Soutenez le forum !
1234
Partagez

La recrue à la chevelure dorée

Yasei Reikan
Yasei Reikan

La recrue à la chevelure dorée Empty
Jeu 13 Fév 2020 - 17:49
Automne de l'An 203, Village de Kiri, Seidou no Shinden

Au Nord de la Cité Brumeuse, non loin de la demeure de la Tigresse blanche, se dressait un abri spirituel à la modeste mais solide renommée purificatrice. Malgré l'architecture singulière de son imposante bâtisse, le Temple du bronze oxydé était d'une discrétion sans pareille, entretenant ainsi la symbolique du mystère religieux. Mais la maison divine avait su faire foi de sa bienveillance, notamment depuis l'étrange phénomène universel de la Résonance, en ouvrant timidement les portes de son jardin secret à quiconque cherchait le repos de l'esprit et celui du corps. Dès lors, les proches amis de ce repaire d'ascètes n'étaient plus les seuls à avoir l'honneur de pouvoir fouler le centre du sanctuaire floral. Et Yasei Reikan, qui faisait partie de ce cercle si restreint, avait pris l'habitude de s'y rendre quotidiennement pour profiter de l'accalmie du lieu.

Chacune des visites de la métamorphe avait été ponctuée par des échanges avec les moines en charge de cet énigmatique bercail. Et cette fois-ci ne fut pas une exception. Dès son arrivée, l'enfant des bêtes prit le temps d'écouter sagement les paroles des enfants du culte, qui étaient toujours réjouis d'accueillir la Fille du Vent, elle qu'ils respectaient pour être une Héroïne de l'Eau, malgré le fait qu'elle n'ait pas été une enfant du pays. Mais si certains d'entre eux se livraient à la discussion pour délier les langues, d'autres ne s'autorisaient pas une telle entorse à leur profession de foi. Il fallait dire que le Temple du bronze oxydé regorgeait de tâches à accomplir, rien que par l'entretien des statues des divinités guerrières et pacifistes qui se dressaient à l'intérieur. Ce refuge de piété ne tenait pas son nom du hasard, mais bel et bien de l'état de son mobilier et du squelette du bâtiment, tous deux lentement consumés par l'humidité et le temps. Une abondante végétation exotique, typique de la flore de la Brume, avait investi les lieux jusqu'à devenir une gangrène naturelle, attaquant sols et murs sans faire de jaloux. Pourtant, l'ambiance archaïque que dégageait le gîte des déités n'avait rien de repoussant ; bien au contraire.

Aux yeux de la Fille du Vent, cette particularité le rendait même captivant, à tel point qu'il avait la force de tempérer son âme d'éternelle nomade, à chaque fois qu'elle s'y rendait.

Reikan passa d'ailleurs son début d'après-midi dans la cour intérieure, bien à l'écart des passages plus assumés que d'habitude. Pendant que de rares citoyens de l'Eau s'évertuèrent à délaisser des offrandes au Temple pour honorer l'ère nouvelle de paix et d'unité dans laquelle venait d'entrer Kiri, la jeune femme profitait de son temps libre, devenu si rare à présent, pour s'adonner à l'écriture de parchemins et de lettres qui n'attendaient qu'une chose ; épouser l'encre de son pinceau. Celle qui portait sur ses épaules des responsabilités de plus en plus lourdes ne pouvait nier le fait qu'elle peinait à trouver du temps pour toutes les activités qui la harcelaient. Rien qu'à voir les bandages qui entouraient sa dextre, il était aisé d'en conclure que le repos était quelque chose que la Fille du Désert avait presque oublié. Et même en cet instant charnier, assise au milieu du jardin ouvert des moines qu'un cours d'eau circulaire ne cessait d'animer, la féline avait dû mal à fixer sa concentration. Non pas que la fraîcheur du coin la dérangeait, loin de là ; mais plutôt qu'une petite pointe d'inquiétude commençait à naître en son sein. Néanmoins, ce sentiment fut aussitôt étouffé par l'entente de râles et de chamailleries familiers entre deux lionceaux proches, qui revenaient au pas de course de leur vadrouille au-delà du Temple.

