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Dettes d'automne [Senken]

Oterashi Yanosa
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Sam 11 Déc 2021 - 14:04
Passée la session d’entraînement qu’il avait dû assurer auprès d’un groupe de Genin, le guerrier de pierre n’avait pas vraiment eu le loisir de se poser un instant. Sa journée, comme toutes les autres, s’était avérée très bien remplie, ponctuée de routines de sécurité, d’une mission et d’autres tutorats plus spécifiques. De quoi étouffer, quoi que seulement de façon temporaire, le feu ardent qui le consumait chaque fois que ses pensées effleuraient le sujet du prisonnier qui gisait dans leurs geôles, et qu’il brûlait presque littéralement d’impatience d’interroger enfin. Une préoccupation constante… mais qui finit par être éclipsée, au crépuscule de la journée, par les réflexions qui refoulèrent dans l’esprit de l’Oterashi, comme autant d’images déformées de la session d’entraînement du matin. Tant de personnes demeuraient dans son sillage que regarder en arrière devenait difficile, douloureux… source de culpabilité.

De toutes ses forces et de toute son âme, le Tellurique avait combattu, défendu, apporté la sécurité à bien des niveaux au sein de la Roche. Il ne pouvait pas, se répétait-il sans cesse, ne serait-ce que commencer à envisager qu’il était la source du malheur de certain de ses collègues et coéquipiers. Shuhei, Karasu, Hisa… Non, il ne pouvait pas être responsable. Il faisait du mieux qu’il pouvait, affrontait ses propres tourments : à eux tous, chacun, d’affronter les leurs. Et pourtant… Pourtant, songeait-il au gré de la nuit qui avait commencé à envelopper Iwa, il y avait peut-être encore quelque chose qu’il pouvait faire, pour certain d’entre eux. Un pas de plus à faire, pour renforcer la Roche, et la rendre plus solide que jamais.

Sans vraiment y réfléchir, Yanosa ressortit du Dojo des Assimilateurs par la voie des airs, laissant son corps allégé flirter avec les vents jusqu’à atteindre le toit de l’hôpital où il se posa en silence. Telle l’ombre de la Faucheuse, le guerrier sans visage se mit alors à arpenter sans but apparent les coursives du centre médical, oeillant les noms sur les portes des chambres, accordant des hochements de tête entendus au personnel soignant qu’il connaissait bien. En quête d’une cause, le corps las de sa journée de labeur, l’enrubanné inspirait et expirait longuement au rythme de ses propres pas sur la pierre lisse du couloir, réceptif à leur écho indistinct. Peut-être plus que n’importe où ailleurs, le Chûnin était ici chez lui, dans le berceau de son perpétuel renouveau, mais alors que cette pensée presque nostalgique commençait à l’étreindre, la vue d’un nom sur le dossier accroché à une porte la stoppa net. Pendant ce qui lui parut une petite éternité, Yanosa demeura là, les yeux rivés sur les caractères, des souvenirs vifs en pagaille lui revenant comme autant de coups dans l’estomac. Des coups qu’il avait depuis largement appris à encaisser.

Sans égard pour l’heure tardive, le guerrier tellurique ouvrit sèchement la porte, entra et referma derrière lui, accrochant dès lors du regard la silhouette alitée. La silhouette… ainsi que les bandages qui couvraient la moitié du visage du shinobi qui reposait là. L’Oterashi fit résonner ses pas dans la chambre faiblement éclairée en avançant vers le lit, ses iris flamboyantes mettant au défi ce corps meurtri et réparé de se mouvoir.

« ...Tu comptes rester là encore longtemps… Senken ? »

Le pugiliste fit lentement le tour du lit, observant brièvement l’obscurité qui s’était emparée de l’extérieur par la fenêtre avant de dévisager à nouveau le jeune homme, kazejin d’origine.

« Des mois… que tu te morfonds ici. Quoi, tu crois être le seul à en avoir bavé… ? Tch.. Et dire que la hiérarchie a jugé que tu méritait de passer Chûnin. C’est à mourir de rire. Un soldat promu, qui reste cloué au lit sans rien faire.

Pathétique.
 »



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Lun 13 Déc 2021 - 10:51
Des mois s’étaient écoulés depuis la tragique attaque de Yonbi. La plupart des shinobi épargnés par son fléau avaient depuis repris leurs activités pour le village. D’autres, - pour ne pas dire la plupart - blessés mais encore en vie, trouvèrent le courage de se relever pour à leur tour participer à l’effort de guerre contre l’Homme au Chapeau, ou plus simplement aider la cité d’Iwa no Kuni à se remettre des différents assauts qu’elle encaissa depuis. Ce n’était pas le cas du manipulateur de limaille.

Pourtant, les tentatives et innombrables relances de la part de Yugure ne se comptaient plus. Aimi, Taishi, et d’autres shinobi anciennement estimés avaient tous tenté de rallumer cette flamme éteinte dans son regard, cette envie envolée en même temps que ses jambes lors du titanesque dernier assaut du Dieu Singe. Senken ne souhaitait plus se battre. La douleur, le traumatisme et la déception l’avaient, jusqu’à aujourd’hui, convaincu dans son choix d’abandonner les armes pour une vie à l’ombre des folies humaines.

La douleur de ses jambes arrachées, la souffrance provoquée par sa propre limaille brûlante, infernale, creusant les pores de sa peau sous une chaleur plus aride encore que celle de son désert natal. Le traumatisme d’une vision d’horreur, d’un village éventré et de ses compatriotes meurtris. Le souvenir de l’arrogance humaine, celle qui les poussèrent à combattre un Dieu. Comment ne pouvait-il pas être déçu. Déçu par le peu d’hommes et de femmes qu’il avait appris à estimer depuis son arrivée au village quelques années plus tôt.

