Soutenez le forum !
1234
Derniers sujets
Partagez

[SOLO] Cette nuit là

Tokugawa Hiromi
Tokugawa Hiromi

[SOLO] Cette nuit là Empty
Lun 23 Déc 2019 - 21:35


Eté 203 - prise de Kumo

La nuit estivale portait une fine brise d’Est en Ouest, transportant de douces senteurs des champs de thés s’étendant à quelques kilomètres du village. Bien qu’initialement fraîche, la soirée se réchauffa après minuit. Le village, apparemment endormi est pourtant pleinement éveillé. Depuis le ciel, rien ne laissait supposer une quelconque activité, mais plus notre regard se rapproche du sol, plus il est facile de distinguer les danses funèbres qui se déroulent dans les rues de Kumo. Ça et là, il est possible de deviner un corps allongé, endormi à même le sol au milieu d’une rue mouchetée de sombres tâches. En quelques minutes, de grands brasiers se déclenchèrent et vinrent illuminer le ciel du Pays de la Foudre. La brise, qui fût il y a encore quelques minutes, d’une douceur infinie se révéla cruelle et fourbe. Attisant les flammes autant que transportant les mortelles fumées à travers les rues désertes. Les frêles maisons de bois ne purent résister à l’appétit du feu qui, à l’image d’une bête féroce, déchiqueta bois et tissus, ne laissant que des cendres sur son passage. Si nous tendons l’oreille, il n’est pas bien difficile de deviner les cris et les pleurs de femmes et d’enfants, se mêler aux râles d’hommes laissés pour mort.

Dans une maison sans prétention, comme il en existe des centaines, au beau milieu de ce village, un jardin semblait épargné par les flammes. Au centre de celui-ci, se dressait un arbre. Majestueux, éblouissant. Le cerisier, véritable gardien des lieux, assistait impuissant aux attaques du brasier sur le quartier qu’il était censé protéger. A ses pieds, ou devrait-on dire, ses racines. Se trouvait un banc en pierre. Obéissant aux normes du quartier, ce banc n’avait rien d’incroyable, tout au contraire il assumait une certaine banalité. De ses pieds, se déroulait un chemin fait de pierres plates et polies qui menait à la maison sans prétention. Sa porte était ouverte et le vent et la poussière ne se firent point prier pour y entrer. Ils s’insinuèrent partout, dans les plis, sous les meubles et sur les rideaux. Les flammes sont encore loin mais l’odeur qu’elles transportent, porte à croire qu’elles se rapprochent indéniablement.

Entre la poussière et les feuilles trainées jusqu’ici par le vent, se trouve un homme. Celui-ci est allongé sur le dos, les bras reposés et les traits tirés. La situation est pour le moins cocasse. Un homme si calme, les yeux clos et les muscles relâchés alors qu’autour de sa demeure, la Mort sonnait son glas et fauchait les âmes. Mais si l’on se rapproche et que l’on porte attention aux détails, quelque chose cloche. Un filet d’un liquide ocre s’écoulait doucement le long du corps de l’homme. La position de ce dernier est loin d’être aussi douce. Allongé sur le sol, posé sur des planches de bois, son sang s’écoulait. De son dos. De sa bouche. De sa cuisse. De ses yeux. De son ventre.

L’odeur de la Mort s’était infiltrée jusqu’ici. Mais l’atmosphère qui couvait dans cette maison était différente de l’atmosphère mortifère qui couvait les rues de Kumo. La haine rampant le long des murs. La folie résonnant dans les pièces et la violence hurlant dans chaque objet. A côté de ce corps sans vie, une panoplie de lames reposent sur le sol. Toutes imbibées de sang encore chaud. A ce sombre tableau, s’ajouta un bruit pour fendre le silence. Une voix féminine. Seule. Elle s’élevait au-dessus du crépitement des flammes, portée par une sonorité monotone. Une chansonnette sans parole. Une répétition. Sous ce chant prophétique, les hurlements de l’homme étaient audibles à toute personne dotée d’imagination. Des hurlements atroces. Pitoyables.

La scène était pourtant évidente. La poupée au sourire figé, maniait une lame rouillée, émoussée, sale. Sous la chansonnette sans âme de sa maitresse, elle immobilisa d’abord sa victime. L’homme hurlant son désespoir était seul. Nul ne l’entendit. Qui aurait pu ? Le village était en proie au désastre. Qui aurait cru que cet homme courait le même danger que les combattants en première ligne ? Et pourtant.

Elle rit.

Elle rit encore et encore tandis que la chanson se poursuivait. D’une, la voix passa à deux, puis trois. De chaque pièce de la maison, la même voix s’élevait. Monotone, sans émotion. Les larmes de l’homme vinrent se mêler à son sang et abreuvèrent le sol. Il hurlait si fort qu’il en perdit la voix. Et puis la chanson cessa. Pour quelques secondes du moins. Durant ce laps de temps, une question se fit entendre.


_ Alors Père ? Vous ne voulez plus jouer avec nous ?

