Soutenez le forum !
1234
Derniers sujets
Partagez

L’Éveil des Vents — ft. Yasei Reikan

Aditya
Aditya

L’Éveil des Vents — ft. Yasei Reikan Empty
Sam 4 Jan 2020 - 22:00
L’Éveil des Vents

ft. Yasei Reikan


Automne 203, quelque part à l’intérieur des terres de Yuki no Kuni, près des littoraux.


Au détour des lueurs flamboyantes d’un feu de bois crépitant, une silhouette abandonnée s’épanchait de ses couleurs avec l'avidité d'un naufragé. Ses paumes, dépourvues de la douce caresse du tissu, faisaient face aux flammes dans l’ultime but d’apprivoiser cette chaleur naissance qui courait sur ses doigts tel des souffles sibyllins, cherchant à chasser à la fois frissons et air glacial tamisés sur sa peau. L’azur qui berçait ses prunelles s’abreuvait ardemment de ces étincelles qui faisaient naître d’innombrables parures mordorées sous ses paupières au fil de leurs mouvements incessants, si bien que l’on aurait aisément pu croire que l’or parant les mèches qui encadraient son visage avait chaviré le long de ses cils pour s’y loger. Aditya pressa ses épaules un peu plus près de son corps, frottant ses paumes l’une contre l’autre en les enrobant d’un souffle réchauffé. Yuki tenait en maître son titre de Pays des Neiges, il n'y avait aucun doute là-dessus.

L'ascèse avisa les alentours d'une œillade perçante, détaillant les contours ardus des montagnes recouvertes de givre jusqu'à la cime de ces arbres royaux s'élevant par-delà les tempêtes. Aucun sentiment de grandeur tel que celui-ci ne s'était emparé de lui depuis qu'il avait quitté la Forêt Millénaire et ses dédales sylvestres, où l'horizon couvait d'autant plus de mystères pour leurs yeux aveugles qu'aucun autre n'aurait pu ne serait-ce qu'en supposer l'existence. La découverte de nouveaux paysages lui faisait toujours cet effet-là ; éternels et éblouissants, de là à lui ôter un souffle qu'il ne réalisait pas même retenir jusqu'alors. Mais au détour d'une alcôve enneigée, ses paupières se plissèrent, alertées par les formes abstraites qu'elles découvraient à sa vue.

Lentement, ses doigts se délièrent alors que son regard s'écrasait sur la silhouette d'une bête des plus imposantes, dont seules les stries ébènes qui perçaient son flanc la distinguaient de la poudreuse ; un tigre blanc, mesurant toute sa grâce malgré la force que dénotait son poitrail. Sa paume pressa le haut de son genou pour l'inviter à se redresser, devant cette figure bestiale qui semblait se rapprocher de lui au rythme de ses pas sourds. Avec une prudence mesurée, le blond imita sa cadence et laissa les pans de sa cape retomber sur son corps, tâchant de s’éloigner quelque peu du feu de camp. Pouvait-il seulement être affamé par l’hiver éternel qui régnait dans ces contrées, et penser que toute présence humaine cachait le revers de celle de nourriture ?

L’éveil d’un vent nouveau souleva les quelques mèches d’or qui bordaient son visage, faisant écho à la douceur rassurante avec laquelle il se faufilait au cœur des poils immaculés du félin, dont le museau lui apparaissait de plus en plus clairement. Ses yeux longèrent la noirceur de sa truffe jusqu’aux tâches ébènes qui enrobaient la richesse de ces orbes myosotis ; et en cet instant, l’appréhension se substitua à la tendresse et la peur à la nostalgie. Un sourire familier s’installa sur ses lèvres alors même que son regard accompagnait l’approche du tigre jusqu’à ses flancs, trônant en maître des lieux devant sa simple silhouette d’homme et le forçant à courber sa nuque pour échanger encore entre l’azur et cette mer d’un bleu royal indomptable. N’importe qui d’autre aurait fui devant une telle force de la nature. N’importe qui aurait pu penser, à raison, qu’un simple coup de sa patte aurait pu trancher ses chairs à vif et arracher la vie de cette coquille de chair ; mais Aditya savait désormais qu’il n’avait rien à craindre. Il n’aurait pu même être plus en sécurité qu’à cet instant précis, aux côtés de cette bête fougueuse qui tenait en elle tant de mystères.