Non, l’Okunote n’avait ni la force ni l’optimisme de son frère Shimajima. Ce dernier, trop bon, trop proche de ces iwajin pour lesquels il continuait de prendre des risques, ne cessait de l’énerver et même leur relation au-delà de l’amitié réussissait parfois à en pâtir.
Car l’enfant des Dunes demeurait inconsolable, imbuvable, mais encore trop jeune et égoïste pour s’en rendre compte.

Ses doutes ne l’avaient pas quitté en cette douce soirée d’automne. Toujours alité, seule une bougie au coin de son lit lui permettait d’observer ses prothèses posées sur son drap. De sa dextre, le jeune homme manipulait un couteau aux finitions grossières et sans manche, qui s'attaquait au bois de ses jambes de secours. Il les creusait, dans l’optique de peut-être un jour, s’en servir comme cache à limaille. Dans quel but ? Lui-même ne le savait pas puisqu’il comptait raccrocher définitivement. Mais l’ennui poussait parfois un élan de motivation, et en cette période angoissante avec le départ de son cher ami pour le sommet de la Coalition, il avait bien fallu trouver quelque chose pour tuer le temps et éviter de trop penser.

Mais la porte s’ouvrit soudain. Le regard du balafré voyagea jusqu’au coin de la pièce, dans laquelle se dessinait l’ombre du visiteur bien différente de celle qu’il attendait. Sa main droite libéra son instrument dans un nuage de poussière métallique, tandis que son œil droit s’écarquilla à la découverte du Tellurique. Ce dernier comprit immédiatement qu’il n’était pas le bienvenu ici. Les prunelles amarantes fixées sur cette silhouette qui le répugnait particulièrement, le Kazejin écouta ses mots en demeurant silencieux, légèrement déstabilisé par ses paroles crues et son attitude provoquante.

Mais que pensait-il connaître de sa souffrance ?


- Pour qui te prends-tu ?

D’un chûnin à l’autre, Senken n’avait laissé aucune trace de respect orné ses paroles. Ni dans le choix de ses mots, ni dans le ton employé pour répondre à cette chose qui lui faisait face. D’un geste de la main, la limaille environnante s’activa et lui enfila ses prothèses tout en l’aidant à se relever. De profil, il fixait le monstre d’un œil enragé.

- Ca ne te suffit pas ?

Rapidement, ses mains arrachèrent ses bandages qui dissimulaient jusqu’ici les ravages de sa propre limaille sur son corps inanimé suite au cataclysme du Dieu-Singe. Sa grimace trahit toute la douleur encore présente à ce stade, une souffrance chronique due à un élément étranger présent dans son corps. Cette dernière, atténuée avec le temps, restera probablement éternellement.

- Que veux-tu me prendre de plus, hein ?!

Sa main gauche vint attraper le kimono du Tsuchijin. Son dernier œil encore valide, quant à lui, brillait et annonçait l’arrivée d’une larme. Pas de peine, non, mais de colère. D’une rage qui sommeillait en lui depuis cette injustice. Il n’avait encore pardonné personne, et au-delà de tous, c’était à lui-même qu’il s’en voulait le plus.

- Tu étais où ? Hein ? TU ÉTAIS OU ? C’est toi qui est pathétique. exprima-t-il dans un dégoût profond, persuadé que l’Oterashi comprendrait naturellement où est-ce que Senken voulait en venir.

Il rappa sa main sur le kimono et se tourna pour faire face à la baie vitrée. La main tremblotante et un sanglot au fond de la gorge, Senken tentait vainement de se contrôler pour garder la face. Comment ce lâche qui avait abandonné son propre élève au courroux de Yonbi osait venir lui faire la morale ?

- Pourquoi devrais-je offrir quoi que ce soit de plus à ce village, à ces hommes souhaitant contrôler des Dieux. Dégage.
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Mar 14 Déc 2021 - 23:56
Donner un grand coup dans la foumilière qu’était l’esprit de l’Okunote. Voilà comment aurait pu être résumée, grossièrement schématisée, l’approche qu’avait choisi d’adopter l’Oterashi après avoir posé ses iris sur le manieur de limaille. Une approche qui cachait dans les faits aussi bien les relents de culpabilité qui transitaient encore dans son esprit que les reproches bien réels qu’il aurait pu adresser de façon plus platonique à Senken. Ce qu’il ressentait réellement ne revêtait cependant aucune espèce d’importance : seuls les fruits de cette entrevue improvisée comptaient, et pour les cueillir, le guerrier de pierre était comme de coutume prêt à faire ce qu’il fallait. La réaction du Chûnin alité ne se fit en tout cas pas attendre, ce qui n’était pas pour déplaire à l’Oterashi qui demeura sciemment de marbre face à la montée de colère et de rage qu’il ressentit distinctement chez l’Okunote. Du coin de l’oeil, il remarqua les marques sur les prothèses, tandis que le jeune homme les enfilait avec l’aide de sa limaille pour se présenter au devant de Yanosa.

Impassible, ce dernier jeta un regard froid et nonchalant aux mains du kazejin lorsqu’elles empoignèrent les bandages sur son torse, avant de relever lentement les yeux vers l’iris unique du shinobi meurtri. Coutumier de ce genre de ressentiments, le Tellurique ne bougea pas d’un iota, percevant par vagues les émotions tous azimut de Senken irradiant de son être. Il avait été brisé, songea-t-il… Mais les prémisses d’une tempête bien plus forte et inexorable que ce qu’il laissait à voir ici et maintenant se laissaient deviner sous la surface. Une tempête que l’Oterashi comptait bien alimenter et aider à faire grandir pour la sortir de ses carcans. A l’écoute de la dernière pic lancée par Senken à son encontre, et plus globalement à ce qui définissait la politique militaire d’Iwa, Yanosa ne put retenir un bref rire nerveux et étouffé, se détournant momentanément de l’amputé en faisant quelques pas en rond dans la pièce tamisée.

