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Ainsi s'apprivoise-t-on [Damahara Kamui]

Harusame Natsumi
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Mer 18 Nov 2020 - 4:06


En ce jour où les cieux se faisaient un point d’honneur de déverser tout leur réservoir de larmes sur ma pauvre petite personne, je me dirigeai, en quête de quiétude, en direction du salon de thé local.

À proximité de la minuscule échoppe s’amusait un charmant contingent d’enfants hijins n’ayant pas encore dépassé l’âge de la raison. Bâtons à la main, substance boueuse dans l’autre, ces guerriers en herbe simulaient une célèbre bataille du passé, lâchant cris et rires au fur et à mesure que s’entrechoquaient leurs sabres imaginaires. Entre maladresses, faux jutsus et assauts d’une qualité plus que douteuse, il allait sans dire que le spectacle offrait une scène des plus attendrissantes et familières pour l’apprentie samouraï - et soldate - que j’étais.

Une fraction de seconde durant, je crois, je ne sais plus, j’eus cette vague impression d’être… chez moi. Oui, chez moi, voilà. Au milieu de ce tumulte de rigolades et de chamailleries innocentes, la nostalgie fit rapidement son œuvre, me plongeant, bien malgré moi, dans un dédale de sentiments contradictoires, souvent déchirants.

Une dualité me rongeait. L’ambivalence m'étouffait. À l’instar de cette bataille enfantine, des identités opposées s’affrontaient. Et quel duel ! La kumojine arrachée à son village s’obstinait, niait la réalité, refusait de s’abandonner à la complaisance, au confort, à la joie du retour au bercail. Se soumettre au sang hijin, qui coulait, depuis ma naissance en fait, dans mes veines, représentait une humiliation pour cette triste kumojine...

« Ouaaah !! Vot’ katana m’dame, c’est un vrai de vrai ? » s’écria, ébahi, le cadet de cette joyeuse compagnie, remarquant enfin ma présence.

« Montrez-nous le donc, si-ou-plait, madame ! » renchérit un second, hypnotisé par le fini laqué imprégnant le saya noir du katana.

Vlan! Telle une gifle, l’écho de leur voix me fit aussitôt retrouver la raison. Confuse, j’hésitai un instant à acquiescer à leur demande, car, après tout, il ne me semblait point approprié pour une... soldate... de dégainer ainsi un sabre au beau milieu de la capitale et surtout, devant de si jeunes personnes. Cependant, devant tant d’insistance et d’émerveillement, je ne pus que céder à leur caprice, dévoilant, avec grâce et une touche de théâtralité - il fallait bien profiter de leur innocence, non ? - l’objet de leur convoitise.

« Son nom est Jûryoku. Il… Il a été conçu afin d’éviter de blesser ou de tuer inutilement. Son fil est inversé, vous… vous voyez? » expliquai-je simplement, en repositionnant délicatement la lame dans son fourreau.

Puis, comme éprise de l’attention que ces gamins m'offraient si généreusement, l’idée me vint d’élever d’un cran le niveau de cette démonstration. Détachant habilement le fourreau, je plaçai le katana à l’horizontale de sorte à ce qu’il soit soutenu aux extrémités par la paume de mes mains. Une inspiration plus tard, celui-ci, chargé en chakra Mitsudo, lévita miraculeusement à quelques centimètres de hauteur avant de regagner sa position initiale. Magie-Magie !

« Ooooh !! » s’exclamèrent-ils en chœur.

Visiblement, la démonstration leur avait plu. Et ils n’étaient pas les seuls à y avoir eu droit. Oups.
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Mer 25 Nov 2020 - 10:51



Pour sa dernière journée à Urahi avant sa permission, Damahara Kamui n'aurait pu souhaiter mieux qu'une bonne vieille averse. Le clapotis était presque thérapeutique pour lui, surtout lorsqu'il s'accompagnait d'une boisson chaude. Dans son domicile d'Urahi, tout était remballé et empaqueté; pour profiter de sa soirée de repos avant de prendre la route, il choisit donc l'une des maisons de thé de la capitale impériale. Rien de tel pour le réchauffer et le requinquer; car si l'alcool ne le répugnait guère, il préférait éviter les lieux où il coulait à flots. La plèbe bruyante avait tendance à lui courir sur le haricot.

