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Le sang bleu

Byakuren Yume
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Mar 2 Fév 2021 - 10:07

Le sang bleu


La lettre qui tremblait à l'unisson avec tes mains était comme une bombe à retardement. Une pieu invisible avait transpercé ton corps et le paralysait dans l'instant, le blessait dans la durée à mesure que tes pas t'éloignaient de ta chambre. La doyenne et le personnel te regardaient avec une inquiétude banalisée ; ils ne pouvaient pas encore comprendre la situation. Peu de personnes devaient être informées de cette attaque, tant elle tournait à l'hérésie. La lettre cachetée du sceau royal avait terminé sa course dans ta poche alors que ta silhouette disparaissait déjà à l'angle du couloir, laissant planer un doute dans toute l'allée mère.

Un cheval à la robe tachetée serait le moyen le plus rapide de te rendre sur les lieux, malgré l'alerte générale et le danger que cela représentait. Ton père t'avait appelée ; et ce n'était pas pour rien. Ses potentiels derniers mots seraient tiens ; après tout ce qu'on t'avais déjà arraché, tu ne laisserai pas ce moment rejoindre ton lot de pertes.

On t'interpelle à l'entrée ; même à visage découvert, on commence à remplacer ton titre de noblesse par celui d'une simple Genin, interdite de déplacement sans missive appropriée. Tu perds patience et ton cheval trépigne sur place, peinant à rester droit sous toute l'intensité de tes émotions.

Tu sors la lettre cachetée, ne révélant que son enveloppe et le sceau royal ;

- Écartez-vous, c'est un ordre de sa Seigneurie

Ton visage montre qu'il ne plaisante pas. Il a perdu toute sa douceur et sa courtoisie, se repeignant peu à peu de la droiture noble qui ne laissait pas de place à la contestation. Les gardes bredouillent légèrement mais finissent par ouvrir le passage.

Le reste n'est qu'un souffle coupé dans une course effrénée. Tu manquais d'air, malgré la liberté de cette chevauchée, de tes habits souples, de cet horizon à perte de vue. Tu connaissais le chemin jusqu'au palais, mais ignorait si le galop te mènerait à temps pour constater toi même de l'ampleur de ce qui t'avais été enlevé.


►►►

L'oppression redouble de force quand tu aperçois enfin les murs du palais ; ou du moins ce qu'il en restait. Tout avait disparu, explosé au profit de silhouettes nouvelles ; hybridation entre le feu et le froid. Du cristal s’empalait dans un résidu opaque et calleux, créant un mélange dystopique tantôt translucide et éclatant, tantôt opaque et rongé par les abysses.

La monstruosité difforme cache une vérité que les mots avaient déjà annoncés ; tu vois au loin des ombres former un arc de cercle autour de ce que tu appréhendait à voir. Un corps déposé, peut-être sans vie.

Les sabots du cheval martèlent une ultime fois un sol encore tremblant ; et t'amènent à ce que tu avais toujours redouté. Le constat de n'être...

… Plus que la dernière de cette lignée.

Spoiler:
 


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Byakuren Masato
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Ven 5 Fév 2021 - 17:28
La nouvelle reçue comme un électrochoc avait précipité l’arrivée en trombe de la dernière héritière des Byakuren, descendante d’une prestigieuse lignée de daimyôs. Portant la lettre cachetée de la seigneurie dans sa main, la princesse retrouvait après tant d’années la familiarité du palais dans lequel avait vécu une partie de sa vie, confinée derrière des remparts avec le reste du pays qu’elle a appris à côtoyer au quotidien non plus en tant que seconde héritière, mais kunoichi parmi ses pairs. C’était donc sous un prisme nouveau qu’elle revenait dans ce lieu de son passé et qu’elle a tenté de fuir. Peut-être reconnaîtrait-elle cette partie de l’enceinte où ces arbres calcinés étaient autrefois de jolis cerisiers, ou certains bâtiments dont l’architecture reflétait la majesté et la toute puissance, désormais réduite à l’état de cendres.

Elle put apercevoir au milieu de cet amas de ruines déblayé après le tragique événement, un sentier creusé de cratères laissant deviner des explosions, des fragments de cristal vert et des flaques de lave durcie. Un paysage dévasté par un combat titanesque avait frayé un passage au cœur-même de cette forteresse de Tsuchi. Des soldats apercevant la fille du daimyô en personne s’inclinèrent avec respect devant sa majesté et la conduisirent avec solennité et empressement jusqu’à un bâtiment encore debout et qui servirait de gîte où se reposerait le Seigneur de la terre tandis qu’il contemplerait possiblement les derniers jours qui lui restaient de sa vie.

Un silence funèbre dominait déjà les lieux. Des murmures s’élevaient dans le couloir depuis l’entrée, des personnes étaient présentes au chevet du seigneur. Un groupe de nobliaux plus ou moins puissants étaient attroupés autour du lit après avoir appris la terrible nouvelle, certains contenant leur tristesse d’autres fondant en larmes. Un médecin se trouvait déjà sur place et avait permis de dresser un premier diagnostic sur la situation vitale du chef de Tsuchi. En s’approchant davantage, il était possible de voir que le vieil homme enveloppé dans une multitude de bandages, le visage éraflé à certains endroits, les jambes écrasées tandis que le reste de son corps avait été lourdement endommagé par les débris de la tour qui s’était effondrée. Un sort difficilement enviable, bien qu’il ait eu bien plus de chances que sa femme dont la vie lui a été brutalement ôtée.

Voyant s’approcher le visage familier de sa fille au sujet de laquelle il demandait constamment des nouvelles de la part de ses messagers, le Capitaine lui avait cette fois envoyé une lettre urgente afin de l’informer de l’attaque terroriste qui avait fait trembler le Palais. Le responsable de cet acte horrible était désormais emprisonné en lieu sûr et à l’abri des regards, et dont le nom n’a encore été révélé à personne d’autre qu’à Yume et au Godaime Tsuchikage. Les regards se tournèrent soudainement vers la fille du daimyô venant assister à l’état de convalescence de son père grièvement blessé, celui-ci affichait un air plus relaxé, presque serein de savoir une autre personne de son sang encore en vie et à ses côtés. Désirant profiter de ce rare moment pour s’entretenir, il congédia l’ensemble des invités:

« Laissez-nous seuls s’il vous plaît. »

Le Capitaine fut le dernier à fermer la porte de la chambre, le Seigneur et sa fille pouvaient désormais avoir une discussion sur ce qu’il s’était passé.
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Byakuren Yume
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Dim 7 Fév 2021 - 22:10

Le sang bleu


Les ombres dansantes n'étaient pas celle de ton père : mais de simple soldats qui te conduisirent dans le silence jusqu'à une enclave du palais qui semblait avoir résisté à l'assaut. Tes yeux ignoraient le décor passant ; et toute la violence que les arcades brisées reflétaient. Tu ne voyais rien de plus que les dos à suivre pour retrouver ta famille.

La pièce était ombragée et déjà assaillie de visages plus ou moins larmoyant. Beaucoup de nobles avaient déjà pris place autour d'un lit princier de fortune. Cette vision t'arrachait un sentiment mitigé ; tu aurais du être la première à ses côtés...

Confronter le regard de ton parent te demanda un effort titanesque. Tu imaginais son corps brisé sous les draps dont la blancheur n'avait pas été épargnée. Le carmin étincelait comme une cible narguant tes remords ; tu ne vois que les plaies, les pansements, et la douleur. Ironiquement, il te reflétait ta propre condition à ton retour de Tsume ; mais cette fois-ci, sur un père déjà attaqué par la vieillesse et toutes ses dérives.

Tu peines à maintenir ton regard vers le sien ; sans cesse, tes prunelles appellent à la dérive vers la contemplation des blessures. La plupart des nobles t’accueillent avec compassion ; mais ils étaient déjà complètement invisibles pour toi. Ce n'est que quand Masato réclame l'isolement que tu aperçois leurs corps et toges soyeuses s'envoler vers la porte.

Seuls, isolés dans chambre sans lumière.

Ta paume s'élève pour consoler mais s'arrête à mi chemin, trop effrayée de ne trouver nul appui à sa tendresse. La peur fige ta silhouette et tes prunelles.

- Père...

La tristesse rend tes traits capricieux. Tu tiens tes larmes en laisse, mais la détresse se lit et s'exprime sans même que tes mots n'aident à l'exprimer. Sa misérable condition t'oblige à penser au pire ; à accélérer une retrouvaille de peur qu'elle ne te sois arrachée trop tôt.

- Pourquoi.. ?

C'était l'ultime questionnement ; aux milles facettes ; milles visages. Tu voulais comprendre tant de choses ; qu'il s'agisse des raisons qui auraient pu pousser un ancien défenseur d'Iwa à s'en prendre à son Seigneur... Ou bien des mystères bien plus enfouis comme ce lien qui enchaînait un Père et Roi sage à un des plus gros massacre de l'ère shinobi. Depuis quand aviez-vous perdu de vue l'essentiel et la vérité ? Depuis quand aviez-vous oublié ce que la famille représentait ? Trop longtemps ; si longtemps qu'il vous avait fallu attendre la mort pour réveiller cet amour silencieux.


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Byakuren Masato
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Sam 13 Fév 2021 - 20:27
La gente de la cour s’écarte au passage de la princesse Byakuren dont le regard semble fixé sur le corps fragile et brisé de son père, alité des suites d’une attaque qui aurait pu s’avérer mortelle pour un homme d’un âge aussi avancé. Néanmoins, il semblait que l’effondrement n’ait pas suffi à avoir raison de lui, d’autant que les efforts du Capitaine aient permis d’éviter le pire, il ne pouvait s’empêcher néanmoins de croire qu’une belle étoile lui souriait, celle de sa première épouse, qui lui accordait au moins ce dernier moment avec la dernière de ses filles et dernière porteuse de son sang. C’est avec un grand soulagement et une tendresse paternelle qu’il l’a regardait s’approcher de lui, même si hésitante à la manière dont elle devrait exprimer sa compassion vis-à-vis de sa terrible condition, son sourire fut aussitôt coupé par le ressac de la douleur qui le fit légèrement grimacer, l’obligeant à rester dans la même position sur son lit d’une blancheur qui se rapprochait de plus en plus de la pâleur sur son visage émacié. En dépit de son piètre, il se redressa délicatement afin de mieux apercevoir le visage de sa fille qu’il revoyait comme dans un songe, un espoir qu’il contemplait depuis tout ce temps dans sa tour d’ivoire où il était retranché, ne recevant de nouvelles d’elles que de la bouche de ses messagers.

« Tu as grandi. »

L’homme qu’elle avait connu si stoïque et sévère, irradiant d’une aura presque divine l’ensemble de ses sujets, n’était maintenant qu’un vieil homme allongé sur son lit attendant que la mort ne vienne l’emporter. Il ne semblait pourtant pas tant soucieux de voir sa vie lui échapper, comme au moment où il apprit que le palais était assiégé, son visage n’exprimait rien d’autre que de la sérénité, et une lueur de regret qui n’était perceptible qu’à condition de creuser davantage dans les méandres de son esprit. Quelque chose le retenait encore en ce monde et l’empêchait de trouver la paix, il ne pouvait consciemment laisser les choses telles qu’elles étaient sans trouver l’opportunité, la dernière, de racheter ses péchés. Loin d’être l’être divin qu’il prétendait être aux yeux du peuple de Tsuchi, il était celui qui avait sans cesse le besoin d’être reconnu, dont les actions avaient besoin d’être validées afin d’être le Seigneur, l’homme dont le pouvoir était incontesté et qui imposait respect et allégeance. Il en avait conscience, et c’est ce qui faisait de lui un homme suffisamment sage pour rester au pouvoir et préserver la lignée des Byakuren… jusqu’à aujourd’hui.

« Nous avons beaucoup de temps à rattraper, mais je crains que nous n’ayons pas le loisir de bavarder trop longtemps ainsi je resterai concis, ma fille, car il est important que tu apprennes la vérité. »

Il plongea ses yeux dans ceux de sa fille, un regard empreint de gravité et de tristesse cette fois, il tentait de donner un sens aux événements, malgré la violence et la rapidité à laquelle ils s’étaient enchaînés sous ses yeux.

« Borukan Akimoto, l’homme qui avait épousé ta sœur. Il est le responsable de cette attaque sur le palais, et a tenté de m’enlever la vie. J’ai survécu à l’effondrement, mais ta mère… »

Sa voix se coupa, ne pouvant finir cette phrase qui ne ferait que refaire surgir la douleur de cette perte, qui résonnait d’autant plus fort qu’il avait déjà perdu une femme qu’il aimait avec sincérité.

« Il prétend que la raison de ce carnage est une action légitime visant à sauver le peuple de la tyrannie, même si l’on sait que derrière cet acte de traîtrise, il nourrissait une rancœur personnelle vis-à-vis des Byakuren, moi en particulier. Pour l’avoir exilé, pour l’avoir destitué de son grade de Tsuchikage après le massacre de Hi. Tout ce temps, il a attendu le jour de sa vengeance, menaçant d’éteindre la lignée des Byakuren. Il a presque réussi. »

Une perspective qui le faisait trembler de tout son corps frêle et mutilé, il était inconcevable pour lui de rejoindre les ancêtres sans s’assurer auparavant que son héritage soit repris, et que tout le travail auquel il s’était consacré à régner sur Tsuchi soit perdu à jamais. Une idée qui l’obsédait au plus haut point, bien plus que le fait de perdre sa femme ou sa fille, même si ses actions pouvaient s’interpréter comme de la tendresse ou de l’affection, ses sentiments n’avaient de cesse de se mêler à ses ambitions.

« Peut-être les choses auraient-elles été différentes s’il avait su ce que je savais, même si au fond de moi, j’étais persuadé que cela ne changerait pas grand-chose à mes actions. Intérieurement, je sais que tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour notre famille, pour notre sang. Peut-être ne survivrai-je pas à l’opération, ainsi si je devais quitter ce monde, il sera de ton devoir de poursuivre ce que notre lignée à commencé. »


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Mar 2 Mar 2021 - 1:18
Partagée entre peur, haine et incompréhension, la délicate fleur de lotus ne semblait pas capable d’exprimer les mots face à la responsabilité dynastique qui lui incombait d’accepter. Son silence semblait en dire long sur sa caractéristique résignation à refuser son destin de dirigeante de la Terre, ainsi avait-elle de nouveau exprimé son insurgence par rapport aux principes sacrés du Daimyô. Son désir de perpétuer la lignée des Byakuren, son ambition d’élever leur famille au-dessus des autres noblesses, son espoir de voir un jour sa fille comprendre le paradigme à travers lequel il appréhendait le monde. Malgré tous ses sermons, malgré la gravité de la situation, rien n’y faisait.

Le visage du vieil homme vira d’une certaine sérénité de revoir sa fille à une profonde déception, déception de ne pas avoir su lui inculquer les valeurs de son sang royal, déception de voir sa lignée s’éteindre après lui. Après la mort de sa première épouse Kaeri, la première qu’il ait jamais aimé, sa tendre fille Himiko qui était destinée à reprendre son héritage, et maintenant, sa seconde épouse Yoru… Une malédiction avait frappé sa lignée, les réduisant un tragique destin. Fataliste, il comprit que rien ne pourrait changer l’esprit de sa fille et que celle-ci avait beau ressentir de la tendresse pour son père à l’article de la mort, les sentiments ne pouvaient supplanter les fondements de sa conviction. Son choix était déjà fait et il était inutile pour le patriarche d’insister dans cet éternel discours sur l’importance du sang et la préciosité de l’héritage.

« Je te remercie pour ta visite, Yume. Mes soldats te raccompagneront en sécurité jusqu’à Iwa. Reviens me voir quand tu seras prête à entendre la vérité. »

Voyant les gardes récupérer la princesse, il s’allongea sur son lit en fermant les yeux, tentant de trouver le repos malgré l’intense douleur qui parcourait son corps sénile. Il éprouva un certain regret de ne pas avoir pu révéler ce qu’il avait sur le cœur depuis toutes ces années, cette indicible vérité qui certes ne laverait aucunement la gravité de ses actes, mais qui lui permettrait au moins de quitter ce monde en toute sérénité.


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