La jolie brune détacha ses pupilles éthérées du parchemin qu'elle ne tenait plus que d'une main, pour les planter sur le duo de félins amusés, comme s'ils venaient de semer quelque chose ou quelqu'un. Reikan plissa les paupières sans défaire sa position en tailleur sur le roc humide, avant de se mettre à parler à ces malicieux fauves qui se rapprochaient d'elle sans la moindre méfiance. Visiblement, aussi petites ces boules de poils pouvaient-elles être, ces petites graines de courage n'avaient pas froid aux yeux ; ils semblaient même connaître par cœur la célèbre Tigresse blanche. En assistant à une telle scène, d'aucuns auraient pris l'enfant des bêtes pour une folle à lier ou une envoyée des démons, en la voyant s'adresser à ces carnassiers en devenir comme s'ils étaient en mesure de lui répondre ; ce qu'ils firent sans se faire prier, au grand dam des civils allergiques à l'inconnu et à cette idée que les bêtes puissent être dotées d'une forme d'intelligence aussi véritable que leur ignorance.

« Où étiez-vous passés, jusqu'à maintenant?
Si tu savais, Reikan-nēsan! On a échappé à une femme qui ne nous lâchait plus!
Yaaarrhh! Tu aurais dû voir sa tête, on était bien trop vifs pour elle. »

Pas de doute, ces lionceaux porteur du don de parole étaient bien des bêtes dotées de chakra. Une chose qui aurait pu effrayer plus d'un, mais certainement pas la Fille du Lion. Décidément, Reikan regorgeait de bien des mystères. Sûrement par sa nature tout aussi malicieuse que ces petites bêtes, elle ne put d'ailleurs s'empêcher de décrocher un faible sourire, au coin de ses lèvres charnues. La métamorphe ne savait que trop bien l'énergie que ces deux-là avaient à dépenser et tout ce qu'ils avaient à découvrir en ce monde, raison pour laquelle elle ne put leur tenir rigueur d'avoir disparu sans prévenir. Malgré tout, la féline aurait pu les réprimander à ce sujet si elle s'était rendue compte qu'ils avaient été suivis, avant l'apparition d'une silhouette inconnue à l'entrée du jardin sacré.

Sans a priori et sans même afficher la moindre surprise, Reikan posa ses yeux sur la chevelure dorée qui venait de pointer le bout de son nez. Elle se redressa pour se mettre debout, laissant sa longue chevelure d'ébène retomber en cascade sur ses épaules, les parures dorées et exotiques qui l'habillaient se permettant même de rougir et de briller à la lueur du jour. Ses boucles d'oreilles griffues, d'un myosotis aussi profond que celui de ses yeux, cliquetèrent l'espace d'un instant, portées par les mouvements de son corps qui vint à s'immobiliser une fois debout. Les deux jeunes fauves en profitèrent d'ailleurs pour dégonfler le torse et presque se blottir à ses chevilles, abandonnant instinctivement le courage dont ils avaient pu faire preuve tantôt. À première vue, le minois de cette jeune fille ne lui était pas familier. Mais la changeforme était bien loin de se douter de l'identité et des motivations de cette jeune recrue, elle qui détenait tant de points communs à développer en sa compagnie.

« Si ce sont eux qui t'ont mené ici, ces lionceaux ne sont pas perdus, mais avec moi. Qui es-tu? »


_________________



Revenir en haut Aller en bas
http://www.ascentofshinobi.com/t5305-yasei-reikan http://www.ascentofshinobi.com/t5407-yasei-reikan-carnet-de-route

La recrue à la chevelure dorée

Page 1 sur 1

Ascent of Shinobi :: Territoires de l'Eau :: Kiri, village caché de la Brume
Sauter vers: