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Le royaume des caracals [Solo - Kuchiyose]

Metaru Hideko
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Jeu 11 Fév 2021 - 19:05

L’air était froid. Ses crocs de givres pénétraient les chairs sanguinolentes de la jeune femme. Les ténèbres de la nuit ne laissaient passer aucune lumière. Seule la lune se dressait dans le ciel pour éclairer le chemin des âmes égarées. L’herbe rugueuse, humide, entaillait la fragile peau de Hideko. Les cailloux étaient tels des lames, se cachant sous les mottes de terres pour mieux la lacérer à son passage. De tout son être, de toutes ses forces elle rampait. Un bras après l’autre, elle enfonçait ses mains dans la terre humide pour se tirer sur le sol. Elle regardait en arrière, ils se rapprochaient. Elle avait beau ramper, la distance qui la séparait d’eux ne faisait que se réduire. Les hommes en noir la rattrapaient, ils allaient la trouver. Elle devait fuir, se lever et fuir, mais ses jambes se dérobaient. Son corps tout entier la trahissait. Elle était seule, désarmée, à leur merci.
Hideko se réveilla en sursaut en plein milieu de la nuit. Tout son corps était moite. Les gouttes de sueur perlaient sur son front ; elle peinait à ouvrir les yeux. La lumière lunaire pénétrait par les interstices des volets en bois de sa fenêtre. Le jour ne s’était pas encore levé. Hideko se redressa et s’assit sur son matelas. Ses draps étaient humides et l’air lourd. Elle posa sa tête entre ses mains. Elle prit une profonde inspiration et tenta de se calmer. Les battements de son cœur résonnaient dans ses oreilles.

─ Ce n’était qu’un cauchemar, rien de plus.

Elle se répéta la même phrase plusieurs fois afin de retrouver un semblant de sérénité puis se leva. Elle se dirigea vers la salle de bain pour se rafraîchir. Ses mains vinrent former une coupe pour s’asperger le visage d’eau fraîche. Plusieurs fois elle répéta le même geste avant de fermer le robinet. Elle saisit une petite serviette juste à sa droite et s’épongea légèrement. Bien qu’il fasse noir, elle pouvait deviner ses traits fatigués dans le miroir. La journée serait difficile dans un tel état, mais ce n’était pas la première fois.
Depuis son accident, Hideko faisait souvent le même cauchemar. Elle se retrouvait dans le champ où elle avait échappé aux brigands, mais cette fois-ci elle se faisait attraper. Son cauchemar n’avait aucun sens puis qu’elle leur avait bel et bien échappé. De plus, ils avaient été arrêtés lorsque le village avait envoyé des soldats enquêter. Ces shinobis avaient sauvé Aya, mais elle ne pouvait cesser de rêver à ce qu’il aurait pu advenir d’elle s’ils l’avaient retrouvé ce soir-là.
Elle se rassit sur le bord de son lit, resta quelques instants ainsi, puis s’allongea. Le sommeil finirait bien par revenir. Tout du moins elle l’espérait.


Son réveil sonna. Hideko le tapa violemment afin de le faire taire. Elle ne savait pas combien d’heures elle avait passé à chercher le sommeil avant de le trouver. Beaucoup, si elle se fiait à son impression de s’être endormie il y a seulement cinq minutes. La jeune femme resta allongée sur son lit, lézardant plusieurs dizaines de minutes avant de se lever en sursaut. Dents, cheveux, vêtements, tout cela en moins de cinq minutes ; elle saisit une brioche fourrée qui traînait sur sa table, son sac de cours et sortit en courant de son appartement. Avec un peu de chance elle arriverait en cours à l’heure.
Hideko traversa la ville en courant et en bondissant, passant par quelques raccourcis qu’elle connaissait sur les toits. Lorsqu’elle parvint dans sa salle de cours la sonnerie retentissait à peine. C’était juste. Elle alla s’asseoir sans attendre et sortit les affaires de son sac. Le cours portait sur l’anatomie du corps et les nœuds chakratique. Connaître le corps était essentiel pour un shinobi : grâce à une connaissance approfondie des points faibles et des points forts de la composition humaine, il pourrait ainsi prendre l’avantage sur son adversaire. Hideko se concentra autant que possible sur son cours et nota tout ce que le professeur racontait. Le sommeil la tiraillait, mais il était hors de question de louper quoi que ce soit.
Quatre heures plus tard sonnait l’heure du déjeuner. Une pause d’une heure qui laisserait place à une séance d’entraînement au kunaï. Hideko n’était pas la plus habile avec les armes de jets et elle peinait à atteindre les cibles. Le kunaï étant l’arme de base du shinobi, elle faisait de son mieux pour progresser en la matière. Hideko prit ses affaires et alla rejoindre un petit groupe d’amis qu’elle s’était faite dans les promotions supérieures. Des shinobis qui étaient plus jeunes qu’elle, mais plus vieux que ceux avec qui elle étudiait. Il était plus facile de converser avec eux, la différence d’âge se faisait moins sentir. Les promotions ne se suivaient pas forcément à l’année près : plusieurs années pouvaient séparer deux promotions. Ainsi, des shinobis n’étaient pas diplômés tous les ans mais tous les deux ou trois ans, voir plus quand les volontaires n’étaient pas assez.
Elle s’installa dans la cafétéria et discuta de banalités avec ses amis. Leur entraînement commençait avant le sien, ils quittèrent donc la table et Hideko dût finir son déjeuner seule. Les cuisines se vidaient, le temps passait et la jeune femme était toujours installée à sa table. Une membre du personnel de cuisine s’approcha d’elle et l’observa. Elle lui posa la main sur l’épaule et la secoua légèrement. Hideko sursauta, désemparée, ayant perdue toute notion de la situation. La femme lui expliqua qu’elle s’était endormie et que les entraînements allaient bientôt commencer. Hideko la remercia et saisit son plateau, mais elle fut interrompue par son interlocutrice qui lui proposa de laisser son plateau sur la table afin de rejoindre son groupe. Hideko la remercia et s’en alla rapidement vers les terrains d’entraînement, sans oublier de prendre son sac. Sans elle, la shinobi aurait été en retard et aurait dû subir les remontrances toutes justifiées de son professeur. Elle avait eu de la chance et ne manquerait pas de remercier sa sauveuse comme il se devait la prochaine fois qu’elle la verrait. Un autre jour.


Le lendemain, Hideko retrouva ses camarades installés à la même table. La jeune femme profita de leur compagnie avant de les voir, à nouveau, quitter les lieux avant elle.
Son regard balaya la salle à la recherche de la vieille femme qui, la veille, lui avait évité un retard certain. Son visage lui revint à l’esprit : elle devait avoir la soixantaine, les cheveux gris, le visage ridé mais souriant ; qui avait ce quelque chose de réconfortant dont seules les personnes âgées avaient le secret.
Hideko n’aimait pas se faire remarquer, surtout en mal ; traces évidentes de l’éducation de son père. La jeune femme ne supportait pas qu’on puisse lui reprocher quoi que ce soit. Il l’avait tellement conditionné à se vêtir, marcher, parler, se conduire d’une manière précise que tout était nouveau pour elle. Cette liberté fraîchement acquise était une découverte perpétuelle, mais les situations où elle se sentait mal à l’aise étaient nombreuses. La vieille femme lui avait épargné une situation de ce genre et elle lui en était infiniment reconnaissant.
Sa sauveuse ne semblait pas être de service aujourd’hui. L’heure de l’entraînement approchant, Hideko se décida à aller demander à un membre du personnel quels jours elle travaillait.
Elle rangea son plateau puis interpella un homme qui se tenait là, en train de s’occuper d’autres tables. Après une rapide description, l’homme reconnut de qui elle parlait mais lui indiqua qu’elle n’était pas de service aujourd’hui. Cependant, elle le serait le lendemain.


Après son entraînement, Hideko passa à l’hôpital pour rendre visite à sa petite sœur. Ces dernières semaines, elle avait enchaîné deux missions coup sur coup. Elle avait donc dû s’absenter deux fois consécutives et elle savait que son absence pesait énormément à Aya. La petite fille avait besoin de sa grande sœur.
Arrivée devant la porte, elle toqua trois fois puis entra. C’était là leur petit code pour qu’Aya puisse la reconnaître.
La petite fille sourit à sa vue, mais le cœur n’y était pas : ses traits juvéniles étaient tirés et sa peau pâle. La première séparation avait déjà été difficile, mais la seconde avait laissé des traces. Depuis son retour, Aya était différente : triste, distante. Hideko s’approcha d’elle, posa son sac à côté de son lit et la prit dans ses bras. Aya lui rendit son affection. Elle restèrent ainsi plusieurs secondes, puis Aya se recula. Hideko en fit de même, sa main vint caresser délicatement la joue de la petite fille.

─ Comment est-ce que tu vas aujourd’hui?

─ Ça va. Et toi ?

─ La routine ! Ce matin j’ai étudié et cet après-midi c’était entraînement. J’ai encore tellement à apprendre… Je perds encore très souvent en combat face à mes camarades de l’académie. J’ai essayé de retrouver la femme qui m’avait réveillé hier, tu sais, je t’en avais parlé hier soir. Donc cette femme n’était pas de service aujourd’hui, mais elle devrait normalement l’être demain. Je pourrai donc la remercier comme il se doit. Peut-être que je pourrai lui offrir quelque chose ? Bon c’est peut-être un peu trop… On ne se connaît pas et elle m’a juste évité d’être en retard, mais tu sais comme je déteste me faire remarquer comme ça.

─ Mmh. Tu pourras la voir demain alors.

Hideko, voyant que la réaction froide de sa sœur voulait essayer d’en savoir plus sur son état.

─ Et toi ? Comment tu te sens Aya ?

─ Ça va je t’ai dit.

─ Tu veux pas m’en parler un peu ?

─ Ah, parce que tu t’intéresse à moi maintenant ?!

─ Mais enfin... qu’est-ce qui ne va pas Aya ? Ça fait plusieurs jours que tu ne me parles plus… je vois bien que ça ne va pas. Tu ne veux pas me le dire ?

─ ...

─ C’est parce que je me suis absentée aussi longtemps ? Je suis désolée mais je ne peux rien y faire. Les ordres sont les ordres, je devais y aller et la mission a été plus longue que prévue.

Aya ne savait pas que Hideko avait effectuée deux missions, raison de son absence prolongée. Hideko avait préférée ne pas la voir lors de son retour, vu qu’elle était partie deux jours après, afin de ne pas à nouveau lui faire subir ce choc. Elle lui avait juste envoyé une lettre expliquant que sa mission allait durer plus longtemps et qu’elle tarderait donc à revenir, tout en la rassurant sur son état.

─ C’est comme avec père.

─ Hein ?

─ C’est comme avec père ! Tu ne fais qu’obéir !

Dit-elle furieusement.

« Tu disais que tu voulais être libre de prendre tes propres décisions, mais tu ne fais qu’obéir ! Maintenant tu obéis au village ! Tu suis les ordres, tu n’en as rien à faire de moi ! »

─ Ne dis pas ça ! Tu sais bien que tout ça je le fais pour nous ! Il faut bien vivre et la paye nous permet à toutes les deux de vivre. Je peux payer les frais hospitaliers et louer l’appartement. Dès que tu seras rétablie tu pourras venir. Tu verras, c’est chez nous, tu pourras y faire tout ce que tu veux !

─ Menteuse ! Ce n’est pas chez moi ! De toute façon tu ne m’as jamais aimée, tu ne m’as jamais appréciée ! Tu m’as toujours ignorée… et ça recommence...

La petite fille fondit en larme. Hideko ne sut quoi répondre. Aya disait vrai, en parti : elle ne l’avait jamais aimée et elle l’avait toujours ignorée, avant le fatidique accident qui les avait séparées. Aujourd’hui Hideko voulait corriger ses fautes, elle voulait créer quelque chose avec Aya. Elle voulait se faire pardonner.

─ Ne dis pas ça… je t’aime petite sœur. C’est vrai, avant on n’était pas proches. Ce n’est pas de ta faute, c’est moi. Je t’en voulais de recevoir l’amour de maman alors que moi j’étais bloquée avec notre père. Je devais le supporter toute la journée… et je te voyais rester avec maman, sourire, rire... Je suis désolée. Tu n’y es pour rien, j’aurai du m’en rendre compte avant.

─ Tu n’es pas désolée ! Sinon tu ne me laisserais pas seule ! Pourquoi je ne t’ai pas encore rejoins à la maison ?! Parce que tu ne veux pas de moi !

─ Ce n’est pas vrai Aya. Les médecins te l’ont expliqué non ? Tu ne peux pas encore sortir, mais bientôt...

─ Non ! Ils disent toujours ça, tu dis toujours ça, mais ça n’arrive jamais ! Vous me mentez tous !

─ Aya...

─ Laisse moi tranquille ! Va t’en! Je ne veux plus te voir ! Laisse moi seule...

─ Aya...

Hideko eut beau essayer de la calmer, rien n’y faisait. La petite fille criait et hurlait. Une infirmière dans le couloir entendit ses cris et demanda à Hideko de sortir. D’autres personnes à blouses blanches entrèrent dans la chambre. Hideko resta là, devant la porte, immobile. Son cœur battait à tout rompre, la gorge prise, elle résistait pour ne pas craquer au milieu du couloir. Bouleversée par l’état de sa petite sœur, Hideko se mit en route vers la Grande Bibliothèque. Elle voulait fuir, fuir toute cette souffrance, fuir toute cette tristesse.
Arrivée devant l’imposant bâtiment qui se dressait juste derrière l’hôpital, elle y pénétra et alla prendre un livre sur une des étagères des bibliothèques. Qu’importait ce que cela pouvait bien être tant que ça l’occupait assez pour arrêter de penser.



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Jeu 11 Fév 2021 - 19:06

Les rayons du soleil traversaient les rideaux, réchauffant la pièce de toute leur puissance. Hideko ne parvenait pas à se lever : l’envie n’y était pas. La jeune femme avait quitté la bibliothèque très tard dans la nuit. L’appel des bras de Morphée se faisait sentir, mais elle ne parvint pas à trouver leur chaleur avant plusieurs heures. La nuit avait été courte, très courte.
Elle resta ainsi plusieurs minutes puis, pressée par le temps, se leva et alla se préparer dans la salle d’eau. Son regard vint s’accrocher à son reflet dans le miroir ; ses traits étaient tirés, son teint pâle, ses cernes bien visibles. Elle s’appliqua un léger fond de teint pour sauver les apparences puis s’habilla et s’en alla vers l’académie.
Rester éveillée fut un calvaire ; combattre le sommeil n’était pas chose aisée. Un combat de tout instant qui ne faisait que nourrir davantage son épuisement. Arrivée au repas de midi, elle déjeuna seule ce jour-là. Ses amis étaient en entraînement et elle n’avait pas le cœur à rejoindre un autre groupe.
De ses baguettes elle remua machinalement le riz qui reposait dans son bol. La faim n’y était pas, comme tout le reste. Sa tête posée contre sa main, elle attendait que le temps passe, que cette journée arrive à son terme.
Une femme l’observa de loin. Elle reconnut aussitôt la femme qui l’avait réveillée deux jours plus tôt. Hideko, perdue dans ses pensées, ne la remarqua pas venir vers elle.

─ Je peux ?

─ Euh, faire quoi ?

─ M’asseoir.

─ Euh oui, bien-sûr pardon.

Hideko était perdue. Elle mit quelques secondes pour reprendre ses esprits et reconnut enfin sa bienfaitrice.

« Oh, c’est vous ! Je voulais vous remercier pour avant hier… sans vous je serai arrivée en retard. »

─ C’est normal, je n’allais pas vous laisser là à vous endormir en plein milieu du réfectoire !

─ C’est vrai oui...

─ Mais dîtes-moi plutôt, est-ce que vous allez bien ? Vous m’avez l’air épuisée…

La gorge nouée, Hideko ne put répondre. Une action aussi sincère et humaine que celle de demander à quelqu’un qui allait mal comment il allait, aurait suffit à la faire craquer.

─ J’ai bientôt fini mon service. Si mes souvenirs sont bons, vous n’avez rien après, pas d’entraînement. Que diriez-vous de m’attendre ? On pourrait discuter un peu. Quoi que je ne sais pas si vous voulez discuter avec une vieille femme comme moi !

Hideko esquissa un sourire, tant le ton de son interlocutrice se voulait entraînant. Après tout, qu’avait-elle à perdre.

─ Pourquoi pas oui.

─ Attendez moi à l’extérieur, je vous rejoindrai quand j’ai fini.


Hideko attendait patiemment appuyée sur un mur du couloir. Pourquoi avait-elle acceptée l’invitation de cette inconnue ? Peut-être pour la remercier, se dit-elle ; ou peut-être car elle avait besoin de parler.
La femme sorti de l’autre côté du couloir et vint à sa rencontre.

─ Désolée pour l’attente, me voilà. Mais je ne me suis pas présentée ! Je m’appelle Kamui, et vous ?

─ Hideko.

─ Ne soyez pas gênée ! Suivez-moi, nous serons mieux dehors pour parler.

Hideko suivit Kamui jusqu’à l’extérieur de l’académie puis toutes deux s’engagèrent vers les terrains d’entraînements, derrières lesquels se trouvait un lac rarement fréquenté. Les cheveux grisonnants de Kamui tombaient sur ses épaules légèrement recourbées. Sa posture néanmoins était parfaitement droite, ne montrant aucun signe de faiblesse malgré son âge avancé. Hideko, embarrassée par le silence, décida d’engager la conversation.

─ Je vous remercie à nouveau pour l’autre jour, sans vous j’aurai été en retard, avec les remontrances qui vont avec.

─ C’est bien normal ! Ne vous en faite pas pour ça. Dites moi plutôt ce qui ne va pas !

─ Comment ça ?

─ Je t’ai vu, quand tu étais seule devant ton plateau. Ce regard, je le connais bien. »

─ Qu’est-ce que vous voulez dire ? Je ne comprends pas...

─ Je parle de votre inquiétude, vous pensiez à quelqu’un, quelqu’un qui vous est cher, avec beaucoup de tristesse.

Hideko resta muette. Pouvait-on lire en elle tel un livre ouvert ?

« Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais j’ai pensé que peut-être tu aurais besoin de parler un peu. Je connais ça, tu sais. Oh, je peux te tutoyer ? Si ça te dérange n’hésite pas à me le dire ! Toi aussi tu peux, pas de formalités entre nous ! »

La jeune femme se sentit comme insultée par de tels propos ; comment une vieille cuisinière bien à l’abri derrière ses fourneaux pourrait comprendre quoi que ce soit à ce qu’elle ressentait ?

─ Comment ça vous connaissez ça ? Vous ne me connaissez pas ! Qu’est-ce qu’une vieille femme comme vous peut connaître de ma vie ?

Kamui, surprise par la réaction agressive de Hideko, ne répondit pas immédiatement. Il était normal que la jeune femme la repousse, toutes deux ne se connaissaient pas et s’étaient à peine rencontrées deux jours auparavant. Elle se ravisa néanmoins et essaya de l’apaiser. Les deux mains en face d’elle, elle fit un mouvement de haut un bas comme pour baisser la tension de l’air qui s’était installée.

─ Tu as raison, excuse-moi…

Kamui donna un peu de temps à Hideko pour se calmer avant de continuer. Cette dernière, loin de l’être, n’avait qu’une envie : partir. Pourquoi avait-elle acceptée de parler à cette vieille femme qu’elle ne connaissait pas ? Elle le regrettait amèrement.
Toutes deux arrêtèrent leur marche près d’un arbre au bord de l’eau. Ses feuilles penchaient gracieusement vers l’horizon des événements sans le toucher, dansant délicatement au rythme de la légère brise qui soufflait.
Les yeux de Kamui fixèrent les montagnes par delà le lac. Le clapotis de l’eau apaisa légèrement le torrent de sentiments qui s’abattait sur la jeune femme.

« Tu dois te demander qu’est-ce qu’une vieille cuisinière comme moi peut bien connaître de ta vie, mais je n’ai pas toujours été derrière les fourneaux. »

Le sourire naturel qui habitait le visage de Kamui cessa d’être, laissant place à une gravité étrange.

« Il y a longtemps, je me battais sur les champs de bataille, comme toi. »

Ses traits s’assombrirent, rappelant à Kamui des souvenirs d’un passé révolu ; des souvenirs teintés de tristesse.

« J’étais Shinobi, bien avant la fondation de Kumo. Avant, à cette époque, les villages cachés n’existaient pas. Certains se battaient seuls, d’autres se regroupaient en organisations. Je faisais partis de ces derniers. Pas d’un clan, d’un groupe qui se battait pour le pays. »

La précision semblait importante pour Kamui. Elle semblait s’être toujours battue pour les autres, faisant passer le bien du pays et ensuite du village avant sa propre vie.

« A l’époque il y avait beaucoup d’affrontements entre les shinobis. Certains profitaient du chaos existant pour extorquer les gens normaux et les plus faibles d’entre nous. C’est contre cela que nous nous battions et c’est aussi l’une des raisons d’être de Kumo : protéger le plus grand nombre. »

Ces mots résonnèrent dans l’esprit de Hideko. Ces mots, elle les avait déjà entendus dans la bouche du Raikage, celui-là même qu’elle avait rencontré lors de son arrivée à l’académie.
Kamui se tut. Un silence pesant s’installa, les mots sortaient plus difficilement de sa bouche. Lourds, ils étaient chargés d’histoires.

« Enfin tu n’as pas connu tout cela, c’était il y a très longtemps. Je suis vieille maintenant, comme tu peux le voir. »

Le temps avait fait son œuvre et Kamui n’était plus en état de livrer les mêmes batailles que par le passé. Cependant, sa dévotion n’avait pas failli et elle aidait maintenant le village d’une autre manière. Hideko ressenti de l’admiration pour cette vieille femme qui, loin d’être pitoyable s’avérait être habitée d’une détermination sans faille.

« Des camarades, des amis, ma famille… Certains d’entre eux ne sont jamais revenus du champ de bataille. D’autres sont revenus mais ne s’en sont jamais remis. »

Ces derniers mots stupéfièrent Hideko. Ainsi était-ce ça qu’elle sous-entendait quand elle disait qu’elle comprenait ?
Kamui continua à parler, comptant à Hideko les récits d’un temps révolu. De nombreux silences marquèrent la conversation, ajoutant à la gravité de ses récits. La vieille femme avait vécue tant d’histoires, tant de péripéties…
Le temps passa, le soleil tomba peu à peu, la journée toucha à sa fin. Hideko ne prononça aucun mot. Elle écouta patiemment Kamui et ne l’interrompit pas une seule fois jusqu’à ce qu’elle eut fini.

─ Eh bien, il se fait déjà tard ! Les vieilles personnes comme moi, ça parle ça parle et ça ne s’arrête jamais, on ne se rend pas compte du temps qui passe !

─ Ne vous en faîtes pas pour ça. Vous ne m’avez pas du tout dérangée et… je suis désolée d’avoir été agressive.

─ Je comprends, c’est plutôt moi qui devrait m’excuser, je me suis mêlée de ce qui ne me regardait pas ! Mais j’espère que tu ne m’en tiendras pas rigueur.

─ Non, ne vous inquiétez pas pour ça.

Loin d’être ennuyée, Hideko ressentait un intérêt particulier ; une flamme venait de s’allumer.
La nuit tombait. La brise qui avait soufflé toute la journée s’intensifia, se muant en vent. La chaleur baissa et la morsure du froid vint rappeler les deux femmes à la réalité.

─ Il se fait tard, nous devrions rentrer. Tu m’accompagnes ?

─ Oui, avec plaisir.

Cette dernière réponse de Hideko eut un ton particulier. Sa colère avait disparu, laissant place à un profond respect pour cette guerrière d’un autre temps. Toutes deux s’engagèrent sur la route du village.
Sur le chemin du retour, la jeune femme aperçut une ombre massive se tenant en plein milieu du sentier. Il lui fallut quelques secondes pour reconnaître une sorte de gros chat roux aux oreilles pointus. Elle n’en avait jamais vu de tel auparavant et ne put retenir un léger sursaut.

─ Tiens, Hike, qu’est-ce que tu fais là ?

─ Bonjour Kamui ! Comme tu n’étais pas rentrée je t’ai cherché à l’académie et ta voix m’a mené jusqu’ici. Loin de moi l’idée de vous déranger, je vous attendais là.

Hideko fut bouche bée d’entendre un chat parler. Le félin se releva gracieusement et se posa sur ses pattes arrières, les pattes avant droites. Assit, il dégageait l’assurance et l’élégance dont seuls les félins ont le secret. Pour autant, il ne ressemblait pas à un chat normal. Sa taille, son allure, sa tête, tout était légèrement différent.

─ Mais, le chat parle ?

─ Est-ce que c’est moi que vous traitez de chat petite fille ? Je suis un Caracal !

La jeune femme fut d’autant plus stupéfaite de l’assurance dont faisait preuve ce nouveau venu. Loin de se démonter, il lui avait directement répondu, avec froideur mais sans agressivité.

─ Hideko, je te présente Naomori. Naomori, Hideko. Comme il vient de le dire c’est un Caracal, une espèce un peu différente des chats dont tu parlais. Mais ne t’inquiète pas, Naomori est très gentil.

Le Caracal resta de marbre, conservant la même élégance que depuis le début. Il fallut quelques secondes à Hideko pour comprendre ce qu’il était en train de se passer.

─ C’est un animal invoqué? Il est à vous ?

Kamui lui répondit immédiatement.

─ Il n’est pas à moi, on peut plutôt dire que nous sommes de vieux amis. Mais oui, c’est un kuchiyose.

Ses récits de guerres revinrent à l’esprit de Hideko. La jeune femme comprit soudain qui étaient les fidèles camarades dont parlait Kamui : des caracals. Ceux-là même qui l’accompagnaient sur les champs de batailles. Cette réalité la perturba. Elle comprit alors les paroles de Kamui, quand elle lui avait dit que grâce à eux, elle ne s’était jamais sentie seule, même dans les moments les plus durs.
Tous trois rentrèrent donc au village. Hideko put faire connaissance avec cet être étrange et partager quelques minutes encore avec Kamui. Triste de devoir les quitter, elle fut néanmoins ravie quand Kamui lui proposa de se rencontrer à nouveau chez elle, un jour prochain. Une invitation que Hideko accepta avec joie.

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Mar 2 Mar 2021 - 20:44

Les jours passèrent jusqu’à ce que la date de l’invitation de Kamui ne soit enfin arrivée. Impatience et anxiété s’étaient entremêlées, chacune se battant pour prendre le pas sur l’autre, dans un combat sans vainqueur qui avait pour fin ce jour tant attendu.
Pendant tout ce temps, Hideko n’était pas restée inactive : la jeune femme avait conçu et forgé bracelets et jambières pour se préparer aux combats à venir. Afin de parfaire ses ouvrages, elle avait contacté un magasin de couture : celui de la famille Zaiki. La commande se composait de pièces de cuir, dont elle avait esquissé les plans. Cela lui avait permis de solidariser les différentes pièces de métal qui composaient les protections et de pouvoir combattre avec. Tout juste terminées, il lui restait à s’entraîner avec ; s’entraîner et composer des techniques qui lui permettrait de faire de ses œuvres des armes et des défenses de choix.
Le soleil descendait peu à peu dans le ciel estival, se dissimulant derrière la crête des montagnes pour laisser place à la nuit et avec elle la fraîcheur nocturne.
Hideko était chez elle, assise devant son bureau, réfléchissant à la manière dont pourrait se dérouler la soirée. Ses pensées ne pouvaient cesser de conjecturer sur les discussions à venir, sans pour autant arriver à se décider. Au fond elle le savait : rien ne se passerait comme elle l’aurait prévu, mais agir ainsi la soulageait. Se préparer au dîner à venir la rassurait inconsciemment.
Un livre sur les invocations était étendu devant elle. La découverte en chair et en os d’un tel être l’avait prise au dépourvue. Naomori semblait doué d’une conscience égalant celle des Hommes, sans en être un. Seuls les neufs dieux, animaux légendaires, pouvaient se permettre un tel exploit. Leurs histoires, bien que nombreuses, étaient réservées aux mythes jusqu’à un temps récent, où des villages cachés avaient pu mettre la main sur certains d’entre eux. Afin de contrôler leur puissance infinie, ils étaient parvenus à sceller leur corps et leur âme dans des êtres humains, appelés Jinchûrikis. Cependant, Kumo n’en possédait aucun, tout du moins, pas à la connaissance de Hideko. Ce genre de fait était gardé secret : seules les rumeurs qui courraient partout permettrait d’entrevoir un peu de cet autre monde dissimulé de tous.
Hideko avait également fait des recherches sur les caracals. Ces félins se distinguaient physiquement des autres par la pointe noir, tel un pinceau, qui terminait ses longues oreilles. Ils étaient dotés d’un odorat et d’une ouïe très fins, comme tous les prédateurs. Surtout, ils étaient capables d’effectuer des bons pouvant atteindre jusqu’à 3 mètres, alors qu’un caracal sauvage mesurait rarement plus d’un mètre sans sa queue. Un caracal invoqué devait être capable de prouesses physiques extraordinaires et de bons pouvant dépasser l’entendement. Il devait également être capable de pister une cible sur des kilomètres, tant son cousin sauvage était déjà capable, à son échelle, de tels exploits.
Ses mains étaient moites et froides. Ses jambes aussi étaient gagnées par le froid, dont les crocs avait déjà dévoré ses pieds. Rien ne lui servirait de se couvrir, c’était là l’unique conséquence de son stress.
L’heure approchant, Hideko décida de se préparer minutieusement. De plus, cela l’occuperait et lui permettrait de passer le temps jusqu’au moment fatidique.
Elle se leva et se dirigea vers la salle d’eau, dans laquelle elle commença à se maquiller très légèrement afin de faire disparaître toutes trace de fatigue visible. Puis elle se peignit avec attention, afin de mettre en valeur ses cheveux qu’elle affectionnait tant. Nombreuses étaient les personnes qui pensaient qu’elle était blonde : les reflets du soleil leur donnaient un léger aspect blond qui pouvait porter à confusion. Ils étaient pourtant blancs comme neige, un blanc profond qu’elle tirait de sa mère, un des rares traits qu’elle avait hérité d’elle. Aya aussi possédait les mêmes cheveux, toutes trois étaient liées ainsi.
Lorsqu’elle eut fini, elle alla dans la chambre et après avoir ouvert le coffre contenant ses vêtements, y resta longuement. Elle observa les différentes options qui se présentaient à elle sans pouvoir se décider. Un kimono d’un bleu électrique lui fit de l’œil. C’était certes voyant, mais Hideko aimait cette couleur et l’impression que cela donnait d’elle. Des motifs de fleurs de teintes rouges et rosées le parcouraient tout entier ; la ceinture quant à elle était d’un violet d’évêque – entre le violet et le gris – se faisant discrète et accordée au reste. Elle se décida, optant pour son choix de cœur, puis enfila des chaussures d’un tissu foncé dans les teintes de bleus et vérifia une dernière fois qu’elle n’avait rien oublié.


La maison de Kamui se trouvait dans la partie inférieure du village : la partie la plus pauvre. Hideko, elle, habitait dans les immeubles dans la partie centrale du village. Son clan était dans la partie supérieure, là où les grandes demeures des clans majeurs s’étendaient, symbole de leur toute puissance.
Aussi, il ne lui fallut qu’une vingtaine de minutes de marche pour atteindre sa destination. Vêtue de son kimono, Hideko devait se contenter de petits pas, d’une marche lente, afin de ne pas être déséquilibrée et se risquer de tomber. Le moindre accro sur le tissu et la facture lui reviendrait très cher : ce dont elle ne pouvait se permettre.
Arrivée sur les lieux elle observa la petite maison qui se dressait devant elle. Elle était composée d’un petit jardinet sur le côté, où poussaient divers légumes, une bonne manière de faire des économies au marché.
Son anxiété redoubla d’intensité : elle se trouvait maintenant face au fait accompli. Elle prit quelques secondes pour se contrôler, reprenant le flux de sa respiration afin de l’apaiser ; puis elle toqua deux fois à la porte. Il ne fallut que quelques secondes pour que cette dernière ne s’ouvre, une enfant l’accueillant avec une moue surprise.

─ Vous êtes qui ?

Hideko fut quelque peu surprise d’un tel accueil. Elle prit sur elle et sourit à la petite qui se tenait fièrement devant elle.

─ Je suis Metaru Hideko, je suis bien chez Kamui ?

Le visage de la petite fille changea complètement, un grand sourire se dessinant, laissant apparaître ses dents encore juvéniles. Elle se tourna et cria dans la demeure.

─ Mamie ! Hideko est là !

Puis elle se retourna vers elle.

« Viens, entre, on t’attendait. »

La petite courut à l’intérieur, laissant Hideko seule passer le porche et entrer dans cette demeure qui était bien différente de tout ce qu’elle avait imaginé. Kamui l’accueillit chaleureusement et la soirée débuta.


Tous étaient assis autour de la table du repas. Elle était composée de Kamui, sa fille et son beau-fils, ses 3 petits enfants – deux filles et un garçon – et Hideko. Sur le côté se tenait toujours Naomori, tranquillement allongé dans la gigantesque corbeille en osier qui lui servait de panier, posée au sol contre le mur. L’ambiance était festive, les enfants jouaient, Kamui, sa fille et son beau-fils parlaient, Hideko observait elle en silence.
La jeune femme ne pouvait cesser de penser que cette situation, cette soirée, était totalement différente de tout ce qu’elle avait vécu dans sa famille. Chez elle, les repas devaient se faire dans le silence ; Son père Ken était servi en premier, assit au bout de la table, puis sa mère et enfin Hideko et Aya. Hideko assurait le service, jusqu’à ce qu’Aya soit en âge de l’assurer, la plus jeune devant servir les plus âgés. Personne ne parlait, personne ne rigolait, personne ne jouait : tout le monde mangeait dans le calme, puis le repas terminé, Ken allait se reposer tandis que le reste de la famille rangeait. Jamais cette rigueur militaire n’avait été perturbée, ou plutôt, jamais le chef de famille n’avait permis que cela change.
Les assiettes vidées – celle de Hideko aussi – mais personne ici ne rangeait. Tous parlaient, les rires et voix emplissant la pièce d’une ambiance festive.
En murmurant afin de ne pas se faire entendre, Hideko ne put retenir ces quelques mots :

─ Ainsi c’est ça qu’on appelle un foyer ?

Car bien que la jeune femme su son existance, jamais elle n’avait ressenti ou connu cette chaleur dans le domicile parentale. Son père était d’une froideur à vous glacer le sang, une froideur qu’il s’employait à imposer tout autour de lui.
Kamui, au contraire, s’employait de son mieux à transmettre cette vigueur qu’était la sienne et ce malgré son âge avancé. Ses rides d’expressions embellissaient son visage souriant, forgé durant toutes ces années par les rires et les sourires.

─ Vous ne vous plaisez pas ici ?

La voix féline arracha Hideko de sa rêverie. Elle tourna la tête et vit celle de Naomori, toujours allongé qui la fixait. Le caracal devait avoir entendu son chuchotement, son ouïe de prédateur entrainée ne laissait rien lui échapper.
Prise au dépourvue, elle tenta au mieux de faire disparaître tout soupçon.

─ Pas du tout, ne vous inquiétez pas pour moi.

Quelques secondes passèrent, puis Hideko renchérit.

« Je dois dire que c’est même le contraire. »

La curiosité naturelle du félin fut titillée et il ne put se retenir d’en demander plus.

─ Comment ça ?

─ C’est chaleureux, tout le monde sourit, tout le monde rit, tout le monde a l’air heureux.

Hideko parlait à voix basse, de sorte à ce que personne d’autre que Naomori ne puisse l’entendre. Elle se tenait parfaitement droite, les deux bras sur la table, riant et souriant au gré de la discussion sans jamais y participer réellement.

« C’est très différent de tout ce que j’ai connu. »

De ses dernières paroles suintèrent toute la froideur de la vie qu’elle avait eu. Son visage laissa transparaître la tristesse qui habitait ses mots, une tristesse qu’elle masqua aussitôt, reprenant son air rieur.

─ Et qu’avez-vous connu ?

Dit le caracal de sa voix calme mais puissante.
Hideko ne répondit pas immédiatement, cela la replongeait dans des souvenirs douloureux et elle prenait le plus grand soin de ne pas gâcher l’ambiance de la soirée avec une moue attristée.

─ Des dîners dans le silence, ou personne ne parle. Tout le monde mange dans le silence et reste à table jusqu’à ce que le père de famille ait terminé.

La jeune femme marqua une pause, amplifiant la gravité qui se dégageait de ses paroles.

« Des dîners où chaque parole est réprimandée, chaque impolitesse punie et où un rire, quel qu’il soit, est inconcevable. »

Ainsi cela fonctionnait avec Ken : seules ses règles comptaient, sa vision de voir les choses et tout le monde devait les suivre, sous peine de subir son courroux.
Naomori était toujours allongé, mais il avait maintenant légèrement levé la tête, ses yeux toujours fixés sur son interlocutrice. Le discours de cette dernière attisait toujours plus sa curiosité.

─ Cela doit vous faire très bizarre, en effet. Et qu’en pensez-vous ?

La question la surpris. Hideko resta muette plusieurs secondes, réfléchissant à sa réponse avec attention.

─ Ce que j’en pense ? J’en pense que je comprends pourquoi on appelle ça un foyer et pourquoi chez moi, dans ma famille, ça ne l’a jamais été. Et ça ne le sera jamais.
Cette réponse eut le mérite d’interloquer Naomori, qui ne put retenir une expression de surprise, mais aussi de satisfaction. Bien que ce soit un félin, ses traits se muaient très distinctement, laissant transparaître ses pensées plus que cela ne serait possible avec un chat ordinaire.

─ Vous savez, on dit qu’il ne faut jamais dire jamais. Peut-être qu’un jour cela changera ?

Il se voulait rassurant, optimiste, sans savoir qu’en répondant ainsi il mettait le pied sur un sujet bien plus complexe qu’il n’y paraissait.

─ Non. Certaines choses ne peuvent changer, la mort en fait partie.

Naomori se tut. Comprenant qu’il avait fait preuve de maladresse, il se releva et s’approcha de la jeune femme puis s’assit à côté d’elle, ses deux pattes avant tendues.

─ Veuillez m’excuser pour mon impolitesse et accepter toutes mes condoléances pour votre famille.

Naomori inclina légèrement la tête en signe de respect, ce qui n’échappa pas au regard en coin que Hideko lui portait.
Elle n’avait aucun ressentiment à son égard. Bien qu’encore récent, cela faisait maintenant parti de son passé et elle devait l’accepter. De plus, comment pourrait-elle lui en vouloir alors qu’elle-même voyait cela comme une chance ? Bien que ce soit également une tragédie.

─ Il n’y a pas de mal, vous ne pouviez pas savoir et de toute façon, ce qui s’est passé s’est passé. Je ne regrette pas ma vie d’avant car aujourd’hui je peux la vivre librement.

La solitude qui l’avait toujours habitée s’était dissipée depuis l’accident : maintenant elle pouvait faire des rencontres et parler à tout le monde sans craindre de représailles. Alors que par le passé Hideko s’était toujours sentie seule, aujourd’hui elle ne ressentait enfin plus ce manque.

« La vie n’est simple pour personne. On a tous nos défis à relever et à surmonter. Je ne me plains pas de mon sors, après tout, je suis encore vivante et en état de me battre. »

─ Effectivement, pour autant il ne faut pas minimiser ses propres peines. Nous souffrons tous, mais nous ne souffrons tous pas de la même manière et de la même intensité.

Sur ces mots, Naomori s’allongea à côté de la chaise de Hideko. La jeune femme observa le caracal puis se tut à nouveau.
Kamui, l’œil vif, avait vu toute la scène. La soirée se poursuivit sans encombre et Hideko rentra chez elle à une heure tardive, profitant d’un repos bien mérité. Les souvenirs de la soirée ne la quittèrent pas un instant, se répétant et revivant en boucle ces instants où elle découvrait pour la première fois le réconfort d’une famille ; tout cela la plongeant dans une profonde mélancolie.

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Metaru Hideko
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Ven 5 Mar 2021 - 16:35

Quelques jours plus tard, la jeune femme reçut une lettre écrite de la main de Kamui. Cette dernière la conviait aux terrains entraînements l’après-midi même, une invitation pressante qui ne ressemblait pas à Kamui. Hideko partit en cours le matin puis s’entraîna l’après-midi comme à son habitude. L’heure arrivée, elle vit la vieille femme la rejoindre sur les terrains encore utilisés par plusieurs genins, où elle-même se trouvait déjà.

─ Bonjour Kamui.

Le visage de son interlocutrice était moins enjoué qu’à son habitude : quelque chose clochait.

─ Bonjour Hideko. Comment vas-tu ?

─ Très bien merci, et vous ?

─ Je vais bien. Tout s’est bien passé l’autre soir ? J’espère que tu ne t’es pas ennuyée ! Ma famille parle beaucoup et ils ne font pas forcément attention.

─ Ne vous inquiétez pas, tout allait bien. J’ai été très heureuse de rencontrer votre fille et sa famille.

Hideko retrouva le ton enjouée de Kamui, mais cela semblait cacher quelque chose. Aussi, elle ne voulait pas perdre plus de temps en papotage inutile et décida d’en venir directement au sujet de son invitation.

« Pourquoi m’avez-vous convié ici aujourd’hui ? »

La vielle femme ne répondit pas immédiatement. Elle invita tout d’abord Hideko à la suivre et toutes deux s’engagèrent dans le même chemin près du lac où elles avaient parlé la première fois.

─ J’ai entendu ce qu’il s’était passé pour ta famille quand tu en parlais avec Naomori. Je suis vraiment désolée et te présente toutes mes condoléances.

Hideko fut prise de court : elle ne s’attendait pas à ce que ses paroles soient audibles pour quiconque, autre que Naomori. Surprise, elle s’arrêta de marcher avant de se reprendre quelques instants plus tard.

─ Je vous remercie. Ne vous inquiétez pas, comme je l’ai dit l’autre soir, c’est du passé maintenant et en plus, je ne suis pas seule : j’ai toujours ma petite sœur.

─ Quel âge a-t-elle ?

─ Sept ans. Elle s’appelle Aya.

─ Elle vit avec toi ?

Pour sa plus grande tristesse, Aya ne vivait pas encore avec elle : la petite fille était à l’hôpital sous l’étroite surveillance des médecins, son état psychologique instable ne s’étant pas amélioré.

─ Non, elle est encore à l’hôpital.

─ Je suis désolé, est-ce qu’elle va bien ?

Une question étrange quand cela concernait une personne nécessitant des soins. Kamui ne pensait pas à mal, toute question sur le sujet s’avérait dangereusement glissante. Pour autant, Hideko ne pouvait se retenir d’afficher sa tristesse.

─ Physiquement oui.

─ J’espère qu’elle se rétablira bientôt et que vous pourrez vivre ensemble, comme une vraie famille.

─ Moi aussi.

Le ton de Hideko était grave, laissant transparaître toute cette tristesse qui l’habitait. Toutes deux continuèrent à marcher sur la rive, s’éloignant des autres élèves afin de trouver un peu de tranquillité.

─ J’espère que je ne te dérange pas en t’invitant ainsi, je souhaitais un peu parler avec toi, Hideko.

─ Ne vous inquiétez pas, je n’avais rien d’exceptionnel aujourd’hui.

Après les cours du matin, Hideko avait l’habitude de s’entraîner l’après-midi, soit à l’académie avec d’autres genins, soit toute seule. En l’occurrence, c’était un jour où chacun pouvait s’entraîner seul.

─ J’aimerai en apprendre plus sur toi, apprendre à te connaître, si tu es d’accord bien sûr ?

Kamui s’était longuement confiée à Hideko lors de leur première entrevue alors même que la jeune femme n’avait pas dû lui faire la meilleure impression. Kamui cachait quelque chose mais Hideko ne pouvait pas non plus sauter dans le plat ; aussi, elle accéda à sa demande afin de pouvoir engager la conversation et en apprendre plus sur les raisons de son tiraillement.

─ Oui bien-sûr, je vous écoute.

L’invitation était directe, mais elle avait l’avantage d’être clair.

─ Qu’est-ce qui t’a poussée à devenir shinobi ?

Hideko réfléchit à ses motivations, se remémorant la conversation qu’elle avait eu avec le Raikage, le premier jour de son entrée à l’académie.

─ M’engager dans l’armée c’était m’engager pour ma liberté et ma survie.

Son ton était sec bien qu’elle ne voulait en rien être agressive. Répondre à cette question la ramenait indubitablement à son traumatisme. Aussi, afin de ne pas reproduire l’erreur qu’elle avait fait la première fois – répondre agressivement à son interlocutrice – elle renchérit.

« J’ai eu un grave accident avant de m’engager, celui-là même où j’ai perdu mes parents. J’ai été hospitalisée pendant des mois à la suite de ça et j’ai mis beaucoup de temps à me rétablir. »

Les cicatrices sur ces jambes témoignaient de ce douloureux passé. Cela ne passait jamais inaperçu et Kamui devait faire le lien entre ses dires et les marques sur son corps.
Hideko racontait son histoire avec une certaine distance émotionnelle, palpable dans le ton froid qu’elle employait.

« Pour autant, même si ce fut terrible, c’est aussi grâce à tout ça que je suis libre aujourd’hui. Je n’ai jamais eu la possibilité de faire un seul choix dans ma famille. C’est par leur mort, par ce drame, que je suis aujourd’hui libre. Afin de ne plus jamais revivre ça, j’ai décidé de m’engager pour devenir plus puissante, plus forte et protéger cette liberté ainsi que ma petite-sœur. Pour moi c’est une question de survie. »

Kamui resta silencieuse, écoutant avec attention l’histoire de la jeune femme. Toutes deux marchaient toujours, suivant le fil de l’eau.

« Vous savez, j’ai eu la chance de rencontrer le Raikage lors de mon entrée à l’académie. Il m’a demandé quel est le rêve que je poursuis et pourquoi je m’engageais pour le village. Je lui ai répondu la même réponse qu’à vous : pour être libre, indépendante et protéger cette liberté. Mais depuis ce moment j’ai beaucoup réfléchi. Je pense que c’est aussi une manière simple pour moi de trouver un sens à ma vie. J’ai toujours pu maîtriser le chakra : je fais partie du clan Metaru et je suis donc capable de manipuler le métal sous toutes ses formes. L’armée vous donne un toit, un cadre, des habitudes, une raison de vous battre, paye vos soins, votre nourriture,… L’armée était la réponse la plus simple et la plus évidente que j’ai trouvée. »

Cette réflexion elle l’avait menée tout au long de ces deux derniers mois, tous deux riches en événements et en rencontres. Ces rencontres l’avaient amenée à se questionner et à en apprendre plus sur elle-même.

« L’armée m’a donc donné la possibilité de devenir puissante afin de me protéger et protéger Aya. Pourtant… j’ai bien conscience qu’en agissant ainsi je me lie aussi au village, avec des chaînes qui seront présentes toute ma vie. »

On ne peut résigner de son statut de shinobi librement sans en subir des répercussions. Plus Hideko deviendra puissante, plus elle en apprendra sur le village, ses institutions, ses membres : des secrets qui feront d’elle une cible et aussi un atout précieux. Pour autant, cela la liait également au village qui ne pourrait plus la laisser partir si elle le désirait, trop soucieux des secrets qu’elle pourrait divulguer.

« Et je dois vous avouer que je n’ai pas encore trouvé de réponse à ça. Je ne sais pas ce que je ferai à ce moment-là : quand les responsabilités que j’aurai risqueront de m’ôter cette liberté durement acquise. Je veux devenir forte pour défendre cette liberté, mais je sais qu’en le devenant je prends aussi le risque de la perdre. »

Ce paradoxe la tourmentait, comme en témoignait cette divagation qui n’avait aucun rapport avec la question première de son interlocutrice.

« Mais je m’égare beaucoup trop. »

Kamui lui sourit, posant sur elle un regard réconfortant.

─ Nous avons tous nos questions. Tu t’en poseras toute ta vie et parfois tu n’arriveras pas à y apporter des réponses. Moi-même j’ai des questions auxquels je n’ai jamais pu répondre.

Le ton de sa voix se fit fébrile, le sujet paraissant sensible. Hideko savait ce qui avait poussé Kamui à devenir shinobi : protéger ceux qu’elle aimait. La vieille femme lui en avait déjà longuement parlé lors de leur première rencontre.

« Et comment comptes-tu t’y prendre ? Devenir puissante. »

Cette question était bien moins simple à répondre, tant les possibilités étaient infinies. Pour autant, Hideko avait passé beaucoup de temps à y répondre, se l’étant déjà posée elle-même à de maintes occasions. Elle y avait donc en partie réponse.

─ Je pense que la puissance, c’est la connaissance et les arts shinobis. Je n’ai jamais reçu une vraie éducation, passée la petite école. Depuis que je suis arrivée ici, j’essaye d’en apprendre autant que je peux sur le monde, les shinobis, tout.

Car sans la connaissance, même la personne la plus forte peut se faire battre ou se faire piéger par quelqu’un de plus malin qu’elle.

« Pour les arts shinobis je me concentre pour l’instant sur le Ninjutsu et le Taijutsu. Je m’intéresse aussi beaucoup aux invocations. »

Cette réponse n’était pas dénuée d’intérêts, Kamui étant la détentrice d’un pacte animal. Hideko le savait et espérait qu’elle puisse lui enseigner ce savoir et elle aussi trouver une race avec qui lier un pacte.
Cependant, Kamui avait en tête une idée bien différente d’un simple enseignement en la matière. Réconfortée par les dires de Hideko, elle commença à avancer ses pions.

─ Un kuchiyose ?! C’est le fait d’avoir rencontré Naomori qui t’a rendu curieuse ?

─ Non, je le suis depuis que j’ai découvert cela à la bibliothèque, dans un livre sur le sujet. Je trouve cela fascinant, le fait de pouvoir se lier avec un être intelligent différent, combattre, que chacun puisse palier aux faiblesses de l’autre.

Hideko voyait cela comme une harmonie se créant entre deux êtres afin de parvenir à un même objectif. Un échange qu’elle désirait engager et nourrir, comblant inconsciemment le manque d’affection, d’attention et de relation qu’elle avait eu durant toute sa jeunesse.

─ Et est-ce que tu as trouvé l’animal ou la race avec qui tu souhaites te lier ?

Kamui eut un petit sourire en coin qui mit la puce à l’oreille de Hideko.

─ Pas encore. Je n’en ai jamais eu l’opportunité.

Ses derniers mots étaient une invitation à Kamui d’aller plus en avant et proposer son idée, maintenant bien claire aux yeux de Hideko. Cette première ne se fit pas attendre plus longtemps.

─ Est-ce que tu serais intéressée par le pacte des caracals ?

Hideko prit le temps de peser sa réponse. Elle désirait obtenir un pacte et l’opportunité qui se présentait était rêvée. Aucune raison ne la poussait à refuser, pour autant, elle désirait connaître les raisons qui poussaient Kamui à agir ainsi. Hideko s’arrêta prêt d’un petit bosquet, l’eau clapotant à côté d’elle, elle fit face à Kamui.

─ Oui, ce serait un honneur. Mais puis-je vous demander pourquoi moi ? Et pourquoi maintenant ?

─ Je vais commencer par répondre à ta deuxième question car c’est le plus simple. Dans un mois, jour pour jour, ce sera mon soixante deuxième anniversaire. Jamais je n’aurais pensé atteindre un âge aussi avancé, rares sont les shinobis qui y parviennent. Mais c’est le cas. Pourtant je sens que je fatigue. Je suis heureuse de la vie que j’ai menée et que je mène aujourd’hui, mais je fatigue.

Ses traits se muèrent, révélant une profonde tristesse.

« Avant de partir je souhaite passer mon lègue, enseigner à quelqu’un le pacte des caracals. Cela fait longtemps que je recherche cette personne, mais je n’ai jamais trouvé. Évidemment il y a des shinobis talentueux, puissants, intelligents… mais je n’ai jamais eu cette intuition que j’ai ressenti avec toi lors de notre première rencontre. Nos histoires sont très similaires. Moi aussi j’ai perdu une partie de ma famille, quand j’étais un peu plus jeune que toi et moi aussi j’ai désiré cette puissance dont tu parles. Je peux dire que je me revoie un peu en toi, avec beaucoup d’années en moins. Ce pacte, ces animaux, ces amis, ce sont eux qui m’ont permis de survivre à tous ces combats, toutes ses épreuves. Ils m’ont protégée et en retour je les ai protégés. Aujourd’hui quelqu’un doit me remplacer et je pense que tu as les qualités adéquates, Hideko. »

La jeune femme fut touchée par ce discours. Elle n’était de base pas habituée aux compliments, vu qu’elle n’en recevait que depuis quelques mois, mais qu’une personne la fasse sentir un tant soit peu exceptionnelle ; cela lui procurait un sentiment étrange, un mélange de joie et de gêne.

« Tu n’es pas obligée de me répondre aujourd’hui, je peux comprendre que tu aies besoin de réfléchir à tout cela. Sache aussi que ce ne sera pas simple. Je souhaite que tu me succèdes, mais ils doivent aussi t’accepter et pour se faire tu devras passer une épreuve difficile. Si tu y arrives et seulement si tu y arrives, tu pourras signer ce pacte de ton sang. »

─ Je comprends, je pense. Je n’ai pas besoin de plus de temps pour y réfléchir, comme je vous l’ai dit, ce serait un honneur pour moi que de pouvoir combattre avec eux. J’espère cependant que j’arriverai à prouver que j’en suis digne.

Le visage de Kamui s’éclaira, un sourire illuminant ses traits.

─ Pour cela je ne me fais pas trop d’inquiétudes. Tu as le potentiel, tu dois juste arriver à le montrer.

Ainsi Hideko s’engageait dans la voie que lui proposait Kamui. De deux inconnues qui s’étaient rencontrées par un jour fortuit, elles s’étaient rapprochées par le destin. Hideko avait tout de suite ressenti quelque chose de spécial à son égard. Ce qu’elle avait d’abord prit pour du respect, bien que flou, prenait sens en cet instant. Hideko désirait un mentor, un mentor qui lui permette de progresser et de parvenir à combler ce déficit de confiance en elle qu’elle avait. Or ce mentor c’était présenté à elle. Kamui, elle, désirait trouver une élève pour passer son enseignement à la génération future et que ne soit pas perdu le fruit du travail acharné de sa vie. Cette élève, elle semblait l’avoir trouvé en Hideko.
Toutes deux restèrent en ce lieu plusieurs heures, échangeant des anecdotes à propos de leur vie. Pour la première fois, Hideko s’ouvrit sans ressentir de gêne, simplement par envie. Elle lui parla de son passé, sa jeunesse jusqu’à son accident, traumatisme qui la tourmentait encore profondément.
La nuit tombée, chacune rentra dans sa demeure. L’épreuve que Hideko devait suivre se déroulerait à l’extérieur du village. Un genin n’a normalement pas le droit d’en sortir à moins d’être accompagné par un supérieur. Kamui, avant de prendre sa retraite à la fondation du village, était une juunin. Aussi, elle devait demander l’autorisation aux instances pour pouvoir faire sortir la jeune femme de l’enceinte. Dès qu’elle l’aurait obtenu, elle reprendrait contact avec elle afin de fixer un rendez-vous qui signerait le début de l’épreuve qu’elle devrait surmonter.

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Dim 7 Mar 2021 - 19:18

Kamui dut faire jouer ses relations pour obtenir l’autorisation tant souhaitée, mais après plusieurs contacts avec d’anciens collègues, elle y était parvenue. Ainsi, Hideko avait obtenu l’autorisation de sortir du village sous la tutelle de Kamui, qui serait donc responsable d’elle. Si jamais il arrivait quelque chose à Hideko, la vielle femme en serait tenue pour responsable.
Hideko reçut une lettre lui donnant un rendez-vous sept jour suivant cette autorisation. L’Académie était prévenue et la jeune femme avait donc le droit de s’absenter.
Arrivée au jour J, Hideko avait préparé tout le nécessaire face à la quête qui l’attendait ; son matériel de shinobi et un sac contenant de quoi dormir, manger, boire, se soigner, … Le point de rendez-vous se situait devant la grande arche. La jeune femme attendait là, seule tant l’horaire était matinal. Seul les gardes du villages étaient présents, les commerçants et autres civils qui empruntaient cette porte n’étant pas encore actifs.
L’anxiété l’avait progressivement envahie ces derniers jours, mêlés à de l’impatience et une envie de réussir la quête dans laquelle elle s’était engagée. Kamui ne lui avait pas donné plus d’informations concernant l’épreuve qu’elle devait passer pour se faire accepter et être digne de ces êtres. Devrait-elle les combattre ? Faire une course ou pister une proie ?
L’été toucherait bientôt à sa fin, laissant place à l’automne et à ses vents et ses pluies. Pour autant, les beaux jours étaient encore bien présents et dureraient quelques semaines avant de se terminer. Avec un peu de chance, Hideko pourrait terminer avant que les pluies n’arrivent, ce qui pourrait grandement compliquer sa tâche.
Kamui arriva enfin. Hideko la vit arriver et toutes deux se saluèrent de la main, se souriant l’une l’autre.

─ Bonjour Hideko, j’espère que tu vas bien !

─ Bonjour Kamui, je vais bien, je vous remercie. Et vous ?

─ Très bien ! Ça fait longtemps que je ne suis pas partie ainsi du village… ça me rappelle quand je traversais le pays pour y réaliser des contrats. Je ressens toujours cette même excitation et je dois t’avouer que ça me fait très plaisir ! Mais trêve de bavardage, allons-y, nous avons un peu de route avant d’arriver à destination.

Toutes deux se mirent en route, suivant le sentier qui descendait du plateau où se trouvait Kumo pour rejoindre les routes plus en amont.
Leur course était rapide ce qui surpris Hideko, ne croyant pas que Kamui serait encore capable d’atteindre une telle vitesse.
La jeune femme avait envie de savoir où sa mentor la menait. Aussi, elle n’attendit pas bien longtemps avant d’engager la conversation.

─ Où allons-nous ?

─ Au nord, à la source du fleuve qui s’écoule à Datsu. Ce fleuve traverse la plus grande forêt du pays et prend racine dans les montagnes, d’où il prend sa source. Juste devant les montagnes, en amont dans les collines de conifères, c’est là que nous allons. Tu devras y réaliser une épreuve qui nécessitera que tu démontres toutes les qualités requises pour te faire accepter par eux. Ce sont des animaux solitaires, mais il existe un petit groupe qui accepte de vivre ensemble. L’endroit est introuvable sauf pour ceux qui connaissent le chemin.

Hideko écoutait avec attention les explications de Kamui. Certains mondes étaient en dehors de toute frontière tout en étant bel et bien présent dans le monde réel, peut-être celui des caracals étaient comme ceux-là : existants mais inatteignables pour ceux qui ne connaissaient pas la voie pour l’atteindre.

─ Nous allons passer par le nord de la chaîne de montagne, en la suivant sur ses flans. Nous prendrons la route qui va jusqu’à Datsu puis, arrivé au niveau de la forêt, nous quitterons la route pour nous y engager.

─ Combien de temps va durer le trajet ?

─ Nous pouvons y être d’ici trois jours, à cette allure. Nous ferons nos deux premières pauses nocturnes dans des auberges de passage, puis la dernière dans la forêt, en campant. J’espère que tu as bien pris ton paquetage !

Hideko acquiesça : elle avait suivi les enseignements qu’on leur donnait à l’Académie à la lettre, toujours partir préparée pour ne pas se laisser surprendre par une mission qui pouvait mal tourner.



Les deux premières nuits, les deux femmes s’arrêtèrent dans des auberges simples mais leur procurant un toit et un coucher confortable bien que rudimentaire.
La troisième nuit elles dormirent à la belle étoile, profitant du refuge qu’offraient les racines d’un grand arbre pour se protéger des regards et prédateurs.
A l’aube du quatrième jour elles parvinrent sur la zone indiquée par Kamui, au beau milieu de la forêt. Un léger vent soufflait entre les arbres, dont les branches dansaient au rythme des épines. Le sol était jonché par ces dernières, ce qui empêchait l’herbe de pousser : seuls quelques buissons parvenaient à s’extirper de cette couche orangée et s’élever vers la lumière.
La vieille femme observa les alentours, essayant de trouver un caracal parmi cette masse de tronc et de bosquets.

─ Maintenant nous attendons.

─ Nous attendons ?

─ Oui, nous attendons que l’un d’eux viennent vers nous.

Kamui se posa contre le tronc d’un arbre, Hideko l’imita, il lui faudrait prendre son mal en patience jusqu’à ce qu’un caracal ne vienne à leur rencontre.
Plusieurs heures passèrent, des heures qui se firent très longues tant la jeune femme était impatiente de passer aux choses sérieuses.

─ Est-ce que cela fait partie d’un premier test ?

─ Haha, en quelque sorte, on peut dire ça comme cela »

, dit Kamui en riant. Hideko ne comprit pas très bien où elle voulait en venir, mais rien ne servait à s’agacer et elle patienta donc encore plusieurs heures jusqu’à ce qu’enfin, un petite tête rousse ne fasse son apparition d’entre les bois.

« ─ Bonjour, suivez-moi je vous prie.

Toutes deux saluèrent le caracal et le suivirent jusqu’à une bâtisse construite à flanc de colline. Le bâtiment était d’un style ancien, avec son toit en arc de cercle dont les pointes s’élevaient dans le ciel. Un sentier en partait et longeait le fleuve, peut-être jusqu’à une route plus importante. Un chemin en pierre permettaient de monter jusqu’à la bâtisse qui, au fur et à mesure que Hideko s’approchait, prit l’aspect distinct d’un temple.
Hideko resta silencieuse, en respect de ce lieu inconnu et de ses codes tous aussi inconnus qu’elle ne voulait pas risquer d’enfreindre. De chaque côté du chemin était disposé des statues de caracals, tous plus prestigieux et dignes les uns que les autres.
Arrivée au sommet, elle distingua à droite de la bâtisse quatre rochers, chacun entourés d’une épaisse corde blanche. En leur centre était gravé sur le sol en pierre des inscriptions concentriques.
Le caracal les amena jusqu’à l’intérieur du temple, où ils furent accueillis par une sorte de prêtresse, toute vêtue de blanc et de rouge. Celle-ci les invita à aller dans ce qui faisait office de salle de prière et leur apporta un thé chaud.
Toutes deux prirent soin d’enlever leurs chaussures en cet espace qui avait tout d’un lieu de prière. Contre le mur du fond de la pièce était disposé un carré de rideaux de bois, derrières lesquels l’on pouvait à peine distinguer une grande masse brune.
Kamui alla se placer au milieu de la pièce, Hideko, prenant soin d’imiter chacun de ses faits et gestes fit de même. Elles s’accroupirent et après quelques secondes, le rideau se leva, laissant apparaître un caracal assit, bien plus gros que tout ce qu’avait déjà vu ou lu Hideko. Cet être avait une grâce et une prestance bien plus importante que Naomori et que celui qui les avait accompagnées jusqu’au temple.

─ Bonjour très cher, cela faisait longtemps que tu n’étais pas venue nous rendre visite, bien que nous eussions eu des nouvelle de la part de Naomori.

Le félin parlait d’une voix claire, assurée et très distinguée, laissant transparaître une certaine noblesse.

─ Je te remercie. Comme tu peux le voir, le temps a effectivement fait son œuvre.

Kamui semblait apaisée, contente d’être en ce lieu. Contrairement à ce qu’aurait pensé Hideko, elle et son interlocuteur ne se vouvoyaient pas, mais se tutoyaient comme deux bons vieux amis ; ce malgré tout ce cérémonial. Aussi Kamui devait vraiment être quelqu’un d’important pour eux et réciproquement.

─ Que nous vaut ce plaisir ? Qui as-tu donc amené avec toi ?

Les yeux du félins se tournèrent vers Hideko. Kamui lui fit signe de se présenter, ce qu’elle fit sans attendre.

─ Bonjour, je suis honorée de faire votre connaissance. Je m’appelle Hideko Metaru, shinobi de Kumo.

─ Si j’ai amené cette jeune femme c’est parce que j’aimerai lui transmettre le pacte qui nous lie. Je pense qu’elle en est digne et qu’elle sera le montrer.

─ Mmh.

Le caracal fixa longuement Hideko, la scrutant sous toutes les coutures. Il quitta sa posture assise pour se lever, s’avancer puis alla se poser devant elle, comme pour observer le moindre détail. Une minute s’écoula ainsi. Une minute d’un silence pesant et lourd. Toute l’attention étant concentrée sur Hideko. Après cette minute, le caracal, toujours assit devant Hideko, tourna la tête vers Kamui.

─ Si tu penses que c’est la bonne personne, nous ne pouvons que te croire. Pour autant, elle va devoir le prouver, comme tu l’avais fait en ton temps.

Il retourna son attention sur Hideko.

« Mais avant toute chose, j’aimerai savoir pourquoi vous souhaitez, jeune fille, lier un pacte avec nous. Nous avons toute confiance dans le jugement de Kamui, mais nous souhaiterions entendre vos motivations de votre bouche. »

La jeune femme prit le temps de peser chacun de ses mots avant de répondre à son interlocuteur félin, avec honnêteté avant tout.

─ Je souhaite devenir puissante pour protéger ce qui est cher à mes yeux : la liberté et ma petite-sœur. Mais je n’y arriverai pas seule, car je pense que seul on ne peut réellement rien faire. Aussi je souhaite me lier avec vous pour que nous puissions combattre ensemble. Je combattrai pour vous quand la situation le nécessitera, tout comme je l’espère, vous pourrez combattre avec moi quand la situation le nécessitera.

Un silence s’installa de nouveau, donnant à la scène toute la gravité qu’elle portait.

─ Intéressant. Comme tu le dis très bien, nous combattrions ensemble et pas pour toi, mais la réciproque est aussi vraie : tu ne combattrais pas pour nous, mais avec nous. Mais ce sont des détails.

Le caracal, dont le nom était toujours inconnu à Hideko, se releva et retourna sur son piédestal. Assis dessus, il s’adressa, la tête haute, à la jeune femme.

─ Nous sommes des animaux fiers, des prédateurs experts dans notre domaine. Pour nous prouver ta valeur, tu vas devoir montrer que tu peux nous égaler. Aussi, tu vas devoir chasser un oiseau rare qui vit dans les montagnes. Il ne descend dans la plaine qu’en hiver, le seul moment où nous pouvons le chasser. C’est un de nos mets préférés, mais aussi un des plus difficiles à chasser. Ses réflexes sont excellents, ses sens aiguisés. La montagne peut se montrer redoutable et tu devras donc traverser ces épreuves et nous l’apporter pour nous prouver que tu es digne de ce pacte.

Quoi de plus normal pour ce prédateur que de demander à Hideko de chasser une proie d’exception.

« Cet oiseau possède un plumage marron teinté de vert clair. Il est facilement reconnaissable grâce à son bec rouge et sa crête elle aussi rouge. Tu ne devrais pas pouvoir le confondre avec d’autres quand tu le verras, si tu arrives à en voir un bien sûr, termina le caracal d’une moue espiègle. »

De nombreuses inconnues étaient encore présentes : quel était le rythme de vie de l’oiseau ? De quoi se nourrissait-il ? Où vivait-il exactement ? Pour autant, tout cela devait faire partie du défi.

─ Combien de temps est-ce que je dispose pour en attraper un ?

─ Tu disposes d’une semaine.

C’était très peu, Hideko pensait qu’elle disposerait de deux semaines au minimum pour chasser sa proie. Cette annonce lui fit l’effet d’un coup de massue. Ainsi, à toutes ces difficultés venaient s’ajouter celle du temps. La jeune femme remercia son interlocuteur en s’inclinant et le rideau se baissa. Les deux femmes se relevèrent et furent conviées à se rendre dans une autre pièce, bien plus petite, où était installé deux bancs sur lesquelles elles s’assirent.
La traque ne saurait attendre, aussi, Hideko se prépara immédiatement, vérifiant qu’elle disposait de toutes les affaires nécessaires.
Kamui, assise à côté d’elle, l’encouragea de quelques paroles réconfortantes, sans lui donner de conseils. C’était à elle et à elle seule de trouver les solutions. Elle salua Kamui et la prêtresse, puis s’en alla, s’enfonçant dans la forêt en direction de la montagne.

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Metaru Hideko
Metaru Hideko

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Dim 7 Mar 2021 - 19:21

Au premier jour, Hideko se leva à l’aube, au rythme du levé du soleil. En pleine nature il était important de suivre le rythme naturel : se coucher et se lever au rythme des astres. Le corps reprenait naturellement ces habitudes et il était plus fatiguant autre chose pour l’esprit que de lutter contre.
Hideko éteignit le feu, replia les tissus formant la tente puis se mit en route vers les montagnes. Le soleil traversait péniblement le feuillage des pins, un léger brouillard imprégnait la surface, donnant au tout un aspect mystique et une fraicheur agréable.
La jeune femme arriva enfin sur les pentes, de plus en plus raides mais toujours aussi boisées. Les caracals étaient des animaux chassant beaucoup d’oiseau, surtout ceux dans les arbres ou à terre. Pour se faire, ils étaient capables de bonds impressionnants. Ces oiseaux devaient donc eux aussi se trouver en hauteur, dans les arbres, bien qu’ils dussent parfois descendre sur le sol pour se nourrir.
Bien qu’habituée à une vie nomade, Hideko n’était pas une chasseuse. Aussi, elle n’avait jamais attrapé aucun animal vivant de sa vie. Attraper un oiseau pourrait se révéler donc difficile, bien que grâce à ses capacités de shinobi, elle possède un avantage certain. Pour autant, si le défi consistait en une tâche aussi simple, c’était que la proie devait être à la hauteur du défi.
Pour avoir une vue surplombant le paysage, la jeune femme grimpa jusqu’à un petit plateau peu boisé. Derrière elle, la forêt continuait à s’élever jusqu’à plusieurs centaines de mètres encore, jusqu’à laisser place à la montagne et à une flore bien plus basse. Devant-elle, la pinède s’étendait à perte de vue. Les oiseaux chantaient, la forêt vivait, mais bien qu’elle parvienne à apercevoir quelques-uns de ses habitants, l’oiseau restait absent.


Deux jours passèrent, deux jours durant lesquels Hideko alterna les phases d’observation et de recherche. Pas une seule fois elle avait trouvé sa proie, pas un seul signe de sa présence. Plus le temps passait, plus la deadline s’approchait, plus l’anxiété la gagnait. Partie confiante, la jeune femme comprenait maintenant que la tâche serait bien plus difficile qu’il n’y paraissait. Il ne s’agissait pas seulement de trouver un oiseau au hasard et de l’attraper, mais d’en trouver un spécifiquement dans cette immensité boisée, sans aucun élément autre qu’une description physique en moins d’une semaine.
Fatiguée par ce rythme de traque, la jeune femme se permis une heure de repos, réfléchissant à une solution face à ce problème qu’elle pensait insoluble.
Vêtue d’une tenue longue afin de se protéger des branches et autres danger de la forêt, elle était posée sur un rocher, les yeux posés sur l’horizon. Elle saisit un petit cailloux à côté d’elle et le jeta dans le vide.

─ Comment je peux trouver ce foutu piaf ! Ils ne m’ont pas donné sa taille, mais il ne doit pas être bien grand. S’ils arrivent à le chasser, c’est que parfois ils doit être à leur portée, surtout quand il descend dans la vallée en hiver. En l’occurrence, il niche dans les hauteurs, mais plutôt dans les arbres ? Sur la roche ? Est-ce qu’il est seul ? Il mange quoi ? Comme je peux le trouver avec si peu d’informations…

A l’anxiété se succédait une certaine lassitude. Bien que patiente, c’était le spectre d’un échec qui faisait perdre à la jeune femme ses moyens. Rater une occasion comme celle-ci, qui ne se représenterait certainement pas deux fois, était hors de question.
Hideko avait remarqué que les moments où la forêt était le plus agitée était en début de matinée et en fin de journée. Le reste du temps, elle semblait paisible, comme si tous ses habitants dormaient dans l’attente d’un moment plus propice pour sortir et se nourrir.
La jeune femme devait changer de stratégie, sans quoi l’échec serait inévitable.
Au quatrième jour, Hideko se leva avant l’aube. Plutôt que de se placer sur un promontoire, elle se cacha dans un bosquet, complètement immobile, avec une vue relativement dégagé sur les bois qui s’étendaient devant elle. Elle y resta toute la matinée afin d’y observer les habitudes des oiseaux. Ceux-ci pouvaient être classés en deux catégories : ceux qui se nourrissaient en hauteur et ceux qui se nourrissaient au sol. L’objet de sa chasse devait donc logiquement en faire partie. Si elle parvenait à déterminer ce quel était ses habitudes alimentaires, peut-être parviendrait-elle à en attraper un.
Le soleil atteignant son zenith, Hideko sortit de sa cachette et pris un repos bien mérité au campement qu’elle avait installée. La description de l’oiseau que lui avait donné le caracal ne comportait aucun caractère qui lui permettrait de classer.
Lui vint à l’esprit de créer un appât, non pas pour attraper l’oiseau, mais en faire venir le plus possible afin de pouvoir enfin en observer un. Afin que les autres animaux ne puissent pas y voler la nourriture, celui-ci devrait se trouver en hauteur et non accessible depuis les arbres. Les oiseaux se nourrissaient principalement d’insectes et de fruits. Il ne lui était clairement pas possible de récolter des insectes en assez grande quantité, mais il lui était possible d’entasser des fruits. Dans une forêt telle que celle-ci, la tâche pouvait cependant s’avérer compliquer.
Il lui fallait prendre une décision. Soit elle changeait de lieu afin de récolter les fruits nécessaires pour faire son appât, soit elle restait et pariait sur ses chances. Si c’était un oiseau insectivore, le piège ne marcherait pas, mais elle aurait un indice supplémentaire pour trouver sa proie.
Hideko réfléchit quelques instants, puis décida de tenter sa chance avec les fruits. La récolte lui demanderait toute la journée : si elle partait maintenant elle pourrait atteindre les flans, dont la faune était plus diversifiée, d’ici quelques heures et y récolter des fruits et des baies pour revenir avant le coucher du soleil.
La jeune fille s’effectua donc, descendant la montagne à pas de course puis, arrivée dans un environnement différent, s’évertua à récolter toutes les baies et les fruits qu’elle trouvait, les plaça dans un simple tissu fermé au sommet par une corde, puis retourna à son campement avant que la nuit ne tombe.
La récolte avait été bonne : elle devrait installer son piège dès le lendemain matin, avant le réveil des oiseaux et essayer de chasser tous ceux qu’elle ne désirait pas pour espérer trouver le bon.
Arrivée à son campement complètement épuisée, elle ralluma un feu et pris soin de bien protéger sa récolte en fermant son sac afin que les insectes et autres petits animaux ne la dévorent entièrement durant la nuit. Une fois rassasiée, elle se coucha immédiatement. La fatigue croissante due à l’environnement sauvage dans laquelle elle vivait n’irait qu’en empirant, mais ce n’était pas tant cette fatigue que les deux jours qui lui restaient qui l’inquiétait. Elle devait faire vite et efficace, le temps pressait.


Au cinquième jour elle se leva à nouveau avant l’aube. Elle se replaça au même endroit que la veille et créa entre la cimes des arbres une boîte en métal percées de fentes afin que les oiseaux puissent y pénétrer, mais pas les mammifères ou autres animaux trop gros. Hideko y déversa l’entièreté de sa récolte et se plaça à nouveau dans le petit bosquet qui lui servait de cachette. Elle se lia à la boîte par un fil en métal très fin, par lequel elle pouvait faire passer son chakra.
Le soleil s’éleva lentement dans le ciel, les heures passèrent durant lesquelles une succession d’oiseaux, tous plus beaux les uns que les autres, se posèrent et grignotèrent le buffet ainsi disposé pour eux.
Alors que le zenith approchait, enfin l’oiseau tant attendu fit son apparition. Le petit être se posa d’abord à la surface de la caisse, bougeant sa tête frénétiquement pour surveiller qu’aucun prédateur ne le menaçait, puis après quelques instants il y pénétra pour commencer à se repaître de ce qu’il restait. Immédiatement, Hideko activa son piège : elle effectua une série de mudras et les fentes se fermèrent – lui laissant juste de quoi respirer – enfermant la petite bête à l’intérieur.

─ Oui ! Enfin, je t’ai eu !

Aussitôt, la jeune femme alla confirmer la bonne santé de l’oiseau, ainsi que la description physique. Pendant plusieurs secondes elle scruta le petit être qui se débattait pour trouver une sortie de la cage, sans succès. Sa proie confirmée, elle prit la caisse d’une main et alla à son campement. Elle rangea toute ses affaires, reprit son paquetage et se dirigea vers le temple des caracals.


Au coucher du soleil du cinquième jour, Hideko avait accompli le défi avec succès. La jeune femme fut accueillie par une Kamui ravie et la prêtresse du temple qui l’amena aussitôt dans la grande salle puis qu’elle puisse montrer au maître des lieu – le caracal – l’objet de sa chasse.
Hideko plaça la cage devant le rideau, qui s’éleva, laissant apparaître le caracal qui la huma aussitôt.

─ C’est bien ce que nous t’avions demandé, félicitations.

La jeune femme laissa apparaître un grand sourire

« Pour réussir cette chasse, tu as du faire preuve d’intelligence, de sens aiguisés, de bons réflexes et d’une bonne dose de patience : c’est exactement ce dont nous devons faire preuve pour réussir à attraper nos proies. Aussi, tu es digne du pacte des caracals. Mais prends garde, ceci n’était que le test d’acceptation : tu devras surmonter de nombreux autres défis pour gagner la confiance des autres pour que vous puissiez combattez ensemble. Tout cela est loin d’être terminé, bien au contraire : ça ne fait que commencer. Moi, Gotokuneko, je te nomme amie des caracals. Puissions-nous combattre ensemble face à l’adversité pour protéger ce qui nous est cher ! »

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