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La fatalité d'une lumière et de son ombre

Yasei Reikan
Yasei Reikan

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Mar 14 Sep 2021 - 18:36
➜ Hiver de l'An 193, Forêts de Tetsu no Kuni

Beaucoup haïssaient le sable brûlant du Pays du Vent et ses tumultes véhéments.

Mais peu avaient appris à craindre le froid déchirant du Pays des Neiges ou celui du Pays du Fer.

Yasei Reikan, elle, ne s'était jamais préparée à lutter contre lui. Du moins, pas aussi tôt.

Ni sous le poids de tels mots, qui traduisaient sans mal son fardeau.

forme humaine Yasei Ragna, membre du
clan Yasei
« ...Presque dix ans te séparent de ta naissance parmi nous, Reikan. Et pourtant, tu n'es toujours pas capable de te divulguer sous ton jour le plus sauvage et de te battre, plus d'une vingtaine de minutes. Pire encore, tu oses même flancher à nouveau devant moi alors que je t'ai interdit de baisser l'échine ou de courber le dos. Si j'étais ton opposant plutôt que ton père, tu serais... »

Une autre. Une autre empreinte de la violence en personne venait de partir et de la frapper, pour mieux la meurtrir. Pour mieux l'aguerrir. Cette impétueuse tempête en guise de modèle, en guise d'exemple, la Tigresse blanche s'en était inspirée. S'en était même imprégnée jusqu'à la moindre cellule, dans l'espoir de devenir cette guerrière qu'elle demeurait aujourd'hui. Et ce mal qui se frayait un chemin à travers ses tripes, à travers ses chairs en vue d'hurler ses échos aux quatre coins de son corps, il n'arrivait pas à la révulser de sa lignée, de sa parenté. De sa destinée. Car ces dernières choses, elle les avait acceptées afin de se renforcer. Même si la féline devait en mourir, nulle révolte envers les siens ne savait entrevoir une place de luxe en son cœur. Parce que la seule amertume que ses organes osaient recracher en son sein et que sa férocité pouvait bien nourrir, elle se la retournait contre elle-même. Se la reprochait, pour ne pas avoir été chaque jour à la hauteur de son père et de ses fous idéaux, devenus siens. Jusqu'à se condamner à une vie de combats et d'efforts, pour toute sa vie.

Cette neige qui lui caressait la joue et manquait de geler ses mâchoires, l'enfant des Bêtes la serra entre des doigts. Et elle se mit à quatre pattes, après lui avoir volé sa teinte immaculée et l'avoir remplacée par le carmin qui coulait de ses lèvres.

« ...je serais morte. Je le sais, père.
Tu le sais? Montre-le moi, Reikan. Montre-moi à quel point tu pourras te battre, pour les protéger! Pour leur redonner ce qu'ils ont perdu! »

Après avoir fait fondre ses flocons, sous les larmes qui pleuvaient sur eux.

Sous les larmes qui chutaient des traits de cette petite fille, tordus par la colère qui la dévorait. Et qui la poussait à se relever d'un élan de rage, prête à frapper de plus belle.

Prête à retourner se brûler contre le feu du Lion de l'Atlas.

***

Le vent, il peignait violemment sa crinière de jais.

Et ses pas, ils demeuraient lourds en dépit de la douceur du tapis blanc qui s'étalait autour d'elle.

Bercée par le grincement et les pleurs des arbres, face à la rigueur de l'hiver, Yasei Reikan s'aventurait. S'évadait, dans ce ciel qui avait une épaisseur de bleue infinie comme l'on pouvait rarement en voir. Une sorte de bleu plus pur, plus près des étoiles. Mais la conscience peinait à la garder dans ses bras. Seule la douleur de son ventre mutilé, qui luttait pour retenir ses entrailles à leur bonne place, savait encore lui faire garder les pieds sur terre. Pouvait toujours l'arracher à ce spectacle où les sapins blancs restaient les plus beaux acteurs à la tombée de la nuit, malgré toute la volonté de ne pas baisser les yeux pour s'habituer à cette fâcheuse vérité. À cette hideuse et cruelle réalité, qui lui avait donné un père aussi fier et réfractaire.

La voilà. Cette douleur, qui la fit se cambrer en brisant les valeurs de son éducation.

Qui la fit tomber, en offrant une fin au sillon de sang que Yasei Reikan avait traîné avec elle.

