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La forêt Shiranui


Lun 14 Aoû 2017 - 21:53
Levé de bonne heure, je me frotte les yeux et aperçois une lettre sur le rebord de la fenêtre. Il s’agit sans nul doute d’un ordre de mission. Sans plus de cérémonie, je me saisis de la missive, l’ouvre et la lis attentivement.

Mission de rang C.
À Kaguya Renka, Yamikurai Yaato et Yuki Shinichi,
La pègre sévit au pays de l’Eau, nos forces combattent le crime partout dans l’archipel mais les hommes ne sont pas les seules à déstabiliser la région. La faune locale est particulièrement agitée près de la province du Shuinsen. On raconte qu’une bête géante et féroce attaque quiconque pénètre dans la forêt Shiranui. Allez voir ce qu’il en est et neutralisez la créature si possible.
Lieu de rendez-vous : Café Soren.


Bête féroce ? Shuinsen ? Forêt Shiranui ? Tout cela ne me dit rien qui vaille. D’autant que mes deux coéquipiers du jour sont de parfaits inconnus. Cependant la mission est présentée comme étant de rang C. Ceci-étant, cela ne devrait pas être trop difficile de venir à bout de cette bestiole. Je suis plutôt doué pour ce qui est de repérer les sources de chakra. Dès lors il suffit qu’un de mes deux collègue soit « bon combattant » pour que la mission soit un jeu d’enfant. Je localise le machin à buter, je guide mes camarades là-bas et bim bam boom. Ils se chargent du reste. Sur le papier, ça semble être une mission facile en somme.
Après m’être convenablement préparé, je quitte ma chambre et m’en vais déjeuner. Je pose la lettre près d’une table basse, à côté de l’escalier et rejoins la cuisine afin de manger un morceau.

Je me coupe un bout de pain et entends mon paternel descendre les marches une à une de son pas lent, solennel et ferme. L’homme d’une cinquantaine d’année s’approche, lettre en main et me demande :
▬ La forêt Shiranui ? C’est là qu’on t’envoie ?
▬ Ouais, faut croire. Tu connais ?
Mon père reste silencieux un instant, hausse les épaules et rétorque :
▬ Pas vraiment, non. J’en ai juste entendu parler. Il y a longtemps.
▬ M’ouais. Super.
Je m’en cogne complètement en fait. Mon vieux s’en rend bien vite compte et quitte le domicile familial sans même manger. J’imagine qu’il est occupé. Les Jonins du village le sont tous. Il est d’ailleurs rare de voir le vioque rester plus de deux nuits d’affilées chez nous.

Après avoir déjeuné et conformément à l’ordre de mission, je me rends au café Soren afin de rencontrer ce Yaato et la Kaguya. Cette dernière est plutôt petite, même pour une fille. Comme les trois quarts des représentants de son clan, Renka a les cheveux argents et le teint pâle. Et comme les trois quarts des représentants de son clan, Renka ne sourit pas. Jamais. À croire qu’ils ne savent pas comment faire ou que leurs os et nerfs contrôlant les mimiques faciales sont bloqués. Nous échangeons quelques banalités, nous nous présentons aux uns et aux autres et tentons de nous décrire chacun notre tour le plus fidèlement possible. Renka a beau ne pas paraître aimable, ses talents de ninja médecin nous seront sans aucun doute utiles au cours de cette mission.
Mon autre camarade est plus grand en taille mais probablement plus petit en intelligence ; Pour cause, il est sabreur. Il n’est pas membre de la confrérie à proprement parler mais est plutôt bon épée en main. Certes sa lame ne possède aucun pouvoir mais « il assure » d’après Renka. Les deux genins de la brume se connaissent et constituent ensemble l’équipe numéro douze du village. Leur sensei – tout comme le mien – est temporairement indisponible, c’est pourquoi je suis là. Certes je ne suis pas chûnin ou jonin mais cette mission a été rédigée de sorte à ce qu’une équipe de trois la réalise. En somme et pour faire simple, j’ai été parachuté dans l’équipe numéro douze le temps d’une mission. Génial.