Vêtu de son habituel manteau - plus que bienvenu au vu des conditions météorologiques - et à l'abri d'un parapluie de jais, il cheminait dans les rues du Retour de Flamme, appréciant le calme intimé par la pluie qui avait renvoyé au bercail la plupart des badauds habituels. Un avant-goût de ce qui l'attendait, une fois de retour dans son véritable chez-soi...

Jusqu'à ce que la voix haut-perchée de quelques jeunes âmes ne pique son intérêt, dénotant clairement sur l'atmosphère jusque là paisible. Les quelques coupables s'amusaient là, auprès de la petite maison de thé, avec bâtons en main. Une jeune femme venait de leur dévoiler son arme, la faisant même voler à quelques centimètres au-dessus de ses paumes. Un tour qui ne laissait pas poindre la moindre hésitation quant à l'utilisation du chakra. Une collègue, conclut-t-il simplement.

Sans un mot, le Damahara s'approcha donc du groupe de joyeux lurons. Très vite, sa longue ombre - d'autant plus grande, à cause de son parapluie qu'il tenait au-dessus de l'autre soldate - couvrit les marmots. Kamui s'arma d'un petit sourire, afin de rassurer les jeunots, avant de porter son regard vers l'étrange épée de la demoiselle... une épée polarisante, pour peu dire.

« Bel ouvrage. Voyez la mienne. »

De sa main libre, il se saisit du fourreau de son propre sabre pour le tirer de son ceinturon. D'une pression de son pouce sur la garde de l'arme, il la fit glisser doucement, dévoilant son fil orthodoxe et plus qu'aiguisé. Le katana était finement ouvragé, et si peu abîmé qu'il semblait n'avoir jamais servi. Face à l'outil de l'agent impérial, les marmots ne purent réprimer un « waooh ! » émerveillé. Une réaction qui l'attrista un peu; succinctement, la mélancolie s'était invitée dans ses prunelles d'acier, avant de s'évanouir aussi vite qu'elle était apparue.

« C'est un sabre d'apparat. Je ne l'utilise pas pour me battre... »

Les yeux perçants du soldat se relevèrent lentement vers ceux de la demoiselle, tandis qu'il redressait le fourreau de son arme pour qu'elle se rengaine d'elle-même.

« ... mais il est parfaitement fonctionnel. Loin de moi l'intention de me montrer désobligeant, mais je me demande à quoi peut bien servir une arme qui ne tue pas. Feriez-vous usage d'un marteau de papier, pour bâtir votre maison ? »

Si ses mots pouvaient paraître bien sévères, c'était l'interrogation qui se lisait sur son visage. Un peu d'inquiétude, aussi; il ne pouvait concevoir que ses frères et soeurs d'armes puissent se battre avec un outil défectueux. Ou plutôt, il ne voulait concevoir que ce soit fait sciemment, par pure bonté...

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Sam 28 Nov 2020 - 21:42



Les yeux rivés sur les marmots ébahis par mon tour de force gravitationnelle, je m'abreuvais goulument  de la naïveté naturelle dont ces âmes innocentes me faisaient cadeau, sans égard pour la pluie battante ou pour mon accoutrement désormais trempé par les assauts incessants issus des cieux. D’ordinaire peu avare de ce genre d’attention, je devais exceptionnellement m’avouer conquise par ce contact  privilégié avec la marmaille hijine, qui, au-delà de tout jugement, profitait simplement de mon passage pour rêver et se laisser émerveiller par la beauté d’une petite démonstration. J’étais, et en tout point par ailleurs, charmée par leur énergie enfantine, gagnée par les souvenirs que la situation forçait  à renaître...

Jusqu'à ce que ce personnage à la chevelure immaculée fasse son apparition, à vrai dire.

