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La base du savoir est l'ignorance [Solo]

Hotaru
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Mar 24 Déc 2019 - 17:13

L'îlot de Hakari, un jour d'été. Hotaru avait dix-huit ou dix-neuf ans. C'était un jeune homme foncièrement beau, et doté d'un esprit remarquablement vif. Un peu trop, peut être, pour le commun des habitants de son village. Car un esprit vif est prompt à la critique lorsque quelque chose ne fonctionne pas correctement, ou au meilleur de ses capacités. Et des choses comme celle-ci, il y en avait pléthore dans le village de Hotaru ... A cela s'ajoutait le fait qu'il était considéré comme une sorte de paria à cause de ses pouvoirs pour le moins singuliers. On l'avait élevé à l'écart des autres enfants, et son premier ami avait été un garçon partageant la même nature que lui. Bref, il était une sorte d'électron libre, isolé, mais en pleine possession de ses capacités cognitives, qu'il ne manquait pas d'exercer sur son environnement immédiat.

C'était la saison des moissons. On récoltait le blé dans les champs entourant le village, et cette tâche annuelle réclamait le plein engagement de tous les hommes du village. Hotaru en était exclu, bien évidemment. Il se contentait de les voir revenir, chaque soir, titubant de fatigue vers la taverne pour reconstituer quelques forces à grandes lampées d'alcool avant de retrouver au hasard de la nuit le chemin de leur maisonnée. Là, il n'était pas rare que les époux battent leurs femmes, et les frères leurs soeurs. Et le lendemain, aux premiers rayons du soleil, ils repartaient, déjà fourbus, la faux à l'épaule et leur casse-croûte dans la poche. Et tout cela recommençait, sans jamais finir avant que les chaleurs de l'été soient passées.

Hotaru passait ses journées au village, ou flânait dans la campagne environnante, évitant soigneusement les champs où grouillait tout le peuple des paysans. Parfois, il assistait les femmes dans leurs propres tâches. Elles auraient très bien pu aller prêter main forte à leurs hommes dans les champs - elles avaient démontré plus d'une fois qu'elles avaient la robustesse nécessaire pour ce genre de labeur - mais il fallait bien quelqu'un pour nourrir les enfants, laver les linges, préparer des repas et panser les blessures de ceux qui, à force de travail, étaient pris d'un moment d'inattention et se coupaient, se tordaient une cheville ou se cassaient un os.

Alors, c'était aux femmes qu'ils s'en remettaient. On les voyait revenir, ces gaillards, boitillant, appuyés sur les épaules de deux camarades pressés de retourner à la besogne. Ils avaient l'air d'enfants quand on les allongeait sur un lit et qu'on les tranquillisait. Plusieurs fois, Hotaru avait assisté à ces scènes de soins. Et plusieurs fois il avait douté de la véritable efficacité de ces consultations médicales plus que sommaires. A ceux qui s'étaient cassé un os, on faisait une attelle avec des planches de bois que l'on serrait au membre avec des linges, et on sermonnait le malade pour qu'il prenne bien soin de son pansement. A ceux qui s'étaient tordu la cheville, on appliquait le même traitement.

Ceux qui s'étaient coupés avec leur faux par inadvertance étaient cependant ceux qui devaient se faire le plus de souci. Selon la gravité de la plaie, l'on pouvait espérer une guérison ou non. Si elle n'était pas trop profonde, on appliquait un onguent verdâtre, généralement très odorant et qui faisait hurler son récipiendaire. Ceux-là, souvent, parvenaient à se remettre de leur bobo assez vite, parce que le corps humain, sans doute plus que la pommade, faisait son propre office de régénération. Mais il arrivait parfois que la plaie s'infecte, surtout quand elle était plus profonde qu'une entaille. Alors, c'était tout le membre qui était menacé. On avait déjà vu se produire des cas où une jambe entière était devenue noire. Alors, on coupait les chairs mortes pour éviter que le mal ne se propage plus loin dans le corps. Souvent, cela revenait à abréger les souffrances du malade en le tuant sur le coup.

Il se voyait également des cas de maladies, qui pouvaient prendre les hommes comme les femmes, les vieux comme les enfants, et à toutes les saisons de l'année. C'était dans ces cas-là que Hotaru doutait le plus des compétences médicales de celles qu'on disait guérisseuses dans son village. Il les voyait appliquer leurs crèmes, réciter leurs prières et préparer leurs tisanes sans avoir lui même grande foi en la guérison du malade. Plusieurs fois il s'était laissé allé à faire des remarques sur leur façon de faire. Il avait reproché que l'on panse les blessures trop vite, sans les essuyer, qu'on étouffe les plaies sous des tas de tissus même pas lavés, qui traînaient juste là et qu'on laissait moisir sur les chairs putréfiées des blessés. Mais chaque fois, on lui donnait la même réponse, qui n'était jamais très agréable.

"Eh, Hotaru."

Il se retourna. Hachi était là, dans l'encadrement de la porte. Il ne l'avait même pas entendu arriver.

"Ca sert à rien de veiller ce vieux crouton. Il était condamné depuis un bout de temps déjà.

-Je sais. Je ne le veille pas, je regarde juste ses blessures. Regarde."

Hotaru pointait du doigt le bras du mort, enveloppé dans un linge noirci. Hachi s'approcha, et examina le membre. C'était comme si le pansement avait été recouvert d'une sorte d'épais goudron.

"Ca empeste ... Qu'est-ce que c'est ?

-Une pommade. Mais je crois qu'elle lui a fait plus de mal que de bien. Sa blessure n'était même pas si profonde, au début. On en a vu des plus vieux qui s'en sont sortis, après des accidents comme ça ...

-Ca sert à rien de t'apitoyer. On le sait bien, non ? Ces gens-là sont des arriérés. Ils le sont même trop pour s'en rendre compte eux-mêmes, alors que ça leur crève les yeux."

Hotaru pouffa. Ca l'amusait, d'entendre Hachi parler ainsi des autres gens du village. Comme si son ami disait tout haut ce qu'il s'interdisait de formuler, peut être par une sorte de pudeur ou de politesse déplacée.

"Tu penses que, si on connaissait des choses, on pourrait les leur apprendre, et leur faire changer leurs habitudes ?

-Ca m'étonnerait. Ils sont bornés comme des bigorneaux, et fermés comme des huîtres. Ils ne peuvent rien apprendre. Le seul dans ce foutu village qui puisse devenir un vrai guérisseur, un bon, qui soigne à tous les coups, c'est toi."

Et pour appuyer son propos, il lui avait enfoncé le doit dans la poitrine, marquant au fer au plus près de la volonté de Hotaru ce qui deviendrait, des années plus tard, et dans un autre village, une ambition farouche: celle de soigner les gens.

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