Nous discutons et quittons la place centrale du village, direction la frontière. Ceci-fait, nous embarquons sur le premier navire en partance pour la province du Shuinsen et continuons de faire plus amples connaissances. Renka travaille à l’hôpital avec sa mère et son père tandis que Yaato est membre d’un clan mineur. Le jeune homme a pour ambition d’entrer dans la confrérie des sabreurs tôt ou tard et fait preuve d’une naïveté affligeante. Ça me donnerait presque envie de vomir. Ah et évidemment il a perdu ses deux parents il y a quelques années et est désormais orphelin … Bordel. Vraiment ce gars a une vie de merde.

Nous arrivons dans la province sur les coups de vingt deux heures et prenons chacun une chambre dans une modeste auberge. Il y a peut-être un monstre dehors mais sortir traquer une bête à cette heure là nous semble peu judicieux. La mission peut bien attendre demain. D’autant qu’on se les gèle dehors.
Le lendemain matin, Renka, Yaato et moi partons en direction de la fameuse forêt Shiranui. Il fait toujours un froid de canard mais en bons Kirijins, nous saurons faire avec. Bien sûr nous prenons soin d’emporter quelques provisions afin de tenir la journée.

***

Trois heures plus tard.
▬ Tu sens quelque chose ? Shinichi ? … Hey. Je te parle … Est-ce que tu sens quelque chose ?
▬ Non. C’est pas en demandant toutes les cinq minutes que je vais pister un truc. Et arrête de me parler comme si j’étais un chien, bordel.
Cette Renka est vraiment désagréable. Yaato se marre tandis que nous continuons d’ouvrir l’œil à la recherche d’indice. J’ai beau rester sur mes gardes, je ne sens ni ne vois rien. Agacé, je finis par montrer mon insatisfaction à mes collègues :
▬ Y a vraiment que dalle ici. On s’est pas gourés de forêt par hasard ?
▬ Bien sûr qu’on ne s’est pas trompés.
▬ C’est pas à toi que je parle mais à l’autre gus.
▬ Et bien … Si elle dit qu’on ne s’est pas trompés, c’est qu’on ne s’est pas trompés.
Super. Paie ton libre arbitre à deux balles, toi.
▬ Hein tu as dit ?
▬ Non non, rien du tout. Je disais juste que tu avais une belle épée.
▬ Ah. Merci. Elle est dans ma famille depuis six générations déjà. J’en ai héritée à la mort de mes parents.
▬ Oh. Et c’est quoi son nom ?
▬ Son nom ? Pourquoi tu veux qu’elle ait un nom ? Ce n’est pas une arme à pouvoir ni un sabre légendaire.

Ah oui, c’est vrai. C’est juste une épée tout ce qu’il y a de plus banale. À ceci près qu’elle est drôlement jolie et élégante. Je me gratte la tête et rétorque naïvement au genin de la brume :
▬ Bah … Je sais pas. En général les armes ont des noms, non ? Pas besoin d’être légendaires ou quoi. Il suffit qu’elles soient vieilles et de bonne qualité, ce qui m’a l’air d’être le cas là.
▬ C’est pas faux. Hum. J’y ai jamais pensé. Il faudrait que je lui trouve un nom. J’y réfléchirai plus tard.
▬ Bah, on fait que dalle là à part chercher dans la mauvaise forêt alors autant faire ça maintenant. Tu penses quoi de lame du matin ? D’obscur aurore ? Ou mieux : Pourfendeuse des ténèbres ?
▬ T’es vraiment fou toi … Vraiment.
▬ Attends, j’ai mieux ! Dévoreuses de …
Je m’arrête net, coupé par un cri rauque à en glacer le sang d’un Yuki. Après avoir poussé deux ou trois jurons d’une vulgarité sans pareille, je me tourne vers une Renka restée stoïque :
▬ Je retire ce que j’ai dit, tu t’es pas trompée de forêt.
Et pourtant … J’aurais préféré qu’elle se soit gourée.