Alors que je m'abandonnais à un doucereux élan nostalgique, je fus vivement arrachée à mes sinistres pensées par l'arrivée inopiné d'un homme d'imposante stature, au corps athlétique et finement travaillé, armé d'un large parapluie; qu'il tendit aussitôt au-dessus de ma tignasse humide. D'une élégance certaine de par ses manières et ses sombres atours d'aspect raffiné, celui-ci inspirait une grande noblesse à la piètre roturière que j'étais - une estropiée de basse naissance, poisseuse et par-dessus le marché, détrempée de la tête aux pieds. 

D'abord désarçonnée par son entrée en scène des plus discrètes, je n'osai point mot lorsque celui-ci soutira de son ceinturon ce qu'il qualifia bientôt de sabre d'apparat, ajoutant ainsi au spectacle déjà en cours.  Délicatement caressée par les réflexions lumineuses tout de même présentes en cette grise journée, l'impeccabilité de l'oeuvre - car c'en était bien une - ne laissait aucune place au doute quant aux propos de l'étranger au sujet de la nature véritable de cette arme. En effet, indéniablement tranchante, celle-ci devait néanmoins rarement quitter le confort de son fourreau, car visiblement trop propre, trop peu marquée par l'usure. De toute évidence, je ne devais pas avoir affaire à un samouraï versé dans l'art du iaido. À moins que...

« C'est… Euh… C'est une très belle lame que… que vous tenez là, monsieur. Êtes-vous… Êtes-vous samouraï? » demandai-je maladroitement, perplexe.

Alors que l'inconnu s'attelait à rengainer, captant au passage mes prunelles fuyantes de son regard perçant, je me sentis peu à peu submergée par un malaise profond, insondable. Il me la remémorait. Elle. Je revis donc, l'espace d'un instant peut-être, l'ombre de Joo Jun et de notre « vie commune », de la Foudre au Fer, puis du Fer jusqu'au Feu. La froide morsure du métal contre ma peau resurgissait. La brûlure d'une infecte boisson introduite de force dans l'oesophage, aussi. Une tentative de fugue, fortement réprimée… Une foule de détails refoulés pour espérer ne jamais les retrouver, pour espérer ne jamais les revivre. Mais l'horreur, insidieuse, sournoise, s'était tapie dans un coin obscur, prête à bondir, rebondir; prête à m'avaler, à me dévorer à nouveau. Sur mes gardes, mes muscles se tendirent, ma mâchoire se crispa. D'actrice principale, je devins alors figurante; une pathétique petite proie pétrifiée par un homme qui, pourtant, n'avait rien tenté de mauvais.

La lumière revient, au final. D'entre les mots de mon vis-à-vis sans nom, j'avais regagné la surface, m'extirpant de l'emprise de mes démons. Déroutée, confuse sans doute, mes yeux retrouvèrent ceux de mon comparse, s'y accrochant au meilleur de leurs capacités. De peine et de misère, je tentai de répondre à son interrogation :

« Euh… Je… C'est... »

Sans succès, évidemment, mais il ne fallait pas que je me laisse abattre par… si peu? J'inspirai un bon coup, puis repris ma justification :

« C'est… c'est une longue histoire. Je... préfère me défendre et éviter les… les blessures inutiles, voyez-vous? Sauf… Sauf en cas d'absolue nécessité, je ne tuerai pas. C'est… C'est pourquoi le fil du katana est inversé. Simplement.  »

Il était vrai que je ne prenais point plaisir à lacérer la chair de mes adversaires en combat. Cependant, pour mon propre bien, j'avais évité de mentionner que mon apparente instabilité mentale pesait lourdement dans la conception d'une lame si peu orthodoxe.

« Vous… Vous me pardonnerez, mais… Je dois vous… vous quitter. » dis-je avec empressement, préférant fuir la discussion plutôt que de l'alimenter davantage.

Saluant tour à tour les enfants puis l'étranger d'une brève inclinaison de la tête, je me précipitai en direction du salon de thé, là où, je le croyais du moins, personne n'aurait l'audace de me suivre...