« Aah, Senken… Rester ici comme une loque, ça ne t’a décidément pas réussi, dis-moi... »

Il se rapprocha de nouveau, posant ses mains sur ses hanches dans une posture nonchalante.

« ...Pour quoi crois-tu que j’ai brisé la formation, hm… ? Parce que j’étais si convaincu du bien fondé et de l’efficacité de notre plan, de notre stratégie,… que j’ai jugé qu’elle se passerait bien de moi ? Tu crois que j’endure d’être dans cet état… par amour pour mes supérieurs ? »

Ses mains quittèrent ses hanches, tandis que ses pas le menaient lentement mais sûrement au plus près de l’Okunote. Si près que cela pouvait en devenir inconfortable.

« Je voulais le tuer. En débarrasser le monde… pour paver la voie des Hommes. J’étais si près… si près... » ajouta-t-il, songeur, en portant une main à son menton.

Son regard se ragaillardit cependant rapidement, tandis que ses pas le menaient cette fois sur le côté.

« … Mais la question n’est pas de savoir ce qu’ils peuvent encore te prendre, plutôt d’élucider ce que tu veux donner, et à qui. Si toutefois l’horizon de tes ambitions se cantonne à cette fenêtre… alors autant que je t’achève ici et maintenant pour te tirer de ta peine. La perte, la douleur,… la colère. Tout le monde n’est pas fait pour vivre avec ces choses, pour regarder en face leur immuable violence, leur éternité. Si tu ne t’en crois pas capable, alors cesse tes pleurnicheries et abandonne.

J’ai besoin de coéquipiers fiables à mes côtés, pas de poids morts indécis. 
»

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Jeu 16 Déc 2021 - 2:08
Les braises du Tellurique défiaient la pupille terne de l’amarante. Chaque phrase s’accompagnait d’un temps de silence, d’une réflexion. La tension régnait dans la pièce et l’atmosphère dégageait une mauvaise odeur de poudre. Tout cela pouvait s’enflammer en un instant. Et n’importe quel shinobi expérimenté savait reconnaître ce genre de moment. Les nerfs à vif, les émotions non maîtrisées, Senken ne cachait pas toute la véhémence ressentie à l’égard du calciné. Tous deux blessés et meurtris par le même évènement, leur chemin et leur pensée les avaient depuis complètement séparés.

Le manipulateur de limaille fixa Yanosa et l’intégralité de son petit jeu théâtral. De ses petits pas feutrés jusqu’à sa pose prétentieuse, tout était calculé et exécuté pour faire sortir la bête qui sommeillait en lui depuis des mois. Cela fonctionnait drôlement bien. Tout chez l’Okunote empestait le négatif : colère, peine, culpabilité, son visage crachait sa vérité sans qu’il n’ait le besoin d’ouvrir la bouche. Plus les secondes défilaient, plus il était difficile pour le balafré de rester stoïque face au discours de l’assimilateur.


- Ferme-la. Tu nous as abandonné par égoïsme. Car tu te pensais au-dessus des ordres, au-dessus du plan retenu, travaillé et répété pendant des semaines ! Comment peux-tu venir ici et…

Sa prunelle s’écarquilla sous les paroles qu’ajouta Yanosa tandis qu’il se rapprochait de lui. Ses traits tremblèrent de dégoût, et invitèrent une grimace à déformer l’ensemble de son visage amoché par les séquelles du Dieu-Singe.

- Tu souhaitais…

L’enfant des dunes saisissa toute l’arrogance de l’homme qui lui faisait face. Ses poings se serrèrent de rage.

- Le tuer ?

La mine de l’Okunote se décomposa. Abattre un Dieu ? Comment cette idée avait-elle pu traverser l’esprit d’un simple mortel ? Tandis que certains souhaitaient en faire des armes, d’autres espéraient pouvoir les éradiquer ? Cela chamboulait les pensées du manipulateur de limaille, déboussolé par l’annonce que venait de lui faire le Tellurique. Mais il ne tarda pas à reprendre contenance, relevant la tête pour venir afficher un regard bien plus éveillé que tous les précédents. Si Yanosa souhaitait secouer l’amorphe qui sommeillait ici depuis des mois, il venait de le faire.

- Qui penses-tu être, pour venir ici et tenir ce genre de propos devant moi ?

La limaille environnante se mit à vibrer légèrement, avant de venir alimenter les avant-bras de son possesseur pour enfin former deux lames noires de jais. A cette heure tardive, le moindre bruit trop suspect pouvait éveiller les ninjas de garde postés aux alentours de l'hôpital, et la moindre bêtise pouvait emmener nos deux protagonistes dans les geôles du Shishiza. Mais ils en étaient bien conscients…

- Achève-moi donc, Yanosa, car jamais je ne prendrai les armes aux côtés d’un homme de ton espèce.

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Jeu 16 Déc 2021 - 18:07
Quelque chose, n’importe quoi, plutôt que le néant. Telle était l’aspiration, la seule véritable ambition du guerrier de pierre à l’égard de Senken. Les deux shinobi, en dépit des instants fatidiques partagés côte à côte, face à l’ouverture de la bouche des Enfers au milieu même de leur cité, n’avaient jamais pris le temps de se connaître, n’avaient eu que des occasions très sporadiques de travailler ensembles. Pourtant, l’Oterashi reconnaissait distinctement une part de l’Okunote, reflet de ses propres traumatismes : leurs origines différaient, de même que leur façon de gérer leur crise intérieure, mais la nature de ce qu’ils avaient dû encaisser arborait de profondes similitudes. Souffrances, regrets, haine des autres… et de soi. Autant de lames effilées plongées dans leur corps, qu’il fallait nécessairement arracher à leur chair pour espérer pouvoir continuer à avancer. Une tâche pénible, pour la complétion de laquelle Yanosa était décidé à lui forcer la main.