Et qui la condamna peut-être, sans fourrure ni veste, à la merci du froid.


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Shanbara no Wukōng
Shanbara no Wukōng

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Mer 15 Sep 2021 - 23:30


Au gré de ses pérégrinations, qui se faisaient à cette époque seul, le jeune Wukông s’était entêté à rejoindre la capitale du Pays du Fer sans autre information que celle qu’il y en avait sûrement une dans une si grande contrée. Il ne savait à vrai dire pas grand chose sur ce microcosme à part peut-être que les habitants s’évertuaient à pratiquer l’art du sabre d’une façon assez singulière pour se démarquer des simples bretteurs du reste du continent.

Vêtu d’un énorme manteau fait de cuir de loup et de laine noire juste posé sur ses épaules et retenu par une chaînette qui laissait apparaître son torse à moitié nu tout juste couvert par son habituelle tunique carmin et ivoire, il arpentait un chemin à peine déneigé où ses sandales couvertes laissaient des traces faciles à suivre. Il avait passé la frontière quelques heures auparavant et n’avait pour l’heure pas croiser âme qui vive. Tout juste un animal sauvage ou deux.

Il n’y avait au sein de son âme juvénile nulle peur ; par les enseignements reçus il était intimement convaincu que sa fin ne viendrait pas aujourd’hui. Alors il avançait du même pas sûr que le Voyageur avait d’abord copié puis qu’il s’était accaparé. La vie sous son aspect actuelle lui paraissait presque doucereuse en pensant à ceux qu’il avait laissé derrière lui.

Alors la morsure du froid, le poid du large parchemin dans son dos ou le manque des bruits si singulier de sa moitié était un bien maigre prix pour continuer de humer cet air si frais qu’il en venait à frigorifier les parois de ses poumons à chaque inspiration.

Au loin il tomba enfin sur ce qu’il crut être un autochtone ou même un animal blessé à en croire le tracé d’hémoglobine. Cela devait être récent puisqu’aucun prédateur ne semblait s’être approprié la carcasse. Peut-être un filet et quelques côtes à lever pour le repas de ce soir.

Mais après s’être assez rapproché du lieu du potentiel crime, il fut étonné de ne découvrir aucun animal. Seulement une jeune fille de quelques années sa cadette, encore vivante à en traduire les spasmes qui habitait sa chair meurtrie. Il hâta le pas et vint se pencher à son chevet en posant ses doigts sur sa nuque qui se rapprochait petit à petit de la température de la neige lui servant de linceul.

Wukông enleva son manteau et l’étendit à côté d’elle puis l’attrapa et la saucissona dedans avec fermeté en la faisant rouler puis ce bel ouvrage effectué, il le situa sur son épaule et se mit à courir, brisant l’accalmie qui l’habitait pendant sa trouvaille étrange. Ses foulées étaient régulières, presque surhumaines et pour cause. Fils de gladiatrice, son enfance il l’avait passé à courir et à sauter, à souffrir et à frapper ; une petite course dans la neige n’entamerait pas son altruisme pour autrui. Du haut de son épaule ne dépassait qu’une jeune crinière noir de jais similaire à la sienne, mais plus longue.

Au loin, il discerna dans cette aquarelle d’un blanc immaculé le signe de l’Homme. Un cube couvert d’une épaisse couche de glace et de neige suspendu en hauteur ; sûrement un mirador destiné à la chasse.

Son boudin farci sur l’épaule, il escalada le bois glissant sans broncher en prenant bien soin de ne pas lâcher sa proie. Arrivé à l’abri, le torse couvert de ses premières engelures, il renifla et la laissa là. Quelques minutes après il était remonté avec assez de bois pour faire un feu. Même gelé, son affinité avec l’élément du Brasier lui permit de démarrer ce dernier et il fit rouler avec insouciance la belle au bois dormant hors de son cocon. D’un geste prémédité et dénué de compassion, il attrapa une des branches et l’appliqua contre la plaie.

Il serra les dents, comme pour s’excuser de la douleur qu’il lui infligeait en faisant fi des siennes. Ils étaient vivants, sa mission était plus ou moins accomplie.

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Yasei Reikan
Yasei Reikan

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Sam 18 Sep 2021 - 16:51
Petite, Yasei Reikan avait déjà rêvé de devenir une guide pour tout son clan ou pour le monde entier.

Mais jamais un saucisson.

Et pourtant, il lui fallut le devenir.

Pour ne pas finir par s'enraidir, à force de creuser sa tombe dans la neige sous le poids du sommeil et sous les yeux de ces immenses merveilles. Plus que la torture criée par ses entrailles, malmenée un peu plus à chaque brusquerie venue de l'extérieur et cruellement répercutée à l'intérieur, l'enfant des Bêtes chercha désespérément à battre son inconscience à plate couture afin de garantir au mieux sa survie. Afin de ne pas s'écarter de toutes ses folies, insufflées dans son cœur d'enfant par son propre père. Et cette sauvage peau qui lui ligotait les bras, cette terrible sensation d'impuissance qui la rapprochait un peu plus de son trépas, elle la détesta et la condamna. L'amertume d'une autre défaite, l'envie de mieux faire pour répondre aux besoins de sa quête, son âme était tiraillée par les ressentiments, par les ahans. À tel point qu'au cours de son combat contre la somnolence, elle peina à séparer ses paupières de jais, pour ainsi n'entrevoir que les nuageuses foulées d'un homme la transporter loin de son chez-soi. Loin de sa horde. Ses instincts, ils l'appelèrent à se débattre. Et à l'abattre, lui qui osait se mêler de ce qui ne le regardait pas. Mais l'appel du repos eut vite fait de sonner son glas le plus réparateur, entre les parois de son carcan de chairs et celles de sa prison de pensées. Exténuée, ses yeux se fermèrent pour un temps plus long encore que celui passé à sentir ses os se geler contre la glace et à les imaginer se briser, après être devenus aussi froids qu'elle. Et ses esprits, ils la quittèrent pour mieux laisser ceux de cet inconnu travailler afin d'atteindre ses fins.

Ils l'abandonnèrent, dans le noir d'une nuit de tranquillité.

Mais aussi près de la généreuse chaleur d'un petit brasier.

Qui allait vite lui faire oublier la ténacité de sa plaie, désormais cautérisée.

Un acte soigneux qui avait au moins détenu le mérite de lui voler le blanc cadavérique qui se promenait sur ses traits, afin de leur rendre leur teint doré par le soleil du Désert.

Un nouveau souffle vint assainir ses poumons, vint laver le goût du fer qui avait contaminé ses papilles. Vint lui donner la force de rouvrir ses pupilles sur le monde, au lendemain de cet enfer. Plusieurs heures s'étaient écoulées et, sous ses mains, sous sa tête, le moelleux de cette couverture de poudreuse s'était échappé. Car son dos tâtait maintenant de la dureté du bois et de sa sûreté, face à l'âpreté de la saison hivernale. D'abord échoué sur le côté par manque de soutien, le visage de la gamine se mit à bouger. À se tourner, pour permettre à ses yeux de voyager sur les murs et les recoins de ce qui semblait être une cabane, un refuge des Hommes. À se figer et à s'ancrer dans le marbre de sa surprise, lorsqu'ils virent cette silhouette tout à fait étrangère. Et pourtant endormie sans gêne, à seulement quelques mètres d'elle. De très rares fois jusqu'à lors, la Tigresse blanche en devenir avait pu côtoyer des individus qui n'appartenaient pas au cercle de sa famille. Soit pour leur anéantir la tronche et leur faire ravaler leurs médisances, soit pour suivre les traces de son père et se familiariser aux coutumes du Yuukan. En l'état, Yasei Ragna se trouvait à mille lieues de sa fille. Et ce jeune garçon qui avait pris sa place à ses côtés ne paraissait ni torturé par la haine, ni foudroyé par une colère lointaine. Il semblait en paix avec lui-même, plus que tourmenté par des dilemmes. La Yasei aux éphélides se surprit à l'épier et ferma les paupières. Il n'a pas l'air armé. Et cet endroit, ...le feu m'a l'air en fin de vie. Sommes-nous déjà au petit matin? Avec labeur, le haut de son corps se détacha des planches en même temps que son dos s'étirait. Ses sourcils se froncèrent, lorsque ses tripes lui rappelèrent leur traumatisme.

Et ses mains, elles s'empressèrent près de son ventre abîmé par la violence mais réconforté par le feu et sa flamboyance.

Mais très vite, le poids si familier de son plus précieux bijou manqua à son poitrail.