Alors, l’ascèse vint caresser du bout des doigts les reflets miroitants de ce morceau de cristal trônant autour de son cou puissant. Ses ongles glissèrent sur les fentes taillés de cette dague jusqu’aux rebords noués d’une cordelette écarlate tandis que son visage se peignait d’un profond sentiment de quiétude face à l’animal.

« Je pourrais te reconnaître entre mille autres, Reikan. », glissa-t-il sur un ton affectueux qui dévoilait à nouveau l'intimité qui liait profondément ces deux partenaires. « Cherchais-tu à m'effrayer ? »



_________________

_


Revenir en haut Aller en bas
http://www.ascentofshinobi.com/t5306-aditya-terminee http://www.ascentofshinobi.com/t6379-aditya-memoires-d-un-ascese
Yasei Reikan
Yasei ReikanEn ligne

L’Éveil des Vents — ft. Yasei Reikan Empty
Lun 27 Jan 2020 - 18:17
➜ Automne 203, Quelque part à l'intérieur des terres de Yuki no Kuni, près des littoraux.

Jamais la Tigresse blanche ne pouvait se lasser de ce sentiment de liberté si singulier, et qui pourtant s'opposait à la fatalité du destin qui était le sien. Toutefois, au cours de son intégration à la société civile et sédentaire de la Cité Brumeuse, cette entorse faite au désir d'autonomie qui l'avait animé n'avait jamais su éteindre le feu de son âme criant à l'indépendance. Yasei Reikan était un esprit pur et libre, quoi qu'entravé par un poids conséquent de promesses et d'espérances qui reposait sur ses épaules, car les seules chaînes qu'elle n'avait su briser jusqu'à lors étaient celles qui l'accrochaient depuis presque toujours à ses rêves les plus chers. Mais les épaules d'une humaine n'étaient définitivement pas assez solides pour ne pas en finir brisées malgré une aide extérieure, à force de porter le fardeau d'un monde tout entier. Par contre, les épaules d'un Tigre blanc semblaient bien plus en mesure de réaliser de tels idéaux, tous aussi gargantuesques les uns que les autres.

À défaut de traquer désespérément la chaleur au coin d'un feu, l'enfant des bêtes en avait profité pour se lever à l'aube et rejoindre la poudreuse qui n'attendait qu'elle. Le soleil s'était levé sur ce bout du monde glacial, déclinant une magnifique palette de roses et de jaunes. La glace figeait les bords des torrents, pendant que les eaux rugissaient au fond des précipices de la banquise. Les arbres dressaient leurs hautes silhouettes même sur les plus petits massifs enneigés ; rares devaient être ceux qui, ayant osé s'y attarder, en revenaient indemnes... lorsqu'ils en revenaient. Les terres du Pays des Neiges étaient froides et hostiles à l'égard des Hommes. Pour autant, la Fille du Vent trouva son compte dans le calme et la paix naturels que Yuki no Kuni emprisonnait jalousement par la glace.

Enveloppée de son pelage de noir et de blanc, Reikan était plus majestueuse encore sous sa forme animale que lorsqu'elle avait son épiderme d'humaine à nu. Cette métamorphose féline, qu'elle avait pour habitude de réaliser sans le moindre effort ni le moindre défaut, épousait de façon parfaite la moindre courbe de son corps, source de bien d'énigmes. À y penser, il n'y avait pas meilleur prédateur que le Tigre blanc en ce monde pour incarner le caractère bestial et illustre de la native du Désert, qui avait tout appris de son maître et père. Sous toutes les coutures de sa chair, la jolie brune revêtait avec puissance et élégance cette mystérieuse apparence, avec une pureté à en couper le souffle.