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Lun 30 Nov 2020 - 18:35



C'est ce que je craignais, se fit l'agent impérial, des suites des explications de sa jeune collègue. Devait-il attribuer cette bienveillance qu'il qualifierait de naïve au jeune âge de la demoiselle ? Était-ce seulement nécessaire qu'il ne la juge, ou qu'il n'essaie de lui ouvrir les yeux à sa propre vision du monde, qui se voulait au mieux pessimiste ? Lui, qui avait vu et connu la nature du monde par-delà les murailles et la vigilance de la justice; l'épée inversée de la fille, et la raison même de son existence, lui faisait presque mal au coeur.

Sans doute avait-il laissé transparaître ses humeurs sur son visage, car lorsqu'il croisa le regard de l'épéiste, il pût y lire le désarroi. Un désarroi qu'il n'avait point souhaité, pour une fois; une expression qu'il n'avait que trop vue, et qui le renvoyait à des temps plus reculés et bien moins paisibles; et pourtant, il était à ce jour un soldat, sous l'ère de la menace rampante de l'Homme au Chapeau.

Il chercha ses mots, mais n'eût l'occasion de les invoquer pour tenter de dissiper l'étrange malaise qui s'était formé entre eux que déjà la jeune femme s'en allait en toute hâte. Une hâte qui attira l'attention du soldat sur un détail qu'il avait jusqu'à lors omis: elle boîtait. Une démarche qui, bien qu'elle ait l'air de s'y être accoutumée, lui rappela celle d'autres soldats qu'il avait croisés dans le secteur Ouest d'Urahi, là où les vétérans les moins chanceux survivaient. Pour cause, nombre d'entre eux ne pouvaient plus se battre; leur corps mutilé ne le leur permettait plus, et ils n'étaient plus d'aucune utilité à l'armée... Était-elle l'une des victimes des multiples guerres qui avaient scarifié ses terres natales ?

Damahara Kamui n'eût pas l'occasion de méditer à ce sujet bien longtemps, tiré de ses songes par l'un des garnements qui tirait sa manche.

« M'sieu, qu'est-c'qu'elle a ? »

Une question innocente, mais qui faisait écho avec la sienne. D'un geste hésitant et presque tremblant, l'agent impérial retira la petite main du garçon, se défaisant de cette poigne qui lui était déchirante. Il afficha un sourire un peu forcé, avant de répondre.

« Elle a juste très froid. Un bon thé chaud saura la requinquer. »

L'explication sembla contenter les marmots, qui se remirent à jouer avec leurs bâtons. Au loin, une voix les héla néanmoins, les coupant dans leur intense duel - l'appel d'une mère, qui les enjoignit à rentrer pour se sécher et se laver.

Le Damahara se réfugia avec hâte dans la maison de thé à son tour. Lui aussi avait bien besoin d'un bon thé brûlant; même couvert de son parapluie et de son manteau, il était transi - de froid, et d'autres pensées moins réjouissantes. Dans la petite bâtisse, où un comptoir et une poignée de tables étaient disposées, il n'eût aucun mal à retrouver la soldate à l'étrange épée. Il laissa ses affaires à l'entrée, entre les mains de l'un des quelques employés, avant de se laisser tomber auprès de l'une des tables basses dans le coin de l'établissement. Seul, car il n'allait résolument pas s'imposer à celle qu'il avait indisposée. Déjà qu'il pouvait lui donner l'impression de la poursuivre...

Il resta ainsi plongé dans le silence, plongé dans la lecture d'un livre qu'il venait de tirer de sa sacoche de shinobi; l'Encyclopédie du Soldat, un outil plus que reconnaissable puisqu'il était fourni à la plupart des troupes de l'Empire, ponctuellement. Ce fut le serveur qui l'avait débarrassé plus tôt qui le tira de sa lecture, en venant s'enquérir de ce qu'il désirait.

« Du gyokuro, s'il vous plaît.
Avec de la sauce de soja pour les feuilles ?
Pourquoi pas. »

Puis, tandis que l'homme se redressait pour transmettre la commande, Kamui lui fit signe de s'approcher. Assez bas pour qu'il soit le seul à l'entendre, il lui glissa quelques mots. Un hochement de tête conclut ces messes basses, et le Damahara se retrouva à nouveau seul, attendant que son breuvage lui soit porté.

Pendant ce temps, le serveur se présenta à la demoiselle... en lui annonçant que sa commande serait sur la note d'un autre client. Bien évidemment, ils n'étaient que deux en cette journée pluvieuse; une tentative, très certainement maladroite, de l'agent pour se racheter. De quoi ? Lui-même l'ignorait. Il n'avait pas l'habitude de s'excuser; mais quelque chose l'y avait cette fois poussé.

Cette virée n'était peut-être pas aussi reposante et paisible qu'il ne l'aurait désiré, finalement.

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Mer 30 Déc 2020 - 7:44



 
Enfin seule.
Trempée de la tête aux pieds, le cœur battant la chamade sous les effets dévastateurs de l'adrénaline, je restai brièvement paralysée dans l'entrée de la maison de thé, le corps secoué de légers tremblements nerveux, incapable de passer outre le désarroi qui m'avait assiégé au contact du regard perçant du gaillard au parapluie. Abandonnée par les clients trop frileux pour braver le temps orageux, l'échoppe s'offrait entièrement à moi, tel un sanctuaire secret de calme et de sérénité, ayant, pour trame de fond, le clapotis de la pluie contre les tuiles composant la toiture du bâtiment. Une ambiance plutôt zen, en somme, apte à apaiser les âmes les plus perturbées du pays –  dont la mienne.

Saluant d'un discret mouvement de la dextre l'un des employés s'étant empressé de venir à ma rencontre, j'hésitai un moment avant de lui tendre mes effets. Puis, à l'invitation de ce dernier, je pris place loin de toutes sources de dérangement potentielles, bien à l'écart du comptoir, à la table basse que je jugeai la plus isolée du lot. Là, confortablement installée malgré une prothèse des plus encombrantes, je me perdis un moment dans un dédale de pensées et de songes. Que s'était-il produit, auprès de l'immaculé, pour que je réagisse aussi fortement? L'étranger n'avait pourtant rien tenté, rien fait pour éveiller les horreurs de mon passé avec Joo Jun... Alors, pourquoi m’étais-je comportée tel un animal apeuré? À quelque part, je devais l'avouer, je regrettais cette fuite et espérais avoir bientôt l'occasion de me faire pardonner...

Mais ces réflexions s'envolèrent avec fracas au moment où pénétra, à son tour, l'homme au sabre d'apparat, faisant bondir mon pauvre petit cœur dans le creux de ma poitrine. Un sursaut comme j'en avais rarement connu, d'ailleurs. Passé l'entrée, l'étranger ne fit preuve d'aucun intérêt à mon égard, préférant plutôt se diriger à l'autre extrémité de la maison de thé avant de se plonger dans la lecture d'un bouquin inconnu.

Je jonglai l'espace d'un instant entre l'envie de présenter mes excuses et la crainte absurde de paraître ridicule, mais n'eus le temps de tenter quoique ce soit que je me retrouvai extirpée de mon embarras par les murmures du serveur qui m'avait accueillie quelques instants plus tôt. En un chuchotement à peine audible, celui-ci m'annonça que ma commande m'était gentiment offerte par l'immaculé. Instinctivement, mes prunelles céruléennes se posèrent brièvement sur l'individu de noble apparence, puis rejoignirent celles de l'homme à mes côtés, comme pour y chercher quelconque explication au geste du soldat. Mal à l'aise, tendue peut-être bien, je me résignai malgré tout à accepter le cadeau et passai une courte commande – un breuvage chaud à base de matcha et des dangos à partager, recouverts d'anko – tout en désignant la position du gentilhomme… où je me rendis, un brin effrayée et d'une démarche visiblement claudicante,  aussitôt que le serveur s'en fut allé. 

« Euh… Je… peux m'asseoir... ici ? » demandai-je timidement, en arrivant à la hauteur de l'étranger, désignant l'un des sièges libres de l'index, avant de m'y déposer maladroitement.

La situation me gênait au plus haut point. Entre mon regard qui fuyait et mes doigts qui se chamaillaient, mon corps entier témoignait de l'inconfort qui m'oppressait. Mais, cette fois-ci, j'étais bien décidée à poursuivre la conversation.

« Je… Je suis désolée, pour… pour plus tôt. V-Vous n'aviez rien fait de… de mal. J'ai... »

Je m'interrompis une demi-seconde, inspirant longuement, puis repris ma phrase laissée inutilement en suspens, en évitant toujours de dévisager le soldat.

« J'ai… pris peur. V-Voilà, c'est tout bête… » déclarai-je, peu convaincante. « Je… suis Natsumi, gen… soldate. Et vous? »

L'employé reparut alors les mains chargées et disposa avec délicatesse différents éléments sur la table qui nous séparait. Au centre, bien entendu, trônaient les fameuses brochettes tricolores nappées d'une pâte de haricots sucrée à l'allure alléchante. Les parfums se dégageant de ce joyeux tableau titillèrent agréablement mes sens tandis que se dessinait à mon visage l'ombre de sourire, empreint de satisfaction.

« Vous… Vous n'auriez pas dû… payer pour m-moi. C'est à moi de me… me faire pardonner. V-vous aimez les… dangos? » 




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Dim 3 Jan 2021 - 7:32



La petite voix de la demoiselle qu'il avait faite détaler comme un lapin plus tôt tira l'immaculé de sa lecture. Levant un regard un poil surpris vers son visage, il opina doucement du chef sans attendre pour l'inviter à s'asseoir à sa table. Visiblement, elle se faisait violence, ce qui peina un peu Kamui ; l'idée que son geste l'ait poussée à ainsi se démener ne lui était pas bien agréable. Bien qu'il ait l'air intimidant et insensible, il était bien réceptif à tous les signaux d'inconfort que lui renvoyait la gestuelle de la magicienne au sabre inversé flottant. Et sa démarche...

Kamui, portant au mieux son patronyme, demeura ainsi silencieux. Acceptant ses excuses sans rechigner, il se contenta de l'écouter dans son laborieux effort de dialogue. Jusqu'à lors, il n'avait jamais rencontré de soldat aussi fragile ; les seules personnes ainsi marquées étaient en générales civiles, et désiraient se tenir au plus loin des affaires militaires pour diverses raisons toutes plus personnelles et traumatisantes les unes que les autres. Le discours hésitant, le regard fuyant, celle qui se présentait sous le nom de Natsumi était à l'image des rescapés des multiples heurts qu'avait rencontré le Pays du Feu : pusillanime. Mais était-ce seulement ce trait qu'il devina tantôt qui l'avait poussé à s'excuser ?

Cherchait-il à se faire bonne conscience ?

Ouvrant la bouche pour se présenter en bonne et due forme, le profanateur fut coupé dans son élan par l'arrivée du serveur. Une platée de dangos trônait au centre de la table, tandis que le matcha était déposé au-devant de la jeune femme. Une théière ouverte, où trônaient de petites feuilles roulées pour devenir de véritables petites aiguilles, ainsi qu'une carafe d'où émanait une volute de vapeur, furent disposés auprès du Damahara, en plus d'une petite jarre fermée et d'une paire de baguettes.




Ainsi servi, le soldat observa sa table chargée d'un air distrait, attiré par l'odeur des friandises et la douce chaleur qui émanait de sa carafe. Avec le clapotis de la pluie qui battait à l'extérieur, l'atmosphère n'aurait su se faire plus reposante - c'était ainsi, du moins, pour Kamui. Il releva enfin les yeux vers Natsumi, la mine plus détendue que quelques instants plus tôt.

« Je suis Damahara Kamui, et je suis du même grade que toi : soldat, au service de l'Empire. »

Bien que plus souriante, la demoiselle embraya sans se départir de sa locution hachée. Ce détail tira un petit froncement de sourcils au natif des plaines du Nord, qu'il effaça de son visage d'emblée, par soucis de ne pas aggraver la situation.

« Qu'est-ce qu'une poignée de ryôs, mhm ? L'important, c'est qu'il n'y a plus de quiproquo, et que ces dangos ont l'air délicieux. »

Il était plus simple de balayer les questions d'argent et d'excuses, et d'ainsi faire table rase, que de se répandre dans ce genre d'affaires qui ne mèneraient à rien de sitôt. S'il pouvait sembler suffisant, en agissant comme si les quelques picaillons qu'il avait lâchés ne représentaient rien, il n'en faisait pas cas. Décidant même d'ouvrir le bal, il se saisit de l'une des brochettes nappées d'anko pour y mordre un bon coup. Après avoir dégluti, il marqua une petite pause, pour relâcher la question qui lui brûlait la langue depuis de longues secondes maintenant.

« Qu'est-ce qui t'as amenée à Urahi pour t'enrôler ? »

Si la question pouvait être gênante ou difficile, elle ne l'était aucunement pour lui, ce qui expliquait la facilité avec laquelle il l'avait posée. Reposant sa brochette sur un petit plateau de bois, il s'affaira à verser l'eau bouillante dans la théière jusqu'à immerger de quelques millimètres les feuilles de thé, tout en reprenant la parole durant sa préparation.

« Personnellement, je suis né ici, et j'ai vécu les 26 dernières années au sein de mes terres natales. J'ai vécu chaque période sombre, survécu à chaque guerre. J'ai vu ce que les clans belliqueux, l'avidité du pouvoir et la vanité pouvaient causer ; le pire de l'ère des hommes devenus maîtres du chakra. »

Son discours initial, prononcé avec ferveur, aurait probablement alarmé n'importe quel shinobi en fonction ; c'était pratiquement celui de l'Homme au Chapeau, ennemi du chakra et terroriste notoire. Était-il un espion ? Après tout, il avait lui-même hésité à s'en aller rejoindre Sakaze Tôsen, après avoir entendu son message. Pourtant, il n'en était rien, et la suite allait en ce sens.

« J'ai également vu les miracles que le chakra permettait, cependant. Certains peuvent soigner, d'autres ériger de hautes murailles protectrices. Il y a autant d'utilisations de cette nébuleuse énergie vitale que de shinobis ; certains en font bon usage, d'autres s'en servent pour répandre le chaos. L'Empire m'a semblé être la meilleure réponse à ce noeud gordien : en représentant une force non-négligeable, il empêche quiconque de s'en prendre impunément aux faibles et aux démunis sous peine de cinglantes représailles. »

La vendetta à l'encontre de Kumo, si elle semblait contradictoire à l'image que Kamui se faisait du Teikoku, ne le dérangeait aucunement. Ce coup d'éclat avait été le déclencheur de sa propre adhésion, après tout. Par une démonstration de force, l'Empire avait démontré à tous qu'il n'était pas un pétard mouillé, en plus d'unir les hijins sous une même bannière vengeresse mais séduisante. L'essentiel était que Kumo était à cet instant précis redevenue libre, et que la Coalition comprenait bien Urahi et ses instances.

Peu importe l'éthique de la méthode, le Teikoku était parvenu à se hisser sur la scène mondiale. Le travail du Damahara était de l'y maintenir, afin de ne plus avoir à recourir à ce genre d'actes clivants. Retrouvant ce silence qui lui était si familier, Kamui se saisit de sa théière et versa un peu du breuvage jaune dans une tasse en céramique. Portant son gyokuro à ses lèvres, il se préparait à entendre le récit de la mystérieuse Natsumi. En se fiant à ses premières impressions, il ne s'attendait certainement pas à une raison aussi « belliqueuse » que la sienne.

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