Plus que devant l'étonnement d'affronter l'inconnu ou sa propre fin, Yasei Reikan se mit à écarquiller les yeux. À laisser l'inquiétude la ronger, plus que l'infection qui aurait pu le faire à sa place si elle n'avait pas été stoppée. Tant bien que mal, la fillette entreprit de se redresser. En vain. Parce que ses jambes se révélèrent aussi faibles que celles d'un faon et ne lui offrirent qu'une chute retenue par la présence du mur le plus proche. Un véritable vacarme sur pattes venait de se réveiller. Hélas, si la bestialité lui hurlait de se redresser et d'avancer, elle n'avait su que lui mettre des œillères pour ne plus lui faire voir que l'obstination de retrouver ce qui lui appartenait, peut-être délaissé dans les bois. Ce qui lui revenait, de droit. Gagnée par l'agitation, déroutée par l'affolement et talonnée par les douleurs de son tronc qui entendaient lui forcer la main pour se mettre à genoux, sa voix cristalline eut du mal à sortir de sa gorge.

Agenouillée et une seule main accrochée au mur, elle entretint l'espoir de la retrouver.

« Ma dague... ma dague, où est-elle?! Si c'est toi... »

Les traits tordus par l'émoi et la contrariété de peut-être devoir encore se battre avec un autre, Yasei Reikan jeta un regard noir et attristé sur le seul responsable qu'elle pouvait avoir sous la main.

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Shanbara no Wukōng
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Sam 18 Sep 2021 - 20:45


Il fit pianoter les extrémitées engourdies de sa dextre sur la paume de cette dernière ; le Voleur semblait n’avoir d’intérêt que pour elle. À vrai dire, elle comme sa jumelle étaient ses outils de travail, sa façon d’éprouver sa valeur et d’atteindre ses objectifs, paradoxalement bien flous à cette période.

Toujours intrigué par le spécimen féminin qu’il avait ramené comme une parodie d’un célèbre singe en haut de sa tour, le garçon sentit le bois du plancher craqueler, là gisant contre ces mêmes lattes, la nuit et ses bourrasques glacées gelant toujours un peu plus son squelette. Son avidité avait été récompensée par les érythèmes et une mystérieuse jouvencelle qui semblait trop féroce pour être une simple paysanne, même le visage drapé du filtre du sommeil.

Il dormit peu. Peut-être trop peu ; c’était son lot quotidien, lui qui n’aspirait et n’exhalait pourtant que le calme froid à l’identique de cette région. Cela faisait si longtemps qu’il tentait de paraître ainsi que le masque avait géminé avec son caractère plus festif et exubérant, lot d’un début d’adolescence compliqué.

La journée qui allait suivre serait sûrement riche en rebondissement alors aux aurores quand elle se mit en branle difficilement, Wukông la laissa faire sans dire ou faire quoi que ce soit. Être dans la réaction ne lui ressemblait pas mais qu’à ce ne tienne, il n’était pas homme à imposer à une inconnue le repos ou tout autre forme de commandement ; chose qu’il avait fui ou perdu, lui-même ne le savait pas trop. Plus trop.

Sa voix gracile et ses propos menaçants le firent simplement à son tour se mouvoir pour s’adosser à une des parois face à elle. Les châsses serties de deux gemmes mordorées ne se braquèrent pas pour autant sur Reikan et il se contenta de contempler les reflets du brasier qui ne tarderait pas à mourir.

Il sentit son regard récriminateur autant que le faible brondrissement de son enveloppe et se décida à venir le cueillir et y mêler le sien, dépourvu de la moindre once d’appréhension ou même d’animosité.

Si c’est moi… ?” La question sembla rhétorique tant il ne lui laissa que peu de temps pour répondre. Et des questions pourtant, il en avait. D’où venait-elle ? Sûrement pas d’ici à en juger son accoutrement. Que faisait un enfant dans ce calvaire glaciaire ?

Elle ne te sera d’aucune utilité si tu fanes, jeune bourgeon. On est au Pays de l’Acier, tu trouveras sûrement de quoi t’en faire une autre si tu es débrouillarde.” Wukông fit craquer son pouce. Il semblait étrangement à sa place dans ce taudis, l’épiderme rougit par le froid et l’air hagard.

Tu ne te sens pas trop mal ?” De derrière cet ersatz de domino qu’il s’évertuait à porter inconsciemment émana un air solaire n’ayant rien à envier aux plus bel été Kazejin. C’était dans sa nature de s’en faire pour son prochain.


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