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Taketora
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Ven 27 Déc 2019 - 17:58
Sortir de prison avait un prix. Surtout quand la détention était écourtée. Pour Taketora, héritier du Poing Ivre, le potentiel militaire qu'il représentait l'obligeait bien entendu à servir le village caché d'Iwa. Mais cette soumission ne suffisait pas à abréger sa sentence. Pour que sa reddition soit totale, le moine-guerrier devait régulièrement suivre un médecin afin de surveiller son alcoolisme. Et également un émissaire d'Iwa qui s'assurait de la bonne intégration du Tigre dans les rangs de l'armée.

Pour ce second point, Taketora allait devoir aujourd'hui rencontrer ce fameux émissaire. Depuis sa libération, il y a un mois, il n'avait fait que rencontrer des personnes différentes. Toutes posaient les mêmes questions. Cela avait le don de l'agacer. On le prenait comme un déficient mental, un sujet d'expérience clinique. Mais les complaintes du vieux Tigre furent finalement entendues lorsqu'on lui annonça qu'un responsable définitif lui serait attribué.

Cette nouvelle apaisa à moitié le Tigre. Il aurait préféré tout simplement ne pas avoir ce suivi, qui rajoutait une chaîne de plus parmi celles le reliant à Iwa. Mais qu'importe : peut-être que cet homme - la seule information dont il disposait à l'heure actuelle - saurait raviver la flamme qui animait le jeune artiste martial. Pour sa première rencontre avec son point de contact, il fut décidé de se retrouver dans une petite salle située dans l'Académie Hashira. C'était la première fois que l'ivrogne s'y rendait. Cela ne posait pas un problème en soi, au moins jusqu'à l'entrée de l'édifice éducatif. Cependant, une fois à l'intérieur, Taketora mit un temps considérable à se repérer à travers les différentes salles.

La contrainte que représentait cet entretien, couplée à la complexité des lieux ne fit qu'accentuer l'irritation de l'ancien taulard. Ce ne fut qu'une bonne dizaine de minutes plus tard qu'il trouva enfin la salle tant recherchée. Le Tigre déboula dans la dite salle sans demander son reste. La dite salle permettait d'accueillir tout au plus une demi-dizaine de personnes. Pour l'occasion, une simple table et deux chaises avaient été installés pour permettre à Taketora et son garde-fou de s'installer convenablement. Le dit garde-fou était déjà sur place. La faute au retard accumulé par le moine-guerrier.

« B'jour. Taketora. Je suis ici pour l'entretien demandé par Iwa. »
Peu enchanté par l'entretien en question, il prit place sur la chaise, plutôt étroite pour sa morphologie. Sans grande considération pour son interlocuteur, le Tigre s’accouda sur la table, et essaya de rentrer dans le vif du sujet, toujours avec cette verve blasée empreinte de condescendance.
« Bon. Vous voulez me voir pour quoi ? Si on peut faire ça vite, ça m'arrangerait. »

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Miyamoto Teruyo
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Ven 27 Déc 2019 - 21:12
Alors que simple genin, je vivais une vie relativement simple bien qu’à nouveau shinobi du village. Maintenant que j’étais chunin, je faisais partie de la force vive d’Iwa, du vivier le plus important et qui devait assumer une grande partie des activités qui nous étaient confiées. Si je ne dénigrais en rien le travail de nos têtes pensantes et de l’élite de nos soldats, j’avais du mal à les imaginer réaliser des missions de routine. Je m’imaginais d’avantage quelqu’un comme Tenzin ou Ashitaka assumer le rôle de leader dans des missions secrètes orchestrées par l’une des trois branches spéciales de nos forces armées.

Quant à moi, que ce soit lié à ma promotion, pour mon tempérament et ma manière d’agir ou pour mes relations avec Masami, on m’avait confié un tout nouveau rôle. Enfin, pour être précis, compte tenu du caractère particulier de la mission, cette dernière m’avait été proposée et non imposée. C’était donc de mon propre chef que j’avais accepté la proposition qui correspondait à mes convictions.

Assis dans une petite salle de l’académie, je lisais avec attention le dossier de celui qui j’avais pour mission d’aider à intégrer Iwa. Une histoire intéressante, mais si passionnante qu’elle n’empêcha pas une petite sieste de pondre le bout de son nez et de m’envahir d’une douce torpeur après un déjeuner copieux.

C’est penché en arrière sur ma chaise, bouche ouverte, chapeau sur les yeux que celui que je devais rencontrer fit irruption dans notre cagibi. La délicatesse de son entrée et le doux son de sa voix m’éveillèrent en sursaut, me faisant presque basculer de ma chaise. Les yeux embrumés, je regardais attentivement l’homme en face de moi. Difficile à dire assis, mais nous devions avoir sensiblement le même âge et une fois de plus, c’était l’autre qui était le plus impressionnant contrairement à mon mètre soixante-cinq et tous mes autres défauts. Essuyant un filer de bave qui coulait au coin des lèvres, je lui adressais enfin mes premiers mots.

« Salut, moi c’est Teruyo, enchanté. »

Sans un mot de plus, je me levais de ma chaise et sortais tranquillement de la pièce. Au bout de quelques secondes, passant juste la tête en travers de l’encadrement, j’invectivais mon compagnon du jour.

« Eh bien, tu viens ? »

Dans les couloirs, quelques enfants encore en apprentissage des rudiments du travail de shinobi passaient entre nous. Surement l’heure d’une pause bien méritée. Quant à moi, j’avançais tranquillement, terminant ma lecture des quelques maigres informations collectées par mes prédécesseurs. Arrivant sans mal à l’entrée de l’académie, je m’arrêtais devant l’entrée, faisant une boule des feuilles entre mes mains avant de les jeter dans une poubelle à proximité.

« Quelle bande d’idiots… Bon ! On y va ? »

Direction l’un des petits parc du village, l’un de ceux où les deux vieux avaient l’habitude de s’affronter au shogi et où j’avais battu Shingen quelques mois plus tôt. Depuis, je n’avais pas eu l’occasion de toucher une pièce, ni de rencontrer à nouveau le samouraï. En tous cas, cette fois, le but était tout autre et aucune partie de jeu n’était prévue.

Sur le chemin, je sifflotais tranquillement, regardant avec attention ce qui se passait autour de nous. Enfants qui courraient, chat qui chassait, oiseaux qui chantaient sur une branche. Iwa avait du beau à offrir. Une fois sur place, quelques familles étaient présentes, elles aussi pour se détendre et passer un bon moment. Par chance, un banc à l’ombre était encore disponible et il ne me fallu pas longtemps pour me l’accaparer et inviter mon acolyte à s’asseoir à côté de moi. Après une bonne minute de silence, sans quitter du regard la beauté des lieux, j’adressais une simple question à ce fameux Taketora.

« Alors ? Tu trouves comment ? »

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Taketora
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Sam 28 Déc 2019 - 1:22
En rentrant dans la salle d'interrogatoire, Taketora avait peu d'attente concernant son nouveau garde-fou. Il s'était imaginé dans le pire des cas une vieille secrétaire, le stéréotype même pullulant dans les administrations et les bibliothèques. Une mégère aigrie qui n'avait aucun intérêt à rendre l'entretien agréable pour l'ancien détenu. Pourtant, rien de tout cela se tenait assis face au colosse. À la place se trouva un petit bonhomme, à la mine sympathique. Il se prénommait Teruyo, et accueillit chaleureusement son invité. Mais plutôt que de prendre place et s'enraciner à l'intérieur, l'Iwajin proposa plutôt de quitter les lieux. Surpris par cette décision, le Tigre suivit avec curiosité Teruyo, se ressassant en tête le contenu de sa convocation qui stipulait bien la tenue de l'entretien entre ces quatre murs.

Peu à peu, le placard à balais pour éléphant se transforma en parc pour enfants. La joie de vivre inondait l'endroit. On y distinguait d'adorables bambins jouant aux côtés de leurs parents, le gazouillis des oiseaux, et le soleil qui irradiait de bonheur la place. Mais cela affectait peu Taketora. Certes, un brin de lumière ne lui faisait pas de mal, lui qui avec sa peau et sa chevelure claire paraissait sortir de sa tombe. Mais à choisir, le moine-guerrier aurait préféré flâner dehors sans raison plutôt qu'en compagnie d'un tuteur le retenant au nom d'Iwa.

« C'est mieux que tout à l'heure, et encore mieux que la cellule miteuse où je créchais jusqu'y a un mois. Mais ça me dit pas ce qu'on fait ici. »
Il connaissait plus ou moins déjà la réponse, mais la posture debout de Taketora, face à Teruyo témoignait de sa volonté de faire la lumière sur sa situation. Était-il un soldat ou un chien de garde ? Aucune des deux réponses ne lui ferait plaisir, mais il préférait en entendre au moins une pour se faire une idée.

Depuis sa libération, de multiples conseillers s'étaient relayés pour s'enquérir de son état. De ses aspirations. Ses motivations. On tentait de l'inciter à aimer sa patrie. Parfois, on lui donnait quelques informations - accessibles au commun des mortels - sur la situation géopolitique d'Iwa, afin de le sensibiliser sur son rôle, aussi bas soit-il dans la hiérarchie. On lui contait les succès et batailles victorieuses des forces de la Roche, afin de tenter de stimuler sa fibre patriotique. Rien n'y fit. Et la série de questions visant à déterminer sa dangerosité - autrement dit, ses chances de repartir en prison - n'arrangeait rien pour mettre à l'aise le Tigre Ivre d'Iwa.

« Alors ? Est-ce que je vais savoir pourquoi Iwa veut constamment me surveiller ? »
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Sam 28 Déc 2019 - 9:34

À moitié avachi sur le banc, les mains dans les poches, je regardais tout et rien à la fois, profitant des lieux sans attendre quoi que ce soit d’autre que passer un moment relaxant. Si pour certains la mission qui m’était confiée ici aurait pu être une contrainte ou une corvée, pour moi il n’en était rien, c’était tout le contraire. On m’avait suffisamment aidé, que ce soit à titre personnel ou professionnel pour qu’aujourd’hui, je rende la pareille à celles ou ceux qui en avaient besoin. Alors pourquoi choisir d’aider celui que d’autres nommeraient « repris de justice » ? Car chacun a fait de mauvais choix un jour dans sa vie, qu’une seconde chance est toujours possible.

Mais pour l’heure, la première des missions était surtout d’amener l’homme aux cheveux comme neige à parler. Certes, ma question n’était pas très précise, encore que ce soit voulu, mais ses réponses n’étaient elles non plus pas très étoffées.

« Assieds-toi déjà, ça sera plus agréable pour discuter. Par où commencer ? Tu dois te demander pourquoi c’est moi qu’on a envoyé ? Un type que tu pourrais briser d’un seul coup-de-poing ou broyer dans ta main. C’est pas faux. Vu les rapports que j’ai lu, totalement inutiles soit dit en passant, j’imagine que tu me vois encore comme un type lambda à qui on a demandé de noter deux bouts de phrases sur un papier pour dire qu’il a fait son boulot. »

Fouillant dans ma besace, j’en sortais deux tasses quelque peu tordues. Encore une ouvre de ma fille. Cette fois cependant, elles étaient plus en forme et bien plus finalisée que celles offertes à quelques-uns de ses nouveaux amis. Posées sur le banc, je les remplissais d’un liquide brunâtre, froid et à première vue sans odeur.

Spoiler:
 

Buvant une gorgée, j’invitais mon compagnon d’infortune à faire de même. Son problème d’addiction était clairement noté dans les points sensibles à surveiller, pour autant, il ne s’agissait là que d’un simple thé froid, aromatisé avec quelques plantes de mon jardin.

« J’ai plusieurs questions à te poser, mais avant, je vais répondre aux tiennes. Premièrement, qu’est-ce qu’on fait ici ? On discute dans un parc autour d’une tasse de thé. Pourquoi on te surveille ? Est-ce que j’ai l’air de te surveiller ? Je suis certain que si tu voulais partir en courant, tu me sèmerais sans mal, alors toi, pourquoi restes-tu ? »

Avalant quelques nouvelles gorgées, j’observais l’homme d’un regard amical et serein.

« Bien, maintenant, laisse moi te poser mes questions. Qu’est-ce que cela signifie pour toi le concept de réinsertion ? Qui penses-tu que je suis ? Pourquoi penses-tu que l’on m'a demandé de te rencontrer ? Et surtout, ma question la plus importante, et vu ce que j’ai lu sur les rapports que j’ai balancé à la poubelle, je suis certain que l’on ne t’a jamais posé cette question depuis que tu es sorti… Comment vas-tu ? »

Je n’étais pas médecin, je n’étais pas psychiatre, c’était Aimi qui avant ces connaissances, pour autant, j’étais là, et ce, pour une bonne raison. Je voyais les choses différemment et c’est cette vision que je souhaitais aujourd’hui partager avec ce Taketora.

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Sam 28 Déc 2019 - 12:35
Taketora n'en finissait pas d'être surpris par cet entretien aux allures de discussion entre amis. Après avoir quitté la salle de l'Académie Hashira et mis aux ordures les notes de ses prédécesseurs, Teruyo invita son interlocuteur à prendre place sur un banc au cœur d'un parc chaleureux de la ville. À force de tels efforts, le Tigre allait commencer à croire que le bonhomme faisait tout pour le mettre à l'aise. Il restait cependant ce halo de suspicion qui entourait Teruyo, en sa qualité de représentant des autorités d'Iwa. Plutôt que de rentrer dans les cases établies par le moine-guerrier, Teruyo tâcha de lever toute ambiguïté à son sujet. Ses paroles emplies de sincérité traduisaient également sa bienveillance à l'égard de l'Iwajin.

Plutôt que de consentir à s'asseoir aux côtés du Chūnin, Taketora préféra rester debout, le temps de l'observer faire. En quelques instants, il installa un service à thé de fortune. Sans prêter attention aux détails des tasses, il resta intrigué et captivé par le bouquet floral dégagé par le breuvage. Après un long moment d'hésitation, le balafré se saisit finalement de la tasse restante. Il huma une fois, une seconde fois. Puis il prit quelques gorgées de thé froid. Il aurait préféré bien sûr quelque chose de plus costaud, qui réchauffe tant le corps que l'âme. Mais il se doutait bien qu'en sa qualité d'envoyé d'Iwa, Teruyo consentisse à pareille demande.

Après le service, Teruyo reprit la parole. Plutôt que de réellement répondre aux questions de Taketora, il préféra dans un premier temps le rassurer. Cet entretien ne représentait pas une menace concrète. Il n'y avait pas d'entrave potentielle à sa liberté à l'issue de leur discussion. Il s'agissait pour l'heure d'une simple entrevue pour prendre la température. Le Tigre Ivre d'Iwa fut libre de s'exprimer à ce sujet. Son allocuteur lui laissa la parole à divers égards, afin qu'il puisse clairement vider son sac sur sa condition de repris de justice.

« Pour répondre à tes premières questions, avoir un médecin qui me flique régulièrement, des garde-fous qui me convoquent encore plus régulièrement et toute une liste de restrictions que j'ai déjà oubliés, je crois que ouais, je suis surveillé. »
Il prit une nouvelle gorgée de thé. Difficile pour Taketora de se plaindre, quand il était censé purger une peine plus longue. Iwa ne faisait pas des cadeaux pour le simple plaisir de ses prisonniers. Mais le moine-guerrier se souciait peu de cet aspect-là.
« La réinsertion, pour moi, ça serait me laisser faire mes preuves, plutôt que de me fliquer à chaque instant. J'ai fait des conneries dans le passé (et il ne se rappelait plus vraiment laquelle l'eut conduit en prison), et je suis conscient que maintenant je dois me rattraper. C'est dur, mais c'est comme ça. Toi, j'imagine que t'es là pour savoir si ma "réinsertion" se passe bien. »
Mais à ce stade, qu'avait-il à dire à ce sujet ? Jusqu'ici, Taketora avait découvert une dure réalité. Celle où son talent était ridicule face à la pléthore de prodiges deux fois plus jeunes que lui qui faisait la fierté d'Iwagakure no satō. Et vivre dans la misère comme il le faisait actuellement, reclus dans cette chambre de moine, n'aidait certainement pas à le mettre en condition pour combler cet immense fossé. Il n'osait pas en parler, et il réalisait le but de la présence de Teruyo au même instant. La discussion pouvait s'arrêter là, mais il sentait que son interlocuteur désirait aller plus loin que la simple inspection procédurale. Il posa alors son œillade sur le contenu de sa tasse, en attendant une réaction de sa part.
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Sam 28 Déc 2019 - 16:30
Je n’avais qu’une vague idée de la manière dont mes prédécesseurs avaient traités Taketora, ne voyant en lui qu’une mission comme une autre, ne voyant rien de plus que l’ancien prisonnier qu’il était, voire le monstre qu’on se focalisait à décrire. C’était faux. Toutes ces interprétations n’avaient aucun sens et d’autant plus quand le désir de réinsertion était mis en avant. Après, je n’étais pas dupe quant à la situation réelle. Parler de réinsertion à ce niveau, pour la majorité des personnes et sûrement pour les têtes pensantes à l’origine de mon affectation, cela voulait surtout dire s’assurer que le type qu’on a relâché dans la nature n’allait pas se mettre à massacrer une famille sans raison apparente. Sans me vanter, dans ces circonstances, j’étais sûrement ce qu’il y avait de mieux pour cette montagne de muscles.

Bien qu’il ait accepté de partager avec moi la boisson que je lui offrais de bon cœur, l’homme n’en démordait pas et s’astreignait à rester debout en face de moi, m’obligeant à lever les yeux sur lui qui me toisait déjà de haut lorsque j’étais debout. Pour autant, cela ne changea rien à ma situation. Au contraire, il sembla petit à petit se dévoiler. Attentivement, j’écoutais la moindre de ses paroles. Je n’avais que peu d’expérience, mais chacun de nos mots dans les circonstances qu’il avait vécu pouvait être le signe d’un maux cachant une profonde blessure. C’étaient les nombreuses discussions avec Masami qui m’avait fait songer à cela.

Ainsi donc, bien que relâché de sa geôle, l’homme avait le sentiment de ne pas être tout à fait libre, d’être constamment surveillé, de ne pouvoir agir à sa guise. Par où pouvais-je donc commencer ? Je ne devais pas leurrer, ce n’était pas en discutant une seule et unique fois que d’une part le scarifié serait libre de ses mouvements ou qu’il serait libre de ses contraintes – réelles ou non.

« Explique-moi une chose. Pourquoi penser que le médecin que tu dois rencontrer est là pour te surveiller et non pas pour t’aider ? Qu’est-ce qui dans ses actions ou ses paroles t’ont fait penser qu’un eisenin, dont le but est de soigner est là pour faire autre chose que son rôle premier ? »

La question pouvait paraître stupide, mais à mes yeux, elle était réelle. Pourquoi ce sentiment d’être espionné ? Qu’est-ce qui pouvait être à l’origine de tout son mal ?

« Faire tes preuves ? Je trouve l’idée très bonne. Pour autant, ce que nous sommes en train de faire ici et maintenant, avec moi, avec les autres, même si ce n’était que des idiots, ne t’est-il pas venu à l’esprit que c’était peut être un moyen comme un autre de te mettre à l’épreuve ? Penses-tu que pour tester quelqu’un, l’envoyer en mission est la seule et unique manière de faire ? »

Fouillant à nouveau dans ma besace, j’en sortais un petit flacon en terre cuite, vernis et agrémenté d’un simple et unique idéogramme signifiant « Saké ». Débouchant la bouteille, j’en buvais une petite rasade avant de secours légèrement la tête. Rangeant mon thé, je poussais cette fois le flacon vers mon compagnon de boisson.

« Piouff, ça réchauffe. »

Qu’allait donc faire le Taketora ? Allait-il se laisser aller à ses démons ? À accepter une bonne rasade alcoolisée ? Grand bien lui fasse, il n’y avait que de l’eau dans le flacon. Le but de la manœuvre n’était pas de le saouler, mais pour moi de réaliser un petit test en lien avec ses intentions. Navré pour lui, mais si tous les détails n’étaient pas notés dans son dossier, ses problèmes de boissons eux étaient bien référencés et notés comme en lien avec son incarcération. Il n’y avait aucun risque qu’il retourne en prison si il acceptait mon invitation, mais au moins cela me permettrait d’en apprendre d’avantage sur lui et d’entrevoir les choses sous un angle différent.

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Lun 30 Déc 2019 - 0:41
Teruyo parvenait à tenir la conversation avec le Tigre Ivre d'Iwa. Le tout sans la moindre goutte d'alcool en jeu. Un miracle dont il aurait pu aisément se vanter si les notes de ses prédécesseurs couvraient également les exploits du Foie d'Acier dans les tavernes du village. Le repris de justice restait cependant pour l'heure convaincu de n'être qu'un chien de garde à la solde d'Iwa, et qu'on se plaisait à le surveiller constamment. Ce fut ce sujet-là que l'homme à la théière choisît d'aborder auprès du Tigre.
« A quoi ça sert de m'aider si j'ai rien ? Je me suis jamais blessé depuis ma libé… ma réinsertion. Je suis jamais tombé malade (si on exclut les lendemains de soirée trop arrosée). Et je fais attention à ne pas me blesser à l'entrainement (facile quand on peine à s'entrainer tous les trente-six du mois). Ces visites ne servent à rien, à part… me surveiller. »
Pourtant, il n'y avait pas grand chose à surveiller.

Le quotidien de Taketora était profondément fade. Il émergeait le matin, parfois au zénith, après avoir récupéré de la veille. Il se levait, mangeait, se débarbouillait, et selon son humeur - et surtout sa bourse - errait dans le village ou allait accomplir une mission de bas rang. Parfois, il se rappelait de son but premier, se donner du baume au cœur et se motivait à s'entrainer pour retrouver la forme. Souvent, il revenait bredouille au monastère pour préférer se lover entre deux jarres de saké. Enfin, le soir, le Tigre Ivre d'Iwa entretenait sa réputation de Foie de Fer, au détriment de ses économies.

Mais des années d'incarcération pour un crime encore aujourd'hui incompris marquèrent l'inconscient du colosse.

« Comme si on me laissait le choix ! Je fais quelques missions régulièrement, et j'essaie de m'entretenir. Il m'est arrivé d'aller défier quelques dojos en ville pour prouver mon talent. Il faut quoi de plus ? Que j'envoie à l'hôpital l'Intendante ? J'ai l'impression que ça fait un mois que je suis libre, et on me demande déjà la lune. »
Le balafré soupira longuement avant de porter un regard à sa tasse, définitivement vide. Cela tombait bien, son bienfaiteur semblait avoir quelque chose d'autre pour la remplir à nouveau. Le bruit du bouchon s'extirpant de la bouteille attira derechef l'attention du Tigre. Le kanji du saké la captiva davantage. Le piège était tendu. Mais c'était sans compter sur les sens affutés du Tigre Ivre d'Iwa. Teruyo approcha intelligemment la jarre de son interlocuteur, qui naturellement la saisit. Mais il n'eut pas le temps de porter le breuvage à ses lèvres que son nez l'indiqua de la tromperie à mi-parcours. Taketora avait beau porter préjudice à ses papilles en ingurgitant divers breuvages, son odorat de félin aviné ne le trahissait jamais pour identifier l'ambroisie tant convoitée.

Le leurre à base d'eau eut pour effet d'irriter Taketora. Il avait baissé sa garde momentanément, et voilà qu'on le testait à nouveau. Si tôt la bouteille reposée, le visage menaçant de Taketora manqua de s'écraser contre celui du bonhomme.

« Tu voulais me tester, toi aussi ? Tu vaux pas mieux que les autres, finalement. Vous voulez m'empêcher de boire, avoue-le. Alors que ça me regarde totalement, pour peu que je joue au soldat quand on me le demande. »
Contrarié, furieux, le Tigre se braqua totalement. Retour à la case départ pour Teruyo. Il aurait même de la chance si son interlocuteur était aussi coopératif qu'initialement. C'est-à-dire pas vraiment.
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Lun 30 Déc 2019 - 23:08
Ses paroles pourraient avoir du sens, mais de mon point de vue Taketora ratait l’essentiel quant aux raisons réelles de la situation qu’il devait endurer au quotidien. Sans intervenir dans son flot de paroles, j’écoutais attentivement tout ce qu’il avait à dire. Par moments, il me donnait presque le sentiment d’être semblable à un enfant puni qui n’avait aucune idée de pourquoi il était puni tout en sachant qu’il devait être puni, mais sans savoir comment réparer ses fautes. Le problème dans son cas, c’est qu’un bisou ou un dessin n’était pas suffisant pour remédier au problème.

Dans un premier temps, si tout se passait pour le mieux, je ne m’attendais pas à tant de véhémences quant à la réaction de mastodonte vis-à-vis de mon test de la bouteille de saké. Une fois encore, cela m’ouvrit quelques portes sur des pièces à explorer. Silencieux, j’attendais que la tempête verbale passe pour pouvoir répondre et lui donner toutes les explications nécessaires à la poursuite de notre collaboration aussi étrange soit-elle. Quant à la suite de mon discours, pour certaines personnes me connaissant, le ton que j’employais pourrait paraître des plus étranges, presque vindicatif, directif alors qu’à l’accoutumé, le côté papa-poule était clairement ressenti.

« C’est bon ? Tu as terminé ton caprice ? »

Buvant à nouveau une gorgée de thé froid à la bouteille, j’attendais que la bête enragée se calme d’elle-même avant de poursuivre.

« Bien. Assieds-toi maintenant. » poursuivais-je d’un ton directif.
« Reprenons tout ce que tu as à dire pour que je t’explique la situation dans laquelle tu es aujourd’hui. Un médecin n’a pas seulement vocation à soigner les blessures physiques, il y a aussi tout un travail sur la psyché qui peut se faire. Enfin, ce n’est qu’une des facettes. L’autre que tu refuses à voir et à accepter est ton problème d’addiction à l’alcool. Preuve en est le flacon, mais nous y reviendrons. Peu-importe que tu te blesses ou non pendant tes entraînements, que tu les fasses seuls ou avec quelqu’un. On se blesse tout. Comme je te le disais, ce n’est pas ça le cœur du problème. »

Reprenant en main le faux flacon de saké, je le lançais à mon interlocuteur. Allait-il l’attraper ou le laisser choir au sol et se briser de manière irrévocable ?

« Il est là ton problème. Tu sais pourquoi tu as été enfermé. Je le sais aussi et le médecin qui te suit le sait aussi. Nous le savons tous. Seulement, tu te refuses à voir la réalité en face. Je parlais de réinsertion tout à l’heure. Cela ne se limite pas à la vie de shinobi, cela ne se limite pas à faire des missions et réaliser quelques entraînements ici et là. As-tu conscience de ta situation ? T’es-tu excusé auprès de ceux que tu as meurtris par tes actes ? S’intégrer dans une société, c’est faire partie de l’ensemble de ce qui fait la vie d’un village. T’es-tu excusé auprès de ceux que tu as meurtris par tes actes ? C’est ça que l’on attend de toi. »

Sortant de ma besace une petite collation, je tendais à Taketora un mochi aux haricots rouges avant d’en prendre deux, d’en enfourner un rapidement dans la bouche, faisant ressortir grossièrement mes joues avant de l’avaler rapidement pour reprendre le fil de la discussion.

« Crois-tu réellement que défier des dojos ou vouloir défier qui que ce soit est ce que l’on attend de toi ? Si tu es libre, c’est que ceux qui t’ont libéré savent exactement quelle est ta force et que ce n’est pas ça qui est remis en question. »

Après ce frugal encas, j’en profitais pour me lever et m’étirer avant de me placer juste en face de mon homologue shinobi, à quelques centimètres de lui.

« Quant à ce flacon, tu me demandes si je voulais te tester ? Oui. Je voulais voir si tu avais pu apprendre de tes problèmes. Je sais que ta force vient tout ou partie des boissons que tu ingurgites, mais dans la situation actuelle, cela ne te servait à rien. Tu n’es ni un monstre ni une bête quoi que tu aies pu entendre. En revanche, tu dois apprendre à te canaliser et à canaliser ce qui fait de toi quelqu’un de fort sur qui on peu compter. Et aujourd’hui, je sais que tu n’es pas encore fiable. Et je dis bien « pas encore ». »

Me rasseyant, j’abandonnais mon air autoritaire et mon ton sérieux pour reprendre quelque chose de plus amical et de plus chaleureux, quelque chose qui me correspondait réellement et que le Taketora avait croisé dès nos premiers échanges.

« Tout ce que je viens de te dire, c’est ça ta réinsertion. Je suis là pour t’aider, pas pour te fliquer, pas pour te brider ou autre. Je n’ai rien à y gagner contrairement à toi. En revanche, sans mon aide, tu as à tout à perdre. Qu’espères-tu faire tout seul ? Nous sommes un village, nous nous aidons et nous protégeons les uns les autres. »

Me levant une dernière fois, me tenant cette fois à une distance classique de mon compagnon de discussion, je lui tendais une main vigoureuse et chaleureuse.

« Aide moi à t’aider ! »

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Taketora
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Mar 31 Déc 2019 - 17:48
Jusqu'à présent, Taketora estimait toujours avoir l'ascendant sur ses détracteurs. Enfermé dans le confort d'un quotidien toxique, il ne voyait pas le mal à détruire sa santé, au lieu de reconstruire son prestige d'antan. Jusqu'à présent, les différentes entrevues avec les autorités d'Iwa ne faisaient qu'alimenter, voire renforcer sa perception du monde. Ce rendez-vous avec Teruyo ne faisait pas exception. Pire encore : inconsciemment, le moine s'imaginait intimider son adversaire. En paraissant plus grand, plus costaud, effectivement, le Tigre Ivre d'Iwa avait le potentiel de réduire au silence son opposant. Cet écart de taille le poussa à adopter une posture désinvolte, réfractaire à la main tendue par le Chūnin.

Cependant, les crocs du Tigre ne suffirent pas à effrayer Teruyo. Après la réponse violente de son interlocuteur, ce dernier adopta un ton radicalement différent de précédemment. Finalement la sympathie, la voix du bonhomme trancha, avec toujours cette once de respect pour le prochain. Il ne s'agissait pas d'agresser, comme le faisait à outrance Taketora, mais bien de réprimander. C'est ainsi que dans ce parc familial, le colosse d'environ deux mètres se faisait gronder le modeste Teruyo. Un spectacle presque surréaliste qui figea les parents autour d'eux.

Un instant, Taketora hésita à l'interrompre au tout début de sa réprimande. Mais l'épée qui pesait au-dessus de sa tête l'en empêchait. Il craignait trop de voir son dossier repartir en prison, et lui avec. Il préféra alors l'écouter, refermant sa bouche avec honte.

La dissonance cognitive qui le hantait l'empêchait pleinement d'accepter qu'il avait un problème avec l'alcool. Du temps du monastère, le saké constituait pour lui un outil pour maîtriser plus rapidement le Suiken. Il pensait innocemment au bien fondé de cette utilisation. Mais à mesure que ses progrès en la matière grandirent, l'addiction se forma elle aussi. Depuis, l'alcool faisait partie intégrante de sa vie : à son départ du monastère, c'était devenu sa seule amie. Les paroles de Teruyo à ce sujet, à défaut de responsabiliser Taketora, lui rappelèrent ces souvenirs.

Le flot de ses pensées fut interrompu lorsqu'un réflexe l'intima à saisir en plein vol le flacon. Taketora scruta du bout des doigts le kanji caractérisant le contenu présumé de la jarre. Le géant courba l'échine; son dos vouté le rapprochait dorénavant de Teruyo en taille.

Son garde-fou poursuivit sans lui laisser une chance. Il lui rappelait la notion de réinsertion. Avec celle-ci, se mêlait des parfums de culpabilité et de rédemption. Teruyo avait bien raison : Taketora ne s'était jamais excusé auprès du vieux maître. Le Jōza avait accueilli l'orphelin comme un de ses enfants. Puis, face à son tempérament, l'avait soumis à l'apprentissage des arts martiaux. C'était comme son fils qui lui avait délivré son savoir ancestral sur le Suiken. Le vieux maître l'avait toujours défendu, malgré ses bavures. Il l'aimait réellement, et voyait en lui un véritable héritier de son art ancestral. Que lui avait-il rendu en retour ? Rien.

Taketora avait toujours eu en tête sa responsabilité. Mais entendre ces mots sortir de la bouche de quelqu'un d'autre, non, prendre forme tout simplement. Voilà ce dont il avait besoin pour prendre conscience de ses actes. En sortant de prison, la vacillante intention de porter aux nues l'héritage sacré de son vieux maître lui avait donné bonne conscience. Mais ses mauvaises habitudes étouffait cette faible lueur d'espoir.

La réprimande de Teruyo devenait de plus en plus floue pour Taketora, alors qu'un réel déclic opérait en lui. Son regard d'albinos s'était profondément assombri. Quand son ange gardien lui tendit une dernière main bienfaitrice avec la promesse de l'aider, Taketora était dorénavant un nain face à lui. Il avait enfin compris. En guise de réponse, le moine-guerrier souffla longuement du nez. Il leva les yeux au ciel.

Plutôt que d'accepter de suite une aide qu'il ne saurait honorer, Taketora se leva lentement. Ses pas le portèrent quelques mètres plus loin, le temps de réaliser. La perspective de quitter le parc était alléchante, mais impossible. Mû par une obligation presque subconsciente, il retourna s'installer aux côtés de l'Iwajin.

« Ouais, … ouais… »
Il était prêt à se faire réprimander davantage. Il était en position pour se faire lyncher, insulter. Pour expier ses fautes, le Tigre se tenait droit, pareil à une montagne de fer; inflexible, mais prêt à encaisser les mots et les pierres. La délivrance du Chūnin le conduirait certainement à avouer ses fautes et à les réparer. Mais le tracas qui pesait dans le cœur du Tigre concernait à présent sa force. Serait-il capable de s'illustrer en tant que soldat d'Iwa ? Le potentiel dont parlait son vieux maître lui suffirait-il à gravir des sommets pour combler le retard accumulé durant toutes ces années ? S'excuser et mieux se comporter était une chose. Mais la crainte de ne pas être à la hauteur du Genin qu'il était, en dépit de son gabarit et de son héritage martial constituait la plus grande peur à l'heure actuelle pour lui. Et probablement la raison de sa perte derrière les barreaux.
« Est-ce qu'il y a vraiment un espoir pour moi… encore ? »
Alors qu'il marmonnait d'un air déprimé cette question à son bienfaiteur, il repensa au conseil du monastère qui l'avait expulsé définitivement. Il songea à son pèlerinage, sorte de voyage vers la rédemption que son vieux maître avait organisé pour prouver à tous sa capacité à changer. Quel chemin Iwa réservait à présent pour lui ?
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Miyamoto Teruyo
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Mer 1 Jan 2020 - 21:33
Le temps semblait s’être figé entre nous. Cette sensation arrive souvent lors de grands moments, lors de choix importants d’une vie ou d’événements particuliers d’une grande profondeur. J’étais dans cette phase-là. Inconsciemment, je sentais le temps tout autour de moi ralentir. Mes sensations en étaient décuplées. J'avais tendu la main vers Taketora depuis quelques secondes maintenant et pourtant, j’avais l’impression d’être dans cette position depuis des heures. J’avais conscience de tout ce qui se passait autour de moi, de l’environnement présent. Du coin de l’œil, je voyais ce couple jouer avec leur enfant et qui avaient décidaient de s’écarter de Taketora et moi. Plus loin, un vieil homme dégustait ce qui semblait être une compote de fruit. Au-dessus de nos têtes, le soleil brillait au-dessus du feuillage et les oiseaux piaillant nous berçaient de leur douce musique. Mais peut être que ce sentiment étrange n’était pas de mon fait, peut être que cette situation ne me concernait pas directement, mais était plutôt destinée à mon interlocuteur pour qui vie passée et vie future se croisaient peut-être pour la dernière fois.

Enfin, cet épisode dans le temps s’estompa lorsque le Tigre Blanc s’assit à côté de moi. Quelque peu étonné, je baissais la main. J’aurais songé qu’il la refuse en me sortant quelques arguments ou au contraire qu’il l’accepte, mais pas qu’il se terre dans son silence. Fort heureusement, ce mutisme fut de courte durée. Aussi dur, paraissait-il, il y avait en cet homme quelque chose de fragile. D’un ton que je ne lui aurais jamais imaginé quelques minutes plus tôt, sa question résonnait en moi comme un début de victoire.

Admettre que l’on a un problème est le début de la solution. Se demander s'il y avait de l’espoir pour le repris de justice qu’il était, était un signe évident de rédemption, ou du moins du premier pas vers cette expiation. C’est maintenant que grande partie du travail se faisait. Consolider les pensées de mon pair sur le bien-fondé de son choix et quant à moi, être le garant de cette réussite. D’une voix amicale, je le confortais dans sa décision.

« Bien sûr. Il y a toujours un espoir. Tant que toi tu veux que cela fonctionne, alors je t’aiderai à faire en sorte que cela fonctionne. »

Me levant de mon banc, je me tournais vers l’homme aux cheveux blancs et m’inclinais avec respect devant lui, me pliant presque à quatre-vingt-dix degrés.

« Je suis fier de toi. Tu as réalisé la première étape de ton périple. Le chemin sera long, mais je serais à tes côtés. »

Puis me redressant, je m’asseyais à nouveau avant de reprendre la conversation après avoir repris une grande bouffée d’air. Il est vrai que parler plié en deux avec mon léger embonpoint m’avait quelque peu coupé le souffle.

« Pour te répondre plus largement. Je ne suis pas le seul à penser qu’il y a un espoir. Déjà, comme je te l’ai dit. Si je ne pensais pas que tu étais en mesure de réussir, je ne serais pas intervenu. Et autre point important à mes yeux, tu te fourvoies sur Iwa. Certes, les autorités t’ont libéré et contraint à ces rendez-vous. Mais tu parles d’espoir. Si Iwa ne voyait pas en toi de l’espoir justement, pourquoi t’auraient-ils libérés ? Combien de prisonniers croupissent dans les geôles du village ? Et combien ont désormais la chance de respirer de l’air pur. Tu as un potentiel, c’est certain, mais nombre de shinobi du village sont biens plus forts que toi ou moi réunis. C’est parce qu’il existe cet espoir, par ce que tu mérites une seconde chance que nous sommes là tous les deux. »

Ravalant un mochi, le dernier soit dit en passant, et finissant la bouteille de thé, c’est de la pâte de haricots rouges à la commissure des lèvres que je terminais mon discours du moment.

« Maintenant que nous sommes d’accords, que l’on sait dans quelle direction nous devons aller. J’aimerai de poser une question et j’aimerais que tu répondes instinctivement. Bien. Voilà. Quelle est ta plus grande qualité ? »


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Jeu 2 Jan 2020 - 17:04
Il était rare, pour ne pas dire exceptionnel, de voir Taketora dans un tel état. Avec sa grande carapace de muscles, et son foie d'acier, l'orphelin se réfugiait souvent derrière une façade. Jamais il ne parlait de ses états d'âme. Cela ne faisait pas partie du personnage du Tigre Ivre d'Iwa. Il riait, se mettait à mal au gré des soirées. Plus pitre que soldat, ainsi allait sa vie. Mais, qui derrière le grand colosse plaisantin, avait déjà vu le même personnage à broyer du noir dans sa petite chambre de moine ? Qui avait déjà vu la souffrance de cet homme qui buvait pour boire, au grand dam de ses hôtes ?

Jamais Taketora n'avait affiché ce sombre visage. Encore aujourd'hui, plutôt que de mettre à nu son addiction qui ravageait son corps et son esprit, il préféra s'emmurer dans le silence. Teuryo avait appuyé sur un point sensible, et le Tigre détestait être ainsi démasqué. Maintenant, il n'avait d'autre choix que de l'écouter. Ce qu'il fit à contrecœur, mais cette fois sans cette arrogance qui le portait à croire qu'il était à l'abri de tous les maux de son éthylisme.

Teruyo avait répondu à cette question presque rhétorique. Le Tigre s'était en cet instant plus adressé à lui-même qu'envers son bienfaiteur. Mais cela ne changeait rien à son statut. Il n'osait plus contredire celui qui l'avait confronté à ses vérités. A ce sujet, le presque ventripotent appuya cette notion d'espoir qui faisait vaciller le géant. Cette libération n'était pas seulement le symbole d'un engagement militaire; elle était aussi le synonyme d'un début de confiance entre une nation et un repris de justice.

Une réflexion futile accabla le moine-guerrier : si Iwa avait fait confiance en donnant les rennes à une adolescente, pourquoi les autorités auraient-elles fait confiance à un ivrogne condamné à des années ? La Roche voyait-elle réellement le potentiel de chacun de ses sujets ? Ou au contraire, attribuait-elle au hasard des responsabilités par dépit ? Au vu de la renommée de l'Amazone, et de ses récents exploits sur le champ de bataille, Taketora fut forcé d'admettre la première hypothèse. Cette pensée invita le Tigre à positiver, et à écouter plus attentivement son interlocuteur. Cependant, la question sur laquelle Teruyo s'arrêta cause du tort au Tigre. L'Iwajin en avait, des qualités. Mais le poids du temps et de l'alcool avaient enterrés cette passion du travail, cette persévérance face aux efforts. De cette envie flamboyante de maîtriser les arts martiaux, il n'en restait que quelques braises. Difficile par conséquent de répondre.

Tant pis. Taketora souffla. Son regard d'albinos fixa Teruyo.

« J'ai… j'ai toujours été passionné par les arts martiaux. J'ai grandi dans un monastère, où on m'en a enseigné les bases des arts martiaux. J'ai adoré ça. J'en voulais toujours plus. »
La petite fiole supposée contenir du saké restait encore dans sa main. À mesure qu'il se livrait à Teruyo, Taketora jouait avec la jarre entre ses doigts.
« Le Jōza était impressionné. Il a voulu m'apprendre son art : le Suiken. Ça me rendait fou. Je voulais en apprendre toujours plus. Devenir toujours plus fort. »
Et ce fut ainsi qu'il franchit la frontière interdite. Pour maîtriser au mieux cette posture pareille à un ivrogne, Taketora était devenu lui-même un ivrogne. Ce qu'il ignora par la suite, c'était que cette expérience le condamna à être possédé par l'ivresse. Les deux kanjis sur son dos illustraient aujourd'hui sa double nature : Tigre, et Ivre. Le Genin s'arrêta subitement de jouer avec la bouteille qu'il observait à présent.
« Au fond de moi, même aujourd'hui… j'ai toujours cette passion pour les arts martiaux. »
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Jeu 2 Jan 2020 - 21:40
L’albinos me surprenait de plus en plus. Compte tenu de sa répartie initiale, de son côté animal, presque bestial à réagir promptement, je dois dire que je m’attendais à une réaction après mon dernier laïus répondant à sa mention de l’espoir dans sa situation. Pour autant, à ma grande surprise, c’est non pas par une diatribe passionnée qu’il me fit sa réponse, mais par un silence réfléchi. Avec mes derniers mots, mes derniers arguments assurant à l’ancien repris de juste l’espoir de jours meilleurs, j’aurais pu entrevoir un remerciement, un sourire ou d’autres interrogations. Pour autant rien. Rien du tout.

À la place, une fois encore, l’homme à la carrure bien charpentée semblait perdu dans ses réflexions. Lui si prompte à la répartie de ce que j’avais pu voir au début de nos discussions et des retours que j’avais pu lire sur les rapports que j’avais jeté à la poubelle semblait désormais mesurer ses paroles et réagir avec justesse au lieu de faire parler ses émotions. D’une certaine manière, c’était la chose à faire. De l’espoir, il y en avait, mais c’était avant tout, une question de volonté. Se poser les bonnes questions était nécessaire. Réagir avant d’agir également. Et lutter contre ses démons serait une lutte sans merci qui mettrait à mal sa volonté et remettrait durement en cause ses choix. Commencer à réfléchir ainsi, c’était mettre le premier pas dans cet engrenage salvateur et la rédemption au bout du chemin.

Puis vint finalement ce mouvement tant attendu, la reprise de nos discussions. Depuis que j’avais élevé la voix contre le Tigre, j’avais le sentiment que chaque parole était mesurée, qu’il prenait le temps de penser chacun de ses mots avant de répondre ou de poser ses propres questions, comme si chaque phrase était d’une importance capitale.

Pourtant, à ma surprise, si ma question était simple, la réponse semblait être difficile à trouver. Lorsque l’on pose ce genre d’interrogation, on s’attend à des réponses typiques. Dans l’absolu, il est souvent plus difficile de se définir à travers ses défauts, personnes n’aimant avouer sa propre faiblesse aux autres, mais cela Taketora l’avait déjà fait. Si je voulais connaître sa plus grande qualité, c’était non pas pour le faire réfléchir intensément à une question piège, mais pour qu’il puisse prendre conscience que malgré sa situation qui pourrait sembler précaire, il y avait de grandes qualités en lui, du bon que l’on pouvait exploiter, ce fameux espoir enfoui.

« Une passion pour les arts martiaux n’est pas une qualité en soi. Pour autant, j’aime ta réponse. Elle en dit beaucoup sur toi et cela correspond pour beaucoup à ce que nous avons déjà discuté tous les deux. »

Réfléchissant à mon tour, je me demandais quelle direction prendre avec cet homme. Comment orienter nos échanges pour en tirer le meilleur et commencer non pas ce que certains pourraient appeler une thérapie, mais plutôt un renouveau personnel collaboratif.

« As-tu déjà songé à faire de ta passion quelque chose que tu pourrais mettre au service du village ? Je ne parle pas de toi en particulier, mais j’ai entendu dire que tu cherchais les défis dans divers dojos. Pourquoi ne pas transmettre ton savoir, que ce savoir qui t’a été transmis avec passion et dévotion soit transmis aujourd’hui avec cette même passion et cette même dévotion aux générations futures. Tu serais d’autant plus doué dans ce rôle que tu connais que trop bien les dangers d’un tel pouvoir. Guider les autres permettrait de te guider toi-même. »

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Sam 18 Jan 2020 - 23:55
Taketora continua de jouer longuement avec la fiole entre ses doigts. Un tic nerveux qu'il développa pour se rassurer de cette réalité qu'il n'assumait pas. Tout s'arrêta cependant lorsqu'il réalisa que ses qualités se limitaient à sa simple passion des arts martiaux. Le colosse reposa la fiole, emmuré dans le silence. Le Tigre n'avait de compte à rendre à personne, à l'exception peut-être du vieux maître; l'absence de qualités ne l'affligeait pas en soi. Que sa passion ne lui permette pas de s'affirmer davantage le chagrinait bien plus en revanche. Plus jeune, il s'imaginait au sommet des sommets. Passé dans la gloire comme un prodige dans son art, reconnu par ses pairs pour sa maîtrise extraordinaire du Zui Quan. Mais les mauvaises décisions dans la vie de Taketora firent que les aspirations de ce dernier ne purent s'exprimer de la sorte. Il se retrouvait aujourd'hui contraint de vivre comme un marginal, à la solde d'Iwa en tant que repris de justice. Et la seule lueur d'espoir à laquelle il se rattachait, tout comme son employeur, c'était ce talent d'antan pour le combat.

Teruyo enfonça naturellement le clou en réagissant à la réponse du Tigre Ivre. Mais en bon samaritain, le Chūnin se rattrapa immédiatement après en soulignant la personnalité que Taketora révélait ainsi. Il appréciait cela, et le moine guerrier fut étonné. Il ne réalisait pas encore - ou se refusait à le faire - que le bonhomme ne souhaitait que son bien. La réponse de Teruyo qui suivit le força à admettre sa bienveillance à son égard. Ce dernier lui suggéra d'abandonner sa carrière peu florissante d'écumeur de dojos pour devenir à la place un passeur de savoir. S'il ne parvenait pas à faire grandir la flamme de sa passion, alors pourquoi ne pas la transmettre à autrui ? Toute une jeunesse de prodiges attendait qu'on leur enseigne l'art du Taijutsu. Taketora en était bien conscient, après avoir eu des échos au sujet de l'Intendant, ou d'autres ninjas de la Roche.

L'idée était plus que bonne en soi. Le garde-fou voyait dans ce projet l'opportunité rêvée pour faire preuve de rédemption. Plus que d'aider l'avenir militaire d'Iwa à se développer, Taketora apprendrait par la même à faire preuve de maîtrise. Pour enseigner, il lui faudrait apprendre à lutter contre ses démons intérieurs. L'offre, au prime abord, paraissait alléchante. Et une personne sensée aurait difficilement hésité avant d'accepter. Mais après des années de soûlographie, Taketora n'était plus vraiment ce qu'on pouvait appeler une personne sensée. Cela devenait presque une habitude, mais plutôt que d'accepter les propos de Teruyo, le colosse se braqua à la place. Quelque chose le tracassait, et il eut du mal à en parler, s'en remettant à quelques détours.