Le visage jusqu’alors inexpressif de l’enfant changea. Ses lèvres s’étirèrent jusqu’à former un sourire forcé laissant entrevoir les dents recouvertes de salive. Elle leva les mains au ciel et se mit à chanter de nouveau en unissons avec les autres voix. La poupée aux visage figé se mit à son tour à sourire, rompant par ce biais, les agrafes qui vinrent se planter dans les yeux de l’homme. Puis la danse des couteaux pu débuter. Encore et encore.

Au petit matin, le village de Kumo était tombé.
Hiromi a perdu sa mère et tué son père.
Mais elle trouva également sa liberté.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
http://www.ascentofshinobi.com/t8076-tokugawa-hiromi-aujourd-hui-maman-est-morte-termine?nid=2#67503
Tokugawa Hiromi
Tokugawa Hiromi

[SOLO] Cette nuit là Empty
Jeu 26 Déc 2019 - 17:34


Il aura fallu attendre de nombreuses heures avant que quelqu’un ne daigne entrer dans cette maison de l’horreur. Des heures, peut être même des jours. Comment savoir ? Un laps de temps assez long pour une adolescente seule au milieu d’une ville en proie au désastre d’une invasion. Tout s’était passé si vite. Tant de vies disparues en quelques heures puis des jours de supplices durant lesquels les survivants attendaient impatiemment le retour d’un être cher disparu. Hiromi attendit patiemment sa mère. Jamais elle ne s’aventura à l’extérieur de la demeure familiale, dévorant les réserves de nourritures sur le corps sans vie de son paternel. Un silence pesant planait au-dessus du lieu. Parfois, une brise entraînait avec elle quelques sons provenant du quartier. Des pleurs, des ordres, des insultes. Elle n’en avait cure. Son attention s’était envolée. Depuis l’assassinat son esprit s’est égaré dans les limbes de son imaginaire. Jusqu’à ce que des pas vinrent tourmenter ses réflexions.

Ce n’était point la maternelle. A vrai dire, ce n’était personne. Elle ne connaissait pas cet étranger venu troubler le repos de sa demeure. L’homme portait un bandeau, celui du Pays de la Foudre. La tête blonde, assise près du corps plongea son regard doré dans celui du nouveau venu. L’homme s’arrêta net à la vue du corps. Très vite, ses yeux se posèrent sur l’enfant mais aucun son ne sortit de sa bouche.


_ C’est dommage dit-elle.

Le guerrier hocha la tête. A la différence de la fille du défunt, une foule de sentiment se précipitaient dans les pupilles de l’invité. Que dire à cet instant qui était réellement utile ? Pas grand-chose. Il proposa néanmoins à la demoiselle de l’emmener en sûreté, loin de ce lieu puant la mort et la folie. Hiromi refusa, prétextant attendre sa mère. A cela, l’homme baissa la tête. Il répondit que sa mère l’attendait à l’académie, là où tous les enfants furent rassemblés. Le mensonge était trop gros mais un enfant est prêt à croire aux anges pour revoir ceux qu’il aime. Alors l’enfant suivi le shinobi jusqu’à l’académie sans faire d’histoire, questionnant ça et là sur l’issue et les conséquences de cette bataille. L’homme ne savait trop quoi répondre. Il n’était pas difficile de comprendre que la tête blonde attendait une réponse sérieuse, complète, honnête. Mais comment avouer l’incertitude sans briser l’espoir d’un enfant. Il préféra éviter la question. Assumant le doute, exhortant l’enfant à ne rien faire de stupide et de se conformer aux règles pour protéger sa vie.

C’est à ce moment qu’elle comprit que tout était fini. Kumo est tombé. La suite est incertaine mais dorénavant, elle ne sera plus libre. Elles ne seront plus libres. Arrivée à l’académie, Hiromi resta seule attendant le retour de sa mère. Il lui fallu trois jours pour que quelqu’un puisse enfin lui avouer son décès. En revanche, elle ne pu voir son corps. Jamais. Déjà incinéré qu’on lui a dit.

Et c’est ainsi que s’éteint la liberté
Sous une pluie ardente

À la suite des destructions occasionnées, on la relogea. Un peu tard, deux semaines après l’événement. Elle eut le temps de perdre du poids, beaucoup de poids. Ainsi que de pleurer toutes les larmes qu’elle pouvait évacuer. Dorénavant, la voici vivant seule. Dans une chambre. On l’autorisa à la décorer à sa sauce. Il lui fallu du temps pour admettre que cette pièce vide était son nouveau chez-elle. Plus encore pour acheter quelques babioles et les disposer dans son petit nid.

A la fin de l’été, les adultes encouragèrent les enfants comme elle à se remettre à leur travail. A poursuivre la voie du shinobi. Avait-elle réellement envie de poursuivre ? Elle-même ne le savait pas. Toujours est-il qu’ils avaient raison. Il fallait s’y mettre une bonne fois pour toutes. Au moins pour gagner sa croûte. Hiromi se mit donc à la lecture et se lança dans la conception de sa marionnette. Celle qui devait rester à ses côtés pour la protéger et l’aider à surmonter les épreuves de ce monde.

