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Le marin et l'idiot

Okkoto
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Mer 9 Juin 2021 - 0:34

« Hola, le gueux ! »

Le marin ainsi hélé se retourna vers l’hurluberlu chevelu qui avait eu l’outrecuidance de l’interpeller ainsi. Le diable avait une dégaine à faire pâlir de jalousie les pires vagabonds du pays : ses vêtements étaient pour ainsi dire des loques, qui n’avaient certainement pas connu la caresse d’un lavage depuis des jours. Ses cheveux étaient dans un état tout pareil de crasse, d’autant plus visible qu’ils étaient d’une longueur terrifiante. Une crasse cependant insuffisante à masquer totalement l’étrange couleur pourprasse de la crinière. Par-dessus le marché, le type avait une expression qui n’augurait rien de bon. Le constat était net : c’était soit un ivrogne, soit un gros con.

Et, à la vérité, c’était les deux.

Tokage s’approcha de celui qui allait l’escorter, légèrement titubant, mais s’efforçant de marcher droit et d’avoir l’air sobre. Il arborait fièrement ses bandeaux frappés aux armes de Kiri, comme s’il s’était agi d’un laisser-passer, d’une marque de sa très haute importance. N’était-il pas un invité de marque de l’Empire ? Un visiteur que l’on devait couvrir de tous les honneurs, pour conserver les bonnes relations entre le Teikoku et Kiri ? Alors, hein ? Il pouvait bien se permettre, après tout, de se présenter légèrement éméché au bateau qui devait le ramener au bercail.

« Bien le bonjour mon brave. Je suis le sieur Tokage, de Kiri, et vous devez me servir de cocher pour rejoindre mes lointaines contrées par-delà les mers. Capiche ? »

Bien des choses furent exprimées dans le regard confus, mais duquel transpirait une certaine colère de se faire interpeller ainsi, du marin. La moindre n’était pas sa révolte. Mais que dire ? On l’avait payé assez grassement, c’était vrai, pour escorter un shinobi de la Brume vers chez lui. On l’avait choisi lui parce qu’il était un des meilleurs, qui connaissaient les recoins de la mer comme sa poche. Et pour cause : il avait fait des liaisons marchandes entre le Continent et Mizu no Kuni depuis sa prime jeunesse. Maintenant que ses tempes grisonnaient, il pouvait affirmer savoir les dangers de l’océan, particulièrement dans ce recoin du monde, et comment les éviter. Mais pour ce qui était des dangers de la terre, comme celui qui se tenait devant lui …

« … Z’avez pas d’affaires ?

-Eh, ça vous r’garde pas ! Et vous apprendrez que je voyage très léger. J’ai même pas pris de caleçon de rech- »

L’horrible révélation fut interrompue par un spasme chez Tokage. Son corps, qui semblait déjà désarticulé, fut parcouru d’un frisson comme un pantin dont on aurait laissé tomber les ficelles. Il se pencha en urgence derrière un tonneau voisin, et dégobilla ce qui lui restait dans l’estomac et qui avait ressenti le besoin urgent de revoir la lumière du jour. Charmant spectacle.

L’éminent Yamanaka se redressa l’air de rien, et s’essuya la bouche d’un revers de main – qu’il ne manqua pas d’essuyer elle-même sur sa manche.

« Bref. Quand est-ce qu’on part ?

-Quand vous voulez. J’suis prêt. Z’êtes sûr d’être en état de voyager ?

-HA ! Vous parlez à un enfant de la Brume, brave homme. Les routes, la mer, c’est dans mes gènes. »

Enorme mensonge, ses gènes étant ceux du Feu.

Le marin n’insista pas, se contentant d’ajouter qu’il se ferait une joie de jeter son voyageur par-dessus bord s’il venait à souiller le pont de sa charrette ou de son embarcation. Sur ces termes, l’accord fut scellé d’une poignée de main, et le voyage put débuter. Ils iraient jusqu’au port le plus proche, d’abord, avant de s’embarquer pour Mizu. Simple. Basique.

Malgré les restes d’alcool qui lui encombraient le foie et faisaient danser ses pensées, Tokage avait encore l’esprit assez frais pour donner un dernier coup d’oeil à la capitale de l’Empire, qui s’éloignait au rythme de la carriole. Il ne gardait pas un souvenir impérissable de cette escapade hors du village. Il n’en avait rien tiré de mémorable, sinon une rencontre avec l’Empereur, pleine de promesses, mais trop lointaines pour être réalisables. Il n’avait pas trouvé son clan. Pas même un seul de leurs représentant à Urahi. C’était une grosse déception. Sans doute ses espoirs s’étaient-ils gonflés trop vite et trop subitement pour que la réalité parvienne à les égaler. Mais tout de même … Il avait hâte de rentrer à Kiri. Il retrouverait l’activité du village, son animation, des lieux familiers, et peut être même quelques visages qu’il appréciait, et qui avaient appris à l’aimer bien aussi.

Sur ces pensées, il se laissa tomber en arrière, et piqua un somme. Sa sieste dura tout le temps du trajet jusqu’au port. Alors, l’air hagard, mal réveillé, il monta à bord du bateau de son chauffeur, et se laissa porter, au grès des vents, comme un roseau ballotté par la brise, loin de sa terre natale, et vers celle qui était devenue sa mère. Il regagnait les côtes de Mizu, et, dans ses rêves, les murailles de la citadelle de la Brume se dressaient déjà fièrement pour accueillir le retour du fils prodigue.

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