La tension dans les muscles et l’esprit du manieur de limaille était à présent palpable, signe d’un éveil, d’un début de « quelque chose », quoi que ce puisse être, qui pourrait venir remplacer le grand vide qui s’était insidieusement installé chez l’Okunote. Droit dans ses bottes et sans éprouver le moindre besoin de se justifier, le Tellurique émit un bref son guttural en recevant l’invective suivante de l’estropié, laissant même un sourire fugace apparaître furtivement au coin de ses lèvres. Il ne mordrait pas à cet hameçon là, songea-t-il, bien au clair qu’il était, et qu’il avait toujours été vis-à-vis de ses propres raisons pour avoir agi comme il l’avait fait. Les conséquences étaient ce qu’elles étaient, dures et intransigeantes, mais comme de coutume peu importait ce que qui que ce soit pouvait penser de lui, en particulier lorsque l’avis en question ne jouait aucun rôle dans l’enjeu qui était mis sur la table. En l’occurrence, le retour de Senken sur le terrain, quel qu’il puisse être. Imperturbable, le guerrier sans visage décrocha un instant son regard de l’oeil unique de Senken, se tournant de deux tiers sur le côté.

« Qui je suis n’a aucune espèce d’importance, Senken, et tu le sais très bien. J’évoque pour toi ce qui te fait peur, ce qui te maintient piégé ici…. Et ici », fit-il en plaquant son index sur sa propre tempe.

A ce moment, la limaille se mit à s’animer à nouveau, allant promptement former deux lames acérées sur les bras de l’Okunote. Ce dernier répondait au défi, comme Yanosa s’y était attendu, et malgré les mots qui tendaient à accentuer la spirale dans laquelle le scarifié se trouvait, ses actes eux racontaient une toute autre histoire. Senken ne donnerait pas sa vie à qui que ce soit, pas en tout cas sans réveiller par avant le combattant orgueilleux qui sommeillait en lui, là quelque part. L’Oterashi réprima un sourire à la vue des deux lames, puis commença à s’en approcher, monolithique et déterminé.

« On s’accroche malgré tout à ce que je vois. »

Il ne s’arrêta pas, imperméable à la menace de la limaille mise en forme, eusse-t-elle dû lui entailler le torse.

« Je vais te dire : tu peux bien te battre au côté de qui tu veux je m’en moque, pourvu que tu dégages de cette chambre. Qu’est-ce qu’il y a.., dit-il en poussant sèchement, de façon provocatrice l’épaule de Senken d’un coup du bout des doigts, tu crois êtres chez toi, ici ? Si c’était le cas, tu sortirais de là pour défendre ce qui est important pour toi, non ? Lança-t-il, cynique.

… Tu pensais à quoi, allongé ici, pendant que les morts réincarnés menaçaient la ville, hm ? Pendant que moi et bien d’autres, on combattait Rei, et Tôsen… ? Dis moi encore, Senken… qui de nous deux est égoïste et abandonne les siens. Tu crois… que le monde a une dette, envers toi ? Désolé de te décevoir… mais seuls ceux qui agissent, peuvent espérer obtenir quoi que ce soit de cette vie.

Si toutefois tu étais décidé à quitter ce monde par la petite porte, ma foi… je te rendrai ce service. Mais pas ici 
» finit-il avec une lueur nouvelle au creux de ses iris rougeoyantes, froide et impitoyable.

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Sam 18 Déc 2021 - 1:39
Trop immature, meurtri, le manipulateur de limaille n’avait pas la même présence d’esprit que son interlocuteur, bien plus puissant en tant que shinobi, mais aussi et surtout bien plus fort en tant qu’Homme. Si l’Oterashi savait se reconnaître chez l’Okunote, le contraire n’était absolument pas le cas. Le jugement trop obscurci par sa colère envers le Tellurique, Senken n’arrivait pas à réaliser que ce dernier partageait la plupart de ses maux. Il souhaitait le dégager de sa chambre, se venger de son malheur en s’en prenant à lui, comme si blessé cet homme allait lui rendre ses jambes ou celles de son frère… Fallait-il encore qu’il soit capable d’infliger la moindre blessure au Clairvoyant.

Le balafré, peut-être curieux de ses propres capacités après ces mois passés à l’hôpital, attendait une agression. Une réaction des plus puériles pour donner suite à ses pics lancés dans une véhémence qui lui était propre. Non, le Kazejin n’avait jamais pris de pincettes et ne comptait pas changer. La peur, bien présente au fond de son estomac, ne l’empêchait pas d’exprimer sa haine envers l’homme qui, aujourd’hui, lui servait de bouc émissaire pour tous ses malheurs.

Plus l’assimilateur enchaînait, plus il frappait juste. Ses phrases se rapprochaient d’une précision chirurgicale, verrouillant leur cible et venant démêler des nœuds présents depuis des semaines à broyer du noir. Le calciné le fracassait de l’intérieur et faisait remonter une tonne d’émotions en lui. Des émotions qu’il tentait tant bien que mal de cacher.

Silencieux, le taciturne le laissa s’approcher armé de sa boxe vocale, sans qu’aucune riposte ne lui vienne. Il encaissait les crochets tandis que sa mine se décomposait. Senken gardait la face, bien sûr, mais son iris trahissait toutes ses pensées sans qu’il ne puisse rien contrôler. Son cœur, à jour, subissait le courroux du Tellurique venu l’écarteler.
Puis les doigts vinrent bousculer son épaule. Une main presque aussi ferme que celle du Dieu-Singe, qui l’expulsa sur plus d’un mètre et manqua de le renverser tant le Clairvoyant ne s’était pas retenu. Heureusement, la limaille venait d’agir à nouveau, transformant l’une des deux lames de l’Okunote en une large chaîne qui s’était enroulée autour du bras de Yanosa pour le retenir. Dès lors, la tension présente dans la pièce monta encore d’un cran.


- Je ne me suis jamais senti chez moi ici.

La chaîne se tendait et tirait sur l’avant-bras de l’Oterashi, fixé par la pupille amarante.

- Ce village m’a envoyé piller mes terres natales. Pour me remercier ? Il m’a ordonné de combattre un Dieu. Tu te demandes à quoi je pensais quand vous affrontiez ces monstres ?

Tout aussi cynique, le belliqueux retrouva la force de faire quelques pas en avant, la pupille embrumée de larmes. Il avait tant à expier.

- J’espérais que vous vous entretueriez tous.

La chaîne et ses lames s’effacèrent dans un nuage de poussière, laissant au silence reprendre son règne. Cette énergie, l’Okunote ne l’avait cependant pas ressentie depuis des lustres. Une détermination qui animait ses gestes et son regard, une envie qui le dévorait de l’intérieur et le poussait à se battre pour ses convictions. Il aurait aimé laisser cette vie de côté, mais Yanosa venait de la réanimer. Cependant, il était encore trop tôt pour qu’il s’en rende réellement compte.

Les pieds de l’amarante pivotèrent et lui firent tourner le dos à son ennemi. Face à la baie vitrée, son œil se déposa doucement sur le cœur dévasté du village.


- Regrettes-tu quoi que ce soit ?

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Dim 19 Déc 2021 - 1:39
Le guerrier de pierre avait jeté un bref coup d’oeil à la limaille qui était venue enserrer son bras, s’assurant rapidement que la seule intention du kazejin d’origine avait été de se prémunir d’une chute humiliante en trouvant ce point d’ancrage. Une attache qui s’était effectivement avérée solide et fiable, tandis que les muscles sous le fer compacté, sous les bandages, s’étaient tendus pour garder l’étreinte en respect. C’était toutefois toute une chaîne musculaire qui voyageait du talon à l’épaule que l’Oterashi avant en l’occurrence mise à profit pour garder l’exacte même posture qu’auparavant, même avec le poids de Senken momentanément suspendu à lui. Ses yeux de braises plongés dans l’iris du jeune homme, Yanosa continuait d’y lire tout le tumulte et le combat qui se livrait derrière, dans les coulisses de son esprit. Plus que l’y voir, il le comprenait même parfaitement, et c’est donc sans surprise que l’agent du Sazori accueillit l’aveu de l’Okunote. Une confession graduelle, tout en crescendo, à laquelle le guerrier enrubanné acquiesça pour ainsi dire silencieusement d’un hochement de tête presque imperceptible, réceptacle improvisé de tout ce ressentiment trop longtemps refoulé qui s’était emparé de Senken et lui avait dicté sa loi pendant des mois.

Pour tous leurs points communs, les deux jeunes hommes demeuraient malgré tout divisés sur un principe fondateur, celui de se sentir, ou non dans le cas du manieur de limaille, comme investi par la mission de défense du village et du pays dans lequel ils se trouvaient. Yanosa avait eu, et nourrissait d’ailleurs toujours, de grandes aspirations pour la Terre, pour son développement, tant politique que militaire. Il y avait vécu ses pires années… mais y avait également appris ses leçons les plus vraies, les plus dures et les plus absolues sur la vie : la sienne et ce qu’il désirait réellement en faire, ainsi que celles de tous les citoyens du pays, prêts à ses yeux à embrasser une grande vague de changement. Senken de son côté, en dépit de tout son caractère, n’avait pas eu le temps, songea le guerrier impassible. Celui d’aiguiser sa volonté… avant de la planter en plein coeur de ses ambitions.

L’Oterashi garda le silence, tandis que la limaille quittait son bras et se dispersait pour mieux se regrouper sous l’égide de son maître. Un cycle se terminait, comprit-il alors en continuant d’observer l’Okunote : un autre, plus lent, plus long, allait cependant débuter dans la foulée. Ainsi en allait-il des suites de tous les traumatismes, et pour avoir dû braver les affres de nombre d’entre eux, Yanosa connaissait intimement le processus, au point même d’en avoir fait un quasi-automatisme. Des rouages imbriqués dans d’autres rouages, qui permettaient ultimement à son esprit de continuer à fonctionner, son jugement de toujours s’exercer avec le même tranchant. Une machine douée d’une empathie tournée toute entière vers la réalisation d’une vision pragmatique et inamovible.

« ...J’aimerais dire que non, mais c’est un luxe que peu peuvent se permettre. Les événements nous façonnent… avant qu’on soit en mesure de les façonner nous-même. »

Quelques pas mesurés, et le Tellurique se trouvait à présent dans l’alignement de Senken, observant ses épaules, en quête du moindre tremblement, du moindre signe avant-coureur.

« ...J’aurais voulu être plus rapide. Quelques secondes à peine… et je nous débarrassais de lui. Je l’empêchais de prendre vos jambes. De me voler mon corps. Ces gardes, que j’ai tué en mission en forêt peu après : je regrette d’avoir dû les supprimer, simplement pour des choses qu’ils auraient pu rapporter à d’autres. Quant à Tôsen… Avoir été si près d’étouffer cette guerre dans l’oeuf en le tuant me laisse encore un goût de cendres dans la bouche. Je n’avais jamais cru être aussi proche de la mort que ce jour-là… et pourtant, si ça avait été le prix à payer... »

Yanosa fit un pas lourd et marqué dans le dos de l’Okunote, se rapprochant substantiellement de lui comme pour souffler à son instinct de le faire se retourner, par peur d’une hypothétique attaque dans le dos.

« Ces regrets sont les miens. Ils m’appartiennent, et je peux les regarder de haut car je sais que chaque jour qui passe, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas en allonger la liste. Je me bats… je survis. Je fais ce qui est nécessaire. C’est, avant toute autre chose… comme ça qu’on peut se dire en vie. »

L’Oterashi se détourna de Senken et de la baie vitrée, faisant quelques pas dans la longueur de la chambre.

« ...Si tu veux voir certaines personnes mourir, alors ne te prive pas. Vas-y, fais sonner le cor de ta justice. Prend les choses en main. Il n’y a que toi qui peut décider ce que peut valoir ton temps passé sur cette Terre. Si je te revois encore en train de te morfondre ici par contre je te préviens… je te briserai la nuque de mes propres mains. »

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Okunote Senken
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Lun 20 Déc 2021 - 17:03
La fine flamme dansante de la bougie posée dans le coin de la pièce attirait l’iris du balafré. Des regrets, il en faisait la collection. C’était même sur ces derniers qu’il s’était bâti ces derniers mois. S’il pouvait revenir en arrière, l’Okunote changerait énormément de choses et protégerait les êtres les plus chers à ses yeux : Hana et Yugure en priorité, sauvant la vie de l’une et rendant ses jambes à l’autre. Voilà, aux yeux du manipulateur de limaille, ce qui le différenciait définitivement du Tellurique.

Il lui avait laissé une derrière chance, pourtant. Une ultime question capable de faire remonter le peu d’estime qu’il avait à son égard. Mais la réponse, de son point de vue, avait sonné d’un faux plus qu’éliminatoire. Il ne regrettait en aucun cas d’avoir abandonné ses pairs. Non, ses remords demeuraient personnels et égoïstes, pleins d’égo et de confiance en soi complètement démesurée. Cet homme présent dans son dos, aussi puissant était-il, se pensait encore capable d’abattre un Dieu. S’il pouvait rejouer cette scène, si on lui offrait cette chance inespérée, sa seule volonté le serait de frapper plus vite et plus fort ? Que cherchait-il exactement, entre son pardon ou l’adulation de ses pairs ?

Tous ses regrets ne parlaient que de meurtres, commis ou qu’il aurait souhaité commettre. Était-ce là la vie d’un shinobi ? Était-ce cette flamme qu’il venait aujourd’hui tenter d’allumer au sein du Kazejin ? Déçu, Senken serrait le poing et fermait sa paupière. Jamais il ne deviendrait pareil.


- Ne m’inclue pas dans tes paroles. Je ne sais pas comment tu fais pour te persuader que ta vision est la bonne. Je respecte cela, mais c’est bien la seule chose que je respecte chez toi. Non, la vie ne devrait pas être réduite à ça. Tu es un menteur, ou un idiot, je ne sais pas.

Il soupira, cherchant les mots exacts pour exprimer le fond de sa pensée. Ce n’était pas simple, surtout lorsque l’on était très loin des talents d’orateur d’un certain Yugure.

- Tu te bats pour toi, et uniquement pour toi. Sinon, tu nous aurais laissé finir ce scellement et tu aurais respecté les ordres. Tu aurais pu sauver tes chers concitoyens Yanosa, tu en avais l’occasion, mais tu as préféré jouer avec la Mort pour te prouver quelque chose. Et tu recommencerais si tu en avais l’occasion. Tu es égoïste, au moins autant que moi.

Enfin, c’était la vision des choses qu’avait l’infirme à ce moment-là. Il ne comprenait pas vraiment la raison qui poussait l’Oterashi à tenter de le raisonner. Pourquoi n’abandonnait-il pas malgré sa véhémence à son égard ? Normalement, les Tsuchijin partaient en boudant et le laissaient tranquille après quelques pics. Lui, il se tenait là, dans son ombre, prêt à le dévorer au moindre faux pas. C’était mentir que de dire que les petits tremblements observables chez l’enfant des Dunes n’étaient pas dus à la peur. Cet homme le terrifiait.

- Seul le destin s’occupera du sort des personnes que je souhaite voir disparaître, je ne suis pas comme toi.

Mais la venue de Yanosa avait réveillé quelque chose chez le chûnin. L’appel d’un devoir, qu’il se devait accomplir pour ne plus jamais avoir de regrets. Jusqu’à aujourd’hui, écouter les autres l’avait mené à des drames qu’il ne pouvait plus réparer. Dorénavant, l’Okunote suivrait sa propre voie, agissant pour lui et ses propres convictions. Il assumerait son égoïsme jusqu’au bout, certain d’avoir la bonne vision.

Senken souhaitait la seule responsabilité de son avenir.


- La prochaine fois que tu viendras ici, tu ne me trouveras pas. Tu connais la valeur de ma parole.

Un silence, puis il reprit en relevant le menton, fixant Yanosa dans le reflet de la vitre. Son ombre régnait sur les lieux.

- Maintenant que tu as eu ce que tu souhaitais, j’ai une dernière question avant que tu t’en ailles. Que penses-tu de Miyamoto Teruyo ?
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Oterashi Yanosa
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Mer 22 Déc 2021 - 1:23
« Tu es libre de le croire. Même si tu te trompes » avait-il platoniquement répondu alors que l’Okunote l’avait traité d’idiot et de menteur.