Mais surtout casser des gueules.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
http://www.ascentofshinobi.com/t8076-tokugawa-hiromi-aujourd-hui-maman-est-morte-termine?nid=2#67503
Tokugawa Hiromi
Tokugawa Hiromi

[SOLO] Cette nuit là Empty
Sam 28 Déc 2019 - 22:28


Une nuit d’automne sans lune, sans nuage. Le village de Kumo semblait éteint, non pas au sens propre puisque quelques éclairages restaient allumés mais bien au sens figuré. Nulle âme ne s’aventurait dans les ténèbres nocturnes à cette heure si tardive, rendez-vous compte, il était presque trois heures. Et pourtant, cette atmosphère que l’homme voyait comme lugubre était au contraire un gage de sérénité pour de nombreuses bêtes, petites et moins petites, profitant de l’absence éphémère du brouhaha accompagnant le cycle solaire. Quelques lumières éclairent de façon saccadée -due à leurs grésillements- des oiseaux nocturnes venus chasser le mulot ou la souris.

Ces pauvres rongeurs, victimes de leur taille et, tout compte fait, de leur état, tout simplement, bénéficiaient néanmoins d’un terrain de jeu propice à la retraite précipitée depuis la bataille du Village Caché. De nombreuses cavités leur permettent de se protéger de leur ennemi héréditaire et de prospérer à l’abri. Un mal pour un bien. Ironie quand tu nous tiens.

Le silence de la nuit dominait le village, ébruité par moment par le hurlement peu flatteur d’un chat, crachant certainement sur un congénère pour protéger une poubelle, son repas. Pourtant, celui-ci fut brisé par une voix enfantine. Bien que pour certain-es, elles furent plusieurs. Celles-ci vinrent se fondre dans les ténèbres du moment, s’évanouissant avec la distance. Ne reste alors qu’un écho insaisissable, à peine perceptible.



"Puisque Morphée n’a plus ta poupée
Ne la laisse point toute seule à trembler
Car l'Hijin sans cœur
Aime l’or et l’horreur
S’en va, s’en vient
Ne laissant rien que chagrin et malheur
Sombres malheurs"



Le son provenait d’un bâtiment rongé par les années. Au dernier étage, se trouvait une fenêtre. Une parmi tant d’autres mais seule celle-ci nous intéresse aujourd’hui. De cette fenêtre se dégageait une lumière tremblotante, instable, troublée. Les plus perspicaces parleront d’un feu, d’une bougie. Une seule ? Non, possiblement trois, cinq, dix, qui sait ? La fenêtre est ouverte. Chose insensée à cette période de l’année, de nuit qui plus est. Pourtant les faits sont là. Plus on se rapproche, plus la voix devient claire. Si nous traversons la fenêtre un étrange spectacle prend alors vie sous nos yeux.

Tout en chantonnant, la jeune adolescente à la psyché vagabonde tricotte ce qui ressemble à un vêtement. A ses côtés se trouve un être difforme mais dont il est possible de reconnaître un semblant de forme humaine. Fait de bois et de… d’autres éléments impossibles à déterminer, il fixait le sol de son unique œil. Le pantin probablement inachevé est doté d’un sourire figé, lui aussi inachevé, laissant entrevoir son corps creux. Il était alors possible de le voir. De la voir. La machine de mort qu’il est. L’instrument de torture qu’il aspire à devenir. Ou plutôt qu’elle aspire à créer.

Le poème tout juste terminé qu’elle le recommença. Encore et encore. Inlassablement. Ses yeux cernés par la fatigue se mirent à pleurer par automatisme, exigeant une humidité qu’Hiromi leur refusait depuis presque dix longues minutes. Les gouttes tombèrent sur le sol, sur le tissu aussi. La chose la fit sourire. La première larme sera donc la sienne. Quelle ironie. Un objet censé la protéger, recueillant les larmes de sa créatrice. Le sourire se transforma en rire. Un rire cristallin. Monotone. Celui-ci résonna dans la pièce, réveillant certainement ses voisins. Passant ses doigts sur son visage, elle en tira la peau tout en levant les yeux vers le ciel. Impatiente de voir son travail, elle se lança à l’assaut de sa technique et réveilla son pantin qui se leva pour tenir en équilibre sur ses jambes elles aussi, inachevées. Fière de sa création, elle le fit danser sur les notes de sa mélodie avant de le faire jouer de son shamisen et de danser à son tour.



"Ferme tes yeux chère poupée adorée
Ne crie pas, silence, reste figée
Car l'Hijin hardi
L’or pour seul ami
Te hachera, te tranchera
Fera de toi
Son repas de la nuit...

De... la... nuit..."



F I N

_________________
Revenir en haut Aller en bas
http://www.ascentofshinobi.com/t8076-tokugawa-hiromi-aujourd-hui-maman-est-morte-termine?nid=2#67503

[SOLO] Cette nuit là

Page 1 sur 1

Ascent of Shinobi :: Souvenirs et correspondances :: Flashbacks
Sauter vers: