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Le royaume des caracals [Solo - Kuchiyose]

Metaru Hideko
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Jeu 11 Fév 2021 - 19:05

L’air était froid. Ses crocs de givres pénétraient les chairs sanguinolentes de la jeune femme. Les ténèbres de la nuit ne laissaient passer aucune lumière. Seule la lune se dressait dans le ciel pour éclairer le chemin des âmes égarées. L’herbe rugueuse, humide, entaillait la fragile peau de Hideko. Les cailloux étaient tels des lames, se cachant sous les mottes de terres pour mieux la lacérer à son passage. De tout son être, de toutes ses forces elle rampait. Un bras après l’autre, elle enfonçait ses mains dans la terre humide pour se tirer sur le sol. Elle regardait en arrière, ils se rapprochaient. Elle avait beau ramper, la distance qui la séparait d’eux ne faisait que se réduire. Les hommes en noir la rattrapaient, ils allaient la trouver. Elle devait fuir, se lever et fuir, mais ses jambes se dérobaient. Son corps tout entier la trahissait. Elle était seule, désarmée, à leur merci.
Hideko se réveilla en sursaut en plein milieu de la nuit. Tout son corps était moite. Les gouttes de sueur perlaient sur son front ; elle peinait à ouvrir les yeux. La lumière lunaire pénétrait par les interstices des volets en bois de sa fenêtre. Le jour ne s’était pas encore levé. Hideko se redressa et s’assit sur son matelas. Ses draps étaient humides et l’air lourd. Elle posa sa tête entre ses mains. Elle prit une profonde inspiration et tenta de se calmer. Les battements de son cœur résonnaient dans ses oreilles.

─ Ce n’était qu’un cauchemar, rien de plus.

Elle se répéta la même phrase plusieurs fois afin de retrouver un semblant de sérénité puis se leva. Elle se dirigea vers la salle de bain pour se rafraîchir. Ses mains vinrent former une coupe pour s’asperger le visage d’eau fraîche. Plusieurs fois elle répéta le même geste avant de fermer le robinet. Elle saisit une petite serviette juste à sa droite et s’épongea légèrement. Bien qu’il fasse noir, elle pouvait deviner ses traits fatigués dans le miroir. La journée serait difficile dans un tel état, mais ce n’était pas la première fois.
Depuis son accident, Hideko faisait souvent le même cauchemar. Elle se retrouvait dans le champ où elle avait échappé aux brigands, mais cette fois-ci elle se faisait attraper. Son cauchemar n’avait aucun sens puis qu’elle leur avait bel et bien échappé. De plus, ils avaient été arrêtés lorsque le village avait envoyé des soldats enquêter. Ces shinobis avaient sauvé Aya, mais elle ne pouvait cesser de rêver à ce qu’il aurait pu advenir d’elle s’ils l’avaient retrouvé ce soir-là.
Elle se rassit sur le bord de son lit, resta quelques instants ainsi, puis s’allongea. Le sommeil finirait bien par revenir. Tout du moins elle l’espérait.


Son réveil sonna. Hideko le tapa violemment afin de le faire taire. Elle ne savait pas combien d’heures elle avait passé à chercher le sommeil avant de le trouver. Beaucoup, si elle se fiait à son impression de s’être endormie il y a seulement cinq minutes. La jeune femme resta allongée sur son lit, lézardant plusieurs dizaines de minutes avant de se lever en sursaut. Dents, cheveux, vêtements, tout cela en moins de cinq minutes ; elle saisit une brioche fourrée qui traînait sur sa table, son sac de cours et sortit en courant de son appartement. Avec un peu de chance elle arriverait en cours à l’heure.
Hideko traversa la ville en courant et en bondissant, passant par quelques raccourcis qu’elle connaissait sur les toits. Lorsqu’elle parvint dans sa salle de cours la sonnerie retentissait à peine. C’était juste. Elle alla s’asseoir sans attendre et sortit les affaires de son sac. Le cours portait sur l’anatomie du corps et les nœuds chakratique. Connaître le corps était essentiel pour un shinobi : grâce à une connaissance approfondie des points faibles et des points forts de la composition humaine, il pourrait ainsi prendre l’avantage sur son adversaire. Hideko se concentra autant que possible sur son cours et nota tout ce que le professeur racontait. Le sommeil la tiraillait, mais il était hors de question de louper quoi que ce soit.
Quatre heures plus tard sonnait l’heure du déjeuner. Une pause d’une heure qui laisserait place à une séance d’entraînement au kunaï. Hideko n’était pas la plus habile avec les armes de jets et elle peinait à atteindre les cibles. Le kunaï étant l’arme de base du shinobi, elle faisait de son mieux pour progresser en la matière. Hideko prit ses affaires et alla rejoindre un petit groupe d’amis qu’elle s’était faite dans les promotions supérieures. Des shinobis qui étaient plus jeunes qu’elle, mais plus vieux que ceux avec qui elle étudiait. Il était plus facile de converser avec eux, la différence d’âge se faisait moins sentir. Les promotions ne se suivaient pas forcément à l’année près : plusieurs années pouvaient séparer deux promotions. Ainsi, des shinobis n’étaient pas diplômés tous les ans mais tous les deux ou trois ans, voir plus quand les volontaires n’étaient pas assez.
Elle s’installa dans la cafétéria et discuta de banalités avec ses amis. Leur entraînement commençait avant le sien, ils quittèrent donc la table et Hideko dût finir son déjeuner seule. Les cuisines se vidaient, le temps passait et la jeune femme était toujours installée à sa table. Une membre du personnel de cuisine s’approcha d’elle et l’observa. Elle lui posa la main sur l’épaule et la secoua légèrement. Hideko sursauta, désemparée, ayant perdue toute notion de la situation. La femme lui expliqua qu’elle s’était endormie et que les entraînements allaient bientôt commencer. Hideko la remercia et saisit son plateau, mais elle fut interrompue par son interlocutrice qui lui proposa de laisser son plateau sur la table afin de rejoindre son groupe. Hideko la remercia et s’en alla rapidement vers les terrains d’entraînement, sans oublier de prendre son sac. Sans elle, la shinobi aurait été en retard et aurait dû subir les remontrances toutes justifiées de son professeur. Elle avait eu de la chance et ne manquerait pas de remercier sa sauveuse comme il se devait la prochaine fois qu’elle la verrait. Un autre jour.


Le lendemain, Hideko retrouva ses camarades installés à la même table. La jeune femme profita de leur compagnie avant de les voir, à nouveau, quitter les lieux avant elle.
Son regard balaya la salle à la recherche de la vieille femme qui, la veille, lui avait évité un retard certain. Son visage lui revint à l’esprit : elle devait avoir la soixantaine, les cheveux gris, le visage ridé mais souriant ; qui avait ce quelque chose de réconfortant dont seules les personnes âgées avaient le secret.
Hideko n’aimait pas se faire remarquer, surtout en mal ; traces évidentes de l’éducation de son père. La jeune femme ne supportait pas qu’on puisse lui reprocher quoi que ce soit. Il l’avait tellement conditionné à se vêtir, marcher, parler, se conduire d’une manière précise que tout était nouveau pour elle. Cette liberté fraîchement acquise était une découverte perpétuelle, mais les situations où elle se sentait mal à l’aise étaient nombreuses. La vieille femme lui avait épargné une situation de ce genre et elle lui en était infiniment reconnaissant.
Sa sauveuse ne semblait pas être de service aujourd’hui. L’heure de l’entraînement approchant, Hideko se décida à aller demander à un membre du personnel quels jours elle travaillait.
Elle rangea son plateau puis interpella un homme qui se tenait là, en train de s’occuper d’autres tables. Après une rapide description, l’homme reconnut de qui elle parlait mais lui indiqua qu’elle n’était pas de service aujourd’hui. Cependant, elle le serait le lendemain.