Ce cri vient de l’ouest et nous prenons donc cette direction à partir de maintenant. Ce hurlement a beau nous avoir donné une indication sur la localisation de ce monstre, nous n’en sommes pas moins avancés tant les lieux sont vastes. Cela fait bientôt dix heures que nous fouillons cet endroit et nous n’avons rien si ce n’est un cri rauque. Je doute que cela soit suffisant pour rentrer au village de la brume en héros. Comme à son habitude, la Kaguya fait preuve d’un pragmatisme à toutes épreuves et suggère :
▬ Je sais que cela peut paraître risqué mais je propose pour les dernières heures de recherche qu’il nous reste avant la tombée de la nuit que nous nous séparions. Nous aurons plus de chances de trouver quelque chose. Un habitat naturel ou je ne sais quoi. Si vous tombez sur un truc ou pensez trouver un truc, ne faites rien d’héroïque. Nous ne sommes pas ici pour mourir.
Ça je te le fais pas dire ma vieille ! Tu prêches un convaincu ! Je ne compte pas me précipiter dans la gueule du loup. Certes j’ai gagné en courage et en abnégation depuis peu mais je ne suis pas encore assez fou pour risquer ma peau au cours d’une mission aussi faiblement rémunérée.

Bien que cela me déplaise, nous suivons les judicieux conseils de la Kaguya et nous nous séparons. Kunai en main, j’explore l’immense forêt en priant pour ne pas tomber nez à nez avec la chose qui a poussée ce cri. Je découvre bientôt une zone de la forêt où les arbres ne poussent plus, où l’herbe est entièrement recouverte de neige et où la vue est anormalement dégagée. De loin, je crois voir un bête blanche s’abreuver près d’un cours d’eau. Je m’avance timidement et m’arrête à l’instant où le monstre se retourne. C’est un loup. Un loup immense au pelage blanc et aux pupilles bleus azurs semblable aux miennes.

Je déglutis difficilement, tiens farouchement mon arme entre mes deux mains et recule lentement. Je trébuche sur une branche d’arbre et tombe sur les fesses. Mon arme est à quelques centimètres de moi et je trifouille la neige afin de m’en saisir à nouveau. L’animal quant-à lui ne bouge pas. Il s’est bel et bien retourné et m’observe mais n’avance pas, ne tente rien. Lorsqu’enfin le loup se décide à approcher, je pose mes mains au sol afin de créer une plaque de glaces sous ses pattes. La manœuvre a pour but de gêner la progression du canidé. Ceci-fait, je me relève et cours dans la direction opposée à la sienne. L’animal ne me suit pas, je n’ai donc pas la moindre difficulté à le semer. Après un bon quart d’heure de course effrénée, je retrouve Renka. Il est presque dix-huit heure, la nuit tombe et la température frôle les moins dix degrés. Nous allons rentrer.

Il est vingt heure passé lorsque l’aubergiste nous sert notre dîner. À tour de rôle, nous racontons chacun ce que nous avons croisé lorsque nous étions seul. Et le moins qu’on puisse dire c’est que rien de bien intéressant ne sort de cette conversation ; Yaato croit avoir trouvé un repère d’ours, Renka quant-à elle n’a rien vu si ce n’est quelques piafs supposés rares. Lorsque vient mon tour, je balbutie :
▬ Et bien … Euh. J’ai rien vu. À part un cours d’eau où il y a peut-être quelques poissons dangereux. Mais bon.
Je préfère ne rien dire. En soi je ne suis même pas sûr d’avoir réellement vu ce loup. D’autant que la bête que nous cherchons est censée être féroce. Celle que j’ai croisée avait l’air plutôt sereine et apaisée. De plus, je ne suis pas assez naïf pour croire qu’une plaque de glace de quelques centimètres d’épaisseur a forcé ce prédateur à renoncer à son dîner. Si cela avait été son intention, cette bête aurait pu me tuer. Ça n’aurait pas été difficile.