« Enseigner mon art à d'autres… hein ? Ouais, avec mon cas, je crois que niveau rédemption on peut pas faire mieux. »
Son regard vide se plongea à nouveau à ses pieds. Taketora cherchait ses mots pour répondre à Teruyo, tant le sujet était délicat à ses yeux.
« Ça me parait pas déconnant, comme idée. Mais… je peux pas. Je peux pas. Pas maintenant, en tout cas. »
À être trop évasif, le Tigre manquait de se perdre lui-même dans le fil de ses pensées. Quelques souvenirs se bousculaient dans son esprit alors qu'il hésita à cracher le morceau. L'image du Jōza trancha la question, alors qu'il releva la tête.
« Je ne me sens pas encore prêt pour enseigner mon art. J'ai encore besoin de progresser avant d'être en mesure d'y parvenir. »
Une fois encore, le souvenir de cette jeunesse prodigieuse complexa le moine-guerrier. Du haut de ses trente-quatre ans, il avait encore d'énormes progrès à faire, ou plutôt à rattraper. En un sens, cette réflexion était un progrès en soi : Taketora admettait à demi-mot une intention de progresser, sans songer à l'addiction qui le freinait jusqu'à présent. Finalement, il se lança. À ce stade, il n'avait plus rien à perdre, après tout.
« Et puis… je ne peux pas le faire. Je ne le mérite pas. Ça serait déshonorer le vieux maître de divulguer son savoir après ce que je lui ai fait… »
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Dim 19 Jan 2020 - 21:36
Impassible, je regardais la montagne de muscle réagir à ma proposition. À le regarder triturer la petite bouteille de saké remplie partiellement d’eau, j’avais le sentiment de me retrouver devant Saya qui sachant qu’elle avait fait une bêtise et prise sur le fait cherchait à donner une excuse potentiellement valable à son forfait, voire à se dédouaner de tout ce qui s’était passé.

Je dois avouer que lorsque l’on m’avait proposé cette mission, enfin ce rôle comme je le voyais plutôt compte tenu des circonstances, je ne m’attendais pas à ce que nos échanges prennent cette tournure. J’étais plus qu’agréablement surpris par la situation, car la lecture du dossier de ce Taketora ne laissait nullement présager d’une évolution si rapide, d’une prise de conscience de ses actes et d’une volonté de se remettre en question. Pire, je m’attendais clairement à ce que pour notre première rencontre, elle se termine rapidement, le Tigre Ivre envoyant tout boulet ou que l’on en vienne à devoir s’affronter sous le coup de la colère de ce dernier.

Mais au final, rien de tout cela. Comme quoi, j’avais entièrement raison lorsque je disais que l’homme qui avait mon âge et qui ne me ressemblait en rien avait du potentiel et un avenir au sein du village.

Mais pour en revenir à la situation présente, le timbre de voix de l’ancien prisonnier confirma mon impression précédente d’un enfant qui ne savait pas comment échapper à ses obligations. Il avait du mal à parler et quand il y arrivait, il semblait omettre quelques éléments ou faire quelques détours de langage. Pour autant, patiemment, j’écoutais chacune de ses paroles avec attention. C’était maintenant le moment important, le moment où il fallait le soutenir et l’aider à avancer. Brusquer les choses, imposer des choix qui n’étaient pas les siens et tout ce travail de fait n’aurait servi à rien.

Si ma proposition, d’enseigner était sincère, Taketora semblait bien plus réticent à cette idée. Encore une fois, le poids du passé faisait encore son œuvre.

« Tu as peut-être raison. Tu ne peux peut-être pas, pas maintenant, ou jamais, qui sait. »

Qui étais-je pour prétendre affirmer cela, affirmer de telles propositions ambitieuses ? Personne non ?

« Mais avant de dire non de cette manière, dis moi une chose, explique moi pourquoi tu ne le mérites pas comme tu le dis ? En quoi apprendre aux plus jeunes serait un déshonneur pour ton maître ? Pourquoi tes actes passés seraient-ils un frein à tes choix futurs ? »

Puis, réfléchissant quelques secondes, je décidais pour aider cet homme de lui dévoiler un pan de ma vie connu de peu de monde.

« Ca ne se voit peut-être pas au premier abord, mais nous avons tous les deux le même âge à quelques mois près. Aujourd’hui, je suis le père d’une petite rouquine qui va avoir onze ans bientôt. J’adore ma fille et je ferais tout pour elle. Pour autant, tout n’est pas aussi beau que ce que les gens veulent bien voir. Yui, ma femme, est décédée quand Saya est née. Elle a pu la tenir dans ses bras quelques instants, le temps que je prenne une photo avant que les choses ne se compliquent. Elle est décédée quelques instants après. D’un moment de bonheur, je vivais en l’espace de quelques seconde un profond désespoir. Et sur le moment, je n’avais qu’un seul coupable à blâmer pour la mort de mon épouse. Cet immonde bébé, qui avait prit la vie de celle que j’aimais. Comment accepter cette chose après cela ? J’avais perdu toute envie de vivre, tout espoir de bonheur. Et pourtant, je me suis relevé. J’ai pardonné. Non pas à ce bébé, mais à moi-même. Je me suis pardonné d’avoir été un idiot, je me suis pardonné d’avoir été un lâche et je me suis pardonné d’avoir agi ainsi contre une si petite chose innocente qui n’avait rien fait. »

Laissant planer ma phrase quelques secondes, je réfléchissais à la suite, à organiser mes pensées.

« Et puis j’ai compris que j’étais dans l’erreur. J’ai compris que Saya n’y était pour rien et que ce qui était arrivé à Yui n’était la faute de personne, que cela aurait pu arriver à n’importe qui, mais que cela était tombé sur ma famille. Aujourd’hui, je me suis relevé de tout ça, j’ai avancé et je vois ma fille comme un don, le dernier cadeau de celle que j’aime. »

Essuyant quelques larmes aux coins des yeux avant de voire une gorgée de thé directement à la bouteille avant de reprendre.

« Tu vas me demander quel rapport avec toi ? Bien que nos calvaires soient différents, nous avons vécu la même chose, un drame. Aujourd’hui, tu es celui que j’étais il y a bientôt onze ans. Tu es cet homme plein de colère et de ressentiments. Tu dis que tu ne peux pas le faire, que tu ne le mérites pas, que cela serait un déshonneur. C’est faux. Moi, je dis que tu dois t’élever de tout ça. Tu dois avant tout te pardonner, aller de l’avant, accepter le soutien des autres, et enfin, tu arriveras à voir les choses sous un autre jour. Je ne dis pas que tu dois aider les jeunes Iwajins demain, mais commence par le commencement. Accepte qui tu es, accepte ce que tu as fait et surtout, pardonne toi, car celui que tu étais à cette époque est mort. Aujourd’hui celui que tu étais a disparu et toi, tu es là sous un jour nouveau. »

Seule ma famille proche était au courant de toute cette histoire. Les parents de Yui et les miens. Saya elle-même ne connaissait pas toute la vérité, et je ne voulais pas qu’elle l’apprenne, de peur qu’elle s’en veuille. Mais aujourd’hui, cet homme vivait une situation similaire non pas dans les faits, mais dans le ressenti. Pour aider, il faut comprendre et pour comprendre, il faut partager. C’est ce que j’ai fait.

« Une dernière chose, que penserait ton maître aujourd’hui entre un élève qu’il voyait prometteur et qui malgré ses actes décide de se racheter et un élève qui sachant qu’il a échoué se tourmente et pense qu’il ne mérite plus rien ? »


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