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Sur la Voie III

Nomura Ieyasu
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Dim 25 Avr 2021 - 16:27
Quitter la Vallée de l’Anarchie sans prendre de risques inconsidérés n’avait pas été une mince affaire pour le jeune épéiste, qui commençait à cumuler la fatigue et les petites blessures. Rien d’alarmant si il considérait chaque égratignures individuellement, mais leur succession rapprochée lui faisait payer leur tribu, qu’il le veuille ou non. Cette dernière entaille en particulier, que ce pillard lui avait infligé à l’aide d’un kunai nimbée de foudre, n’était pas prête de le laisser tranquille, en dépit des onguents rudimentaires et du pansement qu’il avait appliqué et déjà changé deux fois depuis l’escarmouche qu’il avait mené dans la vallée. Le temps ferait son œuvre et les herbes qu’il avait encore en stock lui permettrait d’éviter une quelconque infection, mais nul doute qu’à la moindre altercation supplémentaire, la plaie se rouvrirait pleinement et l’empêcherait de se battre avec tous ses moyens. Éviter une nouvelle embuscade, se tenir à l’écart des zones dangereuses, voilà la dernière résolution qui habitait le jeune Nomura en traversant toujours plus avant le Pays des Griffes.

Dans cette optique, ses pas bientôt le menèrent sans qu’il en ait conscience sur l’ancien théâtre des derniers grands événements, sur les terres dévastées de la Croisée des Valeureux. Si il crut d’abord naïvement se rapprocher d’une zone un tant soit peu peuplée, ses sens plus aiguisés qu’à l’accoutumée lui rapportèrent sans que le doute soit permis que, dans les bâtiments qu’il apercevait au loin, personne ne demeurait plus depuis bien longtemps. Des ruines, songea-t-il. Des vestiges d’un temps passé, cicatrices d’un monde rempli d’inégalités et qui avait déjà tant sacrifié sur l’autel du pouvoir et du soit-disant bien commun. Ieyasu, du bas de sa campagne de Tetsu, était longtemps resté aveugle et sourd à tous ces sujets et pour cause, encore aujourd’hui, c’était avant tout pour lui, pour sa famille, qu’il avait décidé d’embrasser la cause de l’Homme au Chapeau. Pas par bonté d’âme, pas par élan d’idéalisme, mais par pur pragmatisme égocentrique. Et si il admettait cela volontiers, même en cet instant, cela ne l’empêchait pas de voir peut-être pour la première fois de ses yeux, aussi clairement, ce que pouvait cacher ce monde de plus vil et abominable.

Explorant les ruines, se choisissant quatre murs à peu près intacts au milieu desquels faire une halte à l’abri des relents poussiéreux dragués par le vent chaud, le jeune bretteur repensa à son père, mort à la guerre. Il n’avait sans doute pas été le seul à perdre un parent, ce jour-là, lorsque les shinobis d’Iwa étaient venus réclamer la souveraineté du Fer. Pouvait-il, devait-il les blâmer ? Était-ce aussi la revanche, qu’il pouvait chercher à obtenir en choisissant la cause de Tôsen, sans vraiment se l’admettre ? Combien de personnes, au sein du Yuukan tout entier, pouvaient en ce cas avoir des raisons de se venger d’autrui… C’était sans fin, songea Ieyasu en mâchant énergiquement une ration de pain. Les Samouraïs d’antan, lui semblait-il, n’auraient pas laissé les querelles proliférer comme ça pouvait être le cas aujourd’hui. Le Seppuku… Cette tradition, d’apparence brutale et cruelle, avait imposé la poursuite de l’honneur et de l’estime de soi et des autres aux pratiquants du Bushidô pendant des siècles. Elle requérait courage et discipline, abnégation et respect. Et qu’était-elle devenue aujourd’hui… ? Son propre Shogun, celui-là même qui avait imposé à son père de rejoindre son armée, avait fui le champ de bataille, laissé ses hommes derrière lui, avait tenté de sauvegardé sa vie avant son honneur. Une disgrâce, qu’il n’avait pu tenté de réparer que grâce à ces mêmes shinobis qu’il avait combattu avec tant de véhémence.

Rien n’était simple, se dit Ieyasu non sans désarroi. A l’image de la nature humaine, qu’il ne cessait de découvrir un peu plus chaque jour, non seulement par les rencontres et les altercations… mais en se questionnant sur ses propres motifs.
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Dim 25 Avr 2021 - 22:47
Une maisonnée habitée, au milieu de terres aussi inhospitalières ? Ieyasu avait eu peine à le croire, mais cette chaumière qu’il avait aperçu au loin, et qui surplombait légèrement une vaste étendue aride et grisâtre, recelait bel et bien au moins quatre habitants. C’était, en tout cas, ce que ses sens lui avaient rapporté, et si la probabilité existait qu’il eut s’agit de brigands s’étant dégoté un petit coin au chaud d’où planifier leurs raids, quelques indices à l’extérieur, même de loin, laissaient clairement deviner le contraire. Le jour se levait à peine, mais les rayons de l’astre solaire illuminaient déjà quelques traces de végétation plus à l’ouest qui laissaient présager que cette région, une partie tout du moins, pouvait se révéler davantage propice à la subsistance d’êtres humains. Quant à savoir qui pouvait bien vouloir s’accrocher à ce genre d’endroit pour continuer à y vivre quoi qu’il en coûte, cela le Nomura l’ignorait totalement.

La curiosité l’avait poussé à se rapprocher de la maisonnée, à traverser une petite partie du no man’s land qui s’étendait devant elle, sur lequel elle dominait pour ainsi dire, mais rien ne le poussait à pousser plus avant son indiscrétion. Rien ne menaçait cette chaumière ou ses habitants, et sa route devait le mener plus loin à l’ouest : il commença donc à contourner le bâtiment et ses environs, mais alors que son regard se portait au-delà, un sifflement, léger mais ô combien identifiable parvint à ses oreilles. Par pur réflexe, il stoppa net, basculant maladroitement en arrière… et vit la flèche se planter au sol, là où il se serait tenu si il n’avait pas fait machine arrière. Son sang ne fit qu’un tour : sa main se porta au manche de son sabre, et son regard fila en direction de la chaumière, d’où le projectile trouvait manifestement son origine. Dans le clair obscur de l’aurore, il discerna alors deux silhouettes, celle d’un homme en chemisette, fermement campé contre une barrière en bois, ainsi qu’une femme en retrait à son côté. Dans la main de l’homme… une arbalète.

« A- Attendez, ne tirez pas ! »

Il dégaina son sabre, mais le tint haut et de façon inoffensive, le déposant de sa main unique sur le sol devant lui en fixant l’inconnu à l’arbalète qui se situait à bonne distance. Il ne rechargeait pas, mais ça ne voulait pas dire qu’il était sorti d’affaire pour autant.

« Je ne fais que traverser la Croisée, je ne vous veux aucun mal !! cria-t-il pour se faire entendre.
- Ah vraiment !!? Et ces armes, c’est pour faire joli !!?
- Je- Je cherche à rejoindre le Refuge ! Mettre ma lame au service du Ningen ! On… On peut parler !? »

Un instant passa, durant lequel Ieyasu n’aurait trop su dire si il s’apprêtait à essuyer un nouveau tir d’arbalète ou pas. Finalement, l’homme se redressa, puis lui fit signe dans la foulée en agitant son arme pour l’inviter à approcher. Le jeune épéiste, penaud, leva la main et la ramena au sol pour saisir son arme et la ranger dans son fourreau. Le plus gros de la tension semblait passée, depuis la mention qu’il avait fait du Refuge, mais il devait rester sur ses gardes, car si il y avait bien une chose qu’il avait appris en voyageant au Pays des Griffes… c’est que le danger pouvait survenir de partout. Et à n’importe quel moment.
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Lun 26 Avr 2021 - 22:36
Le malentendu, heureusement, avait été rapidement dissipé. L’afliction, ainsi que les traits juvéniles du bretteur avaient pu pour une fois jouer en sa faveur, et si il se félicitait que sa franchise ait été reçue pour ce qu’elle était. Assis à la table de la petite famille, composée du père, de la mère et de deux garçons, Ieyasu ne pouvait toutefois s’empêcher de se dire qu’un autre que lui, foncièrement mal intentionné, aurait pu arborer les traits d’un jeune homme tel que lui pour endormir la méfiance de ses hôtes. Dans quel but, il n’avait pas l’esprit assez mal tourné pour l’envisager, mais la possibilité, angoissante et anxiogène, était bel et bien là. De sa main gantée, le Nomura porta à la bouche le bol rempli de lait de céréales que lu avait servi la matrone, qui ne déméritait pas de droiture et de caractère face à son mari expert dans le maniement de l’arbalète. Le mélange avait un goût brut, sans concession, mais il recelait sans l’ombre d’un doute d’une quantité folle d’énergie propre à requinquer n’importe qui. Un repas de champion, dans ces contrées, pour bien commencer la journée.

« Merci, c’est vraiment gentil à vous, vous n’étiez pas obligé.
- Bah, se prendre un carreau d’arbalète vaut au moins ça va.
- C’est ma faute, je n’aurais pas du m’approcher comme ça. Habiter par ici… ça forcerait n’importe qui à devenir un peu parano…
- Nous ne sommes pas « paranos », intervint la mère de famille. Ces terres, ce sont les nôtres, celles dont notre famille a hérité. Nous veillons donc sur elles… et nous les défendons, c’est aussi simple que ça.
- ...Je vois, pardonnez-moi. Je ne connais rien de ce pays. Si ce n’est.. sa dangerosité. »

Il but quelques gorgées de plus du breuvage épais, passant négligemment son regard autours de la pièce de vie de la chaumière. Le père, la mine grave presque renfrognée, ne le quittait quant à lui pas des yeux en dépit du calme retrouvé dans tous les esprits.

« … Ton bras, garçon… tu l’as perdu ici ? A Tsume ? »

Ieyasu déglutit avec peine, se remémorant les événements qui s’étaient déroulés dans les ruines de Shîto, ainsi que tous ceux qui avaient suivi durant son périple d’est en ouest.

« Non, c’est…. Pour tout vous dire, c’est en combattant pour l’Empire du Feu, en tant que mercenaire, que j’ai essuyé cette blessure… Nous devions protéger des dépouilles, d’un puissant nécromancien, et… Oui, ce combat… m’a coûté cher. Par contre…. »

Il posa son bol sur la table, puis souleva les plaques d’armure sur son flanc gauche pour donner à voir à ses hôtes le large pansement fait par ses soins qui recouvrait une plaie vraisemblablement encore pas vraiment cicatrisée.

« … Je tiens ça d’un gars d’ici. Une embuscade dans la Vallée de l’Anarchie… Un certain Jizô, et son complice. C’est vraiment pas passé loin... »

Sans vraiment y penser, un léger sourire gêné au coin des lèvres, le jeune épéiste ramena les plaques de protection sur son flanc avant d’empoigner à nouveau son bol pour le porter à sa bouche. Ieyasu ne réalisa pas tout de suite que tout autours de lui, l’ambiance venait de se glacer. Et la main de l’homme, caleuse et ferme, l’attrapa soudainement au poignet.

« ...Jizô ? Tu as dit… Jizô ?
- Anata… son complice, ce serait…
- A quoi il ressemblait. Parle, Ieyasu !! Qui était l’homme avec ce Jizô, dis-le moi !! »

Estomaqué, ne sachant comment réagir, le jeune Nomura faillit en lâcher le bol. Pourquoi cette tension, si soudainement ? Jizô… Cette famille le connaissait vraisemblablement, mais ce n’était pas de lui qu’ils se souciaient, tous les quatre. Car c’était bien de l’inquiétude, la plus pure et inaltérable qui soit, qui venait de s’emparer de chacun des membres de la famille. Sur le moment, Ieyasu n’aurait su dire si il ressentait davantage de désarroi car il n’avait pas la réponse à la question qu’on lui posait… ou si il pressentait le pourquoi de ladite question. Car cet homme, qui qu’il ait pu être… il l’avait laissé, dans la vallée, avec pour seul réconfort un peu d’onguent pour panser sa plaie béante et espérer vivre quelques heures de plus. La sueur s’empara de son front, et de tout son être, Ieyasu voulut sortir de la chaumière. Mais à plus d’un titre… il ne le pouvait plus.
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