Après son entraînement, Hideko passa à l’hôpital pour rendre visite à sa petite sœur. Ces dernières semaines, elle avait enchaîné deux missions coup sur coup. Elle avait donc dû s’absenter deux fois consécutives et elle savait que son absence pesait énormément à Aya. La petite fille avait besoin de sa grande sœur.
Arrivée devant la porte, elle toqua trois fois puis entra. C’était là leur petit code pour qu’Aya puisse la reconnaître.
La petite fille sourit à sa vue, mais le cœur n’y était pas : ses traits juvéniles étaient tirés et sa peau pâle. La première séparation avait déjà été difficile, mais la seconde avait laissé des traces. Depuis son retour, Aya était différente : triste, distante. Hideko s’approcha d’elle, posa son sac à côté de son lit et la prit dans ses bras. Aya lui rendit son affection. Elle restèrent ainsi plusieurs secondes, puis Aya se recula. Hideko en fit de même, sa main vint caresser délicatement la joue de la petite fille.

─ Comment est-ce que tu vas aujourd’hui?

─ Ça va. Et toi ?

─ La routine ! Ce matin j’ai étudié et cet après-midi c’était entraînement. J’ai encore tellement à apprendre… Je perds encore très souvent en combat face à mes camarades de l’académie. J’ai essayé de retrouver la femme qui m’avait réveillé hier, tu sais, je t’en avais parlé hier soir. Donc cette femme n’était pas de service aujourd’hui, mais elle devrait normalement l’être demain. Je pourrai donc la remercier comme il se doit. Peut-être que je pourrai lui offrir quelque chose ? Bon c’est peut-être un peu trop… On ne se connaît pas et elle m’a juste évité d’être en retard, mais tu sais comme je déteste me faire remarquer comme ça.

─ Mmh. Tu pourras la voir demain alors.

Hideko, voyant que la réaction froide de sa sœur voulait essayer d’en savoir plus sur son état.

─ Et toi ? Comment tu te sens Aya ?

─ Ça va je t’ai dit.

─ Tu veux pas m’en parler un peu ?

─ Ah, parce que tu t’intéresse à moi maintenant ?!

─ Mais enfin... qu’est-ce qui ne va pas Aya ? Ça fait plusieurs jours que tu ne me parles plus… je vois bien que ça ne va pas. Tu ne veux pas me le dire ?

─ ...

─ C’est parce que je me suis absentée aussi longtemps ? Je suis désolée mais je ne peux rien y faire. Les ordres sont les ordres, je devais y aller et la mission a été plus longue que prévue.

Aya ne savait pas que Hideko avait effectuée deux missions, raison de son absence prolongée. Hideko avait préférée ne pas la voir lors de son retour, vu qu’elle était partie deux jours après, afin de ne pas à nouveau lui faire subir ce choc. Elle lui avait juste envoyé une lettre expliquant que sa mission allait durer plus longtemps et qu’elle tarderait donc à revenir, tout en la rassurant sur son état.

─ C’est comme avec père.

─ Hein ?

─ C’est comme avec père ! Tu ne fais qu’obéir !

Dit-elle furieusement.

« Tu disais que tu voulais être libre de prendre tes propres décisions, mais tu ne fais qu’obéir ! Maintenant tu obéis au village ! Tu suis les ordres, tu n’en as rien à faire de moi ! »

─ Ne dis pas ça ! Tu sais bien que tout ça je le fais pour nous ! Il faut bien vivre et la paye nous permet à toutes les deux de vivre. Je peux payer les frais hospitaliers et louer l’appartement. Dès que tu seras rétablie tu pourras venir. Tu verras, c’est chez nous, tu pourras y faire tout ce que tu veux !

─ Menteuse ! Ce n’est pas chez moi ! De toute façon tu ne m’as jamais aimée, tu ne m’as jamais appréciée ! Tu m’as toujours ignorée… et ça recommence...

La petite fille fondit en larme. Hideko ne sut quoi répondre. Aya disait vrai, en parti : elle ne l’avait jamais aimée et elle l’avait toujours ignorée, avant le fatidique accident qui les avait séparées. Aujourd’hui Hideko voulait corriger ses fautes, elle voulait créer quelque chose avec Aya. Elle voulait se faire pardonner.

─ Ne dis pas ça… je t’aime petite sœur. C’est vrai, avant on n’était pas proches. Ce n’est pas de ta faute, c’est moi. Je t’en voulais de recevoir l’amour de maman alors que moi j’étais bloquée avec notre père. Je devais le supporter toute la journée… et je te voyais rester avec maman, sourire, rire... Je suis désolée. Tu n’y es pour rien, j’aurai du m’en rendre compte avant.

─ Tu n’es pas désolée ! Sinon tu ne me laisserais pas seule ! Pourquoi je ne t’ai pas encore rejoins à la maison ?! Parce que tu ne veux pas de moi !

─ Ce n’est pas vrai Aya. Les médecins te l’ont expliqué non ? Tu ne peux pas encore sortir, mais bientôt...

─ Non ! Ils disent toujours ça, tu dis toujours ça, mais ça n’arrive jamais ! Vous me mentez tous !

─ Aya...

─ Laisse moi tranquille ! Va t’en! Je ne veux plus te voir ! Laisse moi seule...

─ Aya...

Hideko eut beau essayer de la calmer, rien n’y faisait. La petite fille criait et hurlait. Une infirmière dans le couloir entendit ses cris et demanda à Hideko de sortir. D’autres personnes à blouses blanches entrèrent dans la chambre. Hideko resta là, devant la porte, immobile. Son cœur battait à tout rompre, la gorge prise, elle résistait pour ne pas craquer au milieu du couloir. Bouleversée par l’état de sa petite sœur, Hideko se mit en route vers la Grande Bibliothèque. Elle voulait fuir, fuir toute cette souffrance, fuir toute cette tristesse.
Arrivée devant l’imposant bâtiment qui se dressait juste derrière l’hôpital, elle y pénétra et alla prendre un livre sur une des étagères des bibliothèques. Qu’importait ce que cela pouvait bien être tant que ça l’occupait assez pour arrêter de penser.

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Jeu 11 Fév 2021 - 19:06

Les rayons du soleil traversaient les rideaux, réchauffant la pièce de toute leur puissance. Hideko ne parvenait pas à se lever : l’envie n’y était pas. La jeune femme avait quitté la bibliothèque très tard dans la nuit. L’appel des bras de Morphée se faisait sentir, mais elle ne parvint pas à trouver leur chaleur avant plusieurs heures. La nuit avait été courte, très courte.
Elle resta ainsi plusieurs minutes puis, pressée par le temps, se leva et alla se préparer dans la salle d’eau. Son regard vint s’accrocher à son reflet dans le miroir ; ses traits étaient tirés, son teint pâle, ses cernes bien visibles. Elle s’appliqua un léger fond de teint pour sauver les apparences puis s’habilla et s’en alla vers l’académie.
Rester éveillée fut un calvaire ; combattre le sommeil n’était pas chose aisée. Un combat de tout instant qui ne faisait que nourrir davantage son épuisement. Arrivée au repas de midi, elle déjeuna seule ce jour-là. Ses amis étaient en entraînement et elle n’avait pas le cœur à rejoindre un autre groupe.
De ses baguettes elle remua machinalement le riz qui reposait dans son bol. La faim n’y était pas, comme tout le reste. Sa tête posée contre sa main, elle attendait que le temps passe, que cette journée arrive à son terme.
Une femme l’observa de loin. Elle reconnut aussitôt la femme qui l’avait réveillée deux jours plus tôt. Hideko, perdue dans ses pensées, ne la remarqua pas venir vers elle.

─ Je peux ?

─ Euh, faire quoi ?

─ M’asseoir.

─ Euh oui, bien-sûr pardon.

Hideko était perdue. Elle mit quelques secondes pour reprendre ses esprits et reconnut enfin sa bienfaitrice.

« Oh, c’est vous ! Je voulais vous remercier pour avant hier… sans vous je serai arrivée en retard. »

─ C’est normal, je n’allais pas vous laisser là à vous endormir en plein milieu du réfectoire !

─ C’est vrai oui...

─ Mais dîtes-moi plutôt, est-ce que vous allez bien ? Vous m’avez l’air épuisée…

La gorge nouée, Hideko ne put répondre. Une action aussi sincère et humaine que celle de demander à quelqu’un qui allait mal comment il allait, aurait suffit à la faire craquer.

─ J’ai bientôt fini mon service. Si mes souvenirs sont bons, vous n’avez rien après, pas d’entraînement. Que diriez-vous de m’attendre ? On pourrait discuter un peu. Quoi que je ne sais pas si vous voulez discuter avec une vieille femme comme moi !

Hideko esquissa un sourire, tant le ton de son interlocutrice se voulait entraînant. Après tout, qu’avait-elle à perdre.

─ Pourquoi pas oui.

─ Attendez moi à l’extérieur, je vous rejoindrai quand j’ai fini.


Hideko attendait patiemment appuyée sur un mur du couloir. Pourquoi avait-elle acceptée l’invitation de cette inconnue ? Peut-être pour la remercier, se dit-elle ; ou peut-être car elle avait besoin de parler.
La femme sorti de l’autre côté du couloir et vint à sa rencontre.

─ Désolée pour l’attente, me voilà. Mais je ne me suis pas présentée ! Je m’appelle Kamui, et vous ?

─ Hideko.

─ Ne soyez pas gênée ! Suivez-moi, nous serons mieux dehors pour parler.

Hideko suivit Kamui jusqu’à l’extérieur de l’académie puis toutes deux s’engagèrent vers les terrains d’entraînements, derrières lesquels se trouvait un lac rarement fréquenté. Les cheveux grisonnants de Kamui tombaient sur ses épaules légèrement recourbées. Sa posture néanmoins était parfaitement droite, ne montrant aucun signe de faiblesse malgré son âge avancé. Hideko, embarrassée par le silence, décida d’engager la conversation.

─ Je vous remercie à nouveau pour l’autre jour, sans vous j’aurai été en retard, avec les remontrances qui vont avec.

─ C’est bien normal ! Ne vous en faite pas pour ça. Dites moi plutôt ce qui ne va pas !

─ Comment ça ?

─ Je t’ai vu, quand tu étais seule devant ton plateau. Ce regard, je le connais bien. »

─ Qu’est-ce que vous voulez dire ? Je ne comprends pas...

─ Je parle de votre inquiétude, vous pensiez à quelqu’un, quelqu’un qui vous est cher, avec beaucoup de tristesse.

Hideko resta muette. Pouvait-on lire en elle tel un livre ouvert ?

« Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais j’ai pensé que peut-être tu aurais besoin de parler un peu. Je connais ça, tu sais. Oh, je peux te tutoyer ? Si ça te dérange n’hésite pas à me le dire ! Toi aussi tu peux, pas de formalités entre nous ! »

La jeune femme se sentit comme insultée par de tels propos ; comment une vieille cuisinière bien à l’abri derrière ses fourneaux pourrait comprendre quoi que ce soit à ce qu’elle ressentait ?

─ Comment ça vous connaissez ça ? Vous ne me connaissez pas ! Qu’est-ce qu’une vieille femme comme vous peut connaître de ma vie ?

Kamui, surprise par la réaction agressive de Hideko, ne répondit pas immédiatement. Il était normal que la jeune femme la repousse, toutes deux ne se connaissaient pas et s’étaient à peine rencontrées deux jours auparavant. Elle se ravisa néanmoins et essaya de l’apaiser. Les deux mains en face d’elle, elle fit un mouvement de haut un bas comme pour baisser la tension de l’air qui s’était installée.

─ Tu as raison, excuse-moi…

Kamui donna un peu de temps à Hideko pour se calmer avant de continuer. Cette dernière, loin de l’être, n’avait qu’une envie : partir. Pourquoi avait-elle acceptée de parler à cette vieille femme qu’elle ne connaissait pas ? Elle le regrettait amèrement.
Toutes deux arrêtèrent leur marche près d’un arbre au bord de l’eau. Ses feuilles penchaient gracieusement vers l’horizon des événements sans le toucher, dansant délicatement au rythme de la légère brise qui soufflait.
Les yeux de Kamui fixèrent les montagnes par delà le lac. Le clapotis de l’eau apaisa légèrement le torrent de sentiments qui s’abattait sur la jeune femme.

« Tu dois te demander qu’est-ce qu’une vieille cuisinière comme moi peut bien connaître de ta vie, mais je n’ai pas toujours été derrière les fourneaux. »

Le sourire naturel qui habitait le visage de Kamui cessa d’être, laissant place à une gravité étrange.

« Il y a longtemps, je me battais sur les champs de bataille, comme toi. »

Ses traits s’assombrirent, rappelant à Kamui des souvenirs d’un passé révolu ; des souvenirs teintés de tristesse.

« J’étais Shinobi, bien avant la fondation de Kumo. Avant, à cette époque, les villages cachés n’existaient pas. Certains se battaient seuls, d’autres se regroupaient en organisations. Je faisais partis de ces derniers. Pas d’un clan, d’un groupe qui se battait pour le pays. »

La précision semblait importante pour Kamui. Elle semblait s’être toujours battue pour les autres, faisant passer le bien du pays et ensuite du village avant sa propre vie.

« A l’époque il y avait beaucoup d’affrontements entre les shinobis. Certains profitaient du chaos existant pour extorquer les gens normaux et les plus faibles d’entre nous. C’est contre cela que nous nous battions et c’est aussi l’une des raisons d’être de Kumo : protéger le plus grand nombre. »

Ces mots résonnèrent dans l’esprit de Hideko. Ces mots, elle les avait déjà entendus dans la bouche du Raikage, celui-là même qu’elle avait rencontré lors de son arrivée à l’académie.
Kamui se tut. Un silence pesant s’installa, les mots sortaient plus difficilement de sa bouche. Lourds, ils étaient chargés d’histoires.

« Enfin tu n’as pas connu tout cela, c’était il y a très longtemps. Je suis vieille maintenant, comme tu peux le voir. »

Le temps avait fait son œuvre et Kamui n’était plus en état de livrer les mêmes batailles que par le passé. Cependant, sa dévotion n’avait pas failli et elle aidait maintenant le village d’une autre manière. Hideko ressenti de l’admiration pour cette vieille femme qui, loin d’être pitoyable s’avérait être habitée d’une détermination sans faille.

« Des camarades, des amis, ma famille… Certains d’entre eux ne sont jamais revenus du champ de bataille. D’autres sont revenus mais ne s’en sont jamais remis. »

Ces derniers mots stupéfièrent Hideko. Ainsi était-ce ça qu’elle sous-entendait quand elle disait qu’elle comprenait ?
Kamui continua à parler, comptant à Hideko les récits d’un temps révolu. De nombreux silences marquèrent la conversation, ajoutant à la gravité de ses récits. La vieille femme avait vécue tant d’histoires, tant de péripéties…
Le temps passa, le soleil tomba peu à peu, la journée toucha à sa fin. Hideko ne prononça aucun mot. Elle écouta patiemment Kamui et ne l’interrompit pas une seule fois jusqu’à ce qu’elle eut fini.

─ Eh bien, il se fait déjà tard ! Les vieilles personnes comme moi, ça parle ça parle et ça ne s’arrête jamais, on ne se rend pas compte du temps qui passe !

─ Ne vous en faîtes pas pour ça. Vous ne m’avez pas du tout dérangée et… je suis désolée d’avoir été agressive.

─ Je comprends, c’est plutôt moi qui devrait m’excuser, je me suis mêlée de ce qui ne me regardait pas ! Mais j’espère que tu ne m’en tiendras pas rigueur.

─ Non, ne vous inquiétez pas pour ça.

Loin d’être ennuyée, Hideko ressentait un intérêt particulier ; une flamme venait de s’allumer.
La nuit tombait. La brise qui avait soufflé toute la journée s’intensifia, se muant en vent. La chaleur baissa et la morsure du froid vint rappeler les deux femmes à la réalité.

─ Il se fait tard, nous devrions rentrer. Tu m’accompagnes ?

─ Oui, avec plaisir.

Cette dernière réponse de Hideko eut un ton particulier. Sa colère avait disparu, laissant place à un profond respect pour cette guerrière d’un autre temps. Toutes deux s’engagèrent sur la route du village.
Sur le chemin du retour, la jeune femme aperçut une ombre massive se tenant en plein milieu du sentier. Il lui fallut quelques secondes pour reconnaître une sorte de gros chat roux aux oreilles pointus. Elle n’en avait jamais vu de tel auparavant et ne put retenir un léger sursaut.

─ Tiens, Hike, qu’est-ce que tu fais là ?

─ Bonjour Kamui ! Comme tu n’étais pas rentrée je t’ai cherché à l’académie et ta voix m’a mené jusqu’ici. Loin de moi l’idée de vous déranger, je vous attendais là.

Hideko fut bouche bée d’entendre un chat parler. Le félin se releva gracieusement et se posa sur ses pattes arrières, les pattes avant droites. Assit, il dégageait l’assurance et l’élégance dont seuls les félins ont le secret. Pour autant, il ne ressemblait pas à un chat normal. Sa taille, son allure, sa tête, tout était légèrement différent.

─ Mais, le chat parle ?

─ Est-ce que c’est moi que vous traitez de chat petite fille ? Je suis un Caracal !

La jeune femme fut d’autant plus stupéfaite de l’assurance dont faisait preuve ce nouveau venu. Loin de se démonter, il lui avait directement répondu, avec froideur mais sans agressivité.

─ Hideko, je te présente Naomori. Naomori, Hideko. Comme il vient de le dire c’est un Caracal, une espèce un peu différente des chats dont tu parlais. Mais ne t’inquiète pas, Naomori est très gentil.

Le Caracal resta de marbre, conservant la même élégance que depuis le début. Il fallut quelques secondes à Hideko pour comprendre ce qu’il était en train de se passer.

─ C’est un animal invoqué? Il est à vous ?

Kamui lui répondit immédiatement.

─ Il n’est pas à moi, on peut plutôt dire que nous sommes de vieux amis. Mais oui, c’est un kuchiyose.

Ses récits de guerres revinrent à l’esprit de Hideko. La jeune femme comprit soudain qui étaient les fidèles camarades dont parlait Kamui : des caracals. Ceux-là même qui l’accompagnaient sur les champs de batailles. Cette réalité la perturba. Elle comprit alors les paroles de Kamui, quand elle lui avait dit que grâce à eux, elle ne s’était jamais sentie seule, même dans les moments les plus durs.
Tous trois rentrèrent donc au village. Hideko put faire connaissance avec cet être étrange et partager quelques minutes encore avec Kamui. Triste de devoir les quitter, elle fut néanmoins ravie quand Kamui lui proposa de se rencontrer à nouveau chez elle, un jour prochain. Une invitation que Hideko accepta avec joie.

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