Une fois le dîner terminé, nous rentrons chacun dans nos chambres respectives. J’essaie de dormir mais ces yeux bleus et cette bête occupent toutes mes pensées, à tel point que je n’en trouve pas le sommeil.

***
▬ Allez Shinichi, grouille toi.
▬ Ouais ouais.
J’aimerais bien l’y voir. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit et elle ose me réprimander pour ma lenteur ! Non mais non !
▬ Bon les garçons. On refait comme hier ? On part chacun de notre côté ? On se voit dans cinq heures pour le déjeuner.
▬ Euh, je préfère ne pas être seul cette fois.
▬ …
▬ …
Les deux membres de l’équipe douze se regardent et esquissent un sourire moqueur. Oh je sais très bien ce qu’ils se disent : « Qu’il est peureux ce Shinichi » mais je m’en fiche pas mal ! Je n’ai pas dormi, j’ai eu une hallucination bizarre hier et on se les gèle grave ! Il est hors de question que je fouille cet endroit sans garde du corps. D’autant que de nous trois, je suis de loin le shinobi le moins apte à se défendre par lui-même.
▬ T’as raison. Tu es senseur après tout. Si tu repères quelque chose, il vaut mieux que tu aies quelqu’un à tes côtés. Bien, tu vas avec Yaato. Je reste seule. On se voit pour déjeuner. Dispersion.

Sur ces mots, nous formons deux groupes et partons dans des directions opposées. Yaato et moi fouillons la partie est de la forêt sans rien trouver d’intéressant. Ni loup, ni bestiole dangereuse, ni grands yeux bleus en vue. Les heures passent et il est bientôt midi. Nous retournons au point de départ, là où nous étions censés nous retrouver mais Renka est absente.

L’inquiétude commence à se lire sur le visage de Yaato.
▬ Quelle heure est-il ?
▬ C’est difficile à dire mais il est midi passé je crois.
▬ Qu’est-ce qu’elle fiche ?
Aucune idée. Renka est une grande fille, elle a des bases en médecine et est membre du clan Kaguya, elle devrait pouvoir se débrouiller. À moins qu’elle soit tombée nez à nez avec ce monstre que j’ai vu hier. Non. Impossible. D’une je ne l’ai pas vu. J’ai cru le voir. De deux, même en supposant que mon hallucination n’en soit pas une – et elle l’est – le loup de mes rêves était inoffensif … Enfin je crois.
Je ne suis sûr de rien et doute de tout. Yaato s’inquiète et son stress est communicatif. Je commence sérieusement à avoir les chocottes.

Nous pressons le pas et partons vers l’ouest, là où était Renka. En cours de route, Yaato et moi émettons une foultitude d’hypothèses permettant d’expliquer la non venue de la Kaguya.
▬ Elle a dû oublier de venir ou s’être perdue. Tu sais, il y a des arbres assez haut et il est difficile de voir le soleil et …
Et Renka git au sol dans une marre de sang, inanimée et déchiquetée de toute part. La vue du corps me fait vomir et fait pâlir mon camarade sabreur qui n’a pas le temps de pleurer sa partenaire d’équipe. Après avoir dégobiller mon petit déj’, je reprends mes esprits et annonce :
▬ Il faut partir.

Nous vomirons plus tard. Si nous restons trop longtemps, la chose qui a tué Renka va venir pour nous. Il faut décamper. Nous nous apprêtons à rebrousser chemin quand deux loups entrent dans le champ de vision de Yaato. Le genin de la brume s’arrête et annonce calmement :
▬ Stop. Ce sont eux.
▬ Hein ?
Je tourne la tête vers la gauche et vois à mon tour les deux animaux. Il est malade ou quoi ? Ce sont deux loups tout ce qu’il y a de plus classiques. À eux deux, ils n’auraient probablement pas pu tuer la Kaguya.
▬ Peu importe, allez on rentre.
▬ Non. Attends. Je vais accomplir notre mission.
▬ Ce n’est pas notre mission, arrête. Ce ne sont pas eux les coupables.
Il perd les pédales celui-là. J’essaie de le retenir mais il me pousse, dégaine son arme et s’avance. Animé par une rage vindicative, Yaato attaque un des deux loup, le blanc. Ce dernier riposte et est appuyé par son collègue au pélage gris. Pour ma part je me relève et tente de raisonner mon coéquipier :
▬ Arrête tes conneries et reviens là.
Le Yamikurai poursuit sa lancée et transperce le premier loup – le blanc. Au cours de son attaque meurtrière, le shinobi de la brume s’est grièvement blessé. Les crocs de sa victime se sont logés près de son bras droit et l’ont tailladé jusqu’à la base du cou. Le genin a un genou à terre mais se tient encore debout grâce à son arme. Et c’est à ce moment-là que, poussé par une forme de réflexe héroïque, je cours vers lui afin de l’attraper et m’enfuis avant que le second animal l’achève.

Avec Yaato sur le dos, je parcours en quelques instants une bonne centaine de mètres avant de m’arrêter afin de souffler un peu.
▬ Mon dieu, t’es fou ou quoi ?
Je tremble et la peur transparaît dans ma voix. Renka est morte. Yaato est gravement blessé. J’essaie de stopper l’hémorragie et y parviens avec difficulté.
▬ Il ne faut pas rester là, on se tire d’ici.
Cette mission n’a finalement rien « d’un jeu d’enfant ». En outre, cette forêt est tout sauf normale. Je me frotte les yeux, me mets une claque afin de me motiver et porte le Yamikurai sur mon dos.
▬ On y va, tiens bon.
Sur ces dires adressés aussi bien à mon camarade qu’à moi-même, nous repartons. Direction le village le plus proche à la recherche d’un médecin. L’épéiste en a bien besoin.

Je saute d’arbre en arbre mais suis bientôt rattrapé par quelqu’un. En effet je perçois une source de chakra d’origine inconnue. Elle avance, va plus vite que moi, me rattrape et finit par m’intercepter. J’ai eu beau marcher au sol et me faire le plus petit possible, ce prédateur m’a trouvé. Et quel prédateur.
▬ Non mais non …
Un loup noir me fait face. À en juger par la tête qu’il tire, il ne me veut pas du bien. Je me tape toute la famille ma parole ! Ah et celui est grand. Presque aussi grand que le blanc que j’ai vu en rêve.
Je tourne machinalement la tête de droite à gauche afin de trouver un échappatoire quand un deuxième canidé apparaît. Il s’agit de celui que j’ai cru voir en rêve l’autre jour. L’animal blanc aux yeux bleus s’interpose entre nous et son vis à vis. Il tourne la tête en notre direction et ses pupilles azures virent soudainement au pourpre.
▬ …
Mes forces me quittent. Je me sens comme « apaisé » et m’écroule au sol. Yaato s’est lui aussi endormi sous l’effet de cette illusion lancée par le canidé blanc.

***
Le lendemain matin.

J’ai mal à la tête et commence à émerger. Je n’arrive toujours pas à ouvrir les yeux mais mes autres sens fonctionnent. Je peux sentir le froid du sol enneigé sur mes joues, j’entends le vent souffler et les corbeaux crier. Après quelques minutes de demie-conscience, je finis par ouvrir les yeux et vois des pattes, des pattes blanches. Ce loup n’était donc pas un rêve. Il est bel et bien vivant, installé sur le tronc d’un vieux chêne tombé et recouvert de neige. Toujours au sol, à plat ventre, je tourne la tête et vois Yaato à mes côtés. Il est vivant. Frigorifié, convulsant et épuisé mais toujours vivant.

▬ Tu es réveillé.
… Ce loup parle maintenant ? Eh bah bordel. Ça c’est une hallucination comme on en voit rarement. Après m’être levé avec difficulté, je me pince la joue et observe le grand animal. Plusieurs de ses congénères m’encerclent tandis que Yaato gît à mes côtés.
▬ Le procès peut donc commencer.
Bouche-bée, j’écoute les dires du loup sans trop rien y comprendre.
▬ Ton camarade et toi êtes accusés d’ingérence et d’assassinat envers l’un des nôtres. La peine requise pour le premier crime est la prison à vie. Pour le second, la mort.
J’ai l’impression d’être le personnage principal d’une très mauvaise BD et demande :
▬ Ingérence ? Je sais même pas ce que c’est. Et assassinat ? Je n’ai tué personne moi.
Il m’a aidé et je ne doute pas de la bonne foi de ce loup mais là il affabule comme le premier des menteurs à tel point que c’en est pas permis. Une voix retentit derrière moi. Le loup gris que nous avions croisés tout à l’heure et qui avait combattu Yaato intervient :
▬ Si je puis me permettre, père, du second crime seul le mourant est coupable. Le garçon aux yeux bleus a tenté de l’empêcher d’attaquer Sensui.
Sensui ? J’imagine qu’il s’agit du loup blanc que Yaato a transpercé plus tôt dans la journée. C’est de ça que nous sommes accusés ?
▬ Je vois. Au regard de ces nouvelles informations, te voilà acquitté du second crime. En revanche, du premier tu es toujours suspecté. Tu es accusé d’avoir voulu interférer avec les affaires de notre clan. Qu’as-tu à répondre à cela ?
▬ Je … Euh … J’avoue que je ne comprends pas votre majesté. Enfin, maître. Ou votre altesse. Ou tout ce que vous voulez, je m’en fiche. Mais à en croire ce que vous me dites, vous voulez me punir car je suis entré dans votre forêt ? Mais moi j’en ai rien à faire de votre forêt, de vous ou de votre clan. Je suis venu ici car on m’en a donné l’ordre. Les villageois se plaignent, des gens meurent en pénétrant ici, ma collègue est morte et mon compagnon est sur le point de crever. Faites quelque chose.
▬ Non. Nous ne soignons pas les assassins. Ton compagnon a tué un membre de notre meute. Il ne trouvera aucune aide ici. Quant-aux problèmes rencontrés par les humains sur nos terres, ces derniers sont dues à un traître, un loup qui a tourné le dos à sa famille. C’est lui qui a tué ton amie et tu m’en vois désolé. Son cas a été réglé. Il n’importunera plus personne dorénavant.
▬ Le traître, j’imagine qu’il s’agit du grand loup noir qui voulait nous attaquer ?
Le chef de meute acquiesce d’un signe de tête et reprend :
▬ Vous, humains, avez une grande propension à vous occupez d’affaires qui ne vous regardent pas. Depuis des milliers d’années, la forêt Shiranui est sous la juridiction de mon clan. Intervenir sur nos terres est un crime. Tout comme intervenir sur celles du pays de l’Eau en est un pour vous autres Kirijins. Tu es membre du clan Yuki n’est-ce pas ?
Je déglutis et observe mon interlocuteur. Il connaît ma famille. Il est vrai que lors de notre première rencontre, j’avais utilisé une technique Hyôton pour le destabiliser. C’est sûrement grâce à ça qu’il a pu déterminer mes origines. Je peux peut-être tourner cela à mon avantage afin d’être acquitté et acquitter Yaato.
▬ Oui. Mon nom est Shinichi, du clan Yuki, manipulateur de glace et shinobi de la brume.
▬ Bien. Tu parles comme eux. Autrefois mes ancêtres et les tiens étaient liés …
Ah ? Super. J’esquisse un sourire béat. Grace à mon nom, je vais peut-être pouvoir grapiller quelques privilèges.
▬ … Jusqu’au jour où vous avez cessés de respecter votre part du contrat.
Adieu les privilèges.
▬ Je … Vous m’en voyez désolé. Mais je suis innocent des deux crimes dont vous m’accusez. Et je veux bien faire ce que vous voulez mais vous devez me laisser partir. Je leur dirai que votre forêt est sûre, qu’il n’y a plus de menaces. Si je ne reviens pas …
Je déglutis difficilement et essaie de trouver un argument viable. Je ne dois pas paraître menaçant ou imbu de moi-même. Mon sort va dépendre des mots qui sortiront de ma bouche, je ne dois pas me louper et être convaincant :

▬ Si je ne reviens pas et si aucun de nous trois ne revient, ils enverront d’autres ninjas, plus forts, plus vieux. La mission que j’ai reçu était de rang C. S’il s’avère que trois genins n’ont pas réussis à accomplir ce travail, des Jonins ou des membres des forces spéciales seront déployés. Ce n’est pas ce que vous voulez, croyez-moi. Et ce n’est pas ce que je veux non plus.
… Mon dieu je suis un génie. Cet argument est en béton armé. Comme quoi il m’arrive d’utiliser ma cervelle de temps à autre. Le grand loup réfléchit, concerte ses camarades via des mimiques faciales et des regards et affirme :
▬ Tu n’es pas coupable d’assassinat. Et tu n’es pas pleinement fautif du premier chef d’accusation. Tu seras libéré et tu diras aux tiens que la forêt est sûre, que la menace a été éradiquée. Bien que quelques membres de ta famille aient déçus les nôtres, les Yuki ont été pendant longtemps des alliés fidèles. Cependant, je dois m’assurer de ta loyauté envers nous. Signe ceci. Ainsi nous pourrons requérir ton aide en cas de besoin et te faire venir à nous à tout moment. Tu seras notre esclave dans un premier temps. S'il s'avère que tu es digne de confiance, nous reconsidérerons ton statut et tu pourras pleinement devenir un membre de notre meute.
Je dois mettre mon nom sur ce bout de papier afin de partir ? Facile. Bon par contre j’ai pas de crayon … On m’explique assez vite que je dois signer avec mon sang. Je me mords donc le pouce et écris mon nom à l’encre rouge. Ceci-fait, je pousse un soupir de soulagement, me tourne vers un Yaato demi-conscient et le porte sur mon dos.
▬ Tu es lié à nous désormais. Tu dois défendre les intérêts de ton village, de ton clan mais aussi les nôtres. L’individu que tu portes ne peut rester sur ton dos plus longtemps. Je te rappelle qu’il a tué un membre de ma meute. Je te charge d’exécuter la sentence prononcée par ton maître.
Je ne prends pas la chose au sérieux dans un premier temps mais comprends rapidement que le « maître » ne rigole pas. Le chef de meute est très sérieux. Il ne soignera pas Yaato qui est déjà plus ou moins condamné tant il a perdu de sang et ne me laissera pas partir si je trahis mes engagements. Dans ces conditions, je crois que je n’ai pas le choix.
Je pose le Yamikurai au sol et prends une profonde inspiration. Loin de grimacer, mon collègue semble heureux, apaisé, comme s’il ne m’en voulait pas et comprenait mon acte. Du moins c’est ce que j’espère et me répète sur le moment. Je le regarde une dernière fois dans les yeux avant de demander :
▬ Pardon.

***

Cela fait une semaine que je suis rentré de cette mission à la province du Shuinsen. Les obsèques de Yaato et Renka ont lieu aujourd’hui. Aucune fouille n’a été effectuée à la forêt Shiranui. Pour cause, j’ai expliqué aux autorités que ces deux genins sont morts, mangés par un prédateur sauvage dont nous sommes venus à bout après d’énormes efforts. A la suite de cette mission j’ai été promu chûnin … Je me sens atrocement mal. Mon rapport s’est voulu détaillé et grâce à l’aide de Sanzö – le chef de meute – mon récit a été des plus crédibles. Quelqu’un toque à la porte de ma chambre et entre aussitôt. C’est mon vieux :

▬ L’hommage va commencer bientôt. Tu ne veux pas y aller ?
▬ Je ne préfère pas, non.
▬ Très bien. Je vois que tu as une nouvelle arme.
▬ Ce n’est pas la mienne.
▬ Mais tu vas la garder ?
▬ Je crois que je suis bien obligé. Je vais l’appeler Yaato.

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