Senken reprenait peu à peu ses esprits, regagnait un tant soit peu de verve et de hargne. Yanosa était coutumier de se faire l’objet de tels ressentiments, de tels jugements. Ceux-ci ne lui faisaient pour ainsi dire plus rien : le guerrier de pierre, peu à peu, s’était enfermé dans sa forteresse d’obsidienne, devenu imperméable à tout ce qui ne revêtait pas un caractère vital à l’accomplissement de ses prérogatives ou de son agenda parfois plus officieux. Aussi accueillait-il là le déni manifeste du manieur de limaille avec tout le flegme qui le caractérisait à présent dans ce genre de rapports : comme autant de couteaux émoussés, glissant sur la muraille inébranlable de son esprit.

« Oh, oui, c’est vrai… Nous sommes tous tellement plus en sécurité à présent, maintenant que Yonbi est scellé. Tch... Mais, tu as raison, c’était bien pour prouver quelque chose, entre autre, que j’étais prêt à aller si loin. Pas à moi, cela dit… mais au monde. Heureusement, d’autres par-delà les déserts de Kaze ont réussi là où j’ai échoué. Pour qui comme moi espère voir arriver l’ère des Hommes, l’espoir demeure. »

Jouer avec la mort. En entendant ces mots, l’Oterashi n’avait pu s’empêcher de replonger dans ces instants, dans les entrailles du monstre, au coeur de l’explosion provoquée par Taishi face à Tôsen,.. Là, dans cette chambre d’hôpital impersonnelle, des réminiscences lui revinrent, mais ce n’était ni le moment ni le lieu pour ouvrir à l’Okunote la perception particulièrement nette qu’il avait acquise sur Elle. Il aurait pu lui dire, qu’Elle n’était en réalité qu’un grand rien, une non-existence terrifiante même pour les esprits les plus abscons, mais ça n’aurait été qu’effleurer le début d’un ersatz de vérité. Jamais l’idée de jouer avec le concept de trépas, de la fin de l’existence, n’avait fait un quelconque chemin dans l’esprit de l’agent du Sazori. Souvent, il l’avait dispensée, avait envoyé des âmes de l’autre côté de la grande barrière pour défendre, protéger, créer dans sa réalité bien tangible, mais Yanosa était loin de pouvoir se targuer de ne pas trembler à la seule pensée de terminer la traversée qu’il avait été maintes fois sur le point de compléter.

Le guerrier de pierre était l’antithèse du mysticisme… et c’était aussi pour cette raison, en particulier, qu’il était fermement décidé à mettre fin aux agissements du nécromancien aux ordres de Tôsen, Kojima Reijirô.

« Le destin ?…. Haha ! Haaa…. Non vraiment, tu as… un sacré sens de l’humour. »

Il n’avait plus réellement besoin de le bousculer ou de le provoquer, mais entendre ces mots, dans cet ordre, de la bouche de Senken avait malgré tout eu raison des quelques menues barrières que l’Oterashi plaçait d’ordinaire entre son cynisme et le monde extérieur.

« Allons-y, bien sûr, pourquoi je n’y avais pas pensé plus tôt… Laissons le destin s’occuper de tout, je suis sûr qu’il se montrera très conciliant. Tchhaha... »

L’agent du Sazori se retourna un bref instant pour regarder à nouveau droit dans l’iris le jeune Chûnin, qui sortait difficilement mais sûrement de sa torpeur des mois passés.

« ...Une interrogation bien spécifique, dis-moi. Qu’est-ce que ça peut bien faire, ce que je pense de lui, hm… ? Il était certainement l’un des tout meilleurs candidat, pour recevoir ce cadeau empoisonné dans ses entrailles, ça ne souffre pas de discussion. Sa place à la tête du corps diplomate est méritée, elle aussi, pour peu qu’on soit en accord avec ses… méthodes. Fut un temps où nos désaccords donnaient au final de bons résultats… mais… c’est du passé. Tu devrais t’entendre avec lui pour ça, d’ailleurs, fit-il en pointant mollement un doigt en direction de Senken. Je reconnais la même lueur attentiste et moralisatrice dans tes yeux… Hn. »


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Okunote Senken
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Dim 26 Déc 2021 - 16:33
Les paroles de l’Oterashi avaient de moins en moins d’effet sur le Kazejin. S’il avait su réveiller son côté véhément et combattif, le sortant de cette horrible végétation qu’il traînait depuis le départ de Yugure pour le sommet, le Tellurique avait perdu tout crédit aux yeux du manipulateur de limaille. Il ne souhaitait plus écouter son discours à l’opposé de ses principes moraux, croyances et autres valeurs héritées de son éducation. Leurs visions étaient trop différentes, incompatibles, et même s’ils étaient irréfutablement proches sur certains points de leur personnalité, rien ne pouvait à présent les réunir derrière la même bannière. L’Okunote venait de tirer un trait sur le monstre de terre présent dans son dos. Cette menace qu’il savait capable de lui arracher la vie à tout instant.

- Tu crois que j’étais pour le scellement ?

Lui, qui avait exécuté le Kinjutsu pour aider ses « compatriotes » à maîtriser la Bête. Il se retourna et fit de nouveau face à l’Assimilateur. Senken le trouvait profondément bête, aveuglé par sa quête de violence et de meurtre. Un homme malheureux qui pensait que tuer les Dieux résoudrait ses problèmes… Ridicule. Il ne fut pas étonné d’entendre cette même personne se moquer du Destin.

- C’était la seule solution pour sauver tout le monde. J’ai décidé de suivre les ordres, d’épargner ce village et ces shinobi trop imbus d’eux-mêmes pour prendre la fuite. Je l’ai fait contre mes propres idées, car mon idiot de frère m’a persuadé que tout cela en valait la peine. Qu’Iwa en valait la peine.

L’améthyste larmoyante de la silhouette aux cheveux amarantes ne cessait de briller. Il avait tellement de choses à dire, tellement de remords, mais l’Okunote ne souhaitait pas se lamenter et se contentait d’expliquer les faits pour partager son point de vue au Tellurique.

- Mais il avait tort. Et ce Destin dont tu aimes te moquer nous a pris autant que ce que l’on a volé. Nous avons sacrifié des vies et mutilé des corps pour cet affront, pour cette arrogance d’avoir tenté d’abattre une divinité. Peut-être que cela te fait rire Yanosa, mais je suis du côté de ceux qui pensent que ces Dieux sont essentiels à notre survie. L’ère des Hommes ne peut exister sans eux. Plutôt que chercher à les éliminer, je serai toujours du côté de ceux qui veulent les protéger.

L’Okunote retrouva doucement son sang-froid, signe que l’émotion dégageait lentement pour laisser place à la raison.

- Mais je ne suis pas fou, et si notre coexistence est impossible, alors je serai toujours prêt à les sceller pour calmer le Chaos. Ce Teruyo est peut-être la piste d’une solution viable… Même si pour moi, un Hôte ne devrait jamais servir un village ninja, et encore moins Iwa. Les personnes ici sont mauvaises, arrogantes et opportunistes.

Il était rare d’avoir une discussion aussi fournie avec le natif du Désert. Peut-être avait-il besoin de parler après tout ce temps passé en isolement à l’hôpital.

- Va-t’en ou tue-moi, maintenant, mais cesse d’étaler ta pensée si fermée plus longtemps.

Stoïque, Senken laissa l’Oterashi agir en conséquence. Libre à lui de partir, rester, ou bien tenter de l’abattre, mais plus rien ne liait aujourd’hui nos deux compatriotes. Si le Kazejin n’avait jamais réellement apprécié son interlocuteur, cette discussion avait définitivement enterré toute perspective d’amitié future.
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Oterashi Yanosa
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Dim 2 Jan 2022 - 13:22
« Sauver tout le monde ». Pris par un élan aussi soudain que passager de sympathie pour cette idée que venait d’énoncer Senken, le guerrier de pierre dut se faire violence pour ne pas immédiatement la déconstruire dans les grandes largeurs, lui pour qui la vie d’autrui s’était peu à peu muée en une variable comme une autre, noyée dans le grand ensemble. Les vues et aspirations de l’Oterashi, pour le meilleur comme pour le pire, avaient dépassé la seule survie individuelle de ses camarades et concitoyens de la Terre : leurs vies bien sûr portaient toujours en elle un poids capital et vital, mais demeuraient à ses yeux une ressource comme une autre, une monnaie qu’il était parfois nécessaire de dépenser si les enjeux l’exigeaient. Un raisonnement qui se voulait objectif de sa part, pour lui le guerrier calciné qui était très loin de mettre sa propre existence sur un piédestal. Terrasser un soit-disant « Dieu », capable de dévaster des cités : voilà une finalité pour laquelle il aurait été prêt à mourir, si tel en avait été le prix. Pour atteindre certaines finalités, rechigner au moindre sacrifice était exclu.

« Les protéger, hein… Grand bien t’en fasse. Je te suggère cela dit de ne pas te mettre entre moi et une de ces créatures, si on devait faire face à un nouveau cataclysme... Oh et, ce destin dont tu parles : il s’appelle Ketten. Sen’sei Ketten. Je me fiche bien de ton mépris, mais si tu cherches vraiment une âme sur cette Terre sur qui faire porter ta colère… celui qui t’a cloué au sol et a attisé la furie du singe fera un bien meilleur candidat que moi. »

En son for intérieur, Yanosa ne pouvait décemment éprouver que de l’aversion pour l’idée selon laquelle ces bêtes méritaient d’être protégées, couvées et sauvegardées. Ces Gardiens, qui avaient transmis leurs arcanes interdites l’année passée pour donner une chance aux shinobis, gardaient dans leurs esprits encore bien des secrets peu avouables ou, peut-être même, ignoraient le véritable fondement de leur propre existence. La peur et le mysticisme, pour autant qu’il sache, pouvait avoir mené les Hommes, des peuples entiers, pendant toutes ces décennies et ces siècles, vers des croyances formées à partir de rien. Seul le Chakra, avait une existence tangible, représentait une réalité qu’il leur était possible de manipuler, d’altérer. Le Chakra était l’outil des Hommes pour entrer en symbiose autant avec eux-même qu’avec la nature et ce, même si cela impliquait de refaçonner la chaîne alimentaire en éradiquant les bêtes à queue qui menaçaient leur existence.

« On aime généraliser à ce que je vois... fit le guerrier sans visage en réponse à la vision de l’Okunote sur les shinobis de la Roche. Même si.. il y a une part de vérité qui ne se discute pas. Certains ici… ne sont pas ce qu’ils semblent, continua-t-il en relevant légèrement les yeux vers la porte de sortie. Tout comme toi, peut-être. »

L’Oterashi fit darder un ultime regard en direction du manieur de limaille, qui lui paraissait bien plus hargneux et vif que lorsqu’il était entré initialement dans sa chambrée. S’en retournant vers la sortie sans autre commentaire, le guerrier tellurique ne put alors empêcher un mince et fugace sourire en coin d’apparaître sur son visage, à l’ombre du couloir devant lui. Un de plus, songea-t-il. Peu importait ce que pouvait bien penser de lui Senken, pourvu que celui-ci regagne la Voie qu’il avait laissé en suspend si longtemps. Le mouvement plutôt que l’inertie, l’action et la réflexion plutôt que la mort. Ainsi commençaient toutes choses… avant d’atteindre leur conclusion.

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