin n’avait pas envie de blesser le jeune Koguma, il ne savait sous l’emprise néfaste de l’exilé, comme un jeune adolescent mauvaisement influencé par un garçon plus vieux dans la cour d’école. « Koguma, reprends tes esprits! Tu vois bien qu’il te manipule! » L’ours se contenta de grogner et tenta de lui arracher la tête avec un puissant coup de mâchoire que le Borukan esquiva en bondissant vers l’arrière. « Vous ne ferez pas de mal à Maître Ryûko! Je vous en empêcherai ! » Avant que la créature ne puisse charger de nouveau, Akimoto formula le signe du tigre avec ses mains tout en prenant une grande respiration puis cracha une gerbe de lave vers l’ours qui n’eut d’autres choix que de reculer à son tour pour ne pas se retrouver calciné. La montagne profita de l’ouverture pour charger à toute allure. Non pas vers l’ours, mais vers sa véritable cible. Une fois à portée, prenant Ryûko par surprise, il lui décocha un puissant coup de pied en pleine poitrine qui le fit valser. L’infirme – déjà à bout de force – s’écroula au sol. Avant qu’Akimoto ne puisse s’en saisir, Koguma était déjà de retour à la charge. L’ours écrasa ses énormes pattes au sol, qui se déchira et se souleva sous l’impact. Une pluie de roche s’abattit alors dans la direction du Borukan. Ce dernier, n’ayant pas le temps d’esquiver une attaque d’une telle ampleur, plaqua à son tour ses mains au sol. Aussitôt, une vague de lave en émergea et se solidifia aussitôt. Le mur de pierre volcanique bloqua quelques-uns des plus petits projectiles de roche de l’ours avant d’éclater en morceau sous l’impact d’un plus gros rocher. Akimoto en avait assez de jouer maintenant. Profitant de l’érection de son mur de lave, il s’était déplacé vers la gauche de l’ours, jusque dans son angle mort. Là, le rouquin concentra son chakra Yôton dans l’ensemble de son corps jusqu’à ce que ce dernier soit recouvert en entier d’une aura chakratique brulante. Sous cette aura, sa peau s’épaissit et noircit, craquant à certains endroits donna l’impression que de la lave coulait sous celle-ci.


Akimoto utilisant sa technique de la Crinière du Lion

Le géant de lave fonça alors vers l’ours distrait et l’assomma d’un puissant coup de poing directement sur le dessus du crâne qui l’envoya s’écraser au sol. Akimoto se tourna alors vers Ryûko qui n’avait toujours pas réussi à se relever. « Mourir au combat? C’est ce que tu appelles te battre? Tu fais souffrir une créature innocente à ta place? » hurla Akimoto visiblement en colère. « Ce sont les règles du jeu, j’ai signé le pacte, il m’appartient ! » La montagne s’avança d’un pas déterminé vers son ancien ami et le saisi par le collet de son manteau. « Il n’est pas un vulgaire jouet dont tu peux disposer comme bon te semble! Tu n’as rien retenu des enseignements de maître Kyokai ? » La chaleur qui se dégageait de son corps de lave était immonde. Bientôt, autour de son poing, les vêtements de l’exilé commencèrent à prendre feu. « Tu ne mérites pas de mourir dignement au combat! Tu n’es qu’un lâche, un traitre. Et tu mourras ainsi ! » Le rouquin usa de sa deuxième main pour tirer Ryûko par les cheveux pour le forcer à se relever complètement. Il le rapprocha ensuite suffisamment de lui pour accélérer la combustion déjà entamée de ses vêtements et maintenant de ses cheveux. L’estropié hurlait déjà de douleur, mais Akimoto n’en avait plus rien à faire. Il se débattait, tentant de se défaire de son emprise ardente. La douleur l’emportait, il ne pouvait déjà plus rien dire. Puis, soudainement, il le laissa tomber de nouveau au sol et recula de quelques pas en dissipant sa technique. Haletant, Akimoto regarda la scène de désolation devant lui. Le corps bientôt carbonisé de Ryûko gisait devant lui et à ses côtés la noble bête blessée ne bougeait plus, visiblement plus calme soudainement. Il s’en approcha lentement et enfonça sa main dans le pelage au-dessus de son crâne. « Ça va aller mon grand…tout est terminé. Tu n’as plus à lutter. Il est parti maintenant, tu n’auras plus jamais à être forcé de faire quoi que ce soit désormais. » La bête releva la tête péniblement en gémissant, trop épuisée pour bouger davantage. « Pourrais-tu appeler Kuma-dono pour moi s’il te plait? » L’ours acquiesça et ferma les yeux. Quelques secondes plus tard, une explosion de fumée à leur côté se manifesta. Une fois dissipée, la poussière blanche révéla un nouvel ursidé au pelage roux et blanc. « Akimoto-kun. Cela fait longtemps. » dit-il simplement. Sa voix était grave et profonde, son écho résonnait sans fin dans la caverne. « J’aurais aimé que notre réunion se fasse dans de meilleures circonstances. » Akimoto s’agenouilla devant la noble bête. Il s’agissait de Ōkuma, le plus ancien et le plus vénéré de tous les membres du clan des ursidés. Pendant des années, il avait été le compagnon de son maître Kyokai. « Comme promis il y a des années, j’ai enfin libéré Koguma de l’emprise de Ryûko. Il va pouvoir rentrer chez lui. » Le Roi des Ours posa sa patte sur la tête d’Akimoto, même lui du haut de ses deux mètres paraissait petit face à cette majestueuse créature. « Et je t’en serai éternellement reconnaissant. Merci. »


Ōkuma - Roi du Clan des Ours

« Ryûko vaincu et Kyokai n’étant plus. Il n’y a plus personne pour posséder notre pacte. Étant le dernier hérité de Kyokai et le nouveau chef du clan Borukan, il te revient de droit. Telle aurait été sa volonté j’en suis certain. » Il joint ses deux pattes l’une à l’autre, ses longues moustaches virevoltèrent autour de lui, et il les plaqua contre le sol devant lui. Lorsqu’il les retira, un énorme rouleau de parchemin en fut extirpé. L’ours déposa le rouleau devant lui et le déroula. Une succession de noms y apparaissait, il s’agissait de ceux de tous les Borukan qui avaient possédé le pacte jusqu’à ce jour. Il n’avait pas besoin de poser de question, il était présent le jour où son confrère avait signé le pacte. En silence, Akimoto mordit son doigt et de son sang il apposa sa signature sur le rouleau, au côté de celui de Ryûko et de celui de son défunt maitre. Le vieil ours referma le parchemin et il le tendit vers le rouquin. « Ceci t’appartient désormais. Nous sommes maintenant tiens, comme tu es maintenant nôtre. Akimoto, Chef des Borukan et Seigneur de l’Ours. » Sur ces paroles, l’ursidé posa sa patte sur le corps de son frère inconscient et ils disparurent tous les deux dans un nouveau nuage de fumée blanche.

Épuisé, le rouquin se laissa tomber sur le dos. C’était enfin terminé.


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« A King must be greedier, laugh louder and be more furious then anyone else.
He must exemplify the extreme of all things, including good and evil. »

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