Au-delà d'être une combattante de renom portant l'insigne de la Brume à son front, Reikan faisait partie de ces rares enfants des bêtes qui maniaient leur art à la perfection. Mais si elle pouvait inspirer la crainte pour la plupart en raison d'une carrure si imposante, Aditya ne put que se sentir honoré et rassuré d'être tombé nez à nez avec ce miraculeux joyau de la nature, qu'il connaissait pourtant si bien. Un joyau imprévisible, qui sous cette mythique peau de carnassier, était devenu indomptable à raison du temps et des épreuves qu'il avait traversé. Un joyau brut, que personne n'avait jamais su façonner pour le rendre plus docile et régulier. Ses pattes se promenèrent avec douceur sur la poudreuse, jusqu'à l'amener près de l'enfant du bois. Si bien du monde n'aurait pu se permettre de toucher la dague de cristal trônant dans la fourrure de son poitrail sans risquer d'y perdre un membre, le descendant du clan Shinrin pouvait, lui, profiter d'un tel privilège.

Mais la Tigresse blanche ne lui laissa pas le temps de caresser davantage cette relique qui lui était si précieuse. Son regard éthéré si singulier se fit plus malicieux, alors que son long corps de félin venait de ne faire qu'un tour de celui d'Aditya, avant même que ses pattes avants n'égarent quelques poils dans le néant. Cette couverture tigrée se décrocha lentement mais sûrement de toute son enveloppe charnelle à vue d’œil, laissant apparaître une Reikan déjà vêtue d'un manteau de fourrure. Le félin immaculé, qui aurait bien fait le double de son ami une fois sur ses pattes arrières, avait disparu. Ce retour à la forme humaine se fit d'une manière si instinctive qu'il en paraissait presque facile de se transformer en un pareil animal massif. Aussi bien aux yeux d'un môme que d'un vieillard, c'était un souvenir qui pouvait à tout jamais rester gravé dans la mémoire, tant cette aisance avec laquelle la Fille du Vent se métamorphosait avait le don d'intriguer.

La féline se redressa pour mieux embrasser sa nature bipède fraichement retrouvée, dans une posture particulièrement droite et rigide. Ses longs cheveux de nuit, qui n'avaient rien à envier à la robe tigrée de sa métamorphose, retombèrent en cascade sur ses épaules, alors qu'elle rouvrait ses yeux céruléens pour les plonger dans la profondeur azurée de ceux de son plus grand ami.

« Suis-je donc parvenue à faire naître en ton cœur une pointe d'inquiétude ne serait-ce que le temps d'un battement de cils, Aditya? »

La Fille du Lion lui décrocha un sourire, après avoir accordé un regard au feu qui dansait non loin sur les bûches incandescentes du camp de fortune. Puis, ses pupilles vinrent s'échouer contre les blancs pics de montagnes qui les épiaient de loin, rien que par leur grandeur. Sa voix troqua sa teinte d'ironie contre celle de nostalgie.

« Ces terres, où j'ai passé ma matinée, sont vraiment remarquables. Elles sont d'un calme que j'ai rarement pu côtoyer. Les monts du Pays du Fer étaient tout aussi enneigés, pourtant... je me rends compte maintenant à quel point ils étaient déjà infestés par l'activité des Hommes. »

_________________



Revenir en haut Aller en bas
http://www.ascentofshinobi.com/t5305-yasei-reikan http://www.ascentofshinobi.com/t5407-yasei-reikan-carnet-de-route

L’Éveil des Vents — ft. Yasei Reikan

Page 1 sur 1

Ascent of Shinobi :: Reste du Monde :: Yuki no Kuni, Pays des Neiges
Sauter vers: