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Le récit des nuages [Reikan]

Sakkaku Haise
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Lun 19 Oct 2020 - 23:51

Sur le toit du bâtiment, Haise y était depuis déjà quelques heures. Représentant plus ou moins le seul endroit qu’il avait trouvé pour être seul, c’était aussi une manière de fuir l’inévitable. En se positionnant à un tel endroit, une partie de lui s‘était réfugiée dans le fait qu’il serait possiblement seul. Pourtant, était-ce réellement ce dont il avait besoin ? Après tout, il avait beau retourner la situation sous de nombreux angles qu’elle ne changeait pas.

Bien que plus calme qu’au début, sa culpabilité demeurait. Pourtant, il arrivait à la diluer en laissant ses iris se faire bercer par le mouvement des nuages. Aussi fluide et apaisant, le tout lui rappelait ce qu’il n’était pas : quelqu’un de léger. Lourd en émotion et ressenti, seule la délicate morsure qu’il appliqua à sa lèvre lui rappelait avec insistance qu’il ne pouvait devenir qu’un simple amas d’eau qui n’attendait que le bon moment pour se disperser dans l’univers.

Bien que cette finalité aurait pu être réconfortante, elle n’avait aucun sens au même degré qu’elle était impossible. Pourtant, devant la présence qu’il sentait arrivé, seul le regret de ne pas avoir été à la hauteur l’incitait à penser à cette alternative.

Ainsi, il ne bougea pas, se contentant d’observer le décor comme une âme pensive et errante. Puis, ne pouvant rester dans un tel état, il tenta de faire preuve de courage en se retournant pour confronter Reikan du regard. Sous le moment, il était déjà dans une meilleure posture par rapport au tournoi. Beaucoup plus stable psychologiquement, son corps représentait cette fois-ci, l'élément le plus perturbé à première vue.

Ainsi, béquilles à la main alors que sa jambe était complètement scellée dans un plâtre, il initia le dialogue :

-Je tiens à m’excuser pour l'état dans lequel je suis, mais je suis content de voir que tu t'en es mieux sortie que moi. En entendant ton cri, j'étais rassuré à l'idée de savoir que tu étais toujours présente bien que l'espace d'un instant, j'ai eu peur de ne pas avoir été assez décisif pour freiner Ao avant qu'il ne t'atteigne...

Demeurant dans cette position, bien qu’il pouvait paraître résilient, ce n’était pas du tout le cas, car derrière ce voile de force se cachait une structure aussi fragile qu’un nuage : elle était simplement inexistante. Haise avait beau maintenir cette façade, mais le cumul des deux événements rendait le bilan beaucoup plus lourd qu'il ne l'aurait espéré.

Avec un esprit à moitié brisé et une jambe fracassée, Haise allait devoir faire preuve de patience et de beaucoup de travail s'il espérait pouvoir reprendre du service...

@Yasei Reikan

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Yasei Reikan
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Jeu 29 Oct 2020 - 18:17
➜ Été de l'An 204, Hôpital de Kiri

Si l'Humanité se plaisait à baigner au cœur de tous ces bons moments d'allégresse, force était de constater qu'elle préférait ressortir grandie et plus forte de ceux de désastre et de tristesse. Pétris par la souffrance, certains surchargés d'un lourd tribut ne parvenaient pas à retrouver la sortie du tunnel et enduraient en baissant les armes, répondant à l'appel de la médisance envers le monde, de l'aversion contre tous. Ceux-là se trouvaient fendus, brisés par cette brutalité de leur existence. Mais d'autres avaient appris à se rendre plus malléables face à elle parfois en demeurant dans le déni, parfois en laissant les impacts de la vie grignoter non pas leur enveloppe charnelle, mais bien leur santé mentale. Yasei Reikan, elle, appartenaient à ce peu d'individus qui rendaient leurs peines plus dociles et s'en servaient afin de ne pas basculer dans l'ombre. Si à ses perles, la culpabilité la rongeait au quotidien, chaque ami et frère tombé au combat sans qu'elle ne puisse l'en empêcher constituait une raison de plus pour briser cette chaîne de haine qui déchirait les Hommes, les Bêtes et les Dieux, pour forger son rêve de paix.

La Tigresse blanche n'acceptait pas l'idée de contempler sa peine dans la boue, sans chercher à se relever par n'importe quel moyen à sa portée. Alors jamais, elle n'accepterait de regarder autrui s'y laisser tenter et sombrer loin de la lumière qu'elle dégageait, sans rien pouvoir faire. Même les plus gros stigmates, nés des plus détestables êtres sur ce globe, ne pouvaient ne serait-ce qu'entendre pervertir sa vision des choses et la bonté qui l'habitait. Et pour cause, elle comptait bien ne laisser aucun vice se glisser entre elle et tous ceux qu'elle souhaitait entraîner dans son sillage, dans son escalade vers la vraie ataraxie, ses élèves au premier rang. Au lendemain de cette divine guerre, il était temps de mettre du baume sur les blessures visibles ou pas et de recouvrer des forces ; mieux encore, de les faire proliférer.

Sur les tuiles de la maison de soins de la Cité Brumeuse, la Fille du Vent ne chercha pas à rendre discrète sa venue auprès de son élève. Ses voiles orientaux et ses mèches de jais caressés par la brise, ses chevilles l'arrêtèrent aux flancs de Sakkaku Haise, face au vide aussi imposant que celui qui semblait avoir investi son cœur. Si lui avait besoin de l'aide d'une béquille pour tenir debout, la cheffe de son équipe semblait s'en être sortie sans rien de plus grave que certaines meurtrissures superficielles subies par sa chute avec Raonaka Ao, dans les eaux cataclysmiques qui avaient failli tous les avaler. Reikan reçut ses excuses et ses mots, attarda ses pupilles myosotis sur son état et les détourna sitôt en direction d'un horizon enflé par les courbes de Kiri la Grande. Un panorama qu'elle avait appris à apprécier, au gré de ses luttes menées à porter le bandeau de la Brume.

Au même titre que l'enfant de la Lumière, la féline avait nourri la même peur de voir tous ses efforts réalisés pour son village adoptif partir en fumée en l'espace d'un cri, en l'espace d'une folle charge dévastatrice adressée par un Dieu du Taïjutsu, à qui elle avait pourtant arraché un membre. Mais puisque les causes qu'elle défendait demeuraient justes en son cœur, son courage n'avait de cesse de prendre le pas sur cette crainte et sur toutes les douleurs qui l'accompagnaient, au jour le jour.

« Qui donc n'a pas été inquiété pour son avenir et celui de la Brume, en se retrouvant sur la route de Raonaka Ao? Ce serait du gâchis de voir cette peur comme un frein à tes ambitions, Haise. Bien au contraire, c'est elle qui t'a permis de rester debout pour m'aider à l'arrêter. Parce que nous appréhendons l'incertitude du lendemain, que nos vies ou celles de ceux que nous chérissons puissent être écourtées contre notre gré, la terreur peut parfois nous heurter et nous affaiblir. Mais tu ne deviendras un lâche qu'au seul jour où tu auras décidé de te laisser complètement gagner par elle. »

Yasei Reikan tourna son visage sur le côté, pour l'observer de ses deux yeux d'azur.

« Je doute que ce jour soit arrivé, pas vrai? »

À son tour, de prouver qu'il pouvait remonter la pente même la plus escarpée.

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Sakkaku Haise
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Lun 2 Nov 2020 - 7:32


Calme, Haise écoutait les propos de la tigresse. Naviguant calmement entre les eaux aussi troubles que douces, elle dévoilait une aisance avec le dialogue qui contrastait particulièrement avec son aisance au combat. Bien que simple dans les deux cas, le tout pouvait paraître surprenant pour les esprits les moins inflexibles. Pourtant, Haise ne s’attendait à rien de moins de celle qui avait combattu à maintes reprises pour défendre sa vie et celle des autres au risque de la sienne.

-S’il y a bien une chose que j’ai appris récemment, c’est que la peur tout comme la fureur sont des ennemies dangereuses si on finit par se laisser gagner par elle. Il était donc hors de question que je me laisse abattre une nouvelle fois, surtout au regard des enjeux… même si Ao m'a fait penser à tout ce que je déteste.

Se faisant étrangement plus bavard qu’accoutumée, la part d’ombre qu’il représentait bien souvent dévoilait une nouvelle teinte assez discrète. Toutefois, pour les gens les plus attentifs, on pouvait voir un semblant d’effort chez Haise, un peu comme s’il tentait de sortir de sa zone de confort pour se donner une chance d’avancer ou plutôt de progresser…

-J’ai été un fardeau trop souvent à mon goût pour quelqu’un qui préfère généralement demeurer dans l’ombre.

La confrontant du regard, on pouvait y lire quelque chose de particulièrement mystérieux. Demeurant tout de même réfléchi, il était clair qu’Haise avait cheminé dans ses réflexions. Toutefois, étaient-elles cohérentes et complètes ?

-Donc, si cela peut te rassurer, je compte fermer les livres sur les démons qui me hantent et qui risquent de me ralentir. Au risque de ne pas vouloir me concentrer sur le passé ou autre, le présent demeure le seul élément à porter sur lequel j’ai la moindre possibilité d'interaction même si perdre des gens est difficile.

Plus il y pensait et plus se faire remarquer était quelque chose avec lequel il apprenait à faire la paix. Au risque de tomber sous des projecteurs pour lesquels il n’était ou ne serait possiblement jamais prêt, il préférait cela au risque de négliger certains éléments qui pouvaient s’avérer faire la différence pour sa vie ou la vie d'autrui. En réalisant qu’il se blessait plus à l’idée de constater qu’il avait toujours une raison de ne pas être en mesure de réaliser le fruit de ses désirs les plus inavoués, il comprenait que le plus grand bourreau de sa propre personne était lui-même.

Trop souvent, il avait reproché les facteurs externes de perturber qui il était, ce qu’il dégageait et faisait. Pourtant, en aucun cas il ne devait alterner sa manière d’être en fonction des stimulus externe.

Réalisant par le fait même à travers les nombreuses pertes, mais aussi les paroles de sa cheffe qu’il devait apprendre à maîtriser le seul élément sur lequel il avait réellement du contrôle, bien des choses étaient soudainement différentes, comme s’il pouvait de nouveau percevoir la lumière…

-Mhmm..

Plus difficile à dire qu’à faire, il était clair que Haise retenait certaines paroles. Pourtant, dans son regard, on pouvait voir qu’il mourrait d’envie de poser cette question.

-Pourquoi m’avoir pris sous ton aile Reikan? As-tu déjà eu affaire à ce genre de conflits lorsque tu étais plus jeune ? Je ne sais pas ton âge, mais j'ai pourtant l'impression que tu as déjà vécu l'équivalent du double de ma vie si je me fie à ta sagesse...

Perplexe, dans son désir d’avancer, maintenant qu’il voyait les choses différemment, tel un nouveau-né, Haise questionnait de nombreux éléments qui ne lui avaient jadis pas toujours été apparents. Étant nécessaire pour qu’il parte d’un meilleur pied, malgré l’état physique de sa jambe actuelle, la course commençait mentalement. Ainsi, il acceptait soudainement de s'ouvrir aux autres à commencer par leur laisser l'opportunité de s'introduire avec leurs faiblesses et leurs qualités dans sa vie.

Un nouveau départ s'annonçait

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Yasei Reikan
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Mer 4 Nov 2020 - 16:40
Autant qu'elle, l'enfant de la Lumière avait fini par abhorrer la figure de ce Raonaka Ao et toutes les malformations qui avaient accompagné son âme jusqu'à la toute fin. Tare à lui seul en ce monde, imprégné et rendu putride par le poison de ses propres malheurs, le noble parjure du Pays de l'Eau avait au moins su faire quelque chose de bien avant de s'endormir pour l'éternité, dans la mesure où ses odieux actes s'étaient rendus utiles pour dénouer la langue prudente et réservée de Haise. Lui qui jusqu'à lors avait souhaité nourrir cette tradition de discrétion, de retenue, se livrait sous les rayons d'une lune plus adoucie qu'hier. Et au fur et à mesure que le masque de son élève s'effritait à l'épreuve de ses propos, Yasei Reikan apprenait à mieux connaître ce nouveau visage ainsi que les fraîches ambitions qui voulaient s'y peindre.

Face à la vérité de son existence, Sakkaku Haise assista à sa propre renaissance par résipiscence.

Si notre Tigresse blanche incarnait les extrêmes de l'espoir, le jeune homme fit l'effort de mettre un premier pied dans la lumière afin d'affronter les embûches d'un temps présent sur lequel il pouvait mettre la main, sans s'inquiéter des périls de l'avenir. Après avoir aidé à faire éclater cette bulle de claustration, elle prit le temps – et peut-être le plaisir – d'admirer une métensomatose plus véritable que nature, qui voulait rendre son apprenti plus courageux, plus talentueux. Celle qui aurait voulu obtenir le même résultat avec son ancien élève et cousin, que la terre avait récupéré pour le rendre poussière, put quelque part s'estimer comblée d'être témoin d'un tel renouveau en la personne du Sergent de la Kenpei. C'était comme si, en quelques instants, l'enfant de cet Archipel s'était rendu compte de la resplendissante lumière qu'il pouvait dégager rien qu'en existant parmi les autres, en marge de tous ceux qui ne vivaient que pour rendre ce monde moins bon et aux côtés de sa cheffe d'équipe, vraie étoile dans ce firmament de haine.

À sa plus grande joie intérieure, il avait levé le voile sur qui il était réellement.

Après plusieurs saisons à le côtoyer, l'Héroïne de l'Eau pouvait voir Haise aboutir au détachement d'aussi absurdes craintes. Ses yeux brillants d'éther allèrent trouver un refuge près des vagues qui dansaient au loin du paysage nocturne, alors qu'un maigre sourire se frayait un chemin au coin de ses lèvres charnues à l'aube de ses interrogations. Ses pensées chevauchèrent pour une poignée de secondes seulement ses souvenirs, à la teinte d'un vécu enrichissant au point qu'il en paraissait presque indigeste, insoutenable pour certains ; parce que d'aucuns préféraient mener une vie un peu plus sirupeuse. Mais après s'être pour la première fois intéressé à autre chose que lui-même, le Sakkaku avait encore un long chemin à parcourir pour rattraper l'Éclair de la Brume et demeurait comme bien d'autres toujours à la traîne, avec pour seule vue celle de son dos où se dessinait les séduisants traits d'un avenir plus paisible. Pourtant, c'était cet horizon salvateur qui poussait autrui à suivre le sillage de la féline, dans l'espoir de se tenir un jour à ses côtés.

Sa voix cristalline cassa le silence qu'elle avait précédemment enfanté.

« Pourtant, je viens d'affronter mon vingtième hiver. Mais cela ne devrait pas être une source de surprise. Si le fait d'être sage était d'une quelconque manière relié à l'âge, ce monde serait déjà en paix depuis bien longtemps ; hélas, tous nos aînés nous ont prouvé que la maturité n'était pas une récompense à l'épreuve du temps. »

Yasei Reikan aperçut le visage du Scorpion Noir entre les murailles de son esprit, sans que cela ne vienne l'empêcher de poursuivre.

« Pourquoi je t'ai pris sous mon aile? Que l'on soit bavard ou laconique, raisonnable ou fantasque, chacun a le droit d'avoir une chance de vivre toute ou partie de sa vie dans la lumière. Sous l'impulsion d'un maître ou d'un malheur, l'Homme se façonne au gré de ses choix. Si j'ai voulu mener une équipe du Brouillard, c'est pour montrer que même le plus petit des êtres peut affecter le cours des choses selon ce en quoi il croit, ce pour quoi il agit. Si je t'ai choisi toi, Haise, c'est tout simplement parce que j'entretenais l'espoir de faire disparaître cette part d'ombre qui sabotait ton potentiel. Car ce qui est essentiel, in fine, c'est ce que tu portes ici, dès maintenant, et non pas ce que tu as porté sur tes épaules toute ta vie, jusqu'à hier. »

De concert avec ses derniers mots, la métamorphe avait monté l'index de sa dextre juste devant le cœur de son élève.

« L'enfance ne m'a pas autorisée à choisir de supporter ou non ce qui m'attendait au pied de la montagne de foi que les miens avaient en moi. Aujourd'hui, ces tourments, je les ai muselé pour qu'ils ne soient plus un fardeau de trop sur mes épaules, mais plutôt un puits dans lequel je puise ma force. Toi qui viens tout juste de concourir à ta propre libération, as-tu réfléchi au centre de gravité de tes nouvelles ambitions? »

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Dim 22 Nov 2020 - 6:42

Forcé de hausser les sourcils, Haise fut légèrement pris par surprise en apprenant que Reikan était plus jeune que lui. Causant un contraste qui demeurait permanent dans l’esprit du jeune homme, la maturité dont elle faisait preuve était nettement particulière, voire significative. Témoignant de nombreuses qualités qui pouvaient en faire rougir plusieurs, la situation était surprenante, mais demeurait réconfortante pour le Sakkaku. Lui qui avait passé beaucoup de temps à fuir sa lumière pour la simple et bonne raison qu’il préférait éviter d’être au centre de l’attention découvrait quelqu’un qui n’avait fort probablement eu aucune gêne à se défaire des regards et des jugements d’autrui.

Devant sa montée en puissance et maturité, il était même fort possible que la tigresse se soit retourné en offrant à quiconque la défiait un regard de défi, indiquant par le fait même aux jaloux de faire mieux s’ils avaient quoique ce soit à dire.

Représentant ainsi une force d’esprit qu’il n’avait pas forcément, il était agréable pour lui de comprendre à quel point celle-ci avait plus ou moins percé le voile d’ombre qui jadis inhibait l’épanouissement réel de son potentiel.

Sur le coup et devant un tel constant, l’inexpressif ne put s’empêcher de se mordre l’intérieur de la lèvre de manière à contenir ses sentiments les plus riches. Lui rappelant momentanément la souffrance qu’il avait vécue lors de son échec en plein examen chunin, un rouge vif teinta ses joues de nature assez pâles avant qu’il ne tourne tranquillement la tête.

-Merci Reikan…

Se contentant de ses quelques paroles, un long silence plana tandis qu’il serrait soudainement la béquille qui lui servait d’appui et son poing avant de reprendre l’emprise qu’il avait de lui-même. Demeurant tout de même paralysé momentanément, son coeur s’était même emballé, dévoilant l’important effet que ses paroles avaient eu sur lui.

-Si l’on veut, j’ai plus ou moins appris à ne pas me débarrasser ou fuir cette ombre, mais plutôt à l’accepter. En fuyant trop souvent le regard d’autrui, je pense que j’ai bien finir par fuir même ma propre personne, ce qui, au-delà de ma progression m’a tout de même inhibé…

N’ayant toutefois pas perdu la confiance qu’il avait en ses moyens ni la perception qu’il avait de ses aptitudes, Haise pouvait tout de même garder la tête haute sachant que dorénavant, il regardait vers l’avant et que des gens avaient confiance en lui.

-Je pense que mes nouvelles ambitions m’appellent à voyager après mon rétablissement physique. Sachant que mentalement je me sens prêt, je pense demander à être muté à l’extérieur du village le temps de quelques missions pour forger mon expérience et me permettre d’explorer sans me soucier de quoique ce soit…

Souriant, il poursuivit :

-Je pense que le tout m’aidera à contribuer au village, mais aussi acquérir de nouvelles compétences qui seront plus que nécessaires dans les temps à venir et au regard des propos qu’a prononcé le dénommé Sakaze Tosen.

Serrant de nouveau sa béquille, le regard d’Haise semblait s’être durci tandis qu’il affrontait pour une des rares fois Reikan en la dardant du regard. Dévoilant dès lors des iris vifs et perçants, l’animal qui sommeillait en l’homme de lumière était bel et bien éveillé.

-L’écouter parler m’a fait réaliser que l’équilibre qu'il tente d'accomplir et que je tentais d’atteindre ne me rendait pas heureux, voire même tout le contraire…

Soupirant, il précisa certains éléments :

-Dans tous les cas, je compte partir à la recherche d’une voie qui me correspond, un peu comme les tourments qui malgré tes blessures t’ont aussi forgés ou plus ou moins guidés l’évolution de ton ombre…mais aussi de ta lumière

Alors que celle-ci avait posé sa dextre sur son coeur, il utilisa son bras libre afin de le poser sur son épaule avant d’annoncer ses couleurs :

-Le seul moyen que j’ai de te remercier pour tout cela est d’être moi-même et accepter le fait qu’il ne faut pas toujours s'accommoder au jugement des autres pour prendre ses décisions… Ainsi, si jamais tu as besoin d’aide ou de moi pour quoique ce soit, tu peux dorénavant compter sur moi.

Le pensant sincèrement, s’il n’était pas le plus habile dans l'expression de ses sentiments les plus réels, ses iris d’un bleu soudainement très sincère et léger étaient plus que tranchants, comme si elles arboraient une lueur nouvelle.

-Et toi, qu’est qui t’attend au regard de tout ce qui se passe ? Qu’est qui occupe l’esprit de la Tigresse blanche ?

Souriant brièvement en prononçant ses paroles, la paix soudaine qu’il venait de faire avec sa personne contrastait de manière importante avec l’ombre qui avait regagné sa place de prédilection. Ainsi, bien que légers pour les moins attentifs, Haise allait peu à peu regagner la pleine lueur du potentiel qu’il représentait.

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Yasei Reikan
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Jeu 18 Fév 2021 - 22:26
Ainsi, Sakkaku Haise semblait avoir trouvé une voie qui peinait à établir ses pavés en dehors des murs de cette Cité Brumeuse. S'il y avait de ces gens en ce monde qui se contentaient de profiter des pépites d'une paix entre des murs, d'autres étaient nés avec ce désir inévitable et insatiable de voyager et de se rendre au-devant en vue de donner un sens à leur existence. Yasei Reikan, elle, avait fait partie de ces individus dès son plus jeune âge, forgée par les découvertes et la curiosité qu'elles avaient su insuffler en son cœur de petite fille. D'aucuns prétendaient que ces gens-là se révélaient tarés pour s'aventurer loin de leurs terres natales et oser y danser au bras de l'inconnu, sans que la certitude d'un lendemain ne soit à leur portée. Mais, aux yeux de la Tigresse blanche, c'était là une inspiration tout à fait honorable et légitime que de vouloir explorer le monde qui nous avait vu naître et qui nous avait élever, dans les déchirures et le sang comme dans la tranquillité d'une paix rare mais temporaire. Sans ces vagabondages et cette enfance dressée par l'absence d'un toit sous lequel s'abriter, la féline n'aurait jamais laissé des rêves aussi absolus l'investir. Si elle n'avait pas été elle, le libre-arbitre aurait peut-être obtenu sa chance de dominer son passé, à un moment ou à un autre.

Mais contre rien sur cette Terre, elle n'aurait voulu échanger sa place parmi les siens.

La Jōnin du Brouillard ne fit qu'assister à une affirmation de la graine de confiance qu'elle avait déjà placé, depuis leur toute première entraide sur la tête de ce Démon à trois queues, en l'enfant de la Lumière. Une épaule occupée par sa main, la métamorphe se permit de repeindre son visage taché d'éphélides avec une remarquable sérénité garnie d'un sourire angélique. Au fin fond d'elle-même, la cheffe d'équipe ne pouvait s'empêcher de demeurer fière à la vue et au su de la renaissance de son apprenti, qu'elle considérait aussi comme son égal au même titre que tous ses camarades de Kiri la Grande. Derrière ses côtes et ses chairs habituées à la violence et à la lutte pour ses idéaux, son cœur caressait la félicité en constatant et en savourant la réussite de ses enseignements qui n'avaient pas démérité au contact du potentiel du Sakkaku. Et à l'inverse de bien des défaitistes ou trop conservateurs, jamais l'Héroïne de l'Eau n'avait songé à le retenir au village ou à trancher sa détermination qui cherchait à s'envoler bien au-delà. A contrario, plus que quiconque dans cette vie, elle entendait se rendre la première à lui faire part de son soutien qui saurait se faire sentir même à mille lieues de cet Archipel pour qui ils souhaitaient bien se battre et risquer leur souffle de vie, tous les deux.

La changeforme pencha la tête, rendant mélodie la balance de ses boucles d'oreilles griffues.

« Tu es le seul maître de ton existence, Haise. Alors cesse de te conformer au chemin qu'autrui veut bien te tracer et comporte-toi comme tel. C'est le seul moyen pour toi de leur montrer à quel point tu peux illuminer, après ces années écroulées à côtoyer l'ombrage de ta propre existence. Tu en as la capacité, je peux te l'assurer. Pas parce que je suis seulement ta senseï, mais aussi ton amie. »

Une dernière fois, elle étira son rictus qui était destiné à son élève et qui reflétait sa satisfaction de faire état du progrès. L'incertitude et les doutes incessants liés à la nature humaine que sa dernière question venait d'enfanter en son sein, voulurent revenir à la charge de la native du Désert. Mais il n'en était rien, qu'importe l'arme qu'ils voulaient bien pointer en sa direction. Malgré ses déceptions ou ses craintes, dont les échos faisaient encore des remous sur le fleuve de son âme, la Tigresse blanche s'obligea à une parenthèse de cils et jais avant de lever la tête et d'échouer son regard à même les cieux. Yasei Reikan avait réalisé un de ses espoirs les plus irréalisables, en poussant les membres du clan Yasei à ne faire plus qu'un autour d'elle. Hélas, l'ombre du Yuukan n'avaient pas moins démérité qu'elle par ses ahans, en diabolisant des Dieux et des Démons aux quatre coins du monde ou en lui arrachant Kaguya Sesshū. Tant de crimes et d'horreurs, pour une gloire d'un seul homme et pour l'asservissement de bien d'autres au service de conceptions qu'elle estimait lâches. Si les Hommes n'en avaient toujours fait qu'à leur tête et continuaient sur cette route sinueuse avec ce miracle qu'incarnait le chakra, sa suppression n'en demeurait pas moins l'ultime solution la plus efficace. Loin de là.

Pour Yasei Reikan, cette vision demeurait embrumée d'artifices et ponctuée d'une remise des maux à plus tard.

« La protection du clan Yasei prédomine en mes occupations, depuis mon retour du Pays du Vent. Mais je ne peux nier que mon attention se porte au-delà des vagues de notre pays, de là où le chapelier nous a menacé. La disparition du chakra assurera-t-elle véritablement notre libération de cet enfer? J'ose émettre un profond soupçon, à l'égard d'une telle vision entretenue par cet individu qui pense être le bienfaiteur du Yuukan tout entier. Depuis l'aube des temps, l'être humain ne fait que répondre aux appels de son égo et écouter la part la plus égoïste de son cœur, toujours à la botte d'une violence qu'il n'a cessé de vouloir justifier par diverses excuses plus ou moins légitimes. Selon mon père, c'est le propre de l'Homme de vouloir posséder une partie de ce qu'il y a entre ciel et terre, si ce n'est tout. Aujourd'hui, plus encore qu'hier et sûrement moins que demain, je comprends un peu plus ce qu'il voulait dire, au-delà de cette foi que l'on a tendance à porter en l'humanité, en nous tous. Après la mise à mort du chakra que restera-t-il? Serons-nous capables de nous assagir? Même juste armés de lances ou de haches, certains chercheront le prétexte de céder à n'importe quelle animosité et de s'entretuer sans jamais chercher à se séparer de leurs vices et de leur tentation parfois trop forte pour les laisser à l'abri du mal. »

Le sourire de Yasei Reikan avait temporairement disparu, au fil de ses mots.

« Toute ma vie, j'ai essayé d'observer chaque facette de ce sempiternel problème qui nous pousse à nous déchirer les uns et les autres. À vrai dire, je ne peux te démentir cette peur que j'ai, cette crainte que l'on m'enlève injustement ce qui fait de moi une enfant des Bêtes comme j'ai toujours su l'être sans chercher à devenir autre chose, au motif d'une paix très probablement illusoire. Mais... si je suis devenue la Tigresse blanche, ce n'est pas pour l'intérêt de mon seul clan. La paix a toujours mérité que je lutte pour elle et, toujours, elle détiendra ce privilège que je sois son arme. D'aucuns qualifiaient mon prédécesseur d'ordure appartenant à la pire des espèces et priaient pour que vienne l'heure de son trépas, après avoir torturé les métamorphes de Taiyō. Mais en le combattant et en assistant malgré moi à son sacrifice sans rien pouvoir y faire, je me suis rendue compte d'une chose qui s'est longtemps terrée en moi. Tant qu'il y aura un espoir de réconciliation, tant qu'il y aura une faille pour sauver même mon pire ennemi de l'ombre, je crois bien que je serai incapable d'espérer sa mort au nom d'une bonne harmonie qui, si je cédais à cette haineuse obsession, serait déjà souillée par le seul sang de mes mains. Je souhaite que les Hommes vivent en paix, Haise. Loin de toute vengeance, de toute bataille. Après avoir donné tant d'efforts à l'égard des changeformes, c'est vers cet idéal d'une ampleur innommable que mon cœur tend, désormais. Même si je sais pertinemment qu'au fond, l'enfant que j'étais a toujours voulu rétablir l'entente entre eux et n'a jamais été en mesure de s'habituer à cette vilenie. Si je dois laisser tomber ma vie au combat pour montrer qu'ils peuvent abandonner leur colère, je suis prête. Il n'empêche que je compte bien lutter jusqu'au bout pour leur montrer qu'une paix durable est encore possible. »

Yasei Reikan tourna la tête vers Sakkaku Haise, tiraillée entre le sourire de confiance dans laquelle baignait tout son être et le sérieux de son discours.


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Sakkaku Haise
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Jeu 11 Mar 2021 - 19:28

Observant Reikan sous un oeil nouveau, il était vrai qu’il n’avait jamais vraiment pris le temps de porter attention à ses motivations et les nombreuses qualités qu’elle avait. À fore d’être enfermé dans sa propre ombre, il en avait même fini par oublier de se préoccuper un moindrement des autres pour ne se concentrer que sur son mal.

Reconnaissant, il ne pouvait s’empêcher de se dire qu’il était plus que positif de voir qu’il avait bien fait de sortir de sa tanière. Lui permettant de porter un regard nouveau sur le monde dans lequel il vivait, il avait enfin l'impression de vivre. Sous tous ses qualités et défauts, le tout lui permettait de mettre en perspective bien des éléments, ce qui était plus que nécessaire pour la peine…

Lui faisant ainsi chaud au coeur, les quelques mots que lui adressa Reikan furent suffisants pour briser son faciès généralement crispé, voire neutre. Écoutant par le fait même son récit, pour une première fois, ses iris miroitaient d’une lueur loin d’être sombre. Au contraire, ses yeux luisaient d’une luminosité aussi pure que les ambitions de la changeforme.

-En effet, le chakra n’est pas la source du problème, l'égoïsme des gens l’est. À tort ou à raison, les gens sont prêts à faire tout ce qu’il faut sans forcément jauger le poids des conséquences de leurs actions pour le bien d’autrui… C’est triste, mais en même temps, s’attendre à autre chose serait fort probablement utopiste.

Alors qu’un vent s’élevait soudainement pour se mêler à sa chevelure, Haise parlait beaucoup plus qu'accoutumé. Ayant dépassé son quota de conversation depuis bien longtemps, on pouvait remarquer l'impact de la rupture mentale qu'il avait eu avec son passé.

-À titre de Yasei, tu devrais être bien placé pour le savoir en plus. Les humains se pensent en de nombreux cas supérieurs aux animaux, mais jusqu’à preuve du contraire, les animaux semblent mieux savoir vivre que nous. Bien qu’ils coexistent dans un phénomène de loi du plus fort, il demeure tout de même une certaine stabilité...avec pour seule objection les humains… la pire espèce animale à exister.

Se permettant de poser un jugement très critique, bien que certains de ses mots risquaient de paraître quelque peu maladroits pour la Yasei, il pensait sincèrement ce qu’il disait.

-S’il y avait plus de gens comme toi, un changement serait possible même si j’ai bien peur que ce soit un peu utopiste. Pourtant, tuer des gens parce qu’ils ont une différente opinion de la nôtre reviendrait à donner raison à l’homme au chapeau et serait similaire au serpent qui se mord la queue… une antithèse.

En étant pleinement conscient, quelle était la solution vis-à-vis de tout cela ?

-Mais bien que je sois ton élève, je reste ton ainé non?

Lui souriant pour une des premières fois depuis ...toujours, Haise se permit une légère remarque :

-Et en tant qu'ainé, je pense que l’humanité ne mérite pas un tel sacrifice, surtout si c’est dans un but légèrement utopique qui transformera possiblement ton sacrifice en vain. Bien que je ne remets pas en question la portée de tes actions et de tes paroles, il te faudrait être épaulée pour passer un tel message à sa juste valeur pour avoir la réaction désirée, un appel à la raison…

Sentant des frissons traverser l’ensemble de son corps, il inspira profondément avant de poursuivre :

-Et c’est la raison pour laquelle je désire voyager, car au-delà des humains qui trônent au-dessus de la chaine alimentaire, je dirais qu’au-delà de tout cela se situe quelque chose de bien plus puissant : la conscience.

En effet, voyager lui permettrait d’en savoir davantage sur cette fameuse conscience, un des éléments qui pouvait distinguait l’ordre du chaos.

-Et c’est en comprenant l’extérieur qu’on pourra rallier des gens qui ont cette voix Reikan, ce désir sincère de changer les choses pour opérer un changement à l’échelle locale qui sera amplifié à l’échelle mondiale… et qui évitera des sacrifices.

Or, à toute chose il y avait un certain équilibre.

-Bien que je ne pense pas faire partie de cette catégorie, j’ai tout de même l’impression que des gens comme toi ont besoin d’ombres qui veilleront à ce que vos voix et vos objectifs soient protégés, mais aussi amplifiés, des ombres qui brillent dans leur propre univers, et c’est là ou je pense me situer.

En effet, Haise se considérait plutôt comme un shinobi de soutien qui savait quand manifester sa présence. Loin d’être utopique, il était toutefois suffisamment équilibré pour comprendre la dualité des deux mondes. Ainsi, bien qu’il désirait lui aussi une victoire sans qu’aucune vie ne soit perdue, il était tout de même conscient que les gens étaient parfois moins honnêtes qu’ils en donnaient l’impression.

-Car tous ne sont pas honnêtes, donc il faut garder l’oeil ouvert sans pour autant trahir ses fondements…

Ricanant légèrement d’un rire franc malgré le sérieux de la discussion, Haise semblait avoir changé :

-À croire que c’est moi qui dis à une Tigresse de garder l’oeil ouvert…

Et ainsi, la lumière fut sur ce visage naturellement neutre et triste.

-Jusqu'ou es-tu prête à aller Reikan pour partager ta voix ?


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Yasei Reikan
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Lun 26 Avr 2021 - 17:30
L'humanité ne mérite pas un tel sacrifice. Pour une combattante au squelette dévoré par le sens de l'abnégation, une telle remarque eut l'effet d'un véritable coup de massue au creux de ses os qui, s'ils n'avaient pas été aussi solides que ceux d'un tigre, seraient certainement devenus proies à des fêlures plus que regrettables. Parce que toute sa vie, Yasei Reikan n'avait été guidée que par cette ambition de sacrifier l'entièreté de son existence, de son quotidien, pour des intérêts bien précis et loin de n'appartenir qu'à elle seule ; ceux des siens et de nul autre, en ce monde. Car oppressés et exilés aux quatre coins du monde, l'unique solution avait été celle de ne reposer ce lourd fardeau que sur une seule paire d'épaules et pas autrement. Déjà haute comme trois pommes, l'enfant des Bêtes avait appris à se mettre de côté et à ne s'écouter qu'à travers ses seuls ahans réalisés pour l'unique cause des métamorphes, dont l'indélébile empreinte s'était forgée à ses chairs et ses plus lointaines réminiscences, sous l'âpre patte et les rigoureux mots de son géniteur. Elle avait réussi à surmonter cette éducation presque punitive ; toutefois, le traumatisme du sacrifice, lui, n'avait cessé de faire couler une rivière d'oblativité parmi les montagnes de ses pensées, aiguillant ainsi chacun de ses faits et gestes exclusivement vers cette irremplaçable raison de vivre. Si bien qu'aujourd'hui, si la pérennité du clan Yasei lui exigeait sans qu'aucune autre issue moins radicale ne puisse être envisageable dans son horizon de possibilités, Yasei Reikan demeurait prête à faire don de sa vie en ultime recours pour ce qu'elle trouvait juste.

Mais il lui parut hors de question de s'abdiquer pour rien.

Jusqu'où es-tu prête à aller, Reikan, pour partager ta voix?

Ses paupières de jais s'étaient écarquillées, à l'instant où ses pupilles se souhaitèrent pendues au détour du visage de son élève. Rassurée par l'idée de savoir qu'il se considérait comme une ombre à sa manière et qu'il envisageait de veiller sur ses arrières, notre Tigresse blanche fut somme toute incapable de se rendre tout à fait imperméable à ses appréhensions pour l'avenir. Où se trouvaient ses limites? Jusqu'à quel point Yasei Reikan pouvait-elle aller afin d'étancher sa soif de protéger les siens et lutter contre les maux du Yuukan? Même la première concernée ne savait pas à quoi s'en tenir tant sa bestialité rendait une partie d'elle indomptable et imprévisible tant une envie irrésistible d'assurer la survie et la gloire de ses pairs se voulait suprême en son sein. Tant son espoir de voir le monde se stabiliser et la paix éclore s'était rendu purifié et brillant d'intensité, en son cœur. Si la machine d'efforts qu'elle incarnait pouvait en effrayer d'aucuns, la changeforme elle-même pouvait se compter parmi eux. Car à ses yeux, bien des questions demeuraient encore en suspens. Et si la terreur du Scorpion noir s'était assise à une place de choix dans le rang de ses craintes et de ses aversions, il restait d'autres de ces moments où la Yasei aux éphélides avait pu percevoir toute la vaste marge de manoeuvre qui lui restait encore avant de rejoindre une quelconque de ses limites. Et parmi ces instants charniers, où la mort en personne s'amusait parfois à danser avec sa vie, se trouvait celui où ses oreilles avaient pour la première fois récolté la plainte de cette tortue géante. Ce jour-là, la féline parvint à s'en rappeler sans le moindre mal. D'un visage apaisé de l'enfant de la Lumière qui se pavanait sous ses yeux, elle se souvint d'un autre bien plus tordu par l'inquiétude à ses côtés, face à la Déesse de l'Eau qui, à sa toute-puissance, n'avait pas manqué de lui rappeler ô combien ce monde portait le mal dans ses bras, ô combien le chakra demeurait maître de nos vies et pouvait se rendre néfaste entre de mauvaises mains.

Ô combien ses dérives pouvaient nous faire souffrir et arracher notre bien le plus précieux ; la vie.

Jusqu'où es-tu prête à aller, Reikan, pour partager ta voix?

À nouveau, l'Héroïne de l'Eau sentit les souvenirs de l'attaque happer et dévorer son esprit. De l'œil de Sanbi à ceux de sa persécutrice, la cicatrice de leur affront remonta à la surface jusqu'à en faire bourdonner les oreilles de la Jōnin de la Brume, sous le cauchemardesque cri du Démon à queues. Pourquoi diable les stigmates d'une telle créature tourmentaient encore sa mémoire, plus que ceux de ses camarades tombés au combat ce jour-là et celui d'après, lors de la seconde attaque sous le joug de Raonaka Ao? Si une telle résurgence pouvait être le témoin d'un théâtre d'horreurs que la changeforme ne voulait plus revivre, la crainte se voulait dépassée par une vive colère. Par la rage d'avoir assisté au spectacle d'un martyr contrôlé par les mains des Hommes, plutôt que celui d'un être supérieur qui se voulait roi de malheurs et de maelström, Yasei Reikan entretenait le regret de n'avoir rien pu faire de plus que protéger le village qui l'avait adoptée. Parce qu'à même la tête du géant des mers, dont les hurlements sonnaient comme le glas de la souffrance à son ouïe, la féline n'avait pas su l'estimer autrement qu'un outil de destruction massive, similaire à ces Bêtes dont elle était l'enfant, depuis toujours. Plus qu'une émanation divine par chakra, la métamorphe ne pensait pas avoir besoin de mots pour comprendre ce qui avait pu investir toute la carapace de Sanbi. Et alors que tous avaient pu le percevoir comme un fléau, par sa condition pandémoniaque, l'Éclair de la Brume avait senti les doigts de la pitié se tresser autour de son cœur jusqu'à le prendre en otage et lui faire sentir toute la proximité qui pouvait poindre entre Démons à queues et Bêtes qu'elle ne connaissait que trop bien. Ce sentiment, beau de fatalité, n'avait de cesse d'infester Reikan depuis lors et lui rappeler les limites du monde, auxquelles elle pouvait s'accrocher et voir comme siennes.

Jusqu'où es-tu prête à aller, Reikan, pour partager... ta voix?

Revenue à la réalité sur le toit de l'Hôpital du Brouillard, Yasei Reikan baissa les yeux vers l'une de ses paumes abîmée par l'entraînement.

« Moi-même... je ne pense pas connaître mes limites. J'ignore jusqu'où je suis prête à me rendre en vue de partager ma voix et faire entendre à ce monde ce que j'ai sur le cœur et dans les entrailles. Mais, s'il y a bel et bien un jour où j'ai pu me ressentir oppressée par les frontières de la bassesse humaine, enfermée comme un oiseau en cage, c'est bien celui où nous nous sommes retrouvés côtes à côtes à même la tête du désastre. Cet instant précis, où nous n'avons pas détourné les regards ni cédé au devant du danger de cette haïssable femme, je reste convaincue que mon existence a emprunté un tournant inéluctable. Toute ma vie, je me suis entêtée à ne voir notre monde que sous le prisme d'une dualité qui faisait miroiter deux ordres sans l'ombre d'une tolérance, d'une exception ; les Hommes avec les Bêtes. Mais je crois bien que cette tortue géante qui se dressait juste sous nos pieds et souffrait autant que nous, n'était pas qu'un génie de haine. Comme moi, tu l'as vu de tes propres yeux, Haise. Notre rôle dans cette bataille a été bien plus lourd et impactant que nous pensions, puisque la moindre action issue de la Déesse de l'Eau voulait bien engendrer cette réaction en chaîne de la part de Sanbi. L'humanité s'obstine à les considérer comme des démons ou des monstres, mais il n'en est rien pour une enfant des Bêtes comme moi. Ce jour-là, où nous avons failli trépasser comme Akairu Fuki et tant d'autres, j'ai compris que d'aucuns vivaient dans l'erreur en se cantonnant aux seuls intérêts du genre humain. Si je suis née sous couronne de bestialité, j'ai compris très tôt que les Bêtes devaient avoir les mêmes mérite et estime que les Hommes. Et ces créatures, tantôt divines tantôt démoniaques aux yeux de l'être humain, je les considère autant que les Bêtes qui m'ont éduquée. »

Sa main devint poing, aux phalanges blanchies et malmenées par sa force.

« Ma voix, je veux la partager bien au-delà de l'Homme. Parce que cette peur qui m'a poignardée face à la tortue à trois queues, je crois l'avoir entendue dans le vacarme de sa voix et les tumultes de sa grandeur. Ce serait te mentir que de dire, droit dans les yeux, que je n'ai pas éprouvé l'once d'une compassion à son égard. Le courroux de ma colère, je le réserve aux aliénés qui se servent de cette terrible puissance pour faire sombrer le Yuukan. Mais lui, eux, de tels Démons à queues, je suis incapable de les haïr à l'ombre des connaissances qu'il me manque et à la lumière d'une intuition qui m'habite. Au risque de passer pour une fille démente sur ces tuiles, je suis même obligée de t'avouer que je suis tentée de chercher à les comprendre. À les découvrir de tous ces préjugés qui les façonnent, comme ceux qui habillent encore les Bêtes, aujourd'hui. Voilà jusqu'où je suis prête à aller pour partager ma voix, Haise. »

Et voilà donc une part du mystère de la bestialité de Yasei Reikan, la Tigresse blanche.

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